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Xíbrarç
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'lHnípersttç of Mísconsín
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POÈTES GASCONS DU GERS
DEPUIS LE XVI- SIECLE JUSQU’A NOS JOURS
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J. MICIIELET
POÈTES GASCONS
DU GERS
DEPUIS LE XVIe SIÉCLE JUSQU’A NOS JOURS
Progredi, scd honorcire patres.
A AUCH
Imprimerie et Lithographie Th. BOUQUET, Éditeur
Ru r: A n m an i C v mi i:l
1904
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190501
DEC -4 1914
X395?
■ '•'577
PRÉFACE
En groupant dans ce volume des extraits des oeuvres
gasconnes des poètes originaires du département du Gers
depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, j’ai obéi à un double
sentiment : honorer la mémoire d’ancètres glorieux injuste-
ment oubliés, et conserver les beautés, les traditions, l’har-
monie et les idiotismes d’une langue dont la richesse est
incomparable.
Ces écrivains, tous profondément attachés au sol natal,
ont produit des ouvrages formant un corps de littérature
complet. On y retrouve partout la verve gauloise intarissable,
joyeuse et primesautière, partout un langage limpide, harmo-
nieux, plein d’expressions charmantes, et qui se prête admi-
rablement à rendre toutes les conceptions de l’esprit. Fière
de son origine et de l’éclat dont elle brilla durant trois siècles
sous la période des Troubadours, la langue gasconne a
conservé avec orgueil, gràce à ces fidèles interprètres, ses
titres de noblesse. Malgré quelques mésalliances, son blason
est restè sans tache, et elle a gardé son identité avec amour
et respect. Son type originel se fait encore remarquer par
la flnesse et la pureté des lignes autant que par la fraîcheur
et la souplesse des formes. C’est le vin généreux des coteaux
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gascons, s’échappant à ílots vermeils d’une amphore antique-
c’est la flore du Midi, émaillée des mille fleurs écloses dans
le jardin de Virgile et de Théocrite, disputant flèrement pied
à pied l’invasion de la langue nationale, sa rivale.
Au commencernent du xvic siècle, tout était à faire dans
notre Province; elle présentait l’aspectd’un pays ravagé par
les guerres privées et publiques, des villes, des bourgsruinés,
des églises démolies ou en construction interrompue. Les
résidences rovales des princesdeNavarre, celle des seigneurs
et des hobereaux étaient des châteaux forts du moyen âge;
les habitations du peuple étaient dévastées et les campagnes
désertes. C’étaient ces blessures, résultat de la guerre et de
la misère, qu’il fallait cicatriser; cette u*uvre de réparation
fut l’teuvre de la Renaissance.
C’est à la Cour de Navarre, par la protection constante
qu’elle accordait aux lettres, qu’échut l’honneur de réveiller
l’instinct poétique gascon.
De nornbreux poètes surgirent de tous còtés et prirent la
lyre pour chanter l’amour, les beautés de la nature et leur
petite patrie. Tousàl’envi tournèrent leurs yeux vers C/é-
innice Isatire, cette lille divine de création toulousaine, qui
avait encoredes récompenses pour eeux qu’inspirait lalangue
romane, et ils íìrent de ses fleurs une abondante moisson.
Le premier qui se présenta fut Piehhe df. Garuos, le digne
héritier des Troubadours, qui devait tresser à la Muse Gas-
conne une couronne immortelle. Calviniste rigide et protégé
de la reine Jeanne de Navarre, il traduit de l’hébreu en
gascon les Psaumes de David comme instrument de vulga-
risation et de prosélytisme. II fera ceuvre de moraliste dans
ses Héroïdes, à l’imitation de Plutarque, et dans ses char-
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mantes Eglogues il nous laissera une pnge â’histoire vécue
des moeurs rustiques et tourmentées tle son époque.
Son contemporain du Bartas, quoique ayant écrit ses
ceuvres en français, nous fera néanmoins admirer la richesse
de son dialecte dans deux morceaux qui nous ont été conservés
et dont l’un est un vrai bijou de ciselure.
Jean de Gauros et le Docteur Ader emploieront, à leur
tour, leurs inspirations à chanter, l’un les hauts faits du roi
gascon Henri IV dans son Gentilhomme Goacon, l’autre,
dans une Pastorale, à l’imitation de Virgile, les regrets
qu’inspira en Gascognela mort du grand Roi. Quoique appar-
tenant au xvn9 siècle, ces deux poètes se rapprochent par
leur style de la manière de la Pléiade.
Pour nous, Gascons, Dastros personnifie la Renaissance
gasconne. C’est lechantre inspiré de la terre natale, celui qui
a rendu à la langue maternelle le rang qu’elle semblait avoir
perdu.
II est vrai qu’à cette époque un grand poète, Goudeuin,
tenait à Toulouse lc sceptre de la poésie. Sa Muse faisait
vibrer la fibre populaire par des créations originales, vives,
hardies, saisissantes; ses chants retentissaient dans tout le
Midi. C'est à lui que revient l’honneur d’avoir produit une
école au xvne siècle, qui favorisa le signal d'une renaissance
poétique.
Baron, Bedout, Dugay subiront son influence.
La Muse gasconne n’aura pas d’interprète durant le cours
du xviii® siècle. Nous ferons cette simple constation sans en
rechercher les causes.
Le xix® siècle, sans être doué d’une gratule fécondité, nous
permettra néanmoins de signaler trois poètes : l’abbé Laf-
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fargue, le docteur Cassaignau et J. Noulens, qui continue-
ront dans leurs oeuvres les traditions de leurs aînés.
S’il est vrai que ces langues harraonieuses du Midi sont
destinées à disparaître devant l’universalité de la langue, de
la loi, de la pensée française, il reste le pieux devoir de faire
revivre ces oeuvres déjà lointaines, d’utiliser de charmantes
expressions qui brillent comme des pierres précieuses au
milieu de cailloux informes. La langue française serait appelée
à recueillir ce nouvel héritage; il lui serait permis, en se
retrempant à ses sources, de s’enrichir et de se rajeunir même
dans l’àge mûr où elle est arrivée.
André Chénier, dans ses Notices de linguistique, dit avec
raison : « Si les patois étaient perdus, il faudrait créer une
» Académie spéciale pour en retrouver la trace, pour rendre
» au jour ces inappréciables monuments de l’art et d’expri-
» mer sa pensée. »
Guidé par ce sentiment patriotique, j’apporte aujourd’hui
ma modeste pierre à la reconstitution de l’histoire de la poésie
gasconne durant trois siècles.
A défaut d’autre mérite, sois-moi indulgent, ami lecteur,
pour le mobile auquel j’ai obéi.
J. MICHELET.
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DE GÀRROS (Pierre)
Le lieu de sa naissance ne saurait faire le moindre de doute, prenant
lui-même dans ses oeuvres la qualité de Laytores (Leclourois).
Tous les biographes, sans exception, font naître ce poète à Lecloure vers
1482 et le font mourir en 1581, dans sa ville natale (1).
Des patientes recherches dans les Archives de Lectoure, Pau et Toulouse,
faites récemment, viennent jeter un nouveau jour sur cette famille peu
connue el rétablir la vérité historique en détruisant toutes ces affirmations
fantaisistes, muvres de pure imagination.
L’auteur ou chef de la famille authentique fut Johan de Garros , hoste
du Checal blanc et de Saint Georges de 1491 à 1501 (2), qui possédait un
frère, Pey de Garros, qualifié marchand aux papiers officiels.
Uhosielier Johan fut porté aux honneurs du consuiat (1492) par le
suffrage universel qui se pratiquait alors sans restriction. Pey, dit PeyroX,
y fut appelé à son tour, mais cette fois par les notabtes , pour les années
1514, 1515, 1519, 1520 (3). Les propriétés ruralcs des Garros étaient déjà
assez importantes sur lo territoire de la commune (4). Johan de Garros
mourut en 1513, laissant un fils Pty lou jouen (Pierre le jeune) pour le
distinguer de son oncle Peyrot (petit Pierre) ou Pey lo cieilh (Pierre le
vieux). Le fils de Johan survécut peu à son père, étant décédé en 1519,
laissant un fils et une fille. II avait figuré, en 1506, à l’une desdeux assem-
blées des notables qui supprimèrent le suffrage universel (5).
L’un des fils de Pierre Ie jeune, prénommé tìernard , marehand banquier
(1) Brunet, Man. du Libr. (Recae de Gascogne, t. ii, p. 571. Supplément de la
Biographie unic Michaud, page 161, etc ).
(2) Livres terriers, aux dates.
(3) Livrcs blanos, aux dates.
(4) Livres terriers.
(5) Arcltives communales, livre de la Coutume.
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et bourgeois de Leetoure. éleva la fortune de la famille au faîle de la pros-
pórilé. Nous le voyons propriéíaire de biens considérables et investi des
honneurs consulairesen 1535, 1536, 1546, 1547, 1552, 1553, 1558, 1559,
1565, 1566.
II eut trois enfants : Pierre , et les deux aulres prénonunés Jean. Le
second prit plus îard le nom de sieur de Sainte-Chrestie , nom d?un
domaine paternel, et le troisième, le dernier des trois frères, devait être
Tauteur d'une eharmante paslorale en dialecle gascon sur la mort
d'Henri IV.
Pierre , l'ainé de la famille, naquit â Lectoure cntre 1520 et 1530. II fut
clevé, ainsi que ses frères, au collège de Lectoure, qui jouissait d'une cer-
taine renommêe. Dès qifil eut terminé ses humanitês, Bernard, son père,
n ayant plus rien à souhaiter du còlé des richesses, voulut faire de son fìls
un magistrat. C'est à Toulouse que notre fulur poète commença ses études
de droit, et à 26 ou 27 ans nous le retrouvons pourvu de son titre de
liceneié. En effer, dès 1553, Ie nom de Pey de Garros apparait pour la
première fois, dèlibérant à còtó de son pèredans Ies Assemblées de la com-
raune et y est qualifié de licenciè (1).
A partir de cette époque, nulle aíîaire municipale n est traitòe sans son
intervention; il était alors dans la plênitude de la force et du talent. Nousle
voyons cliargé de différenles missions à la courde Navarre dont le succès
lui procura toutcs les faveurs. Elles ne se firent pas atlendre, ear les regis-
tres de la Sénèchaussée nous apprennent que, par lettre d’Antoine et de
Jeanne, roi et reine de Navarre, Pierre de Garros, docleur en droit, avait
été nommé conseiller à la cour et siège présidial de la sénéchaussée d*Ar-
magnac, à Lectoure, le 17 septembre 1557 (2).
Le xvi« siècle est marqué parla lienaissanee et la Réforme.
La Gascogne, et surtout la partiequi devait plus tard constituer le dêpar-
tement du Gers, fait alors grande tìgure dans Thistoire militaire et dans
riìistoire littêraire. Elle produit une riche floraisou de soldats, de poètes et
de prosateurs.
La Muse gasconne elle-mème, cndormie depuis deux siccles, s'èveille
parmi lcs enthousiasmes de cettc époquc, et de vrais poètes font gronderou
gracieuscmcnt murmurer dans leurs satires ou leurs églogues, cette langue
Gasconne déjà aliéréeen mèrne temps qu’humiliée par lcs progrès inces-
sants dc la langue Francaise. 1'ous à l’envi tournèrent leurs veux vers
Clcmence fsaure qui avait encore des rècompenses pour ceux qu'inspirait
la Langue Romaue.
(1) I.ivres des délibcraiions dc la Jurade.
(2) Archives départementales.
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L’Erudit Magistrat, Pey de Garros, nourri de la moelle des classiques
ne dádaigna point de vcnir prendre sa part à ces jouíes poétiques. Plu-
sieurs de ses pièces furent couronnces en 1557. Le Chant Royal suivant
lui valut la Violette le 3 mai 1557; il se présenta au concóurs avec le titre
d escolier de la ville de Lectoure (2).
CHANT ALLÉGORIQUE DE LA TRINITÊ (2)
La terre lorde print sa place et résidance
Au plus loing des liaults Cieulx, la vagabonde mer
A l’entourn[de la terre esleust sa demeurance,
Et l’air jusqu'au plus hault se voulut sublimer;
Mais rélètnent plus noble et léger davantaige
De l'air, des Cieulx prochains reprit pour son partaige;
Je ne dis pas ce feu que l’art et le savoir,
Du larron Prométhée aux hommes íìt avoir
Et feust dévoratif, qui tout réduit en cendres,
Mais j’entends par mon chant descripre le pouvoir
Dufeu qui tout nourrist conune tout iL engendre .
Le domestique feu d’ailleurs print sa naissance
Et ne peult un moment sans maitrise durer.
Mais lui ne retraint que de soi mesme essence,
II est simple et ne peult en fumée vapirer
A bon droit l’appcla Héraclite le Saige
Commencement e tout père du grand ouvraige,
Qui morne de tourner, ne íìnit son devoir
Si à cela le feu ne lui voulait |x>urvoir.
On voit sous lui les sens inscnsibles so rcndre,
Tout confesse tenir íe vivre et le mourir
Du feu qui tout nourrist conirnc tout iL cníjcndre.
II est diffus partout produit toute semonce,
Tout purge, ne pouvant immondice endurer,
Sa chaleur fait partout sentir sa vêhèmence,
Le fait jusqu’au parfond des Enfers honorer;
Dechaufïer vivement ne se lasse en nul aige;
C’est ellequi d’amour cnilamme le couraige,
Qui chasse le soulcy, la crainte et désespoir.
La force de la mort n’a sur elle que prendre.
Parson moyen pouvons les effets recepvoir.
Du fcu qui nourrist tout conunc tout il enyendrc.
La lueur de ce feu met tout en évidence
Elle éclaire la nuit, et d’un coup fait couler,
(1) Le 17 septembre de la méme année il prenait siège au sénéchal d’Armagnac
comme docteur en droit.
(2) Hegistre rouge, f’ 141 v', aux Archivcs de l’Acadcmie des Jeux Floraux.
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Nostre sel (?); en nulslieux nousn’en avonscounaissance
Du feu s’il ne se fait par elle reveller;
Mesmesil se cachaitsoubs un obseur nuaige,
Mais sa lueur pourta de son feu tesmoignaige.
Nul peult devant le feu sans elle comparoir
Sans la clarté ne peult bien ou mal apparoir;
C’est elle qui nous fait les sciences apprendre
Reçues par les yeulx bons elle est le vrai miroir
Du feu quì tout nourrist comnie tout ií mgcndre.
Elle guide nos pas, nous garde de nuysance,
Nous fait par la chaleur à son feu adhérer,
Elle, le feu, le chaut ne font qu’une substance,
Ce n’est que trois cn ung qu’on ne peut séparer,
Qu’ung ne prendra jamais dessus l’aultre avantaige.
O fortet triple nceud d’éternel mariaige,
L'homme mortci qui pense à plain teconcepvoir
Se fourvoye, et par trop se laisse dòcepvoir,
Car si quelc’un i’accorde tous trois vcult entendre
Perd son temps s’il ne va le palais riche voir
Du feu qui tout nourrist conane tout il engendrc.
ALLHGORIE
Prince, Dieu le Père est le feu qui attirer
Nous veult par sa chaleur, son fìls se dòclarer
Se faict par sa lueur, i’Esprit-Saint qui descendre
Vient sur nous, tousdeux joincts ne peuvent s’esgarer
Du fcu qui tout nourristf co/nnie tout il engcndrc .
C'est à cette époque, qu’il fìt im Sonnet en Français qualifiè cìe fanieux
en son temps (1).
II fut composé à Toccasion du transfert d’une statue sépulcrale de
l'Eglise de Ia Daurade au Consistoire du Capitole, oii la Gaie science
tenait ses assises. Une lêgende, contestée il est vrai, aílirmait que cette
statue était celle de Clémence Isaure (2).
(1) Ce sonnet est rapport ' par Catel, tlans les Mémoircs de Langucdoc.
(2) l)es savants tels qne Guillaumc de Catcl , Vicrrc dc Cascncnrc, Gcrmaén de la
Faillc, Larjanv , J.-lì. Noulet, Ph. Tamisey ilc Larroquc, Pouoillon, tous des
érudits de valeur et juges compétents avaient démontré par un indestructible fais-
ccau de leurs témoignages unanimes que Damc Clcmcncc n’òtait qu’un « brillantet
poótiquc fanlômc. u
Lo dernier mot sur ce sujet vicnt de paraitre dans une disserlation inséròc dans le
tome vui de la neuviòmc st'rie des Mcmoires dc T Acadèmie dcs Scienr.es, í/iscrip-
tions ct bcllcs-lettres dc Toulousc, laquelle a pour auteur M. E. Roschach et pour
titre : Variation du Roman dc Clémcncc Isau/'c( p. 226-263). Le savant arehiviste dc
l’Hòtel de Yille de Toulouse a dòmontrò là avec une rigueur mathématique que rien
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SONNET A MADAME ISAURE
Tholose auoit dressé vn torabeau que les mains
Plus docte3 de ce temps, et plus industrieuses,
Avaient faict surmonter les oeuvres plus somptueuses
Des vieux Assyriens et des riches Romains.
Et ja dTsaure auoit la cendro et les os saints
A ce marbre voué reliques précieuses.
Pour estre en vn repos éternel glorieuses,
Par vne suite d’ans prisée des humains.
Lorsqu’Apollo marry voir son Isaure au nombres
Des horames qui ja sont devenus noires ombres,
A Tolose parla d*vn sourcilieux desdain ;
Plus cruelle que n’est et le Scythe ni le Maurc
Riie ce iaspe bas, et mets ce marbre au coing,
Veulx-tu mettre au tombeau celle qui vit encore ?
Ces spécimens demi-barbares, nous expliquent pourquoi Pey de Garros
eut raison d’écrire ses ceuvres en langue Gasconne, qui assurèrent d’une
façon solide et inébranìable sa grande renommée. Cette difficulté à manier
la languefrançaise,nouslaretrouveronschez laplupart des poòtes Gascons
qui viendront après lui.
La Rèforme , en retranchant du culte les pratiques superstitieuses ou
idolàtres que le Moyen-Age y avait introduites, porta la cognée assez près
de la i-acine de Tarbre et put sembler un moment avoir détruit le culte lui-
mème. On mit de côté les vénèrables liturgies, les hymnes admirables
inspirées aux Pèros.et Docteurs de TEglise. Les Psaumes seuls, conservè-
rent leur place, ou du moins ne tardèrent pas à la reprendre. Les antiques
chanls du Roi-Prophète ne parurent jamais plus jeunes qiralors. On les
chantait depuis longtemps en latin, traduits par la Vulgate , ils allaient
ètre traduits en vers Français par le poète le plus habile du siècle, Clément
Marot . Mais il ne put dépasser le nombre de 50; son oeuvre devait être
terminée par l’un des plus illustres chefs de la Réforme : Thèodore de
Bèze .
Ces Psaumes, mis en musique, eurent un succès immense à leurappa-
rition. Les huguenots les adoptèrent aussitòt et de nos jours ce sont les
vers de Marot moderniscs qui se chantent dans les Temples protestants.
Telle était, du reste, la puissance du mouvement religieux de Tépoque,
n'est \ rai de ec que l’on a raconté de la patronne des Jeux Floraux. Déjà les érudits
plus haut nonimés, gràce à M. Uoschach lui-mème, la cliose ctait trcs clairement
prouvée. Aujourd’hui ceite clarté se transformc cn parfaite évidence; la légendc de la
Muse Toulousainc a vécu.
{Raoue de Gascogne , t. xxxvm, p. 227-229.)
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10 -
qu'il exerçait son action sur tout esprit cultivé, curieux et sur toute vive
intelligence. Pey de Garros n’y resta pas indifférent; les aspirations élevées
de son esprit le préparaient à saisir avec plus de sérieux cette austère
doctrinede la réformation. Du reste, Tunité Française n est. pas encore à
cette date tellement constituée, que le palriolisme n'ait un caractòre pro-
vincial ircs lcgitime; c'est à Paris, c'est dans Hle de France, que la ligue
politique et religieuse, ont leur boulcvard, c’est dans le Béarn et la Gasco-
gne que la réforme Calviniste avec Jearne d'Albret ont leur quartier
général.
En Béarn, la cause de la Réforme était acceptée comme une cause
nalionale; les Béarnais furent en cela d’accord avec leurs Souverains. Les
prètres Romains restèrent en dehors du mouvement. Leur ignorance
noloire et le dérèglement de leurs mceurs excitèrent un mécontentement
géuéral dont les Etats de Béarn se fìrent l’interprète dans une requète
adressée au Roi Antoine (1).
En Gascogne, les idées de réforme pénétrèrent facilement et v trouvèrent
un terrain bien préparé pour leur propagaiion, car aux griefs reprochós au
clergé, venait se joindre un vieux levain à peine éteint de la guerre contre
les Albigeois, et des ruines irréparables qni en avaienl été la consé-
quence.
Une fois acceptée par la bourgeoisie lettrée, le peuple qui comprenait
d'inslinct ses intérêts, n’attendait qu’une occasion pour faire cause com-
mune avec elle.
Les Psaumes de Marot ne pouvaient ètre utiles aux réformés de la
Gascogne qui n’entendaient guère le français et cependant nul instrument
plus merveilleux, de levier plus puissant, n’existait pour la rénovation de
la foi. « Le besoin le plus gênéral de rhomme, a dit La Harpe , est celui
de la consolation et l’accent le plus familier à la voix humaine cst celui
de la plainte. Qui a mieux connu et mieux rempli ce besoin de notre espèce
que les auleurs des livres saints? Vous qui èles malheureux, afiligés,
opprimés, allez chercher le soulagement et l’espérance dans Sènèque ou
les autres philosophes et vous me direz comment vous vous en ètes
trouvé. Moi je lirai l’Ecriture el surtout les Psaumcs. »
La nècessitc d'une traduction des Psaumesen Laugue Gasconne s'impo-
sait ; c’est à notre dislingué Poète, au savant Magistrat,qu’échut cet hon-
neur; ses études théologiques et sa connaissance appiofondie de la langue
Hébraïque le désignaient pour un pareil office (2).
(1) Mort au siège de Iiouen Ie 19 novembre 1562.
(2) Garros, eut le mérite d’ouvrir la voie aux poètes qui viendront après lui. Quel-
ques années plus tard, cu 1571, un Miuistre de la religiou réformée Joan de Lissara~
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11
La Poésie des Hébreux a généralement des caractères que dut avoir la
poésie dans sa première origine. Née de rimagination, elle est élevée,
forte et hardie; la diffìculté du sujet en fait apprécier toute la grandeur.
La profondeur du sens des Psaumes, dit Bossuet, est admirable. « L’obs-
« curitéqui les enveloppe tient aussi au génie de la langue Hébraïque et à
« sa concision commune à toutes les langues des Orientaux qui,nés sous
€ un ciel de feu, expriment leurs pensées avec une incroyable vivacité. »
Aux difïicultés que présentait la traduction du texte venait se joindre le
travail laborieux d’assouplissement de la laugue maternelle. Aussi le Poète
Gascon ne se fait-il point d’illusion sur sa tentative hardie et il hésite à
Tentreprendre; sa volonté et son esprit subissent des tiraillements con-
traires. D'un côté, son zèle fervent de novateur et son patriotisme le pous-
sent à reconnaître Tutilité de Toeuvre qui ne peut être que profitable à ses
concitoyens; de Fautre, il donne des raisons de ses hésitations et des
rnotifs d’ordre supérieur qui l’incitcnt à les faire taire, dans son Epitre
dédicatoire, où ii s’exprimait ainsi :
Asseguràt jo son, que u Gascon y pót prené
De bonas instructiôs, més et lo qau entene.
Perqé donq libe plen de doctrina tant bona
Siâ côraunicat à la nation Gascona,
Per l’amo deu pays qau que jo m'diligente,
Etqe Dauid Gascon cn puplic jo presente :
Pux que lo Rey ac vó, e tant de gens sçabens
Me pican, accusáns mos trigotejamens.
Io son acertenat, qu’aq o son causas grauas :
Yertat es, qe taus gatz om no pre ses mitanàs ;
Mon lézé n*ès pas grann, io no son ses destric
Je suis cerlain qu’un Gascon peut y prendre
De bons enscignements, mais il faut le comprendre.
Pour donc que ce livre plein de doctrine si bonne
Soit communiqué à la nation Gasconnc,
Pour Pamour du pavs. il faut que je fasse diligence,
Etque je présente au public un David Gascon :
Puisquc le Roi le veut. et que tant de gens savants
M’excitent, accusant mes atermoiements.
Je suis certain quece sont líi des ehoses graves.
La vórité cst, qu’on ne prend pas dc tclschats sans mitaincs
Mon loisir n’est pas graud, je ue suis pas sans embarras.
#«/? de Brir.ou s, traduisit sur les ordres de la Rcine et aux frais de cette derniêre le
Nouveau 'I’estainent. en langue Basque.
En 1583, ArnauU cla Salettc devait également traduire les Psaumes de David en
languc Réarnaise au nombre de 100. Ils ont été réeditcs de nos jours (15 août 1880) et
sauvés de l’oubîi par un lettré tìéarnais, M. l’abbé tìidache décédé depuis quelques
années.
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Ny ses occupatiôs : e lo sens Prophetic,
Es volontès escu : de mon cós las ménigas
Horsas, sonn de repaus alternatiu amigas ;
Lo lengatge Gascon no s’leixa coeytiúa :
E ma véâ no s’pót bonament aviuâ.
Més dam lo bon secos deu Creato jo s’péri,
Que tu veyrâs en breu Gascô tot lo Psauteri :
Qi de bon co dejà t’es dat è consagràt,
Si lo cantét aqest te platz de prene en grat :
E mon volè de t’da dauant qe jo m’en leixe,
Lo plus bét e milho qè de my povrè neixe.
A ta Grandessa donq agrade do boutà,
Qauqe pauc de lézé per Dauid escoutà
Comensant de parlà ta lenga Laytoreza
Qui m’hoc grosseramet en l’atge bas apreza :
Mes pux que Diu mercè, dà lo teps s’es càbiada,
Au service de Diu era serà mersada .
Ni sans occupations : j'ai le sentiment Prophótique
Volontiers obscur : de mon corps les faibles
Forces sout amies du repos alternatif;
Le langage Gascon ne se laisse guère accommoder,
Et ma veiue ne peut bonnement aviver.
Mais avec le bon secours du Créatenr, j’espère,
Que tu verras en vers Gascons tout le Psauticr,
Qui dès à préseut t’est dédié et consacré de bon coeur,
S*il teplait de prendre íavorablement cettc partie.
Ma volonté est de te donncr, avant que je m’en lasse,
Le plus beau et meilleur qui de moi pourra naitre.
Qu’il plaise donc à laGrandesse, d'accorder
Quelque peu de loisir pour écouter David
Commençant de parler la hngue I.ectouroise
Qui me fut apprise grossièremcnt en mon bas àge
Mais puisque, Dieu merci, clle s’est changée avec le temps
Elle sera dépensée au serviee de Dieu .
Protégé de la Cour, le désir du Roi est un ordre ; le poèle obéit et triom-
phe des diíïicultés de la premiòre heure : « II est vrai, dit-il, que du com-
meucementelle m’a estò dure et fàschéuse, mais i ay auec humilité inuoquc
le nom de Dieu qui me 1 a rcndue à présent plus familiòre ; et si est ce
pourtant que iamais ie ne Taimay mieux.... »
II est enivré du parfum de noblesse eí de la majesté qui s’échappent de
cette écriture qui résume d'une façon si parfaite les dogmes de la foi chré-
tienne. II reste en admiration devant ces maximes graves pleines de
sagesse, accessibles mème aux ennemis de Dieu, et il en devient, de son
propre aveu,extrôraeinent amoureux. II pénètre et comprend ies beautés de
ce livre sublime qui selon Saint Augustin, est « la tranquillitó de Tâme, le
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signal de la paix, le calme des passions, le noeud de Tamitié, le trésor
commun où cliacun trouve le bien dont il manque. »
Les beautés de ces textes sont pour le pcète une révélation : « Ielanguy,
dit-il, ie brûle de son amour,,qui m’oceupe le cceur, les veines et les
muscles. »
Conseiller de la Reine de Navarre, c’est â sa très illustre et très haute
Princesse, Seigneuresse, Souveraine de Bcarn, qu 'ii dédie son oeuvre.
Dès le début, il rend hommage à ses qualités faites de sagesse, de courage
et de ténacité quelle met au service du but grandiose qu’elle poursuit et
qui font Fadmiration du siècle.
Régina, très illustra, è très Hauta Princossa,
Inspirada amplament de Coelesta sauiessa,
Qui ses corre ta lôn en Terra Palestina,
Après de Salomon as la Sancta doctrina.
Et d’vn meste plus Grann, que SalomÔ no hóe, »
E de qui Salomon sas vertutz aprengoc.
Admiratiô_dcu môde, e gloria de noste atge ;
Quant jo côteply en my ton invèsut coratge
Com vn roc marterat d’ardètas peyrassadas,
De tempestas batut, hurtat de cornassadas
Deus vens è de la ma, qui no diiìa pertant
Se maue de sa plassa, ans se manten constant :
Labetz jo vezi en tu trencada, e dessobuda
D’aquet Rey mentagut la question nozcruda,
Quan'et emperpensat dizé d’aqesta sorta,
Qui poyrà recôtra hemna côstàta è horta ?
Perqe tu n’as passat la natui*a hemnenca,
Solament, mes vensut la vertut homenenca.
Heine, très Illustrc et très Haute Princessc,
Largcment inspirce de la Science Cêlestc.
Gui sans courir si loin en terre Palestine,
As appris de Salomon la Saintc doctrine,
Et d’un Maitrc plus Grand que ne fut Salomon,
Et de qui Salomon apprit ses vertus.
Admiration du monde et gloire de notre áge,
Quand je contemple eu moi ton invincible couragc,
Comme un roc martelé par violeute pluie de pierres,
HaUu par la tempóte, heurtc par les coups de corne
Des Vents et de la Mer, sans cependant daigner
Broncher de sa place, où il se maintient incbranlable.
Alors je rapporte à toi, frappce et rcsolue,
La question noueuse de ce Roi à ì’csprit aigu,
Quand, pensif, il disait de celte sortc :
Qui pourra rencontrer femmc constanle et forte ?
Pourquoi n’as-tu pas dépassc la nature fcminine
Seulement, mais vaincu la vertu des hommes,
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Don ven aqo? de tât q’en Diu plâssas ta hiza,
E qu’et es de tos pès la lanterna, è la guiza :
Et qu’aurès tu de bèn si d’et tu no l’auôs ì
Tu reconeixes pian, que tot ço que tu és,
Tas valos, ton podé ta magniftc com s’ès,
E ton bon esperit tengues de sas mercès......
D’où vicnt cela? de ce que tu placcs en Dieti ta confíance,
Et qu’il est de tes pieds Ja lanterne et le guide :
Qu*aurais-tu de bien si tu ne l’avais de lui?
Tu reconnais certainement, que lout ce que tu es,
Tes mérites, ton pouvoir si magniflque qu'il soit,
Comme ton beau géniè, tu le tiens de sa faveur.....
Sa tracìuction ne comprend que cinquaute-huit Psaumes « lesquelz,
dit-il, j’eusse accompagnés de chant propre et conuenable à vn chacun,
selon le peu d’experiece que 1 ay en lamusique et d’orthographie sicerlaine
que le plus estrage d’Alemagne n'eut peu faillir de bie lire et prononcer le
Gascon, si ieusse trouué en ce lieu les charactòres â ce nécessaires. Mais,
i ay estè contrainct de chager partie de mes dessings et procèder au moins
mal qu’il m’a été possible. J’éspère comme l’on dict, la suite vaudra mieux
q le commeneemet > .
Son intention, comme nous l’avons vu dans sa dédicace, était de traduire
le Psautier en entier, son désir ne put se réaliser. Néanmoins son choix
est heureux ; il comprend les Psaumes de 1 à 30, 31, 32, 38, 42, 46, 50,
51, 79, 113, 114, 115, 70, 116, 117, 120, 121, 123, 124, 125, 126, 127,
128, 129, 130, 131, 133, 137, 138, 146.
Tous sont propres à faire comprendre et aimer les divines paroles par
les humbles et les pelits de ce monde, à leur faire admirer les chants
sublimes du Poòte-Roi, à les pénélrer des instructions de pure morale
chrétienne données aux hommes par la bouche de David.
Quelques exemples seront la meilleure des dèmonstrations.
PSAVME I (1).
L’home qui dam gens sçeleratz
No s’acossella, ny camina,
E dam Tacans asseguratz,
Gaynardz, mauparlés, no gorrina :
Qi no pren plassa en la setina
Dcus mesprezius de disciplina;
Més de tota sa volentàt
Amoros de la ley Diuina.
Tostem la contempla e rumina :
psaumf. 1.
L’homme qui avec gens scólérats
Ne prend conscil, ni ne chemine,
Et avec des méchants avérés
Persifleurs, mèdisants ne vagabonde ;
Qui ne prend place sur le siège
Des contemptcurs de discipline,
Mais qui, de toute sa volonté
Amoureux de la loi Divine,
La contemple toujours et la rumine ;
(1) Vulgate. — Beatus cir qui non abiit in consilio impiorum.
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— 15 —
Qui suit cette doctrine
Peut être proclamé heureux.
Qui seguix aquesta doctrina.
Huros pot este nomentàt.
Serà coma l’arbe plantàt
Au long d'ua ribera correnta,
Qui porta a ropportunhàt.
Phruta saboroza e plazenta,
De qui la hoelha n’es cajenia
Atau la persona crenenta
La Ley de Diu. prosperara;
Més coma l’auratge e tormenta
En l’aire las palhas esventa :
Com un esporbilh, i'amna atenla
D’impietat, se perderà
En iudici no s'leuarà.
Demést los bos prene assistentia
E de comparò hugirà
Dejà damnada en sa conscientia :
Perqé lo Seno d’excellentia
D’ac.etz qi I’an en reuerentia
Coneix plan lo camin tengut :
Mòs abusà de sa clementia,
Amya tarda penilentia :
Per camin de tau consequentia,
A bon port degun n’es vengut.
psavme 6.
En ta huro no m' corregiscas,
En ta ranco no m’arguiscas,
Més seiìo pren de my piétàt :
Ton secos au prop de my sia,
E deliure de malauzia
Mon praube cos debilitat.
lo n’e nat ós per me sostengue,
lo n’e vigo qi posca tengue,
Don la mya Amna es ses repaus;
Més tu las, O mon Diu, mon mesté,
Deqiaquant contra my vós este
Goardant ton corrossàt prepaus?
Las, ta cara enta m’y revira,
Ma vita de perilh retira,
Hé, per l’amo de ta bontàt,
E misericordia lauzada
Qe la persona desbarjada
Tornc au camin de saubetat.
Perqé tu scabes, qe l'extrema
Lina de viue, nos destrema
II sera comme l’arbre planté
Au long d’une eau courante,
Qui porte en temps opportun
Fruits savoureux et agréables,
Et dont ne tombe la feuille ;
Ainsi la personne craignant
La loi de Dieu, prospèrera.
Mais corame I’orage et la tempête
Emportent la paille dans les airs,
Corame en un tourbillon, 1‘àme entachée
D’Impiété, disparaitra,
Et ne se lèvera pas pour étre jugée.
Parmi les bons prendre assistance,
Elle évitera de comparaitre
Déjà condamnée en sa conscience :
Car le Seigneur de toutc bonté
Pour ceux qui l’ont en révérence
Counait bien la voie suivie :
Mais abuser de sa clémence
Produit tardive pénitence;
F’ar chemin de telle conséquence
Personne à bon port n’est arrivé.
psaume 6 (1).
Ne me chàtie pas dans ta íureur,
Ne me reprends pas avec ta rancune,
Mais Seigneur prends-moien pitié :
Que ton secours soit aupròs de moi,
Et délivre de maladie
Mon pauvre corps débilité.
Je n’ai aucun os pour me soutenir,
Ni de vigucur qui puisse résister,
Ainsi mon Ame est sans repos;
Mais elle est ù toi,ómon Dieu, mon maitre,
Jusques à quand veux-tu étre contre moi,
Et gardes-tu ta résolution courroucée 1
Hélas [ tourne vers rnoi ton visage,
Retirc ina vie du péril,
Fais par l’ainour de ta bonté
Et par la miséricorde vantée,
Que la personne dévoyée
Rentre dans la voie du salut.
Car tu sais qu’à l’extrême
Limite de la vie, s’efface en nous
(1) Vulgate. — Domine ne in furorc tuo aryuas me.
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De tu l’arbrembansa e renóm :
Qina sera la boca arida
Deguens la hossa sepelida
Qui maguifícara ton nom ?
A sospira no m’esparani
En arriu de plos mon llieyt bani ;
E deqiít que jo sentirc
De mon Diu l’ajuda pezenta,
De lcrmas cada ncyt vertemà
'l’ota ma coca agoazarc.
L’humo dcus oeilhs tant m’amareja,
Qe juxta m’goarda que no y veja :
Mos Encmicz d’aute costat
Vsàntz de minas truphanderas,
M’an en miia modas naueras
Avilluiii de la mitiit.
Arre de my hugélz von d’hora
Gent d’iniquitat obradora,
Pux qe Diu a mou plau auzit.
En ma rcqesla aphectionada,
E oration humiliada ;
M’a rccebùt, e exauzit.
E pertant honan de vergoíia,
E de mau acarada troûa
Hujan, trebollatz dc lous sens.
Los qi de m’pcrdc machinauau,
E los qui volontés anauan
A l’entreprezii d’elz cossens.
PSAVME 11.
Av Grann pauzada e jo ma hiza
Donqas Arnicz perqe m’ dizétz,
De mont en aute horaniza,
A huta, a huta, despaïza,
Ta leù d’acy, com los auzétz:
Qe los ïmpietos espcran
Prop dc nos anéyt campéjà.
L’arc bandan, lo treyt cnclcqcran,
E à l’escu sc deliberan
Los homes co-dretz treytejà.
Més d’entrepresa mau hondada
Lo bastiment ès ja dcshevt :
Era medixa s’ès crebada :
Q’atau sia, qui l’a tustada ?
E quc y a lo just’home lieyt ?
(1) Vulgate. — In Domino eonjldo.
De toi le souvenir et renom :
Qu’elle sera la bouche desséchée
Ensevelie dans la fosse
Qui glorifìera ton nom 1
Je ne m’épargne pas à soupirer.
Je baigne mon lit d’un ruisseau de pleurs;
A quel moment éprouverai-je
L’aide pesantc de mon Dieu í
Au cours de chaque nuit j’arroserai
'l’outc ma couche de larmes.
L’humeur de mes yeux m’est si amère,
(Jue j’ai pcine à y voir encore :
Mcs Ennemis, d’autre part,
Lsant de inines moqueuses,
M’ont, en millc facons uouvelles,
Fait vitillir dc moitié.
Arrièrc de moi sur l’hcure, fuyez
Ilommes artisans d’iniquit/*,
Puisque l)ieu a ma plainte ècoutc
l’.n ma rcquéte atïectioiinée
Et ma prière humiliée ;
11 ni’a accueilli et cxaucé.
Et maintenant qu’ils soient confondus de
Qu’ils fuient la facc de travers. [honte,
Et les sens bouleversés.
(’eux qui avaicut machiné ma perle,
Ou qtii voloiuiers allaient
Complices de leur enticprise.
l’SA IMK 11 (1).
Dans le grand reposoir j’ai ma confíance :
Donc, Aniis, pourquoi me ditcs-vous,
Dc dénicher d’unc montagne à une autre
Vite, vite, dc me dépayser
Sitot d’ici, comme Ics oiscaux :
Quc les impies espèrcnt
Camper près de nous cette nuit,
L’arc bandc, ils cacheront le traii,
Et se décideront à l’obscur [droit,
A frapper de cc trait les hommes au ctpur
Mais d’une entrcprise mal fondce
Lc bàtiment est bientòt détruit :
Ellc s’est crevée d’clle'mèmc :
Ainsi soit il ; qui l’a frappée?
Et riiomme juste qu’v a t-il fait?
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Lo Graiin n'a pas ta haut son Temple,
Ny la lon son seti rejau,
Qe lo bas monde no contemple,
E qe no mustre per exemple,
Com et ama Thome lejau.
Dam sos pepètz ghina, e recerca
Tot lo mond* d*vn solèt espiíi,
Et assaja los de sa merca,
Leixa l’impietos qui cerca
Tostem matiera d’arraspiá.
Diu sus aqet maixant liatge
Hoec é tormentina plaurá.
Eybóc, e tempestos auratge,
Per la portion de lou beuratgé
Aux estorsius escajerá.
Perqé lo Diu qi tot empara,
Ama lustitia coraument,
Cí'quitat es sa hilla chara,
E iames de l’oeilh no despara
Los qui caminan dretament.
PSAVME 20.
Lo Grann tas pregarias entena,
Lo Diu de Iacob te dehena,
Contra totz accidens contraris,
E contra tolz tos adversaris :
Deû lotgis sanct on et habita,
E de Syon goarda ta vita :
De tas vpbertas s’arrecorde,
E de ton co los votz t’acorde,
Tas hostias grassas en grat prene,
E converti las volha en cene :
Tos cosselhs a port conduziscá,
E tas demandas acomplisca :
Aixi saubatz per ta raestria,
E desplegaram las baneras
Deu Grann, qui l’entenn quant l’aperas :
E dirám, Ara pot om creze,
Que u Seno vengut es nos vezc,
E que de sa maison coelesta,
A son Vnctat l’aurelha presla,
E de sa dreta saubadora
Ly iramet secos quan es bora
Los autes de gendarmaria,
Carrlotz, e caualaria,
Més nos autes baram memoría
De noste Diu, e de sa gloría.
No los vim phlacz, e courbs, e caje
Despux lo mendre deqiau maje :
(1) Vulgate.
Le Grand n’a pas son Temple si haut,
Ni si loin son siège royal,
Que le petit monde ne le contemple,
Et qu'il ne montre par exemple,
Combien il aime l’homme loyal.
Avec ses paupières il regarde et recherche
Le monde entier d'un seul regard ;
II épronve ceux de sa marque,
Et abancTonne l’impie qui cherche
Toujours occasion de rapiner.
Dieu, sur cette méchante lignée
Fera pleuvoir le feu et la dósolation,
11 l’engloutira ; et la tempête déchainée
Coinrne leur lot, pour leuc breuvage
Echerra aux coupables d’extorsions.
Farce que le Dieu qui tout soutient
Aime la justice fermement,
L'Equité est sa fllle chòre,
Et jamais son oeil ne se détourne
De ceux qui suivent le droil chemin.
psaume 20 (1).
(Qiie) le Grand entende tes prières,
(Que) le Dieu de Jacob te défende,
Contre tous les accidents contraires,
Et contre tous tes enuemis,
Du saint logis où il habite.
Et préserve la vie du haut de Sion :
(Qu’il) se souvicnne de tes offrandes,
Et réalise les vceux de ton coeur;
(Qu’il) ait pour agréables tes grasses victi-
Et veuille les convcrtir en cendres; [mes,
Qu’il conduise au port tes projets,
Et satisfasse tes demandes :
Ainsi, sauvés par tes mérites,
Nous déploierons les bannicres
Du Grand qui t’entend quand tu l’appelles :
Etnousdirons.maintenanton peutmecroire
Que le Seigneur est venu nous visiter :
Et que de sa maison CcJeste
11 prôte l’oreille à son Oint;
Et de sa main droite préservatrice
II lui porte secours quand il est heure.
Les autres de gendarmerie,
De charriots et cavalerie,
Mais nous tiendrons compte seulement
De notre Dieu et de sa gloire.
Nous les avous vus faibles, courbjs et tom-
Depuis le petit jusqu’au grand : [ber
— Exaudit té Dominus in dic,
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18 -
Dam nostá'resistentia horta,
Nos los auém sobtatz de sorta,
Que \a, Tictoria desirada
Nos és en la man demorada.
Seiìo volhas lo Rey dehene,
E nostas pregarias entene.
PSAVME 21.
En ta vertut Jo Hey s’alegrará,
En ton salut plen gay arcolhira,
Tot lo dezi de son co tu ly as dat,
E çó qu’et t’a de boca demandat.
A l’endauant, Seno, d’et és vengut
Tu l’as au prop \lc ta gralia tengut,
D’au pretios son cap gloriosanicnt
As coronat, Et t’aué solament
Demandat vita, e ta grana bontat
Ordena, e vó qu’etaja Uvtcrnitat.
Grana es l’hono qu’ctpren a ton salut;
De lustre, e gloriaoruá tu l’as volut,
De tas bontátz, e benedictios
Sera l’exemple, e totas las natios.
Ara e tostèm. ta lèu com lo veyián
Memovatius de tas gratias séran,
D’vn grntios visatge l’espiaras,
L’espian, son co de tot argouziras
O Iley, Diu ès lo pila qui t’sosten,
E sa boutat t’assegura, c manten
Tos Enemicz ton bras drct trobaiá,
Tos mauvolens ta man atenerá,
Etz no sérán so q’\n ardent cauhorn
Quant sentiran de ton corros lo jorn ;
L’ira de Diu los engolomirá.
Lo hoee rozent los embolopara,
I.o phrut d’aqetz de terra segaras,
E de l’human liîitge rasclaras
D’etz la seincnsa, aixi qu’etz an tirat
Malignainent, de t’préné au mauparat :
Més etz poden prou tene, prou pensâ
Cosselhs nauétz, no pas arré auansa.
En vn pilót a part las botaras,
Tos passados dam l’arc acotrarás ;
Per dretament com’ au boize tira,
E de taus gens traucá la maixerá.
Mustra Seno, contra ton haut podè
Podè degun n’este comparadè :
De tas vertutz, Nosautz tiìt qe viurám
Gaujens canticz a ta gìoria dirám.
Grâce ù notre vigoureuse résistance,
Nous les avons traités de sorte.
Que la victoire désirée
Nous est rcstée dans la main.
Seigneur, veuiiles protc'ger le Hoi,
Et écouter nos prières.
I’SAUME 21 (1).
Le Roi se réjotiira daus ta vertu,
Et accueillera ton secours à joie pleine.
Tu lui as donné tout le dêsir de son coeur,
Et ce qu’il t’avait demandé par sa bouchc.
Scigneur, tu es venu au devant de lui,
Tu l’as tenu sousla protection dc ta gràce
Tu as couronné glorieusement sa téte.
D’or précieux. II t’avait seulement
Demandé la vie, et ta grande bonté
Veut et ordonne qu’il jouisse de I’Etcrnit<î.
Grand est rhonncur qu’il prend à ton salut;
Tu ás voulu I’orner dc grandeur et de gloire,
11 sera l’exemple de tes bontés,
De tes bénédictions ; et toutes les nations,
Aujourd’hui et toujours, dès qu’elles le
Se souviendront de tes gràces; [verront
Tu le regardcras d’un gracieux visage,
En le regardant, tn réjouiras toutson coeur,
O Roi, Dieu est Ie pilier qui te soutient,
Et sa bonté te maintient et consolide.
'Lon bras droit trouvera tes enneiuis,
'l’a main atteindra tes malvcillants.
lls seront comme en ardente fournaise
Quand ilssentiront le jour de ton courroux.
I.a colcre dc Dieu les auéantira,
Le feu ardent les enveloppera.
Tu faucheras Ies fruits de leurs terres.
Tu racloras leur semence.
De L’humaine espèce, eux qui complotent
Malicieusement.pour te prendre en défaut:
Mais ils peuvent bien tendre, bien chercher
Des combinaisons nouvelles sansen rien
Tu les mcttras à part en un tas [avancer.
Tes javelots sur l’arc disposeras,
Pour tirer droit sur eux, comme au but,
Et trouer la joue de pareilles gens.
Montre, Scigneur, que contre tihaute puis-
Nulle forcc n’est comparabïe : [sance
Et nous,tant qtte nous vivrons,sur tes vertus
Nous chanterons des cantiques joyeux à ta
[gloire.
(1; Vulgate. — Domine in oirtute tua loitabitar Rex*
>
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J
— 19 -
PSAVME 23.
Seiîo, pax qe tu m'apastengas,
Mon co no langhira,
Dam ua qe dam my tu t’iengas,
Arre no' m’qalera :
Tu hés, qu*en cabana segura
lo ra*eston acoydat.
La phresca. e la gaya verdura,
Lo loc herbos ra’as dat.
Aus estrems l’arriu clá murmura,
Qui suau hilant son còs,
Pauc a pauc hé la vista escura
Per vn drora lhon dos :
L'amna tu m’as arrecreada,
E tirada en darré
Tapec que l’as vista aviada
Peu camin esqarré,
Per ton nom, ta bontat propitia
Me tracta dossament,
E peu bon carain de justitia
Me mya dretament :
Eucoara qiu la mort me sobte,
Et que m* donga au tmuès,
Io n’auré crenensa, ny dobte,
Pux que dam my tu ès.
Sa Comba Vmbrenca arredobtada,
Dam tu jó passaré
De tot mau, e d'eixuperada,
Per tu goardat seré :
Ton palót, e ta verga horta,
Sonn ma consolation,
Ton garrot brôncut me susporta
En ma tribulation.
Au vezent de mos adversaris
Ma taula goarniras,
E de tolz los bes necessaris
Me la pervezirás.
Mon cap de greixa audorejanta
Luzent se mustrará,
E ma couppa en vin abondanta
Per dessus s’en irá.
De ta liberalitat larga
Cubért tant qué viuré,
Au debat de ta spessa targa
Segu m’azombrarc.
(1) Vulgate. — Dominus rcgit me , ct
psaxjme 23 (1).
Seigneur, puisque tu medonnes la pAture,
Mon coeur ne languira pas.
Tant que tu te tiendras avec moi.
Rien il ne me faudra :
Tu fais qu’en cabane sûre
Je me repose accoudé,
Tu m’as donné de la fraiòlie et gaic
Verdure ie lieu enberbé.
Sur ies côtés le clair ruisseau murmure
Doucement suivant son cours ;
Peu à peu, il trouble la vue
Par un agroable sommeil :
Tu as récréé mon âme,
Et tu l’as tirée en arrière
Sitôt que tu I’as vue dirigée
Dans la mauvaise voie.
Pour ton nom, ta bonté propice
Me traite doucement,
Et par lc bon chemin de justice,
Me mène droitement :
Encore que la mort me poursuive
Et me donne à travers,
Je n’aurai ni crainte ni hésitation
Puisque tu es avec moi.
La vailée ombreuse et redoutée
Avec toi je passerai.
De toùt mal et disgràco
Par toi je serai préservé
Ta pelle et ta verge forte
Sont ma consolation
Ton garrot fourchu me souticnt
En ma-tribulatiou.
Au regard de mes ennemis
Tu garniras ma table,
Et de tous les biens nácessaires
Tu me la pourvoiras.
Matéte de graisse odorante
Se montrera luisante,
Et ma coupe pleine de vin
Débordera par dessus. •
De ta libéralité large
Couvert tant que je vivrai,
Sous ton épais bouclier
Súrement je me mettrais à l’ombre
ì ’
r'
nihil mihi dcerit.
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Atau passaré mas Jornadas,
Ta maison espérant,
On longas mila è mila annadas
lo seré démorant.
Ainsi, je passserai mes joumées,
Espérant ta maison,
Où pendant mille et mille années
Je serai demeurant.
rsAVMB 42
Coma la Cervi cassat
Alassat 4
Brama e l’arriu phresc dézira,
Atau mon co combatut
Abatut
Au Diuhort, viuent aspira.
Auta hont ma set u’escant
Hélas, quant
Arrivara u jorn de gratia
Au quau jou compariré
E veyré
De mon Creato la phacia?
Mon pan, e mon tractament,
Es torment,
Plos, sanglolz, tristessa amara,
Mentre que m' cridan tot jorn
A rentorn :
En quin loc es ton Diu ara?
Hantá lo Temple no m’és
Plus permès.
Plus un pople innumerable
Nó m* siéc ara trauessant
Au loc Sanct
Deu Tabernacle admirable.
En Diu gaujoss, banquetans,
E sautans,
Nos hestejauam sa gloria :
Oh î quin clau, quin creba-có
Mós, d'aqo
N'auè arrè. que la raemoria .
M’amna com me vas tu tant
Tormentant?
Ajas en Diu bon coratge,
Qu'encoa jo cautaré més
Que jamés
Son porta-salut visatge.
E dauant sa Majestát
Présentat
Dam ma prumera alegransa
Vn Psaume regratiatiu
A mon Diu,
Diré, per ma déliuransa.
psaume 42 (1)
Comme le cerí chassé
Harassé
Brame et aspire après le frais ruisseau,
Ainsi mon coeur combattu
Abattu
Soupire après le Dieu fort, vivant.
Nulle autre fontaine n'éteindra ma soif
Hélasl quand
Arrivera le jour de gràce
Où je comparaitrai
Et verrai
La face de mon Créateur?
Mon pain et mon aliment
Est tourment,
Pleurs, sanglots, tristesse amère.
Tandis qu’on me crie sans cesse
A l’entour :
En quel Iieu est maintenant ton Dieu?
Fréquenter le Temple ne m’est
Plus permis,
Plus un peuple innombrable
Ne me suit à présent, traversant
Le lieu Saint
Du Tabemacle admirable.
Joveux en Dieu, par des banquets
Et par des danses,
Nous solennisions sa gloire :
Oh ! quel clou, quel créve-camr
Cela me fait
De n'en avoir rien que le souvenir.
O mon àme, pourquoi te tourmentes-tu
Si fort?
Aie bonne conflanceen Dieu;
Et encore je chanterai plus
Quc jamais
Son visage porte-salut.
Et devant sa Majesté
Présenté
Avec mon allégresse première
Je chanterai à mon Dieu
Un Psaume de repentir
Pour ma délivrance.
(1) Vulgate — Qucmadniodum dcsirat ccrcus .
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— 21
Hugitiu de ma maison
Trist jo son
En misàr, en la montana
iyHermonim (1), deça u lordun,
Recordan
Ton corros qui m’accompana
Los gophres s’atiran totz,
A Ja votz
De tas brìuentas paixèras ,
Tu qui mVezes abyssàt,
Ahonsat
De phlotz d'ondas me capèras
Tant es qu*vn jorn, ta piétat,
E bontat,
Dossa, tu m'auras mandada.
E serala neyt, cantùnn,
E pregánn
Diu mon saubado, passada.
Dam tu labétz parlaré
E diré,
O Roch sur qui jo m’empari,
Perque m'as tant corrégit,
Aphligit,
Per las mas de l'aduersari ?
Et me croixix totz los os
De mon cós,
Quant dam sa gaynarda cara
Rizen, m’arretré tout jorn
A l’entorn,
En quin lóc es ton Diu ara ?
M'Amna perqe m’ \ as tu tant
Tormentant?
Ajas en Diu bon coratge :
Qu’encoâ jo cantaré mès
Que jamès,
Son porta-salut visatge.
Fugitif de ma maison
Jesuistriste
Dans ma misère, sur la montagne
D’Hermon, deça du Jourdain ,
Me souvenant
Que ta colère ra’accompagne.
Les gouflres s’attirent tous
A la voix
De tes déluges déchainés ;
Toi qui me vois abimé
Enfoncé
Dans les flots d*eau dont tu me couvres,
Tant est qu'un jour, ta pitié
Et bonté,
Douce tu m’auras demandée,
Et nous passerons la nuit, chantant,
Et priant
Dieu, notre Sauveur
Alors avec toi je parlerai
Et dirai :
Oh ! rocher sur lequel je m'appuie,
Pourquoi m’as-tu tant châtié
Et affligé,
Par les mains de mes ennemis?
11 brise tous les os
De mon corps,
Lorsque avec sa moqueuse face,
Riant, il répète tout le jour
Autour de moi :
En quel lieu est maintenant ton Dieu?
O mon àme pourquoi vas-tu tant
Me tourmentant?
Aie bonne conflance en Dieu :
Et je chanterai encore
Plus que jamais
Son visage porte-salut.
Ce Psaume, est un des plus beaux modèles de i’élégie hébraïque.
Comme il peint bien 1 ardeur des désirs d’une âme irritée par ia douleur
des biens qu’elle a perdus, l'abattement dJun coeur qui cède à son affliction
qui aime et qui pleure, qui se plaint et qui supplie?
PSAVMI2 131 PSAUME 131 (2)
Seno mon co gros n’es estat, Seigneur, mon coeur ne fut pas enflé,
Ny ma routèra susleuada, Ni ma roture surólevée,
(1) Ces collines sontappelées dans le texte Hébreu Herrnontim , monticules d’Her-
mon.
(2) Vulgate Domine non est exaltatum cor meum.
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■%
— 22 —
E dessus ma capacitat Je n’ai pas cherché grande besogne
Grana besona n'é brassada; Au-dessus de ma capacité,
lo m’ son comportat Je me suis comporté,
En humilitat Modestement,
lo m’son tengut sarradament Je me auis tenu humblement,
Devengut semblant Devenu semblable
Au petit enhaiit Au petit enfant
Despopat tot escassament Qui vient à peine d’étre sevrc
Qui tapéc com cay Et qui sitòt qu’il tombe
S’arrapa à sá may. Se rattrape à sa mère.
Israèl donq asso contemple, Donc Israèl, contcmple ceci
E spere en Diu à mon cxemple. Et espère cn Dieu à mon exemple.
PSAV.Mli 137
Prop las aygas Babilonicas
Grans arrius de lermas gitauan
Nostas amnas melancholicas,
Quand de Syon s’arrecordauan :
Nos eram de pena lassatz
Sus las riberas ajassatz,
E uostes cytres destenulz
Peus aubás leixauam pcnutz.
Los qui nos tenguén en dcstressa
D’en jogá nos importuuauan, ,
Los aiuhos de nosta tristessa,
Alegria nos comandauan :
8us donq auanl, que bc trigíitz,
Uacauson de Syon digatz :
Com camtarèm dè Diu lo Jaus
En estrani païs csclaus?
Despux Hiérusalcni perduda
Nosta mah es desmemoriada
E ses art nosta Jenga muda
Au céu de Ja boca es gahada ;
Nos abseus de Hìêrusalcm ,
Arrc per cantá no Aralém,
De plaze no podém gauzì
Ny ses era nos argauzi.
Brembc t’Sciìo, qu’à la jornada
Que Hicrusalc/n om pilhaua
La gcnt á’Ecloni dezamorada
Nostes Enemicz aliscaua, •
Ci idan, entraîz, possaiz vos hort.
Botatz a sang, à hoec, à mort,
Prenetz, sakejaiz, abrazatz,
E tota la vila râzàtz.
E tu Biòilonia gloriosa,
S<;apias que seras rupiada,
(1) Vulgate supcrjlumina Babylonis ,
(2; Eils d’Edorn, íduméens.
PSAUMH 137 Q)
Près des eaux de Babylone
Grands ruisseaux de larmes jetaient
Nos àmes mélancoliques,
tjuand elles se souvenaient de Syon :
Nous ctions accablès de chagrins
Etendus sur les rives,
Et nouslaissions nos Citrcs distendus
Aux saules suspendus.
Ceux qui nous tenaient en dòtresse,
Nous sollicitaient d’en jouer,
Les auteurs de notre tristesse
Nous commandaieiit l’allégresse :
Sus, allez donc, pourquoi différez-vous t
Cliantez un Ccántique de Sionî
Comment chanterions-nous les Jouangcs
En pays òtranger esclaveS? [de í)icu.
Depuis Jórusalcm, perdue
Notre main n’a plus de mòmoire
Et notre langue muette, sans art;
Adhère au cielde Ja bouche;
Nous, absents de Jcrusalcm ,
Ne valons rien pour chanter;
D’aucun plaisir nous ne pouvons jouir,
Ni sans elle uous réjouir.
Souviens-toi, Seigueur, qu’au jour
Où on piJJait Jcrusàlcm
La gent à’Edoni (2) haineuse
Excitait nos ennemis,
Criant : entrez, poussez-vous fort,
Mettez à feu, à sang, à mort,
Prenez, saccagez, incendiez,
Ei rasez Ja villç entière.
Et toi, Babylonc orgucilleuse,
8aches que tu seras ruinòe
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23
E'sera la persona vroza, ’
Fer qui sera de tu venjada
I/injuria que heyta nos as,
Vros aqèt qui de tos bras
Los tos enbans darrigárà,
E sur la peyra arromperá.
Qu’il viendra le personnage lavorisé
Par qui sera vengée
L'injure que tu nous a faite
Heureux celui qui de tes bras
Arrachera tes enfants,
Et les écrasera sur la pierre.
Ce magnifique psaumé est un de ceux qui ont ie plus tenté nos poètes :
et parmi ces derniers nous citerons Lefranc de Pompignan et Maljilàtre ,
qui ont le plus approché de la perfection.
Pev de Gan’os s'est-il 'toujours scrupuleusement conformé au texte
hébreux? nous ne le pensons pas; ce défaut peut êtreégalement reproché à
nos plus illuslres poètes qui ont tous subi rinfluenee capiteuse des Psau-
mcs. Dans Pimpossibilite d'égaler la sublime concision de Foriginal, ils on^
tous, sans exception, eu recours à la richesse et à Féclat de la paraphrase.
Le poète gascon n aurait su échapper à cette nécessilé; si quelquefois il
s’en sert, c’est du moins sans que sa traduclion puissealtèrer la substance^
Fesprit, ni mème le squelettede cctte merveillcuse poésie.
L’exirait du privilègc du Roi porte la date du 5 mars 1565; son ceuvre
ful imprimée dans le courant de celte même année, à Toulouse, par Jac -
ques Colomùs , imprimeur juré de FUniversité.
Celle traduction eut un grand succès. Son auteur fut le bienvenu près
de la Reine de Navarre qui l’encouragea et fit répandre dans ses Etats
Tceuvre de son protégé.
Le xvi° siècle est fertile en iiommes convaincus tout d'une pièce, iné-
branlables, armés pour le triomphe de la science abstrçûte; véritable sta-
tues de bronze, leur figure pas plusque leur attitude, n’éprouvent la moin-
dre modification.
Pey de Garros ne nousapparaît pas sous ce jour.
Nous avons, en effet, toutes les raisons de croire qu’il ne pratiqua
jamais les ardeurs d'un prolestantisme farouche et que sôn tempérament
et ses fonctions Fempéchèrent de se lancer ostensiblementdans lámèlée des
passions religieuses deFépoque. Son zèle, cela ne fait pas de doute, dut se
maintenir dans la région moyenne de la raorale Evangélique.
Certes, sa philosophie est de la plus grandc élévation, sareligion du plus
pur spiritualisme, mais sa conviction porte le nom de tolérance et s’éloigne
de celle des doctrinaires ; il ne partage pas les exagérations de ceux qui
n'admettent qne Ie cantique sacré, la prière, le chant de guerre lancó con-
tre la Babylone romaine.
Cultivant la sagesse, comme les íleurs odorantes d’un jardin, il résout
cclui des problèmes d'entre tous le plus difficile, de vivre calnie, honoré,
libre d’esprit, dans une époque la plus terrible et la plus sanglante de nos
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— 24
annales, en se faisant une place modeste partagée entre ses devoîrs profes-
sionnels, ses chers auteurs, sa famille et ses amis.
C'est dans cecalme relatif qu’il prépare les éléments de ses magnidques
Poésies, qui seront réunies et publiées deux ans après les Psaumes, en
1567.
Le iivre, cette fois, est dèdié au Magnific è Poderos Princep% lo
Princep de Nauarra; son Seno .
Laissons'lui la parole :
Aqueste libérot à tu Prince s'adressa,
E va tot vergoiìos saluda ta hautessa.
Per ço qu’es raau polit, è n’a pas la beutàt,
Per este dauant tu dignament présentat.
Et êra anat vsraa ja tres cops à ta porta,
Tres cop s’en és tornat en darré, de tau sorta
Q’vu arrossin qui dobta vn mau pas a passà,
Tiro Jo pé tres cops, ara en Jà, pux en ça.
Io l’é donq pelejat de sa trôpa temensa,
Et rayassat de hoètz : Mcs et per reconipensa,
De l’atìé produzit dani tau pena, et liatiga,
Qe la hemnaapari son nauet hilh darriga,
Per totas raas labos, dam my no vo plus este,
E m’escapa lo mot, que vo cambia de mêstc.
Et ra’apera payraste; c s’ plan que l’arropreni
D'vn castig rigoros, taleù qu’en raan lo preni,
Que jo son trop giscos, é ma seuéritat,
Lo ten aixi pauruc, c com’ espauentat.
Prince, à toi j’adresse ce petit livre
Qui va bien honteux saluer ta Hautesse,
Parce qu’il est mal poli, et n'a pas la beautc
Pour étre dignement présenté devant toi.
II étaitallé dèjà par trois fois flairer à tii porte.
Et Irois fois il esL retourné en arrière comme
Un roussin qtii, hésitant à franchir un pas difficile,
Tire Ic pied trois fois, tantót reculant, tantòt avanrant.
Je l’aidonc grondé de sa trop grande timiditc
Et menacc du fouct : Alors, lui, pour rècompense
De l’avoir produit avec tant de peino et fatigue
Que la femmc éprouve à inettre au monde son enfant,
Pour prix de mes labeurs il ne veut plus rester chez moi,
Et Je mot ni’ccbappe, il veut changer de Maitre.
11 m appelle inauvais pcre et se plaint que je lc punisse
D’une correction scvcie, sliót qu'en mains je le saisis,
Que je suis trop capricieux, et que ma scvcrité
Le tient ainsi anxieux et comme épouvauté.
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— 25 —
Aperas-tu rigo Tacaû (dic jo labetz)
Quant rossa sos ossatz lecann mantua vetz
Horma d'aqera carn la ruda, é leja massa?
Ou quant lo menuzé peu hust lo ribot passa,
Ou quant lo sarralhé aplanix la gurgosa,
Materia dam sa lima , ou quant la may curosa,
De sa hilha los peus embolhátz escarmoâ;
E passa lo matin mentre que Tatezoá,
La tornéjade l’vn é de l’aute costat,
Si praste y a quacom mau en son loc botat,
La côhad’vn hilat on s’entortulharan
Los gentiug amoros qui d’éra apropriaran.
Entretant qauque cop lacorrosse é gauteja?
Sus dôq, sus, vé t’en dôq pux q’en as tât d’enueja.
Tapauc jo no t’é heyt per à l’escu drômi,
Jo ne t’é pas hargat per demôra dam my.
Més de tant que tu m’es obligat é tengut
Appelles-tu rigueur, petitdròle (lui dis-je alors)
Quand Tourse (1) lèche maintcs fois ses petits oursons
Pour façonner leur chair lourde et massive ?
Ou quand le menuisier passe le rabot sur le bois,
Ou quaud le serrurier aplanit la rugueuse
Matièreavec sa lirne, ou que la mcre attentive
Peigne les cheveux embrouillés de sa fìlle,
Consacre la matinée en l’attifant,
Et la retourne de Tun et de l’autre còtó
Pour s*assurer que rien n’cst mal à sa place et dans sa toilette.
Elle la coiffe d’un filet oû se preudront
Les genlils amoureux qui s’approcheront d’elle,
Entre temps quelquefois elle la gronde et la fait pleurer?
Sus donc, sus, parts donc, puisque tu t’ennuies tant avec nioi;
Je ue t*ai pas fail d’ailleurs pour dormir dans robscurité.
Je ne t'ai pas forgé pour rester avec moi.
Mais bien que tu me sois obligé et tenu à bien des titres,
(1) Virgilcse vantait d’enfanter ses vers à la façon de l’ourse, en les léchaut Ie
soir. limant et repolissaut, réduisant mârae à petit nombre la grande quantité qu’il
avait conçue le matin.
Du Bartas , en montrant qnelle forme Dieti donna à la raatière en créant l’univers
en 6 jours, emploie cette similitude geutdlc conforme au sujet qu’il traite :
De sagesseet pouvoir l’inépuisable source,
Enformant l’Ùnivers flt donc ainsi que l’ourse
Qui, dans l’obscure grotte, au bout de 30 jours,
Une massedifforme enfante au lieud’un ours;
Et puis en le léchantores elle façonne,
Ses de*chirantes mains, or’ sa têto felonne,
Or’ ses piés, or’ son col : et d’un morceau si lait
Son industrie anirae un animal parfait.
C'est probablement de là qu’est veuue la locution familière d'ottrs mal léché
employee quelquefois dans ie langage pour désiguer un homme grossier, iusociable.
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Googk
-2 G -
Torna prumerament au loc d’on es vengut :
No dobtes pas d’entra, recebut tu seras*
I ou son assegurat, taleú que t’ mustraras,
: No t’ leixes pauteja, mes dret á l’Excellentia
r Deu Prince, honestanêment vé ha la reuerentia
Tu veyras en et plus de bontat gratiosà,
Qu’et no véyra sus tu de taca vitiôsa.
O Prince, diras-tU, en qui vertut s’auansa,
Dam los ans au gran pas, qui coâs Fespóransa,
D’vn aute tertis daurat, de qui la dossa graiìa
L’amistansa deus grans, lo có deus petitz pana.
Sang generos dò Reys, laus deu sècle présent,
Vn de tos servidos te hé de my prczent,
Qui t’a vodât sa man, sa tinta, é sos papès,
E per tu moriré volontés â tos pés .
Retourne d'abord aux lienx d’où tu es vcnu :
N'liésiie pas iï cntrer, tu seras reçu,
J'en suis sûr, dès que tu te montrcras,
Ne telaissespasmanierindiscrètcment, mais droit à l'Excellence
Du Prince va faire galamment ta révérencc,
rFu trouvcras en lui plus de bienveillance gracieuse
Qu'il ne découvrira cliez toi de défectuosités.
O Priuce, diras-tu, dont la vcrtu avance
A grands pas les ans, qui couvcs l’espérance
D'uu autre âge d’or, de qui la séduisante douceur
Conquiert l’amilié des grands et le cceur des petits.
Sang génòreux des Rois, gloirc dc notre siècle,
L'un de tes serviteurs te fait de moi présent.
II t'a consacré sa main, son encre ct son papicr,
Et volontiers il expirerait à tcs pieds .
Et il continue d’offrir à son Prince, Fencens de ses éloges hvperboli-
ques, puis s’adressant au Lecteur, il se demande pourquoi les peuples
d'Agenais^ du Quercy et généralemenl tous ceux qui sont au-delà de la
Garonne et qui ont avec )e vrai Gaspon quelques affinités, oomme dialecte,
sont confondus sous la môme dónoraination de GasCvOn. II laissc de côlé la
raison géographique, il lattribue plus tòt à la pureté de langage.
« Car en ceoi, dit-il, il faut qu’on nous donne les mains ct confesse que
le langage spécialeraenl appolé Gascon, naturel à nous de Béarn, d’Arma-
gnac, de Comminges, et autres qui sommes enclos entre les Monts Pyré-
nêens et la Garonne, est beau pardessus lbs autres ses affins et corame
FAttique entre les Grecs : à causo de quoi entre nos voisins par les mai-
sons de noblesse, nolre langue est usilée et tellement en prix que celuiqui *
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:Ia parle bien eote cela pour un titre d’honneur. II est vrai que nous
l'avons destituée, comme si un mauvais ménàger laissait en son champ
plantureux croltre beaucoup dd ronces, épines et chardons, de sorte qu’il y
aura peine de la remettre en son premier elat. Car si nous eussions
cultivé notre langue de mème diligence que le celtique a la sienne, ne iui
en déplaise, nous ne lui céderions pas en faconde. »
Aux yeux du grand Montaigney le dialecte Gascon, était égal, sinon
supérieur à la langue Française qu’il trouvaitdépourvue d'énergie. Garros,
va plus loin, et prêche ‘une levóe de boucliers contre l'étrangère et conseille
la résistance pour Thonneur du pays Gascon. II proteste énergiquement
contre son envahissement et reproche amèreraent à ses compalriotes, dans
un accès de patriotisme, leur indilïérence et leur complicité. Fier de la
gloire des armes Gasconnes, il rève pour son cher dialecte, un éclat iden-
tique, dans son Epitre aa Médix , où il s'exprime ainsi :
Pvx doncas qe plazut vos a,
Rhythmas en Gascon compauzá,
De my vos n’eratz pas estat.
Eu vaganau sollicitat,
A prene la causa dampada
De nosta lenga mesprezada :
Damnada Ja podétz entcne,
Si degun no la vo dehene :
Cadun la leixa e desempara
Tot lo mond’ l’apera barbara,
E. qu'es causa mes plahédera
Nos autz medix nos truphan d’éra.
O praube liatge abuzat,
Digne d’este despaïzat,
Qui leixas per ingratitud
l~a lenga de la noyritud.
Per quant tot sere plan condat,
A prene vn langatge hardat ;
Et no hes oonde de l’ajuda
Au pays naturau deguda,
Aqo b'es, a plan tot pensa,
Son pays mau recompensa.
Més de ma part, jo bz asseguri,
E religiosament vos juri,
Que jo scriuró dam vehememia,
No in’ cararé, n’auré patientia,
Deqia qe siam totz acordatz
Et d’ua conspiration bandatz.
Per l’hono dcu pavs sostenguc,
E per sa dignitat mantegue :
No pas d’espazas aguzadas,
Ny lansas de sang ahamadas.
On sab prou que I’arués luzent
No es de natura plazent.
Puisqu’enflu il vous a plu
De composer dcs vers en Gascon,
Yous 11’aurez pas été par moi
Vainement sollicité,
D’eutreprendre lacause perdue
Dc notre langue dódaignre :
Vous pouvez la considérercommecondam-
Si personnc ne veut la dófendrc : (née,
Chacun l’abandonne et la maltraite,
Tout le monde l’appclle barbare,
Et chose bien plus afíligcante,
Nous mémes nous nous moquons d’elle.
01?! pauvre génóration abusée,
Digne d’être chassée du pays,
Qui abandonnes avec ingratitude
La languc dc ta nourrice .
Et en somme en tenantcompte de tout,
Pour apprendre un langage fardê;
Et tu ne tiens compte du secours
Que tu dois au pays d’origine.
Voilà certes, tout bien réfléchi,
Qui est mal récompenser son pays.
Mais de ma part, je vous assure,
Et je vous jure en conscience,
Qne j'écrirai avec ardcur,
Ne me tairai, et n’aurai de cesse,
Que nous ne sovons tous d’accórd
Et unis dans une résolution commune
Pour soutenir rhonneur du pavs
Et mainteuir sa dignité :
Nou pas avec des épées aignisécs,
Ou des lances de sang avides,
On sait assez qúe le harnais luisant
N’est pas de nature agréable,
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- 28 —
E que u saben plan maêjà
Qui nos ven tarabusteja;
Més au loc de lansas pontxudas,
Armém nos de plumas agudas,
Per ornà lo Gascon lengatge,
Perqe om prezique d'atge en atge
La gent, la bera parladora
Com en arraas es vencedora...
Et que nous savons bien le manier
Contre qui vient nous tarabuster :
Mais au lieu de lances pointues,
Armons-nous de ftnes plumes
Pour orner le parler Gascon,
Pour qu’on vante d’âge en àge
De la race le beau langage [mes...
Comme elle Temporte par Téclat de ses ar-
Efforts stériles, regrets superflus; c’est la langue française qui était
appelée à devenir la langue nationale.
Sa brillante traduction des Psauraes aurait pu suffìre à établir la gloire
de Garros, mais, travailleur infaligable, il e^t tenté par la poésie héroïque,
genre qui convenait à ses talents, à ses aspirations, et qu'il cultiva avec un
égai succês.
La raissiou tolérante et pacificatrice, au milieu de Pexaltation religiense,
avait étó comraencée par Montaigne , <jui fut puissarament secondé par
lelégant traducteur de Plutarque, Amr/ot. La nianie de Piraitation n’eut
pas de bornesà cette époque et il eut la gloire de faciliter à ses contempo-
rains la connaissance de Pantiquilé et celle de róvélerla raorale et les vertus
de ces temps reculés à une bourgeoisie qui n'aurait pu les étudier sur le texte
primitif.
Notre poète gascon possédait toules ces cordes à la Iyre de son áme. Cet
exeraple lui inspira le désir d'envahir à son tour toutes les hautes sphères
du génie antique Aussi savant helléniste qu’habile hébraïsant, il se mesure
corps à corps avec le texte grec, et il choisit dans cette abondante poésie
narrative le cadre qui lui servira à fixer les trails les plus saillants de ceux
d’entre les héros qu'il nous peindrad'une façon raagislrale.
II choisit d’abord tìercule , le grand justieier, le plus chrétien des héros
antiques, qui consacra sa force invinciblc à faire du bien à ses sembiables,
et d’un vigoureux coup de pinceau il fixe les prineipaux traits de son per-
sonnage :
Hercules aqét son, jo son Herculcs,
Nomèat entro totz los antics caualés,
Pay do noblcssa justa, é no pas eixaroega,
D’aqera qui degun no greua, c no denega.
Sonsecos aus petitz, aus cnhans despayratz,
Auseixinges d’amicz e cajutz aus baraths :
Hercule je suis. je suis cet Hercule,
Henommé entre tous les chevaliers antiques,
Chef non contesté d’une noblesse juste,
De cellequi ne blesse personne et ne refuse jamais
Son appui aux faibles, aux enfants orphelius,
Aux dépourvus d’amis ou tombés dans les íossés.
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- âg -
C5ma au mebrô ôaphrat om ve lo bô saug corre,
Ataa alegrament era sfen va secorre,
Los praubes, los premutz e tormentatz à tort;
Aqero no siéc pas lo partit deu plus hort,
Aus se va demustràn aus humius pietadoza,
Edeusgrans superbios Dauna Victoriosa...
Comme on voit le bon sang couler d’un membre blessé.
Aiusi elle s’en va allègrement secourir
Les pauvres, les opprimés ou persécutés à tort.
Celle-là ne suit pas le parti du plus fort,
Elle se montre pitoyable aux humbles,
Et Dame Victorieuse des puissants orgueilleux. . .
Et Tinfaligable travailleur énumère les coups qu’il a porlés à ceux qui
opprimaient, les fléauxqu’il a détruils pour soulager rhumanité :
Qui no sab las horestz, las vilas, la campaiìas,
Los passatgòs, los portz, ia bossudas montanas,
Dam gran suzo per my corrudas, e porgadas.
De lairos, debrigans, e d’amnas scéléradas?
Qui no sab que per tot ma grana valentiza
A liéyt torna justiciaen son seti e mestriza ?
E que jamès n’a heyt goerra so qu’a la goerra,
Ny héyt mau so qu’au mau qui regnaua sur terra. ..
Qui ne connait les forêts, les villes, les campagnes,
Les passages, les ports, les montagnes bossues
Par moi franchies avec grande sueur et purgés
De voleurs, de brigands et de scélérats fteffés?
Qui ne sait que partout ma grande vaillance,
A replacé la justice en son siège et maìtnse ?
Que jamais eile n'a fait la guerre qu’à la guerre,
Ni fait mal qu’au mal qui régnaii sur la terre...
Mais il eut le malheur de filer aux pieds dìOmphale ; dès qu’il est en sa
présence il perd son prestige :
Iocaju maniac, phrenetic, arraujos.
Oh quifta decajensa, oh quiû ament dolens.
D’un tant estrani cas, jo hy mos ben-volens
Qui no m’ poscon dam ceps e maniotos tengue.
Ny goari mon cervèt, ny ma rauja arretengue.
Que n’o m’ precipités deguens l'ardont lefìé,
Ou malhurosament ma vita terminé.
Je devins insensé, frénétique, furieux.
Oh ! quelle décadence et quelle íolie affligeante.
Quel étrange cas, ceux qui me voulaient du bien
Avec des entraves et menottes ne purent me tenir
Ni guérir mon ceryeau, ni ma rage calmer.
Et je me précipitai dans Pardent bûcher
Oûje terminai malheureusement ma vie.
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30 -
II nous présente ensuite Alexahdre le Grand, roi de Maôédoinè :
Aqet Rey poderos eixarruscle de goerra,
Qui de son nom cregiìut pléec tota la terra.
Qui d’escadros armatz lo pays barejaua.
Despux q’vn cop peu miey d’etz et s’abarrejaua :
E com Boréas los cruras de l’ayre cassa,
Atau et rodejan sa grana coterassa,
Haze sos ennemicz paurucz e desperatz
Corre com betz tropetz d’arìets caraviratz. . .
Ce Roi puissant, foudre de guerre,
Qui rempîit toute la terre de son nom redouté,
Qui balayait les pays avec ses escadrons arraés
Dès qu’une fois i) se mélait au railieu d’eux :
Et corame Borèe cbasse les miages de l’air,
Ainsi lui, brandissant son grand coutclas,
Faisait ses ennemis crainliís et désespérés
S'enfuir, comrae troupeaux d’agneaux èpouvantés...
Le héros raconte ensuite la série de ses conquètes. Grácc à songénie et à
son courage il soumet la terre à ses lois. Mais il ne peut jouir longtemps
du fruit de ses victoires : il meurt à la fleur de l’àge. Le poète nous fait
assister à sa cruelle agonie; il regrette Ia vie etsoupire après la santé pour
recomraencer la guerre et cueillir de nouveaux lauriers. Mais Fimpitoyable
inort est à son chevet, il la voit dans son cauchemar, et le moralisle fait
valoir cette loi fatale qui impose son terrible niveau sur les tôtes les plus
humbles comme surles plus superbes :
Oh ! tarrible destin, greua necessitat,
Implegadera ley, aspra seueritat.
Dou ny grann ny petit no se pot aperà :
Més totz l’agràs aqet nos deuém devorà,
La hauba mort. deus Ducz e Reys, las portas granas,
E los portaneros de las praubas cabanas,
Tusta d’vn medix pé, d’aqei-a obligation,
Lo peccàt à ligàt l’humana condition :
Lo mortau statut es a totz horaes comun :
Oh ! terrible destin, nécessité pénible,
Loi inflexible, rigoureuse sévérité.
Dont ne peut se racheter ni grand ni petit :
Mais elle doit tous égalemeut nous dévorer, la cruelle,
La raort pàle, les portails des Princes et des Rois,
Et les petites portes des pauvres cabanes
Sont par elle frappées du méme pied; à cette obligation
Le péché a lié la condition humaine,
Le statut mortuaire est eommun à tous les hommes :
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— 31 —
Més en aqest endrést lo sort non ôs pas vn
Deus petitz e deus grans : aqetz 'alegrament
S’aprestan de sorti de la pena et torment
Deu monde liatigos, e damb vn phranc coratge
S'en van prcue la mort, ainsi qu’un]dos beuratge :
Més lo grann, qui jamès no bota en sa memoria,
Que Diu a bozolât e sa vita e sa gloria,
Quantsen la man de Diu, sospira, sanglotix,
Natura accusa, brama, e tot se ségotix,
Ou cay espaíientât aixi qe d’un miracle,
Quant la mort crída : sus d'aqeste tabernacle;
Diu t'ordena leixà lo raonde transitori,
Per ana comparé dauant son consistori;
Sa sarjanta jo son, jo t* gahi, jo t’arrapi,
Sus Tyran superbios, jo t’ croqui, jo t’alrapi..,
Sus terro da las gens, ara t’aterraré,
E per camis neytaus jo tiragossaró...
Mais en cet endroit le sort n’est pas le même pour
Les petits et pour les grands : ceux-Ià aliègrement
S’apprôtent à sortir deia peine, de la souffrance,
Des ennuis de ce monde, et d’un franc courage
S’en vontrecevoir la mort, ainsi qu’un doux breuvage.
Mais le grand qui jamais n’a mis en sa mémoire
Que Dieu a borné et sa vie ct sa gloire,
Quand il sent. la main de Dicu, soupire et sanglote,
II accuse la nature, il gémit, il est tout bouleversé
Ou tombe cpouvanté, ainsi que d’un miracle
Quand la mort crie : hors de ce tabernacle,
Dieu t’ordonne d’abandonner ce monde de passage
Pouraller comparaitre devant son consistoire;
Je suis sa sergente, je te prends, je t’enlève;
Sus, tyran orgueilleux, je te croque, je t’attrape...
Sus, terreur des nations, je te jetterai à terre,
Et te trainerai dans les sentiers de la nuit.
Et le moribond continue à lutter dans son horrible vision qui lui repré-
sente le spectre de Clytus ensanglanté, ainsi que d’autres victimes de ses
emportements :
Las aurélhas deu cap me cornan ó trompètan
Los ciaris traucan l’aire, et las arraas cliqétan :
Sus, bardâtz Bucephal, portatz la moriassa,
Lo coteràs pezant, e lo cos de coyrassa :
Les oreilles de la téte me cornent et trompettent,
Les sons des clairons percent l’air, les armes cliquetteut :
Debout, sellez Bucéphale, portez le morion,
Le gláive pesant, et le corps de la cuirasse :
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— 32
Piqués Macedonicz, en i*eng gendarmarià,
De taus cridz eixantàt jo lii ma darreria (1 ).
Piquiers Macédoniens, en ligne gendarmerie,
Exalté par ces cris j’ai rendu le dernier soupir.
Puis vient Pyrrhus , roi d'Epire, fils d’Eacide, issu du sang des dieux
par Achille.
Garros commence par ílétrir les ambitieux de tout ordre en montrant
rinanité de leurs rêves de gloire et la nécessité d'êlre modérés dans nos
désirs ;
Despux qu’ambition se gaha en l’esperit
D'un hòme gcnerôs de coratge esberit,
Era sembla l’austo, qui tostem pericaua
Lo co de Prometeus, é jamès n’acabaua.
Aixi qu vn carreté raau sos poris ajuíí,
E tot eixerverat ses occasion degua
So que per este vist, pren Tincertena cossa
De tort e de traués : e ses veze on los passa,
Per calhaus, perarrocx, tat los tormeta è hoeta,
Qu’èt arromp sos genetz, son cot, e sa carreta :
Atau l’ambitios, se plauèn arrazès,
Per mila desplazès cercarà sos plazès :
Lo degut e razon no l’escantaran pas,
Dequià qu’aja bohât lo lioec on sia puxas.
Atau lo Phaeton temerari s’ardoc,
E per vola trop haut Icarus se perdoc.
Dès que Tambition se prend en l’esprit
D’un homme généreux et de courage éveillé,
Elle ressemble au vautourqui toujours mordillant
Le coeur de Prométhée et jamais n’achevait,
Ainsi qu’un charretier qui attelle mal ses pouiains,
Et tout écervelé, sans autre occasion,
Sauf pour étre vu, prend sa course incertaine
A tort et à travers : et sans voir oû il les dirige,
Par caiiioux et rochers, tant il les tourmente et fouette,
Qu’il rompt ses cheyaux, son cou et sa charrette :
Ainsi l’ambitieux, seraient-ils sans mesure,
Cherchera sesplaisirs après mille déplaisirs :
Le droit et la raison ne l’arréteront pas,
Jusqu’«à ce qu’il ait souffléle feu qui doit le dévorer.
Ainsi le téméraire Phaóton se brúla,
Et Icare seperdit pour avoir volé trop haut.
(1) Alexandre fut dévot jusqu’à la superstition, se laissant posséder par les devins
ei par les oracles : ce qu’on peut attribuer, outre son naturel, à la lecture ordinaire
des poètes qui donnaient aux homraes ia crainte des dieux et composaient toute la
thóologie de ce teraps-là. (Sainl Evreraond.)
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Tel est le sort réservé à Pyrrhus (1) qui nous raconte ses exploits. Jeune,
ambitieux, il rève d'ôgaler la gloire immortelle de ses illustres ancètres.
Victorieux des Romains, rieu ne résiste â la valeur de ses arrnes et il
embrassela conquèie du monrle entier dans srs folles convoilises. Mais la
mauvaise fortune arrète le cours de ses liauts faits ori Argos% où il est
atteint par unc tuilc fatale lancée par la niain d’une vieille femme et un
esclave obscur lui tranclie la tète. II n'a pas voulu écoutcr les sages conseils
dc son confident et ami Cgnéas qui condamnait la fragilité de son oeuvre
de conquète qui serait fatale à sa propro vie et à oolle de tant d'innoccnts :
Mès si per tot aqo jo no cambié mon sens.
Aumens tu, legido, d’aqeste breu discos,
Apren y de reggla de ta vita Io cos.
Brembe’t quelos Gigans montz sur montz anonsauan,
E prene dam las dens las estelas cuclauan,
Quant Jaus lo Haut, toant sur etz arrevirèc,
Las môlas deus arrocs, e totz los esclaliec.
E que Diu lo cosselh e lo perpensament
Deus hômes superbios destruca en vn moment.
Mais si pour tout cela jc n’ai pas changè de sentiment,
Au inoins, toi Iectenr, apprends par cc hreí discours
A régler le eours de ta vie.
Souviens toi cpie les (lCants cntassaients monts sur monls,
S’clTorçant de saisir les étoiles avec les denis,
Duand Jupiler le Ilaut, tonnant renversa sur eux
La masse dcs rochers, et les écrasu tous.
Kt tjiie Dieu détruit en un moment
Les projets et Ies calculs des hommes supcrbes.
(1) Pyrrhus a êté le plus grand capitaine de son teinps, au jugemcnt même d’An-
nibal qui le mettait iiniiiédiatemcnt après Alexandre et devant lui, apparemment par
modesue. 11 avau joint la dclicatesse des négociations à lascienee dela guerre; mais,
avec cela, il ne put jamais se faire uit établissement, solide. S’il savaìt gagner des
combats, il perdait lefruii de la guerre; s’il aiiirait des peuples à son alliance, il ne
s.ivait pas les y mainlenir. Ses dcu.v beaux taleuts, employés hors de saison, rui-
naient l’ouvrage l’un de l’aulre.
Quand il avait êprouvé ses forces heureusemenl, il songeait aussih'it à négocier,
el conime s’il eut été d’intelligence avec ses enncmis il arreiail ses progrès lui-même.
Avait-il su gagner l'atlectiou d’un ponplef sa première pensée éUiit dê l’assujetiir. li
arrivait de la qu’il perdait ses amis sans gagner ses ennemis, car les vaincus prenaienl
I’esprit des vamqueurs et refusaient la pàix qii’on leur oíírait; et ceux-là reliraient
non seulement leur assistance, mais cherchaicut à se défaire d’un allié (jui se faisait
sentir un vrai maitre.
L!n procédé si extraordinairc doit s’attribuer eu parlie au naturel de Pyrrhus. en
pariie aux difT ;rcms iutêreis de scs ministres. II y avait p:*ès de lui deux personnes,
entre les autres. dont il prenait ordinairemeiUles avis : Cynèas et Milon.
On pourrait dire en sa faveur qu’il a eu affaire à des nations pnissantes qui se trou-
vaient plus dc ressources qne lui. On pourrait dire qu il gagnait les combats par sa
vertu; mais qu’uu faible et pelit Etat comme le sien ne lui dounait pas les moyens de
pousser à bout une longue guerre. Quoiqu’il en soit, à le regarder par les qualités
de sa personue et par ses aciions, <;a été un prince admirable qui ne cède pas a un de
i'aniíquité. A considérer en gros le succès des desseins et la tin des affaires, il paraitra
souvent malhabile et perdra leaucoupde rèpiuation. Kn effet, il occupa la Alacédoine
et en íut chassé; il eut d’heureux commeiicemerils, en Italie, d’où il lui fallut sortir;
ii se vit maitre de la ïncile, oû il ue put demeurer. (^aiut-Evremond.;
3
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Arré plus not’ dira ma lenga desastruga,
Perqe plus volegâ no s’ pot tant es eixûga.
Ma langne nialheureuse ne te rìira plus rien
('a v elle nepeut t»lus se reinuer tant elle est sèelie.
Annibal lui sucoòde à son tonr; cheí dos Carthaginois, cegénéral illustre,
ennemi implaeable des ltoni:iius, fait Io semient de détruire le plusformi-
dable ot le plus puissant dos empires. II engago eontre eux une guerre
achamêo et sans nterei. Trêbbio, Trasimène et Cannes sont autant d'étapes
victoriousos qui assurent sou triomphe. Mais il ost foreô, la mortdans lïime,
do quittor ritalie que sou pied vainqueur foule dopuis seize ans pour allor
dèfendre Carthaf/e , menacêe par un ennemi audacieux, Scipion V Africain.
Ce jeune soldat, à la tête d'un ramassis de vagabonds, plus aveutureux
qu'habile, inílige à Annibal le Yictorieux une hontense dêfaite.
Telle est. rinsconstance et rinstabilitê des choses d'iei-bas, ajoutera le
philosophe moraliste en meltant dans la bouclie d'Annibal les réflexioiìs
suivantes (1) :
Combien (pio lu haut Diu «*s on sou estoment,
Porpotuau, constnnt, e ses nat eambiamont :
Kt a poi’ sa segûra, e certana ordenansa,
Yolùt assubjegîi noste seolo a niudansa :
Perque rhômo vozent coin’ lo monde rodeja,
K d un continuau mauement so torncja,
Anga leuan au Côu son <eilh eontemplado :
Admiràn, e lauzan Ia harga e u hargado,
Heconnnis cpie lo 1 )iou haut ost (seul) en son état
Pcrpétucl, eonstaut et inmiuable :
II a par son ordonnaneo assurée ot. cortaino
Yoiiln souniottrc notrc siòele à riustabilité :
Poiir que rhoinme voyant eonnne le nioude oseille.
Kt s’agite d’un eontiuuel inouveineni,
Allât. levant au eicl son <jeil conteniplatif,
Adinirer et louer rouvrier el sou o'iivre,
(1) Si le inòtior de la guorro. tout «'clatant qu’il ost, méntait senl do la eonsidéra-
lion, je iie vois personne ehez les aneiens qu’on put nsisonuableinent lui pr«'*férer;
mais eelui (pii sait le mieux n’est pas neeessairenieut leplus grand honune. l.a beauté
de l’esprit. la grandeur do rânie, la magnaniniitê, le désintéressement, la justice, une
eapaeité qui s’etend à tont font la meilleure partie du mêrite de ces grands hommes.
ïsavoir simplemeut tuer des gens, être plus entendu que los autres à désoler ia
soeióté et à détruire la nature. e’ést exeeller dans une scienee bien funeste. 11 faut
(|ue l’applicaiion dc cette seienoe soit juste, mt du moins honnéte; qu’elle se tourne au
bien même de eeux qu’elle assujettit. s’il est possible; toujonrs à rintérétde son pavs
ou à la nécessitó du sien propre. Quand elle dovient l’emploi du caprice. qu'elle sèrt
au dérèglement et. à la fureur, (piand ello n’a pour but que de faire du mal à tout le
monde, alors il lui faut òter cetto gloire qu’elle s’attribue et la rendre aussi honteuse
qu'elle est injuste. Or, il est eertaiu qu’Aimibal avait peu do vertus et beaucoup de
vices; rinfidélitó, l’avarice, une cruauté souvenl nócessaire, totijours naturelle. (Saiut
Evremond.)
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Qui lo monde sosten en balans e concordia,
Per reciprocation entrelàs e discordia :
E pux en sy inedix debaràt, plus no puje,
Au seti de superbia, an sas alas estuje,
La crenensa de Diu tostem aja encorada,
IMore sa condition ta mau assegurada,
Pensc cjue si phlorix l>elòu no granarà,
Si Rey ès oey, belòu donian crabè sera .
Lui qui soutient Je monde en équilibre et concorde,
Par compensation de nos conflils et discordes,
Que descendant en Ini-méme, plus il ne s’élève
Jusqu’iiu siòge du superbe; et cachant ses ailes,
fjue la crainte de Dieu soit toujours dans son copur,
(Ju’il dépiore sa condition si mal assurée.
Et pen.se que s’il íleurit, peut-étre ne grainera-t-il pas,
8’il estroi aujourd’hui, peut-étre sera-t-il chevrier demain . ..
Mais le Poète, ivestime pas sa preuve suflîsante; il croit devoir y joindre
un autre exemple. II nous montre le riche et puissant Crésus réduit en
esclavage; son heureux vainqueur, Cyrus , est dêcapité par unefemme et sa
tète noyée dans un baquct de sang. Cet horrible spectacle lui iuspirera les
sages paroles :
Sang que tenguedéués pretios e sagrat :
Sang deus homes que Diu a heitz à sa setnblàsa,
Aus qaus porta deués per natura, amistansa.
Lo lop deu lop no minja, e l’vn e l'aute no cassa,
Mès los hômes, qui sonn totz d’ua medíxa rassa,
Se tarròiìan tostem : è tu, qui près auès
De Diu vn grann podé, don los liomes deués
Mantengue en bona patz. n’es estat bon ny dos,
Ans t’es constituit cap deus massacrados :
Deqia l’liora, que Diu de tos maus sadôràt,
Ses plus te compostaton cap m’a deliurat.
Aixi tu serviras oey mes d’ensenament
Sang que tu devais tenir ponr précieux et sacré :
Sang des lioinmcs que Dieu flt à sa ressemblance,
Auxquels tu devais naturellement porter affeciion.
Le loup ne mange pas du loup, i’un ne chasse pas l’aulre,
Mais les hounnes qui sont tous d’une méme race
Se querellent constamment; et toi qui avais reeu
De Dien un grand pouvoir, qui devais maimenir
Les hommes en bonne paix, tu ne fus ni bon ni doux
En te constituant chef des massacrenrs :
Jusqu’à l’heure oii Dien. saoulé de íes criin<»s,
Ne te supportant plus m’a livré ta téte.
Ainsi tu serviras aujourd’hui d’enseignemeut à tous,
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A totz, que lo mau ha 110 dura longament :
Qu’en toms bêt creiìe qau lo cambi de la líia;
Que lo Mond’ n’es constant qu'en l’incostâlia suà,
E q’èt se qau hizà solament en l’njuda
Dêu qui es lo qui es, o jamês no se muda.
Quc le nial faire ne poiit durer longiicment ;
Qu’il faut craiinire au beau tempsle eliangement de la lnne :
Que le monde n’est coustani que dans son inconstance,
Et se eonfter seulemcut â rassistanee
l)e celni qni est le maitrc et jamais ne clinnge.
II nous peint ensuite de rnain de maître St/lla, le dictateur (Vexécrable
méruoire :
Per vcze cruzautat de sang human txopada,
Dam son cap iierissau c dam sa man hcrrada,
Damb aqetz oeilhs arrois, los qaus tostem buéjan,
E tostein lam de hoec devorada dardcjan :
De my Sylla Roman qaleré rècita,
La descridada vita, e no pas imita :
Mès lo ben dam lo mau eompara propriament,
Pev vezeprop de l’un, l’auto plus claramcnt,
Pux scgui lo eamin de pauc de gens batut,
Per on van los amiczde l’antiqa vertut .
Pour voir )a cruauic de sang liumain trempée,
Avec sa lète liéiissèc, ct sa main armèe dc fer,
Avec ces yeux rouges qui toujours ciincellent.
El toujours lancent ics flammesd’uu feu dévorant :
II faudrnil contcr la vic déshonorée de moi,
.Sylla de Romc, et nc pas l'imiter .
De plus comparer lc bien et le mal avec discernrment.
Pour dislinguer run à rótc dc l'autre plus clairemem.
Puis suivre le chemin par peu de gens battu,
Par oû \ ont les amis des \ertus antiqiics ....
La lutte êtait cngngée entre les privilèges de l’aristoeratie, dont Sylla fut
le chef, et les revendicalions de la démoeralie romaine. II raeonte comment
sa bonne fortune et le nom de Rome, qui rêpandait partout la terreur, lui
aequivent une rêputation qu’il souilla en tyrannisant ses eoneitoyens. Ses
exploits féroces, lissus d'abominalions, Hrenl tout plier sous sa tyrannique
volontê.
Le Poète fait intervenir le Dieu de elêmenee et de justice qui inílige le
juste châtiment réservê au eriminel qtii abuse de son autorilé :
Més Diu, lo jutgc iust, k qui son odios
Totz aqetz qui no son misericordios :
Mais Dieu, le juge équitablc, à qui sont odieux
Tous ceux qui ne sout pas miséricordieux;
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Diu lo hort, qui croixis las aussas deus plus grans,
Lou grana auctoritut pcr vici denigrans.
Diu lo tot podéros, qui son verdue aguza
A l’encontra daqèt qui do sa horsa abuza,
Diu qui de noste cap tot los peus, e las gotas
Deu sang escampilhat ha plan códadas totas,
Lo Diu plen de bontat, do dosso, de clementia,
Diu qui los mau uiuèns demòra a penitentia,
Per los prene a mercè, me vezen obstinat,
Aus tormens Eternaus acy m'a dostinat. ...
Dieu le fort, qui brise les os des plus grands
Dêshonorant par leurs vices Jeur grande autorité,
Dieu le tout puissant qui aiguise sa sentence
Conlre celui qui abuse de sa force;
Dieu qui de tous les cheveux de uotre téte et des gouttes
De sang prodiguè tient un compte íìdele,
Le Dieu plein de bonté, de douceur, de clémence,
Pour les mal vivants qu'il attend â pênitence,
Afin de les recevoir à merci, nie voyant obstinè
Aux tourments éternels ioi m’a destiné .
11 s*apei\‘oil maintenant combien tnen.songère était Fécole d’Epicure, et le
voilà plongé dans les tênèbres avec les méchants de toufes lesépoques,
aussi nombreux que le sableamoncelè. Néron , le meurtrier, est du nombre,
et il se trouve accouplé à Hérocle, le cruel, dont le corps, comme le sien,
devint avant sa mort la proie de la vermine immoude, justicc mystérieuse,
implacable, expiatiou méritée :
Ob celesta vindicta, o laget rigoros
Oh bras hort, oh bras dù, com es tu tant iros ?
Tu no prometes, las, a digun ignora,
Que lo maixant comensa en vita d’endurà
La meritada pena, et pux, lo maluros,
Ses acaba jamòs, hè de grans cridz ploros.
Amic, au mau d’autru pren bon exemple e pensa,
A nios ensenamens, e ]>er ma recompcnsa
Hém aqueste plazé, comben que méritat
lo n’c pas, que de ray prengas nada pietàt :
Oh! cèleste vengeance, oh ! flêau rigonreux!
Oli! bras forl, oh ! hras terrible, comment es-tu si irrité !
'l'n nous promets, lièlas ! personne ne rignorc,
Quc le inéchant commence dans cette vie à supportcr
Scm chàtiment mérité; et puis, le malheureux.
Sans achcver jmnais fait de grauds cris pleureurs.
Anh, prends bon exemple au mal d’autrui et pense
\ mes enseignements, et pour ma rêcompense
Fais-moi ce plaisir, quoiqueje n’ai pas mèritc
Que tu prennes de moi nulle pitió;
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— 38 —
Ma vita legissèn, destinta de 1‘historia
Mon nom, perqè de my jamès no sia memoriâ.
Aprèsavoir lu ma vie. efface de l’histoire
Mon nom, pour qu’il n’v ait de moi jamais souvenir.
Jules Cèsar lermine la série des Hêroïdes de Garros. Cet empereur
romain est considéré à juste raison comme un des homrnes les plus prodi-
gieux de l'histoire :
Io son Cifisar, prumé Roman Emperadó,
De la horto Nation Gaulica vincedo .
Je suis César, premier Empereur Romaiu,
Vainqueur de la forie Nation Gauloise...
Maitre de la Gaule, il s'empare avec un égal succès de la Germanie. A
la tète de ses vaisseaux il se dirige sur l’Anglelerre pour lui faire subir le
mème sort, mais durant la traversée il est assailli par une tempète :
A dus didz de la mort nos botam per trassa
Lo pregond saliât, qu’auèm à trauessà :
Mès encoà n'auem pas mas bareas longament
Trencàt los gràs gorgatz, quàt los ves sobtamet
Neytaument deleixèn vooytas los crozatèras,
Per vengue sur la mà raescla granas hurguéras;
Aqui totz encobitz s’esperrecan, se tuman
Impeturosament, e los ayres encruman.
De nostes ceilhs sescon la lua dimercrèra.
La cloca no vezcm. n’auzcm que periclera :
La mà hramae 1x>rix, corrossada e dcrqoza :
Contra ma nau s’en ven la vâga teni[>estoza.
Qui cudèc dequiau cèu mas gens e inv iansà;
Pux au lac Tartaric d un cop nos ahonsà.
Alabètz cobezia, alal}ètz ambition
Nous nous minies à deux doigts de Ia mort pour frauchir
Les profondeurs salècs que nous devions traverscr;
Mais rnes barques n’avaient pas encore pénibleinent
Franchi les grands gmiffrcs, que lcs vcnts subitemeiit
Pendant la nuit, s’ccliappcrent ilc leurs antrcs vidcs,
Pour veiur sur la mer se méleren grands chocs;
Et là tous réunis ils se clcehircnl, se henrteiit
Impétueusement, obscurcissaut lesairs,
La lune indicatrice se dcrobe à nos yeux.
Nous ne voyonspas la plciade, nous n'etiletidons <pie le lottnerre
I.a mer mugit ct bout coui roucce ct ímieuse;
La vague se préeipite leinpetueuse contre mon vaisscau
I.t faillit lanccr incs gcns et nmi jusqu’au cicl,
Puis nous enfoticer d’un coup dans le lac du 'J'artare.
Alors con\oitise, alors ambition
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-- 39 —
Me cajoc aus talos, e de gran dévotion
Ajullat, a Neptum e Triton suppliqê,
Que m’ tregossan d’aqui, pux que m'licssan auqô :
Mas tapèc que lo Céu, dauant embereât,
Mustra se coiumensèc vn pauc asséreât,
Mès cobès quo dauant, è mes plen d’ambition,
lo debrebe Neptun, Triton, è devotion.
En pauc de tempsau port dèsirat pervengû,
En brac horsadament los Anglès costrengù,
Paga tot au tribut à nosta gent Homana .
Me lombêrerit atix talon>; etdegntnde d '-votion,
Agenouillé, je suppliai Neptune et Tnton
De me sauver de lâ et qti’ils me fissent gardenr d’oies;
Mais sitôt qne lc ciel, d’abord si envenimê,
(,‘ommenea à se montrer un pcu rassérêné,
Plus convoiteux qu’avant, elplusanimê d’anibition,
J’oubliai Neptune, Triton et dévotion.
J’arrivai en peu dc temps au port dòsiré,
Et contraignis vivemcnt etpar la forcc les Anglais,
A payer tout tribut à notre peuple Homaln .
Cela fait, il éteint Ia guerre eivile, se rend maitre de Rome, de lTtalie et
soumet TEspagne. Les victoires de Phnrsale , de Thapsus et de Munda
lui assurent la dictature et la puissance suprème. Après avoir soumis le
monde, Cè-sar se proposait dTinir tous les peuples dans la mème vie poli-
tique et morale en leur donnant à tous les lois, la langtie et la civiiisation
de Uome, mais Ia mort interrompit ces vastes projets. LTMexandre d'Occi-
dent n’eut pas plus que l'autre le temps d acliever son oeuvre.
Le Poète gascon, fait intervenir ici !e grand enseiguement qu'il tire de
ee rève de domination universelle et niet en évidence le néant qui accom-'
pagne cette épopée de gloire bâlie sur un sable mouvanl(|ue le vent empovte
au premier souflle :
Mès pauzèni nos acy, per sabe que m’ bastéc,
Mon goerreja, qui grans territoris goastèc;
Que m’ vau d’auè croixit lát d’armas barbarescâs;
D’aué portàt ta lon las Aqlas Romanescas,
Ny d’aué goazarìat tant e tant do bathalas,
Este passat per tòt com lo hoec per las palhas,
Mais ici faisons haltc, pour savoir ce que m’ont donné
Mes guerres qui ravagèrent de vastes territoires,
Que me vaut d’a\ oir détruit taut d’armèes de barbares,
D’avoir porté si loin les aigles romaines,
D’avoir gagné tant et tant de batailles,
D’étre passé partout comnie le íeu par les pailles,
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N y d’aué goazanat en Roma cinq vegadas,
E pux moii traucat de vint e très dagàdas,
So que perdemustrà, que la gloria mondana,
N’es arrè, so que hum, que mina, e pompa vana (1).
Ou d’avoir triomplió dans Rome par einq fois,
Et puis de mourir frappé de vingt-trois eoups de poignards,
Sinon de démontrer que la gloire de ce monde
N’est rien que fumée, apparence et pompe vaine.
Ces six Hêroides nous paraissent forl belles et font le plus grand hon-
neur à leur auteur, car clles sont le digne pendant des Psaumes. Le philo-
sophe n emprunte pas à rantiquité son ton épique et lyrique, pas plus que
les règles scolasliques des docteurs cs-sciences, il ne lui demande que les
aphorismes de bon sens pratiques, les leçons de morale et. de vertu. II se
rapproche parfois de Du Bartas , son compatriole, par la grandeur de ses
idées et la sévère morale de ses lecons; il atteint ainsi lcs rêgions des sen-
timents nobles et des passions viriles.
Le grave ìnagistrat n'cmploiera pas toujours un ralionalisme sévère qui
proscrit toute poésie légère ou riante, toute coniposition gracieuse et senti-
mentale, car nous posscdons de lui Huit Erjloyue* , à riniitation de Thèo-
crite et de Virc/ile. Mais dans ce nouveau genre qu’il traite, il n'oubliera
pas à roccasion dappliquer ses picccptes de morale et-de vertu; le vase ne
conserve-t-il pas à janiais rempreintc de la première liqueur dont il tul
rerapli ?
Garros vivait à une êpoque troublée, désastreuse. Le ilcau dc la guerre
ètait déchainé et nccessitait lc passage incessant de troupes suivies dc
bandes de pillards, véritables bandits altaebês aux llancs des annêes
connne la lèpre. Ce sont les dépradations commises par ees scclcrats qui
vont faire robjet de la Première Egloguc qui esl un clialogue à cinq pcr-
sonnages : Eixinet , Condorine , Catherine , tìuiraude et Mananton.
La seène commence par Ies iinprccations des villageoises à radressedes
pillards auteurs de lcur ruine ct dc leur niiscre. Eiles passent eu revue les
(1) CCsar. soit par son tompCramenl, soit pour avoir snivi los opiiiions d’Epicuro,
n'altondit rien desdieux eu oeite vie et se mit peu en peino <le ee <|iii devait arriver
en l'autre. Lncain le représenle au siêge d<‘ Marseille. la ha<dte à la ìnain, dans un
hois saer<*, oû <lounnnt ies premiers ooups, il ineiuii! I<*s soldais saisis d’unc secrete
horreui <lc la ndigiou par des parolesassez inipies. SaLlastn lui fait dire que la inort
est la Hn de t<»us les inaux; <praii-<lelâ il ne reste ni souei ni seniiment pour la joi<‘.
Mais coiiune les honiiues, <jueh|ii<*s grands qu’ils soient. comparés les uns aux autres.
sont toujours faibles. défeeliieux. eontraiies a eux-inême>. sujets â rerreuroua
rignoranee. César fut Ironblé d’un songe <|iii 1 iì prCdisait rEmpireel se moqua de
<•01111 de sa mort. Sa vie répomlil assez à sa civanee. Vêritableinent, il ful niodèrê en
des plaisirs indiffêrents; mais il ne se dénia neniles volii]»t< s qui le touebaient. ("esi
ee qui lil faire à Caiulle lant d’êpigranimcs conlre I « i ì . et il’oû vint à la íin ee b<m
mol, que Cesar ètait la/emme de tous les maris, et le ntari de tuules lcs Jcntmes.
(Saint Evremond.)
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I
châtiraents flignesde leurs forfaits et racontent tour à tour les raéfailsdont
cllesont èté les victimes de la part de leurs bourreaux :
GUIRAUDA
. . , : Ets m’an botada au polh,
Etz no rn’an leixat vn esquindrolh
Per caperà deus enhans las vergoitas;
Mes de pietat auré de las cavronas
Vn gros mostin, ou corbàs ahainàt,
Qu’etz n’an de inon mainatge eixarramat.
CATOY
Ah lo raaixant arregaiiat vilan,
Qui nos prengoc las bestias de la lan.
Pux Arriuet , qui las volé dehene,
Tot estripat per terra hèe estene;
Noste Avriuet, can beroy, can gentin,
Que plan sabês goardà noste cortiu.
E de la viiìa e deu cazau lo pas
E mes deu camp : Mos no t’ desplassia pas
Tort nos a heyt de nos dezemparà :
Dain nos deûes atimentiis demorà
Deqià qu’aurèm un canot de ta rassa,
Qui coma tu dès au vopàt la cassa :
Mès tot condàt, à mort t’es volut dà,
Quant tu n’auès arre plus que goardà.
liLIRAt’DI-:
. : Iís tn’ont mise au poux,
Ils ne m’ont pas mémc Jaissé une guenille
Pour couvrir Jes nudités des enfants;
IMus de pitié auraient des charrognes
L n gros maiin ou le corbeau alîamê
í^u’ils u’en ont eu de mon ménage fcaccagê.
( ATIIHUINE
Ali! le ìnéclianl ct vilain brutal
Qui nous prit nos bètes à laine.
Puis Arricct, voulant les défeiulre.
I.es iit tomber par terrc éventrées;
Notre Arrivet. chien beau, chien vaillant,
(Jui sa\ait si bieu ganler notreècune,
I/accès du jardin coiunie tle la vigne,
Kt mème celui (les clinmps : Mais ue t’en (Dplaise
Tu uous a fait tort en nous abandouuant;
Avec nous tu devais au uioins deineurer
Jnsqti’a ce q»ic nous eussions uu eliien de Ui race
Ponr donner connne toi la chasse au renard :
Mais, tout compte fait, tu t’es li\réà la mort
Dès que tu n’eus plus rien à garder.
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GUIRAUDA
Ah lo poytron, truant, raau-acaràt,
Dejà m‘aué l’arcatxis encarat,
Per me ha dize on eran esconutz
Nostes linsos, mès etz eran venutz;
Més lo Tacan qan arrè no trobauà
Los gresilhos totz cops me prezentauà.
Agulhoan d'un gros puàt cotet
Qu’aué panàt, liélas, lo ganitet
Dc in y mesldssa : entretant, mon marit
Per la horest, hugè tot espaurit :
E ses espia }>er qin loc et passaua,
I ot au trauès deus brocz s'esperrecaua.
Home n’a pas tant de glazi qan toa
Ny ia nt los oeilhs la craba q’an’ orroà
Hé blanqejà, eoma labetz jo prauba.
I*rop dela mort, colo mentida, è hauba.
CONDORINA
Ah lo gahec qui tot nos horratgee,
E tot lo so de la borda hotgec;
Deqia trobec la pauqeta veixera
Qui nos hé plan ara grossa nessera;
Ol.lHALUI-:
Ah! le làcbe Irnant a face ignoble
Qui déj.à m'avait ajustée avec son arquebuse
Pour me faire avouer oii étaient cachés
Nos draps de lit, mais ils étaient vendus.
Puisle scélérat, commc il nc trouvnit rien,
Nfe montrait à tout coup le gril,
M’aiguiJlonnant avec uu gros couteau pointu
Qu’il avait volé, hélas! et la gorge
Me déchirait: pendantce temps, mon mari
Fuvait dans )a forét tout épouvanté :
Kt sans regarder par oû il passait
II se meitait en lambeaux à travers les épines.
Cn homrae n’a pas tant de írayeur quand il tonne.
Kt la chèvre qui a peur ue fait pas
Blanchir les yeux plus que moi, alors malheureuse,
Kn facc de Ja mort, rassurée en apparence et défaillante.
coNDonixi:
Ah! le voleur, qui tout nous fourragea
Et qui bécha toute l’aire de la métairie,
Jusqu à cc quìl eut trouvé notre peu de vaisselle,
Qui nous fait grandement défaut à présent;
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— 43 —
Més bac paguéc : mon compay Mèrigon
Tot escauhàt, ly dec d’un horugon
Ta gran patàc, qu’ct lo hèc pernabate;
E non a pas héyt mens â mes de qoate.
Mès qu’aurem heyt? A la hourra vengon
Tant de buzocz qui los mobles prengon,
E no leixéc aqera lairoalha
Vn bec d’aucat, ny cresta de poralha
Mès lo compay, a la huta leugèra
S’anec gaudi deghens ua cauartèra.
Mais il le paya cher; mon compère Mérignon ,
Tout échauffé, lui donna d’uue béche
lrn si grand coup, qu’il le flt tomber par terre.
Et il n’a pas fait moins àplus de quatre.
Mais qu’aurions-nous fait? En foule viurent
Tant d’oiseaux de proie qu’ils prirent jusqu’aux meubles;
Et cette baude de larrons ne nous laissa
Ni un bec d’oie, ni une crête de volaille.
Mais le compère, à la fuite légère,
Alla s’abriter dans une caverne.
Eixinet est ua paysan au-dessus de sa condition, doublé d’un sage; il
reste indifférent aux lamentations de ses voisines, il chante. Que signifie
oette joie insoiite au milieu des larmes; l’intéressé va nous i’apprendre :
Sa vie n'a été qiTune série de préoccupations, de tourments pour
ramasser par son travaii quelques économies à ses enfants et ies augmenter
tous les ans. En possession dc la fortune, de nouvelles alarmes viennent
Tassaillir pour en assurer la conservation. Bien et argent sonl devenus la
proie des pillards; mainlenant, libre de tout souci, il passe son temps à
chanter et à regarder lcs étoiles.
Cette attitude pleine de sagesse nest pas du goût des commères qui
continuent leurs gémissements. Eixinet , ennuyé, les abandonne pour
aller se promener.
Le dénouemenL est préparé par Tentrèe en scène d'un nouvel acteur,
Mananton , qui, caché non loin de là, a tout entendu et vient se mèler au
groupe. Ce personnage e>t syndic de son village, il aura par conséquent
l’autorité néce'ssaire pour donner à ses paroles un certain poids. II puise
dans son expèrience et tlans scs sentiments religieux des arguments
propres à relever Jcur courage et Ieur inspirer confiance dans des temps
meilleurs. II voit dans ces épreuves présentes le doigt de la Providence, et
il termine en leur disant que lcs plus vicux du pays avaient piédit les
malheurs actuels :
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Horlon aué de cent é vint ans d’atge,
Quant me eondéc que son aujo rantic,
Aqet Bonshom, què jamé no mentic,
Aqueste tems que vezem predizê,
Més autabenc continuan dizé,
Qu’auram en brac, ta grana patz en terra,
Qu’om n’aurà nat reliquari de goerra.
Labetz estocz, arcabas, jaqs de malhas
Seran araís, tx*zois, haussetz, èdalhas ;
Dam gariâtz las vôps s’accordaran,
E dani los Lops las Aiiolhas viuràn.
Vist aqet tems jo voleri mori t
Mes entretant jo m’en vau ha bori
Mas cauletos. Voleretz me myà ?
Mon co sentix l’hora d arromiù.
Forton avait. 1 age de cent vingt ans
Quand il nous conia que son vieil aicul,
( e bonhommc qui jamais ne inontit,
Prédisaitce temps que nous voyons.
Mais aussi bien continuanl. disait :
Que nous aurions bientòt si grande paix sur terre,
Qu’il ne resterait nulle trace de guerre.
Alors estocs, arqnebuses, eotes de maillcs
lJeviendraient charrues, volants, bachereaux et íaucilles.
Les renards saccorderonl avec lcs coqs,
Lt lcs brebis vivront avcc les loups.
Je voudrais mourir ayant vu ce icinps?
Mais en aitendant je m’en vais fairc bouillir
Mes choux. Voudriez-vous me conduire ?
Mon cstomac scut l’heurc de ruimner.
Dans la Seconde , le Poèlo continue le inetue sujct en nous donnant le
portrait du pillard de l’Eglogue prèccdente (|u'il va nous tracer d’après
nature. Nous nc rechereherons pas rorigine de ce lype qui, du reste, est
fort ancienne; nous nous maintiendrons daus le cadre du xvie siècle où
nons lc retrouvons.
Sous le règnc de Fran«;ois Je,\ indêpendammcnt des troupes â peu près
cnrcgimentèes qui formaient les lègiotis et les compagnies franchcs, quon
appelail vieilles bandcs, il y avait cncore daus lcs armèes franqaises des
troupes davenluiiers à pied qui, connne les bandes, sc divisaient en com
pagnies plus ou moins nombreuses. Elîes diíîéraient cependant deeescorps
en ce qu'elles étaient levces sans aulorisation par d'anciens oííìciers qui,
^ans appartenir â l'armèe et saus commission, prenaienl de leur propre
autoritè le litre de capitairics. EIIcs sc joignaienl aux armées pour faire la
guerre pour leur propre eoTiptc; clles n etaienl point pavèes par l'Elat, ne
vivaientque de pillagcs ct se livraicnt à d’hoiTÌbles cxcès. Arlots , ma/a/i-
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— 45 —
drins , routiers , bandoliers , telles étaient les dénomínations qui servaient
à les indiviclualiser et qui changeront selon les époques de notre histoire.
Ces bandes ne se formaient d’ordinaire qn’aux époques de la guerre, mais
il arrivait souvent qu'elles continuaient en temps de paix leurs acles de
brigandages. Ccs irrèguliers n etaient en dèfinitive que d epouvantables
scèlérats. c'est pour ce motif que Garros sera forcé de devenir, dans cette
circonstance, un peinlrc rêaliste pour meltrc en relief les appétits malfai-
sants et les instincts grossiers de son sinistre héros, Mauberdot , ou Ie
mauvais Verdet.
Aussi, dès son entrée, nous fait-il, avec le cynisme particulier aux gens
de son espèce, sa profession de foi :
Bés plan vertat q’ês eausa vroza
De pescà qan l’ayga és treboza;
E mès vau este pcscatò
Que hotjado, ny sauniaté.
No que jo lauze lo triqèt
D’aqetz qui pescan dam l’anqet.
Mès la pena jo trobi dossa,
Pesca deghens ua bona bossa.
Anga donq la patz adromida,
E per tòstem sià sepelida :
Visea l’arreproè qui trota
Diu rolfta mantengue riata.
II est bien vrai que e’est eliose lieiireu.se
Dc péctier qiiand J’eau est trouble;
Et ii vaut mieux étre péeheur
Que terrassier ou scmenr de grains.
Non pasque je loue J'allure
De ceux qni péelient à l’liameeon;
Mais je trouve douee la peine
De péclier dans une bonne bourse.
(Jue Ja paix se tienne donc endornfiie
Et soit à tout jamais ensevelie.
Et vive le prorerbe en vogue :
Dieu reuille maintcnir lcs troublos.
Et ce proverte, il Ie répètera souvent, car il exprime son vceu Ie plus
cher. II se rèjouit à la pensée qu'il ne tranchera plus le ver de terre, pas
plus qu’il n'einploiera son temps â tailler la vigne. II préfère de heaucoup
se livrer à Texercice de la lable devant un bon feu en face de quelque
chapon bien gras et savoureux. C’esti'e qui Iui fait dire :
Anga la picoix, è la gorra,
Venga per niy la gorra-borra,
En avant la bonbanee et le pillage,
Vienne pour moi le gâehis,
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Lo pavrabist e parrabast,
Sio ma noyritud, ò mon past... .
Et le bouleversemeni de fond en comble,
II sera ma ressouree et mon aliment .
Les jeux en vogue íe laissent imliffêrenl; il dédaigne suriout les pênibies
Iravaux des eliamps :
Mon eas es arà ses gran pena
Porta la côà de padena,
Au locde l’arrolli, é la pala
De larrestôt, é la bibala .
Mon fait est à prósent sans grande fatigue,
Eorter la queue de la poélo,
Au lieu du ralissoir et de la pelle,
Du râteau simplc ou biais .
11 n’endure plus maintenant ni faim ni soif; il a Iroquê le clianvre pour le
lin et il dédaigne la eape rousse grossière faile et tissée de poils de chèvre.
Aux sabots sans bride il a substitué une belle paire de boltes qui le préser-
vent de la pluie. S'il est des derniers à table il est des premiers au combal;
la guerre fait tressaillir son corps car elle lui procure 1 oecasion de rapines,
mais en attendant :
E que sia atau, tres engreixadas,
Garias jo sabi ajocadas :
Aqui jo in’ voli apitarrà
Dam aqo jo m’ voli qarrà
E quant los potz vnclatz auré,
De patactz l’hosté pagaré,
Jo condi volontès dam l’hoste
Mès que l’escot arrò no m’ coste .
Et qu'il en soit ainsi, je sais jucbécs
Trois poules bien engruissées :
Eà je veux me rcgaler
Avec elles et m’en saouler :
Et lorsque j’aurai les lèvres humectces,
Je paverai l’hóte avec des coups;
Je coinpte volontiers avec l’hóte
Fourvu que Pécot ne me coúte rien .
Et il compare la triste situalion dauirefois avee celle d’aujourd’hui;
quelle différence et que les temps sont ehangés à son avantage.
Son père lui faisait jadis manger du pain dur, moisi, noir, que les chiens
auraient refusé. Les ardeurs du soleil negàtent plus la peau de son échinc
en fauchant les blés; il ne sue plus en battant son íléau sur 1 aire pendant
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- 47 -
que l’ardente canicule brûle la terre desséchée. II n’entend plus sa femme
le poursuivant de ses reproches sur sa paresse :
Arâ ma molhé mau-capsada
No m' prezenta la croixada :
Dara sos petz no ra’ toca maytiàs
E no m’ hè beue sa vexiàs
Longas, sordas, arrecuzeràs,
Sabolentas, e caiìassèras .
Maintenant ma femme désordonnóe
Ne me présente plus la bouillie de maïs :
Elle ne me sonne plus màtines avec ses pets,
Et ne me fait plus avaler ses vesses,
Longues, sourdes, repoussanles.
D’odeur infecte et digne des chiens .
1) ne l’entendra plus de sa voix ètranglée et rauque lui disant :
Berdot., et qau estaubià,
Hétz qaucom, que n’anatz bià f
Dromin la maytiada grassa,
Lo ben deu móde, no s’amassa.
Cudatz vos, qu’en coan la cène
L’abondantia se leixe prene :
Vos n’etz b5 qu’a ha deus ehas
A beras tròcas totz los ans,
Tostê m'auetz preiìs ou leiterà,
E dam aqo, nosta vaqerà
Deslejau tu l’as erapreiìada :
Mes de maynatz per la palhada
'l antos auras tu que d’aíiets,
Tu n’auras pas tantos panetz,
Trosseras, borrassas, ny palha
Per arcapta ta piscoalha .
Verdet, il vous faut épargner.
P’aites donc qnelque cbose, vous en avez la force t
En dormant la grasse matinée
Le bien de ce monde ne s’amasse pas.
Penscz-vous qu’en couvant les cendres
L’abondance se laissera prendre?
Vous n’étes bon qu’à faire des enfauts
A belles paires, tous les ans.
Vous m’avez toujours enceinte ou nourrice,
Et cependant tu as engrossé,
Traitre, notre gardeuse de vaches :
Tu auras bientôt dans la litière
Plus d'enfants que d'agneaux.
Tu n’auras bientót plus assez de langes,
Maillots, couvertures de laine, ou paille,
Pour abriter ta marmaille .
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Elle recontiaît que le nombre des cnfanls est le sort des pauvres gens;
mais elle a soin d'ajouter que la pauvretê est lentatrice de chasleté; n'a-t-
elle pas essuyé les poursuiles de M. Arnaut qtii cherchait à la séduire lui
promettant plus de viande que dc íromage. Mais Mondctte a refusé, préfé-
rant conserver la misèrc avec rhonnAteiè. Anx récriminations de sa femme»
qui le fatignent, il rcpond :
Mes despux que Tos jo t’e dnt
En boca, tu n’as plus cridat :
A bon dret jo ni’ podi vantn,
De t’aué dat que mazantiv.
Plus no t’ qau dansa la mangana .
Mais depuis que je t'ai mis l’os
A la bouche, m n’as plus crié :
Je puis me vantcr, â bon droit,
De t’avoir procuré dc quoi vivrc.
Plus il nc faut cotirir après ta nourriturc .
Ne lui a-t-il pas envoyé la semaine dernicre par Dorde , le lils de sa
nièce, douze beaux taureaux et eent motilons, tout cela gagné dans un
liers de nuitf Connne il désirerait reneontrer un gavache jxiur lui empruntor
de Iveaux dueats d’Aragon, il s'cngagerait â lui faire reconnaissance en
rcgle payablesur les bronillards de l’eau courantc et remboursable aprcs sa
mort. Et il termine sa couclusion de la plus êdiíìante fa(;on :
Per ha brêu, mendic no seré,
Tant que goasaiìa jo poyré
Deu ben à la punta de lansa;
Oh Jo bon tems qui nos auansa,
E possa mes en vn qnart d’hora
Que tot vn an d’auta tempora
Encoara bietque l’auba roja,
Nos escope d’un pauc de ploja:
Plan amonedatz e vestitz,
No pas eotn dauant. langostitz.
De tot aqo no hem qn’arrize :
Pourêtre bref, je ne serai pas mendiant
'J'ant que je pourrai gagner
Du bien à la pointe de la lancc;
Oh! le bon temps qui nous avance?
11 en pousse plus en un quart d’beure
Qu’en iitie annce en autre saison.
F.ncore bien qiie l’aube rouge
Nous arrose d’un peu de plnie;
Le goussel garni et bien vétu.
Non pas besogneux coinnie devant.
Nous ne fesons que ure de tout cela ;
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Qui poiré d’aqest tems miudize
Qui t’a plan los avlotz avitaf
No per hé pas jo de ma vita .
Qui pourrait mal parler de ee temps
Qui facilite aux truands de bien vivref
Pour moi je iuMîbangerai pas ma vio .
Mais lous ces excès auront une fin, et vienne la paix Verdet rendra
compte à la justice de tous ses forfaits; c'est pour lui le gibeten perspective.
Garros rachètera l'excès de nalnralisme qu’il a été forcèd employer dans
ce dernier tableau par une charmante Allègorie qui constitue sa Troisième
Eglogue à deux personnages, Menga et Ranhine , et qui cst d'une concep-
tion vraiment remarquable. Le sujet est du reste très simple.
Ranlcine , pauvre servante boiteuse, est allêe sur Fordre de son maître
apporter aux ouvriers des champs leur maigre pitance, quelquesnoix et un
barril de piquette. Le temps s’écoule et son absence se prolongeant, Menga ,
sa compagne, se met à sa recherche se promettant de la ramener morie ou
vive. Après de longs efforts elle finit par la trouver endormie à Fombre
d’une haie. Brusquement réveillée, la dormeuse eu éprouve un grand
déplaisir, car ce réveil a mis fin à un rêvequ’elle s ’empresse de îui raconler.
EUe reposait sur le côté droit lorsqu'apparut un dragon à longue queue
traînant un charriot ruisselant de sang où reposent des cadavres amoncelés
sur la paille mêlés à des armes et des flèches.
II était suivi d’un cortège de chats-huants, de choueltes, qu’aeoompa-
gnaient la misère, les deuils, Ies dêsespoirs, les blasphèmes et les malédic-
dictions. Le monstre affolé fuyait vers le désert. quand toutà coupil dispa-
raît dans les profondeurs d’un lac avec sa lugubre escorte produisant un
bruit formidable qui retentit jusqu'au ciel. La guerre et les fléaux qu’elle
traîne à sa suite venaient de disparaìtre dans le goufïre.
Puis quand elle voulut se retourner sur le bras gaunhe elle assista à une
délicieuse vision :
. deu ceu vy debarà
Uà donzelleta, e bera, e gratiosa
La plus miiìona egenta, e plus audosa
Qui sur la terra a james heyt peada :
Era vengué dans sa cara arriscada,
E de totz locz per on era passauà,
. du ciel je vis desceudre
l’uc donzelettc et belle et gracieuse,
La plus inignomie et gente et odoranle
Qui jamais cût fait trace de pied sur terre :
Elle venait avec sa face souriante,
Kt en tous lienx où elle passait,
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— 50 —
Lo bas pavs de rosas tapissauà :
Per totz costatz, de son visatge dos
S’expandixen mila bonas audos.
Man dessus inan portaua en pertreytura,
Laqla a lVelh gay hoc sa cabaugaduro,
Qui la vengoc, volen s’arrepauza,
Dessus vn coupde montaiìi pauza.
D’aqui nos dec d’alegransa grans signes,
Aqui tropetz de eoloinas, e cygnes,
La saluden. A qui de tant eanta,
Los rossifìos, ciuleh s’esgaiita.
En man ané la tostem verdaoliua :
Pux d’un arriu d’ayga correnta e viuà
S’apropriéc, tornejat de bosquetz :
Aqui los gays emperlatz de caqetz
Recreatîus, l’an vn pauc retenguda,
E sur aqui deixida mès venguda;
Que plassia à Diu peu ben deu monde trist,
Que sia vertat ço que dromin jo e vist.
Le plat pays de roscs elìe tapissait :
I*ar tous còtés de son visage doux
Se ivpandaient mille bonnes odeurs.
Elle portait en peinture deux niains superposées;
L’aigle, à l’oeil joveux qui lui servait de monture.
Vinl, eile voulant se roposer
Sur le haut d’une nioutagne où il la déposa.
Elle y inaniíesta grands signes d’altégresse.
Là des volées de colombes et de eygnes
La sahiêrent, là les rossignols
( hantèrent jusqu’à s’égosiller.
Dans sa iiiain elle tenait le rameau d’olivier toujours vert :
Puis d’un misseau d’eau courante et vive
Hordé de bosipiets, elle s’approcha.
I.à les geais emperlés avec leurs caqucts
Uéjouissanis Pont un pen retcnuc.
Sm* cela tu cs venue me réveiller;
Qu’il plaise à Dieu, pnur le bien du monde affligé,
Quc ceqtic j’ai vu en dormant soil la vérité.
Autant. le premier tableait était terriliant, autant le dernier est gracieux.
Le Poêie a êtè vraiment bien inspirê dans sa peinture de la Paix (Vnne
dèlieatesse de touclie, d'unc riehesse d'images digne d'utt cminent artiste.
La douec paix ost dcsecndue sur tcrre; nous allons assister aux effeis
qu'elle va produire, ear toul sc suit, tout s’enehaîne dans eette amvie.
Une des prentières conséquenees eniraînera le licencicmcm des troitpes.
Garros nous iail, dans sa Quatrième , le portrail d'une de ses viciimes,
d*im soudard, Iou Herran . le Ferrai/leur , que la paix va rendre sans
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M'
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omploi, pauvro diable que rimprôvoyance a mìuit à so morfondre dans la
misère, lançant aux èclios son cri de délresse :
Las com dromiré jo d’aneyt
Lo pè leugè, lo vente voevt ?
Hélas! cominent donnirai -je cette nuit.
Le pied léger, le ventre vide 1
La fatalité le fit soldat. c’est de là que lui viennent tous ses maux. Certes,
il ne s’est pas toujours vu dans une si iriste situation, il se rappelle cet
heureux temps avec complaisance :
Io son vist goaihard, arpastat
Deu ben per autru conqistat,
Amarriat, gras e luzent,
E gadau mes qu’au tems présent... .
Je me suis vu gaillard, gorgé
Du bien conquis sur autrui,
liéjoui, gras et luisant,
Et gai plus qu’au temps présent .
La souffrance et les privations ont fait leur neuvre de destrnolion :
Ara la praubetat mezera,
La malanansa e la magrèra,
A heyt de mas camas hiízétz.
E de mus dus bras calametz(l).
Maintennnt la pauvretè misérable,
Le malaise et la maigreur,
Ont fíiit de mes jambes des fuseaux,
Et de mes deux bras des roseaux .
Et cependant autrefois ses bras élaient vigoureux quand.il fallail. bander
Tarbalète sans poulie.
Lorsqu’il réfléchit à toutcela, il se répand cn malédictions à ladresse de
son instituleur, Tabbé Durand, eause première de son enrôlement. D’une
ignorance grossière, ses procédés pédagogiques se réduisaient à brutaliser
les élèves et à maintenir son autorité par la terreur des supplices. Avec cela,
grincheux et rapace, il vidait le gousset des pavsans pour se fairede beaux
revenus. Un jour Tenfant reçut une correction telle qu’il ne songea qu’à se
soustraire par la fuite aux chàiiments de son bourreau. Une avant-garde
vieille poésie gasconne :
De ses pcaux on fìt des cribles,
De ses jambes des chalumeaux
Pouraller en jouer
Sur les ports de Mer.
(1) Ces vers fom allusion à une
De sas petz hasoun criets,
De sas camas calametz,
Per ana calamera
Sul las portas de la Ma.
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vint à passer qui le prit comnie enfanl de tronpe, et voilà cnmraent il a étè
aruené à porter les armes.
Et il a fait vaillammcnt son métier de soldat :
Tant de plngas e recebndns
Escnramossas sostengudas :
Mon eos ta mau es abilhat
Qu’et sembla un criet trauquilhat,
Prezat eri de valentiza,
Iamès tacat de coardiza.. ..
J’ai reçu tant de blessures
Kt soutenu tani d’escarmouehcs :
Mon corps esi si nialtraité
Qu'il ressemble ù mi erible percé de trous.
Apprécie par ma vaillance,
Jamais je ne fus laxé dejâelieté .
II nous fait bien l'aveu tjn’il a quelques crimes sur la conscience :
Tantz de bos hostaus ê jo pillathz,
l’ant de bos homes desgolhatz,
Tant de gojos à niau botavlas
Plan dignes d’este arrecaptadas.. ..
Pillé tant de bonnes maisons,
Dépouillé tant tjf* braves gens,
Mis a mal tant de jeunes íìlles
Hien dignes dVtre pivservées .
Mais la guerre n a-t-elle pas ses falalcs ei impitoyables exigences ?
II a faitcampagne en Italie, portant renseignc de sa compagnie, toujours
déluré et prèt à partir. Quand il allait au combat, il avuit la gloire et la
renommce en si grande eslime qu'il lui semblait que la guerre fùt le seul
bien de la terre. Bien habillê e! bien nourri, traité en grand seigneur, il se
moquait du ras comme du tondu; il a ainsi jiassé les plus beaux jours de
sa vie, dêpensnnt sa jeunesse gaiement, sans le moindre souci. Mais il
reconnaît trop tard son erreur, et il se reproche rimprévoyance dont il est
la victime :
Tostem hortuna n’es pts uà,
E qui no pensa à la vielhuà
Equede pourin om ven rôssa,
Duant tcms debara en la hossa .
I.a fortunc n’est pas toujoms la mémc,
Kt qui ne pense pas à la vieillesse,
KKqne de pouiain on dcvieiu rosse,
Deseend dans la fosse avaut son heurc .
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Aussi depuis que la paix a étê proclamée et les garnisons licenciées, il a
appris à ses dépens ce qu'il en coùte à mal employer son lernps. II possó-
dait à son départ quelque argent et de beaux vêtements, mais tout a disparu
au cabaret et gaspillé avec des riboteurs :
Aras esclossit, escassit,
Ahuuiat, ahamat, lassit,
Desanat, desagat, dolent,
Cargat d’escata e magoient,
Gauto-cozut, mus aguzat,
Clotutdeus oeilhs, es'peluzat,
Plen de breguent è d’aygarola,
Deu monde son la parriola .
Mainteuant écloppô, me trainant sur des écbasses,
Hnfumé, aíTaiué, flètri,
Privé de mouvcmeut. dêgradé, souflnint.
Couvert de rogne, malade,
tíoiiche muctte, tnuseau aniinci.
Les yeux cavcs, chauve.
Maculé de saletés et deau immonde
Je sms du moude le rebut .
Les racines et les limacons sont sa nourriture, 1 eau pure sa boisson, et
son pain est fait de détritus abandonnês par les porcs repus. 11 a désappris
le travail et vendu ses inslruments, il nesauraii donc semplover ulilement;
mourirsur un fumier sera sa perspeetive. En attendant, la nuit arrive, il
tient dans la main le liard qui lui procurera legite pour la nuit, et le pauvre
hère glapira son appel désespéré :
Mès com dromiré jo d’anevt
Lo pè leugè lo vente voeyt ?
Comment dormirai-je celte nuit,
Le pied léger, lc ventre vidc ?
Le sort de ce vieux soldat, qui a fait la guerre comme elle se pratiquait à
son époque, pour son jiays et défendu son drapeau, n est pas indigne de
sentiments de pitié, et son malheureux sort inspire quelque sympathie.
Si la douce paix s’est moutrée inexorable pour le soldat, par contre, elle
a répandu sur les campagnes ses eíïets bienfaisants. Les paysansont repris
leurs travaux interrompus; à la pauvretéa suceèdê la richessequi a ramené
Tespérance et l 'arnour. Ce dernier sujet sera dorénavant leur seuleet unique
préoccupation .
Dans la Cinquième , nous vo^^ons un amoureux, Clavé% à la poursuite
cl*uue jolie bergère, Jeanne , lobjet de sa flamme. 11 a cjuittè son pays et
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franchi la montagne pour venir lui offrir le lémoignage de son arnour. Mis
en sa présence, il Tinterpelle ainsi :
Oh gran’ beutat, si lo ceú no capera,
Perla de prétz, o Nympha celestina,
L’amo de tu, qui m’ cósumix e mina,
M’a heyt leixa mos pastêgs e mas lanas,
Mos ayriaiis, mas heughèras e branas,
E son vengut acy prene l’audacia,
De déclara dauant ta bona gratia,
Que ton siruent son, e tu mastressa .
Oli î grande beauté, si le ciel en couvre,
Perle de prix, ó Nvmphe céleste,
L’amour de toi qui me consume et dévore
M’a íait abandonner mes páturages et mes landes,
Mes hameaux, mes fougères et bruyères.
Je suis venu ici prendre l’audace
De déclarer devant ta bonne gráce
Que je suis ton servant et toi ma maitresse. ...
Mais la bergère reproche son audace à celui qu elle voit pour la premiòre
íois. Comment expliquer cette conduite? Ne serait-il pas l'objet de quelque
fatale hallucination qui oblitérerait sa raison au point de vouioir la rendre
amoureuse malgré elle. Ne serait-il pas plus tôt le jouet de quelque enchan-
teresse,, Circè ou Méduse , coutumières de combinaisons diaboliques- Son
aieul, un homme iustruit, lui a racontê maints propos et maintes sornettes
au sujet dc l'amour fastastique, comme celui du cas présent, et qui s'étein-
drait, plutòtque de choisir une compagne suivant ses goûts :
Aixi lo grann volera la petita,
E lo pctit la que j>as no merita,
E lo beroy vnctara de paraulas,
La qui servix d’espaiient à las graulas;
E l’aganit seghira la goalharda,
Lo moderat cercara la léparda
Qui d’ahaytums e d’adobs pudira,
Aproplo joen l’annosa s’en irù,
La servidora ardera de son meste;
Aiusi le grand voudra la peiite,
Et le petit celle qu’il ne mérite pas,
I’t le bcau oindra de paroles
t.eUe 4UÌ serl depuuvaulail aux corbeaux;
L’exténué poursuivra la luronne,
Le modéré cherchera la tigresse
lnfectée d'odeurs et de fards préparés;
I.a vieille s’en ira aprcs le jeune homrae,
La servante brúlera pour sou maitre;
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E si fjaucun s’apropia qui conteste:
On as lo sens, e com es tu ta griia
De demanda causa tant incongriià ì
Et n’auzirà so qu’aquesta canson :
Son amoroza, amoroza jo son .
Et si quelqu'uu l’aborde et le contredit :
Oû as-tu le sens, et comment es-tu si grue
De demauder chose si incongrue?
II n’entendra que cette cbanson :
Je suis amoureu.se, amoureuse je suis .
Et Endtymion , ajoute-t-elle, condamné au sommeil, n%aimait-il pas la
Eime, qui lui rendit son amour ? Narcisse, au dire de son aïeul, n’ai-
mait-il pas 1 ombre de sa propre beauté jusqu’à la fureur ? Aussi, ce n’est
pas sans raison qu‘on prétend quedegrandesamours provoc|uentde grandes
hontes. Elle pourrait ainsi multiplier les exeraples, nuiis sa pudeur en
abhorre le souvenir. Mais lous ces têmoignages d'amour ne sauraicnt la
toucher, car elle est loin de le partager, elle Eavoue franchement :
Prauliè amoros, liùt donq dezencàtii,
Du plus a mv no t’ vengas presentà.
lo no son pas de condition ta trista
Qu’aja perdul razon, au<»i(la e vista;
Iamès mon co f>er amo no patie;
Et es rues du que lo glas Sarmatic.
lo noson pas d’aqeras gratiosas,
Per desnozà las qucstios amorozàs :
Io no son pas de las alezeradas,
Qui von au dit este en public mustradas,
10 no son pas amorosa transida,
L’amo no m’ hé séca ny langorida :
Amo no eerqui, e d’amo jo nom’ curi,
D’amo no m’ plaiìi e d’et no marrencuri.
Pauvre amouieux, fais-toi donc déseiicluintei*
Oii ne viens plus te présenter à moi.
Je ne suispasdc conclition si triste
Que j’ai perdu raisou, enteudemeut et vuc;
Mon ccBurue souffrit jainais pouramour;
11 est p!us clur que la glace Sarniatique.
Je rie suis pasde ces gracieuses
Qui dénouent les questions amoureuses :
Je ne suis pas de ces audacieuses
Qui veulent ètre montrées au doigt en public,
Je ne suis pas amoureuse transie,
L’amour ne me rend ni languissante ni desséchée;
Je ne cberche pas rarnour et de lui je n’ai cure;
D’amour je ne me plaius, ct ne lui porte pas raucune.
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Iaraês l’arao no ra’ tormcntec de sorta,
Que per ama jo m’ sià trobada raorta .
J’amais l’amour ne nic tourmema, de sorte
Que pour aimer j’ai risqué de perdre la vie .
Clavé, ne se rebute pas de ses rigueurs, et il emploie toule sarhétorique
pour venir à bout de Finhumaine. II inet à nu Félat. de son cceur et détaille
les souffrances qu’il a endurées à son intention, il sera tendre et passionné
pour vaincre sa résistance opiniàtre. D’abord, libre de tous soucis, il pas-
sait gaiement son temps, à la chasse, mais depuis deux ou Irois mois,
tout esl bien cbangé, son cceur étant plein de son souvenir qui Fobsède :
Despux qu’amo m’agoc son ardent treyt
Hicat au cò, don et no sera treyt
Que de ta man qui ni’ pôdes aleujá,
Ou inon torment deqia la raort greujà,
Helas! goarix Famic j>cr tu plagat.
Afranquix rae cora’ tu ra’as subgegat .
Depuis qu’amour m’a plongó son trait brûlanl
Dans le coeur, et dont il ne sera arraolié
Que de ta maiu, toi seule peux m’en allêger
Uu aggraver mon lourment jusqu’à la mort.
Hélas ! guéris l'ami que tu as blessê,
Affranchis-inoi après m’avoir conquis .
La jolie bergère est prise de compassion pour une si grande donleur,
elle fait cesser Fcquivoque en déclarant au pauvre concurreul que son
camr n est pas librc. Clavé, à cet aveu plein de franchise, donne un libre
cours à son désespoir. Jeanne cherche à relever sou courage abattu : le
chant, les dansesetle travail faciliteront Foubli; tout espoir n?est donc pas
perdu. Na-t-il pas, du reste, Fappétissante Condorine qui l'aiine et lui en
a fait Faveu? Pourquoi se désespérer et chercher la mort avant Fàge? Puis,
se drapant dans sa dignité d'amante íidèle, eile le quilte non sans se
plaindre de la délovauté des hommes.
Clavó ne succombe pas à sa douleur, il se relire dans les bois pour
finir ses jours dans un ermitage, et au-dessus de la porteil écrira Fépitaphe
suivante :
Lo qui trobéc aqo que no cercaua,
S’arretregoc debat aqesta caua,
Per quo no hos dara sa tristessa grana
Costrent <ie veze Antoni dam sa Iona....
Celui qui trouva ce qu’il ne cherchait pas,
S'est retiré dans cette caverne
Pour n’étre pas, dans sa grandp tristesse.
tontraint de voir Anloine avec sa Jeanne.
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Peiii Sarram , Pierre Guilhon, frèrs Zop et Lorette, tols sout les per-
soiinages de la sixième églogue.
Nous avons vu, dans la dernière, le malheureux Clavé allant chercher
dans la retraite et la prière Toubli de sa grande douleur; Ie Poète fail main-
tenant la satire de ces ermites et de ces ermiiages qui devaient pulluler à
son époque. Frère Zop nous en oííre un nouvel exempïe. Après avoir
dissipé sa jeunesse dans la débauche et s’ètre rendu coupable de nombreux
méfaits, il a bâti, en pleine forôt, une espèce d'église ou chambre souter-
raine oii tous les matins au son de la cloche il assemble les femmes à lex-
clusion des hommes. II connait la vertu des plantes et guérit les maladies
incurables, aussi son autoriléest grande sur le troupeau féminin. Nous la
verrons se manifester tout à L'heure d'unefaron décisive et inattendue.
La scène se passe non loin de Termitage; Petit Sarrans et Pierre
tìuilhon rencontrent la belle Lorette qu’ils aimenl tous deux.
A sa vue, Sarrans lui fait I'aveu de son amour, à la grande stupcfaction
de son compère, qui ne comptait pas trouver en lui un rival. Mais le pre-
mier, sansdonnerd'expliciitions, tout entierà l'objet de sa flainme, coutinue
à accabïer Lorette de ses épithètes íleuries :
Mon perdigalh, mon opilh, mon gay joliu,
Mon aurio, mon miralhét tot viu,
Mon buderon, mon aneron dossét,
La mya peric, mon camparo dauzét,
Las com vos-tu, cora vos-tu que jo t’apere,
I-as com vos-tu, vos-tu que jo m’ despere t
Ma perdrix, mon oeilh. mon geai joveux,
Mon lauriot, ma mésange toute vive,
Mon petit boyau, mon doux agneau,
Ma petite beccpiée, moii champiguon doré.
Hélasî comment veux-tu, comment veux-tu que je t’appelle,
Hélasî veux-tu que jo me désespère 1
La bergère est coquetle, vaniteuse et fière de sa beauté; elic répondra par
Tironie aux avances et aux compliments qui lui sonl adressés :
Mon amigon blanc com vn agraiilat,
Mon can corrent peu Iong e j>eu lat,
Ma néyt escura e negra com vn liourn,
Quant aura héyt ta peguessa son tourn ?
Que plan t’està lo nom de Sarransot ,
Mon petlt ami, blanc comme un corbeau,
Mon chien courant au poil long et épais,
Ma nuit obscure et noire comme un four,
Quand donc ta b^tise aura-t-elle fini son èvolution?
romme le uom de Sarransot le va bien;
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Auta que jo t’abrasse et sarre vn sot.
Quant Diu lo sens aus homes aparsêc,
Ses te condà deu nombre, et. te passec .
je t’embrassais je serrerai un sot.
Quand Dieu íit les parts de bon sens aux botmues,
Sans te eomprendre dans le nombre, il te passa .
Sa beauté lui donne le droit d’afBcher daufres prétentions; elle lui con-
seille d?y renoucer et de choisir sa maîtresse parrai ces filles sottes, qui ne
savent faire valoir ni leur coifi’ure, ni leurs toilettes.
Cette algarade fait naitre un peu d’espoir dans le c«eur dc tiuilhon ,
enchanté de voir son anii êconduit; inalgré tout il juge prudent de s*es-
quiver afin d’éviier pareille raésaventure.
Tout autre que Sarrans, en aurait fait autant; il tient bravement tòte â
l'orage en déraonfrant l'inanité des aceusations portèes contre lui :
E no son pas, com tu m’aj)eras, pec,
Necy, ni sot, modorro, nv mermec;
Que si tu m’as per vn phadenc triat
'I’orna t’ clucii, que mau as deviat.
Io sabi plan lia dize la voylòra,
K de ma gorja e de ma calamera;
lo sabi liade J*»tz capctz de pallia,
E m’ajuda de la haus e la dalha,
Io tiri plan aus capos la pepida,
E de mon tems la rosa n’es lassida.
En nosta hont jo m’ son oey miralliat,
E com tu mas per entene balhat,
Io no sou lò (1), mòs certana tu sias
Qu’esberit son com vn toe de maytias .
,Ie ne suis pas, coiinne tu m’appelles, idiot,
Niais, sot, eugourdi ou maladroit;
Que si tu ni ’as pris pour un imbêcile
i 'ache tes yeux dc noiiveau, tu as mal deviné.
Je sais bien faire dire oe que je veux
A ma bouche ct à mon chalumeau,
Je sais faire de beaux chapeaux de paille,
M’aider de la faueille et de la faux;
Je tire bien aux chapons lapépie.
Et de mes années la rose n’estpas llêtrie.
Je me suis miré aujourd’tmi dans notre fontaine,
Et comme tu m’as donne a entendre,
Je ne suis point laid. mais sois certaine
Que je suis éveillé comme un toc de mátines..,..
(1) Théocrite est le premier qui ait fait le tableau dans sa 6* Idylle.
« Ma fteure, quoiqn’on en dise, n’a rien qni puisse déplaire. C’autre jour, lorsque
la mer était caltue, je me eonsidêrai dans le miroir des eaux, ma barbc me sembla
noble et majeslueuse. » (Polyphême.j
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II continùe évoquant les souvenirs (Fenfance, et employant tourà tour
la tendresse et la persuasion pour íléchir l’inhumaine. II aurait raisou de
ses ì-ésistances si la bergère implacable ne lui déclarait qu elle n aimait
pas les veufs.
Io n’ámi pas Jos liomes abeuzatz,
Ny sobatos, despux que son vsatz.
L’arreproé me va dauant qi crida,
Qu’om leixé apart la garba segotida.
' Je u’aime pas les homrnes veufs,
Ni les souliers après qu’ils sont usés;
Le proverbe me dirige qui conseille
De laisser de cóté la gerbe déjà se-couée.
A. ce nouveau coup imprêvu qui attaque la mémoire de sa chère défunte,
Andiette, Sarrans s’avouerait vaincu sans Pheureuse intervention de frère
Zop qui, ayant tout entendu, vient lui prêter aide et assistance. II connaî
bien les défauts de Lorette, étant son confesseur, aussi s'empresse-t-il de
flétrir son orgueil excessif qui lui fait commettre des sottises en dédaignant
un parti très enviable. II condamne sa légèretê et son ótourderie qui lui
seront un jour funestes en la faisant. tomber, elle qui se montre si clifficile,
entre les mains de quelque maraut enfariné, brutal et grossier. Alors sa
mésaveuture sera chansonnée par les ouvriers des champs et sera la risée
des femmes qui le soir à la veillée se moqueront d elle et de sa vanité qui
sera soumiseà uue bien cruelle épreuve. Puis, la prenant par son endroit
sensible, il lui dit :
Tu i’hizas trop, Loreta en ta beutat,
Qui n’es pas don de gran durebletat.
En pauc de tems malauzia ou dolo
Amortaran ta vermelha colo :
La mau-myansa e lo tractameut mau
T'auran leu hevt lo caratge tot blau;
Leu ès vengut vn iuconvenient
Qui botara ta beutat a nyent....
Lorette, lu te íies trop en ta beauté
Qui n’est pas un don de longue durée.
Eu peu de temps maladies ou douleurs
Amortiront tes couleurs vermeilles;
Les brutalités et les mauvais traitements
T’auront bientót fait le visage tout meurtri;
Un accident peut bien vite advenir
Qui réduira ta beauté ànéant .
Etpourrendre ses arguments plus probauts, il détaille avec complai-
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sance tous lcs maux qui viendront lassaillir tour it tour et íaire disparaître
ses charmes au point de la rendre méconnaissabie :
Ça dira l’ung. aqera n’es pas éra,
Ça dira l'aute, era n’es pas aqera
Qui de beutat prumera se vantaua;
Si n’ac dizé, peu mens era ac pensaua.
Goera lendrac, la lopia en ta maixéra,
Lo sarrampin, la picóla e gratera;
Goé l’artuzon. la gala apostemada;
Iamês no hos en ua tau mascarada
De mau» en maus s’apresta la eohorta
Per castiga ta desdinoza sorta .
I/un dira, celle-ci n*est plus elle-méme,
Kt îaiitre. dira, elle u’cst plus celle-lâ
(Jui se vaniait de sa beautê sans égale,
Si ellc ne le disail, elle le pcnsait du moins.
Yois une i>Iaie, ou une loupe sur la joue,
I.a rougeole, la jjetite vérole ou Je prurigo;
Itegarde rartison, la gale purulcnte,
Jamais tu n'assisUis à pareille mascarade.
De maux eu niaux la cohorte s’apprcle
A punir tes procêdés dédaigueux .
Ces sages conseils auront facilement raison de la résistance de Loretle
qui épousera Sarrans.
Dans la se[jtièmc , Garros met aux prises deux amoureux, SazioL ct
Guiraud , écouduils l'unet 1‘autre par leurs maìtresses. lls se font mutuel-
lement la confidenee dc leurs déceptionsqui ditfòrent entr ’elles :
Saiiot, avait étê distingué par le belle Gimbèle :
Rra in’ mustrec per milas zélozias,
Mila prezens, è mila cortezias
I>a casta amo qui la solicitaua,
Mês damb vn soc ou tronc era parlaua,
Perqe ignorent l’amoros exercici,
Tahulerot ecalhastre nouici,
Senten au co los estranis lamos
No crezu pas q’aqo hossan amos.
LHe ntc nionira par mille empressetnents,
Mille cadeaux et mille courtoisies,
Le chaste amour qui Ia sollicitait,
Mais elle parlait avec une buche ou un tronc d’arbre,
Parce que, ignorant l’amoureux exercice,
Pauvre joueur, grimaud novice,
Scntant au c<eur d’étranges flammes.
Je ne croyais pas que ce fuL là de l’amour.
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Ea nia crezensa amo n’era auta causa
Q’un auzeron qe nos dizem verdauza 'l).
10 pegardin per las bruhas cassaui
Aqet amo, e prene me u pensaut
Dam vn piulèt, ou dam bohatejà
Contra vncotet talhant, e l’cstujà
En vn clissat de junc heyt gentiument
Sur vn pertréyt de cuja ardonament.
Dans ma croyance. amour n'était antre chose
Qn’un peiit oiseau que nous appelous Yerdier.
Moi, niais, je chassai dans les buissons
Cetamour, et je pensais le prendre
Avee un petit cri, ou en sifflotnnt
Sur le tranchant d’iui couteau. et Ie caeher
Dans une tresse de jonc geutiment faite
Sur nu plan de citrouille en rond.
J1 voyail la belle lous les jours et jamais rimbécile ne sut comprendre
son désir. II êtait assis près d’elle, ne pensant à rien, toujours amoureux,
si ce n est que parce qu’il laimait. Aussi planta-t-elle Ià unamoureuxsi
naïf pour changer d’affection. S’il avait eu plus d’expérience, il serait
aujourd’hui marié avec elle, et il ajoute pliilosophiquement :
Aus amoròs es permes e degut
De n’auè pas l’esperit trop agut .
11 est permis et dû aux amoureux
De n’avoir pas Tesprit trop aigu .
Quant à Ouiraud , il rivalisera de betiseel de naïveté avec son camaraJe.
II est poursuivi par un amour sans espoir et tant qu’il sera son esclave,
il n’aura souci de sa personne, ni de son bien. II laisse tout gàter et périr
sous ses yeux, la vie mème lui est à cliarge. Qui doncaura pitiê de ses
souffrances, et lui indiquera un remède à son raal, qucìque neuvaine ou
v«u ou pèlerinage pouvant assurer son succès.
Bonine , Tobjet de sa flamme, qu’il aime pour le bon motif comme le lui
a enseigné son Recteur, habite son propre village, mais il ne lui a jamais
parlé, par discrétion sans doute. II a cependant fait quelques tentatives,
mais chaque fois elles ont échoué, soit par la présenee de la mère soit par
le chiende la maison qui lui a mordu les mollets malgré le pain qu’il lui
lançait. S’il a le mallieur de l’aborder, elle s’enfuit aussitôt en criant au
secours :
(1) Bion (Idyl. 2C).
Le Daphnis de Longus (tradacnon d’Amvot).
Le Daphnis de Théocrite íldyl. 27).
1-a Naïs de Moschus (Idyl. 1Ò. Ciaill. Didot. 1704;.
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Era es auriua, era dcus jolhs trcrnola
E de son co, pux com ua cabirola
Era s’envola enta sa may seguina.
Helas, dic-jo, las, hélas, ma Bonina,
Perque m’hoc tant cnemiga natura
De t'harga tant pauruga creatura ì
Si crefies Taura, e lo vont que maneja
Ton peu, qui hé Vénus mouri d’enueja :
Si lo buscon quan la lauzerta passa
Damb aqet bsut ta ’leugerot te cassa,
A my recorre, a my tu deurés prene,
Qui son tot prest acy per te dehene,
D’auta bon co que jo t’ don tres pometas,
Qm portan nora e seflau d’amoretas.
In no vau pas aprop tu la mia béra,
Coma lo lop per engraupia l'aiìera :
Io no son pas de tos pas seguido
Com’ vn Lybic Tygre escarraufìado :
lo no son pas vn Leon per t’arrompe,
Io no son pas aey per te corrompe.
Ta ìnay Seguina as prou tantos seguida :
Ara la phlo dc tos ans te convida
De leixa pay e niay i>er vn marit ....
Elle est craintive et tremble des genoux'
Kt de son eanir, puis comme nne chevretle
Elle s’enfuit ehez Ja niêre snivante.
Hélas! dis-je, las, liélas ! ma Bonine,
Ponrqnoi natnre m’est-elle tant ennemie
De t’avoir forgée créature si peureuse t
Tu t’elTraies de la brise ou du vent qui agite
Tes cheveux, qui font mourir N énus d’envie :
Si le bruit très léger d’un boutdebois
Sur le passage d’un lézart te mct en fuite,
Becotirs ;i moi, à moi tu dois te coníier,
ijui suis ici tout prc*t ;ì tc défendre
D’aussi bon cteur que je t’oíli irai trois peliies pommes
Qui portent nom et témoignage d’amour.
Je ne vais pas près de toi, ma belle,
Coinme le loup pour égratigner la brebis;
Je ne suis pas la trace de tes pas
Comme un Tigre Libien pour te dcchirer;
Jo ne suis pas un Lion pour te dévorer,
Je ne suis pas ici ponr te eorrompre.
Tu as assez vécu avec ta mère suivante.
A présent la fleur de tes ans le convie
A laisser père et mère pour un man .
Et cependant il Taime, car elle est la plus belle enti'e les belles; mais
Guiraud finit par avoucr que la cruelle a refusc scs avances,
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Sfusiot, se eonsole, cles déceptions épronvées, en niettant son espoir (lans
l’intervenlion (Vun Dieu plus favorable :
Tot noste cas n’es que puras baboyas.
Més jo t’ diré, nos auem totz vn mósté,
Qui nos a dat de senti, maue, e d’este.
Qui nos sera liberan e propici,
Més que l’ondrém damb vn millio seruici
Que n’auèm heyt, e nos recaptara
Milho que nos no gauzam espera.
Tout notre cas n’est quc puros babioles,
Mais je te dirai : nous avons tous un maitre
Qui nous a donné de seiHir, dc nous mouvoir et d’êtrc.
Qui nous sera libéral et. propice
Pourvu que nous rhonorions d’un service plus fervent
Que nous n’avons fait, et il nous casera
Mieux que nous n’osons l’espérer.
Colasỳ Gassion , Cirice et Guillaume sont les quatre acteurs de la
huitième et derniòre Eglogue.
Gassion , riche fermier, reçoit les fêlicitations de ses voisins Cirice et
Colas , sur le parfait état cle ses troupeaux et Vabondancc de ses réeoltes.
Tout en protestant qu'ils ne sont nullement envieux de son bien, ils sont
intrigués de connalire les moyens qui le rendent si riehe, Vannée êlant mau-
vaise pour les autres. II possède sans doute quelquc anuilette, quelqiie
porte-bonheur, qui procure à Vhomme le bien en dormam sans peine ni
faiigue. Ou bien peut-ôlre a-t-il consulté quclque Egyptienne, devin sur-
naturel, ou quelque diablerie infernalequi lui a porté ehanco.
tìassion se récrie; scs richosses ont une source naturelle, c'est la Pro-
vidence qui lui prodiguc ses faveurs en abondanoe :
Mes Diu ine da niillio que jo no voli
Don jo ly deuiii ua lampazada d’oli
E ntes vn ciri, e ntcs vn gras crabot,
Qu’aura dc my, per acompli mon vot.
Du^ cops me hê cad’ an dalha mos pratz,
Si sonn etz plan en tot tenis azerbatz
D’arrebotgiu que lo bestia pot tone,
Mais Dieu m’en donne plusque je n’en veux.
Pourquoi je lui dois une bonne mesure d’huile
Et de plus un cierge et un chevreau gi*as,
Qu’il aura de moi, pour accomplir mon voeu.
Deux fois chaque aimée, il me fait faucher mes près,
IIs sont en lout temps si bien enherbés
De regains que ie hélail peut les tondre
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Eu eap laghens plan a son aize escone.
Pux los serpotz, phrizas, e niajoranas
En mos pastengs son espessas e granas.
E lo laston per las vacas abonda
En so deu men, mes qu’en tota la ronda.
Mas herhas son delicadas, txucozas
Mas aygas son leugèras, saborosas,
E a longtcms que bestia no m’es morta;
Dus anetz l’an cado aoalha nos porta,
Vestitz de lan blàca eom la gredâ
Arcoquilhada, e prima com la seda.
lo son tostem cjuant vau ent’au marcùt,
Deus mercadès, e teizanès cercat.
No pas j>er este escriut en lous papcs
PIus lcu jo mau de Sanct Leu m’arrapès;
Perqe Menjon qu’etz tenguen endeutat,
Hoc l’autre jorn en Jagabia botât :
Mes deu herau no m* leixa aqera gent
Sorti, prumè que m’ujan dat argent.
Mos cnhanssonn sadots de paparotâs
A mos bailètz no mancan las armotas :
Mes lo pilà plus grann ou jo m’empare,
Lo dire-jo í iMès vau que jo m’en care :
Lo plus gran ben don jo me vanti e Iauzi;
Io volontès lo diri, mes no gauzi.
En eachani dedans sa tête bien à l’aise.
De plus les serpoleis, les frisès ei marjolaines
Sont dans mes pâturages grands et èpais,
r.l la fétuque j)our lcs vaches abonde.
Chez moi, plus (pie partout à la ronde,
Mes lierbes sont dèlicates et pleines de suc,
Mcs eaux sont lègòres et savoureuses,
Et il y a longtemps que bète ne in'cst niorte;
Cliaqiie brcbis nous porte deux agneaux par ati,
Vètus de laine blanchc eomme la craie,
Bouclée et fine commc la soic.
Je suis toujours, quand je vais au niarehé,
liecherchè par les marchands et les tisserands,
Non pas pour ètre écrit en leurs papicrs.
Plutót le mal de Saint Leu m’enlève;
C’est pourquoi Menjon qu’ils tcnaicnt endettè
Eut l’autre jour mis en cago :
Mais ccs gens-là nc mc laisseut j)as du champ dc foire
Sortir, avantde m'avoir versè l’argent.
Mes enfants sont rassasiés de friandises
Et Ies armottes ne manqucnt pas à mes domestiques :
Mais le pilier le plus fort sur lequel je m’appuie,
Ee dirai-jef il vaul mieiix que jc me taise :
Le plus grand bien dont je me vante et loue,
Je le dirai voloutiers. mais je n’ose.
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Après bien clos hôsitalions eí sur rinsistanee cle ses interloenteurs
anxieux de connaître lecôté vulnérable, Gassíon avoue qu'ildoit unepartie
de sa prospèrité à sa femme, la perle des ménagères, et il ajonte :
Mes dessus lut, eia es beraeulre tolas,
E si n’a pas en las camas las trotns,
l)am sos politz clotetz eu las maixeras,
De tan oolo coma las ì-osas heras,
Ou deu matin l’auba phresca quaut bay
Au plus bet jorn deu poly mes deu niay,
Era hé tot noste hostau arrizent.
Pardessus tout, clle est belle eutre les belles,
Et elle n’a pas la goutte aux jambes;
Avec ses petitcs fossettes dans les joues,
Et des couleurs telles que les belles roses.
Ou fraiche eomme l’aube naissante du matin
Du plus beau jour du joli mois de mai,
Elle fait toute notre maison gaie.
Cet aveu fait naître le soupçon, et ies voisins se demaiident eharitable-
ment si leur méehaneelé ne trouvera pas moyen de s exereer de ce eòté.
Guillaume , vient juste à point annoncer à son inaîire que sa femme est er.
ccnnpagniede frère Gasc , un moine au cou de taureau, à la voix de stentor,
et dont le froc se détacheassez faeilement des épaules.
Gassion, très perplexe quoique eertain de la vertu de sa femme, sapprète
à courir près d?elle lorsque Colas rend sa situation plus cruelle en lui
annonçant qu’il a vu trois loups, bien imaginaires du reste, qui menaçaieut
son troupeau :
B’em plan bestiàtz, jo n’e qe hà d’espia
Loba ny Lop, que jo n’aja sabut
Per la vertat, si jo son decebut.
Nous sommes bien en bétail, je n’ai que faire de regarder
Louve ni loup. que je n’ai su
Si vraiment je suis tromp^.
Et Gassion les quitte pour s'assurer de son malheur. Après sontdépart,
les voisins questionnent le domeslique pour savoir ce qu'il y a de fondé
dans latlitude du moine. II leur raconle qu’il la aperçu, avec sa large
poitrine, deux besaces pleiues de pain sur ses épaules, il vient chaque jour
au hameau. II s'approche de sa jolic maîtresse pour lui demander raumône
pour les pauvres :
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D’vn gros cabeste, e daunnt e darrê,
Au costat dret, e pux a lescarrê,
De son mitron impaticnt cassaua
Tant quc podè la mosca qui u picaua;
Sur aqet punct a terra es debaríit
En nos dizen qu"et era assecaràt :
Incontinent et a heyt pelha à part,
Lo capirot a gitat à l’escítrt.
Avec un grand licol, et devantet derricre,
Au côté droit, et pnis au còté gauche,
II chassait de son âne impatient.
Tant qu’il pouvait, les mouches qui le piquaient,
Sur ce, il est descendu à terre
En nous disant qu'ii avait soií:
Incontinent il a fait robe à part
Et jetò à Técart son chaperon.
Aprèsces explications cor.cluaníes, Cirice rcconnaît qu’il est dangereux
de trop appronfondir pareille inàtière sans risquer de commeltre des inter-
prótalions regrettables.
Et n*es pas bon pensa tant en aulessa,
Ny ta pregond cáua totas las causas.
Mes entretant, on ditz, las longas pauzas,
Hen los jorns bracz. Torna*t'en à ton mesté
E nos iram, on dejà deurera este.
11 n’est pas bon de tant penser au mal
Ni creuser si profondément toutes choses,
Mais en aueudaut on dit que les longues pauses
Font les journées courtes : Hetonrne chez ton mailrc
Et nons irons où déjà nous devrions être.
II nous i*este encore de lui Quatre Epitres ; les initiales qui figurent en
tùte de chacune d’elles, sont insuffisantes à nous faire counaître le nom du
destinataire.
Dans la première , le moralisle s attache à guèrir son correspondant du
travers dangereux de la médisance et de la satire. Avecsa gravité doctorale,
le poète cherche à lui prouver que ces succès de mauvaisaloi sont indignes
d?un galant horame, que de telles pratiques violent les simples convenances
et les prêccptes divins.
La deuxième. Epitre lui reproche de mordre plus cruelleraent que
jamais. Tu fais, dil-il, à Tami dévoyé, le métier de ces trisies personnages
que tout mérite otfusque, et qui sacharnent àdépolir cc qui brille. Comment
finissent-ils d’ordinaire ? d’une façon tragique et il en donne des exemples.
S’il est à Eabri dos vcngeances de la victirao, qui n'a que l’embarras du
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clioix, ces atlaques, lui vaudront le dêshonneui*, et il ne lui restera que la
ressource de se pendre.
Dans la (roisième , il scmble quc ses conseils ont porté leurs fruits. Car
il comble d*éloges sou Medix pour d’excellents vers gascons qu'il lui a
adressés. Fdle est dans oeriains |»assages loute vibrante de palriotisme
ìocal; les quelques iragments que nons avons eiiês au débnt de eette élude,
penvent suffire pour rapprêeier.
Quant à la quatrième, elle ditt’ère essentiellemet des aulres par le slyle,
la verve et l'entrain, qui leur font défaut.
En v ajouiant, un Cant Nobiau (chant nuptial), une Canson (chanson)
et une (Elégie)nous aurons épuiséson a?u vre féconde et remarquable.
Ce qui frappe apiès la leciurede ses oeuvres, c’est la suppression totale
de la lette F qu'il remplace par Ph . C’est ainsi qu’il écrit : Phlaugnac ,
Phrenetic , Aphection , Phlo , Phresc , Phî'ay , Phantastic , Phantasia ,
Phacia , etc.
De plus, il emploie la lettre V à l'exclusion du B : Arrecira , Viue ,
Vertut , Velhat Horocia , Acengue, Arrecelha, Vertadé , Veze, Visita ,
Caracira , Ve/if, Vanitat , etc.
Au point de vue ortographique, il continue la manière de ses prédéces-
seurs : a final non accentué se pronongait o ; o non tonique se prononçait oa.
L'emploi des accents et des signes abréviatifs usilés au xvinie siècle,
méritent également quelques explications.
L'accent circonflexe remplace rabréviation; ainsi il écrit Côtèply pour
Contemply ; dinà pour digna avec le tilde espagnol placé sous la lettre n ;
jiin pour jung ; queu pour queou ; nou prononcé no ou pour no eu ; Seno
pour Segnò; maixans pour maichans.
Garros, a placé l'accent aigu sur l’é fermé prononcé comme en français
dans étéy bonté , cafê; l’accent grave sur Tè méridional (que les Italiens
nomment stritto) quand il porte Taccent tonique, comme dans francès f
Laytorès , bourgès . L’accent circonflexe sur IV? aigu quand il porte l’accent
tonique comrae dans apèri , spèri. II a aussi employé la lettre x, dans
maixant , exiulet , pour remplacer lecA, mesure inulileen Gascon, attendu
que cette prononciation esl identique à celle du français et ne doit pas
s’écrire aulrement. Ii n’en estpasdemème en Albigeois oìi cetle svilabe se
prononce bien autrement : Aussi bourgès,jutgè , se prononcent : bourdcès ,
dzutze. On écrit ces mots dans Talbigeois : Bourxès , xuxte , etc.
Abandonnant les sentiers étroits du seiuimmtalisme, trop baltus jusque-
là, il ose aborder la poésie Biblique, Hêroïque et Pastorale avec un égal
succès. L'arme ne faiblit jamais daus sa main de uovateur et le langage est
partout au niveau de la pensée
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Son vers cstclair, lucide; son slyle simple, sos talileuux rotevès par des
romarques toujours emprcinles de sagesse, qui font ressorlir son esprit
observateur, judicieux, indê|)endant. La rapiditê et la facihtéde conception
sont alliés à une abondance de coloris, d'images qui donnent. à son talen
un cachet particulier.
Telleest Tceuvre du Poète : revenons maintenant au magistrat. Jeanne
la polilique habile, eut bien vite apprècic sa valeur; aussi répandit-elle sur
lui ses faveurs. En 1571, nous le trouvons lieutenant particulier, ou viee-
Président, conmie on dirait de nos jours, au Sénéchal de Lectoure. Dans
le courant de cette mème annèe, il était délégué avec d'autres compalriotes
pour allersaluer la reine de Navarre, etle Prince son íîls (lefulur Henri IV)
k Nérac.
Obligé de quiller la France en 1572, au moment de la Saint-Barthélémy
(août 1572), nous le voyons quelque temps après avocat général k la cour
souveraine de Pau, poste dont il fut sans aucun doute gratifié h titre d’in-
demnité de ses soufírances pour la foi
Les biographes le font mourir en 1581, ce qui est une inexactitude, car
Pannée suivante il eonstituait des arbilres avec son frèrecadet, de Sainte -
Chrestie , sur les difficultès relativesau partage de la succession paternelle.
Ori peut donc hardiment reporter sa mort entre 1582 et 1599, dans un âge
relativemont peu avaneé. Pey mourut à Pau et non à I^ectoure, en plein
exercice de ses hautes fonctions ; mallieureusenient les archives de cette
ville sont muetles à cet ègard.
II a donc rhonneur d ‘apparlenii loiit entier au xvime siècle, et ses
(puvres conslituent le monnment le plus aneien ècrit en langue Gas-
oonne. II jouit de son vivant d’uno grande rèputation; il entretint des rela-
tions íivec rilalien Jules Scaliger , qui habiiait Agen et qui peut êtrecon-
sidérè comme le plus èrudit de son temps; il fut même Pami de son fils
ì J. Scaliger , <|ui vint ìe visiter plusieurs fois à Leetoure.
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DU BÂRTÀS (Guillaume de Saluste)
Guillaume de Sai.uste, naquit à Montfort en 1544.
François Saluste , son père, reeeveur cìes dèeimes du diocèse de í.ombez,
fit racquisition du cháleau de Barthas (l)f en 1565. C'était un bien
d'église et par conséquent uue terre noble; à partir de cc jour, racquéreur
s'intitula : Seigneur du Barthas.
11 mourut l’année suivanle laiss.iut pour hérilier sou fils aînê Guil-
laume (2), qui s’empi*essa de construire lecháteau (11 septembre 1566) dont
l'histoire commence et s'achèvc avec le chantre de la Semaine.
Le chàteau du Barthas est silué dans la commune de Saint-Georges
dans le Fezensaçuel; il est situé sur les bordsd’un ruisseau, le Sarrampion,
entre Mauvezin et Cologne.
D'après G. Colletet , « le père de Du Barthas, voyant les lumières d'es-
prit qui dès sa jeunesse éclaiaient nalurellement en lui, le destiua d abord
à Têtude des belles-Ietlres, où selon son désir le futur ornement de la France
s'employa si heureusement et avec tant d assiduitê qu'il se rendit par ses
longues veiiles un des savans honnues de son siècle. »
Nous n'avons pas dc renseignemcnts précis sur les premières études du
Poòte, mais il est facile de voir par ses ceuvres qu’il rerut une de ces forles
éducations dont les grands Ecrivaius du xvime siècle nous offrent de
nombreux exemples.
Sa première jeunesse se passe toute entière au sein de la relraite dans les
(ì) Avaut d’être traiisformô «mi clemeure seigneuriale. le Bartha* ôtait une grossc
íerrne dépendantede la menée êpisoopale de Lonibez. Klle fut aliêic'e du temporel
de révéché pour payer la partque devait lVvêque de l.ombe/ dessubsides vot *s par
le clergépour soutenir la guerre contre tes protesiants.
Recuc de Ga*eognc, tonie xxxix, page 474.
(2) L'héritage paiernel était cousidérable. Outre le Barthas, il se composait de la
pctit* scigneurie de Canet près Montíort. et dix ou douze mêtairies situées dans
.Vlontíort. Ba/onncttc, Sainte-Gemnm, InGriUon, Payra^qnier et Urdens. Guillanme
de Saluste se trouvait étre par le fait de « et li/»ritage un des plus riches píoprietaires
terriers de la contrée. (Mémes souices.)
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habitudes veitueuses et. simples de la vie champêtre. C est dans le silenee
et le recueillement qu’il vit avec les Poètes Grecs et Lalins, les Historiens,
]es Philosophes et les Erudits de rantiquité ! II parcourt tous les domaines
de la science conlemporaine, dans tous les sens : astronomie, physique,
histoire sacrée et profane, il a toul étudié, et toutapprofondi. La façon dont
il parle de l’Hébreu en plusieui's passages de ses oeuvres, laissent supposer
qu’il s’ótait familiarisé avec l’ótude de eette langue. Les diverses missions
diplomatiques, qui lui seront confiées plus tard, nous permettent d affirmer
qu'il possédait à un égal degré FAnglais et l’Allemand. En y ajoutant des
connaissances de la musique et du dessin, on aura une idée de cette ency-
clopêdie vivante, de cette vaste érudition.
Calvinisfe rigide, il sacrifie tout à sa foi, ne s'inspirant que de la Bible.
Se considérant comme un apôtre, un missionnaire, il conçoit une ceuvre
héroïque destinée à corriger les moeurs de son siècle.
La meilleure part de son génie lui viendra de son enthousiasrae pour les
ceuvres de la nature, de Dieu son crèateur, qiril glorifie dans ses Poèmes,
de son amour ardent pour la vertu, de la haine que lui inspire les moeurs
dissolues de ses contemporains etdes poètes decour, de ce souffle religieux,
qui anime son oeuvre tout entière et qui en fait l’unité.
II est un fait digue de remarque, c est que tous les Poètes huguenots
sont tous des moralistes. Du Bartas n’aura qu’à suivre la tradition.
Héritier et élève de la Pléiade, on lui reproche d’avoir gonflé outre
mesure son langage en l’embarrassant d'un néologisrae étranger au génie
de notre langue. On ne saurait nier que l’emphase et la recherche ne
soient pour lui un travers, mais ii parait justifié par les défauts d’une
ècole à laqueile il se rattachait et dont rexagération du langage était le
point culminant. Malgré fout il est bien, par ses défauts et ses qualités, de
celte Gascogne qu’il a chantée avec aniour et qu’il n’abandonna jamais. Si>
par atavisme, il posscde l'emphase et la faconde Gasconne, il possède en
com|>ensation des qualités propres au terroir, une imagination vive, une
verve intarissable, et le don d’une éloquence naturelle susceptible de rache-
ter amplement ses plus choquants défauts.
Tout entier à son ceuvre, les troubles et les malheurs de la France,
viennent le solliciter par intervalle dans sa paisiblc retraite, s'ils ne Fobli-
gent pas à en sortir pour ceiudre le baudrier. Cest ainsi qu’il jouera un
ròle actif dans les dernières guerres civiles, tout en les maudissant, et qu’il
saura ètre à la fois fidèle huguenot et bon français.
En 1574, il publie le Poème de Judith et VUranie , en 1579 paradt la
premièresemaine : sa oélèbrité comme poète étaitdéjà ètablie à cette époque.
Quoique ses oeuvres soient écrites en français, Du Bartas se laissa gagner
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à rimer en gascon, sa langue maternelle. Ce jour-là il se trouve véritable-
ment poète. Malheureusement, !es compositions de ce genre ne nous sont
parvenues qu'en petit nombre; il ifen existe que deux spécimens à notre
connaissance.
La première, qui est un Sonnet> nous a étc couservêe par le poète bor-
delais, Pierre de Brach (1), son ami, qui se trouve dans ses poésies, et a
pour titre Son Voyage en Gascogne, récit d’une visite qu'il avait faite au
cbatelain du Barthas. Ce dernier était venu à la rencontre de son hòte à
Toulouse; c'est de celte ville qu'ils se dirigèrentà franc étrier vers Montfort.
Le poète bordelais raconte ses impressions de voyage, la beauté des
paysages qu’ils traversent, l’activité des habitants des campagnes, etc. La
route était loigue, la conversation de nos dèux vovageurs menaçant de
languir, la nuit étant venue, de Brach. essaya de laranimeren preriant un
sujet bien proíane, YAmour.
A cet appel, sortant de sa rèverie, Du Barthas donne ample satisfaction
à son ami, qui enregistre ses confidenccs :
Encores non contant de m’auoir racompté
De cet aueugle enfant la puissance indomptée
La douceur d’un espoir, la rigueur de ses lois,
Les cruels coups tirés des tj-aits de son carquois :
II me voulust en vers sa hautes. e descrire
Aussi bien qu’en parlant il l’a m’auoit su dire
Composant en Gascon ce boau sonnet escrit
Sur l’imraortel papier de son gentil esprit.
SONNET DE DU BARTAS
Ha! chaton mauhazec, ha! traidou balesté,
Perqué debarres-tu ta soenta pataquerc ì
Per hé deguens mon ko brequere sur brequère,
E ses hé pauc ni prou, brac, ni haut, ni cousté.
L’autre jour ton cordet d’autour deu kot jousté.
Iou desherrié mous pés, jou scanti ta coulere,
La punte jou smouché de ta bire murtrére,
Ah ! petit chat maLfaisant, ah! traitre arbaletrier,
Pourquoi desscrres-tu ton saint instrument ít frapper ?
Pour pratiquer dans mon c«£ur brèche sur brèohe,
Et sans faire peu ni prou, has. ni haut ni á cóiè.
L’autre jour j’enlevai ton lacet d’autour de mon cou,
Je déferrai mes pieds, j’éteignis ta colère,
J’émouchai la pointe de ton trait meurtrier.
(I) Les Poèmea de Pierre de Brach. Bourdelois.
Voyage en Gascogne. (A.-P. Dampraartin,)
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— 72 —
E ton arc en eent tros rsam’ semble) joa boulé.
Hélas ! Per ue cadene ares joué cent cadenes.
Per un cep joué cent ceps, per ue pene cent penes,
E au seng per un treit joué cent cap-hers hikats.
Mans mon treit, ton turmen, ton cep et ta cadene,
Amou, me plazen tan que jou n’e paus ui pax,
Si toustem jou nou biui en ue ta douce pene.
Et ton arc (il me*semble) en centmorceaux je mis.
Hélas ! pour une cbaine, maiutenant j’ai cent chaines.
Pour un cep j'ai cent ceps, pour une peine centpeines,
Et au sein pour un trait, j’ai cent tétes deíer figés.
Mais ton trait, ton tourment, ton cep et ta cbaine,
Amour, me plaisent tant que je n’ai ni repos ni paix
Si je ne vis toujours en une si douce peine.
Le second spétûmen fut composé par le Poète à l'occasion d’un événe-
ment historique qui, cn sa qualité de calviniste, lui étaitcher (1579). Pour
en expliquer toute la portée nous reraonterons quelques années en arrière.
Henri de Navarre, après )a mort de sa mère, se rendit à Paris afin de
donner suiteà son mariage avec Margueriie (17 aoùt 1572); triste bèné-
diclion que celle que se partageaient deux religions enneraies, fètes funestes
qu’allaient éclairer les lorches de la - Saint Barthélèmy. Epargnè par les
assassins, il resta en otage à la eour de France, avec le prince de Condé,
étroitement surveillés Tun et l’autre par une polilique astucieuse Aussi
lorsqu on lui permit de quitter Paris, que 1‘exlermination des siens et sa
propre caplivité lui rendaient odieux (1573) Henri dut se résigner à suivre
le duc d’Anjou , vainqueur de Condê à Jarnac et à Moncontour, et à
marcher avec lui conlre ses correligionnaires réfugiés à La Roehelle. Les
Huguenots, revenus de la terreur inspirée par les massacres, s’organisaient
parlout; les hostilités allaient recommencer.
Henri de Navarre n’était pas resté longtemps au siège de La Rochelle.
Caractère irrésolu, il ne songeait qu’à traverser les événements le moins
périlleusement possible en se montrant assez catholique à rextérieur pour
éviter la colère de Charles IX, et restant assez huguenot dans Táme pour
conserver son crédit dans sa Principauté de Béarn, et dans le parti de La
Rochelle. Au milieu de cette incertitude plus habile qu’honorable, il finit
par céder á son animosité politique eontre la reine mère et adopter le parti
de la Ligneformce par le duc d'Alençon. Mais Catherine de Médieis prévint
les conséquences de la conspiralion en les faisant arrèter Tun et Tautre
(24 février 1574). Peu s'en fallutqu'elle ne les fit metlreâ mort. Charles IX
les sauva. Ce dernier était animé de semiments tout opposés à oeux de
C atheriue à laquelle il ne cessait cìe reprocher les massacres des Calvinistes;
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Ne voyant autour de lui que des envieux prèts à lempoisonner, il fit appeler
Henri durant un accès de la maladie qui le rongeait et il rendit le dernier
soupir en lui confiant le sort de sa femme et de sa fille (1574) sur lesquelles
les ambitions de ses frères lui inspiraient de vives inquiétudes. Le Béarnais
n'ayant pas eu le courage de s’enspai'er du tròne, la reine-naère s'empressa
de saisir la régence et le duc d'Anjou revint de Pologne prendre lacouronne
sous le nom de Henri III.
La ligue qui se formait contre ce dernier offrit au roi de Navarre locca-
sion de se venger de la reine-mère en prenant le parti du roi de France,
mais lancé dans les intrigues d’amour et de palais il oubliait bientôt les
intérêts des Béarnais. Pendant ceite absence regrettable, les populations,
longtemps opprimées par les Calvinistes, seraient revenues rapidement au
catholicisme si la force n’avait continué à peser sur les consciences. Dans
les villes placées sous laction immédiate des autorilés, labolition du culte
était sans doule complèíe, mais dans les villages éloignés la population
trouvait mille moyens de violer les ordonnanccs de Jeanne d’AIbrct. La
résistance à la proscription fiuit par gagner les villes elles-mêines. Cette
opiniâtreté à la résistance ne pouvait manquer d’ouvrir les yeuxde Henri
de Bourbon qui résolut de combattre les progrès de Tautorité française en
rappelant les catholiques autour de Jui par la tolérance et rimpartialité. Mais
ces tentatives se brisèrent oontre rexaltation toujours croissante des haincs
et des ambitions politiques couvertes de prétextes religieux. Les luttes
recommencèrent sans trève ni merci, semant partout la ruine et le sang
enire les deux partis. Le roi de Navarre, trompé dans ses espérances par la
paix rétablie entre le duc d'Alençon et son frère Ilenri III, negarda plus de
ménagements et revint ouvertement au calvinisme qu’il n'avait quitté que
sous la menace de Charles IX.
Dès ce moment, chaque faction possédait un roi : Henri de Valots et
Henri de Bourbon. Leçalvinismeeut deuxcapitales : Paue t La Rochelle.
Chaque parti se prépara à la lutte, mais avant de recourir aux armes on
voulut essayer de la pacificalion; les Etats furent convoqués à BIois
(2 décembre 1576).
Ces tentatives générales de paix nerapêchaient pas Henride Navarre de
consolider sa puissance et celle du calvinisme en Guyenne et en Gascogne
en prenant Foffensive.
Pendantce temps,Iaprincesse Caiherine, soeuruniquedu roide Navarre,
était rentrée dans le Bêam avec le lilre de régenle (1577) et gagnait l’affec-
tion des Béarnais par son esprit enjoué, par son amour pour les sciences et
les arts, qui rappelaient Marguerite et Jeanne d'AIbret.
La reiue-mère, qui préférait le jeu des intrigues à celui des armes,
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ordonna de suspendre les hostililés et proclama la paix (1577). Malgré cela,
la guerre. une fois établie dans ìes habitudes, ne s'arrêta pas aux ordres des
souverains; elle continua à ensanglanter le Languedoc et la Gascogne, entre
calvinistes et catholiques.
Catherine résolut alors, pour y mettre un terme, d’enti'eprendre un
vovage sur le théàtre des hostilités avec sa fille Marguerite. Elle comptait
pour séduire les hommes influents sur Tesprit et rintelligence de la peu
tendreépoused’Henri de Navarre, mais politique,insinuante, toute façonnée
aux intrigues des Médicis avec une suite de dames d'honneur initiées à
toutes les roueries de la diplomatie galante des Italiens.
Elles arrivèrent à Bordeaux le 15 aout 1578 et repartirent bientôt pour
Agen. Henri vint à leur rencontre jusqu a La Réole. En passantà Agen,
la reine-mèrc avail eu avcc les calvinisies uneconférencesans résultat; une
seconde tenueà Monlauban ne fut pas plus heureusejon ne put scntendre
sur les conditions de la paix. Après avoir visité Toulouse, les deux reines
entrèrenl à Nérac où Fon put arrèter enfin avec les calvinistes les 29 articles
du traité de février 1579.
La reine-mère, dans sa secrète pensóe, faisait surtout reposer la pacifica-
tion sur le rapprochement de Marguerite et de Henri. Tous les seigneurs
gascons étaient accourus se ranger autour du roi de Navarre pour assister
à cet heureux événeinent qui promellait de mettre un terme aux hostilités
qui désolaient le pays. Du Bartas, fidèle huguenot, de plus ami du roi et
dont la célébrilé était déjà établie, s’était rendu un des premiersau rendez-
vous d’iionneur, mais tout en repreuant les armes il n avail puquitter sans
regi'el ce manoir où le retenaient les immenses travaux littéraii*es qu’il avait
entrepris. Plus que tout autre il désirait une pacificalion qui lui permettrait
de les raener à bonne fin, espoir quh'l ne put réaliser.
II composa pour la circonstance une pièce de vers destinóe à célébrer
Taccueil de Marguerite et de son époux lors de son entrée à Nérac, qui est
restée comme le type d’un chef-d’oeuvre du genre.
Trois Nymphes, représentées par de jeunes et belles filles (ies Nymphes
Latine, Française et Gasconne) se disputent à qui reviendra l’honneur de
saluer la reine.
Laissons-lui la parole :
LA NYMPHE LATINE
Qua Pater cequoreas Tiberis festiuat in undas,
Orbis me peperit dominatrix Romo subacti,
Nympha Latina vocor, quoe te Regina saluto
Salve, ó magna soror, eonjux et fìlia regis.
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LA FRANÇOISE
O Nymphe, oses-tu bien accueillir. peu courtoise,
L’honneur du iis Royal, d’une étrangère voix?
Chère sceur, qui peut ruieux qu’une Nymplie Françoise
Saluer et la perle et la fleur des Fi*ançois.
LA GASCO.NNE
Carot, Nymphe besie et tu Nymphe Romane,
N’anes de tous grans mots ma Princesse eichanta;
Nou ia ta gran lairoun qu’aquet que l’aunou pane :
Dessus l’autrui jouqué lou pout nou diu canta.
Tais-toi, Nymphe voisine et toi Nymphe romane,
N’aille pas de tes grands mots effrayer ma princesse;
II n’y a si grand voleur quc celui qui dérobe l’honneur;
Sur un juchoir étranger le coq ne doit chanter.
LA LATINE
Nympha puellari vultu, facieque tenella
Incedo visenda : tamen proecedo tot annis,
Tot soclis aliás docta stipata caterva,
Mecum artes habeo, leges, atcjue optima quceque.
LA FRANÇOISE
Avant le nom Latin et que les Romulides
Eussent le champ d 'Eoandrc> en pointes aiguisé,
Le parler docte-sainct des Bardes et des Druydes
En Grèce, en Italie. en Memphe estoit prisé.
LA GASCONNE
S’en man mous hils auen lou tems passat tengude
La plume com lou her, iou pôuiri rampela,
Mésentr’ ets denquio-ci Pallas ses biste mudc :
Car ets an mes amat plan hé, que plan parla.
Si au temps passélcs enfantsdelaGascogneeussenttenuenmain
La plume comme ils maniaicnt Ie f3r, je pourrai rivaliser.
Mais jusqu’ici au milieu d’eux P allas a gardé le silence :
Car ils ontmieux aimé bien faire, que bien dire.
LA LATINE
Barbara Nympha mihi est, cujus sit Gallia mater,
Barbara Nympha mihi est, cujus sit barbarus ipse
Vasco pater, supero vocis modulamine utramque,
Moribus ingenuis linguaque excelio diserta.
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LA FRAXÇOISE
En faconde, en richesse, en douceur je te passe.
Si Tulle revivoit il parleroit François;
En Patcvre, Apollon, les Muses sur Parnasse
Ont oublié pour moi le Latin et Grégeois.
LA GASCONNE
Toute boste beutat n’es are que pinture,
Que maignes, qu’afHiqucts, que reU»urtils, que fard :
E ma beutat n’a punt aute mai que nature,
La nature toustem es més bere que l’art
1'oute votre beauté n'est rien que d'artiíiciel,
Que grands airs, colifìchets, ajustements et fard :
Ma beautc n*a point d’autre inère que la nature,
La nature loujonrs fut plus belle que l’art.
LE LATIXE
Sunt Calenda ergo Reginoe, ô Celtica Nympha,
Jura salutandoe, quoe nos retinere nequimus,
Vasconicis Nymphis, pugnax gens illa, tenaxque
Propositi nimiuui : ne nos certare paratce.
LA FRAXí.OISE
lícoutons donc sa voix barbarement diserte :
Cédons-luy nostre droit : tous nos débats sont vains,
Tn dis vray : lc Gaseon a la teste si verte
Qu'il vient lc plus souvent des paroies aux mains.
I.A GASCONXE
Loichem esta la force ? Oun mes on s’arrasoue,
Més on be qu’ jou é dret de parla daiiant lx>us.
Jou soun Nymplie Gascoue, er’ es are Gascoue,
Soun marit es Gascoun, é sous sutgcts Gascous.
Baïsecnlle toun cous : coummence fhé mês grano
Que loti Rhin , que lou Pô , quo YEbrc , quo la Tanc (l)
Glouriouse, he brouny toun gay per tout lou Moun !
Laissons de coté la violence ? Flus on réflécbit,
PIus on comprend que j’ai Ic droit de parler devant vous.
Je suis Nymnhc Gascoune, elle est maintenant Gasconne,
Son mari est Gascon et ses snjets êgalement.
I5aise, eufle tou cours, prepare-toi â surpasser
Le Rhin, le Pò, l'Ebre. la Tane ;
Glorieuse. íais retentir ta joie dans toute la région !
(I) Fleuve de Scythie qui divise l’Asie d avec l’Europe.
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Baïse, enfle toun cous; coumence t’hé mes grane
Puch que iamês Jou R/iin , lou Pô, YEbrc, la Tane,
Nou bin sur lou graué tau beutat que lou Toun.
Creich, ôpetit Nérac I Nérac, creieh tas barralhes,
Leue tas tous au céu: cinte do tas muralhcs,
Toi^t so quede plus bet cintet iamês lou Motin !
Clare halbe deu jour, bet escoune de grassie,
Huch léu, huch, bé mucha sur l’aute Moun ta fassie !
Assiu raye un Lugran plus lusen que Jou Touii.
O Merle! ô Roussignoi! ô Meillengue! ó Luneiche!
Courès deu bet casau que la Baïse engreiche,
Saludat» d un dous cant la plus ì^ere deu Moun.
O Parc, cargue de fruts tous arbres plus saubatges !
Per arcouilhi ta Dam' acate tous ramatges !
Parc, nou se bic iamés tant d’ounou que lou Toun.
Tu sies la ben bengude, Gsteloqui goubernes
Nostre macau batut d’auratge è de subernes,
E d’un espia courtés desencrumés lou Moun.
Esperit Angelic, la bére de las Ijéres,
Moun cot de cent hiuers é de cent primabères,
Nou pousque este pelat d’aute jun que deu Toun.
Goué coume ta cugnade aunou cla de nostre atge,
A ta bengude a heit plus bet soun bet bisatge.
Baïse, enfle ton cours, prépare-toi à te rendre plus grande
Puisque jamais le Hhin, le Pó, l’hbre, la 'I'ane
Ne virent sur leur gravier beauié telie que sur ie tien.
Grandis, 6 petit Nérac! Nérac, développc tes clótures.
Léve tes tours jusqu’au ciel; ceins de tes murailles
Tout ce que le monde n’a jamais entouré de plus beau!
Claire aube du jour, va te cacher de gràce.
Fuis loin d’ici, fuis, va moulrer sur l’auire monde ta face !
Ici brille une ctoile plus éclauinte que la tienne.
Oh Merle! Oh Hossignol ! Oh Mésange! Oh Linotte !
Chantres du beau jardin que la Baïse engraisse,
Saluez d un doux chaut la plus belle du monde,
Oh Parc, charge de fruits tes arbres les plus sauvages !
Pour accueillir ta Dame rassemble tes ramages!
Parc, on ne vit jaraais pareil honneur au tien.
Toi, sois la bienvenue, Etoile qui gouverne
Notre bonheur raenacé d’orages et de tempôtes.
Eid’un regard bienveillant affranchis le monde de uuagcs.
Esprit angélic, laplus belled’entre les belles,
Que mon cou vieux de cent hivers et de eent printemps
Ne puisse étre pelé que par ton seul joug.
Vois comme ta naissance, lionneur évident de notre àge,
A ta venu« a fais plus beau son beau visage.
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En seinble en t’aquista, conquista tout lou Moun !
Goué couiue aqucste cour en aisé toute nade :
Goué coum’ tout sa guens arrits à toun intrade,
Coum’ lou ]>opIe soun gay maride dan lou Toun.
Surtout, goué toun marit, do qui l’uberte fassie,
Ladoussou, icu grand co, la meniorie, la grassie,
A cent cops meritat la couroune deu Moun;
Goué, goué, coume do gay lou co li pataquéje !
Goué, coum per sadoura soun amourouse embeje,
Et a toustem hicat soun oueil dessus lou Toun !
Diu sie toun gouarde cos : Diu de soun dit escriue
En papé de toun cos sa lei, qui toustem biue !
Pousque hé tas bertuts lusi per tout lou Moun l
Lou laget deu grand Diu de ta teste s’absente :
Salhe, au cap de nau més, un gouion de toun bente,
Qui semble au pay deu co, de la care sie Toun !
Diu tengue toun marit abricat de sas ales !
Diu nou bate iamès toun marit à de males !
Diu hasse toun marit lo més grand Rei deu Monn !
E puch que bostre pats es /a pats de la France,
Diu bous tengue loung-tems en pareille amistance,
Cent ans, sies-tu d’Henric : cont ans Henric sie Toun.
II me semble en í’accueillant que jeconquiers l’univers.
Vois comme cette cour nage toute dans la joie.
Yois comme tout le monde sourit â ton enirée,
Coinme ie peuple maiio sa gaieté avec la îienne.
Surtout, vois ton mari dont la face ravonnante,
La douceur, le grand coeur, la renomniée, la grâce,
A cent fois mêriU; la couronne du moude,
Yois, vois, comme son coeur bat de bonheur,
V'ois, comme ])our satisfaire son amotireuse envie
JI a toujours sou teil fixé stir le lien.
Que Dieu soit ton garde du corps; que Dieu de son doìgt tiace
9a loi sur ton corps commesurdu papier indestructible!
Qu’il puisse faireluire ta vertu aux yeux de tout le monde !
Que le fléau du grand Dieu s'éloigne de ta tête :
Qu’un fils jaillisse de tes entrailles au bout de neuf mois,
Qui ressemble au pòre par le coeur et à toi par le visage.
(jue Dieu protège ton mari à Pombi e de ses ailes !
Que Dieu n’expose jainais ton mari à des nialheurs!
Qu’il le fasse le plus grand Hoi du monde !
Kî puisque votre paix est celle de la France,
Que Dieu vous tienne longtemps en amitié intime,
Que tu sois à Henri et qu’ilsoit à toi pendant cent ans.
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Le Poète prête sa voix hannouieuse pour traduire avec tout son ccour
cette feinte réconciliation dont le but politique ne fut pas atteint.
Cette leeture instructive inspire le regret que le chantre des Semaines,
n’ait pas consacré son génie poétiqueà la culture de !a Muse gasconne qui
lui oflrait Toccasion de faire valoir un talent naturel, joint à une élégante
simplicité.
En appiiquant ses remarquables facultés natives dans ce domaine qui
lui appartenait, il aurait peut-être moins éraerveillé ses contemporains; ii
n?en aurait pas moins acquis une gloire plus modeste et plus durabie sus-
ceptible d’illustrer son nom.
Son mariage avec Caíherine de Manas ou d ’Horns doit être reporté en
Tan 1572. 11 avait à cette époque 28 ans.
De cette union naquirent quatre filles, Jeanne de Salusle, Anne, Isabeau
et Marie .
Colletet nous apprend qu'il servait vers la fin de sa vie en qualité de
cornette sous les ordres du raaréchal de Matignon.
A la mort du Poète, qui eut lieu en 1590, lecliáteau du Barthas devint
la propriélé de sa filleainée, Jeanne , feramede Barthèièmij de Frère , sei-
gneur de Hordosse .
DE GARROS (Jean)
Nousavons vu que Jean de Garros , ótait le plus jeune des fils de Ber-
trand. Corame son frère, il dut faire ses études au collège de Lectoure qui
jouissait à cette époque d’une certaine renommée et dont les habitants
étaienl lêgitimement fiers. II fut ensuiie envoyé à Toulouse pour y étudier
la scienee du droit et prendre ses grades. Après la mort de son père, il se
trouvapossesseurdepropriélésimportantes dans la communede Lectoure(l).
Protégé, comme tous lessiens, de lafamillede Navarre, quiavait pu appré-
cier leur fidèlité, il était pourvu du siège de Conseiller au Sénéchal d’Ar-
magnac en 1576 (2), pendant que son aîné, Pierre, était nommé avocat
général près la Cour souveraine de Pau.
(1) Livres terriers.
(2) Registre du Sénéchal. Archives dêparteDìentales.
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II continua clans lexercice cìe ses délieates fonclions les traditions de la
famille qui lui valurent resiiine et la considération de ses concitoyens .
II eut des rapports avec tous les poòtes de son temps et connut particu-
liòreinent Dastros, Ic pocte Saint-Glarais, qni lui adressa le sonnet suivant •
Andè plan arrousa Oarros.
Apolloun amasso l’arrôs
Que tout lou Pamasi <’ einperJaou;
Atau qui nou troubare boun,
Si d’aro 'nlà. l’on aperaouo
Garros gouard’ ai rùs d’ApouIloiin.
Pour bien arroser Garros,
Apollon ramasse la rosée
Qui eniperlaii tont Ic Parnassc; .
Ainsi qui ne trouverait pas bont
Si dorénavaut on appelait
Garros gardien de la rosée d’Apollon.
Le 14 mai 1610, Henry IV tombait assassiné par le fanatique Ravaillac
à côté d 'Antoine de Roquelaure et du duc de Caumon Laforce.
La France venait de perdre le roi Béarnais, le fondateur de la dynastie
des Bourbons, un des rois les plus remarquables de notre histoire, car sa
gloire avait pour piècìestal la pacificntion de la France à Fune des époques
les plus bouleversêes, Finauguraiioti de la prospérité publique fondée sur
le bonlieur des masses et le rajeunissement <Ie la cìynastie parla subslitu-
tion de la race vigoureusê des Bourlxms à la race impuissanle des Valois.
II dut ces vertus viriles à sa naissance au sein des montagnes, à cette
éducation pastorale toule Béarnaise qui forliHa son tempérarnent, fit naître
dans son àme cet amour du peuple, cette camaraderie bourgeoise qui cons-
tiluòrent sagrandeur et sa forcc. Cette familiarité vulgaire, cette joyeuseté
gasconne, cette santé vigourcuse qu'aucunefatigue ne pouvait lasser, révé-
lèrent aux Franqais une royauté toute nouvelle, bien dignede les séduire et
de les passionner. En montant sur le l rône du triste Hcnry III et du taci-
turne Oharles IX, Ilenrv IV resta toujours le franc luron des aventures
galantes, le hardi soldat (YArques et d 'Ycry, le chasseur infatigable, Fad-
mirateur et Féinule du fac;ètieux Roquelaure. Gniee aux vertus plus
sérieuses, qui accompagnèrent ces qualitès, la Royauté fit la plus heureuse
expérience de cette poliiique de la popularitè familière, et la dynastie des
Bourbons foncìa sa puissance sur Fadoration du peuple, mais les passions
politiques, le fanalisrne, se laisscraient-ils jama’sdésarmer par la clémence
et la génèrosité des meilleurs rois ? Henry IV périt assassiné et sa bontó
excessive envers les partis politiques léguait à Marie de Médicis la régente
et à Louis XIIí, alors àgé de neuf ans, une succession grosse de révoltes
et de difficultés.
La douleur et Fèmotion furent gènérales en France, ainsi que Fexprime
le journal de VEtoile : « Aux premiers bruits dc Fattentat, hommes, fem-
mes et enfants, tout se précipite dans la rue avec des gèmissements et cìes
sanglots. II ètait pitiè de voir lout le peuple en pieurs et en larrnes avee un
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tríste et morne silence, ne faisant que lever les yeux au ciel, joindre ies
mains, battre leurs poilrines et hausser les épaules, gómir, soupirer, et si
queiques cris échappaient, c’était avec des élancemenls si douioureux que
rien ne saurait représenter de plus affreux et pitoyable. Ensemble, chacun
ne faisait que dire : « Nous sommes tous perdus, si notre bon roi est
mort ». Odes, épitaphes frangaises, grecques, iatines, angiaises, italiennes
et espagnoles, discours et sermons en toutes langues furent prodigués aux
mânes dugrand roi(l); aucune exagération, dans ces élucubrations dithy-
rambiques aucune trivialité poétique ne lui fut épargnée.
Garros prend prétexte de ce douloureux événement pour payer une detle
de reconnaissance et daffection envets le bienfaiteur de sa maison. Sa
Muse traduira les larmes et les regrets de ia Gascogne pour son roi
défunt (2), et lancera i’analhème contre le misérable assassin auteur de ce
lâche attentat.
(1) Le duc de La Vallière, dont la bibliothèque a constitué lc fonds de celle del*Ar
senál, avait eu rexcellente penséc de grouper tous ces raorceaux épars dont la mort
du Béamais avait été l’occasion. Nous devons probabienient ii cette pieuse curiositè
du grand seigneur le salut de rceuvre de Jean de Garros inserite au Catalogue en ce.s
termes :
Pastorala Gasconnc snr la mort de Henri IV, m-8°. Totilou.se. 1016. N° 9.490.
— B. L.
Elle avait échappé aux reclierches patienles de Soleinnc et de Drunet. de Paris.
l'auteur du Manuel du Libraire. Cet exemplaire, que nous croyons unique, sans
oser raffirmer, a été retrouvé à la Bibiiothèque de TArsenal, gràce à notre infatigable
persistance.
(2) Cette émotion avait gagné les contrées Gasconnes, surtout dans les pavs
qu’Henri IV avait parcpurus à diverses reprises dans son itinéraire. 11 íaut oiter les
honneurs íunèbres qui lui furent rendusà Miradoux (Gers), le 18 juillet 1610 :
a Le Hoy Henry quatriesme, roy de France et de Navarre, íeust tué le quator-
ziesme jour de may 1 0 10, d’ung coup de couteau par un nominé Pierre Robillard
(Havaiilac), d’Angoìesme. A esté receu et sacré pour légitime successeur Loys, fils
légitime et naturel dudit seigneur, lequel à présent, par la gràce de Dieu, est Hov de
France et de Navarre.
» Honeurs du Hoy.
» Les boneurs deudit feu Hoy Henry, quatríesme du noni. Roy de France et de
Navarre, ont esté faicts dans la*ville de Miradoux. le dimanche dfix-huictiesme jour
de juilhet mil six cens dix, et- feurent coniinués le lundy et mardy après. Ce qui s’est
observé auxdits honneurs, c’est que Jes consuls, les oìficiers du Hoy, les jurats et
habitants s’assemblèrent à Ja raaison commune de la viile, lesdits consuls aportant le
drap des morts; les offieiers et jurats chascun son flambeau à Ja inain oii estoynt
attaché les armoyries du Hoy, sortirentde la maison commune, assistèrent aux ot)sé-
ques des morts que lesprestres direntau devant de Jadite maison de ville. s’en alla-
rent en procession avec ordre par toute la ville; les prestres les premiers, les consuls
apportant Je drap après, y ayant quaire armoyries attacliées. Après marchoieut les
oinciers du Roy et après les jurats deux à detïx avec leurs flambeaux et armoyries.
suivis du reste du peuple, et s’en allarent tous assister à la messe et aux prières et
oraisons qui feurent dites dans l’église parrochielle de ladite ville. Tous allarent à
l’offrande; et aprês la messe, les consuls et officiers allarent baizer la croix. Dieit par
sa saincte misericorde veuille colloquer l’àme de nostre Roy en son règne cèleste et
qu'il luy plaise maintenir et conserver le liov. Monseigneur son ttls, la Reyne sa
mère. Messeigneurs ses cnfants et filhes. et leur donner bon conseilh. »
(Extrait des registresde Guillemette ie Vieux, notaire à Miradoux, 1603-1614, f* 277,
fìeouc de Gascogne , xl, p. 51.
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C’est à la forme de la Pastorale qu’il a recours pour la circonstânce, il
s ’empresse dedonner les raisons de ce singulier choix. II donne pour titre
à sa composition :
PASTOVRADE GASCOVE Svr lci niOVt
dcti Magnific ò Poudcros Anric ,
quart dcà nom , fícy de Francc e de Nauarre.
Pastorale Gascoime sur la mort
tlu Magnifique et Puissant Henri,
quatrième du uoni, Hoi tle France et de Navarre.
II dcdie son oeuvre à :
monseignevr de roqvelavre, conseiller du Rotf en ses conseils , Checalier
des Ordres de Sa Majesté E son Lieutenant Général en Guiène
€ Sçachant, lui dit-il, que vous estes Gascon, que vous aimez le païs è
les gens de vostre patrie, et que %rostre gouuernement s’estend sur icelle,
partant vous estant esleu tel, iose me promette, que ie ne seray point sans
protecteur è deffenseur contre mes zoïles , m’appuiant de vostre authorité
è clémence par cette mienne adresse. Faites moy donc cest honeur de
prendre agrò ce mien trauail, é auoir la patiêce qu’à certaines heures
ocieuses il vous en soict faicte lecture. Vous y verrez, quoy qu'en bas stil,
soubs lequel les gràds è plus antièns Poètes ont descrit l’estat généalogic,
E[)italames, combats, amours è mort des grands Rois è Empereurs ample-
mét desduicts, les regrets de la mort déplorable de notre feu Roy débon-
naire e inueincu, Fatrocilé du faict pernitieus du pendart traistre son
assacineur, è les bics è graces que les Pasteurs è prient Dieu aduenir
à nostre Roy régnant- Coraine ie say aussi avec vn zèle extrème, par
mesme mcyen, ne pouuant vser d’autre reuenche en vostrc endroit, pour
estre ines reins faibles, ie le suppiiray qu'il vous doint en santê, longue è
lieureuse vie.
« De Lectoure ce dernier de Iuien 1610 (La Pasloraleest dédiée six semai-
nes après le meurtre). »
Puis s adressant au lecteur, il lui expose que c'est sur le conseil de ses
amis qu’il a mis en lumière son Poème en langue Gasconne : « Làgue
laqucle scmblera possible, scabruse, è difíìcile à plusieurs, pour eslre peu
polic à culiiuée, de tant quc la langue írançoise a la vogue èest en grande
rccomcndation, voire parmi la Gascogne, ou de rordonnance de nos Rovs,
tousaclesse font, è eseriuent en ladite langue Fràçoise ; si que tout le
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monde tàehe à bien éloquement parler é escrire le François. Dont ils
aduient qu’on mesprise é ne faict on point estat d’illustrer la langue mater-
nelle: àquoy si l'on s'attendoit i’oseray croire qu’elle ne céderoit à la dou-
ceur italienne ny grauité espagnole. Cela manquant, i'ay bien voulu te don-
ner quelques aduertissements en cest endroict, pour tefaciliter les diffìcultez
lesquelles pourront t’arrester è destourner de la Lecture de ce petit oeuure,
soit pour l’ortographe, pronuntiation è variètè des dialectes, desquels la
Gascogne abonde autant è plus que ne faisoit antiennement la Grèce,
soit pour la significalion des mots rares è partieuliers, desquels on vsedans
nos contrées. »....
II termine en avertissant le lecteur, qu’il a employé dans certains eas
l'epsilon grec (1) s au lieu de Te ordinaire pour éviter des confusions au
sujet de la prononciation; il retranche également le T de la conjonction,
comme superflu, à l'imitation des êcrivains franrais et italiens.
Son poème est à trois personnages : Iovanon (Petit Jean), Peyrot (Petit
Pierre) et Andriv (André). II débute par 1 argument de la Pastorale :
Deu pople acy Tom auch lous crics, qu’emplouramens,
Per Anric son bon Rey, hè sur sa mort plagnudo;
De son traidou murtrè, puch lous malasimens
Eus bes queu Rey Louis nous porte à sa bengude.
On entend ici du peuple les cris et les sanglots,
Pour la mort si regrettée de son bon roi Henri;
Puis les malédictions contre son traitre meurtrier
Et les avantages que le roi l.ouis nous porte à son avèiienlent.
Cela fait, il donne la parole à Peyrot (Petit Pierre), qui interpelle son
camarade Iouanon ( Petit Jean) en ces termes :
Doû Iouanon, dou ben que contra ta nature,
lout1 bey matin è cè, tout pic pac a l’ardure,
Corre per camps, per bocs, per serres, per arrocs,
Per seubes, per bruchous, è peùs mes espes locs,
D’où vient Petit Jean, d'oii vient que contre ta natiire,
Je te vois matin et soir tout triste, sans cesse
Courir par champs, par bois, par hauteurs, par rochers,
Par forêts, par buissons et par lieux les plus inaccessibles,
(1) Cette idée d'introduire l’s grec dans rorthographe gasconne dut étre inspirée
par la mérae tentative faite par Le Trissin dès 1524 pour donner place dans ia languc
italienne à deux voyelles grecques. Mais toutes ces innovations n’eurent aucìme
suite.
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— 84 —
Per espias, per brocz eichuperatz, è ségues,
E nes arriu, ny hont, ny barthe que nous siegues,
Paihe, trancit, doulent, aganit, pantaichan :
De lèruies, tous deus oueilhs, ban a gran dau,tz pichan :
L'airé trenichs è hen, deu9 grans cricz que tu gites,
Que pot este aquerof digues, en que cougitesV. . . .
Far ronces, par épiues aigues et haies,
11 u’est ruisseau, m cours d’eau, ni bruyères que tu ne suives,
PAle, transi, gémissant, exténué, essouflé :
Tes deux yeux vont répandant les larmes à grands flots :
Tu feuds l’air retentissant des cris que tu pousses,
(v>u’est-ce que cela pcut étre? dis-moi, ìi quoi penses-tu ?. . .
< 11 n'a pas besoin, ajoute-t-il, de se contrister en convoitant les biens de
» ce monde qu'il possède, Dieu merci, et qu’il énumère avec complaisance.
» N*a~t-il pas ses étables bien garnies en brebis, vaches et chevaux? Ses
» champs et ses vignes sont fumés tous les ans et en pleine production. II
» peut en tout temps manger à sa fantaisie de Fagneau, du canard, du
» poulet, du fromage ou un cochon aussi bien que pas un du village. Sa
* rnaison est meublée confortablement; et ses champs sont peuplés de tout
» espèces d’arbres fruitiers, et il passe en revue les variétés de pommiers,
» de poiriers, de pruniers, de péchers, d'abricotiers, denoyers, decerisiers,
» de cormiers, d’amandiers, qui lui donnent tous les ans une ample provi-
» sion de fruits savoureux. Sa demeure est un vrai paradis terrestre où
j> tout abonde, et où on trouve en outre en élé Tombre et la fraîcheur. II lui
» rappelle Theureux temps où il courtisait celle qui est devenue sa femme,
• ses joies et ses déceptions quand il poursuivait de ses assiduités celle qui
» le faisait mourir par sa beauté. A cette époque, levé dès Taurore, lecceur
» joyeux, il était toujours prêt à dire â propos quelquechanson, tantôtavec
» le hautbois, tantòt avec lc chalumeau, pour adoucir le coeur de son amou-
» reuse revèche. 11 n’était pas de fôte votiveaux environs où il ne rempor-
» tàt tous les prix à la boule, à la lulte, à Tarc, aux trois bouchons ou à
» jouer du lulh, sur les bergers et les bous iers les plus renommés de la
» contrée ....
Quis cambis son asso : parle, arrespon, que pences?
Assos per trop farçat, quignes son tas deffences f
Qu’as, lou men, pren couralge, on pot trouba confort,
Per tout qu’au pas esqu de la trop haube mort.
Quel cbangement est ceci? parles, réponds, qucpenses-tu î
La plaisanterie a assez duré, queiles sont tes raisons?
Qu’as-tn, ami, prends courage, on peut trpuver qonsolatiou
Fartout, sauf au pas obscur de la mortfauve.
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■ ■ ii i
IOUANÔN
O mort, heroutge morfc, a daugua mas que douce,
Tum* seres sifc plasé, marboune are en ta hocc,
Poiri iou biue las, biue poiri iou las,
Aprop aue perdufc, mon soustien, mon soulas?
Mon paués, mon renfort, mon maintien, è ma bifce,
Qui ses è nou pot cste au mon que fort petite :
Mon mèste, mon Seignou, Rey de touts lous pastous,
Lou maiourau de touts, qui hasez inous moutous,
Agnètz è buus, per tout péicho en assegurance :
Sit calé courre au loup, è ère cap de dance,
A la boup, au sanglà, plus lèu et housse mort,
Que souffri que degus nous hesse cauque tort :
Hardit come uu Léon, balent come Tespase,
Et tenguè toute neifc, ardente sa lampase,
En beilian, escoutan, qui sere tant ausart,
Qni prene gausare, suus sous la mendre part.
Lous lairous monfcagencs, tant quet hourouc en gouarde,
Nou saproupien de pou. quet nouus dès sur la harde.
Nieus morous bazanatz, marranous qui son loups,
E gouereien, nou pas dam her, mas come boups.
Ha men nous te pcrdem, quan de pou de ta gouerre
Deu leuat, dique au couq, hasez treni la terre.
FETir JEAN
O mort, farouche mort, à certains plus que douce,
Tu me serais agrèable en m’enfouissant à préscnt dans ta fosse;
Hélas ! pourrai-je vivre, hélas ! le pourrai-je,
Après avoir perdu raon soutien, ma joie,
Mon bouclier, mon protecteur. mou déíenseur, ma vic,
cjiui sans lui dans ce monde ne peut étre que bien petite :
Mou Maitrc, mon Seigneur, Hoi de tous les pasteurs,
Le Souverain de tous, grâce auquel mes moutons,
Agneaux et boeufs, paccageaient partout en súrcté.
S’il fallaií courir au loup, il était chef de danse,
Comme au renard, au sanglier; il serait mort plutót
Que de soufifrir que personne nous fit quelque préjmlice :
Hardi comme un lion, vaillant comme l’épée,
11 tenait toutes les nuits sa lampe allumée
Ln veillant, écoutant quiserait assez audacieux
Pour oser prendre aux siens la moindre chose .
Les voleurs moutagnards, tant qu’il fut en garde,
Ne s’approchèrent de peur qu’il ne leur tombe desius,
De méme les Mbures basanés, vagabonds, qui sont loups,
Qui guerroient tìon pas avec du fer, mais comme renards.
Hélas ! nous te perdons, quand la peur de la guerre
Du levant au couchant faisait retentir la terre.
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Ares nous poudem plan, carga lous esperous
E huge on mes pouscam dam beace è sarrous. . . .
Maintenant nous pouvons bien cbausser les éperons
Et fuir au plus loin que nous pourrons, avec besace et pannetière.
» abandonnant la mort dans lïtme nos charmantes demeures, nos vigno-
» bles, les récoltes mnres et nos champs prêts à faucher Les uns iront à
> droite, vers lesl, les autres au Japon, ou bien vers le Tartare glacé où les
> vètements sont faits de peau de mouton ou d’izard, ou vers le Nouveau
Monde où la chaleut force les habilants à alier nus en toute saison.
» Certes nous pouvions à loisir planter, greffer, tracer des aliées dans
» nos jardins, faire de belles avenues d’ormeaux, tailler des tonnelles de
> myrthe, de lierre, de lauriers, de rosiers, de jasmins et conduire à Ten-
» tour des ruisseaux d’eau courante dont le murmure cadencé invite au
» sommeii. II nous éíail permis, en pleine sécurité, d’organiser là des
» danses et. de célébrer les louanges du dieu Pan, maintenant lout est fini.
» Soldat pillard, voici venir ta fète, loi qui te repais du sang et des larmes
» du peuple que tu conlrains à se nourrir de pain cuit dans les douleurs.
> Viens avec la gent êtrangère pour t'emparer de notre bien que nous avons
> arrosé de nos sueurs et de notre travail. Désormais l’on ne pourra plus
> chanter sur la montagne, ni sur la verte plaine en faisant paitre ses
» troupeaux. »
Petit Pierre cherche à calrner son ami en lui faisant entendre la voixde
la raison et cn invoquant lcs dccrets mystèrieux dc la Providence qu’il faut
accepter, mais Petit Jeun se montrc insensibie et donne un libre cours à
son indignation :
< ) Terre, o Ceu, o Ma, Astes, e Dius amasse,
Auetz bousautz patit, qu’aquero noble race,
Deus Santz, Lyris antiqz, houssen traidourament,
Dab un coutet murtrê, Iieritz ta biuament,
(Juan la sang inoueente, cn lestrete carrère
A hioles cudec he neiche ue ribòre?
'I’acagn arrescuse, truant mau acarat,
Quigne rauje t’aue la biste caperat,
O Terre, ô <*iel, ò Mer, Astrcs ei Dieux cnsemble,
Comment avez-vous permis que cette noble race
Des Saints, Lys antiques, fut traitreusemcnt,
Et si brusquement frappée avec un couteau meurtrier ;
Quand le sang innocent, dans la rue étroite
Tomba en jaillissement. à faire naitre un ruisseau ?
Méchant sournois, bandit ít face ignoble,
(Juelle rage avait voilé tes yeux,
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Lou sen, lentenement, que lon eo pien d’audacie,
Tout d’un cop s'arroncés dessus la douce facie
D’un anioulet deu Céu, de l’unctat deu bon Diu,
Tot bon, tout amistous, que suu poble caitiu,
Et elegic pastou, gouaiton, è sa condute,
L’arbaiament deus maus, deus maichants la deliute,
Lou soustien, lou pihorc, deus caiutz am maus hicz,
E deus praubes qui son ses abric, ses amicz,
Per heu arregauta sa biue amneempourpade,
E tantouilla tas mas, en sa sang ta plourade ?
Que tant queu Mon sera, nous, o lous qui biran,
Aprop nostes nelx)utz, malaus se sentiran.
Ha maichant malasit, tu n'as pas abeusade,
Ue soulete liemne, ans ue milantade
Que d’enhans despairatz, quan d’oustaus desoulatz,
Quan de gent desperance as tu arreculatz?
Quan de maines louritz, è bourgatz è bourgades,
Seran, per tu damnat, diqu’au pe deroucades,
Qui s’arreleuaraf om es plus leu pergut,
Aprop un meste nau. qu’om non es counégut.
Poitron, arregagnat, digues nous on pot este,
Qu’as apres dargouaita ton Seignou, ton bon meste ?
Per acops de coutétz la bite destreraau,
Lo Reaume è nousautz coulouma de tout mau ?
Tut’ pençaueus, belèu, teserbi de leichemple,
Ton bon sens, ton entendement, pour que ton cocur plein d’audace
Tait précipité, tout ii coup, sur la douce image
D’un ange du Ciel, de l’oint du Seigneur,
Tout bon, tout bienveillaut, que pour le faible peuple
II élut pasteur. gardien, qu’il fut sous sa conduite,
La préservation des maux, la dcroute des méchants,
Le soutien, le pieu des tombés et des mal plantés,
Des pauvres qui sont sans abri, sans amis.
Pour lui faire vomir sa noble âme empourprée.
Et trempcr tes mains dans ce sang tant regretté ?
Tant que lc monde existera. nous et nos successeurs,
Après nos arrière-neveux. en souíïriront encore.
Va, mccliant maudit, tu n’as pas rendu uue seule
Femme veuve, tu en as fait des milliers;
Combien d’enfants orplielins, que de foyers désolés,
Combien de gens as-tu recuiés d’espêrance#
t’ombien de maisons tleuries, de bourgs, de hameaux.
Seront gráce à toi ruinés, dèraolis jusqu'aux fondemeuts,
Qui les relèvera 1 On est perdu plus tót
Auprès d'un maitre nouveau qu’on n’en est coimu.
Poltron révolté, dis-nous où tu as pu
Apprendre le guet-à-pens contre ton Seigneuret ton bon Maitre?
Pour à coups de couteaux détruire sa vie?
Tu as comblé le Royaume et nous-mêmes de tous maux?
Tu as pensé peut-étre à suivre l’cxemplc,
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Per hè dura ton nom (1), deu qui boutec lou Teinple.
De Diane en carbous, mas tout son maichant heit,
Nempachec que plus bet, nou housse aprop reheit.
Ha plagous au DiuPan , qu’ubrin lames petite
E gran bée deu cos, iou pouscoussi da bite (2).
Quantis soupis, sanglotz gitari jou dam plous,
Sit2 pouden acaba nostes maus è doulous.
Un delauas deù Ceû semblare que caiousse,
Ou qu’un delubi gran sur la terre hounousse :
Mes praubes desastructz, en nat courtiu, ny ort,
Remcdi nou se pot trouba contre la raort,
Hilh raalasit d'hyher, dequing helon couratge.
Ten ez tu pres au Rey lou prumè de tout atge,
Tout franc, tout iust, tout sant, simple è plen de bouentat,
Que t’auó heit murtré, qu’atau laies tractat?
Tu n’ez nescut de raay douce, ny pietadouse,
lou creyquetu es hilh de cauque superbiouse,
De cauque loube, ou draque, ousse, ou mes si tu bos,
Du Lauparde enchoua, qui n'a queu diable au cos,
Las raaities au senc, ò qu'en arre nou penee
Quo de sang, è de mortz hé sa bite è despence;
Iou cresi qu’ere ta de biueres nouirit,
De serps, serpents, grapauts, é d’un lausert poirit,
Pour perpétuer ton nom, de celui qui incendia
Le ternple de Diane, mais sa méchante action
Ne rempècha pas d’être reconstruit plus beau.
Qu’il plut au Dieu Pan, qu’en ouvrant les pelites
Et les grandcs veines du corps je puissc lui rendre la vie.
(v)ue de soupirs et sanglots je jctterai avec des pleurs,
Si nous pouvions achcver nos niaux et nos douleurs :
11 semblerait qu'une averse tombat du ciel,
( )u qu’un grand déluge fondit sur la terrc :
Mais, pauvres malheureux, eu nul jardin ou \ erger,
On nc pcut trouvcr remède contre la mort.
Fils maudit de l’Eiifer, de quel félon courage
'l ’eti es-tu pris au plus grand Roi de toutâge,
Tout franc, tout juste, tout saint. simple etplein de bonté :
Que l’avait-il fait, assassin, pour le traiter ainsi ?
Tu n’es pas né d’une mère bonne ou aecessible â ia pitié;
.Ic crois quc tu cs íils de quelque folle d’orgueil,
Dn quclque louve ou reptile, ourse, ou si tu vcux.
D’une léoparde furieuse, qui n’a que le diable au corps
Du matin au soir ne pensant à rieu
Qu’au sang ct au\ morts dontelle fait sa vie et nouiTÌlure;
Jc croiraiqu’elle t’a alimenté de vers de terre,
Serpents, vipères, crapauds ou lézards pourris,
(1) Erostratc. d’Ephèse, homme obscur, qui pour immortaliser son nom brúla le
temple de Diane, une des sept merveilles dujmonde.
(?) Le poètc fait ici aìlusion á la tmnsfusion du sang.
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- 89 —
Don ore empousouèc ton oò, la pousouère,
De biterne la may, mastresse sourtiihére,
Per te poussa de hè, deu mès berenent hèu,
Lou cop dou lous cantous pudichon, è lou Cèu;
Lous aires, lous arrius, cros è la terre toute,
Bergougne an de tous heytz, en piouren gouteà goute.
Iou gauzi auança qu’cnchouare ious Yhers,
Bergougnaran per tu, be que sien esquers :
Ses la gran pou qu auen Pluton , ò Prouserpincy
Eu can aus tres lairas, que gaignes lou cetine,
Nettun , diu de la Ma, ques mes, ans lou diu Mars ,
Tant et ere balent, creignen sous treitz ausars;
Tu l’as aucit pertant, galenet plein de bici,
Surpres ses arre en man, e dab gran traidourici,
Per tu quis mès maichant? à ton pay launou failh :
Tu cudes hé sclata, ta may sur son tribailh,
Coume lous Biperatz neichens hen la Biupère.
Bes aquet desastruc, qui ben de taus espere
Doli de notz è rude, è pourcine pudents,
Tu hous tabè batiat, seignau deu maus pendentz
Luciher houc pairin, Mèduse ta mairie,
Quit’ dec de toutz ious maus, la brustie en astrugie;
Cloie, Atrop , Lachesin , sept cops en Phlagetoun ,
Te baignen, en le Stic, Couchit è rAqueroun.
Dont la sorcière empoisonna ton coeur, la scólérate;
Cette mère des Enfers, maitresse magicienne,
T’abreuva du plus venimeux fìel pour te pousser
Au crime dont on a rougi dans tous recoins : Et le ciel,
Les airs, lea ruisseaux, les antres, et la terre entière
Ont honte de tes faits et en pleurent goutte à goutte.
J’oserai affirmer que les Enfersencore
Auraient honte pour toi, bien que réfractaires.
Malgré l’horreur qu’inspirent à Pluton et Proserpine,
Le chien aux trois gueules, tu as gagné le siège au-dessus.
Neptune, Dieu de la Mer, bien mieux, le Dieu Mars,
Tant ii était vaillant, craignait ses traits audacieux;
Tu l’as cependant tué, petit fauve plein d’astuce,
Surpris les mains vides et en grande trahison.
Qui est plus méchant que toi 1 Tu déshonores ton pèrc :
Tu dus faire éclater ta mère en son enfantement.
Comme les vipereaux naissant font de la vipère.
Tu es bien cc méchant produisant de tels résultats .
D’huile de noix, de rue, et d’urine de porc puante,
Tu fus aussi baptisé, signal des maux présents,
Lucifer fut ton parrain et Méduse ta marraine
T’a donné de tous les crimes I’astuce et la brutalité;
Clotho, Atrop08,LachésÌ8, septfois t’ontplongé dans Ie Phlageton ,
Dans le Styae , le Cocyte et dans VAchéron.
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— 90 —
La graule, lou cahus; è la neitau brésaugue.
Espauentans, ugglem, ton houre tropprimaugue.
Le corbeau, le hibou et la chouette, oiseau des ténèbres,
Epouvantés, beuglèrent à ta venue trop hàtive.
Petit Pierre approuve ces paroles et flétrit à son tour le misérable
assassin, dexécrable mémoire, qui leur enlève Henri, roi des pasteurs, leur
protecíeur glorieux.
Heureux de cet accord et tìer de l’intérêl qu’il inspire, Petit Jean continue
son discours en ces termes :
Aquos atau, Peyrot, tu dises trop bertat,
Mourphet enchouare aneit, me la representat
Suu prume drouiuillion, iraucatde ctìies plagues,
Don lou traidou, la mort, trist, gouasardon, è pagues,
Deus tribailz, c deus maus qnet a sutlert per nous,
En cassan lous lairous de toutz nostes cantous :
Heillan, courren, susan è laneit è lou die,
Pcr gouarda nostes buus è dique la garie.
Lou praubet m’arrapan la man sui* mon repaus,
Entamouec dam souspis, lou hiu de son perpaus,
E dam boutz tremoulante a dise atau coumence :
Iouanon, lou men Amic, beci la recorapence,
Deus tribails, deus eichors, de las perdes è maus,
Suffertz per alîranqui touts nostes arvaus,
Per hé la patz pertout, arresta ta coulére
Deu besin bazanat (1), qui de sa man murtrère,
Boule mon pople aucise, è portan tout atailh
Mon Reaumeè lous bes deu mes, è lou tribailli.
11 en est ainsi, Petit Pierre. tu ne dis que trop vrai,
Morphéc me l*a encore motitré cette nuit
Sur le premier sommeil, troué de deux blessures
Par ce traitrc; la rnort fut le triste profit et salaire
Des travaux et des inaux qu'il a souffert pour nous
Kn ehassant les larrons de tous nos cantons :
Veillant, courant, suant etla nuit etle jour,
Pour protéger nos boeufs et jusqu’à nos poules.
L’infortuné saisissant mamain dans mon soinmeil
Entama avec soupirs le fil de son propos.
D’uiie \ oix tremblante ii commenra à parler ainsi :
« Petit Jean, mon ami, voici la récompcnse
Des travaux, des efforts, des pertes et des rnaux
Soufferts pour affranchlr tous nos hameaux,
Pour faire la paix partout, arrêter la colère
Du voisin Basané, qui de sa main meurtrière
N oulait dôtruire mon peuple en masse,
Mon Royaume, les biens de mes sujets et leur travail,
(1) L'Espagne.
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— 91 —
Tu m’ bezes courre en sang, plagat, traucat ses hise,
De ma bite alenga d’un soul iour à ma guise.
Uutraidou malastruc, barbar, inconegut,
S es gitat suber my, è ma la bite agut
Dam dus cops de coutet, sur la plane carrère,
Taleu datz, taleû près, de sa man escarrère,
Que iou, ny nat deus mes nou pouscoum arbaia,
Lou coutèt don prusent, m’ancc coutereja.
O desastr® crusau, que perbesi pouscoure
A taus cops desperats, heitz en un moument d’houre,
De la man d’un subjec, o son meste courau,
Qui jamès nou nousouc, ny hec a degun mau
Qu’a jou medich, è trop per mespresa ladresse,
De hugilous dangès penutz sur ma cabesse.
Mon metge m’en auè baillat deus sentimens,
E herrè Thoulousenc cauques ensegnamens :
Tout aquet jour lou co m’ periquec de sa darde,
Mas jou pauc saui entant, nom’ sabu da de goarde :
L’om nou pot escapa lou hat dôterminat.
Quo jou cresi César, que tu hous estounat,
Quan tu t’ bis pugnala, suu ce de ta Calandre
Deus amicz, coume jou mespresan ta Cassandre.
B’acdichou tu Tiran (1), quan hès pene d’uu hiu,
Tu me vois courir ensanglanté, blessé, troué, sans espoir
De prolonger ma vie d’un seul jour à ma guise.
Un traitre miséi*able, barbare, inconnu,
S’est jeté sur moi et m’a oté la vie
De deux coups de couteau au milieu de la rue,
Aussitót írappés, aussitót reçus de sa main scélérate,
Ni moi ni aucun des miens ne put détourner
Le couteau du hargneux qui ainsi me coutela.
O désastre cruel, qui pouvait prévoir
De tels coups désespérés, perpétrés en un moment
Par la main d'un sujet, sur un Maitre aíïectueux,
Qui jamais ne préjudicia ni ne flt mal â personne
Qu’à lui-méme. eu dédaignant trop la íinesse
Pour éviter les dangers suspendus sur ma tête :
Mon médecin m’eu avait doiuié deux avis,
Et quelques renseignements : ìl était Toulousain;
Tout ce jour le coeur me becqueta de sou dard :
Mais moi cependant peu sage, je ne sus me donner garde :
L'bomme ne peut échapper à son destin fìxê d’avance.
Je crois, César, que tu fus bien surpris
Quand tu vis jouant des poignards le soir de ta Calande
Des amis ayant, comme moi, dédaigné ta Cassandre;
Tu le dis, toi, Tyran, quand tu fis suspendre â un.fìl,
(1) Denis, tyran de Svracuse.
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— 92 —
Soupan l’eêtòô auu cap, d’aquet daui subtiu :
Que la bite deus grans, es en un hiujpenude,
Et qu’un coutet niourtau sur sóus caps s’aremude.
Prenetz eichemple en my, lous mes hilhz, aprenetz
A mon dam n’esta pres aus medichs ausapetz;
Noutz hiseitz de quadun, è nous prestetz l’aureille,
Qu’aus bailets esprouatz; hasetz coume labeille,
Qui per teiche è basti la bresque d’un bon méu,
Causis las millous flous qui son debat lou Cèu .
Un glaive sur la tête d'un convive, enseignaut subtilement
Que la viedes giands est suspendue à un tll,
Et qu’une arme meurtrière s’agite sur leur téte.
Prenez exemple sur moi, mes íils, apprenez
Par ma perte à ne pas ètre pris au ìnéme piège;
Défìez-vous dechacun, et ne prétez l’oreille
Qu’aux serviteurs éprouvés; faites comine l'abeifle
Qui pour établir et approvisionner la ruche de bon miel
Clioisit les meilieures fleurs qui soient sous le ciel .
« Puis s’adressant à son cher petit Louis, il lui recommande la prudence,
» si nécessaire pour le métier de roi. S’il honore Dieu et aime ses sujets, il
» l’aidera à détruire les entreprises de ses ennemis et lui accordera tine
» longue et heureuse vie. Mais il craint que son jeune àge ne l’em-
» pèche de comprendre le sens de ses paroles, et il charge Jeannoi ,
» son vieux serviteur, de lui transmettre les dernières paroles d’un |)ère
» martyr qui a dit adieu à une vie pleine de larmes et de tristesses; il y
» gagnera la reconnaissance de sa mère et de tous les siens. 11 espère
v qu’avec le secours de la Providence, son tils saura dêfendre son bien.
» Du reste, les copeaux ne ressemblent-ils pas au tronc, les semences au
» fruit? 11 est par son père et par sa mère de la race de Taigle qui ne pond
» jamais des colombes et n etrangle pas dès le nid ses dindonneaux. II
» promet d’ètre un grand roi, il n’en craint pas moins que quelque voisiu
» peu scrupuleux ne profite desa jeunesse pour s’emparer de son royaume.
» Mais il met saconfiance dans ce grand Jupiter, le raaître du monde, qui
»> soutient les faibles et les empêche de succomber. II eompte aussi sur une
» mère puissante, placée à ses côtés, qui fait vivre ses sujets en paix et
» saura le défendre avec uue mále énergie. II prévoit que si Dieu leur
» permet de grandir ils seront autant de Césars, de lions audacieux, intré-
» pides, qui sauront assurer Tinlégrité de leurs Etats, et même les reculer
» jusqu’aux Colonnes d’Hercule, et il ajoute :
Peraichit nom hè do de perd’ aquesté bite.
Cent mile milious, è cent Côps mes petite
Ainsi je ne regrettepas d’avoir perdu cette vie,
Cent mille millions et cent fois plus petite
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Que n’es pas rEternau; d’aquere entierament,
Iou jouissi content, dab tout contentament :
En liie jou nogu que plous, turmens ses conde,
En la dares, joutz é toutz lous plases deu monde,
Plasès qu'eu een no pot comprene, ny mes loueilh,
Espia, qu’an haesare laray ela dçu soureilh .
Su hurous plan trufat, Iudas traidou, sur l'houre,
Qu’an la bite m’agous que tout lou monde ploure,
Meichenjan dev Reaume, è pensan hé t’aunou :
Mas treti tu nou as que toute desaunou.
E per tu, è jieus tous, dam turmens è tristesses,
Per ares è per jal’Hyher sera tas trosses.
Cudam me hè tout mau, tu m’as heit tout lou ben.
Que poire desira, lou mes home de ben.
Iou jouiscy deu Cèu, io son sur las esteles (1).
lou besi lous segretz, que las espesses teles
Quisont entre nousautz ban belan nostes oueilhs,
Per sauis recercatz, è peus jouens, è peus bieilhs :
lou bey don ben lou clep deu soureilh, è la lue,
E compujen lous crums mes hault que hè la grùe :
Com raien lou gouber sur las causes debas
Lous asires, è com lien toutz sous tours dam compas,
Destinglans sas bertutz suus homes, sur las plantes
Suus frutz, suus samouatz, é peires clarejantes :
Que n’csi l’Eternité; de celle-ci pleinement
Je suis content en tout oontentement :
En l’une je n’eus que pJeurs, tourments san9 compte,
Dans celle d’à présent, je jouis de tous plaisirs possibles,
Plaisirs que la raison ne peut comprendre, pas plus que l’oeil
Les pénétrer, franchirait-il les rayons du soleil.
Tu fus bien trompé, traitre Judas, à l'heure
Oû tu as détruit ma vie, que tout le monde pleure,
Me dessaisissant du Royaume, pensant te faire honneur,
Mais traitre, tu n’as que toute honte
Pour toi et pour les tiens, avec tourments et tristesses.
A présent et pour jamais l’Enfer sera ton couronnement.
Croyant me faire tout mal, tu mas íait tout le bien
Que pourrait souhaiter le plus homme de bien.
Je jouis du cieJ, je suis au dessus des étoiles,
Je découvre les secrets que les toiles ópaisses
Qui sont entre nous voilent à nos yeux
Et recherchés par les savants, par les jeunes et les vieux.
Je vois droù vient l’éclipse du soleil et de la lune,
Et comment les nuages montent plus haut que la grue.
Comment les astres gouvernent les choses d’en bas,
Et comment ils font leur tour avec réguJarité.
Répandant leur action sur les hommes, sur les plantes,
Sur fruits, sur embJavures et sur pierres brillantes.
(1) L’auteur a dú, dans ce passage, s’inspirer du Songo , de Scipion.
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— 94 -
Suuspeich, sur lous ausetz, que podoun lous régouars,
Deu bieil Saturne, de Bes, de Mercles ède Mars.
lugnits sextius, quouairatz è trinaus en la cousse,
Coumlu prumé moutiu, lous autes cercles pousse.
Deù leuat ente au Couq, det premutz è fourçatz,
Enchoua que tous planetz, au contrari biratz,
Deu Couq ente au leuat, seguisquen lour carrère,
Are couentatz, tardius, dretz. rebouich ses dressere.
Que lous petitz cercletz, miencoume lous platz,
E lous cous a cadun son estatz ourdenatz.
lou bey lous Peichs , îou Tau, Chancre , Lescarouisse .
Lous BessotiSj Laiguassô, la Berge pausadisse,
Las Balances, lou Bouc , Larquù. Lesquerpion ,
Elou qui hó lous Reys , lou hort co deu Lèon.
Iou bey com lou Diu Iaus , per aquetz signes passe,
E lous autes planetz, y hen lotges amasse,
Iou bey rouda lou Char, ames lous tres Bourdou
Eu Boùé qui jamès nou s’escon suber nous,
lou besi YOurion, jou bési las Plejades,
Qui nous porten prou souen de haichugues ploujades,
E com dab lou Lèon, è lou Caignot ardcnt ,
Se trempe d’augus cops, deu temps mes caut la dent;
lou besi perque vn bent are regne, are vn aute,
Don ben lou terrotrem, on la montague saute,
Leicharuscle don ben, qui cause lous lambretz,
Surpoissons, sur oiseaux, ce que peuvent les intluences
Du vieux Saturne. de Vénus, de Mercure et de Mars.
lléunis en sexagone, carré. triangle, dans leur course,
Comment le premier moteur pousse les autres cercles,
Du lever jusqu’au coucher, pressés et forcés par lui,
Encore que les planètes tournées en sens contraire,
Suivent leur voie de leur coucher jusqu’au lever,
A présent violentées, tardives, réirogrades, sans direction.
Que les petits cercles mènent comme il leur plaît.
Et leurs cours ù chacun ayant été réglés.
Je vois les Poissons, le Taureaux, lc Cancer, l’Ecrevisse.
Les Jumeaux, le Vcrseau, la Vierge qui suspend le travail.
Les Balances, le Bouc, l’Archer, le Scorpion,
Et celui qui fait les Rois. le robuste cceur de Lion.
Je vois comme le Dieu Jupiter traverse ces signes,
Et les autres planètes et y fait des stations,
Je vois rouler le Char et méme les Trois Bourdons,
Le Bouvier, qui jamais ne se cache de nous.
Je voisOrion, je vois les Pléiades,
Qui nous portent assez souvent des pluies sèches.
Et comment, avec le Lion, le Cluen brùlant
»Se trempe quelquefois la dent au temps le plus chaud;
Je vois pourquoi les vents règnent successivement,
D’où vient le cataclysme ou saute la montagne.
D’oú vient la foudre qui cause les éclairs
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— 95 —
Seguitz suu uiedich punt deus herouges toiiètz,
Com se he la grenisse, è laigue en neu se glace,
E com ben de la ma, è puch tourne en sa place ,
On nou son parious, oun lous jours gouaillés an,
Oun lou jour dab la néit, peu miey, espartich lan.
lou besi lou Nadir deu monde, è lou Zènic,
E qui a debinat deu subtiu Coupernic (1),
Ou deu gi’an Thouloumeu; l’vn dousquaus ditz, la terre
Maues, Taute lou Céu, nou ses despute è gouerre.
Iou besi lou men hat, é coutèt mau hasec,
Qui la gran bée caiie ò mon cos trauessec,
Iou besi daute estrem, la couronne segrade,
Peus martyris suffertz, a mon cap aprestade :
La troupe deus heraus, è deus homes miey Dius .
Qui son estatz en terre ondratz comme betz Dius :
Mendres au prop de jou, per ma grane balence,
Suivis aussitót de terribles grondements
Comment se fait la grôle et J'eau se change en ueigc.
Comment elle vient de la mer et y revient ensuite.
(Comment) les jours ne sont pas pareils et se font plaisants.
Comment le jour et la nuit se partagent l’année.
Je vois le Nadir du monde et son Zénith;
Qui a devinò ou du savant Copernic,
Ou du grand Ptolémée? Tun desquels dit que la Terre
Se remue, et Tautre le Ciel, de là grande controverse.
Je voismon destin, le couteau malfaisant,
Qui traversa ma grande veine cave et mon corps,
Je vois d'autre côté la couronne sacrée
Supportée par les martyrs, apprétée pour ma téte;
La troupe des héros et des demi-Dieux
Qui ont êté honorés comme Dieux sur Ja terre,
Moindres que moi, à cause de ma grande vaillance,
(l) L'idêede placer le Soleil au ceritre du monde et de faire tourner au tour de
ce centre la Terre et les planètes u’éiait pas nouvelle : elle était au contiaire d’une
grande aniiquité. Au n* siècle, J’hypothèse coniraire, celle de Ptolémée , prévalut
encore et expliquait tant bien que maî, plus mal que bien, les phénomènes astrono-
miques alors connus. Mais on observe d’autres phénomènes qu’elle était impuissante
â expliquer, par exeinple les stations et les rétrogradations des planètes. C’est aiors
que Copernic , soudainement éclairé, refusa de s’en rapporter plus longtempsàla tra-
dition. Au lieu d’entasser orbes sur orbes, épingles sur épingles pour défendre en
dépit des exigences de la raison une théorie consacrée, il crut plus súr de s’en rap-
porter à Ja raison plutôt qu’aux sens et de substituer enfìn la réalité aux trompeuses
apparences. Son hypothèse ne changeait rien aux apparences; ellene constituait pas
non plus une découverte nouveile; elle n’introduisait pas dans la science un élément
nouveau, mais c’était une sorte de renversement des eléments de la science; il attri-
buait à la Terre le mouveraent attribué de tout ternps au Soleil; il afíìrmait que c’est
le bateau qui avance, non les arbres et Jes rives du íleuve. Sur la nature de ces
mouvemenis il ne nous appreuait non plus rien de nouveau; il fallait un Képler pour
découvrir les lois de ces mouvements, un Galílêe pour conûrmer la découverte, un
Newton pour en trouver la formule géuérale, un Laplace pour étendre et perfec-
tionner les calculs de Newton. Mais l'hypothèse de Copernic est Ja courbe initiale de
ces mémorables découvertes. (Extrait de Les Etudes dans la Démocratie , par A.
Bertrand.)
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Qui hé queii prumé loc, jou è per recomperlce
Lou Centau es debat mous pèa, a mes Cepheu ,
E lou hort tìercules , ta plan coume Percen ,
Casiope, Andróumède , è-las autes miey Déesses,
Aplingades jou bey, dab garlandes è tresses.
Aquo nes tout : om auch lous Arcanjóus segratz .
Lous Anjous , Seraphis , en sous trons arengatz.
Cantans jouious ses paus, las aunous, la memorie,
Deu Diu deus Dius soulet, a qui lom diu la glorie :
Dam Laùts, dam Claris, Sonçaines è Tambous
Qui resouen ta dous, è dam acortz ta bous,
Quedeus Emperadous, deus grans Reys la Musique,
Au prop de Ja douçou dequerc, n’es qu’etique.
lou n’auri jamès heit; ta grans plases senti
Se podoun nous conda, ny lour set escanti :
Per tant jou nout diré per ares aute cause
D’aquet ben Eternau on mon co s’arrepause :
Sit' boli jou prega, que dessus mon thraut,
Tu bouilles esplandi qua da vn nauet frut,
Dam Arroses, Espicz, Lyris, Giroufleietes,
Mamovs, Serpout, Mandras, Jençamin è Biulètes,
1 raesclan las audous de la Myrhe à lancès.
Per tres dibers matis, è per tres dibers cès :
Tu è lous tous, bengatz embiroua ma toumbe,
E cantetz dam bercetz, per argausi mon oumbre,
Ce qui fait qu en premier lieu j’en ai pour récompense
Le Ccntaurc sous mcs pieds, et encore Cóphée;
Et le vaillant Hc.rculc , comme aussi Pcrséc ,
Catsìopée, Andromèdc et lcs autres demi-décsses,
Je les vois enlatóes dans les guirlandes ci tropliées.
Ce n’est pas tout : j’entends les Archanges sacrés.
Les Anges , Séraphins , en rang sur leurs trónes
Chantant joyeux, sans repos, les honneurs, la mémoire
Du Dieu des Dieux unique, à qui nous devons hommage.
Avec flútes, hautbois, violes et tambours,
Qui se mélent si doucement et en accords si bons,
Que la musique des Empereurs et des grands Rois,
Au près de Ja douceur de celle-ci n’est qu’étique.
Je n’aurai jamais fìni : je ressens de si grands plaisirs
Que je ne peux ni les conter ni en éteindre ma soií;
Pourtant je ne te dirai pour à présent autre chose
De ce bonheur étemel où mon coeur se repose :
Mais je veux te prier que, sur mon tombeau
Tu veuilles répandre chaque annéc une nouvelJe offrande,
Avec des roses, lavandes, lis, petites giroflées,
Violettes, serpolet, mandragore, jasmm et violiers,
En y mêlant les parfums de la mvrrhe et de l'encens.
Par trois différente matins, et trois différents soirs :
Qua toi et les tiens veniez eutourer ma tombe,
Et chantiez dans vos versets, pour réjoolr mon ombre.
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Mous heitz, mous ditz, ma mort, que sie couneguí,
Qu’a degun ne heit tort, tant qu’au monde è biscut,
lou boulie abrassa cudan ly da ma place,
Mas et hugic, di*en, Adiu, com lou treit passe.
Mes aetions, mes paroles, ma mort; qu’il soit connu
Que je ne fis tort à personne, tant que j’ai vécu au monde
J’ai voulu lesaisir, croyant pouvoir lui donner ma place,
Mais il s’enfuit. disant, Adieu, prompt comme un trait.
Pelit Pierre roste sous le coup d’un doux saisissement de ce qtfil vient
d entendre, Certes, dès le début, les paroles deson camaradeluiavaient parues
justifiées et naturelles; mais maintenant sa douleur s ’apaise en apprenant
que 1 ame d’IIenri repose au ciel. A quoi bon se révoiter contre la mort
qui visite indistinetement la cabane des pauvres et le palais des rois. Ii
jouit à cette lieure du bonheur réservé aux justes, il ìfesl point raisonnabie
de passer son temps â gémir quand on laisse tout son bien e»l désordre
Mais Petit Jean ne peut se résoudre à garder le silence quand il songe
à eette fatalitê, il interpelle la mort et lui reproehe sa làcheté. Elle enlève
Henri à son affection d’une façon si prémalurée qu'il reste inconsolable. II
ne le verra plus désormais chasser ie lièvre ou tout autre menu gibier le
faucon au poing sur le plateau de Guilemerre (1), ni lancer avec sa meute
l’izard, Ie chevreuii, le sanglier, de Lectoure à Saint-Clar (2). Mais il sera
fidèle à son souvenir en iui offrant deux agneaux juraeaux, la perle de son
étable; ii fera son crioboie (3) avec des íleurs et des parfums. II renouvel-
lera à son intention leur antique tauroboie (4), et s’il est besoin ils feront
une hécalombe (5) désirant ne rien épargner de leurs biens pour honorer
dignement la mémoire de celui qui délivra Ia Franee de tant de calamités.
Petit Pierre convient que ce ne sera que justice, et ils passent en revue
les genres de tortures qu’ils infligeraient au misérable assassin s’il tombait
entre ieursmains. La nomenciatureneprendrait pas fic desitôts’ilsn etaient
interrompus par fentrée en scène d’un nouvel acteur, Andrieu , qui vient
se mêler à eux et les interpelle ainsi :
(1) Nom d’un hameau situé entre Lectoure et Saint-Clar.
(2) Les évéques de Lectoure, seigneurs de Saint-Clar, en paréage avec le Roi,
avaient fait de cette ville le lieu habituel de leur résidence.
En effet, d’après Ja reconnaissanee faite le 23 janvier en 1533 par les consuls de
Saint-Clar de Lomague au roi et reine de Nararre et à l’évéque dq Lectoure, cosei-
fneurs de Saint-Clar, nous voyons que les coseigneurs avaient chacun leur chàteau :
un, appelé le cháteau du Comte, était la maison propre des comtes d’Armaguac,
vicorates de I.omagne; l'autre appartenait â l’évéque de Lectoure.
(3) Sacrifice d'un bélier.
(4) Sacriflce d'expiation ou de rcgénération . Un taureau était égorgé sur un plan-
ctaer à clair- voie ou sur une pierre creuse percée de trous et le sang mondait le péni-
ient placé au-dessous.
(5) Sacrifice de cent boeufs ou d’un très grand nombie de victiraes.
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Quant a qu’aciu jou son, escoutnn attentiu ,
Dessus aquest arroch, lous dou que lou caitiu
Iouanon, è son compay Peyrot mien amasse,
Daiu lermes, dam souspis, è cricz prop la Bourdasse (1),
Per noste bonAnric, prumè Rey des Pastous,
Arrebeillat, balent, ses iièu, tout amistous,
Creignut tantque degun chita mot nou gausaue,
Plagnut peu ben pergut, qui sur et repausaue.
Iouus augi desputa, quing martiri prou hort,
Etz poiran encontra per plan benja sa mort :
Si jou nouus bau tira dequere malebarthe,
Danges es que la neit mediche nouus espavte.
lou men y bau courrent, per poudeus consoula.
Qu’es aque compagnous, compagnous la hola :
Bouletz bous tout jamès miata grans complantes,
Bouletz emberia lou Cèu de tant dc liames;
De despieitz, de maugres, que bousautes gitatz
Encontre lous arrestz de sas grans Majcstatz f
Bouaautz plouratz de dret lou qui lout lou mon ploure,
Mas on diu mesura sous plous, dab temps è houre :
Contre au boule de Diu nou cau s’arrebeca,
Ny son houec, dam marmus, contre nous aluca.
Bouleretz bousauts tore iie amne tant hurouse,
t ombien y a t-il qu’ici je suis écoutant, attentif,
!Sur ce rocher, lesregrets que Je pauvre
Jeanuot, et son compagnon IMerrot expnment ensemble,
Avec larmes, soupirs ct cris, près de la Bourdasse,
Rour notre l»on Hcnri, premier Roi des Rasteurs,
Avisé, vaiilant, sans flel, tout aimable,
Craint si bien que personue u'osait souffler mot,
Regretté pour le bien perdu qui reposait sur lui.
Je les entends disputant qucl martyre assez fort
lls pourraieut découvrir pour bien vengcr sa mort :
.si je ne vieus pas les tirer de ce mauvais pas
II y a danger que ia nuit méme ne les séparera pas.
J’y vais courant pour pouvoir les cousoler.
Qu’esi cela conipagnons. compagnous, uue íolie:
\ oulcz-\ous, à jamais menersi grandes lamentations,
Voulez-vous empoisouner lc cicl de tant de souhaits,
De dèpits, de voeux iinpies, que vous exprimez
A rencontre dcs arréts de scs .Souveraines Majcstés?
Vous pleurez légitimement celui que tout le nionde pleure
(Jn doit mesurer ses regrets avec le temps, de l’à propos :
II ne fautpas se rêvolter contre les décrets de Dieu
Ni allumer son feucoutrc nous par des niurmurcs,
N oulez-vous enlever une àme si bcureuse
(1) Bourdasse, grande exploitation agiicole
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Deu Céu plen de pîases, per I’aute malhurouse,
On ere biu contente, è quan bous Jy daretz
Detz mile mile mons, nou l’acontentaretz ?
Ere ous espudicli toutz, è paraichi datz pame
A bostes vgglans cricz, puch qu’ab Diu arrepause.
Lou trop traidou luadas qui la mort ly a dat,
Dab grans cricz è turmens, a sa bite aeabat.
Nou pas taus com calé, mas ares et ren conde
De toutz lous grans pecatz quet auè heit au monde
Au putz negre dyher : a tres caps lou moustin
Caignassegc son cos, lo cè è lou maitin.
Plutoun iutge yliernau, a grans patacz ly maque,
Cade jour lous coustatz eu ten en la clouaque
Pregoune, escure, ptée e de hems è pudous
On lous bermous mourdens, è serpens picadous
Ponchen son co traidou, dique quo pert la bite ,
Puch dab maje turment, autecop reçnscite :
E tant qu’Yher sera quau que lou malhurous,
Pence biue tractat, d’aquestes endurous.
Si Diu a treit deu mon Anric de sas mas largues,
Descargat la deus heiclis è hastigouses cargues,
Qui l’arrompen lou cap, e hazen Jy courbas,
Cambian son mau en J)en, sa pene en tout soulas :
E si nous a leichat son lieretè, qu'on pençe
Qn’en bertut, en conseilh, sagetat è balcnce,
Au ciel plein de dèlices pour un monde mallieurenx.
Elle y vit si contcntc, que Jui donncriez-vous
l)ix milic millions dc mondes, vous ne la satisfericz pas?
Elle les dédaigne tous; donc ici faitcs tròve
A voscris déohirauts. puisíprclle reposc cn I)ieu.
Ec traitre Judas, qui lui a donnè la mort,
A achevè sa vie avec grands cris et tourments,
Non pas tant comme il fallait, mais il rend maintenant compte
Pe tous Jes grands pècliès qu’il a connnis en cc mondc,
Au puitsnoir de l’cnfer : le cliien à trois tétes
Dèchire son coi ps le soir et Je matin .
Pluton, jnge infernal, lc mcurtrit de grands coups,
1J tient chaquc jour ses hanclies dans le cloaque
Profoud. oì)Scur, plein de fiunier ct d’odcurs infectes,
( )(i les vcrs rongeurs ct des serpcnts à la dent uiguè
Piquent son cocur de traitre jusqu’à ce qu’il perd la vie.
Puis il ressuscite, subissant de plus grands tourments :
Et tant qu’existera rEnfer, il faudra que le malheureux
Pense à vivre traitè avcc les mèmes rigueurs.
.Si Dieu a tirê Henri de cc monde de ses maiiis gènèreuses,
11 l’a dèchargè du fardeau et fastidiouses charges,
Qui lui rompaient la tcte ct le faisaient vcnir courbè,
Changeant son mal eu bien ct sa peine en toiue joie.
Et il nous a laissè son hèritier, dont on pense
Qu’en vertu, en conseil, sagesse et vaiJlance
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- 100 —
Arres et nou diura au pay en pauc de temps;
Et na dat grans segnaus, è sin da raes toustems;
Tabe per Majourau, per Seignou è per Meste,
Et es cridat per tout, don nousaute diuem este
D‘ar’ en la consoulatz, è coume bous subjecz
Triomphes, è hestes hè, autour dè nostes teez,
Peu dous arribament de Louys au rêaume.
De qui nou cau qu’en laus en nade bouque chaume,
Ans que nous preguem Diu quet bisque longuament,
E qu’eu hasse Seignou deu monde entierament.
11 nedevra rien à son père en peu de temps,
II en a donné grands indices, et il cn donne toujours plus;
Aussi pour Chef, pour Seigneur et pour Maitrc,
Est-il proclamé partout, dont nous autres devons être
D’orénavant consolés, et comme bons sujets
Faire triomphes et íétes autour de nos chaumières
Pour le doux avènement de Louis à la Hoyautè.
Dont iJ faut que de sa louange nulle bouche ne chôme
Que nous prions Dieu qu’il vive longuement
Et qu’il le fasse Seigneur du monde entier.
Les sages eonseils d'Andrieu produisent un eíïet salutaire sur ses com-
pagnonsqui reconnaissent de bonne gràce Pinanité de leurs soupirs et dc
leurs larmes, qui ne remédient à rien. Ils s'agenouillent ettouràtour
adressent au ciel Ieurs plus ferventcs prières pour qu'il accorde au petit
Louis ses faveurs et ses gràces en inaugurant un règne de justice, de paix
et de grandeur.
Mais voici venir la nuit, ils songent à regagner leurs demeures en prè-
lant leur appui à Peíit Jecin qui tombe d’inanilion et dedouleur. Cedernier
consent à les suivre avant obtenu d’eux la promesse de se réunir à chaque
anniversaire.
Iou anirè on bouillatz, mes joutz pregui qu’amasse.
Nous nou troubcn vn jour, per hè noste degut
Eu las aunous deu mort, gitan sur son thraiit
Arroses, lyris blancz, è lous de toute sortc,
Dara bercetz de sous héitz, è perfums que nous porte
Lou Leuant, è pença quing aute nous poiram
Arnaui nostes botz, è lous perfums tout an .
J’irai où vous voudrez, mais je vous prie qu’ensemble
N»)us nous irouvions un jour pour faire nolre devoir
En rhonneur du mort, jetaut sur sa tombe
Uoses, lys blancs ct lleurs de toute sorte,
Avec des versets sur ses hauts faits, ct parfums que nous porte
Le Levant, et penser à quelle autre époque nous pourrions
Henouveler nos va*ux et Ies paríums chaque anuèe.
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- 101 -
Cetle pastorale est curieuse à plus dun titre. La première pensée qui vient
à lesprit après la lecture de ce poème c'est de juger sévèrement raudacc
extrême et la singularité de l’auteur d’avoir employé la forme pastorale des
Bucoliques de Virgile pour peindre un événement historique de cette
importance. La réfìexion aidant, nous trouverons des arguments suflìsants
pouratténuer ce jugement. Nous invoquerons d’abord les rapports intimes
qui existaient entre la famille Garros et les d’Albret. De plus Henri IV était
Gascon et à ce titre adoré par toutcs les populations, principaìement de la
Gascogne et du fìéarn qui, dans ïeur familiarité et leur orgueil. nele dèsi -
gnaient que sous le nom de lou noste Henric (notre Ilenri). Quoi d'èton-
nant alors que notre magistrat n'ait voulu, malgré lexagération deson
langage, se faire 1 echo de la douleur profonde ressentie par les popula-
tions gasconnes, juste tribut payé à sa mémoire.
Un reproche plus grave que nous pourrions lui adresser, c’est que ses
paysans sont des rustres bien appris, car on voit aisément qu’ils ont étè
passés au savon de la svntaxe, au benjoin du style. Ce qui nous choque,
c'est que tous ces croquants sont uniformément pourvus de grands senti-
ments, et ils les exprimenten fort beau langage. Rien ne leur échappe; ils
connaissent à fond les scienceset 1 ’astronomie et ils associent le sacré au pro-
fane, le paganisme et le cbvistianisme (1). Quoiqu’il en soit, son poème est
émaillé de vers souvent fort beaux, mais les réminiscences de ses auleurs
favoris le Irahissent malgré lui sous la langue patoise dont il se sert. On
s'aperçoit sans peine que notre magistrat est un èrudit et qu'il connaît le
dialecte qu’il emploie et dont il sait sc rendre maît)*c. Sans atteindre la
perfeclion de style de son frère Pey, cette pastorale, qui est, croyons-nous,
son oeuvre unique, reslera comme un spècimen précieuxde notre littérature
gasconne.
Les dates de la naissance et de la mort de Jean de Garros sont incer-
taines. Nommé, comme nous l’avons vu, conseiller au sènècbal d’Arma-
gnac en 1576, il avait cessé d’exercer ces fonctions en 1615. Quoiqu’il en
soit, à défaut de renseignements plus précis, nous le Irouvons en 1616
investi du consulat à Lectoure (2).
La pastorale se termine par une permission d’imprimer délivréeà l'auteur
et elle est suivie d’un petit lexique gascon français.
(1) Le poète a soin de se disculper de ce reproche en prétextant que Virgile, dans
sa cinquième Eglogue, et Théocnte. dans sa vingt-septiêine, oiit use des memespro-
ccdés en traitant de la mort des Princes et Empereurs.
(2) Registre des Délibérations.
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— 102 —
ADER (Guillaume)
Au xvne siècle, une sèvc nouvelle revcrdit le vieux tronc gascon qui
menaçait de se dessêelier et fait cclore des productions plus modestes mais
encore íigrêahles à IVeil. Rn suivant l'ordre chronologi(pie, le prcmier qui
se prcsente est Adf.r. Ce poète ètait nè à (iimont (1) en 1578.
II se destina à la carrière mèdicalc, ct il prit scs gradesà rècolede Mont-
pellier qui hrillait à eette époque d’un vif èclat, gràce au mouvement scien-
tifique imprimè pardes maitres èminents, tcls que : Lnurent Jouberl, Rau -
c/zm, Laznre Ricière , Pectfiiet, Vieusxens, Guisard , Lntnure, etc.
Muni de son titre de docteur, il vint excr^cr son art àToulouse. II était
personnellement connu d’IIenri IV, qui ressentait pour lui une profonde
affection et avait vainement cssayè de rattirer à sa Cour. Le duc d’Epernon
était son ami et ses rapports avec la noblesse en gènèral paraissaient très
suivis.
(1) (juelqucs bitjgraplies oiu fait nailre Ailer surle tcrritoire de l.ombez; ils ontcru
trouver une preuve conclnante díins les vers suivanls de son (ìenlilonie Gascoun :
I)e tout loc ne sourtis, Loumbês, aoiinou de Saoue,
Lou men cariau païs, mes que poire ni graoue,
S’a bist deguens soun claus è nouirit à reutour
Mi'Ie balens gonarrès, de qui jou dire un jour
L’auuou è la bansouin dab autant de parade
Que l’Anèidc aus Latis, aus Troyens l’Iiiade...
II en sort de tous l.ieux, Lombez. honneurdela Save.
Mon clx*r pays. autant <pie piern* et sable
A vu dans son enelos ci nourri à rentour
Mille vaillants guerriers <lontje décrirai un jour
l.’lioimeur et les liauls faits avee antant tle solennit»'*
Gue rF.néide aux Latins et l’lliade au\ Troyens...
I )e plus, il est signalè eomme Luiubariensi, autaut de raisons <iui oni induit en
erreur; oeito iut<»rprétation ne supporte pas Fanalvse.
Lu elfet, d a dû etre inscnt à Puniversité coiunnï lamibarieusi. du nom de sa ville
épiseopale. U<î son còté, le P. Montgaillard, jésuite du Collêge d’Aueh, compatriote
et contemporain du poète, le ditexpres>émentdans son Hisioire latine de la Gascogne
rrheodoxia Vaseonine) né à Gimont (Gemundi). son témoignage est décisif. Dans ses
ouvrages de médecine, en latin, Ader le dit souvent lui-mème. il s’intitule Corningeois.
C’est cgalenient l’opinion dcnotrc distinguê compatrlote. M. I’abhè LéonceCouture,
dont !e nom fait autoiit»* en pareille matiòre.
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Mais avant de consacrer tout son temps à la science, il donna quelques
années de sa jeunesse à la culture de la Muse Gasconne. Cet exemple n'est
pas isolé, ear à toutes Ies êpoques, nous trouvons des médecins quittant
momentanément les sujets graves, pour faire des incursions dans le domaine
de la littérature; que d'oeuvres iïitéressantes, d’histoire, de poésie, de philoso-
phie, sontsorties de la plume des praticiens dontelles furentle délassement.
Du reste, Tidêal du xvne siècle comportait d'êire un homme universel, ni
poète, ni géoniètre, coinme dit Pascal, mais tout cela et jugeant de tous
ceux-Ià, type disparu; car les études spècialesdechaque professiou deman-
dent tout un homme de nos jours.
L’école de Ronsard, en imposant le tour pcdantesque ct recherché dans
les grands sujets, avait séduit lous les esprils qui se lancèrent à leur suite.
C’est ce qui explique l’engoueinent dont furent saisis les contemporains
pour les eeuvres de Ronsard et de Da Bartax .
Elles furent accueillies dans tout le midi, la Gascogne (1) ct lc Langue-
doc (2) principalemcnt, avec de vèritables transports d enthousiasme.
Ader, tout entier au mouvement intellectuel de son temps, ifaurait pu
échapper aux effets de la contagion. Plein d’admiration pour l'antiquitè
grecque et latine, il conroit le plan d'une èpopèe guerrière. II s’iuspircra
pour eela de Ronsard (3) ct de du Bartas, mais toutefois sans les imiter
servilement, caril s'efforcera au contrairc de restreindrc le cliamp d'action
afin de n'eu prósenter qu'une épreuve suc -iuctc. Quclques souvenirs histo-
riques nous paraissent avoir iei leur place pour expli([iicr la conception de
son poème.
Fier de son origine, il fit suivre dans tous sesouvrages son nom de l'èpi-
thète de Gascony tirant vanitè d'apparlenir à la provinee Gascoinie.
Doit-on en eonelure qu'il se fait, eu agissaut aiusi, fèeho de eet esprit
d’outreeuidanee et d'exagèration qui ètait do mode à fèpoque, et si liabilc-
ment exploité par les Franeais du nord? Nous ne le pensons pas. Patriote
avant tout, notre poète èprouve un sentiment d'orgueil pour le passé glo-
(1) Du Hartas ne quiUa jamais la Oascogne. c’estee qui cxpli(|uc reutliousiasme de
ses compalriotes pour ses prodiictions jíoétiques.
(2) 1/ancienne cnpitale du í.anguedoc se souvenait (jue lo premier prix des jeux-
tloraux avait cté remporlc par Uousard. í.a rceonipensft promiso ayantét<; considén-e
conune étaut au-dessous du mêrito de l’ouvrage et de la réputaiion de celui qifou
appelait le Frince des poctes, la villc de 'J'oulouse avait íait «»xéc-uier uno Minerve
d argent massif d’une valeur considérable qu’elln lui avait oííerte en prcseut.
(3) Ronsard, dans la préf.ice de sa Franrìade , éuum *re uu â un tous les ingiv-
•lients qui entrent dans une Cpopêe, il n’oublie rien. m les discours des dieux. ni les
haranguesdes capiiaines. m Jes descriplions des batadles, ni les augures. ni les songcs
ni les sacrifices, ni les peintures insérées coutre le dos d’une muraillc et des harnais
et principalement des boucliers.
Ces théories peuvent se résumer en une formule : l’épopée parfaite est l’imitation
de Vlliadce t de YEncide.
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rieux de sa province, pour les vertus guerrières que Thistoire impartiale a
de tout temps attribuées aux fiers descendanls des Celtes.
La Gascogne, on le sait, fut, avant tout, une terre de soldats.
Le nom des Armagnacs est inscrit. de bonne heure dans les annales de
notre histoire. Elle rend homraage à leur bravoure au même titre qu’à leur
fidélité nationale (1).
Durant le moyen âge, la guerre n'a cessé d'ètre la passion dominante
des Gascons; ils ont renouvelé les cadres des armécs des rois d’Aragon, de
Navarre et de Castille, périodiquement épuisés par la guerre des Maures.
Sous lerègnede Charles VII, ils ont donné trois vaillauts compagnons
à Jeanne d'Arc : Guilhem de Barbazan , Poíhon de Xaintrailles et La
Hire, le brave et légendaire valet de eoeur. Ces capitaines sont eux-mêmes
entourés de vaillants soldats, leurs compatriotes.
Depuis Charles d’Anjou et Charles VIII, ils se jettent sur l’Italie (i?), où
ils conslituent les troupes d’êlite de nos armées.
Dans sa brillante campagne de Sicnne, Montluc commandait plus de six
mille Gascons. On eonnaìt les prodiges qu’ils exécutèrent dans les Roma-
gnes et dans la Lombardie. Ces soldats de Gaston de Foix et de Montluc
ont été les inventeurs de la grande science d'aller vite, l’infanterie prenait
le pas sur la lourde cavalerie, le paysan va-nu-pieds avait Tavantage sur
le gentilhomme bardé de fer. L'un frappait dur, mais l'autre courait vite au
passage des ponts comme à l’assaut, avec celte furia francese, tactique
gasconne qui assura si souvent la victoire à nos armes. Tout. cela s’exécutait
avec cet enlrain, cet échange de gais propos et. de plaisanteries qui dissipent
toute nostalgie. font mépriser les périls et doublent la joie de la victoire.
Aussi Montluc disait-il « quil nétail si bon soldat que le Gascon. »
En effct, les héros gascons forment légion au xvid siècle; dans lcs Coni -
mentaires de Montluc, ce livre d’or de la Gascogne militaire, dans lcs écrits
ù'Andrê Theret , de Lurbe , de Brantôme , partout les capitaines Gascons
brillent au premier rang.
La Gascogne, dès qu'on ne se battit plus au-dclà des monts, envova les
cadcts d’une noblesse pauvrc et remuante chercher de l'occupation à la
grande factorerie politique du Louvre.
(1) Fn 1363, «loan II. comte cTAnuagnac, obligc de comparaitre devant le priuce do
( «allos, no pui supporior la vuc do oet Anglais qui le sommait aveo llegine d'aban-
donnor sans dólai lo roi de France. Ilparlit en claquant les portes et en criant cette
iinjiertinence dont ou devine raccent : « Per lou cap de Diou! je vous íerai un tel
páté que vous ne saurez rompre Ja croûte!... u
Dernard VII, le grand e.onnétable de France et le chef de Ja faction des Armagnacs,
n’est-il pas le véritable champion du Midi contre la France septentrionale si oour-
gnignonneî 11 soutient son roi, c’est-à-dire Je parti de la France, contre le duc de
Hourgogne qui pactise avec l’Anglais.
(2) lcs Gascons cn ítalic , par Durrieu. 1 vol. in-8. Paris, Thorin.
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Condé et Henri de Navarre ont les plus vaillants dans leurs armées.
Henri III et les Guises en ont attirédans leurs antichambres qui ne sont
pas tous, il est vrai^ des modèles de déiicatesse et de vertu.
Les de Thermes , les Bellegarde , les d ’Estissac, les Biron , les Roque -
laurey les ù'Epernon, et tant d'autres d’Artagnans historiques qui ont fait
leur chemin dans les armes illustrèrent leurprovince Enfìn, l’éclat Gascon
arrivera à son apogée à Pavènement d’Henri IV au trône de France (1).
En voilà assez, ce mesemble, pour excuser notre poète de son enthou-
siasme gascon que tant d’aulres parlagèrent avec lui. Du reste, tous les
mortels ne sont-ils pas un peu Gascons en cette matière ì
C’est ce cadre qu'il choisit pour créer son poème de toutes pièces. La
tentalive ne manquait pas de hardiesse. Ilest vraiqueGarros, commenous
Tavons vu, avait avant lui traité avec succès le genre biblique, héroïque et
bucoliqueí Restait à savoir comment la langue supporterait les grandes
allures de Tópopée. « Ii y a bien, disait Montaigne , au-dessus de nous,
» vers les montagnes, un Gascon que je trouve singulièrement beau, sec,
> bref et signifiant et à la vérité un langage masle et militaire plus qu’au-
> cun aulre que j’entende, autant nerveux et puissant et pertinent comrae
> Ie François est gracieux, délicat et abondant. >
Cetle aflRrmation du grand philosophe périgourdin, excellent juge en
pareille raatière, était bien faite pour rassurer et encourager notre poèteà
tenter l’épreuve; il nen restait pas moins un travail d’assouplissement qui
de\rait nécessiter, du propre aveu de l’auteur, beaucoup de peine et de
labeur.
II donne pour titre à cette vaste composition :
Lov gentilome gascovn e lous heits de gouerre deu gran è pouderous Henric
Gascoun, Rey de France è de Naouarre (2).
Le Gentiliiomme GasGon et les actions de guerre du grand et puissant Henri Gascon,
Roi dc France et de Navarre.
qu'il divise en quatre livres.
(1) L'avènement d’Henri IV est le fait le plusgraud etlepluséminemment français
de toute notre histoire. Ce prince fm durantsa vie et est resté après sa mort le plus
populaire de tous nos rois parce que, né dans la région où s’était réfugiée la raee
primitive, il patronna Ies idées les plus sympathiques au caractère national. Anssitót
entré dans Paris, rimmense orage politique et religieux s’apaise et se dissipe. Le
vainqueur, comme autrefois Moïse, étend sa verge providentielle sur les flots, ei cette
verge porte écnte en caractère désormais ineffaçable la sublime devise : Tolérance
et Concession.
La bonté généreuse. la bonbomie familière du roi remplacent la morgue et la
tyrannie féoaales. Le Béarnais révèle à la noblesse et à la bourgeoisie la politique
toute nouvelle de l’Egalité, de la Fraternitè; il l’a fait pénétrer dans les moeurs bien
avant que 89 l’introduise dans la Constitution et dans les lois. En luttant pour Ja
conscience moderne, Henri IV institua la vraie politique française.
(2) Bibliothèque Nationale, n* Ve 3481. Bibliothèque Mazarine, n° 21737.
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Le livre lui-mème est dédié à
Havt e pvchant seignov lovys de labalete dvc d’espernox, pa de France,
cabaillé deus ourdes deu Rey, goabernadou e loctenent generau deu Rey, eus
païs de Metz, Boulouigne, Lemousin, Gngoumés, Xentounjês e Courounel
generau de l’infantarie Francese (1), etc.
Au Lìrand et puissant Seigneur Louis de l.a \ alctte, Duc d'lCpernon, Pair de
France, chevalier des ordres du Hoi, gouvorneur et lieutcnant gêncral du lioi, dans
les pays de Metz, Houlogne, Liiriousín. Angouniois, Saintonge et colonel gcncral de
rinfanterie Française, ctc.,
ce tant renonmié Cadet de Gascognc, qui tenait si beau rang à la Cour
de France depuis le règne de Charles IX.
C’cst sous sa puissanlc proteciion qu'il place l’oeuvre du geutilhomme
Gascon, comme êlant le plus vaillantet ie plus cêlêbre <l*oiit i*c les scigneurs
et il continue de rencenser dc ses êloges hyperboliques, en lui disant :
A bous Mousseignou, quaoiiets urpat sur la mage branque d'aounou per
dessus touts lous Gascous, noui a arren que la boste balou, lou boun cô, c lou
bosto sabc-hê, qu’ets aje heit soumparetes. Diu deù Ceù, bous v mantengue. E
puch qu’are toutes causcs l’cmbeje madiche nesserouse de la boste fabou, se
bouden à bous coum au prumê Sant de (ìascouigne, à qui touts lous Francès
porten candele, grasits-me que joui aporto aqueste mirgaillade de las bostes
bertuts. Qu’et noui y a balent eu moun que la merite que bous, qu’aouèts de la
madiche faisoun de tant de grans que lou mount a ì)ist en boste race, hcit l’appren-
dissatge de gouerre, coum jou disi. K a la períin passat per tant de granscoum-
bats, gouerres e mourtailles, quede la houque de touts, bous apourtats are lou
nom de prumc Gentilome deu motin...
A vous Monseigueiir. (pii ctes cramponn/‘ snr Ja plus hanle branche d'honneur, au-
dessus de tous Ics liascons. il n’v a ricn qtic votrc valeur. lo bon caíur et votre habi-
letc qui vous aieut remiii sans parcil. Dieti du t’icl vous v inainlieniie. Lt puis dail-
leurs toutes choses dites le besoin impcrieux de votre íaveur, se vouent à vous comme
au premier Saint de Gascogne à qui tous les Français porteut des Cierges. autorisez-
moi à ce que je vous apporte cet assortiment de toutes vos vertus. II n’v a vaillantau
mondc qui le mérite autant que vous qui avez à la maniere de taut de grands aïeux
que le monde a vusdans votre lignée, fait rapprentissagc de la gucrre commejc dirai.
Kt à la íin passe par lant de grands combals, guerres et massacres. quc de la bouche
de lous, vous portcz maintenani le nom du preniier OiMitilhomme du momle...
L'auteur, dòs le dòbut du Premier Livre , èvoque la gloire du grand Roi
Gaseon; il vante sa bravoure, sa tolèrance et sa générositê. Oii Irouverait-il
un modòle plus parfait pour peindre son iciéal de geutilhommc accompli?
(2; La charge de colonel gcnéral avait été créée en 1544 par François 1 r. Elle confé-
rait au titulaire le commandement de toutc rinfanleric ct la noimnat-ion â tous les
gradcs jusqu’à celui dc caporal.
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Touts aquetsgrans Roumans dequi la plume oundrade,
Eidespush tant de tôps de quie nous arribade,
Que banten vn Hector, vn balent Achillês,
Soun mes genecs que jou, sabens è bet parlcs.
Mes s’aquets m’an passat do sciece é de lengouatge,
Iou courri daouant éts, é preni l’aouantatge,
De so que jou dirc dab bertat é rasoun,
Qne noun houcjamès vn coum lou noble Gascoun
Gentilome d’aunou, de bertut è de racc,
Nou pas per vn traftc, ni per croûpe d’ve place,
Més heit à forse pics eu b’et miei deus coumbats
Nouirit de forse poudre, é bestit d’aquets draps
Que hilen dab martets, batanen à la horgue,
Per ana deus prumês quan lou Pistoulet morguc,
Henric hilh de la gouerre, è lou pai deus souldats
Tu que t’as gouasignat en tant de grans coumbats,
Loa richc nom de Rey, è portes sus la lanse
Autour deu nom Gascoù, la couroune de Fràse,
Grasus-me que jou digue é descriougue perfeit,
Vn boun é gran gouarré au biou de toun pertreit.
Autreje èda s’et plats, au subjet que m’amuse,
Tas armes per patroun, è ta glorie per muse.
Tous cesgrands Romains dont la plume honorèc
Et depuis si longtemps renommée près de nous,
Qui vantent un Hector, un vaillant Achiile
8ont plus ingénieux que moi, savants et beaux parleurs.
Mais si ceux-lâ m’out surpassé de science et de langagc,
Je cours devant eux et reprends l’avantage
I)e ce que je dirai avec vérité et raison,
Qu’il n’en exista jamais aucun comme le noble Gascon
Gentilhomme d’honneur, de vertu et de race,
Non pas pour un trafic, ni l’achat d’une place,
Mais façonné à grauds coups au beau milieu des eombats,
Nourri dc force poudre, et vètu de ces draps
Qu’on filaavec des marteaux, qu’on foula à la forge,
Pour étre des premiers quand le Pistolet mord.
Henri flls de la guerre, et le père de ses soldats
Toi qui conquis en de si grands combats,
*J.e nom glorieux de Roi, et qui portes sur ta lancc
Aulour du uom Gascon, la couronne de Prance,
Permets que je raconte et décrive parfait
l n bon et vaillaut guerrier, au vif de tou portrait.
Octroie-moi et donne, s’il te plait, au sujot qui m’amitse,
'l'es armes pour pai.ron, et ta gloire pour Muse.
Les ancètres de sou gentilhomine sont issus d’une illuslre raeede vailìants.
Coum en gouerre é combats, on counech lou Gascoun
Vn perigle de gouerre, è lou Mars d’aquest moun,
C’est en guerre et combats qu’on connait le Gascon,
Ln íoudre dc guerre et le Mars de ce monde.
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Hilh d’aquet Herculés qui de bras è man horte,
An de bate un Lion (1), nou demandéc escorte.
Que n’augouc iamès poou, nou houc iamès bèsut,
Aquet la coum bous dic per hilh recounegut,
Hérèté noumentat de toute la mountaigne,
A hiu, corde è ciment de la terre d’Espaigne...
Fils de cet Hercule qui de bras et de maiu redoutable
Pour combattre un Lion ne demanda pas d’escorte.
Qui n’eut jamais peur, ue fut jamais vaincu,
Celui-là dont je vous parlc, reconnu pour fìls
Hèritier renonimé de toutc la montagne.
A fiJ, corde et ciment de la terre d’Lspagne. . .
Le jeune Seigneur n'aura qu’à suivre le noble exemple de ses pères qu’il
surpassera par son habileté et son courage.
Pour atteindre ce but, il recevra une éducation virile où les exercices
phvsiques occuperont la première place. Le Poète les développe avec
complaisance :
íamès en aquet temps nou biu atau dressats,
Ia de petit ensus lous mes petits goujats,
A l’allarme, aus coumbats, à la lute, à I’estorse,
A courre, à mes sauta, a gita de gran forse;
Abrinçasse leus cos, a plagueja lous bras
Dab lou cap aus talous, baisa deu pé lou nas,
Coum nous bésem acy lou petit Gentilome;
Esprimas de hè tout eoum serè vn gran ome,
Hardit, abenturat, truquassé, querelous,
Que n’endure dejà mestres ni coumpaignous;
Mès ac brabeje tout, tout ac radamontège,
Que ja de coumanda lou counéguèts l’embèje.
Coum vn pourin qu’enqouè nou sei bist endrabat,
Jamais eu ce temps-là on ne vit dressé de cette manière
Et dès l’àge le plus tendre les plus petits garçons.
A l’alarme, aux combats. à la lntte. à la main renversêc
\ la course, à qui plus saule, au jet de force
A s'abriter lo corjìs, et assouplir le bras.
Avec la téte aux talons, baiser du pied le nez.
Comne nous voyons ici le petit Gentilhomme
S’exercer à tout faire commc s’il était un hommc íait,
Hardi, aventureux, batailleur. querelleur,
Ne supportant déjà ni maitres. ni rivaux;
Mais il brave tout, se joue de tout
A tel point que déjà on reconnait chez lui l’envie decommander
Corame un poulain qui n’a pas encore eu d’entraves
(1) Le lioiî de Nèmée.
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Are au loung d’vn bareit, aro lou loung d’vn prat.
Trepeje à Teschaurit, e gite à l’escapade,
Forse de cops de pès après ve pétarrade.
Atau si bous bouléts cabesteja de près
Lou Gentilome jouen, bous beirats coum de pès,
De bras, de cap é d’oueiJ, d’ue ruste countenense
Quan se sent trop hérit se boute en sa defense
Grouseje tout petit, é n’endure la man,
Quetractat en Moussur, nou pas coume bilan...
Tantôt dans un guéret, tantót dans un pré.
Trépigne le nez au vent, et lance en liberté
Force coups de pieds après une pétarrade.
Ainsi si vous essayez de dompter de trop près
Le jeune Gentilhomme, vous verrez comment de pieds,
De bras, de tête et d’oeil, et de fière attitude
Quand, se sentant trop piquó, il se mct en état de dcfense.
II se fait gros, tout petit, et ne supporte qu’on le touche
Que traité comrae un Monsieur et non comme un vilain.
II dédaigne le savoir et se rnoque des pédants. Les réeits de batailles et
de combats ont seuls de Fintérêt pour lui; son éeriture, bien que lisible,
ressemblera à des pattes de mouches.
Mais, par contre, avec quelle arileur et quelle souplesse il appliquera ses
aplitudes naturelles qui brilleront d’un vif éclat dans les moindres détails
des exercices de corps, à commencer par réquitalion. En vrai cavalier, il
airae son cheval, qu'il pare richement, dresse et manie des genoux et de
Téperon. II Fanime, il Fexcite et le dompte frémissant, couvert d?écume,
comrae un homme du métier. Mais un gentilhomme doit atteindre la per-
fection dans cet art, aussi pratique-t-il la haute école sous la direction d’un
maître écuyer. Le poète nous le montre prét à monter en selle :
Mes prest saute dessus que si sabe boula
Alindat è cos-dret, de madiche pagere
Esquie-canaulat, joil hrem è eame-dret,
Lou pè que guignc ô bat Faureille deu genet :
Aquiou lou touL’ d'un rond, lou long de la passade,
Dab la late à la man coramense la balsade,
L’aiempie de bouts, de man é de faisoun,
Mais plus vif il saute dessus que s’il savait voler
Bien campé, le corps droit, de même taille,
L'échine d'un chevaucheur, genoux ferme et jambe droite,
Le pied qui ne perd pas de vue roreille du cheval.
Là faisant le tour d’un rond le long de la piste
La cravache à la main, il commence l’exercice
L’excite de la voix, de la main, de la raéme íaçon
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Coura son mestre Escudé ranseignat la leçoun :
E d’vn pas mesurat, lou condusish é pousse
Deu pas, au petit trot, deu galop à la cousse.
Arrode tout prumè leugeramens bat trap,
E sus lou doubie rond, destrape, atrape e sab,
Lou galop pè-leugè, cot-tenut, horte-alene,
Quan bigourous aquiou se tonrnege è demène,
Cour, bire, tourne, ba, nianeje de touts bens :
Sus lou dret, sus l’esquer, atraouòs, peus estrems.
Danse, saute, boundish, boultège, pirouete,
Guirabe d’vn pò fougous la plasente eourbete
Se reliaussc, s’enaire ò de nian rêleouat
Coum s’aouò d’un auset las ales raaleouat.
Double lou saut dispost, haussc ia cabriole,
E poussat d’esperoun nou cour pas, mes s’eniboie
Rede, brounent ò hort, raes rede que lou treit...
Que ie maítre òcuyer lui a enscignò la Ie<;on :
Et d’un pas mesurò le conduit et le poussc
Du pas, au petit trot, du galop â lacourse.
II tourne d’abord îoulant légèrement le sol,
Et snr le double rond, iàche la main, prend et suit
Le galoppied iòger, eou tendu, forte lialeine.
Lors<pie là, vigourcux, il se dòveloppe et se dòmòne,
Cour, vire, tourne, va, mantruvre de tous cótòs,
A droite, à gauche, à travers, aux extròmitòs,
Danse, saute, boudit, voltige, pirouettc,
Exéeute d’un pied fougueux la plaisante courbetie,
Se relève et s’enlève d’itn vigoureux ooup de main
Comme s’ii avait sur hii lcs ailes d’uu oiseati.
Franchit double obstacle, s’enlòve complòu nient
Et piqué par l’òperon, il ne court pas, mais vole plutôt
Rapidc, d'allure et de vigueur, plus vite <pi'une llòclie ..
Ader proftle de l’occasion qui se pròsente pour tracer d’un vigoureux coup
de pinceau le portrait du roussin de Gascognc pris sur tialure :
Qu’ot a lou cap petit, estelnt, courte-aureille,
Gran-nasic, oueil vhert, íioueguojant, toutiourbeille,
Bouque hresc, cot-reheit, rude cling, large-pies,
Ardoun-pé, camc-sec, dc courpere plan pròs
Peu d’alesan toustat, tubaillat, lounge-coùe,
11 a la tête petite, òtoilòe. courte oreille,
Grands naseaux, ceil ouvert, flamboyant, toujours òveiilò,
Bouche fraiehe, eneolure redressòe, crin rnde. large poitrail,
Pied rond, jambe sòehc, eroupe bien piise,
Poil d’alczan brûlò, pommelò, longue queue,
(1) Dans ie Livre iii des Georgiques , Virgile avait fait avant lui le portrait du pou-
lain de noble raee.
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Alatat de darré coum las ales d’une Hoiie
Entretaillat è gros de mouiene faisoun,
Alerte, esqueriquat, coume lou mestre soun,
Enillant, courredou, grape-terre, sautaire,
A la cousse brouneut, au maneje boun aire,
Iamès suslou tribail arrepropi, ni las,
Counechent de soun mestre, amic deu coutelas,
Mutin sustout quan auieli tambouris è troumpetes.
Culotté de derrière comme les ailes d’une buse.
Dècouplé et gros, de moyenne force,
Alerte. ficr comme son maitre,
Hennissant, bon coureur, grattant la terre. bondissant,
Impétueux ;i la course, docile au manège.
Jamais rccru ni las à la fatigue.
Connaissant son maitre, ami du sabre,
Mutin surtout quand il entend tambours et trompettes...,
Après rêquitation vient l escrime qui donnera au cavalier Tadresse au
maniement des armes. C'est ainsi que nous le voyons prenant sa leçon,
fièrement campé, en garde contre son adversaire.
Man ê man, pé é pé, de cap é d’oueil bandats,
Targats à prim, scgond, à terses, ou be quartes,
D’un pas lierm é dispots, abarreja las cartes
E bire aquiou man drets, gran-rebes, cop-d’estoc,
Coum quan peirabat redé é liort, cop sus cop :
Per dessus lou pugnau, per debat, entre-garde,
E eauque cop suou nas an destaubia la harde.
Aquiou de pantacha, de boaha noui a íin;
Ets hen l’arresolut, contrahen lou mutin. . .
Main à main, pied à pied, de téte et d’oeil tendus,
Joútant en prime, secoude, à tierce ou bicn (piarte,
D’un pas fermc et dispos, mélant les cartes
Et tournant les mains droites, grands revers, coups d’cstocs,
Comme quand il pleut des pierres, raide et fort, coup sur coup
Par dessus le poignard, par dessous, en se tcnant en garde,
Et quelquefois sur le nez, pour économiser le linge;
Là de respirer et de s’essouítler il n’y a fin.
Eux font les résolus et contrefont le mutin. ..
Après rescrime, la chasse, qui était à cette époque rentraînement par
excellence pour préparer à la guerre des hommes qui avaient pour unique
occupation de s’entretuer. Elle exigeait de Thabileté et du sang-froid et
n'était pas exempte de danger. Le chasseur intrépide veut-il se lancer à
l’aventure? il s'armera comme le soldat qui affronte la bataille, toujours
prêt à Paitaque et à la défense, toujours résolu à ne jamais fuir ni làcher pied.
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Atau lou cussadou, que bo qu’a toute casse,
Per touts locs, per touts traucs, soun attirail se liasse :
S’arnesche coume quau de cordes, de hilats,
De balestes, e d’arcs propriamens atitrats.
De bastous eschioulans, de croc è de houchine,
De lebrés, ca« courrens, è d’auset d’arrapine.
L’Espaignul pipatat, perdigoun seguas^é,
Lou mescourrèt Thibaut, en Huraut bousquassê,
Lou basset Clapidon, lou Moustin gouerde-borde,
L’Escharnegou Campisch, lou Limiè tire-cordc,
Pousse lébê Courniol, lou Dogue hourratgé,
Lou Lebré tire lòche à courre pc-leugé.
Aquo soun lous souldats quet ainie en tau gouerre,
Per montaignes, o nauts, per coumes, é per serre
Noui a ren que lou huge à courre, n’a boula.
Quet aporte suou puing lou to-ho-hou la la.
L’Esparbé oueil betout, lou inestre d’arrapine
L’Astou qu’ei lou que ten gouarnide la cousine,
Lou montaignèc lané, lou Faucoun, lou Gerfaut,
Lou Sacre, é Mérillon, lou Houbreau bole-haut...
Ainsi le chasseur, qui veut qu’en toute chasse,
Par tous lieux, par touies crevasses, son train passe,
Sc harnache coinme il íaut, de cordes, de filets,
D’arbalètes et d’arcs proprement choisis,
De bàtons sifflants, de crocs et de houssines,
De levriers, cliiens courants el d’oiseaux de proic,
L'Epagneul moucheté, battant les haies à perdrix.
Thibaut le plus courant, et Hurautami des bois,
Le basset. Clapidan, le malin garde mctairie,
Le Champi railleur, le Limier tirant sur la corde,
Cornier pousse-lièvre, ie dogue íéroce,
Le Levrier tire langue, à courir pied léger.
rJ'els sont les soldats qu’il mène en telle guerre
Par montagnes ou neiges, par vaiions, par hauteur,
Rien ne peut l’éviter à courir ou à voler
Qu’il porte sur ìe poing le Chat- Huant,
L’Epervier à l’oeil qui voit tout, le maítre de rapine,
L’Autour, e’est lui qui tient la cuisine garnie,
Le Lanier montagnard, le Faucon, le Gerjaut,
Le Sacre, l’Emerillon, le Hobereau qui vole haut.
Voilà certes le tableau d'une entrée en chasse; le poète va maintenant
nous initier à chacuue d’elles en particulier en compagnie de son hardi
jouvenceau.
II commence par la chasse à la perdrix avec le faucon pour passer ensuite
à celle du lièvre avec les levriers. En véritable disciple de Saint Hubert.
il nous fait assister à celle du loup, du renard et du cerf, emaillant
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toutes ses desci’iptions de détails prt;cis, tcclmu|ues et pris sur lo vif (1).
II terminc par la ohasse au sanglier, sans oontredit la plus émouvantc et
la plus dramatique, celle qui exige le plus de sangfroid et de courage. La
bauge du sanglier est en tous points semblable à une fcrteresseou lennemi
solidement établi dans ses retranchements repousse les vigoureux assauts
des assaillants. II défend chèroment sa vie, le saug ooule et raorts et blessés
jonchent le sol. Mais notre Cadetentre en scène et sc rue à Tassaut, il combat
corps à corps avec Tanimal qui roule bientòt à terre le flanc pcrcé par le
couteau du chasseur. La curóe et lerepasdes cliiens terminent les péripèties
de cette lulte oii lo vainqucur ost las do scs trop faeiles victoires.
II reve un thêàtre plus digne de sa valeur qui lui penuettra de recueillir
avec honneur, gloire et renommée.
A Ja gouerrc, à la gouerre, aquiou haram bareit,
Aquiou beiram lous qu’an poupat de bouno leit.
A la guerre, à la guerre, lìi nous ferons nos preuves,
C’est là qu’on verra eeux qui ont têté tle bon !ait.
L'occasion ne se fera pas attendre, car des bruits de guerre se propagent
qui remplissent son eceur d’allègresse. Dédaigneux des honneurs, il s’enrôle
comme simple soldat., tenant à eonquèrir scs grades à la pointe cìe son épèe.
11 a vraiment bonne tournure sous son costume d arquebusier.
Aquiou nou manque pas la mandille broudade,
L’aspase à soun coustat toute suber daurade,
Ab la crespine d’or lou bragart fourniment,
Lou petit pouberin dab madich parament :
Sus lou cot de Milan l’arquabouse lusente
Qu’a plan la serpentine è flisquante è prusente,
Lou canoun arreheit sus lou bouès marquetat,
Per qu’age tout amasse è berou è bouentat.
Perbesit d’attirails, bales, cordes, è poudres,
Cache-mevsche, è de tout mes que noim quau de soubres. . .
Là ne manque pas la mandille brodée,
L’épée à son cóté, couverte de dorures
Avec la crépine d'or le brillant fonrnimcnt,
La petite poire à poudre avec mêrae parmv :
Sur Je cou l’arquebuse de Milan, luisante
Qui a bien la serpentine ílexible et chatouillcuse,
Le canon refait sur le bois marqueté,
Pour qu’il ait à Ja fois et beauté ot bontè.
Pourvu d’attirails, balles, cordes et poiulres,
Cache-mcchc, de tout plus qu’il n’en faui de reste. . .
(1) Notre poète a dú s’inspirer dcs Decluyx do la nha$*c dos bostos saucaìyos e
des oyscaiuv dt proye, de Gastou Ffliébus, livre resté classique daus l’art cynégótique.
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Sous IVeil vigilant de son capilaine, ii eoinmenee le rude métierdesarmes.
Respcctueux de la discipline, il obéit au moindre eommandement de ses
cbefs et devienl le modèle de sa compagnie. Toujours en éveil, il est prêt à
la moindre alerte. Qu'il survienne une surprise inopinée de Tennemi, landis
que ses compagnons sont frappés d’épouvante, de la soudaineté de l'attaque
et du bruit de la mousqueterie, lui,au contraire, reste ferme et inébraniable,
faisant parler son arquebuse qui sème la mort de tous côtés. S’ils parcourent
lc pays, il n’imitera pas ses camarades qui ne respeetent pas le bien d autrui,
c’est cn face de l’ennemi, sur le cbamp de bataille, qu’il entend honorer le
nom de soldat et non par des rapines. S'ils arrivent de nuit à une étape,
tandis que chacun se hâte de trouver un gîle et un bon lit, lui, au contraire,
quoique bien las :
Se hé de la mandille vn inoufle matalas,
l)eu fourniment cabsó, de Taspase espounere,
E larquabouse drom segu debat l’aschère.
Que si ben coum om be l’allarme a miege-neit
Iou pagarê per et si lou troljen au leií . . .
II se fait de la mamlille un souple matelas.
Du íourniment un eoussin, de l’épée la bordure du lit,
Kt l’arquebuse dort assurée sous l'aisselle
Si bieu que vienne l’alarme, comnie on Je voit vcrs minuit
Je paierai pour lui si on le trouvc dans son lit...
A rccuvrc commencée, on peut juger dc ce qu'il sera plus tard.
Le poòle arrivc â la description d’actions de guerre racontées en manière
d'ócole straiégique, c est la peinlure des combats et des diffìcultés qu’eut à
surmonter le Cadet, c'est-à-dire Hcnri IVT, avant deceindre la couronne de
France.
Après une séried cngagements, descarmouchesou d’assauts, où le Cadet
se eouvrc de gloire, nous assistons au siège d'une ville fortifiée.
Aquioudonc s’enhortish, hé lout retranchamèt,
Lou mestre hasardous deu prumè régiuicnt.
E lou souldat Gascoun hurate. é countournêge,
Per bese s’ets auren de sorti nade embege.
Xou ne cesse james de tira de grans cops,
Afustat darré-oùeil en touts traucs, en touts locs,
I.à done sViablit, eonstruit le retrenchement,
I.e rnaitre andacieux du premier régimeni.
Kt lesoldnt Gascon fouillc et lourne partout
Pour voir si Jes ennemis auront envie de faire une sortie.
11 ne cesse jamais dc rcchercher Jes grands coups,
L’ceil auguetsur les fossés, en tous lieux,
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— 115 —
Suou trauc d’vn gabioun, d’iin cranau, d’iie tourelle
Per trauqua lou gipoun de quauque sentenele. . .
Sur le creux d’un gabion, d’un créneau. d’une toureile
Prét à percer l’habit de quelqne sentinelle.
En attendant larmée assiégeante prend ses positions et djspose ses balte-
ries en face la ville assiégée, le canon tonne :
Are donc d’vn coustat lous canous batè hort,
Lous autes pcr darré bon escala lou fort,
Ou hen vn terre-plen que la bile domine.
Hotgen é neit è jour ve large contreniine,
Debat vn Boulouart, ou quauque grosse Tour,
Que puch à nou pensa lous jogue vn maubés lour :
Esbrandish tout lou fort, la murraille s’esclate,
Que semble que lou Ceu sus la terre s’abate.
Aquiou noste souldat bras d’assé, cô de hèr,
A la pique en ve raan, l’aute lou palahèr. . .
Maintenant d’un côté les canons tonnent íerme,
Les aulres par derrière veulent escalader le fort,
Ou bi«n ils font un terre-plein que Ja ville domine
Creusent nuit el jour une large contremine
Dessous un boulevard. ou quelque grossc tour,
Evitant toutefois quc cela leur porte préjudice :
Ebranle tout Ie fort, fait édater les murs,
II semble que le Ciel s’abatte sur la terre.
Et là notre soldat. bras d’acier, coeur de fer,
La piqu3 dans une main, de l’autre la pelle en fer. . .
Sitôt que le Cadet voit une brèche, il obtiont du général rautorisation de
reconnaître la place. Sans souci de la mitraille qui pleut autour de lui, il
escaladela brèche aux veux des ennemis étonnês de cette bravade, et il ne
s en retourne qu'après avoir examiné les ouvrages de défense de rennemi.
Ce brillant fait d’armes est acclamé par Tarmée entière. Cet acte d'héroïsme
lui vaut d'être promu Enseigne (1); Tassaut est résoiu :
S’aouets eu miei d'estiou tout d’vn cop entenut
Vn eslaouas brounent, vè tempeste, un poriglc,
D’eslambrets alugats, d’vn trounament tarrible,
Si vous avec au milieu de l’été enteiid i lout à coup
L'n déluge violent, une tempéte, un orage,
Aux éclairs aveuglants, suivis d’éclairs, de tonnerre
(1) Chaque capilaiue avait sous ses ordres deux lieutenants. cominamlant chaeun
500 hommes, l*un les Arquebusiers, Pautre les Piquiers ou llallebardinrs. Au-dessous
du lieutenant venaient deux cnseignes et pour commander chaque ccntaiue d’hommes
un centenier.
L’ensemble de ees bandes constituait une légiou commandée par un colonel.
(CTéation de 1534.)
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Que tout s’esclate è hen, s’atuqae, peirabat,
Que la terrc é lou Cèti, s’aiasten au coumbat.
Bous besets tout menat aquest eschoc de gouerre
Oun à ta gran marmut, qu’on n’auich ni Cèu ni terre.
Las Troumpetes è cors, s’enrauquen de souna,
Lous Tambours brounens bon la bile estouna,
Deu toun-toun, à boun-toun, fanfare, la tarare,
A Tallarme, à lassaut, ha bire, tourne, gare.
Bous besets toutes gens tant de pé, qu’a chibal,
S’arrounda coum vn cercle, autour deu gênéral
Qu’an ourdene l’assaut, partich l’infantarie
En bataillous arruats, merque la coumpagnie,
Que prumere anira dab Jous enhans perduts (1),
Bo que lous mes baiens, è lous mes entenuts
Coum noste Gascoun, sien lous prumès en danse. . .
Gu’on croiraitquc toutócIaíc,cioule,luUesoiis unegrélcde pierres
fv)ue la terre et le ( 'iel se préparent au coinbat
\’ous \oyez au naturel ce choc de guerre
Qui fail si grand bruit, qu’on n’entend Ciel ni terre.
Les trompettes et cors s’enrouent â sonner,
Les lambours grondeurs veulent effrayer la ville,
Du ílon-ílon au ronflon, faníare et tarare,
A l’alarme, à l’assaut, lont tourne, retourne et gare.
Yous voyez tous les soldats tant à pied qu’à cheval,
Se ranger comme un cercle autourdu général,
Quand il ordonne i’assaut, l’infanterie se met en marche
Kn bataillons serrés, il choisit ia compagnie
Qui ia premiòre ira avec les Lnfants perdus,
\ oulant que les plus vaillants et les plus aguerris,
l'omme notre Gaseon, soient les premiers au feu...
Ce dernier s’avanee rayonnant de joie. et s adressant à ses ehefs :
« Je veux, dit-il, que la Guseogne ma bonne mère et ma nourrice n’ait
> pas honte d'un de ses enfanls. Que mon père el mes iiiustres tiïeux n aient
» pas à rougir de moi lorsqu’ils màippelleront leur lils. Ils se sont illustrés
» dans maints assauts et batailles meurlrières toujours au premier rang, je
» veux suivre aujourcThui leur exemple ct montrer que je suis digne de cette
> race de vaillants. » Puis s’adressant aux soldats de sa compagnie, il ies
enílamme de sa parole cliaude et vibrante et, se mettant à leur tête, l‘en-
seigne marche à Tassaut.
Countre escarpe à la part, barriquade à l’estrem,
A cops, pousses è pics, qui da, qui tourne, é pren,
Contrescarpe à còtò, la barricade au bout,
A coups. poussées et biessures, qui donne, qui rcnd et prend,
(1) Blaise de Monluc menait à Cerizolles le bataillon des Enfants perdus.
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- 117 —
Doune, doune à capsus, è bire d’arrouquades,
Mingranes, cercle à-houcc, grosses arquabousades,
Tire bales, baloun, bras l)irat, è grans cops
De piques, darraedast, houec de lances, è pots;
Doune, doune deguens, passe la faschinade,
Saute lou qui pouira la porte claouèrade
A trucs, truque au tric trac, pare pic, pare cop,
A l’espase, au puignau, au coutèt, à l’estoc.
Passé Enseigne sus touts, pousse la coumpagme
Dedans, billegaigné, mon Diu, Herges Marie,
A raort, â houcc, à sang. E labets lon Gascoun
Ahurant, è sagnous, lou mes lxilent deu moun;
Susla brèche bragard l’anseigne crierade,
Coum vn praube perrec de pies esgondrillade,
S’aouanse abénturat, truquc, pousse, coumbat,
E de force cos morts enjunque lou paouat :
Coundusish cap-d’aouant l’armade furiouse
En l’aupiniastre loc, per la porte sagniouse,
S’aoiiance mes cabens, è t>erseguish mutin,
Nou pas en piquorè quauque triste butin,
Més murailles è tours, è d’vn balent couratge,
Hurate sei a arren que pousque hè damnatge.
Seguish, ba, tourne, ben, tracte lous enemics,
Lous paurues bab pietat, lous rebelles à pics :
Charge, charge en haut et cvite les pierres.
Grenades, cercles â feu, grosses arquebusades,
Tire balles, balette et bras retourné grands cmips
De piques, d'arnmre, feux de lances et pots;
Charge. charge dedans, franchis les fascines,
Saute qui pourra la j>orte fermée à clous
A coups. frappe au tric trac, pointe, pare blessure,
A rèpée, au poignard, au couleau. à l’estoc.
L'enseigne passe avant tous, pousse la compagnie
Dedans, ville gagnée, mon Dieu, Vierge Marie,
A mort, à feu, à sang. Etalors le Gascon.
Enfumè et tachè de sang, le plus vaillant qui cxiste
Sur la brèche. l’enseigne, gènèreux, couvert de blessures.
Comrae un morceau de chiffon, criblè d’entailles,
S’avance Iiardiment frappe, pousse, combat,
Et de nombreiix morts tapissele pavè.
II conduitplus avant l’armèe furieuse,
Far la porte sanglante, vers le lieu de la ivsistauce,
II s’avance toujours en avant et poursuit,
Non pas en pillard, quelque maigre butin,
Maisplutót les murs et les tours. et d’un vaillant courage
Examine s’il n’y a rien qui puisse porter prèjudice,
Suit, va. toume, vient, traite les ennemis,
Les peureux avec pitiè, les rebelles â merci;
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— llfc —
Espourgue lous cantous, balòge la carrère,
De so que nose pot à l’armade gouarrère...
II neltoie tous les coins etbalaie les rues
De ce qui pourrait nuire à l’armée victorieuse. . .
Dans le Second livre, nous assistons au conseil de l'armée qui, la ville
rendue, délibère sur le choix d'un gouverneur. L'enseigne est acclamé à
runaninjitécomme élant le plus digne, par sa bravoure, d'avoir le comman-
dement de la garnison. Cela fait, le gros de l'armée s'éloigne et le nouveau
chef s’empresse de rassurer les pauvres habitants effrayés par les ardeurs
de la lutte, en rétablissant l'ordre primitif. 11 organise les cadres de ses
compagnies, n'aceeptant que des hommes éprouvés, de vieux routiers habiles
et expérimentês, gens de cauir, désintéressès, tenant à honneur de servir
sous les ordres d'un si vaillant capitaine, écartant avec soin le mercenaire
[>oliron et pillard. A prix dargent il achète pour ses chevau-légers (1) les
armes et les chevaux du pavs ou de race êtrangère dressés au métier de la
guerre. Lui-mème s’attribue un superbe genet aux allures rapides, laperle
desonécurie, qu’il harnache richement :
E quan lou cabaillé ademest Tarramat
Puge dessus aquet de toute pece armat,
Alindat, teste dret atau que paille d’ordy,
Lou direts tout nienat au cabaillé sant Geordy,
Vn brabacliou Roulland, Rodamont furious,
Vn beray Herculês,, de inine é de faisous...
Et quand le cavalier, au milieu de sa troupe,
.Saute sur lui armé de toutes yjicces,
Bien campé. la tóte droite comme une paille d’orge.
Vous le croiriez tout pareil au cavalier saint Georges,
I *n paladin Roland, un Rodamont furieux,
I 11 superbe Hercule, de mine et de façons...
Le voilà prêt à guerroyer et à faire reeounaìtre sa puissance dans les
pays voisins :
t-oumense brabejant à bate la canipaigne,
Coum vn Taure amarriat debarat de monlaigne,
Deguens lou plut païs, udemest d’vn troupêt
II cominence bravement à battre la campagne
( oumie un laureau vigoureux descendu de Ja inontagne
Dans le plat pays, à la suite d uu troupeau
(1) I.es ohevau-lògers élaient arniés d’armes complètes : d’une cuirasse à l’épreuve
et de pistolet à I’arron de la sellc, sous la main de bride et de l’autre còté, la salade
ou habillement de terre.
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- 119 —
Se sent lou mes puchant, lou mes hort, iou mes bêt,
Tume tout, assaillis, teste-leouat cabeje,
E de la corne bat au prumè que l’aouèje.
Atau noste balent, noste bragard Gascoun,
A touto gens bo hè la lei, è la leçoun.
Mande per sa troumpete en biles è bilatges,
Que sVt nei coume bod’ets, è detouts passatges,
Reeounegut Seignou, gran mestre, è majourau,
Iamès ets nou san bist un ta maubès journau. . .
5ïo sent le plus puissant, le plus fort. le plus beati,
Assaille et fond sur tout, secoue la tòte en l'air,
Kt frappe de sa corne le premier qui rennuie.
Ainsi notre vaillant, notre généreux Gascou
Veut faire à tout lc nionde Ja loi et la leeon.
II annonce par son trompctte dansies villes et villages
Que s’il n’est, comme il l’entend, d’eux ct des environs,
Heconnu .Seigneur, graucl Maitre et Hoi,
Jamais ils ne sc seront mis en si fàelieuse posturc...
Le trompette est bientòt accueilli par la bravade des eniieinis; ii tourne
bride et raconte les propos et les menaces qu?on lui a faites. Le Gouverueur,
furieux de tant d audace, jure de ehàlier les rebelles. A la tête de ceut
chevau-légers et de quelques arquebusiers, il s'approche résolùment de la
place. II se tienl dissimulê ignorant quelles sont les forces de rennemi qui,
surpris de sa présence, court aux arraes :
L’vn cour à l’arquabouse, è I’aute espaurit s’armc
De couirasse, brassals, gouantelets, è mourrioun,
Aquet pren l’armedast, aqueste lou bourdoun,
Asset la pertusane, è l’aute l’allabarde,
Brounôs coumetaoiians tout dret au cos de garde
E sorten desbandats, inau-abisats, brouillous,
Coum d’vn tounet de bin gessen lous mouscaillous. . .
I/un court à l’arquebuse, et l’autrc pris de peur, s’arme
De cuirasse, brassards, gautelets etmorrion.
Celui-là prend l’arinet, ceiui-ci le bourdon,
I/un la pertuisane et l’autre l’hallcbarde,
Comme des taons bruisant vont droit au corps dc gardc.
Ils en sortent en désordre, désorientés, pêle et mèlc,
Comme d’uu tonneau dc vin surgissent les moueherons. .
La troupe ennemie est nombreuse, mais compte peu de soldats aguerris;
ils se mettent en élat de défense prèts à supporter lechoc. Des deux còtés
on s’observe avant d'en venir aux mains; les assaillants simulent la retraite,
mais ce n’est que pure tactique, car ils ne sont pas d’une race où l’on con-
naisse la crainte, d’une race oii i’on corabatte en reculant :
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— 120 —
Arribe lou Gascoun lou coutòt à la man,
Que lous da mes de pics, que de trosses de pan.
Agi n’esquane cent, aquiou ne pren cinquante,
Bei liilh de boune maï qui de trucs nou se bante.
Cour rede sus darròs que d’esglasi eschaurits,
S’en soun, counils paurucs, en la tute hugits. . .
Arrive le (ìascon le couteau à la maiii
Qui leur distribue plus de coups que de moreeauxde pain.
Ici il cn tue ceiit, là il en prend cinquante.
N’est-il pas íils de bonne inòre pour se vanlei de ses exploits.
II court proinptement vers les liainards qui. saisis d’efïroi,
Sc sont. liê\ res peurcux, cacbòs en lieu siir...
Débarrassé de ce còte, il fait sonner le ralliement, ordonne de meltre
sous boune escorte le butin et court â de nouveaux suceès.
Son avant-garde tombe bientòt dans une ernbuscade en vue d'une autre
place. Le Gascon arrive â la charge avee ses chevau-iégers, qui culbulent
renncmi :
Bòla eoum lou Gascoun, dab sa troupe souldade
Dab sous chibaus leugès, hè morde la brabade
Aus brabachous bilàs que nou bon auV>esi . .
YoiJà coinmont Ic Gascon avec sa troupe solide,
Avec ses chevau-légers, chátie l'insolence
De cos roturiers fanfarons qui ne veulent pas lui obéir. ..
Toutes ces escarmouches enílamment sor, courage etfont naitre en lui le
désir de frapper uu coup dccisif. L'occasion ne lardera pas â se présenter»
car on lui sigr.ale ìc passagc d'une troupe nombreuse, chargée de butin, qui
vovage de nuit afin d’cvitcr loule surprisc. II prend immédiatement ses
dispositions pour dissimuler ses troupes et surpieiidre rennemi qui est
bientòt signalê.
Qui bibc^ qui bcla? douue, douno, Arm’, arm, arme,
Ari que quau pensa de Jecha lou butin
Dc par dius c sa maï, ou bira lou eaniin.
At uque-eritruquc-ataque, ane la cainisade,
Passe, repassc, dau, toume la pistoulade,
Chique lo’i coutelas, dau, dau, dits lou Gascoun,
Qui vive i <{tii \a la?chargc, charge, arnic, arme, armc,
Ici il faut songer à abandonner le butin
Dc par Dieu ct sa incre, ou rebrousser chemin.
Assomme, assommc encore, attaque, lapcz sur la chemisc,
Passe, repasse, donne, cclate la pislolade
Prends lc coutelas, doiinc, donnc, dit le Gascon.
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— 121 -
Sapien aquestes gens en quine terre soun,
Tue, doune au chie-chac, pele, repele encouère,
Tire, dau au défaut, atraouès la bisière ..
Àpprenons à ces gens sur quelle terre ils sont.
Tue, donne dans la mélée, pèle, repèie encorc,
Tire, frappe au défaut, à travers la visière. . .
Superbe d’audaee et de résolution, l'art de la guerre semble ètreen lui un
instinct naturel. Là s’engagent poulsis de piques, chocs d'hommes d'armes,
heurls de chevaux, grands coups d'épées, chaplis de hache et de hallebardes.
La mêlée est terrible, et morls et blessès jonchcnt lc théatre de la iutte :
L’un raourish suou cliibal, i’aute ei désarsounat,
Aquet rennes coupat d’augide n’ei anat.
Asset a vn pic suou cap, l’aute i’a sus lous brasses,
Aquet cride, moun Diu, aquet coueite lous passes,
Ahute pè de ièbé, adiu came-agusat,
Bet huge dab la poou n’ei jamés debesat.
Atau dab lou lugran, snou maitin segue è lie,
D’aouant que lou so»>reil bengueesclari lou die
Lou cabailló Gascoun, abenturat toutjour
En toute terre è loc, sie de neit, sie de jour,
A chibal oti piétoun, en toute sorte d’arme,
Man de Lion aus cops, oueil deGat à l’allarme...
L’un meurt sur son chevaJ, l’autre est désarroimé,
Celui-ci les rennes coupées est parti en fuyant.
Celui-Jà a une plaie sur la tète, ruutre sur Jes bras,
CeJui-ci crie, mon Dieu, celui-là hàtc le pas
Eu fuitc, pied de lièvrc, adieu jambe agile
Celui que la peur porte à fuir n’esl jamais détournè.
C’est ainsi qu’au clair de lune, sur Je matin nioissonne et lie,
Avant que le soleil vienne éclairer le jour
Le cavalier Gascon, toujours aventureux
Kn toute terre et lieu, soit de nuit ou de jour,
A cheval ou à pied, en toute sorte d’amies,
Main de lion aux coups, oeil de chat à l’alarine. . .
Maintenant les ennemis arrivent par inilliers formant de nombreux régi-
ments de eavalerie et d infanteiie, ramassis cìe truands, véritables oiseaux
de proie yivant de la gnerre, mieux disposès â la bombance et au jíillage,
qua réclatner rhonneur d’un combat ou d un assaut ìueurlrier.
Ader nous dêpeint sous les plus noires couleurs ie triste sort de la con-
trée, tbéâtre de la guerre civile; Huguenols et Calholiques le sillonnent en
tous sens, ne vivant que de vols et de rapines au détriment du malheureux
paysan, leur innocente et facile victime :
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— 122 —
O praube païsant, ò triste pé-terrous,
Las garies, è pouts, lous goustouses capous,
Nou toundren raes iou sol, ni la mainatjarie.
Qu’ets an à miei gaùt lou quu de la garie,
E lous oiieus englaupats que nou soun miei pounuts,
Nou soun miei cournetreits lous Aignerets lanuts,
Qu'aquets gorge-paóats lous rebiren la peille.
L’vn pren d’aquet coustat, l’aute besets que beille,
Hurate per la borde, è descoubris mes fin
Oun la Daune a escounut las hardes, è lou lin
Rifferassequi pot, quecadun asarpe,
E jogue ab lous cinc dits coum om dits de la iiarpe. .
Oli I pauvre pavsan, oh! triste pied tcrreux,
Leî» poules et les coqs, les savoureux chapons,
Ne décorent plus le sol ni le poulaillcr.
Ils ont à mi-gosier le croupion de la poule
Lt les oîufs sont avalés pondus à moitié;
A peitie les petits agneaux montrent la corne naissante
Que ces gueules-pavés leur rctournent la peau.
L’un prend de ce còté, rautre qui faisait le guet,
Fouilledans lamaison et découvre plus malin que les autres
Où la bordière a cachè les hardes et le hn.
Fait bombance qui peut, que chacuu choisisse sou larcin
Ft jouc avec les cinq doigts comrae on dit de la harpe.
IIs abandonnent leitrs demeures en ruines, fuyant épouvantês ù travers
champs, gagnant les bois pour se meltre hors d'atteinte de leurs bourreaux :
Cagen entre las mas deu pietaclous Gascoun,
Tristés è cò liérits, touts leriues è bourmère,
A benjanse alugats d’espauridc coulère.
Tout en arretoursen lou berret à la man,
Preguen Iou Cabaillè deu millou sen qu’ets an,
En aqueste faisoun : Seigne, Diu bous mantègue,
Lou que per nous boule aquet mau bous abengue,
N’aurats pas bous pietat d’aquest praube païs,
E nou boulets pas bous de ta machans bésis,
Espourga lous countours, coù suou cap de J’anade,
lls tombent entre les mains du compatissant Gascon,
Tristes, le cccur hérissé, rempli de Jarmes et de moi ve,
Fnflaramés de la vengeance d’une colère épouvantée.
Tout en tordant leur berret à la main,
Prient le cavalier du mieux qu’ils peuvent,
De cette faqon : Seigneur, Dieu vous assiste,
Que celui qui nous veut mal s’accorde avec vous,
N’aurez-vous pas pitié de ce malheureux pays,
Ft ne voudriez-vous pas, de ?i tristes \ oisins,
Débarrasser les environs, comme au commencemenl de l'anuée,
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— 133 —
Notts arrigam deus blats la birague escheguade,
Acassa per jamès malananse è mau temps,
E de la boste man empeuta lou boun temps.
O, bragard Cabaillé, de l’espase trinchante,
Arbajats lous troupéts aquere gcnt machante.
Mauhasecs è truans, gahetes è lairous;
Pannebaque-ahamats, mau-croes, cure-maisous,
Que per mous asarpa nostes susous è pénes,
Mous cassen neit è iour peu bosc, per las garennes,
Esquissen lou peillot, arrousseguen brounens
Enherriats è batuts, en ve clote à cabens...
Xous arrachons des blés, l’ivraie spontanément,
Chasser à tout jaraais, misères et souflrances,
Et rétablir de votre main ia tranquiilité I
O généreux cavalier, de votre épée tranchante,
Préservez nos troupeaux de ces méchantes gens,
Maifaisants et truans, bandits et vagabonds,
Voleurs de vaches, affamés, grands crocs, vides maisons,
Qui pour nous dérober nos sueurs et nos peines
Nous pourchassent nuit et jour, daus les bois et les garennes,
Déchirent nos linges, et nous trainent gémissants,
Encbainés et battus au plus profond d’une fossc. . .
ìls continuent la description des souffrances qu’ils endurent et réclament
la générosité du noble capitaine.
Le Gascon, cest-à-dire Henri IV, se rendantà leurs prières, ordonne de
purger laterre des larrons et des pillards :
Anem coume dauant; famfare la Trompete,
Nou lechem deu gouarré la campaigne soulete
Dits lou brabe labets, huratem lou pais,
Netejem de lairous, passatgès è camis.
Hassam parla de nous, anem brabes gendarmes,
Abrigue gens de ben l’oumbre de nostes armes.
Hasse balent è just la troupe deu Gascoun,
Que sie tournat coum quau à cade-vn lou soun.
Que pousque lou Pagès acoueitioua sa terre,
Trafiqua lou marchant en despieit de la gouerre ..
Allons. comme devant, fanfare la trompette,
Ne laissons pas la campagne dépourvue de gardions,
Dit le brave alors, fouillons le pavs.
Nettoyons de pillards, passages et cheraius.
Faisous parler de nous, allons, braves gendarmes,
Abriter les gens de bien à Tombre de nos armes,
Que la troupe du Gascon fasse avec justicç et èqaité
Restituer équitablement ce qui appartient à chacun.
Que le paysan puisse cuhiver sa terre,
Le marchand trafiquer en dépit de la guerre...
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— 124 —
Oela fait, il va plus loin tenter le sort des armes et conquérir une gloire
immortelle :
Atau mille bets heits courounen lou Gascoun:
Sa glorie s’esplandish coume lou ceu peu moun.
La sue espase aus coumbats couni vn Soureil lambreje,
Soun creignut estendart coum la Liie lugreje,
En batailles, assaus, forse prcses, coumbats,
Allarmes, houec, é sang, querôles è débats,
Pics è trucs è patacs (1), en mante vi'* bictorie,
Soun csteles ò hlous, sus lou ceu de sa glorie...
Ainsi millc beaux faits illustrent le Gascon.
Sa gloire s'étend comme le ciel par le monde.
Son épce dans les combats lance des cclairs comme un soleil,
Son ctendard redouté reluit comme Ja lune,
En bataillcs, assauts. maintes escarmouches, combais,
Alarmcs, à íeu ei à sang, qucrelles et débats,
Pointe et coups et blessures en mainte victoire,
í'e sont là les ètoiles et les fleurs sur le ciel dc sa gloire...
Mais voici venir novembre avecses pluies, etdêcembre cscortédes neiges
et des glaees. Nobleset manants cherchent un abri au coin du feu; pour le
soldat, cest le moraent de tenir garnison.
Sitòt que le clioix est désigné, notre vaillanl Gascon ne laissera pas sa
troupe s'endormir dans une indigne mollesse; le soldat eontinuera en temps
de paix la préparation de la guerre. II stimulera leur activitê à des joutes
qui procureront des prix aux vainqueurs, et il ne déduignera pas d'v prendre
part, soit à la pique ou au coulelas, soit à l’arquebuse ou à la lanee (2).
Le poète nous a peint avec- de riches coulcurs le caraclère de son héros
(Ilenri IV), joignant a la valeur la prudence militaire, à la gênérosité rim —
manité, s'entredisputant le pas et se le cédant tour à tour au bênêlìec de sa
gloire. Mais Mars est inséparable de Cupidon, l'auteur lui prépare son
entrée en scène pour compléter le tableau.
Procèdant des chevaliers du moyen àge, qui rompaicnt des lances dans
des tournois en Lhonneur des dames, il nous montre son hêros défiant dans
un carlel les plus vaillants guerriers.
fl) « Pies et palacs. » Gri <le guerre des (iascons. ( eux-ei pr<*e!Mlés de leur drapeàu
noir à croix blanche, marchrnt à leur cri de guerre, leurs chefs reconnaissables a
leurs érharpes rongeset à leurs rondaches (peiit bouclier) d'acier et franaes d’or.
(2) Pour faire usage de la lauce, il faltait uuegrande habitude etde longues études
nréliminaires. Au commenrcmeut du \vr sj.-de. les jeunes gentilshommes passaiem
íeur première jeunesse à combattre dans les acadeinies pour jouter ensuite au\ tour-
nois. Mais quand ces jeux chevaleresques lurent abolis, Ja noblesse enlrée dans les
troupes sans avoir appris rexercice de la lance, la maladresse engendra bientót le
dégoút. Aussi ia cavaleric abandonna-t-elle peu à peu cette arme poúr adopter l’esco-
pette. Ie pistolet d’arçon c-hargé d’un c-arreau d’acier et l’estoc ou épfe longue et raide
sans tranchant.
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— 125
Tout autour du lieu préparé pour le combat se presse une nombreuse
assistanee de peuple, de mignons et de dumes richement parées, couvertes
de diamants, et au milieu d’elles, rayonnante de beauté, comme la lune
resplandit au milieu du monde éioilé, la dame de ses pensées, la reine, qui
doit couronner le vainqueur.
Nous assistons â lentrée des combattants dans la liee Ader nous décrit,
avec de riches images, l’éclat et la splendeur du eostume de son Cadet, qui
oclipsecelui des autres cavaliers :
Coum en vn claus de borde entre forse capous,
Qu’an lou gaoué daurat, en pé lous esperous;
Entre tant de pourets que grapen à la paille,
E se presen besiats d’vn gran miei pè de haiile,
Entre tant de pouioïs, de guitous, è d’auquats,
De Couloums pè-péluts, de pouts esbarbaillats,
Lou Pan bole sus touts, sa coiie porte liies
Lambreje per l’enclaus, gite-houec, gite-bûes.
Atau parish sus touts lou Cabaillè Gascoun,
Oundre coume vn soureil toute la garuisoun.
E lou iour resolut an de courre Ja bague
Aquoi lou cabaillè que mes richamens brague
En armes, en cliibaus, en sous beris bestits. . .
Comme en un euclos <io métairie entre force châpons,
Qui ont legosier doré, aux pieds les épcrons;
Entre tant de poulets qui grattent dans la paille,
Et se prennent irrités d’un grand demi-pied de crète;
Entre tant de dindons, de petits canards et d’oies,
De pigeons pattus, de coqs à la barbe lièrissèe,
Le paon les dépassc tous, sa queue porte-Junes,
Reluit dans l'enclos, lance du fcu, lance des étincelJe»,
Aiusi parait aux yeux de tous le cavalier Gascon,
Orne comme un soleil toute Ia garnison.
El le jour fixé pour courir la Ixigue
C’est là le eavalier <pii brille le plus ricbement
En armes, en chevaux. cn ses habits superbes. . .
Les trompettes sonnent, la joute commenee et le vaillant Gascon proclamé
vainqueur s ’approche de sa belle pour recevoir le prix :
Iou bengui dret à bous, tant gaujous, è countent,
Coum loum aouets proumés, recebe lou présent,
Yé bague bous m’aouéts libraineus autrejade,
Dats lam si couneguets que i’age meritade.
Je viens dròit à vous, toutjoyeux etconîent,
Comme vous me l’avez promis, recevoir le préseut.
Vous m’aveíe librement accordé une bague,
Donnez-la-moi si vous reconnaissez que je l'ai méritée.
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— 126 —
Pauc ei so que de mi bous poudeta espera,
Si dab boste bertufc ac boulets mesura,
Respon ere labéts, mes boste courtonsie
Prenera lou présent tau petit coum se sie.
Gaujousamens labets lous oueillets miei bachats,
Arrigue deus didets de leitete cailiats,
Vè rose de diamans, larabrejante, é lusente,
E à biste de touts la baïse, è l’ac présente.
Bous bésets quantè quant besiat ècourteset,
Lou Gascoun amistous, que darrigue vn poulet,
D'aquets pots couraillats, d’aquere hresque care,
Oun coum ia Lue au Cèu, Toueillet amorous bare...
Bien peu de chose est ce que vous pouvez espérer de moi
Si vous daignez le comparer avec votre móhte,
Hépond-elle alors, mais votre courtoisie
Acceptera le présent, si petit soit-il.
Joyeusement alors, les yeux demi-baissés,
Elle enlève de ses petiis doigts, blancs comme lait,
Une rose de diamants, étincellante et éclatante,
Et à la vue de tous, l’embrasse et lui présentc.
Vous voyez tantòt gracieux et courtois
Lc Oascon affectueux, qui surprend un baiscr
Sur ces lèvres de corail, sur ce frais visage
Où comrne ia lune au ciel, le petit ceil amoureux s’agite...
Et il proclame à ses genoux 1 eternité de son amour. En avant, ílûtes et
hautbois, trompettes et tambourins, que tout ie monde soit à la joie et se
prépare à la danse.
La description suivante rappelle toute la naïveté d'un tableau flamand :
Entemoue lou bal, é de gentiu faisoun
Pren sa bère à la man l’esqueriquat Gascoun.
Coum besets gaujousets labach en l’arribère
Trépa lous aignerets en la sasoun prumère,
Guimba, sautuqueja, atau hè l’esmerit,
Lou pè souple coum bo dresse de l’esperit
Qu'autât coum l’arrubec meillengue è cardinege
Tant è mes de sous*pès aqueste me maneje.
Doubles passatges bach, passatges releouats,
11 commence le bal et de gentille façon
Prend sa belle à la main, le requinquó Gascon.
Deméme que vous voyez les petits goujons là-basdans la rivière,
Sauter les petits agneaux en leurprime jeunesse
Gambader, sautillcr, ainsi íait l’éveillé
Le pied souple, comme il veut, voumis à son caprice
A mesure que le Uebec fait le cliant de la raésange et du chardonneret
Tant et plus celui-ci manie ses pieds.
Doubles passages en bas, pas relevés,
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— 127 —
De bet port é faisoun, hauts é cabrionlats.
Noui y a cò de mignoun que de gelou nou s’arde,
Quan be taplan dansa coum aquo la gaillarde (1).
Atau de reng à reng, se prenen entre ets;
A la courrente é boite, aus branles, ramelets,
Danses oun tout se bau, é oun las araourouses,
Senten lou houec cubert de las arraes gelouses.
Oun l’arc deu petit Diu, cap-hérs, bires é treits,
Ne tire raille cops més que noun à de heits.
Que mante vn bengut libre en aquere danse,
S'en tourne cohérit, è suspres d’araistance.
De la que d’vn cofHd’oueil, é d’vn mouillat poutoun,
L'a heit beoue ta dous Tamourouse pousoun . . .
Aquere danse donc, aquere douce neit,
Lous a tirat deu cap la raemorie deu leit.
E si n'ere queu pout, lou quicquiric aouanse,
Per dessus l'arrubeu que lous toque la danse,
De beau port et façon, hauts et cabriolés.
11 n'y a coeur de mignon qui de jalousie ne s’allume
Quand il voit si bien danser ainsi Ja Gaillarde.
Ainsi de rang en rang ils se prennent entre eux,
A la courante et volte, aux branles et petits rameaux,
Danses oû tout séduit et où les amoureuses
Sentent le feu couvert des armes jalouses.
Ou l’arc du petit Dieu, pointes de íer, flèches et traits,
Tire mile coups, plus qu’il n’y en a de faits.
Que plus d’un venu libre à cette danse
S’en retourne oontraint et surpris d’amour,
C’est là qu’un coup d’oeil et un baiser humide
Lui a fait boire si doux l’amoureux poison.
Cette danse donc, cette douce nuit
Leur a tiré de la téte le souvenir du lit.
Kt si ce n'était le chant du coq, qui passe
Par dessus Ie rebec qui leur conduit la danse.
(1) I.a danse était un sujet de dépenses sérieuses par I’importance qu’on lui donne
dans toutes les fctes, par lcs illuminaiions dont on l’accompagne, par les salles et les
tréteaux que l’on construit dans l’intention d’en augmenter rattrait.
Ce divertissement n’avaitété jusqu’alors qu'un exercice gvmnastique où les hom-
mes dansaient entre eux, comme le saut Basque ou la faràndole Bcarnaise. L’an-
tiqiiité même n’avait jamais admis le mélange des sexes. Les célèbres danseuses de
Corinthe et d’Egypte prenaient leurs poses provocantes sans ctre secondées par des
danseurs.
Ce futà dater du xvr siècle seulement que la danse devint une sorte de lutte de
souplesse et decoquetterie enlre homraes et femmes.
L'une de ces danses, appelée la Gaillarde. développait parfaitement les gràces de
ces jeunes personnes. et. un contemporain s’étend avec complaisance « sur leurs
cabrioles, tours et- détours, fleurettes drues et menues, bonds et sauts fort légers et
adroits. » L’autre Volte produisait sur les sens un effet encore plus siir : « Car
’homine et la femme s’étant embrassés toujours de 3 en 4 pas, ne faisaient que tour-
ner, virer, s’entresoulever et bondir. » Ces danses îascives avaient été empruntées
au théàtre italien.
( Mémoire8 de Montluc, Introduction, t. i, page 98.)
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— 128 —
L’oueil alugat d’auiou nous aoubenguera pas,
De barra lou perpèt en aquet dous soulas.
L’<iei] allumè d’ainour ue se souvieudrait pas
De íermer la paupière dans ce doux enivrement.
Dans le Troisième licre nous voyons le héros se reposant des fatigues du
bal; il aperçoit en songe {1} son père, armê de pied en cap, qui se présente
devant lui tenant un flambeau d’une main, de l’aulre son épée, et. qui l*in-
terpelle ainsi :
Nou beirô jou jatnés de noste rasic horte
Pirouqua pouderous, é hlouri lou bourroun,
Ta gran que l’arrame alate tout lou moun.
Nou beirè jou mounhilh rabenture arribade,
Que mous a l’Estarlot ta long tems presiquade,
Tant d’vrousis comnbats, tant d’enemics perduts
Que deouen co-hérits este de tu batuts.
Nou beirò jou jamós hilh que tu possedisques,
Vrous é mes vrous que courounat tu bisques
Majourau en parsan, douu jou ei coume tu jouen
Escantcrat vn tros per lou mes bet estrem.
Iou t’ei balentainens la besoigne entamouade,
Leohe la tu aus tous de ta man aquabade,
Que coum de jou tu es érèté dret è iust,
Om beje arressembla las estêres au hust. . .
Ne verrai-je donc jamais de notre race glorieuse
tiermer tout puissant et tleurir un bourgeon
r?i vigoureux que le rameau s’étende sur le monde.
Ne verrai-je donc pas, mon tils. la réalisation du présage
Qtie l’astrologue nous a si souvent annoncé.
Taut d'hcureux combats, tant d’ennemis vaincus
Quidoivent, honteux, être par toi battus.
Ne verrai je donc iamais, mon íils, que. vamqueur,
'Lu vives d’heureuses années la couronue sur la tête,
• Hoi de ce pays, dont j’ai comme toi dans ma jeunesse
Détaché un morceau par la plus belle extrcmité.
Je t’ai vaiUamment commencé la besogne,
Laisse-líi maiutenant aux tiens complètemeut achevée.
Et comme lu es mon hèriticr naturel et digne,
Qu’on voie ressembler les copeaux aux troncs...
N'es-tu pas, ajoute-t il, de la race puissante d’Hercule? et il lui rappelle
ses Douze travaux .
(1) Dans le \ir chant de riliade. Homòre euvoie un songe trompeur â Agamem*
non, le ûls de l’illustre Atrèe, sous les traits de Nestor,fils de Nélée, celui de tous les
hérôs qu’il honore le plus : Dans I’Odvsséc, il emploie la méme fìction ingénieuse rt
l’égard du sage Llysse.
Dans ses Counnentaires, Montluc voit, également en songe, son roi mort (tome ii,
page 95).
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Le brave Gascon se réveille tout enflaramédeguerres etclecombats; plus
arclent que jamais il fait convoquer ses officiers au son du tambourin et les
barangue en ces termes : « Vous n’ignorez pas, leur dit-il, dequellespuis-
> santes ressources disposent nos ennemis, vous mes corapagnons glorieux,
» dont l’àme vaillante ne connut jamais îa peur ni ìa lacheté. Reslerons-
» nous dans une inaction stérile en présence de la mauvaise saison ? N’esl-
» elle pas au contraire favorable aux surprises?
Un heit d’armos toutem per ana a joc segu,
Enemic dou soureil s'amigue de l’escu.
E dab lou maubes tempf, dab tourrades, lnvdures,
Om ac dits à de boun à las places segures.
Om esgarraupie fin, murraille é boulouart,
Om esquisse la porte ab lou cap de pétart,
Om desiunte lou pount, é d’ve allarme esglasiadc
Lou mes hort deu païs om ne porte d’amblade...
Un fait d’armes, toujours pour réussir â coup sûr
Enuemi du soleil, s’arrango des ténòbres.
Etavec le mauvais temps, les gelées, l’hiver,
On a de bonnes chances sur les places súres,
On griíïe liabitement, murailles et boulevards,
On déchire Japorte avec le coup de póuird,
On disjoint le pont. et d’une alarme effravée
Le plus fort du pavs on emporte d’emblóe...
Et il continue, stimulant leur courage et les invitant à cueillir avec lui de
nouveaux lauriers.
La garnison accueille avcc enlhousiasmc les paroles de son capilaine qui
déeide de surprendre durant la nuit unc forte place deguerre. Suivi dequel-
ques hommes rêsolus, il s’approche des remparts etreconnaîtles lieux. Cela
fait, il dispose ses troupes; la premicre porte saute sous l'action de la mine,
et les assaillants se précipitent par la brèche. Snrpris dans leur sommoil, la
garnison et les habitants s’enfuient êpouvantés; la mèlce devient générale :
Aquet ere en camises, asset ere en gipous,
Aquet dab la houchine, aquestcs lous bourdous,
Asset ere tout nut, aquet dab la couirasse.
Adiu, saube qui pot, la praube populasse,
Qu’autaléu entenut, dedans bile gaiguè,
Huraten esglasiats qauque sêgu courné.
Celui-ci était en chemise, celui-là en jupons,
Celui-là avec sa bèche. ceux-ci avee leur.s hàtons forivs,
Celui-là était tout nu, cclui-ci avec sa cuirasse,
Adieu, sauve qui peut. La pauvre populace,
Aussitót qu’elle a entendu, dedans vitle gagnée,
Cherche terrifiée quelquc retraite sûre.
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— 130 —
Aquet s’arromp lou cot lou long de la murraille,
Asset hè bouu brouqué deu leit, è de la paille.
Aquet hugis peu teulé, asset senhouuse au cros,
L'aute deguens ve cache estuge cap è cos
Aquere hemne a crics, l’aute ei tout esblaimade,
Aqueste crido à mort, saubats me la mainade,
Saubats mé lou marit, Diu deu Ceu, oun ets bous.
Digne Berges Marie, ajats pietat de nous
Sans è Santes deu Ceu, biets ajuda lous bostes
Tirats-mous de la bile aquestes bourreous ostes,
Escusè, maseres, diables desencadeats,
Escharruscles ardens, perigles alugats.
D'esglasis è de crics, la praube gent s'enteste,
Noui ya ren que turment, noui ya ren que tempeste,
Bous n'augits que gemécs, n’entenets que sanglots,
Nou quau mes aus praubets que hiqua-les eus clots...
Celui-ci se rompt le cou le loug de la muraille,
Celui-là fait un solide bouclier du lit et de la paillasse,
Celui-ci fuit par le toit, celui-là s'enfouce dans la cave,
L'autre cache téte et corps dans une caisse.
Cette femme pousse des cris, l’autre est toute dèfaillante,
Celle-là crie à mort, sauvez-moi ma fìlle,
Sauvez moi mon mari, Dieu du ciel où sommes-nous,
Bonne Vierge Marie, ayez pitié de nous,
Saints et Saintes du ciel, venez à l'aide des votres.
Enlevez-nous de la ville ces bourreaux d’hùtes,
Brigands, bouchers, diables déchainés,
Foudresardents, orages allumés.
De frayeur et de cris les pauvres gens s’entétent,
On ne voit que tourments, on ne voit que bouleversements,
On n’enlend quedesgémissements,on n’entendque des sanglots,
II ne manque plus à ces pauvres diables que de Ies ficher dans l’eau...
Revenue de sa surprise, la garnison se met en état de défense. Un com-
bat acharné s'engage, le vaillant général fait braquer ses canons sur les
remparts qui sont démantelés, et le Gouverneur, la résistance devenant
impossible, vient se conslituer prisonnier aux mains du vainqueur. II
implore sa générosité; ce dernier lui fait gráce de la vie.
Cela fait, notre vaillant Gascon, tenant à conserver le fruit de sa victoire,
fait relever les ouvrages de défense et pourvoit la place d'une bonne garni-
son. II songe ensuite à poursuivre ses ennemis, la belle saison sera main-
tenant pour lui un auxiliaire puissant :
Lou soureillet de Mars tire déjà lou nas
S’arrepesch de la hangue, e s’abeoure de glas,
Desseque lou camin, la hangue grosse è nère
Le soleil de mars montre dójà le ncz,
Se nourrit de la boue et s’abreuve de glace,
ib’èche le chemin, la boue épaisse et noire
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— 131
Passe per lou cedas de la prime poubero.
Lou gai roussignoulet, de sa douce cansoun,
Bante déjà Taunou de la bère sasoun.
Las briouletes de Mars arrisen en la prade ,
Peus countours deu casau, la rose è girouílade. . .
Passe par le crible des rayons du printemps.
I.e gai rossignol. de sachanson mélodieuse,
Vante déjà le retour de la belle saison.
Les violettes de mars égaient la prairie,
Dans les allées du jardin, la rose et la giroflée...
Le bruit de ses exploils s’est répandu au loin; de tous les còtés de nom-
breux partisans viennent s'enrôler sous ses étendards (1). Ses troupes mar-
chent maintenant à côté de celles du Roi, dont il est le Lieutenant :
Aquet ei are cab, are tout lou partit
Gite dessus aquet lous oueils è l’esperit :
Hè brouqué de sa man, è deu houec de sas armes,
Alugue lou tisoc de las caudes allarmes.
Aqueste coumande are, é dehore, è deguens,
Touts lous locs deu païs, troupes é régimens. . .
Celui-là est maintenant chef, ct tout le parti
Jette sur lui les yeux et i’espoir,
Fait bouclier de sa main et du feu de ses armes,
AJJume le tison des plus chaudes alarmes.
Celui-ci eommande maintenant et dehors et dedans,
Tous les lieux du pays, troupes et règiments...
Ce nouveau chef n’est pas un novice dans le métier des armes, car per-
sonne mieux que lui n’en connait les détails et la science, avant conquis
ses grades à la pointe de l’épée. 11 a vécu de la vie du soldat ct partagé avec
lui, dans la bonne comme dans la mauvaisefortune, les mèmes îatigues et
les mèmes dangers.
Maintenant, il s’apprèteà affronter le sort des armes en bataille rangée.
II organise son armée et choisit les chefs les plus renommés, tous gens
vaillants, capables d'inspirer confiance aux soldats. Sitôt que l’ordre cst
étabJi et qu’il s’est assuré de tous les attirails de la guerre, que toutle monde
occupe le poste qui lui a été assigné, il s’avance sur le front des troupes et
leur dit :
(1) Hemi de Navarre posséda lc secret de gagner les coeurs de cette région du midi
qu’il aimait, par des qualités dont pas un Koi n'avait su jusqu’alors se fnire un levier
politique; c’est la gaieté, la générositè, ia toléranco, un irrcsistible sans facon. C’alvi-
niste par sa mère, il est trop bon pour haïr Ics catholiqucs et reçoit imlittéremmeut
dans son armée les braves des deux religions. Quelques-uns peuv’ent le servir comrae
calvinistes, l’immense majorité l’aime, I’adore corame un Uoi toléraut et du plus
charmant caractère.
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— 132 —
Iou boui (dits en brenban) Iiè trémoula la terre,
E que mous enemics ta furiousis è cauts,
Au brâ de moun canoun hugen coum arruhaus,
Au clapiment d’vn can, dehore la garene,
E coume lou huret eù plapé se demene.
Si jou podi hreta murailles é mantéts,
Iou nou lécharé arren per biles é castêts.
Dens qu’atisen lou houec d’oun lou men co s’èbrase,
Que jou nou passe tout peu hilet de l’espasc. .
Je veux (dit-il en se souvenant) faire trcmblcr la tcrre,
Kt que mes emiemis si acharnés et braves,
Fuient comme des poltrons au bruit de mon canon.
A l'aboienient d'un chien, hors de la garenne,
Ou comme le furet se démène dans le clapier.
Si je puis frotter murailles et manteiets,
Je ne laisserai rien par villes et chàteaux,
De ceux qui attisent le feu dont mon cceur est enflammé,
Passant tout au fil de mon épée. ..
Sur son commandement larmée s’èbranle dans Fordre suivant :
En tète lavant-garde forle deb(X) hommes. Puis viení iacavalerie eomp-
tant 15 à 1 ,600 liommes et sui vie par 5 ou 6,000 piétons. 300 hommes réso-
lus forment l’arrière-gardc et les flancs sont protégés à droite et à gauche
gar des gros de fantassins, le reste se serre autour de lacornette blanche.
Dans le Quatrième /icre, le poète nous montre l’armée en campagne.
A son approche la peur gagne les pavsaus qui fuient épouvantés :
Tout atau lou Pagès, au brut d’aquere armade,
Huch lcstrail dcus moutous, cour apròs la baquade.
La Pagese espauride amague tout lou lin,
Peilles, pernes, arquaus, lous anets d’argent fin.
Aqueste cour au pout, asscre à la clouquade,
Aqueste dret au pan, è l’aute à l’arrusquadc
Adiu, saube qui pot, tors, drets, bornis, boussuts,
Au ta plan l’vn que l’aute à liuge arresoluts,
S’allarmen dab vn cor, se criden, s’espaòùenten,
E sus l’esglasi qu’an malamens s’adoulenten,
Tout aussitùt lc Paysan, à l’approehe de cette armée,
Fait fuir lc troupcau de moutons, pousse devant lui son bétail.
La paysanne eflravée ramasse tout le lin,
í5es robes, coifles, coflrets. les amieaux d’argent fìn.
Celle-ci cherche son coq, celle-là sa couvce,
Celle-ci va droit au pain, et l'autre à la lessive.
Adieu, sauve qui peut, boiteux, droits, borgues, bossus,
Aussi bien les uns que les autres à fuir rósolus,
S’avenissent avec une corne, s'appelleut, s’épouvantent,
Et gcmissent découragés sur la frayeur qu’ils éprouvent,
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Hugen, escounen tout, e balejat ac an
De bosties è de gens, en vn birat de man. . .
IJs fuient, caeheni tout. et ils ont mis en súreté
Gens et bétes en un tour de main . . .
Le général, voyant leur efíroi, court après eux et les rassure :
Qu'ei so qu’aouets bousaus, praube gens, malastrucs,
Dits lou maignéc Gascoun, toumats bon enta case
E nou creignats doulens lou tail de la mie espase,
Biouéts ious mes amics, biouéts dab arrepaus,
Lou houec deu Pistoulet nous hume sus bousaus.
Haséts tira l’aray, agusats plan la herre,
Nou creignats pas per jou lou malhur de la gouerre.
Atau noste balent arrebioue pûrdut
Lou poou-hérit Pagès, en la tute escounut. . .
Gu’est-ce quevous avez. vous autres, bravesgens, inalheureux,
Dit le magnanime Gascon. regagnez vos demeures
Lt ne craignez dans votre douleur le trauchant de mon èpée.
Yivez, mes ainis, vivez avcc confiance.
Le feu du Pistolet ue fumera pas sur vous.
Faites travailler la charrue, aiguisez bien le soe,
N’ayez peur que je déchaine les fléaux de la guerre.
C’est ainsi que notre vaillant ranime le courage
Du paysan mort de peur, caché dans sa retraite...
Cela fait il rejoint son armée qui continue à paeifier le pays :
Atau brabé é balcnt, assietgé, entre pertout,
Arrode lou païs que l'ennemiten tout,
A la force deu bras, è herou de sas armcs,
E toutjour balurous lou prumè deus gendarmes,
Boute la man â l’obre, se hè dise peu moun
Digne deu nom qu’et a cabaillerou Gascoun.
Furious coum vn Lion, aus que soù en défense
Pietadous en aquets que nou hén resistcnse.
Vn de bouque é de co, franc à so que proumet,
Enemic deus murtrès qu’ausslsen de sang hrèt
Ainsi brave et vaillant, il assiège, entre partout,
Soumet tout le pays que l’ennemi occupe,
A la force du bras et valeur de ses armes,
Et toujours courageux le premier des gcudarmes,
II met la main à l’oeuvre, et fait dire par le monde
Digue du nom qu’il porte de cavalier Gascon.
Furieux comme un lion à Tégard de ceux qui combattent,
Généreux envers ceux qui n’opposent pas de résistance,
Egal de coeur et de parole, fldèle à ses promesses,
Ennemi des meurtriers qui tuent de sangfroid.
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Brai naturau Gascoun qu'ame à hé courtousie,
E segui la rasoun en quin feit que se sie...
Vrai naturel Gascon qui aime à étre eourtois
Et suivre la raison dans n’importe quelle occasion. . .
Bientôt les éclaireurs signalent l’approche de l’ennemi; le général assemble
en hàte son conseil pour délibérer. Après avoir fait appel au courage de
chacun et entendu la rèponse de l’un des chefs les plus estimés, on sonne
Talarme. De tous côtés le camp s’anime, les offìciers lèvent en Tair leurs
épées, les tamlx)urins roulent à toute volce et les trompettes sonnent à pleins
poumons. Chacun court se ranger sous son enseigne :
Atau ben tout d'un cop, arretrounish l’allarme,
Lou famfare escauhat, lou furious arm’arm’arme,
Lou brounêt toupouton, è per tous lous estrems
Vn marmut estoufat. vn terretrum de gens.
Anc, pren, baille, dau, a chibal, boute-cére,
Ten,gite, sarre, pren, tourne, crideu, apère...
Ainsi vienttoutà coup l’alarme qui retentit
Le trompette écliauffé, le furieux arme, armc, arme,
Le bruyant tambouriu, et de tous les points extrémes
Ln murmure étouffê, un bruit de gens
Qui vont, prennent, donnent à cheval. boute-selle,
'l iennent, jettent, serrent, prennent, tournent, crient, appellent. . .
L'armée ennemie s etablit dans une solide positiou et se déploie en ordre
de bataille.
Atau soun on batailie, é l’armade Iovyovse (1)
Parish daouant ia gent Gascoiie furiouse,
Dab mes gran appareii d’atirails, è canous,
Que noun a peu coumbat lou Gascoun generous.
lls sont ainsi en bataille, et I’armée de Joycusc
Parait devant la gent Gasconne furieusô
Avec un plus grand appareil d’attirails et de canons
Que n’en a pour le combat le Gascon généreux.
(1) Lc poètc fait ailusion à la bataille de Coutras, qui eut lieu le 20 octobre 1587.
Annc , dtic dc Joycuse, favori d’Henri UI. à la téte de 0.000 honnnes de pieds, de
2.000 chevaux et de 7 pièees de canon, íut battu par Henri de Navarre, Hepuis vingt-
cinq ans que la guerre civile avait eominencé, il était le premier génèral protestant
qui cút gagné uue bataille rangée; il n’avait à regretter que viugt-cinq hommes tués.
renneiui en avait perdu plus ae irois mille et lui avait abandonné ses canons avec
vingt-neuf drapeaux ou enseignes. La victoirc était d'autant plus glorieuse qu’elle
était reiiiportée par une armée supêrieure en nombre et presqueêgale en qualite. Llle
était due à Ia valeur du Hoi, à sa décision. à sa vigilance. à son coup d'ceil, à son
intclligence tactique. à cet iustiuct créateur qu’il appliquait à la politique corame à
Ja gucrre et qui devait l’inspirer si heureusement dans les beaux combats défensifs
ú\\rqucsf àla journée d’Icry et dans d’autres occasions.
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Double de bataillous, triple en cabalerie,
Yn gran bosc de piquès, vn souail d’infantari^..
Double de bataillons, trois fois plus de cavaliers,
Un grand bois de piquiers, une masse d'infanterie...
De son côté, le Gascon dispose ses troupes, qui comprennent :
Cinq grans béts escadrous, hê sa cabalerie,
FJanquats de touts estrês d’vn gros d’infantarie,
S’aouéts vn arc tenut cou vn cercle a miei tour,
Biste la Liie au Cèu naouèro au prumé jour :
Atau bésets aci coum miei cercle pleguade,
L’armade deu Gascoun, à las cornes capsade.
E dus grans bataillous, è pèces de canouu,
Qu’ahiten l’enemiccoum vn oueil de FauGoun.
Fourtiftquade après de touts lous aouantatges,
Que pot prene suou loc de poûs, è de passatges...
Cinq grands beaux escadrons íorment sa cavalerie,
Flanquée de tous côtés d'un gros d’infanterie.
Si vous avez tendu un arc à demi-tour comme un cercle,
Vu la luue au ciel nouvelle au premier jour,
De mème vous voyez ici comme un demi-cercle ployée
L'armée du Gascon aux cornes régulières,
Et deux grands bataillons et pièces de canons
Qui flxent Fennemi comme un oeil de faucon.
Fortiflée eusuite de tous les avantages
Qu’on peut prendre sur les lieux de ponts et de passages...
Des deux côtés on se prépare à la lutte suprème :
Aci, n’augits que cors, troumpètes, tambouris,
L’aire plen de marraut, d’enillets d’arroussis.
Lou canoun ei tout prest d’arrauta Fescharruscle,
L’arresolut Souldat a toute prens suou muscle
L’arquabouse afustat an de la dessarra.
Lou Gendarme acaouat tout prest à desbarra
Piques, lances, coutéts, arrebequen la punte,
E tout ome au coumbat d’arme è de co s’ajunte...
Là on n’enteud que cors, trompettes, tambourins,
l/air est plein de murmures, de henuissements de chevaux.
Le canon est tout prét à vomir la mitraille,
Le soldat résolu tient ferme sur le bras
L’arquebuse dressée pour la desserrer.
Le Gendarme à cheval tout prêt à mettre au clair
Piques, Janoes, couteaux, présente la pointe
Et tout homme au combat d’àrae et de coeur se dispose. . .
A ce moment solennel le Gascon, entouré de ses principaux officiers,
harangue ses gens d’armes, d'uae voix mâle et sonore. II stiraule leur
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ardeur en leur laissant enirevoir le profit d une curóe qui surpassera les
butins passés et fa.it miroiter à leurs yeux la gloire qui rejaiìlira sur eux et
mainiiendra la renomraée Gasconne,
Puis officiers et soldats raettent le genou à terre et prient pour le succès
de leurs armes (1).
Soudain, retentit une formidable détonation qui annonce i’ouverture des
hostilités. De part el d’autre, les eanons vomissent une gréle de mitraille et
de boulets, soulevant des nuages de poussière. La fumée de rartillerie
obscurcit i’atmosphère, l’air est tout saturé des odeurs grisantes de la pou-
dre. Le crépitement des arquebuses se confond avec le sifflement des arba-
lètes, auquel vient se joindre les appels des tambourins battant la charge ;
nous asssistons au choc de la bataiile.
Couloubrines, eanous, arquabouses, mousquets,
Escurichen lou Cèu, l’enperigien de pets.
Poume poun-poun, atrape, adiu tout vè barraille
L’escharruscle canoun coumense la bataille.
Trique-ataque souldat, flisque lou fourniment
Per escaramousclia deu prumê régiincnt.
S’aouèts bis en Iuillet sus ia plane bladòre,
Sus las besties ó gent, que tout atraouòs òre
Vn deluge do peire, vè tempeste de bent,
Quant ê qiiàt de la terre vn gran tremoulamèt.
Roune rouno toun-toun, bire souidats en targue
Are gare tarare, à la cargue, à la cargue.
Doune doune dessus, agrape-arrape-atrap
Bèsets courre lou gros coum lous cas ehip è chap
Coulevrines, canons, arquebuses, mousquels,
Obscurcisseut le ( ieJ, rassourdissent de ieur èclal de tonnerre.
N'ise, lioum, boum, aitrape, adieu les premiers rangs
Le canon dévasiatcur, commence la bataille.
Frappe, attaque soldat, que le fourniment claque
Pour escarmoucher le premier régiment.
Si vous avez vu en juillet, sur la plaiue emblavée
Sur les bétes et gensqui étaient à travers,
Ln déluge de pierre, une tempête de vent,
Kt pourainsi due un grand tremblement de terre.
Gronde, gronde, boun, boun, tourne soldats en íuite
Gare â préseni, lararc, à la cbarge, â la charge.
Donne, donne dessus. saisis, accroche-toi, attrape
Vous voyez courir le gros de l’armée, comme lorsque lcs chicus furieux
( I) Seloii l’usage traduionnel, avant de charger, sourdsaux siftlements des boulets
qiii ereusentde sánglants sillons dans leurs i*angs, les lansqueneis mettent le genou a
lerre et prient dévotement. Puis, après avoir tous, officiers et soldais, baisé la froide
terre qui, le soir. doit oíîrir à beaucoup une couche pour y dormir leur dernier som--
meil. ils en prennent une poignèe qu’ils jettent derrière eux, geste symbolique qui
signitie qti’ils en font volontaircment I’abandon, afin de ue plus temr à rien ici-bas au
moment d’accomplir leur dcvoir dans le combat.
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Esquissen vn Sangla de coulere èd’arrauge.
Pics, pousses, trucs, patacs, noui ya degun quei auge.
Aci n’a plus pietat, tout à houec, tout à sang
Chic chac, suou cos, suou bras, sus la teste, suou stàc.
Tue, dau è coumbat, bat à bat, truque atuque
Acarne, care acar, bute-lute, mailluque.
Cames, brasses, è caps, coum auséts en estiu,
Bolenensus, embat, enta terre, enta Diu.
A mort, à houec, à sang, bire, saube qui pousque,
E hugi tout atau qu’à Sent-Andriu la mousque. . .
Eventrent un sanglier de colère et de rage.
Blessures, coups, heurts, personne ne s’entend plus
II n’y a plus de pitié, tout à feu, tout à sang,
Chic, chac, sur le corps, sur le bras, la tête, sur point d'appui,
Tue, cliarge et combat, bat, abat, frappe, attaque
Attrape, corps à corps, frappe au but, lutte, donne du maillet.
Sur les jambes, bras et têtes, comme oiseaux en été
Volent en haut, en bas, vers la terre, vers Dieu.
A mort, à feu, à sang, vire, sauve qui puisse,
Tous sont préts à s’enfuir comme la mouche de Saint-André. .
Le Gascon, tout intrépide, tout insatiable de périls frappe d’estoc et de
taille au plus fort de Ia mèlée; 011 entend les plainles des mourants et les
cris des vainqueurs qui poursuivent rennemi en déroute.
Asset court, asset huch, asset pren lou camin,
L’aute s’escoun de tras l’abatut arroussin,
Asset saute eu barat, l’aute grape la tute,
Asset vbert de pics, coum des traucs vè hlaiite
Cride, moun Diu hèlas, au darré badaillo.
Asset guigne vn tut d’arbe, eu bousquet, eu maillo,
Aquet prcgue, raon Diu, l’aute cride la bite,
Asset promet è jure vè rançoun nou petite.
Touts, mors, bius, è blassats, cridè Diu oun em nous.
Anem, dits iou Gascoun, caussem laus esperous
An aquets hugidous, seguiscam la bictorie,
E buscaillem l’aunou d’aqueste granc glorie.
Celui-là court, celui-là fuit, celui-là preud le cheinin,
L’autre se eache derrière le cheval mort.
Celui-là saute dans le foss *, l’autrc atteint un refuge,
Cclui-lù percé de c-oups, comme dc trous une tlûtc
Crie. mon Dieu, hélas! au dernicr soupir.
Celui-là cherche uu creux d’arbre, un bosquet,
Celui-ci prie, mon Dieu, l’autre demande la vie sauvc,
Celui-là promet et jure une íorte rançou.
Tous, morls, vivants et blesscs, crient, Dicu où sommes-nous?
Allons, dit le Gascon, chaussons les éperons
Pour chasser ces íuyards, poursuivons la victoirc
Etrécoltons l’honneur de cette grande gloire.
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Deschiquetem les touts, puch que lou cap ei mort (1),
E nou bengue degun de l’arreste à boun port...
Exterminons-les tous, puisque leur cheí est mort
Et que personne ne viendra nous arréter au port...
Sur le champ de carnage, nous voyons à l’oeuvre le soldat pillard :
Labets tout atraoés de l’armade ta grane,
Que ja de cos de morts pasimente la plane.
Béséts coutereja lou gendarme mutin,
Lou Souldat piquouré, que s’aten au butin,
Housille lous bestits, gahe la pierrarie,
L’or, l’argent, lou clinquant, toute )a sódarie,
Pillen, butinen tout, é ròsoluts ne ban
Gendarmes ò Souldats, qu’an se besen qu’ets an
Sus lou camp de barraille, à toute gent commune
En la man deu Gascoun troubade la fortune ..
Alors à travers l’armée si conipacte.
Dont les uombreux morts tapissent la plaine,
Vous voyez alJer en tout sens le gendarme mu:iu,
Le soldat pillard qui compte sur le bulin,
Fouiller les vòtements, s’emparer des pierreries,
De l’or, de l’argent, des cboses brillantes, des étoíTes de soie,
Ils pillent, récoltent tout, et s'en vont satisfaits
Gendarmes et soldats, quand iis voient qu’ils ont
Sur le champ de bataille, qui appartient à tout le monde,
Trouvé la fortune dans la main du Gascon...
Dès que leralliement a sonné, le chef ordonne de fléchir ie genou dans la
poussière ensanglaniée au milieu des morts, des mourants et des débris de
la lutle pour remercier le Dieu des armées qui ìeur a procuré la gloire d’une
si éclatante vicloire.
Le Poète fait tomber des nues au milieu de l’armée victorieuse, un bou-
clier, ouvrage de Vulcain lui-même, (Réminisceuce d’ilomère dans son
xvme chant) sur lequel sont allégoriqueraent burinées les belles actions du
Grand Roi (2).
(1) Joyeuse fut tué à la bataille de Coutras.
(2) Cette coneeption est due au génie d 'Homère; elle a cté depuis Ylliade l’une des
sourccs les plus abondautes du merveilleux épique. Tous les poòtes ont imité à l’cnvi
cette création du poètc grec. tousont muliiplié ces visions de l’avenir dont il a le pre-
mier donné Je modèle.
En ouvrant le livre des Destins (Eneide, livre vi), Virgile róunit, pour ainsi dire,
la vérité et la fìction en faisant voir dans des tableaux prophétiques tout ce qui doii
òtre un jour. Dans La Jérusalem délicrée% un saint vieillard montre au jeune Henaud
toute la suite de ses descendants et leurs exploits íuturs, qu’une main divine a gravés
sur son bouclier. Le Camoôns a fait entrer dans divers episodes, par des procedés à
peuprès semblables, toute l’histoire du l^ortugal. Un envoyé còleste avant d'exiler
Adam du paradis terrestre, rassemble sous les yeux du p'ère des hommes tous les
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La noiie que peu cèu esparriquade s'ere
Coû sus lou raiei d'Aoust ve nere periglere
Se capere de rouge, amuche vn eslambret,
Dessarre quant è quant l’escharruscle d’vn pet,
E poussade d*vn bent, leche ana deslambrade
Sus lou camp de bataille vè roundele daurade,
Ancille deu païs que lou haure Vulcan,
Peu mandement de Dius de sa deouine raan
A hourgat è batut, è graouade l’istorie
Deu passaouant Henric dessus toute memorie...
La nue qui s’était étendue dans le ciel
Comme vers la mi-aoút un nuage obscur,
Se couvre d’une lueur rouge et produit un éclair
Qui aussitôt est suivi d’un coup de tonnerre,
Et poussée par le vent, laisse tomber à l'improviste
Sur le champ de bataille un bouclier doré,
Emblémedu paysque le forgeron Vulcain,
Sur l’ordre des Dieux a de sa main divine
Forgé et battu et a gravé i’histoire
D’Henri qui marche le premier dans la mémoire des hommes.
Tout au milieu de ce chef-d'oeuvre dù au marteau du dieu brille l’astre
royal monté sur un dragon (1), et autour s’irradient comme autant de
siêcles et tous les peuples qu’a perdu son crime, et lui fait entrevoir de loin le Messie
qui doitsauver le genre humain. Henri IV enfìn, transporté en songe dans le palais
des Destins, y voit briller d’avance les beaux jours du siècle de Louis XIV. (7e chant
de la Henriade de Voltaire.)
(1) Tous nos historiens, jusqu’à la fln du xvi° siècle, ont cru que les Français des-
cendaient des Troyens et avaient pour ancétres Francus ou Francion, flls d’Hector.
Lrmaire des Belges. Illustrations des Gaules et singularitez de Troye. Paris,
1512, m-íolio, et nombreuses éditions postérieures;
Jehan Bouchet. anciennes et modernes généalogies des Hoys de France. Poitiers,
1527, in-4°, et Paris, 1537, in-8*.
De méme Ronsard , dans sa harangue à M. deGuise, déduit les Français d’Hercule
et d’Hector :
Dans ses considérations des bains naturels et des eaux médicinales Du Barias
s’exprime ainsi :
Baignères, la beauté, l’honneur, le paradis
De ces monts sourcilleux, dessus lesquels iadis
L'Hercule des Gaulois. non le bastard d’Alcméne,
Engrossa, comme on dit, la Princesse Pyrène,
Du père des Gascons, qui par faits génereux,
Se montrent dignes flls d’aveul si valeureux. . .
tìelle flction pour íaire Hercule, à I’imitation du poète latin Silius Italicus, tige des
Gascons, peuple courageux. aguerri. se ressentant de son origine.
Ader partage la même opimon lorsqu’il s’exprimc ainsi :
Acaouat ei balent dessus lou fìer dhagovn
Noste bragart henhic. que de race Gascoun,
Hilh deu gran Herculès, è la noble Pirène,
Porte armade la raan sus la race Trovène.
Rasio de Franeioun, que nou bo ni n’enten
Que lou hilh d’Hercules ereté d’aquct beu,
Qu’après lous hils de Troye, en ligne drete é mascle
Aparten au Gascoun que deu hust ei l’eschascle...
Scipion Dupleix , son compatriote, a réfuté cette tradition dans ses Mémoircs des
Gaules . Paris. 1619. Liv. n, Ch. 24.
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— .140 —
satellites de sa gloire, la noblesse de Gascogne personnifiée par les vail-
lants Fontrailles, Roguelaure , cT Epernon, etc.., dont la fidélité pour leur
maître ne s’est jamais démentie.
Le poète Gascon explique la raison de ce choix quand il dit :
Si jou die tous lous grans de la noste Gascouigne,
Ianiés nou beiré fin de ma loungue besouigne.
Que tous aquets qu’ci dit hên coume lous Sourcil,
Quan ben sus lou maitin, è descargue soun beil,
Que de mille arrajous escauhure lou mounde :
Ou coum la Liic au cèu qui carrusse ses counde,
Mille esteles è hlams, millealugats carbous,
Per estingla lou mêu sus lous arbes é hlous.
Atau inille gouarrés d'aqueste noble terre,
Seguichen balurous auscoumbats, à la gouerre,
'louts aqucts (iite jou dic pintrats sus lou brouqué,
Quc ban dab lou dhagovn, raan è man, pè ê j)è ..
Si je nuiuinais tous les grands de uotre ( iasoogue,
Jainais je ne verrai íin de ma longue besogno.
Tous ceux que j'ai décrits font coinme le soleil,
Quand il vient sur le matiu et distribue la chaleur
Qui de mille rayons réchauffe le inonde :
Uu comrne la lune au ciel qui '•harrie saus comjner.
Mille étoiles et flanimes, mille charbons allmnes,
Pour distiller le miel sur les arbrcs et les fleurs.
Ainsi mille guerriers de cette noble terre
Suivent valeureux aux combat.% à la guerre,
Tous ceux que j’ai décrits peïnts sur le bouclicr.
Qui vont avec le dragon, main ei matn, pied à pied...
Viennent ensuite les trois petits Dauphins, les fils du grand roi, à qui il
adresse longue vie, et il termine son apothéose en disant :
Ha, biu, race de Dius, race de Pouderous,
Aubesichets la touts, generouses Gascous.
Hêts la moui‘à la gouerre, au nutu temj)s lièts la higue,
Nou mourisquats jamés de quie que joubs ausiguc.
Ah, vive, race de dieux, race de puisbants,
Obéissez-lui tous, généreux Gascotis.
Faites la moue à la guerre.au teinpsdésastreux faites des niches.
Nc mourez pas avant que jc vous ai entendus.
A la lecíure, ses vers paraissent aisós et harmonieux â l’oreille. Malgré
quelques défaillances, l auteur se sert loujours d'une noble siraplicité et
brièveté pour exprimer des choses difficiles et vastes, sans néanraoins rien
laisser â désirer j)onr leur entière itilelligence, talcnt rare ct iPun rnérite
inappréciable.
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— 141
11 existe bicn ça et là dans ce long poème didactique qui ne comprend
pas moins de 2.G90 vers, un peu de monotonie dans la forme, d’inutiles
répétitions, des termes impropres, qu'on doit imputer aux procédés de la
poésie primitive, mais en revanche, nous trouvons d’heureux détails, des
peintures fidèles et une couleur locale qu’il nous offre dans tout son frais
printemps. II possède la science de l’harmonie et il sait tirer parti de cette
langue savoureuse et succulente comme la pulpe d’un beau fruit. Le récit
des combats, assauts et escarmouches ont de l'ampleur, du souffle et de
L'intérèt par la peinture des coups portcs, pavés, rcc,us et rendus, autant de
difficuhés rencontrées par 1 auteur dans le génie de la langue qu’il manie
avec habileté.
S’abandonnant librement à sa verve native, il prodigue les images
corame les grands coups d’épée.
L'éducation deson gentilhommeest une page vécue des mneurs de l’épo-
que, siècle de barbarie où les hommes ne connaissaient pour toute occupa-
tion que d’aller à la chasse et de s’entre*tuer.
La poésie n'est-elle pas, en effet, le miroir véritable d’une époque ? Elìe
en reproduit les passions et les volontés, elle en a les mceurs, les usages,
les habitudes, le langage. Les moindres nuances de la vie d’un grand
peuple, on les relrouve au besoin dans ses poòmes, dans ses drames, dans
ses comédies, dans ses satires.
Du Bartas, son compatriote ct devancier, considcrait la poésie commc un
don, n’accordantqu'à l’art, si habileet si laborieux fut-il, qu'uneimportance
secondaire, il nous semble que le poèle-médecin parUige lui-mème celte
manière de voir. Comme lui il possède une belle imagination, ce qui, du
reste, est le eachet distinctif et le charme des écrivains Gascons.
A son imitation il fait usage d'épithètes composces, reconnaissant qu’elles
lui sont une préeieuse ressource pour abrcger le discours et renfermer en
peu de motsunefoule d'idces. II usesans compter dc cette facuïtê crêatrice.
II consacre sa vaste érudition à célébrer sa petite patrie, où l’esprit, la
gaieté, la sagesse, la vaillancc, ont toujours poussé comrne herbe follc.
En créant de toutes pièces un code poétique à la noblesse Gasconne,
Ader venaità son heureet servait de fidcle interprète aux voeux, à l’opinion,
aux préjugés de ses compatriotes qui, en s’intéressant aux succès de l'oeuvre,
retrouvaient en eux-mèmes lexpression de leurs propres pensées. Auss^
fut-elle accueillie avec admiration par ses contemporains qui célèbrèrent le
poète en français, en latin, voire mêmc en grec, selon la coutume du temps.
L’enlhousiasme fut mème poussé si loin, qu’ils lui donnèrent pompeuse-
ment le titre d'Homère Gascon.
Le P. Montgaillard ne fit de son côté qu’exprimcr l’opinion couranteen
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affîrmant dans son Histoire latine dela Gascogne (1), qu’Ader avaít sibien
chanté les combats : ut periiorum judicio nihil elegantius dici possit nec
Virgilio cedat .
Malgré ce lyrisme débordant d’éloges et de flatteries, les critiques ne lui
furent pas épargnées. A cette époque les vocables purs d’oc s’étaient altérés
par Tintroduction dans le langage de nombreux gallicismes produits par le
contact de la langne nationale triomphante, et les puristes critiquaient avec
sévérité la moindre altération dans le langage. Le Poète s'enplaint dans un
quatrain adressé au lecteur au début de son poème :
ADER AV LEGIDOV ADER AU LECTEUR
Touts lous locs de noste Gascouigne Tous les lieux de notre Gascogne
Se disputen deu boun Gascoun Se disputent pour le pur Gascon,
Coum harô jou que ma besouigne Gomment ferai-je que ma besogne
Pousqueesteaugrat, detou lou moun? Puisse être au gré de tout le monde?
II accentue encore son amertume dans les vers suivants oii ii flétrn
Tenvieux :
A LfEMBEIOVS
Aquet dira qu’aqueste mot
N’ei pas deu noste fìn lègouatge '
Uaute que nou pense esta sot
Nou presara pas fort l’oubratge :
Aquet quei boute à soun vsatge
Lou boun mot, è joou séguiré,
Aqueste qu'a tant de coui*atge
Hasse millo, joou pagaré .
A L’EXVIEUX
Celui-là dira que ce mot
N’est pas de notre pur langage,
Un autre qui pense ne pas être un sot
N’appréciera pas beaucoup l’ouvragc :
Que celui-là le mette à son usage
Le bon mot, je le suivrai,
Que celui-ci quisecroit tant de courage
Fasse mieux, je le paierai.
Tous les biographes qui se sont occupés de notre poèle vont plus loin ;
ils traitent avec un accord touchant son oeuvre de poème burlesque et
macaronique. Nous ferons bonne justice ds ces appréciations fantaisistes,
que nous laisserons pour compte à leurs auteurs qui ne l’ont probablement
jamais lue.
De nos jours, M. du Mège , dans sa Statistique des dèpartements Pyré -
néens, loue : « des détails heureux, des peintures vives, souvent une cou-
leur poétique, une énergie peu commune. »
M. Gusiace Brunet , de Bordeaux, dans ses Notices et Extraits de
quelques oucrages ècrits en patois du midi de la France , accepte ces
éloges et les amplifie.
M. le docteur Noulet, dans son Essai sur Vhistoire littéraire des patois
(1) Theodosioe Vasconioo. Torae m. Ribliothèque de Toulouse et biblioihèque du
Séminaire d’Auch.
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du midiy n'y irouve « qu’une suite de détails sans couleur et sans vie,
plateraent versifiés, et où ne se fait jamais jour, même pour un instant, le
sentiment poétique. »
Nous avons cherché à dégager la vérité de ces appréciations contradic-
toires en nous inspirant de sentiments de justice et d’équité. Nous con-
cluons en disant :
Quels que soient ses défauts, il faut lui savoir gré de sa tentative auda-
cieuseet qui n’est pas sans mérite. Suivant les traces de son aîné Pey de
Garros, il a défriché la langue pour explorer des régions inconnues jusqu'à
lui. N’en déplaise à MM. les biographes, son oeuvre n en reste pas moins
Tune des plus viriles du xvu1 2 3 * * 6 siècle, qui place son auteur au premier rang
des poètes Gascons.
L’extraitdu privilège porte la date du 14aoûtl609; il est à présumer
qu’au moment ou Ader publiait sa principale ceuvre poétique, Henri IV
avait cessé de vivre (assassiné le 14 mai 1610).
Avant d'avoir produit cette importante composition, notre poète avait
publié dès 1607 un livret rempli de sentences morales rimées et disposées
par quatrains, à la manière de TEspagnol Bèrine t de Dufaur de Pibrac (1).
II intitula ce recueil Lou Catounet Gascoun (2), le petit Caton Gascon,
empruntant ce titre aux distiques de Caton, ainsi que l'on appelait un livre
de Caton le Censeur ( Carmen de Moribus ), qui était encore classique de
son temps.
II le met sous le patronage du brave seigneur de Fontrailles comme
étant par ses brillantes qualités le représentant le plus autorisé de la vail-
lante noblesse gasconne (3).
Dès lc début, il s’adresse au lecteur en ces termes :
Si nou soui escriut à ta guise,
E si nou parli pas coum tu bos,
Hem coû te bouilles la camise,
Mes lechem lou mesot en Tos .
Si je ne suis écrit à ta guise,
Si je ne parle pas selon ton désir,
Fends-moicommetu voudras lachemise,
Mais laisse-moi la moelle dans Tos,
Citons quelques-uns de ces préceptes de morale, de ce catéchisme de bon
conseil pris au hasard des 100 que coraporte le livret :
(1) Les quatrains de Pibrac sont au nombre de 126.
(2) Bibliothèque Nationale, vol. 3450, et Bibliothèque de TArsenal.
M. Vignancour, éditeur des Poésies Bèarnaises , a traduit dans ce dialecte 28 des
quatrains d’Ader, qui ftgurent dans le recueil de ces poésies. Pau, 1827, in-8.
(3) Atrìís avnorat siìic.nov noble miqvrv, Destarac. Marestaing, Biscontede Cogou-
tès, Baron de las Baronies de Fontarailles, Marestaing, Corrensan, et autrés locs,
capitani decinquanteomesd’armes de las ordonnances deu Rey. soun counseiIlc,Sene-
chau, et Goubernadou de las Coumtats d’Armaignac et de la Ylle-lourdan.
Sa dédicace est datée de Gimont, le ler octobre 1607.
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N'araes arren que nou set apartengue,
Seguich lou dret en toutis tous aliéz,
Ben aquesit de tort ou de traouèz,
laraès sera qua male fin nou bengue
Nou prengues pas mes ahèz que ta pene,
E tous mouyens nou pousquen supourta
Aquet que bo trop gran hech apourta,
E cau que cageou que perde l’alène.
Dous ei vn teras deu granis lou seguichi,
Mes à la fin araarejant coum hèu,
Qu’vn gran seignou nou tire Jou chapèu,
Que tant que sab qu’om lou pot liè scrbichi.
En tous ahès nou t’aupiniastres gouaire,
Estan en so quen haran gens de ben,
Que lou proucès, ei la quère d’vn ben
E l’espitau guifie lou plaidejaire.
Dits la paraule après l’aiie pensade
A gens segrets que n’arnen pas lou brut :
Atau ne ba deu prepaus qu’as tengut,
Coumo deu bent ou d’iie peire gelade.
Si bioue bos d’acort en aquest mounde,
Dab toun amic, sadits-on, minge è beu,
N’aime rien que ce qui t’appartienne,
Suis le droit chemin dans toutes tes affaires,
Le bien acquis à tort et à travers
N’existera jamais sans qu’elle vienne à mauvaise fin.
Ne prends jainais plus d’affaires que m peine
Et que tes moyens ne puissent supporter.
Celui qui veut porter une charge trop lourde,
S’expose à tomber ou à perdre l’haleine.
Douce est un temps la fréquentation des grands,
Mais elle devient à la íìn amère comme Ûel,
Car un grand seigneur ne tire son chapeau
Que tantqu’il sait qu’on peut lui rendre service.
En tes afîaires ne t’obstines pas trop,
Examine en ce cas ce que feraient les gens de bien,
Car un procòs est la mine d’une maison,
Et l’hôpital attend le procédurier.
Dis la parole après l’avoir réfléchie
A des gens secrcts qui n’aimentpas lc bruit.
11 en est ainsi des propos que tu as tenus,
Commc du vent ou d’une pierre gelée.
Si tu veux vivre en ce monde d’accord
Avec ton ami, dit-on, mauge et bois,
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- 145 - .
Mès dab aquo sapies toustem qui deu,
Bounis amics entreten lou boun counde.
Qu’an tu t’as bist tant de mainatge nèche,
La praubetat t’a heit poou autaleù,
Si Diu noirich lous auserets dèu Céu,
Craigneras-tu que nou’t dOgue que pèche
Sage ei lou jouen qu’a tribailla s’endresse,
Que qui nou pren pene quan ei pourin,
Prene la dèu quan ei bieii arroussin,
Lou pan deus bieils, se dèu raole en jouenesse.
Tant quom te sab force argent en la bousse,
De toutis es Moussur è coumpaignoun
Quan nou n’as mès, delechat es deu moun,
Coum si jamès counegut nou t'augousse.
Nou sies d’aquets qu’espousaran ve More,
Vn arrebrec, mes qu’age force argent,
Si n’as mouiilé de quauque boune gent,
L’argent s’eu ba, è la bestie demore, etc . . .
Mais malgré tout saches toujours qui doit,
Les bons comptcs font les bons amis.
Quand tu t’cs vu tant d’enfants sur les bras,
La pauvretó t’a effravé aussitôt.
8i Dieu nourrit les petits oiseaux du Ciel,
Craindras-tu donc qu’il ne te donne pas de quoi vivre.
Sage est le jeune homme qui s'exerce au travail,
Car celui qui ne piend pas de la peine quand il est poulain
S’oblige à le faire quand il est vieux cheval,
Le pain des vieux doit se moudre en jeunesse.
Tantqu’ou te sait beaucoup d’argent à la bourse
Tu es traité partouscomme Monsieur et compagnon.
Quand tu n’en a plus tu es dólaissé de tout le monde.
Comme si jamais on ne t’avait connu.
Ne sois pas de ceux qui épouseraient une Maure,
L’n avorton pourvu qu’eíle ait beaucoup d’argent,
Si tu n’as une femme de quelque bonne famille
L’argent s’en va, et la béte te reste...
En terminant ses quatrains, Tauteur adresse le gracieux sonnet suivant
aux galants hommes et poètes Gimontois(l). II sera sufRsant de faire
(1) Parmi eux. nous citerons :
lean de Balmaria, Picrre de Marcasaas, de SabnU i, docteur endroit, F. Gaussi.au
F. de Nic.oLas , Barthèlemy Rollat qui. tous, avaient adressé, soit en latin, soit en
français, leur tribut d’adrairation à leur distingué compatriote.
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— 146 —
appréeier son talent en Tart des vers français et rareraent après Tavoir lu,
il ne viendra à l’esprit de personne de se plaindre de la préférence qu’Ader
accorda à la Muse Gasconne.
Ie ne veux, ni ne puis rae taire auecque vous,
Qui succez au berçeau la bieu disante Muse,
Et quoy qu’autre subject rnes iunes ans amuse,
Ie veux nourrir mon Arae en vostre laict si doux.
Ce n’est pas que ie sois ennuieus ou ialous,
Mais mon àme ne peut, endurcie et pierreuse,
Venir auprès de vous corame auprès de Méduse.
Ayant l’esprit au vers si viste, si fougous.
Vous aimez tendrement vostre Muse Gasconne
Qui docte, riche et belle, en vostre vers résonne,
Et se fait escouter au langage voisin.
Ie l’ayme, mais non pas pour allumer des flammes,
Mais pour remédier aux erreurs de nos âmes,
Et me dire en efifect, d’àme et corps, médecin .
C’élait là à proprement parler, de la part du jeune médecin,, qui disser-
tait doctement en latin, De la céracité des miracles de VEcangile (1)
el de la Peste(2)y faire, en style demi-barbare, aete de pure courloisie.
Cette bonne grâce à louer ses concitoyens porta ses fmits et corame nous
l'avons dit, il en recueillit plus tard une riche et ample moisson de
louanges.
O) Gnillelmi Ader, medici. Enarrationes de aígrotis, et morbis in Euangelio.
Opiis, in miraculorum Christi Domini amplitudinem Ecclesipe Christianíe elimatum.
Tolosa\ apud Dominicum et Petrum Bos (petit in-8°). M. Dc. XX.
Trcs totius partes :
ín prima , enarrantur Aegroti, quorum dum explicantur morbi, eorum patria, tem
peries, *tas et vit;e conditio inquiritur : hosque arte Medica incurabiles íuisse
demonstratur.
In scrunda, proponuntur Medica principia ad propositarum morborum cognitionem
necessaria, cum acurata Svrim et locorum Terra* Sancta) topographia.
In tcrtia , Morborum, qùibus Aegroti propositi detinebantur, datur cognitio, proe-
dictio et Vniuersahs eorum curatio.
In finc operis continetur oratio hibita 'i’olosai antiquam has Enarrationes publice
diceret. Cum iudice ommum partium copioso.
Cet ouvrage de 458 pages est dédié à : Ulustrissimo reverendissiino que viro Dcr-
nardo l)a*sìs.
Episcopo Lumbariensi. (Bibliothèque Mazarine, n° 23298.)
Lfauteur tâche de prouver que les maladies guèries par Jcsus-Christ étalent incu-
rables de Jeur nature et que par conséquent le miracle élait rèel.
Mcad , avant lui, avait traitè ccttc question datis son comtnentaire Dc Morbis
fìiblicus.
Virjneul Marcillc assurc qu’Ader n’avait composé ce livre que pour en faire oublier
un autre où il avait hardiment soutenu ic contraire. 11 nc reste* pas de trace de ce
pr. tondu ouvrage mèdico-Evansélique; a-t-il mème jamais cxistéf Chi lo sa.
(2) (iuiJlelini Ader Medici. 'i olosatis.
De Pestis Cognitione prccuisione, et remcdiis. Proelectiones in libellulum redachv
(96 pagcs).
il le dédie cette fois :
Ad augustissimum Nobilissimur.ique Senattim Tolosanum
ToIosíc, Tvpis Kaim. Colomeni. Regis et Academiaï
Tvpographi, 1628, in-12. (Bibl. Mazarine. nu 29584.) Bibl. nationale. (Td. 53-82.)
tíallcren a Uonné uneanalysesufftsante dans la fìibliot/i. Anatomica , t. n, p. 492.
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Les Quatrains cTAder, furent fort goûtés dans toute la Gascogne et mème
au-delà ; leur vogue dura jusqu’â la fin du siècle dernier.
Pas un biographe n*a cité autre chose de lui ; il existe cependant à la
bibliothèque Sainle-Geneviève un opuscule inconnu, découvert en 1860
par féminent et regretté M. Léonce Couture , l’un des Maîlres qui ont le
plus contribué à enrichir notre histoire locale.
11 annonçait aux bibliographes sa précieuse découverte dans unarticle
insèré dans la Revue du Bouquiniste , du 15 mai 1860.
II a pour titre : De la méthode de consulter les maladies chirurgicales ,
divisée en quatre parties, savoir :
De la Cognoissance du sujet que l'on traicte , la Cognoissance de la
maladie> le prognostique et la cure d'icelle . Avec un sommaire de toutes
sorles de consultes et exemples familiers sur la fin. A Paris, chez Cardin-
Besongne, au second pilier de la grande salle du palais, 1628, 35 pages
in-12, d’une impression très serrée.
Cette publication fait suite au Parfaict Chirurgien... faict en latin par
P.-M.-A. Chalmette, nouvelle traduction par Jean-Vigier, docteur-médecin
à Castres... et il est probable qu'il n’en a jamais été séparé.
Sur le verso de lapage titre, rimprimeur dit : « Au lecteur Chirurgien...
> un de mes amis me montra ce petit traité... je le fis voir à quelques
» doctes-médecins de mes amis, lesquels l’ayant trouvé très bon, me con-
> seillèrent de l’y joindre au Parfaict Chirurgien ce que j’ai faict, afin
> que tu en reçoives du profit et l’auteur de la gloire, Adieu !
Le nora du glorieux auteur, était écrit, j’ai oublié de le dire en tête du
titre : Guillaume Ader} Corningeois.
C’est un opusculecurieux à plus d’un titre, quel’on pourrait appeler la Rhé-
toriquedesChirurgiens. Onserait même tenté decroire que les médecins de
M.dePourceaugnacavaientétudiéles principeset lesexemplesqu’ony trouve.
II ressort de cette sommaire analyse de ses ceuvres qu’Ader, doit être
considéré comme un lettré, plus qu’un lettré, un érudit, épris de l’antiquité.
Si nous en croyons le témoignage de ses conteraporains, il a joui comme
médecin d’une grande célébrité. D’après le P. Monlgaillard il aurait été
attaché à ce titre à l’hôpital de la Grave, de Toulouse, ( ad pontem Garonce)
durant nombreuses années.
Comme poète, son nom ne fìgure pas sur les registrçs de l’Académie des
Jeux Floraux, ce qui prouve qu’il n’a jamais concouru. Quoique contem-
porain de Goudelin, et babitant la mème ville, le célèbre poète Toulousain
ne le nomme nulle part dans ses oeuvres connues.
II mourut à Toulouse vers 1645. Malheureusement ce ne sont que des
présompiions, toute certitude à cet égard nous faisant défaut.
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Quelques esprits inquiets se sont émus de Thommage posthumeque nous
rendions à des poètes ayant écrit leurs oeuvres dans rantique verbe du
terroir, en nous attribuant des tendances séparatistes que nous ne parla-
geons pas.
Nous n'entrerons pas dans la sphère de l'esthétique pure qui ne saurait
avoir sa place ici, raais nous sommes bien à Taise pour donner notre avis
sur une question à la mode de nos jours.
L’unité du verbe national a reçu la consécration des siècles, des chefs-
d'oeuvres de nos écrivains, et la loi évolutive interdit de rebrousser chemin.
Nous ne chercberons donc pas, malgré la piété de nos souvenirs, à nous
distinguer de la grande patrie. Respectueuxdu passé, nous savons tropque
rimmortello Révolution a tout fondu et unifié dans sa tempête rénovatrice
et qu'il n‘y a plus aujourd'hui que la France et des Français.
Mais, si la Gaseogne a été conquise de bonne heure à Tidéal moderne,
il n ‘y a pas de mal, il me semble, à ce qu’elle ait conservé son indivi-
dualité propre cn restant très Gasconne, réalisant ainsi Funité dans la
variété.
Quant à nous, fidèles à la tâche que nous poursuivons, nous continue-
rons à mettre en pleine luraière, croyant en cela faire oeuvre utile, les
trésors littéraires qai nous ont été légués par des aïeux illustres et qui cons-
tituent un patrimoine dont nous devons être fiers.
Notre admiration est acquise sans réserve, à ces poètes qui ont chanté
leur pays dans leur dialecte maternel, pour Famour qu’ils n ont cessé
d ‘avoir pour leur berceau, leur langue et leur histoire.
lls nous sont d autant plus chers, qu’ils ont exprimé en des vers qui
sentent bon la terre natale et qui vous bercent comme les légendes des
aïeux toutes les splendeurs et les grandeurs de leur coin de terre.
DASTRÛS (Jean-G-éraud)
Dastros méritc dctre placé au prcmier rang des PoiHes Gascons du
xvne siècle, car il eut lc mérite de restituer à la Poésie Gasconne son vrai
caractère, c'est-à-dire franche, causlique, pétillante d’esprit Gaulois et de
sans façon. II íaut rendre hommage à son talent, pour avoir maintenu
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dans ses oeuvres et cela avec un soin extrême, la pureté de Tldiome
Gascon, sa langue maternelle, de telle sorte que ses vers ne nous restent
pas seulement comme des modèles en poésie, mais aussi corame de pré-
cieux monuments de linguistique.
Chaudon , de Mézin, un de ses biographes, et après lui MM. Léonce
Couture et Cénac Moncaut (1), ainsi que tous ceux qui se sont occupés
du Poète, ont assigné Lagarde Firmançon (2), petite coramune du canton
de Lectoure, comme lieu de sa naissance; le public a jusqu’à ce jour
partagé cetle erreur qu’il est de notre devoir de faire disparaître.
Ce Poèie est né le premier aout 1594, à Saint-Clar de Lomagne, et plus
exactement à Jandourdis (réunion de quatre maisons à 200 mèlres de
ragglomération de Saint-Clar), corame latteste l’Exlrait du It«gistre dcs
baptèmes de cette paroisse :
« Le premier jour du mogs d'aoust et an que dessous mil-cinq-cens
nonante et quatre fut baptgsé ung enfant de Antoine Dastros tailheur
et de Janne de Sarte sa famme, et fut parrin Githaume Arquier de la
ville de Beaumont , et Janne de Roubin marrine estant aussy de Beau -
mont , et le dit enfant fut nommé Gilhomme (sic) et fut baptysê par moy.
» Signc : DA URA T% vicaire. *
La production de cet acte de baplôme, qui a paru dans une de nos éludes
antérieures, nous a valu de sérieuses objections que nous allons essayer de
réfuter.
II serait puéril de chercher des preuves sur le lieu de la naissance de
notre Poète, lorsque nous avons à notre portée le lémoignage de l’intéressé
qui le précise lui-mème, page 135. Vol. n. Edition Tailhade 1869.
« Gouèro que soun Dastros de Sent Cla de Loumaigno »
(1) M. Cénac Moncaut est Tauteur d’une étude sur ]e poète parue'dans Ja Ruouc
(T Aquitainc.
M. Léonce Couturc s’est à son tour occupé du joveux chantre de l’Arrals, et il lul
a consacré maints articles remarquables disséminés soit dans ia rnênie Rcvuc soit dans
la Reoue de Gascogne.
(2) Cette erreur, comine l’explique très bien M. Silvio d’Esparbès dans une notice
sur ie poète, est le résultat d’une coníusion de noms.
11 existait, en etîet, dii-il, à la même époque, un Antoine Dastros, prétre et rec-
leur de Lagarde-Firmanço/iy probablement proche parent de celui qui nous occupe.
Ce prétre vint à Saint-Clar, le l6* août 1647, pour servir de parrain à une íillc de
Pierro-Hèlio8 et de Maric Dastros.
L’extrait de baptéme ci-après en fait foi :
« \je premier jour du mois daoust 1647 fust baptizée une íilhe de Pierre-Hclies et dc
Marie Dastros, parrin M# Anthoine Dastros, prétre et recteur de Lagarde-Firmanyon,
marine Bertrande Lafitte, feust. apellée Bertrande et baptizée par moi.»
» Signé : Bllin, rectcur de Sainte-Cathcrine. »
( Rcouê dc Gascogne , t. xxxvn, p. 37.)
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— 150 —
et implicitement dans toutes ses oeuvres, par l’amour, la prédilection avec
laquelle il parle de cette localité, notamment dans sa dédicace «aa Legidou
Gascoûn » placée en tête de son Poèmedes Saisonsetaussi dans la descrip-
tion qu'il fait de la Vallée de V Arrats , dans ses Eléments . (Voir Ed.
Tailhade, la Terre, vers 544 et suivants.
Dastros est originaire de Saint-Clar, cela ne fait pas de doute, et c’est
dans les registres de baptème de cette localité qu’il faut chercber la date de
sanaissance.
Mais quelle est à peu près cette date ?
Dans son Ode à Goudelin (page 296. Vol. i. Edit Tailhade), Dastros,
dit en parlant de son àge :
Qu'en é cinquante o daouantatge J’ai cinquante ans ou davantage
Si moun baptistari nou mint. Si mon baptistaire ne ment.
Dans la réponse de Goudelin (page 300 et 301), nous lisons :
Tres poezios en un tome Trois poésies en un tome
D’Elomens, Sazous è Noels D’Eléments, Saisons et Noéls
Nous desplegon daban Jes èls Nous étalent devant les yeux.
Las coundicious d’un galant home (1). Les qualités d’un galant homme.
Ainsi donc, c’est en envoyant en hommage ce volume que Dastros
adressait son Ode à Goudelin. Or nous trouvons, page 197, Vol. i. Ed.
Tailhade :
Loa Triinfé de Nouèls Gascous, imprimadis pe’l prumé cop en l’annado milo
siés cens quaranto très.
Le Triomphe des Noèls Gascons, imprimés pour la première fois en l’année mil
six cent quaraute-trois.
Les Eléments parurent en 1642 (voir en tete du volume i, même
édition) :
Lou Trimfe de la Lengouo Gascoue, aus pledegats de las Quotiate Sasous e
deous quoùate Elomeas à Toulouse, m. dc. xlii.
l.e Triomplie de la Langue Gasconne aux plaidovers des Quatre Saisons et des
quatre Elcmenls à Toulouse (1642).
Nous avons toutes les raisons de croire que c’est après 1643 que Dastros
envoya son Tome à Goudelin, puisqu’il renfermait les Eléments et les
(1) Nous n’avons pu trouver. de stances de Dastros imprimées. II en a faitouisont
restées inódites et qui constiiuaient lo recueil de ses poésies posthumes recueillies par
M. Molas, curé de Saint-Clar, en quatre cahiers in-4#. C’est pourquoi nousavons
substitué dans notre édition Sa#ous à Stanços , ie premier volume ne comprenant
que les poésies imprimées de notre poète. — [note de l’êdithuh.]
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Noéls, et jamais avant cette époque, en toul cas dans un temps voisin de
celui-Ià.
Si nous retranchons cinquante de 1644, nous tombons sur 1594.. .
précisément l’annce où nous trouvons oonsignée la naissance d’un certain
Dastros.
II est bon de noler que Ies Extraits de baptème existent dans Ies Archives
de Saint-Clar pour 20 ou 30 années anlèrieures à 1594 et pour 80 aunées
postérieures et que parmi eux,on ne rencontre au nom de Dastros que
l’Extrait de naissance d’une sceur de celui dont on trouve le baptênie cou-
signé en 1594 et qui est ainsi conçu :
c Le xxn i du dit morjs de juíiet et an que dessous mil cinq cens
nonanie et huict fut baptysé une filhe de Antoine Dastros taiíheur plus
cieux et de Janne de Sarte sa famme et fut parrin fratj Petj et Janne
de Cauboue sa famme marrine et la dite fiihe fui nommèe Janne etfut
baptysé par moi. Signé : DA URA T. »
On sait que 1‘abbé Daslros avait effectivement unesoeur, voir(page 128,
Ed. Tailhade. Vol. n), l’Epigramme :
D’un boucin de car de bieil fcétet. D’un morceau de viandede vieux veau.
II resterait, il est vrai, l’objection du prénom, qui nous a étó faite dans
la Recue de Gascogne , T. xxxvii, page 38, avec les preuves justificatives
suivantes :
« En dehors de son acte de baptôme, il napparait pas que Dastros ait
> jamais été désigné sous le prénom de Guilhaume ; dans tous les actes
» notariés où il est intervenu, il a toujours été qualifié : « Jan Gérault ,
» ou Jan Gêraud. »
« Ainsi, c’est Jan Gérauld , qu’il est nommé dans la Convention devant
> Me Castèra , notaire, du 24 juin 1612, passée entre lui et les Consuls
> de Saint-Clar. >
« C’est sous les mêmes prénoms qu’il est désigné au « testemens
» à'Anne Desparbès damoyselie » passê devant le mème notaire le
> 15 janvier 1613 et où il comparaît comme témoin. »
« C’est encore et toujours les mèmes prcnomsqui lui sont assigncs dans
> les divers actes retenus par le snsclit notaire, soit corame partie, soit
> comme témoin sous les dates des 18 mai 1614, 26 juin 1616, 21 décem-
» bre 1620 (Svndicat des prètres obituaires de Saint-Clar), 23 mai 1626,
> 26 avril 1633, 17 aoùt 1636. •
Comme complément à cc qui prccède, nous ajoutcrons que dans une
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pièce éerite en latin du 11 juillet 1646, émanant de rEvêché de Lec-
toure, qui retire â Dastros la chapelle Jauleti , alias de Piger , dont
il sYìtait atlribué radministration, ce dernier est appelé Dastros Gé -
raldus .
Enfin, dans Tédilion princeps des Saisons 1639, notre poète est désigné
sous le prénom de Ioiian G VIRA VD .
Faut-il en conclure que Tabbé Dastros de Saint-Clar n a pas d'extrait de
baptême ou quon a oublié de lui en faire un? tel n'est pas notre avis.
Nous persistons à croire qu’il a été inscrit sous le prénom de Guilhaume et
que celui de Guiraud ou Géraud qu'il s’attribue plus tard, il Ta adopté,
suivant en cela une coutume très répandue dans le pays où une foule de
personnes prennent ou portent un prénom tout autre que celui qui est
consigíié sur leurs actes de Tétat-civil.
Pénétré de cette conviction, nous continuerons à le désigner par celui
qu’il s’est choisi et sous lequel il est, généralement, connu dans ses
oeuvres.
Le père Dastros, éleva péniblement. sa jeune famille. Jean Géraud, sur-
tout, doué d'un tempérament malingre et chétif, fut Tobjet d’une sollicitude
toute particulière. Gràce aux soins dont il fut entouré, l’enfant grandit
dans ce milieu de gène el de travail.
II n'en conserva pas moins une certaine débilité à laquelle se joignait
une infìrmité pliysique; car Jean Géraud était bossu. L’expression vul-
gaire qui dit qu’un bossu a son esprit dans la bosse n'esl pas si îoin de la
vérité qu’on pourrait le croire, car il est certain que si le bossu n'a pas son
csprit dans la bosse, il Ta peut-être par sa bosse.
Quoiqu’il en soit, gràce à sa vive intelligence et à l’intérèt qu’il sut
inspirer au curé, celui-ci lui apprit les premières notions de latin. Ses pro-
grès furent rapides et à la faveur de ces heureuses dispositions on le des-
tina de bonne heure à Fétat ecclésiaslique.
A cette époque, rArchevôque avait dans ses attributions rorganisation
de rinslruction Publique dans son Diocèse; il en était le chef età ce litre
il procédait à la nomination des Rêgents dans lcs Ecoles. II en exergait
rautorité soit par lui-même ou par ses Evèques ou ses Vicaires généraux
auxquels il déléguait ses pouvoirs. Mais le droit de nominaiion n etait pas
toujours exercé par eux et il arrivait souvent que les Consuls choisissaient
eux-raêmcs leurs Régents et traitaient directement avec eux au nom de la
eoinmune pour les mettre en possession des Ecoles.
C est aiusi que nous voyons les Consuls de Sainl-Clar, par une Con-
vention d'une durée d’un an, en date du 24 juin 1612, traiter avec Jean
Gcrauld Dastros et Anthoine Hélies, escoliers , pour instruire les enfants
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de la comraune avec le titre de Régents, aux clauses et conditions stipulées
dans l’acte (1).
Cette situation était très enviable surtout pour des écoliers, car outre les
avantages matérieis qu’elle procurait, les Régents jouissaient d’une
véritable considéralion par la dignité de leur conduite et par les services
qu’ils rendaient aux familles.
Ses engagements pedagogiques terminés, Géraud entra au Séminaire
de Toulouse. Le pèreDastros dut s’imposer de nouveaux sacrifices. Jouis-
sant d'une modeste aisance, il tirait ses ressources de son mélier de tail-
leur, pen lucratif à la campagne, et du produit de quelques lopins de terre
qu'il possédait dans la commune. Pour menerà bien son èdïication, il dut,
en date du 18 mai 1614, par conlrat passé devant Me Casléra, nolaire,
vendre une pièce de terre pour etre employée, comme il est dit daus racte,
â pousser son fils aux Saints Ordres (2).
A la tín de sesétudes, le jeune clerc regut de l’Evèque de Lectoure, avec
l’ordre de prêtrise, la charge de vicaire de Saint-Clar de Lomagne, témoi-
gnage de confiance exclusivement réservé â son mèrite et à ses brillantes
qualités. Depuis le 20 mars 1616, jusqu’en avril 1647, il signa les regis-
tres de baptème, de mort el de mariages de la paroisse de Saint-Clar con-
jointement avec deux autres vicaires ses collègues et avec le curé qui le
plus souvent. abandonnait cette besogne à ses subordonnés.
Tout entier au devoir de son ministère, il n'en cherchera pas moins de
nouveaux débouchés pour donner un alimenl à son aclivité et au désir
d’augmenter ses ressources pour venir en aide aux siens.
La chapelle Jauleti (3), alias de Piger, étant sans titulaire, Dastros,
comme il aétédit plus haut, s’en attribua radministration jusqu’au raois
de juillet 1626.
Le 20 mai 1626, il passe une nouvelle Convention avec les consuls de
Saint-Clar (4). En vertu du dit acte, il s’obligeait avec Jean Bernard
Helies , avocat, à instruire Jes enfants de la commune pour la durèe d’une
année. On n’a pu trouver trace d’aucun acle fixant le clioix des Consuls
(1) Voir Antiexe A.
(2) On peut en juger par Textrait ci-après tl’un acte passé devant Mc Castêra.
notaire. en d«ìte du 18 raai 1614. De ee contrat il appnrait que « Anthoine Dastros et
M' Jean-Gêrauld Dastros, eseholiei, père et fll.s, habitans -le Saint (’lar. tous denx
ensemble l’ung pour rautre et ung chacun d’eulx seul pour tous, ont vendu à Jan
Castèra une pièce de terreen la juridiction de Saim-(’lar, parsan d’Enuualin. j)artie
en guaret et partie semce de bled, pour le prix de trcnte-six livres tournoises. que les
dits vendeurs ont retiré du dit achepteur pour icelie eraployé pour pousser M Jeau
Gérauld Dastros aux saints ordres. »
(Rcouode Gascogne. t. xxxvu, p. 39.)
(3) A cette date í’évéque de Lectoure retira ceite chapelle indúment occupée par
Dastros et l’attribua à Louis Rlot , bacheiier en ihéologie. Cette pièce esi éerite en
latin et porte le cachet de l’évéché de Lectoure.
(4) Voir Annexe B.
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sur de nouveaux Régents, ce qui ne déraontre nullement que le vicaire de
Saint-Clar ait occupé ces fonctions jusqu'à sa mort.
Le xvii0 siècle s’était ouvert en Gascogne par une sorte de renaissance
romane dans une période française. Un coup d'oeil en arrière nous semble
indispensable pour comprendre les transforraationsqui s'étaient opérées.
Les Poètes de la Pléiade appartenaient à cette décadence littéraire qui
suit toujours les décadences politiques. Tout meurt à la fìn du xvi® siècle
sous l’étreinte du despotisme, de raème que le sens moral et la vieille
gaieté dont. Villon et Marot avaient porté la bannière toute nationale.
•Avec Henri IV, la patrie semble se réveiller de sa léthargie; Tesprit
s emancipe. On sent renaître la belle humeur Gauloise et le rire, le bon
rire comprimé par les Valois , éclate bruyamment à la venue du Bourbon
vert galant « qui se complaisait aux gaillardises. »
Henri IV mourut trop tôt. Les germes seuls d’une révolution intelleo
tuelle furent jetés par lui. La pléiade renonce dès lors à ses entreprises et
restitue au vieil esprit Gaulois, si net, si naïf, si pénétrant, si malin, la
direction du goùt et de rinlelligence; Marot . reste maître de la place que
Ronsard lui avait disputée.
L ecole de Malherbe et de Mathurin Regnier arrive à son tour servant
d’introduction au xvne siècle, qui ratifiera le traité de paix détìnitif entre
Tesprit Gaulois et lantiquitè.
Le dialecte Gascon subit à la môme époque riníluence de cette transfor-
mation. Tandis que Du Bartas , les deux Garros et Ader se rattacheront à
la manière de la pléiade, le vêritable représentant de la nouvelle école sera
sans contredit notre Hésiode Gascon, le poète Saint-Clarais Dastros.
Familiarisé de bonne heure avec ceite poésie indigène, qu'il devait faire
briller d’un si vif éclat, il s’inspira des ceuvres de ses compatrioles, de
Du Bartas principalement, dont la gloire n'avait pasencore subi d’atteintes.
Ce fut alors le beau temps de la littérature patoise, car la Muse vulgaire
fut appelée à tenir dignement sa place dans toutes les fètes, dans les salons
des grands et jusque dans les séances Académiques, venant aiguillonner la
belle humeur de ces rèunions, comme si le langage vulgaire avait eu le
privilège de tout oser et de tout dire.
Dasiros s’attacha surtout à faire ressortir le mérite du dialecte de sa
toute petile patrie la Lomagne. Tandis que le poète Lectourois Pey de
Garros donnait à la langue Gasconne des limites généreuses de la
Garonne aux Pyrénées, Géraud, rétrceit considérablement ces bornes en
ne dépassant pas un territoire de sept licues :
Goué, qu’es la soulo lègitimo, Vois, c’est la seule légitime,
Qu’es la tlou, la pérlo, è la primo. C’est la íleur, la perle, le printemps,
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Qae parlo Iou Gascouu courau, Que parle le vrai Gascon,
Lou Gascoun blous è naturau Le Gascon pur et naturel
En un majoulét de sét léguos. . . Dans un rayon de sept lieues...
Le Français faisait à cette êpoque d'immenses progrès ; comme son aîné
Pey de Garros , il se plaint de cet envahissement et s’élève contre certains
de ses concitovens qui affectent d’ignorer leur langue maternelle et il
cherche à combattre l’intrus.
Aussi leur donne-t-il des conseils, quand il leur dit :
Crey-me, Gascoun, n’ajos bergoûigno
De nosto lengoiio de Gascoiiigno,
Ni de Taugi, ni d'en parla
Coumo à Laytouro, é à Sent Cla. . .
Crois moi, Gascon, ne rougis pas
De notre langue de Gascogne,
Ni de l’entendre, ou de la parler
Comme à Lectoure et à Saint-Clar.
II trouve les dialectes voisins horriblement corrompus, mêlés d’expres-
sions batardes qui déshonorent la pureté de leur origine, en comparaison
de la sienne qui est vierge de tout mélange :
E’ la nosto ses ourresio Et la notre sans impuretés
Neto coumo béro bassio Propre comme une belle bassine
N’a nat mescladis, ni nat fard, Ne possède nul mélange, ni fard,
Nat mot estrani, ni bastard... Nul mot étranger, ni bàtard...
Aussi pure que le Latin et le Grec, et qui sans notre négligence et le peu
d’enthousiasme et l’ingratitude que nous avons pour elle :
Se pouyra fourma un Bergil, Pourrait engendrer un Virgile,
Un Démousténo, ou un Ouméro .. Un Dèmosthène ou un Homèrc ...
11 commença sa carrière poétique par des Noels (1), qui furent couronnés
d’un plein succès; il la manie très bien cette langue et dans cette versifica-
tion il s’y montre déjà petit maître. Toutefois sa notoriété restera durant
quelques années purement locale ; ce n'est encore que le bouton noir de
Mars qui précède la feuille.
Ne possédant d'autres ressources que les 3 ou 400 francs de casuel de
son Eglise, il vit péniblement dans la gène. Son esprit léger et sa bonne
humeur lui ouvrent la porte des châteaux et des riches demeures bour-
geoises. On se dispute l'honneur d’avoir à sa table le \ lus aimable dos
poètes et Je plus spirituel convive de la Gascogne. Dastros paie esprit
comptant ses bienfaiteurs en leur adressant des odes, des soiìncts, des
quatrains, des compliments et des suppliques qui provoquent des largesses,
amenant un peu de bien-ètre dans son intérieur.
(1) Voir Bibliographie.
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C’est ainsi qu’il adressera des vers à M. le baron de Laille , à M. de Ville -
franche et à la marquise de Castelnau, à M. de Pellejigue , à M. de
Lahriffey à M. de Lamothe et à Mrae d’Urdensfh Mlle et à M. de Magnas ,
à M. de Mérens , à M. d’A xjgues-Mortes, à M. dc Larlat, à M. Caponel ,
à M. de Sensoué , à M. cfe Garros , conseiller, à M. de Gounin , à M.
Salesf à MHo dela Roche , à Mlle cfe Lasplagnes , au Seigneur de
Tournecoupe , au Z)ac d’Epernon et à *Sa Majesté Louis XIII , etc.
II dédiera son Poème des Saisons à ses Amis, ou plus tôt les Saisons
elles-mêmes encouragées par la bienveillance d’un premier accueil, revien'
dront toutes rajeunies se présenter à leurs yeux :
Lou prumè cop éros éron toutos encrumados de poou, més l’amistous Aste de
bostos fabous, en las aoue ta plan accoueïlhidos, a dessipat toutT aquero cruma-
téro, è las a rendudos esclaridos coumo un jour de May, arrisclados coumo de
Dounzelos, è arresouludos coumo Bartolo. Atau eros tournon tant estérloment
s’arrasoiia daouant bousaus, qu’après bous aoué héyt couhessa qu’eros parlon
lou més courau Gascoun de Gascougno, et un de mes béts lengatges deou
moun, etc. .
La première fois elles étaient embrouillardées par la peur, mais l’astre amical de
vos faveurs, en les ayant si bien accueillies, a dissipé cet épais nuage et les a ren-
dues claires comme un jour de mai, riantes comme des jeunes fìlles, et résolues eomme
Barthole. C’est ainsi qu’elles reviennent si habilement discuter devant vous. qu’aprés
vous avoir fait oonfesser qu’elles parleut le plus pur Gascon de la Gascogne et un des
plus beaux langages de l’univers, etc. . .
Plus tard, il placera ses Quatre Eléments, sous la protection de la
noblesse de Lomagne, prise en bloc, après avoir été prise en détail. II
chantera ses louanges, en lui disant :
Bousaus (messeionous) qu’éts tout autant de Soureils é de Lugras, qu’éts
tout jamés suu Treslux de bosto bertut, que lusichéts nóyt é dio sur noste moun
Gascoun ; qu’esclaïrats soun Poble de las arrajos de bostés bous eychimples, è
que l’escauhurats dab Ioqs lams de bostos fabous ;...
Vous autres (mhsshigneurs) vous êtes autant de Soleils ei d’Etoiles, vous ctes à
tout jamais dans l’éclat de votre vertu, qui resplendissez nuitet jour sur notre mont
Gascon, qui èclairez son Peuple du rayonnement de vos bons exemples, et le
réchauffez avec les ílammes de vos faveurs; ..
Ses rapports avec tous les Seigneurs sont donc des plus cordiaux. Aussi
ne eraint-il pas de dévoiler sur le ton le plus badinetleplus philosophique
le vide de sa bourse et de son patrimoine.
D’or ni d’argent jou n’é baloho D’or ni d’argent n’ai presque rien
Jou n’é fruto berdo, ni gloho. Je ne possède ni fruit vert, ni trop mùr.
Enfln jou soun coum’ bèt ermou, Eníìn jesuis un pauvre abandonnè,
E frét é nut coum’ bét bérmou : Transi et nu commeun ver :
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Jou soun misérable é praubet ; Je suis misérable et besoigneux :
Jou soun un praube polonquet. . . Je suis un homme de rien...
Jou n’augu jamés arrendayre, Je n’eus jamais de íermier,
Nat houresté, ui nat houtjayre, Ni forestier, ni bêeheur,
Ni nat daillayre, ni nat boué. Nul faucheur, ni bouvier.
Quan jou sauti, tout moun ben sauto...Quand je saute, tout mon bien saute ..
Les chatelains ne se font pas de scrupules, piqués au jeu, de caresser la
Muse à leur tour; il s’en suit un commerce où la familiarité et le badinage
se font jour.
Une année d’abondance de fruits, il écrit à M. d’Aigues-Mortes :
Moussur, m’an dit que bostos coumos Monsieur, on m'a dit que vos vallons
Aouén arregautat de poumos Avaient regorgé de pommes
En ta gran quantitat, engouan, En si grande quantité cette année,
Que lou tessoun, é més lou can, Que vos cochons et mème vos chiens,
E més lou bouéou, s’en arrigôlo, îMème vos bceufs, s’en repaissent,
Tant bous ne héts à la pouriòlo (1) : Tant vous les méprisez :
E jou praube qu’en souy tout bouéyt, Et moi pauvre j’en suis tout vide,
Que n’é nat frut, ni cru, ni couéyt ; N'ayant de fruits ni cuits ni crus,
E dab uo nescéro ta gràno Et avec une nècessité si grande
La malo embejo m’en escâno... Que la méchante envie m’en étrangle...
Et M. d ’Aigues-Mortes, s’empresse de lui envoycr une provision de
fruits.
Privé de tabac, et sachant par expérience que M. de Gounin en a tou-
jours d'une qualité supérieure, il lui témoigne le désir d’en avoir :
Si bous noum’ dats de boun tabac, Si vous me donuez du bon tabac,
Moussur, jou pérdi raoun Engrimo, Monsieur, je quitte mon dépit,
Adiou cap, adiou estoumac, Adieu tête, adieu estomac,
Adiou mous bérs, adiou ma rimo. Adieu mes vers, adieu ma rime.
Cérto la mort me bout’ au sac Certes la mort me mettra dans le sac
Daouant la fin d’aquesto primo, Avant la fln de ce printemps
Si bous noum’ dats de boun tabac. Si vousnemedonnezdevotrebontabac...
Et M. de Gounin, pour empêcher de voir, faute de tabac, la sourcc de
ses inspirations tarie, lui en envoie.
Nous avons dit que Dastros était bossu. C’est dans les Epitres qu’on lui
adresse que nous en trouvons Ja preuve :
EPITRE A MOUSSUR DASTROS SUR SA ÚPITRE A MONSIF.UR DASTROS SUR SA
POUESIO GASCOUO, PAR SARRANT. POHSIE GASCONNE.
Apoulloun es toutjour coum’ éro Apollon est toufours le mème
An deous bous esperits troutin, Trotteur pour les bons esprits,
(1) La parriolc — c’est un ieu de petits enfants, qui coinme par mespris jetent par
sur ieur teste leurs bonets, ou autre chose, siguifiants le mespris qu’on fait du fruict
pour l'abondance qu’on en a. (Jran de Garhos.)
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Et s’anèc hè Grèc per Ouméro,
Per Bergil et se hèc Letin.
Frances per Rounsard è Desportos :
Per tu d’Astros, aro Gascoun,
Ta pauc en bados tu nau portos
Sur tas esquios l’Elicoun.
Qui alla se faire Grec pour Homère
Et Latin ponr Virgile.
Français pour Ftonsard et Desportes :
Maintenant Gascon pour toi d’Astros,
Pour cela tu ne portes pas en vain
L’Hélicon sur tes épaules.
D’autre part : Cecy m'a écrit par je ne sçais qui :
En despieyt de touts lous demouns
E niésde sa loungos aureilhos ,
Cau, que d’Astros hasse mérbéillos,
Puch que sa may hasouc lous mounts.
En dépit de tous les dèmons
Et même de leurs longues oreilies;
II faut que Dastros fasse des merveilles
Puisque sa mère fìt les monts.
Dastros, né des entrailles du peuple, et vivant de Ja vie misérabie des
paysans de Saiul-Clar, aime du plus profond de son coeur les laboureurs,
les humbles. II parlage leurs peines et leurs douleurs; son coeur saigne des
calamités dont ils sont les victimes.
Le bon vicaire nous dépeint le triste sort de la contrée accablée des
maux que traine après elle une occupation de gens d'armes, vivant à
merci chez les habitants (1).
Ecoutons le dialogue de deux de ses bergers Jouanot et Peyrot qui ne
profòrent qu’anathènies et malédictions pour les violencesd’une soldatesque
sans scrupules, qui les opprime et les pille.
Petit Jean , raconte à son ami, qu’il était sur le point de se marier pour
aider ses parents et leur faire une vieillesse heureuse :
Més, praube, be soun jou mau preparat é prést :
Lous bourrèous deous soullats nou m’an leichat un zést.
Pan, bin, car, boï, lan, gipous, caussos é peillos,
Pourets, bûous, guits, couloums, aucats, moutous, aoueillos,
Pouloïs, capous, tessous, tout m’ac an eseanat,
E pout, 6 clouquo, è tout; tout aquô nés anat.
Nou pas d’ail sulamcns nou m’an leichat duos gossos,
Mais pauvre, que je suis donc mal préparé et prét
Ces bourreaux de soldats ne m’ont rien laissé.
Pain, vin, viande, bois, laine, gilets, chausses et robes,
Poulets, boeuts, canards, pigeons, oisons, moutons, brebis,
Dindons, chapons, cochons, ils m'ont tout ègorgé.
Coq, poule et tout; tout a disparu.
lls ne m’ont pas seulement laissè deux gousses d’ail,
(l) Les troupes, soit qu’elles allassent íi la guerre ou qu'elles en revinssent. soit
qu’ellos fussent en quartier d’hiver, se nourrissaient aux frais de ceux ehez qui elles
etaient logées. De la provenaient une infimtè de dèsordres et de dommages dans les
vilies et Jes campagnes surtout, où le peuple avait à essuver d’une soldatesque inso-
lente et pillarde les mèmes vexations que si l’on eiit été en pays ennemi.
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Espio si soun plan prèst de parla de noços.
Cops de pungs, cops de pés, aquô que m’an leichat ;
De grans cops de bastous, d’aquô m’an engreichat.
Arre n’ou m’es soubrat de sas maychantos obros
Que trucs é que patacs. Aquô, men, soun mas sobros.
Peyrot.
É jou, praube, be podi arroumpem’ pès è mas
En boulega la térro, è denquio da y de nas,
Be poudîo l’estiou tout lou marme, deou dio,
É mes lou de la néyt, turmentam, be poudîo,
Roustim’, escouchinam’ per quauque sac de gran
Ande passa l’youér, qu’es ta loung è ta gran.
Praube, en yo soulo néyt, encouè que ta pauc duro,
Per dus balanduréous jou m’en héou la coussuro (1).
Plan mèn héou en ye néyt tout ço que m’ei gagnat
En cent jours, beque tant jou m’y soun magagnat.
Plan m’aure més balut arrajam’ la bentresquo
Darrè bèt tap erbut, ou béro oumbreto fresquo. . .
Regarde si je suis bien prét à parler de noces.
Coups de poings, coups de pieds, voilà ce qu’ils m’ont laissé;
De grands coups de bàtons, de ceJa iJs m'ont engraissé.
II ne m’est rien resté de Jeurs mauvaises actions
Que coups et contusions. Voilà, ami, ce qui me reste.
PETIT PIHRRE
Et moi, pauvre, je pouvais me rompre pieds et mains
En remuantla terre. jusqu’à y donner du nez,
Je pouvais bien l’été, toule la durée du jour,
Et même celle de la nuit, me tourmenter; je pouvais
Me rotir, m’éreinter pour quelque sac de grains
Afln de passer l’hiver qui est si rigoureux et si long.
Pauvre, en une seule nuit, bien qu’elle dure peu,
Gràce à deux vauriens, je m’en fais la coussurc.
Bien súr je m’en íais en une nuit tout ce que j’ai gagnè
En cent jours, quoique je me sois bien excédé de fatigue,
11 aurait mieux valu pour moi me chauífer le ventre
Derrière un beau tertre herbeux, ou quclque ombrage frais...
Petit Jean accentue cette triste situation; le poète en profite pour nous
faire connaître que le peuple redoutait par-dessus tout l’arrivée du Fourrou
(garnisaire) et celle du brigadier chargó de seconder la perception des
iinpôts,
De ço que lou soullat, plén coum un grapaud, léicho,
, Lou baile, îou sargeant, lou fourrou s’en engréicho,
De ce que le soldat, plein comme un crapaud, laisse
Le bailli, Je sergent, le collecteur s’en engraissent,
(1) Paiemeut en nature.
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Denqui’ au bét miey deous os nous ém minjats de touts,
K las sobros deous cas soun minjados deous loups...
Jusqu’au beau milieu des os, nous sommes maugés par tous,
Et les restes des cbiens sont la proie des loups...
Dastros, assombrit encore le îableau des misères et de la désolalion du
pays, causés par les actes de brigandage des soudards qui sèment la ruine
et la désolation sur leur passage, quand il dit :
Qu'en empausats à la bermino
Que nous arrougagn’ é nous rouino,
E nous minjo coumo béts pouils,
Que nous hè besti de pendrouils,
Nous hé caje touts â croustéros,
Nous hó magres courao d’estéros,
E nous rend tristes tout à féyt,
Coumo de calotos de néyt ;
Que nou gauzam més arre dise
Ni mucha las dents per arrise (1),
Tant nousaus ém eychapramats,
E ahurits é ahamats.
Car aqueros troupos brigandos,
Troupos gouludos é friandos,
Aquets eychamous sacarnans,
Estrails dessoluts è gourmans,
Beou-sang, courbassis insatiables,
Mouscaillous, loups, renards, è diables,
Qu’an tant courrut è tant boulat
Per noste pavs desoulat,
Nous an tant scs misericordo
Curat Touslau é mês la bordo,
Que de la bordo è de l’oustau
Ets nous an héyt un espitau
Ses pan, ni car, bin, ni rampoyno,
E poudiom ana à l’aumoyno
Dab cadun soun bastoun pelat
En quauque moun arreculat...
Nous sommes exposés à la vermine
Qui nous ronge et nous ruine,
Nous mange comme des poux,
Et nous fait vêtir de loques , [croùtes,
En nous faisant tous tomber couverts de
Devenir maigres comme des copeaux,
Et nous rend tout à fait tristes,
Comme des bonnets de nuit;
A tel pointquenous n’osons plusrien dire
Ni montrer les dents pour rire,
Tant nous sommes abattus,
Ahuris et affamés.
Car ces tronpes brigandes,
'l’roupes goulues et friandes,
Ces essaims dévastateurs,
Troupeaux dissolus et gourmands,
Avides de sang, corbeaux insatiables,
Moucherons, loups, renards et diables
Qui ont tsnt parcouru et tant volé
A travers notre pays désolé,
lls ont si bien, sans miséricorde,
Vidé notre maison et mème la métairie,
Que de la métairie à la maison
Ils nous ont laissé un hôpital
Sans pain, ni viande, ni vin, ni argent,
Et nous jx)uvons aller à I’aumòne
Avec chacun son bâton pelé
Dans quelque pays lointain...
Mais Tespoir et la confìance vont renaître dans tous les coeurs, car M. le
Duc d'Epernon (Jean-Louis de la Valette) arrive en qualité de Gouver-
neur de la Guicnne (17 août 1622). Le Ducest Gascon, puissant et de plus
fort riche.
(1) Chez les populations du Midi, il n’v a que le malheur réel, la misère noire, qui
puissent modiíier la gaieté naturelle; je 'm’explique :
(Juand la souíTrance est passagère, quanu elle accorde des moments de trève, le
Méridional triomphe aisémcnt de son ìntluence, gràce au contrepoids de la bonne
humeur il met son orgueil à le bravcren riant; mais quand la misere est sans trève
et ne laisse pas respirer le malheureux, il n'estpas philosophie qui tienne, la tristesse
arrive sur lcs traces des hivers sans feu, sans vêtements, etdes printeraps sans pain.
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Dastros, s’empresse de lui exposer la joie que cette heureuse nouvetle va
procurer au pays et les espéraoces qu’it ose fooder sui son intervention
efficace pour faire cesser tous les maux dont il souffre :
Més bous beséts deja pintrado,
Pertout la joyo à bost’ intrado,
Beséts rebioua lous raiéy morts,
Ta pouchants soun bostes counforts,
Que hén que la doulou nous quito,
E nous tournam de raort à bito.
Lou Céou se nous hé més lusent,
L’ayre més gayresc è plasent;
E l’arregagn'ddo fourtuno
Que nous hasó ta malo suno,
Autaléou qu’ets a bist à bous,
A près un bisatge més dous.
Dejà la térro, carressado
D’uo mes urous’ arrousado,
Sé ba mirgailla de coulous.
S'attifa d’érbos é de flous,
E se ba hé, coum jou ’spéri,
Un bét casau d’un cémentéri. . .
Mais vous voyez déjà peinte
Partout la joie à votre entrée,
Vous voyez ressusciter les mi-morts,
Tant vos secours sont puissants,
Ils font queJa douleur nousquitte,
Et nousfont revenir de la mort à la vie.
Le Ciel nous paraît plus luisant,
L’air plus gai et plaisant;
Et la fortune revèche
Qui nous faisait si triste raine,
Sitôt qu’elle vous a aperçu,
A pris un visage plus doux,
Déjà ia terre, caressée
D’une plus bienfaisante rosèe,
Va se taeheter de couleurs
S’atiffant d’herbes et de fleurs,
Elle va se faire, comme je l’espère,
Un beau jardin d’un cimetière. . .
Le Vicaire est. un noble coeur; quoique bien besogneux il íera abnéga-
tion de ses propres inlérèts, pour ne s'occnper que de ceux de ses conci-
toyens; investi de leur confiance, il se fera leur avocat, leur défenseur.
L’excès des malheurs publics lui arrachera des clans d’une patriotique
éloquence dans la requôte qu’il transmet au Noble Duc et oii il demande le
retrait des troupes qui désolent les malheureux habitants :
Més jou soun en un loc pausado
Oun bat un mau tems eternau,
Oun la néyt é més la journado
Jou n’augi queharriou, harrau (1),
Oun jou n’augi jamés qu’alarmos,
Que troumpetos é que tambours,
Nilla roussis, courre gendarmos
Per carréros é couayrohours.
Aqui nou besi que brigados
Aqui n’augi qu’exécutious,
Que gubsistencios, que leouados
D'aydos è de countrebutious...
Mais je suis posée en un lieu
Où règne un mauvais temps éternel,
Où la miit et mcme le jour
Je n’entends que havriou , harrau.
Où je n’entends jamais qu’alarmes,
Que trompettes et tambours,
Hennir des chevaux, des gens d’armes
Dans les rues et les carrefours [courir
Là je ne vois que brigades,
Là je n’entends qu’exécutions,
Que subsistances et que collectes
D’aides et de contributions. . ,
(1) Bruit que font les chevaux et leurs conducteurs.
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Aro ses egard me proufanon Maintenant sans égards ils me profanent
Aquet piètre loc oun jou soun ; Ce malheureux endroit où je suis;
Aqui rançounon, aqui panon, Ils rançonnent ici, ià-bas ils volent.
Aqui hén touts lous raaus deou moun. Partout ils font tous les maux possibles.
L’un qu’arnégo, Taute que plouro, L’un jure, Tautre pleure,
L'un que da trucs, l’aute qué ous couéil, L’un donne des coups, Tautre les reçoit,
E l’aute que malasich í’ouro Un autre raaudit l’heure
Qu’es basut, ou bengut ta bieil . . Où il est né, où devenu si vieux .
II termine en implorant sa clémence pour accorder Texemption en
faveur de la ville de Saint-Clar de Lomagne, si cruellement éprouvée :
Jou nouts demandi pas la bousso,
Ni nouts demandi pas argent,
Be que jou soun plan touto biousso
A causo de ta maychanto gent.
Un soul é petit cop de plumo,
En fabou deou praube Sent-Cla
Dissipara touto la brumo
É m’ac hara bengue tout cla :
Cla moun tepé, cla moun rapayre,
Cla moun gabinet escurit,
Claro ma térro, cla moun ayre,
Ê cla surtout moun esperit
Lou mot quem restaurare touto
Es qu’au loc de countrebutioan,
D’aydos, d’estapos è de routos ;
PerSent Clal’onbisso: exemptiovn(I).
Je ne vous demande pas la bourse,
Je ne vous demande pas d’argent,
Bien qu’elle soit toute vide
A cause de ces mauvaises gens.
Un seul pe it eoup de plume,
En faveur de mon pauvre Saint Clar ,
Dissipera toute la brume
Et me fera revenir tout clair :
Clair mon côteau, claire ma retraite,
Clair mon cabinet obscur,
Claire ma terre, clair mon air,
Et clair surtout mon esprit.
Le mot qui me remettrait en bon état
Est qu’au lieu de contributions,
D’aides, d’étapes et de routes,
On vit pour Saint-Clar : exemption.
II eut le bonheur d’obtenir pour son pays 1 exemption de cette dure
corvée. A partir de ce moment, il enlretint avec le Duc d’Epernon un
commerce littéraire, tout au profit du pauvre vicaire qui reccvra de son
protecteur, argent et pitance.
Nous sommes, il est vrai, au xvne siècle, siècle de platitude universelle,
ou il fallait être à quelqu’un pour être quelque chose. Les poètes accep-
taient l’argent des grands Seigneurs et les grands Seigneurs acceptaient en
retour l’espritdes poètes. C’était un échange où les grands n’avaient qu'à
gagner- Qu'on y songe : il n’y avait point encore à eette époque, de public
littéraire, qui put faire vivre un écrivain de sa plume indépendante, il
fallait se meitre à la disposition d’un prolecteur puissant, il fallait accepter
(1) Vlrgile , dans une circonstance analogue, avait également protégé ses conci-
toyens contre les édits de spoliation.
Nous sonunes heureux d’associer le nom du grand poète lalin à celui plus modeste
du poète gascon dans un hommage comraun pour l’acte d’ardent patriotisme dont ils
hrent preuve et qui les honore l’un et l'autre.
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ses gages et ceia ne blessait en rien rexlrème susceptibilité de ceux que
Ton appelle avec raison gens irritabile vatum.
Le spirituel Poète, témoigne sa reconnaissance au noble Duc, il lui taille
une statue quand il lui dit :
Bous éts doun Hercul lou pouchant,
Qu'a cassat lou gus, lou maychant
D’alentour de nosto tecouéro,
É mes tout' aquero tourouéro
De moustres, jou dic, de boulurs,
Que nous an héit tant de malurs.
Bous nous aouéts dat lous delioures
De touts aquets despouillo-bioures,
En percura lou ben aquet
De nous hé bengu’ aquet bousquet,
Atau, ses nado flatarîo,
Bous éts lou pay de la patvio,
E aprés lou de paradis
Qu'éts lou saubadou deou país...
Vous ètes donc Herculc le puissant
Qui a chassé lo gueux, le méchant
Des alentours de nos demeures,
Et même toute cette tourbe
De monstres, que dis-je, de voleurs,
Qui nous ont fait tant de raaux.
Vous nous avez ofïert la déiivrance
De tous ces dépouilleurs de vivres,
En nous rendant le service
De nous faire profìter de ce bienfait.
Ainsi, sans la moindre flatterie,
Vous êtes le père de la patrie,
Et après celui du paradis
Vous êtes le sauveur du pays. . .
Mais cette tàche, qail considère comme un devoir une fois accomplie
avec tant dabnégation, comme il Tavoue du reste :
Quan à la begado pruméro Quant à la première fois,
Jou y bengu per moun soul debe. . . Mondevoir seul m’aconduit vers vous...
11 s’empressera d’exposer au Duc d’Epernon sa triste situation per-
sonnelle :
Més certos aro la necéro
Be m’a héyto bengue tabe
Aus Grands coumo bous es outratge
De no ’ous demanda pas arren \
Aus Grans coumo bous es oumatge
Quan on demando, é quan on pren.
Jou nouts deraandi pas ia bousso,
Ni més l’argent, be qu’en és plan
Autant desperbesido é blousso
Que nat can de bordo de pan...
Et n’a pas bergougno d’escrioue,
Ni més de dise claroment
Qu'et es ses nat mouyen de bioue,
È qu’et nou biou que prauboment .
Et n#a secous de persouno,
É n'a blat, ni or, ni argent,
Ni n'a gario que Ten pouno,
Bé’ou bau qu’es un pauc deligent.
Mais certes maintenant le besoin
M’a également forcé à revenir.
AuxGrandscomme vousc'estunoutrage
De ne rien leur demander [hommage
Aux Grands comme vous c’est rendre
Quand on demande et qu'on prend.
Je ne vous demande pas la bourse,
Pas plus quede l’argent, bien qu’elle soit
Aussi dépourvue et nette
Que pas unchien de métairie de pain. . .
Et il n’a pas honte d’écrire
Ni mème de le dire clairement
Qu’il est sans moyen d'existpnce
Et qu’il ne vit que pauvrement.
II n’a nul secours de personne,
Ni blé, ni or, ni argent,
Ni poule qui lui en ponde,
Aussi lui vaut-il d’ètre un peu diligent.
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Et n’a boussin de patrimoni,
Benefici petit, ni gran,
Nou cau parla de matrimoni,
Puch que sabén qu’es caperan.
Et nou demando nado biato,
Ni a degun deou moun arren;
Per aquô la hounto Pesclato
Més quan lou dan, cérto bén pren ..
II n’a morceau de patrimoine,
fìénéfice petit ou grand,
II ne faut pas lui parhr de mariage,
Puisqu'on sait qu'il est prètre.
II ne demande la moindre auraône,
Ni rien à qui que soit au monde;
Pour ce motif il éclate de honte,
Mais quand on lui donne,certes il le prend.
Et le grand Seigneur envoie quelques largesses au pauvre vicairequi
continue à chanter ses louanges. II accueille avec satisfaction leséloges
qu’il lui décerne et qui flattent sa vanité; C'était une compensation aux
concerts de malédictions et d’anathèmes que son orgueil excessif, sa
dureté, et sa turbulence avaient semé autour de lui.
Le Duc, invite son protégé à venir le voir dans son fastueux chàteau de
Cadillac sur Garonne , sa demeure habituelle; Dastros s’excuse en ces
termes :
Perdounatsdou, sits plats, Mousseigne, Paidonnez-lui, s’il vous plaît, Monsei-
De ço quéou bouliots bese, Du désir que vousavez de le voir, [gneur,
È de ço qu'a meinch de desteigne, Et de ee que à moins de s’éteindre
Et nouts pot pas da 'quet plase... II ne peut vous procurer ce plaisir...
11 lui expose les difficultés qui s'opposent à un déplacement :
Cérto, Grand Duc, et a de trabos
Per lou gouarda de gourrina,
Que siren per gouarda las crabos
É lous lebrés de camina.
Certes, Grand Duc, il a des raisons
Qui Tempêchent de courir ça et là,
Soit pour garder les chèvres
Ou suivre les levriers à la course.
Pauvre, la soutane rapée, chaussé de sabots ou de gros souliers, il ne
saurait lui si chétií se présenter en pareil équipage devant un Seigneur
entouré d’un luxe princier :
Et es en eternau martiri
De marréros é caytioués,
É qu’es praube, é ço qu'es de piri,
Que la lux s’en bey à traoués...
II est en éternel martyre
De raaladies et de misères,
De plus il est pauvre et ce qu’il y a de pir©
La lumière se voit à travers...
Mais cette détresse il Ta supporte avec la résignation d’un philosophe
quand il ajoute :
La praubóyro n’es pas un bici, La pauvretè n’est pas un vice,
Més s’es hountouso, Diou b'ac sap; Mais si elle est honteuse, Dieu le sait;
Nou y a pregnesso ni layrouci II y a ni grossesse ni vol
Que hasso més baycha lou cap. Qui fassont baisser autant la tête.
II ne saurait dans ces conditions entreprendre un voyage lointain. Aller
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par les chemins boueux rempìir les cbarges de son ministère et prodiguer
des consolations à ses paroissiens, ce sont là les seuls voyages qu’il puisse
se permettre :
D’ana per las terros estranios Aller dans des pays étrangers
Et n'ac pot, ni mes noun a hé. II ne le peut, et nJen a ie ioisir.
Sas poussessious é sas lédanios, Sa paroisse et ies litanies
Soun lous més loungs biatgesqu'et hé...Sont les plus longs voyages qu'il fait. . .
Le Duc d'Epernon , est exiJé à Coutras en 1633 ; ses démêlés avec
rarchevèque de Bordeaux, de Sourdis, lui valurent cette disgrâce. II ne
reprit possession de son Gouvernement de Guienne qu après avoir fait des
excuses et obtenu labsolution de Toffensé.
Notre Poète fait allusion à cette absence, quand il dit :
Mousseigne, boste gréouo absencio
M'ero causo de moun malhur,
Coumo bosto douço presencîo
Causo ma glorio è moun bounur. . .
Monseigneur, votre grave absence
Etait cause de mon malheur,
Comme votre douco présence
Cause ma gloire et mon bonheur. . .
Quel serait le crève-cceur du bon vjeaire de Saint-Clar, s'il revenaità la
vie, de voir la crise de nataiité qui sóvit en Gascogne, lui qui aimait
les familles nombreuses et qui ne cessait de prècher Je Crescite et
Multiplicamini du Créateur.
C’est ainsi qiril écrivait à M. le Baron de Laille, à Foccasion de la
naissance d’une fille et de deux filleules :
Jou besi jouyous coum un peych,
Quan bey que sa famillo creych
Ta braboraent, Mous de Laïllo .
Jou Faogi qu'et regis de gay,
Arrisent coum un jour de may,
E toutjour dret coum béro quillo,
J’aperçois joyeux corame un poisson,
Quand il voit que sa famille s’accroit
Si bravement, Mons de Laille.
Je comprends qu’il exulte de joie,
Souriant comrae un jour de mai,
Et toujours droit comme une quille.
A Monsieur et Mademoiselle de Magnas , pour les complimenter sur la
naissance de deux jumeaux, un fils et une fille :
Atau quen héc Dious un é ûo,
Quan héc lou Soui*eil é la lùo;
Atau héc Latouno en peloun
Sous bessous, Diano é Apoulloun :
Atau, ses bous y peca nado,
Ainsi Dieu en flt un et une
Quand il créa le Soleil et la Lune;
Ainsi fìt Latone (1) en pelote
Ses junieaux, Diane et Apollon :
Ainsi, sans coramettre de faute,
(1) Laíone. mèredti Soleil, que iespoètes arment de traits à cause de ses rayons.
Fiìle de Cée et de Titan fut aimée de Jupiter et eut de lui deux jumeaux, Dianc et
ApolLon . La ialouse Junon Jui envoya le serpent Python qui ne ctssa de Ja poursuivre
jusqu’à ce qu7elle fut parvenue vers $a soeur Astertc en 1 Ile de Dclos ou plus tard
Apollon tuale serpent qui avait outragé sa mère.
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— 166 —
Pouscats bousaus hé cado annado,
Qu'es taro que pequets nat an,
Puch que boun aquitats ta plan.
Que haséts hils ande la guérro,
Ê hiílos per poubla la térro...
Puissiez-vous faire de méme chaque année,
il serait regrettable que vous ne réussissiez chaque fois,
Puisque vous vous en acquittez si bien,
Vous faites des fils pour la guerre,
Kt des fìlles pour peupler la terre. . .
II en fera de même à M. de Lamothe et à Madame d’Urdens en Thon-
neur d’un fils :
E puch qu’aouéts héyt l’ange, aro cau hé l’angélo,
Nou pas d’aqueros deous pesqués,
Més uo plan bouno sajoè béro damaysélo
Qu’ajo camos é qu’ajo pés.
Boutats, haséts goujous, multiplicats lou poble,
Haséts-ne aumens cad’ an un cop.
Car un ta bét grihoun, è un empéout ta noble
Nou pouyre jamés joutja trop .
Crèsets-me, nouts jmusets, ni dab pax, ni dab guérro,
Maynadats, é nouts sio degréou.
Per atau publarats per un bét tems la térro,
E puch per tout jamès lou Céou...
Maintenant que vous avez fait l’ange, il faut faire rangelette (1)
Non pas de celles des viviers,
Mais une bien bonne, sage et belle demoiselie
Qui ait des jambes et des pieds.
Mettez. faites dcs enfants, multipliez le peuple,
Faites-en au moins chaque année.
Car une si belle greffe, et une ante si noble
Ne saurait jamais trop se reproduire.
Crovez-moi, ne vous reposez ni en paix ni en guerre,
Faites des enfants, et ne soyez pas paresseux.
Vous peuplerez ainsi pour un certain temps la terre,
Kt puis pour toujours le ciel. . .
II adressera des souhaits du môme genre à M. de Labriffe en lui
disant :
(1) Ce mot angelette n'existe pas en fran<;ais, nous Pavons créè pour les besoins de
la- traduction; Yangelo. c’est la hbellule, genre d’insectes nêvroptères nommés vulgai-
rement demoiselles, que Ton rencontre aans les pièces d’eau.
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— 167 —
Cent ans estats bousaus amasso,
É dab bousaus pax é boun tems,
Nou pas ses creyche bosto raço,
Ni ses poubla lou moun de gens.
Bejats bousaus bostes maynatges
Multiplieats en aquet punt,
Que s’y pousco hé maridatges
Oun dis|)enso nous caillo punt ..
Cent ans restiez-vous ensemble,
Et avec vous paix et bon temps,
Non pas sans croitre votre race
Et sans peupler le monde de gens.
Que vous voyiez vos enfants
Multipliés à un tel point
Qu'on puisse faire des mariages
Qui n'exigent point de dispenses...
II féliciteraM. de Villefranche de son mariage avec la Marquiserfe Caa-
telnauy mais il n’oubliera pas de les averlir que le raariage a pour but la
reproduction :
Nobi’ Espouso d’un nobl' Espous
Touto la hésto qu’es per bous,
Madamo, boste boun proufasso,
Qu’ajats en un marit un pay,
Jou boli di8e qu’et bous hasso
Dedens nau mesis éste may.
Boutats, publats lou moun ses paus.
Quetant d’ehans hassats bousaus,
Que de gariatsa nado clouquo.
'E gouardats-bous de dise ja
Car ta bouno é ta noblo souquo
Nou pouyré jamés trop routja. . .
Enfiu, il étendra ses souhaits de
Etrennes générales :
Aro que podi jou mes da?
Un brabe goujat à cadiio
De las goujos a marida
E à cado goujat la siio
Ou be la patienço de Job
An aqueros que trigon trop. . .
Nobie Epouse d’un noble Epoux,
Toute la fôte est pour vous,
Msdame, votre sincère hommage,
Que vous ayez un père en votre mari,
Je veux dire qu’il vo >s fasse
Etre mère dans neuf mois.
Mettez, peuplez le monde sans repos.
Que vous fassiez vous autres des enfants
[plus nombreux
Qu’une couvée de poulets à une poule.
Et gardez-vous de dire assez,
Car une si bonne et noble race
Ne saurait jamuis trop se reproduire...
mariage à lout le monde, dans ses
Maintenant que puis-je donner davan
Un brave garçon à chacune [tage?
Des servantes à marier,
Et à chaque garçon la sienne
Ou bien la patience de Job
A celles qui tardent trop, . .
Vers 1640, après que ses ocuvres auront été imprimées, il semble que sa
notoriété se soit étendue sans que pour cela son existence soit mieux
assurée; il travaille pour la gloirequiest le mobile des grandes âmes. II
nous en fait lui-même Taveu quand il dit au Duc d’Epernon :
Ço que d’et s’escriou ou s’emprimo
No’on causo pas forço plascs,
Puch que lou qui m’és l’ac estimo
Lou pago dab un gran merces.
Ce qui s’écrit ou s’imprime de lui
Ne cause pas beaucoup de plaisir,
Puisque ceux qui le prisent davantage
Le payent avec un grand merci.
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— 168 —
Touts aujoun be sous bérsis dise,
Ou lous legissoum de boun có;
Touts hén bouno chéro d’arrise,
É qu'et s'ane dinna d'aquô.
Ets ly hén la respounço eigalo
(A tout lou meinch en ac pensa)
De la hourmic à la cigalo :
É n’as cantat? bé-t’en dansa...
Tous l’écoutent assurément réciter ses
Ou le lisent de bon cceur; [ver&>
Tous font bonne chère de rire,
Et que lui aille dìner avec cela.
lls lui font la réponse pareille
(Ou tout au moins en le pensant)
De la fourmi à la cigale :
Tu as chanté? va-t’en dansor...
Si Dastros, brilla dans la Poésie légère, marquée au bon coin de la
Gauloiserie, il excella surtout et d’une façon remarquable dans le genre
bucolique et pastoral. ïl prend Théocrite pour modèle et cherche à s’inspi-
rer de sa gràce simple et naïve; l’inspiration fut bonne, car il se rapproche
du modèle et surpasse quelquefois le poète Sicilien par la richesse de ses
descriptions, la vérité dcs caraclères, par la fraîcheur de ses tableaux qui
sont Fimage fidèle de la nature.
Doué d’un sens artistique très développé, très íin, esprit curieux, con-
templatif, très impressionnable, il voit avec ses yeux le côté réel des choses
qu’il nous décrit en poète doublé d’un humoriste. La meilleure partie de sa
pliilosophie, il la prend en lui-même, dans ses aptitudes naturelles, dans
cetle liberté d’esprit d’homme du Midi à Fimagination vive, à la concep-
tion rapide, qui voit d’autant mieux les chose?, qu’il les examine simple-
ment, directement. sans s’égarer dans le labyrinthe scientifique qu’il
n’évitera pas toujours. Le parfum des fleurs que Je vent soulève, n’a-t-il
pas en efïet, quelque chose de plus exquis, de plus subtil, que le produit
d’une distillerie savante obtenue à grand renfort, de fourneaux et d’alam-
bics, qui conserve loujours un arrière gout pharmaceutique ?
Son Poème des Quaire Saisons , de l’année, sont des plaidoyers forf
habiles, où chacune d’elles se dispute la primauté. Elles prennenl pour
juge un simple berger íenant sa cour et donnant des arrôts sur les bords de
FArrats, petite.rivière de la fertile Lomagne.
Le dèfilé des saisons commence dans Fordre suivant :
La Prirno (le Printemps), sous les traits d'une Nvmphe, belle comme le
jour, s’avance la première d’un pas majestueux, le visage souriant. Elle
est vètue d’une robe verte, parsemêe de Jleurs, aux coulcurs èdatantes, le
corsage chamarré de ramages, ou mille oiscaux sont. peints au vif.
II commence aussitùt à faire son éloge et développe ses droits à la
rovauté.
N’est-ce pas lui qui réveille et embellit la nature engourdie par l’Hiverf
il rend aux bois, aux forèts leur verdure, une douce sève circule partout.
Le gazon se contic aux rayons d’un soleil nouveau; la nature enfante, sous
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- 169 -
rbaleine tiède des zépnirs; la glèbe ouvre son sein. Grâce à lui les terres se
dilatent et demandént les semences fécondes; les fleurs ouvrent leurs corolles
et étalent leurs riches couleurs, qui charraeut Toeil et lodorat; les impéné-
trables bosquets retentissent du concert des oiseaux. Avec quel art, il assou-
plit la langue pour imiter le chant de tout ce monde ailé et voltigeant :
En bengue de la picouréyo,
En cridan Itis é Teréyo,
1/Aurungleto debat lout tet
Arrepitolo soun gay moutet
Dessus la cailhiouo apausado,
A tout marmus aprioiiasado.
La Lauzete per lauza Diou
Dab soun tiro liro piou piou,
Debas lou Céou dret coumo uo biro
En bét tiro lira se tiro,
E quan nou pot més haut tira
En battourno tiro lira.
La Meilhengueto meilhenguejo (2),
La Cardineto cardinejo;
En boula lis coumo lou liô
Tirou, birou, crido l’Auriò.
Per lascoumos lou Merle eychioulo,
E lou Gay nilbo, piouio, é mioulo,
Lou Charrit charrito peous prats,
La Perdits coudousquo peous blats...
En venant de la picorée,
En criant Ithis et Thôtèe (1)*
L’Hirondelle sous le toit
Répète son gai refrain
Sur la chevilte posée
Habituéo à tous les bruits.
L’Alouette pour louer Dieu
Avec son tire lire piou piou,
Vers le Ciel droite comme un trait
En chantant tire lira s’élève,
Et quand elle ne peut monter plus haut
Elle revient tire lira en bas.
La Mésange tintine,
Le Chardonneret sliglite;
En volantglisse comme la graine de lin,
Tirou, biroii, crie le Loriot.
Par vallons le Merle sifíle,
Et le Geai, crie, piaule et miaule,
L'oiseau des prairies y tient concert,
La Perdrix cacabe dans les blés...
Avec quel art il a su saisir la langue des oiseaux et quel merveilleux effet
de Tharmonie imitative? II est juste de reconnaître que la langue se prête
merveilleusement à rendre ces effets soumise à la loi de Tonomatopóe. Du
Bartas et lui ont su tirer tout le parli possible de cet avantage en poésie
(1) Philomèlc, fllle de Pandion. roi d’Athènes. Théréc, roi dc Thrace, qui avait
épousé sa soeur Progtiè, la viola i’avant enlcvée d’auprès de sou père sous prétexte
de Ja mener voir sa soeur, puis lui coupa la langue afln qu’elle ne put racontercet
outrage. Mais elle broda sur une toilc ie tort qui lui avait- été fait et l'envova à sa sceur
qui jura de s’en venger. Progné passant une épée à travers le corps du petit Itys,
qu>lle avait eu de son rnari, et l'ayant dépécé elle en flt bouillir une partie et rotir
1 autre. Puis quaud Térée futà tabíe Hle lui fit servir. Sur le milieu du diner, deraan-
dantson Itys, Philomèle.qui étaitcachée. se préseuta, et tenant entre ses raains encore
toutes sanglantes les restes de Tenfant, les lauça íi la face du père. Oulré de colòre.
cc dernier dégaina son épée et se mit à la poursuiic des deux soeurs. Mais souda n.
par le pouvoir des dieux, Progué. fut changée en hirondelle, ct Philouièle en rossi
gnol. JL>e lâ vient que les poòtes disent que rhirondelle en son chaut déplore la mort
de son fìls Ithis etle rossignol l’outrage que 'I’hérée lui fit.
(2) On adonnó aux differents chants des oiseaux dcs noms particuliers qui, presque
tous, sont dcs onomatopées. Ainsi on dit : cacabcr pour la perdrix, cacarder pour
l’oie. caquctcr pour le canard, et glousscr pour la poule; caracoulcr pour le pigeon,
roucoulcr pour la tourterelle, coucaiilcr pour la caille, coquclincr pour Je coq,
• croassçr pour le corbeau, coucoulcr pour le coucou, crailler pour Jacorneille.
gazouiller pour les petits oiseau x.piaulcr pour le moineau et les pouJels. pupulcr pour
ía houppe, tintiner pour la mésange, et turlutcr pour l’alouette.
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- 170 —
avec cette restriction que la langue de Dastros est plus souple, plus harmo-
nieuse.
Mais roBiivre du Printemps n*est pas achevée, car c'est aussi la saison
des Amours. Avant lui Virgile avait dépeint d'une façon magistrale Tem-
pire que Famour exerce sur cette terre; homraes, bêtes fauves, troupeaux,
habitants du ciel, enfants des eaux, tous s’abandonnent aux fureurs de
Tamour qui exerce sur tous le raèrae empire (1). Géraud sen inspiredans
le tableau suivant empreint d’un franc réalisme :
La pageso dab soun pages,
i& bourgcso dab soun bourges,
Lou gran Baroun dab la gran Darao,
Lou hoúec d’amou tout ag alarao :
Las bestios brudos à soun tour.
Lou Coulouraet dcssus la tour,
Lous auzerets per la houeillado,
Lou bestiaret dessus la prado,
Lou Parratoun peous traucs deou mur,
K lous peychis an lou bounur
De hé l’amou ses nado hounto
Deguens la gourguo més pregounto,
Coumo Jous heraras au demést
De la més escuro ahourést,
Car la terro, l’ayguo, ni l’ayre,
N’an arre que d’amou se payre...
\& paysanne avec son paysan,
La bourgeoise avec son bourgeois.
Le grand Baron avec la grande Dame,
Le feu d’amour embrase tout :
I.es bétes brutes à leur tour,
Les ramiers sur leur pigeonnier,
Lcs oiseaux à travers le feuillage,
Le bétail dans les prairics,
I.e moineau dans les trous du mur,
Et les poissons ont le privilcge
De faire J’amour sans la moindre honte
Dans les trous les plus profonds,
Comme les animaux sauvages également
Dans la plus obscure forét,
Car Ja terre, l’eau, ni l’air,
Ne possiîdent rieu qui se prive d’amour...
Est-il besoin d’alléguer d'autres argumenîs en sa faveur? L’apparition
du Printeraps sur la terre est toujours un sujet de joie; sans la sécheresse
de l’Eté et le froid de l’Hiver les hommes jouiraient d’un vrai paradis Le
siècle d’or ne fut en sorame qu’un Printemps éternel, tandis que le siècle
de fer fut engendré par l’Eté et l’Hiver. Cette heureuse saison est désirée
par tous et tous soupirent après son retour; nulle autre n’est aussi digne
d’obtenir la couronne.
Ainsi parla le Printemps.
Le poète dédie ce chantà M. de Cctzenave , ecclésiastique toulousain, et
après lui avoir expliqué les raisons de ce choix il termine en lui disant :
Diou bous doungo, Moun Cazanaouo, Dieu vous donne, Mons Casenoucc,
Au Céou uo cazo touto naoiio. Au Ciel une maison toute neuve.
(1) Georgiques (liv. m) :
Omne adeo genus in terris hominumque ferrarumque,
Et genus cequorem, pecudes, pietoeque volucres,
In furias Jgnemque r>iunt, amor omnibus idem..,
Àristote , dans son Histoirc de* Animaux , liv. vi, ditqu’au Printemps les animaux
sont plus euclins et adonnés à Vénus qu’en autre saison, car le soleil s’approchant
enfle les esprits et augmente la chaleur et le sang qui causent un plus grand cha-
touillementqu’auparavant; c’est ce que contìrraent : Du Bartas dans sa aescription
des Quatre Saisons. Baîf dans son livre des Métèorcs, Jivre v, chapitre vm.
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— 171
ISÊté lui succède; drapé de toile légère, des épis de bìé, d’orge et de
seigle entremèlés lui servent d’écharpe et de ceinture. Au lieu d’épées et de
boucliers il tient dans ses mains des fautx et des faucilles et porte sur ses
épaules des pelles, des fourches, des fléaux et des ràteaux, emblèmes de
son activité. II prend la parole en ces termes :
Jou souu lou désirat Estiou, Je suis l’Eté si désiré,
Lou tems més benasit de Diou, Le teraps le plus béni de Dieu,
La sasoun que l'ome més ame La saison que l’homme aime le mieux
Perso que soun lou casso-hame, Parce que je suis le chasse-faim,
Casso-mautens, casso-talent... Lechasse-mauvais-temps,lechasse-misère*
N’est-ce pas le grand pourvoyeur en grains, paille et foin pour nourrir
les animaux. Grâce à lui tout vit et s’alimente; sans lui lout se perd et
meurt d’inanition. Tant qu’il dure, la table de Dieu est mise pour tout le
monde et son Ange éparpille le grain à satiété pour ses nombreux convives
grands et petits. II n’est pas jusqu’à la fourmi qui n’en profìte avec sa dili-
gence accoutumée pour faire ses provisions en vue de l’hiver, donnant
ainsi un exemple de sagesse et de prévoyance auxlâches et aux paresseux.
II nous les montre en plein travail autour de leur fourmilière :
L’uo que ba, l’auto que beng,
L’uo que tiro, l’auto pousso,
Dab pés è dens, sa cargo arrousso
Ses se pausa denquio que soun
De tout deguens sa gamisoun;
E d’enquio qu'an amassat bioures
Per passa la sasoun deous gioures. . .
L’une va, l’autre revient,
L’une tire, l’autre pousse,
Avec les pieds et les dents sa charge rousse
Sans se reposer jusqu’à ce qu’elles soient
En entier dans leur garnison;
Et jusqu’à ce qu’elles aientamassé des \ivres
Pour passer la saison des givres...
Mais la richesse sans plaisir est insuffìsanle, l’Eté y pourvoit en y joi-
gnant de l’agrément. Rien, en effet, n’est plus délicieux que d'ètre assis sur
un tapis de verdure à l’ombre d’une tonnelle au milieu d’arbres touffusque
Je soleil est impuissant à traverser de ses rayons pendant qu’on est bercé
par le murraure d’un ruisseau qui coule à vos pieds répandant à l’entour
une bienfaisante fraicheur.
Puis c’est la fenaison et la moisson qui occupent l’activité des laboureurs.
Avec quel sentiment exquis de la nature il chante les mâles velus qui fau-
chent rangés en bataille. le dur labeur quotidien, les grosses gaietés des
jours defète, toute la vie campagnarde du village :
En bét espia las lounguos ruos
D’estiouandés que coumo agruos
Arruadets, tounoun lous prats,
Ou las mesturos ou lous blats,
Dementre que beng la cailhado
En un banoun plan caperado
On a plaisir à regarder les longues flles
D’estivandiers, qui comme des grues
Groupés, tondent les prés,
Ou les seigles ou les blés,
En attendant qu’on apporte le caillé
Dans un vase bien couvert
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— 172 —
D’uo serbieto de sa coulou
Blanquo courao )a ftno flou,
Dementre qu’atraoués la sesquo
La bouteilbo se tenguo fresquo,
Ou plan boussouado au més pregount
De l’arriouet ou de la hount.
Dementre que dessus l’erbeto
Marioun esten la serbieto
Dab un coutét è dab un pan.
Blanc coumo béro dent de e;m.
Mentre que lou beyré ero arresquo
Ou l’ascudélo en la hount fresquo.
Mous Massips se laoíion Ias mas,
Puch se plcyon lou cougoumas,
Ets chapon pan, chapon hourmatge,
Puch per deli lou companatge
Beoiion ses hounto de degun
Quouate calissados quadun.
Aprcs ets caqueton uo pauso
So qu’augi la gouge nou gauso,
Mós s’en tourno drét au bourdiou
Per coussira so qu’ere diou,
Pendentque inous drolles pihaignon
E que d’arrise s’acacaignon,
Més soun sadouts de passo-tens?
Ets s’adromoun en medich tens;
Et estenut, ero estenudo
Sur aquere erbeto menudo,
La soulo camiso dessus
Aumens de la cinto à l’ensus.
Atau ets léycbon plaet cage
De tout lou jour Ja calou rnage...
D’une serviette de sa couleur
Blanche comme la fleur délicate,
Pendant qu’à travers les glaieuls
La bouteille se tient fraiohe,
Ou hermétiquement fermée dans les profoir
Du ruisseau ou de la fontaine. [deurs
Pendant que sur l’herbe
La petite Marie étend la serviette
Avec un couteau et un pain,
Blanc comme une belle dent de chien,
Pendant qu’elle rince le verre
Ou l’écuelle dans la fontaine fraiche.
Mes gars se lavent les maius,
Puis se remplissent l’estomac,
Ils mangent du pain et du fromage,
Puis pour cimenter ce mélange
Ils boivent sans honte de personne
Quatre rasades chacun.
Après ils caquettent un iustant
Laservante n’osantécouterce qu’elle entend
S’en retourne droit à la métairie
Pour s’acquitter de son devoir,
Pendant que mes gaillards plaisantent
Et se rassasient de rire,
Mais eux sont repus de passe-temps?
lls s’endorment en même ternps;
Lui et elle couchés
Sur cette herbe menue,
La seulo chemise dessus,
Au moins de la ceinture en haut.
Ils laissent ainsi tomber tranquilleinent
La plus forle chaleur de la journée...
L’Eté ne saurait être comparé à riliver, ce frileux, ceboueux, qui détruit
tout. Le Printemps tire vanité de ses fleurs; TEté n’a-t-il pas égalemen
comme parure les Lys, les CEillets, les Soucis, les Tournesols, sans compter
la fleur de la vigne, le fléau des serpents? II ne possède pas la vaiiété des
oiseaux du mois de mai ni leur musique, mais ils chantent defaim, c’est
lui qui emplit leur gosier. En revanche, il procure le chant de la Cigale, si
chère à Anacréon, et le concert des fléaux d’Estivandiers, frappant en
cadence sur l'aire, chanson bien agréable à leurs oreilles :
Per sous auzets, nat d’ets n’eygalo
Lou plasé que da la Cigalo,
La Cigalo hé més de gay
Que nat auzét deou més de May.
Nou’ y a Lunéicho. ni Meihenguo,
Cardino, Arroussignò que tenguo
Daoiiaut lou soun que bons augéts
De desoûévt ou bint lagets
Qu’eous Estiouandés hen en bate
Quant à ses oiseaux, aucun d'eux n’êgale
Le plaisir que procure la Cigale,
La Cigale fait éprouver plus de satisfaction
Qu’aucun oiseau du raois de Mai,
11 n’y a Liuotte, ni Mésange,
Chardonneret, Rossignol qui tiennent
Devant le son que vous entendez
De dix-huit ou vingt flèaux
Quo les Estivandiers íont en frappant
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£>e tres en ir^s, de quouate en quouate;
Nou y a cordos d'arrebequets
Que s’arrecorden mcillou qu'ets
Que nou manquon nado mesuro
En se bremba de la coussuro :
E Primo n’a nado cansoun
Que ’ous placio autant coumoaquet soun
- m -
De trois en trois, de quatre en quatre;
II n’y a pas de cordes d’instruments de mu-
Qui s’accordentmieux qu’eux, [sique
Ne manquant pas une mesure
En se souvenant de la coussure (1) :
Et le Printemps n’a pas une chanson
..Qui leur plaise autant comme ce son...
U Automne, il est vrai, a ses fniits, mais TEté nVt-il pas aussi les siens :
Cerises, poires, amandes, abricots, prunes et melons en abondance? Toutes
ces audacieuses n'ont donc qu'à s'incliner devant lui et il ne craint pas d'être
proclamé le Roi des Saisons.
L'Eté gascon termina de la sorte sa harangue.
C’est à M. de Belin, curé de Saint-Clar, envoyé en mission dans les
Cévennes, qu’il réserve avec intention ce poème. Le sachanl très frileux il
espère qu’il le réchauffera et le préservera de la bise glacée des montagnes-
UAutomne vient ensuite. Jolie comme un beau fruit, polelée comme une
colombe, elle porte une robe couleur de gorge de pigeon parsemée defeuilles
de saule. Elle a pour pendants d’oreille deux raisins et pour joyaux des
guirlandes de pommes entrelacées, emblème de sa richesse.
Elle se présente ainsi :
Joa soun Autouno, l’aboundouso,
La mes riclio, la més audouso
De toutos las sasous que dan
Lou tour à la terro cad’ an . . .
Je suis l’Automne, labondante,
La plus riche, la plus odorante
De toutes les saisons qui font
Le tour de la terre ehaque année
Puis il développe trois arguments décisifs qui doivent lui assurer la
supériorité sur ses rivaux : son ancienneté, sa richesse et sa beauté.
L’Ecriture Sainte n’apprend-elle pas, en effet, que lorsque nos premiers
parents entrèrent au Paradis terrestre ils n’y trouvèrent. ni fleurs, ni orge,
ni blé, mais bien un assortiment de fruits exquis mûrs à souhait? L’Au-
tomne seul existait, et sans la curiosilé d 'Adam ses pommiers auraient en
tout teraps porté des fruits :
Aro fret è calou m’ag sequo,
La bermino m’ag barbo-Iequo
Aros aquet Yoûér caytiou,
L’ahamado Primo. é TEstiou
S’en soun ta frem contro jou presis
Que de l’an m’an tounut nau mesis. . .
Maintenantle froid etla chaleur me sèchent
Lavermine mele dévore, [tout,
Puis ce misérable Hiver,
Cet affamé de Printemps et l’Eté
Se sont acharnés si vivement contre moi .
Quc do l’année ils m’ont toudu neuf mois. .
Son ancienneté établie, il fait valoir les richesse dont il dispose, et
comme titre de noblesse il place en première ligne le vin.
(1) Paiement en nature.
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lci le poète fait d’abondance et avec conviction l’éloge de cette liqueur
bienfaisante et lui assigne une place d’honneur comme bienfaitrice de l’hu-
manilé (1) :
Ay et nat cos tant estourdit
Qui nou diguo si n'ag a dit,
Que per abitailha lou poble
Lou binet es lou prumé moble;
Que talèou que manqué lou bin
Taléou lou moun prenere fìn ?
Que de tout so qu’eou moun abito
Lou bin es la berayo bito ?
II n’y a pas un être si étourdi soit-il
Qui ne proclame s'il ne I’a fait,
Que pour reconforter le peuple
Le vin est le premier éléraent;
Sitôt que le vin fera défaut
Aussitôt le monde prendra 0n?
De tout ce qui habite dans ce monde
Le vin est la véritable source de vie?...
Le vin provoque des couleurs naturelles que tous les fards et vermillons
du monde seraient impuissants à produire Noé aurait-il eu cette face
colorée et réjouie qu’on lui connaîl sans son secours?
Mais cela est encore peu de chose, car son principal mérite est de réchauffer
le corps et l’esprit. Avec la gaillardise qui lui est habituelle il insinue qu*il
agit également sur les sens :
L'amou tabe es escauhuro,
Bout’en umou la creaturo
De hé d’autés creaturous,
Tant et es caut é berturous;
E l’om beyre léou ses s’ajudo
La semenco de gens perdudo.
Et escanhuro jour é néyt
E nou y a milhou ’scauho-liét,
Ses poou que la calou s’eybenté,
Qu’un picharroun de bin eou bente. . .
II réchauffe également l’amour,
Et met en disposition la créature
D’engendrer d’autres rejetons,
Tant il est chaud et prolifìque;
Et l'on verrait bientôt sans son aide
La semence des gens se perdre.
II réchauffe jour et nuit
Et il n’y a pas de meilleure bassinoire,
Sans crainte que la chaleur s’évente
Qu’une petite chopine de vindans leventre.
Dastros passe en revue les effets merveilleux de ce breuvage nompareil.
Son emploi conserve la force et la santé touten préservant de la peste et des
maladies qui affligent I’humanité. Mais son rôle est plus étendu, car il donne
du courage au lâche et au poltron et met dans le coeur du déshérité un peu
(1; Avant lui Du Barlas, en parlant de la vigne, s’exprimait ainsi :
Son fruit pris par corapas les esprits viuifie,
Enhardit un coeur mol, les cerueaux puritte,
Resueille l’appétit, redonne la couleur,
Les conduits désopile, augmente la chaleur,
Engendre le pur sang, le troublé subtilize.
Chasse les excrémens, l’entendement aiguise,
Espierre la vessie, et preserue nos corps,
Du Lethe, ja voisins, de cent sorte de mors...
Pline (liv. 23) signale à son tour douze effets produits par l’usage du viu pris
modérément.
Dans son liv. 19. chap. v, « on peut asseurer à bon droict, dit-il, qu’il n’y a rien de
plus utile aux forces du corps ni plus pernicieux si on en abuse. »
C’est aussi l’avis de V’irgile, quand il dit dans uue de ses Epigrammes :
Nec veneris, nec tu vino, capiaris amore.
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cTespérance, le faisant revenir de la mort à la vie. II calme la douleur de
Tamante éplorée et assoupit celle dú veuf inconsolable. Si le vin est agréable
à la créature, il réjouit Dieu, le créaleur.
II termine son apotbéose en disant :
Nous trouban dounc qu’an aquet counde Nous trouvons donc qu'à ce compte
Lou bin es la joyo deou moundc, Le vin est la joie du monde entier,
E mes la joyo deou Céou, Et de plus la joie du ciel,
Y atau lou més precious jouyéou... Ce qui le rend le joyau le plus précieux...
Son enthousiasme pour le vin, objet de ses prédilections, ne s’affaiblira
pas, loin de là; nous aurons occasion d'y revenir.
L’Automne continue son plaidoyer en démontrant l’impuissance de ses
rivalesqui ne peuvent se passer de lui. L’Elé rócolte du vin en abondance,
mais que feraient ses faucheurs s’ils n’avaient durant les chaudes journées
du vin pour se désaltérer et se réconforter? II peut se suffire à lui-mème :
il a du millet qui, mêlé au lait, 'lui procure un met délicieux; il a encore
le maïs qui lui donne une bouillie exquise et un pain succulent, nourriture
saine, le tout arrosé de quelques verres de vin.
Enfin il a ses fruits qui sont |une autre richesse, et il est en droit
d’être fièr de leur beauté, de leur succulence et de .leur utilité, qualités
appréciées par les pauvres et lcs riches.
Le Printemps a revendiqué avecraison sesíleurs aux brillantescouleurs,
mais comme tout cela est fragile, cette belle parure ne vit que l’espace d’un
matin :
Flou, mirailb de la bito umano,
Qu*un hat arrecusé debano
Aquo ’s ta tendre é temeruc
Qu’un soul bouhet, un petit truc,
La raendre causo que la toquo,
La desaunoro, é la defloquo. . .
Fleur, miroir de la vie humaine,
Que le moindre souífle dtHruit,
Tout cela est si fragile et craintif
Qu’un seul coup de vent, un petit choc,
La moindre chose qui la touche
La âétrit et la déflore. . .
Tandis que son ceuvre est plus durable :
Moun frut arre d’aquo nou creing,
Car oun més moun frut om estreing,
Oun més moun frut om pautinejo,
Més moun frut flayro é sabourejo...
Mon fruit ne craint rien de tout cela,
Car plus on le serre,
Et méme plus ou le tripote, [savoureux. . .
Mon fruit embaume davantage et esf plus
Si la fleur flatte l’odorat et Ja vue, le fruit ne le cède en rien et est
agréable à la bouche. Quoi de plus beau qu'un verger avec ses longues
allées d'arbres en espaliers chargés de fruits? Dastros en profite pour nous
décrire toutes les diverses variélés de poires et de pomrnes qui existent
encore de nos jours.
Si le Printemps bénéficie du chant mélodieux de ses oiseaux, l’Automne
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se rattrape amplement durant celte saison, qui les rend gros et gras et
bons à mettre à la broche.
11 disparaît plein de confiance dans le résullat.
Ce chantest destiné à M. de Lucas, juge criminel d'Armagnac, à qui il
est dédié pour deux raisons : la première, parce que c’est la Saison où
on chome Saint Luc, patron des Lucas; la seconde :
Rous éts biéilh, e éro que porto
So que lous biéilhs arreconforto,
Nou cau pas éste gran deoûin
Per debina qu'aquo ’s lou bin :
Car an d’un ome de bost' atge
Lou bin es lou milhou poutatge
Vous étes vieux, et elle produit
Ce qui reconforte les vieillards,
11 ne faut pas étre grand prophòte
Pour deviner que c’est lò vin :
Car pour un homme de votre âge
Le vin est le meilleur potage...
L ’Hioer, au teint enluminé, au visage rubicond de Chérubin , ferme
la marche. Grand et gros, il est enveloppé d’une ample pelisse; une coiffe
garnie de dentelles retient scs cheveux mal peignés, et sa grosse tète est
recouverte d’un chapeau qui ne laisse paraître que le bout du nez. 11 est
ganté de mitaines eí chaussé de pantoufies rembourées de paille.
Plein de confiance dans la bonté de sa causc il s exprime ainsi :
Jou soun Youér lou sanetous, Je suis l’Hiver le sain,
Lou ben-aysat, lou bouluptous; Le bien-aisé, le voluptueux;
N’est-il pas de toute justice de reconnaître en principe quele Maître doit
toujours avoir le pas sur les serviteurs. Or, le Printemps, FEté et FAutomne
ne travaillent et ne récoltent qu a son intention; le créateur de toutes choses
en a ordonné ainsi. Si le monde profite de tant de choses délicieuses c'est
grâce à lui qui en est le père comme la terre en est la mère :
Jou, jou que soun ses nado mérro
Lou mascle qu’empreigno la térro;
Jou, jou que soun lou qui la héou
May dab moun tor é dab ma néou,
May qu’esperich, flourich é grano,
Automen éro sire mano...
Moi, moi je suis sans nulle plainte
Le màîe qui féconde la terre;
Moi, moi je suis celui qui la rend
Nîère avec ma gelée et ma neige,
Mòre qui fait éclore fleurir et grainer,
Sans cela elle serait stòrile...
L’Hiver est le repos des laboureurs- C’cst alors qu’ils jouissent du fruit
de leurs peines; le grenier, la cave et le poulailler sont approvisionnés. Ils
s’invitent mutuellement en de joveux festins. L’Hiver appelle la joie et
chasse les soucis; il a ses plaisirs à lui qui sout des plus variés. Le poète
nous dépeint ces récréations au coin du feu avec une exactitude, une variété
de coloris digne d’un éminent artiste :
Quing plasé n’es pas et aquó, Quel plaisir n’es-ce pas,
Quing plasé toquo més au cò, Quel plaisir touche plus au cceur,
Qu’esto tant que la biso hisso Que d’être quand le vent du nord siífle
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— 177 —
Sarrat en uo bouno perisso?
Daouant un grand roudau de houec,
En un loc caut i* plnn sec,
Ouu arren que Diou soulet n’entre
En bet s’acarailha, dementre
Que lou Goujat tasto’ un Capoun,
Que la Goujo tiro deou boun.
Que lous Hils tournon de la casso,
Touls cargats dc benesouu grasso
De Eébes, d’Arrouquets, de Guits,
De Becados é de Perdits ?
(jue l’Aujouleto dits un coumle
De tout so que sès hevt eou mounde
Despuch quouate bins ou cent ans,
En doundoureja lous Ehans ?
Que l’Aujoulet quadeja rabo
En bét hé crabo s’és-tu crabo,
Dab lou bastoun tiro ’n darré
Las castaignetos suu larét...
Serré dans une bonne pelisse?
Devant un grand cercle de feu,
En un lieu chaud et bicn sec.
Où rien que Dieu seul ne pénètre
En se chautfani bien à la flamme. pendant
Que le Garcon mange un chapon,
Et qne la Servante tirc du meilleur,
L.es Fils 1 entrent de la chasse
Cliargês de venaison grasse,
De Lièvres, d’Oiseaux, de Canards,
De Bécasses et de Perdrix ?
Que l’Aïeule dit un conte
De tout ce qui s’est fait dans le monde
Depuis quatre-vingts ou cent ans,
En berçant les Enfants ?
Que l’Aïeul qui déjâ divague
Va-t-en faire chêvre si tu es chèvre,
Avec son bâton retire en arrière
Les chàtaignes sur le fover...
Voilà pour ies riches, mais cette saison ne trouvera pas le paysan prisau
dépourvu. 11 aura lui aussi sa provision de pain, de vin et de piquelte; il
ne manquera pas de salé d’oie ou de porc pour faire la garbure, ni de la
farine de maïs pour sa bouillie dc prcdilection. 11 aura sessabots rembour-
rés, un bon tricot, du bois ct des mottes pour se préserver de la bise glacée.
Ses récréations auroni tout autant d’attrait :
Nou y a mage plase qu’aquct
D'escouta lour gadau caquet,
Pendent que la praubo Aujoulcto
Hé lou houec debat la ouleto,
Ou dementre que l’Aujoulet
Lou hé debat lou payroulet.
Que lou I3oué pleguo uo treseguo,
Ou que carpento uo maneguo;
Que Nicoulau herro ’n esclop,
Dab sa Margoutoun tout au prop
(Ju’en canta de hila s’ahano,
QueJouano coux, que Jouan debano,
Que Marioun penchiuo lin,
Qu’er’ aoué encoué deguens l’esclin,
Que Lucio neteje arrabissos,
Que Pey pedasso las garbissos,
Que 1’ AoueiUiê se hé ’n garrot,
Que Counclourino dab Peyrot
Se hén l’amour à las couchados,
A tauhenats é à ’squissados,
Denquio qu’an amassat calou
E boutat fort béro coulou.
Qu’ets disoun d’uo fayssoun gentilo,
Arreproués cent é més milo,
11 n’v a pas de plaisir plus grand que celui
D’écouter leur joyeux caquet,
Pendant que la pauvre Aïenle
Fait du feu sous le pot,
Ou pendant que l’Aïeui
En fait sous le chati iron.
Que lc bomier ploie ie lien d’osicr
Ou qu’il charpente un manche de charrue;
Quc Nicolas ferrc ses sabots,
Avec sa Margunrite à ses cólés
Qui se dépèche de filer en chantant,
Que Jcanno coud, que Joan dévide le 111,
Que Marie peigne le liri,
Qu’elle avait encore dans l’armoire,
Que Lucitì nettoie des raves,
Que Pierrc racommode les Hlets
Que le berger se prépare une crosse,
Que Condorine avec petit Pierrc
Font i’ainour aux entorses (à qui se ren-
Aux agaceries.etcoups d’épaules. jversera)
Jusqu’à ce qu’ils aienl ramassé cliaud
Et mis fort belle couleur.
Us disent ensuite d’une gentille faeon
Cent et même miile proverbes,
13
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Qu’ets hén à milo jocs plasens,
A milo plases inoucens...
- 178 -
Ils font ainsi à mille jeux plaisants;
A milie plaisirs innocents. . .
S’il provoque partout la joie et les plaisirs, c est aussi une saison de
santé qui s’ouvre à Noel et que le Carnaval vient clore :
Moun poude saberuc é noble
Porto santat â tout lou poble,
Purgui l’ayre, purgui lou cos,
I.a car, las béos é lous os,
Purgui l’uinou. cassi la réoumo.
Dissipi la gahanio fléoumo.
Desenfecichi tout lou moun.
Ne tiri pésto é mes carboun,
Atau gouarit tout m’ag engréychi,
'i'a sabourousoment m’ag péychi,
Atau tout se m’enflo è me crevch,
Tout m’es joyous coumo lou peych...
Mon pouvoir savant et noble
Procure la siinté i'i tout le peuple.
Je purge i’air, ct le corps,
La chair, les veines et les os,
l.’humeur, je chasse la bile
Je dissipe la gluante mélancolie,
Je dcsinfecte tout le mont,
J’en retire la peste et méme le charbon,
Ainsi gucri. j’engraisse toul
Et je m’en repais savoureuscment.
Ainsi tout me profite et me grandit,
Tout m’est joyeux comme au poisson...
Aucune autre ne saurait raisonnablement lui dispuler le prix. Dastros,
réserve THiver Gascon, à son grand ami Pierre , Simon de Sarrant ;
aptès lui avoir désiré de vivre cent hivers, en se prêservant de l'Enfer, il
ajoute :
M’es s’aquesto sasoun oun glaço
En esta plan sarrat se passo
Jou t’acousseilhi, Moun Sahiiant,
D’esta plan sarrat c sarrant,
Que tas aguilhetos tu sarrcs.
Que traucs é hendassos tu barres
Deous sabatous denqui’au berret
S’es questioun det’ gouarda de fret.
Més s’es questioun de bouno chéro
E de hé tinda Ja bavchéro,
Jou t’acousseilhi, M oln Sahhant
De n’esie sarrat ni sarrant
Mais si cette saison ou tout gcle
Se passe â condition d’ctre bien couvert,
Je te conseille, Mons Sarrant
D’ctre Lien serré et serrant,
Que tu attaches bien tes aiguillettes,
Et que tu bouches íentes et trous,
Depuis les pieds jusqu’ìt la têie
S’il est question de te préserver du froid.
Mais s’il s’agit de bonne chère
Et de faire tinter la vaisselle,
Je te conseille, Mons Sarrant
De n’êire serré ni serrant.
Le Berger, arbitre en dernier ressort, récapitule les différents plai-
doyers. II se garde de faire des mècontents, et en juge avisé qu'il esl, trou-
vant que tout est pour le mieux dans l’ordre régulier des saisons, leur
donne à chacune tour à tour raison, dans l'arrêt suivant dont nous ne cite-
rons que les trois dernières strophes :
Si toutos an dounquos rasoun,
Qui’n gausara couiulamna nado,
Ni boula de touto 1 ’annado
L’uo daouant l’auto ìrasoun?
.si cau et toutjour un Arrcst
Sur aquero dousso countcsto,
Ajats I’aureilho touto prcsto,
Deou prounouncia jou soun tout prést.
Si toutes ont donc raison,
Qui osera en condamner aucune,
Ni raeltre de toute l’annéc
L’une devant l’aulre saison ?
S’il faut malgrc tout un Arrêi,
Snr cette doucc contcstation
Ayez l’oreille toute dressce
Je suis tout prôt à le prononcer.
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— 179 —
Asso’s un Arrést plan estret
Oun nou y a que tres parauletos,
Tenguéis donc las aureilhos dretos
E rechenguéts ; roi ros ax dukt.
Ceci est un Arrêt bien ctroit
Où il n’v a que trois petites paroles
Tenez donc vos oreilles droites
Et rctenez : Toufo,< ont droit.
Les Sctisons, furent imprimées séparêment ; dès lenr apparition elles
obtinrent un suceès méritê. L’auteur reçut de nombreuses félicitations de
la part de ses amis et de ses admirateurs qui lui adressèrent des Odes, des
Sonnets et des Madrigaux qui figurent dans ses ceuvres.
Tout se passera de mème dans son Poème des Quatre Eléments où
chacun des plaidoyers est aussi long que Tensemble de celui des Saisons.
II débute également par le prologue du Berger.
Les Saisons , ravies du jugement qui a mis fin à leurs rivalilés, oat
répandu au loin la célébrité du sage pâtre de i’Arrats.
Les Eléments , depuis longtemps en désaccord, viennent à leur tour le
prendre pour arbitrc.
Quand ce dernier vit le Feu^ briller d'un si vif éclat, il faillit pcrdre con-
tenance. II était suivi de YAir, vôtu de plumes, les ailes déployces et
enflées par les vents. Toute d’azur, d’argent et de cristal, VEau venait
après lui. La Terre , d’un pas majestueux, chargée d'herbes et de fleurs,
fermait la marche, mais sa robe fleurie était légèrement crottée dans lebas.
Après avoir expliqué leur requête, le juge prend place sur un petit tertre»
et pour lui éviter des distractions, les Eléments commandent autour d’eux
le plus grand silence. Tout se taU dans la nature, le Soleil lui-mème, pris
de curiosité, arrête sa course pour y fourrer son oeil.
Le Feuy commence ainsi son plaidover :
Jou soun lou Houec, aquo’s prou dit,
Per mucham’ coumo dab lou dit
Au bêsin è mès à l’estrani,
Deous Elomenslou capitani...
Je suis le Feu, cela est assez dit
Pour montrer comnic avec le doigt
Au voisin et méme à i’êtranger,
Que je suis le capitaine des Elémcnts...
II s?attache d’abord à dcraontrer son ancienneté qiTon ne sanrait raison-
nablement lui contester :
Ou quau es l’armo ta merméqiio
(jue nou sab que la man genéquo
Que toutos eausos congréec
Aprcs lous Anjous me créec ?
Daoûant qu’estené aquero manto
Doou ( óou, que tout lou moun amanto,
Ni gahev aquets elas lambéous
Qu’au moun serbichoun de flambéous 1
Daoûant que nou cauésso i’ayre,
Deous crums é deous bens lou repayre ?
Daouant que nou boutés à punt
Où est donc I’ûine si naïve
(jui ne sache (pie la niain adroite
Qui conrut toutes choses
Me créa après les Anges ?
Avant (tue d’ctendre cette voûte
Du t’iel. (pii enveloppe lTTiivers,
11 attacha ces útoiles lumineuscs
Qui servent de tlambeaux au monde,
Avaiit qu’il ne chasse I’air,
Hepaire dcs nuages et des vents ?
Avaut qu’il ne mit â point
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— 180 —
La Térro per nou branla punt?
Daouant que dés à la ma holo
Son liéyt, son claus, é sa bousolo ?
Eníin daoûant Térro, Ayre, Ma,
Diou eoumencéc de m’alaina
l'.n rihêr, per puni l'audacio
D’aquet Anjou de qui la gracio
Lou tentéc de boul’esta Diou,
Causo qu’et decajouc d’aquiou
K dcg dab tout uo gran’ armado,
Au miéy de ma braso alamado
Fer demoura’v éternauoment...
accablant de ses supplices Lucifer et ses complices, iníligeant aux méchanis
des tourments sans fin.
DieUy dans son pouvoir absolu a contraint. sa flamme si goulue à s’ali-
menter sans matière dans ce séjour de raisère, vivant sur les esprits bien
que dépourvus de chair et de graisse où sur les ámes des damnès maigres
et décharnèes.
Sur terre, il nen est pas de môme, car il a donné aux liommes le souci
de pourvoir à sa nourriture s’ils veulent obienir d’elle des services. Aussi
son brasier s eteint-iì si;ôt qu’il mauque de combustible? 11 est du reste de
bonne bouche car il mange de tout, foin, paille, fer, bois, viande crue ou
cuite, iiommes, animaux, cháteaux, villes, villages, landes, bocages, hnile,
graisse, soufre, lêrèbenthine, poix, résinc, laine, lin, pain et vin; tout lui
est bon. Mais,
La Terre pour qu’elle ne branle plus ?
Avant qu’il ne donne à la mer furieuse
Sou lit, ses limites ct sa boussole ?
Eníìn avant ia Terre, l’Air, la Mer,
Dieu commença à m’allumer
En Enfer, pour punir l’audace
Dc cet Ange. de qui la gràce
I.ui suggéra de vouloir ctre Dieu,
Cause qu’il fut prccipitc dc là
Et tomba avcc toute une grande armce
Au milieu de ma braisc cnílammce
Pour y scjourner cteruellemcnt...
Ouu jou souti perfcvt Elomcnt,
Oun soun besin deou Eirmomcnt,
Aqui n’é jou besomng d’ajudo,
Foou de ciupsis ui de cajudo,
Ni n’c besouing de maleoua
Fer de hame m’arreleoua ;
Aqui jou medich m’alimenti
Scs aliment. e me countemi
De so que jou c, coum’ un Bourges
En sa Cioutat, coum’ un Fages
.Sasit é plen denquio la cordo
Se biou countent degucns sa bordo.
Aquiou lou Creadou dc tout
Me bailléc cartic tout sadout,
Daouant que bouta’u soun repayre
L’Ayguo, ni la Tcrro, ni l’Ayre. . .
Ou je suis un Elcment parfaii
C’est quand je suis voisin du lirmament,
Là je n’ai pas besoin d’aide,
Feur des cclipses, ni des clnites
Ni méme besoin de prendre
El de mc relever quand j’ai faim ;
Là méme je m’alimeute
Sans alimcnts, ct je me contento
De ce que j’ai, coinine un Hourgeois
Dans sa citc, coinme un Paysan
Satisfait et rempii jusqu’à la cordc
S’il vit hcurcux dans sa métairie.
l.à le Crcateur de toutes ehoses
M’assigna quartier tout repu
Avant que de placer en son repaire
L’Eau, la Terrc ct l’Air. ..
Mais diront ces derniers, si le Feu est notre aìné, ii doit mourir plus tôt?
L’argument est sans valeur, car il n’exisle pauvre d’esprit, si ignoranl,
soit-il :
Quo nou sabio qu’au darrc dio Qui ne sache qu’au dernier jour.
Quan lou Sourcil que tout espio Quand le Soleil qui éclaire tout
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— 181 —
Hara soun clupsis éternau.
Qu’om nou beyra plus nat seignau
Au Cèou. de lugras, ni d’estelos
Qu’arô brillon coumo candelos,
Oin bevra pérde é s’abisma
L’Ayre, la Térro, é mes la Ma,
E jou tout soul que diouv-éste
D’aquero destruction Iou méste :
Jou diouy hé Ja ma seca,
Jou diouy la terr’ aluca,
Jou diouv tout boutag’ en cene
E On à tout lou moun hé prene. . .
Fera son éclipse éternelle
Qu'on ne ven*a plus le moindre signe
Au Ciel, de planètes ni d’étoiles,
Qui maintenant brillent corame des chan-
()n verra disparaitre et s’abimer [dclles*
Ï/Air. la Terre et même la Mcr ;
Et moi seul je dois étre
I.c Maitre de cette destruction :
Je dois faire sécher Ja mer,
Je dois fairc embrascr la terrc,
Je dois tout réduire en cendres
F.t faire prendre fìn à toutes choses...
Et cela est si vrai, que Foraele divin le nomme le feu éternel. Quel est
donc le lémérairc à moins qu’il ne soit fou,qui ose prèlendre le contraireV
S’il a pour lui la vieillesse et la durêe, il n’est. pas pour cela exempt de
noblesse. Ce n’esl pas sans intention que le Créafeur lui a dêsigné pour
patrimoine, la plns honorable région dont il est le plus bel ornement, car
il est :
Noble per ma claro berou,
Noble per ma béro clarou,
I.aquau lou Soureil me malcoiìo
Touts lous matis quan et se lcouo
Coumo doctoment déclarcc
Aquet sage quan apérec
En Alhcnos la inau hadado
Lou Soureil uo pèiro enhoiiegado.
Atau d’vo sano é santo bu\
Joti soun dit lou Pay de la lux,
Qu’au Céou aluqui las J^stejos,
Qu'en térro aluqui las candelos...
Noble par ma beauté étiiicclaute,
Noble par ma belle clartó,
Quc le Soleil mc subiilise
Quand il so lèvc tous les matins
t'omme le dóclaradociement
(’e sage. quand il appela
Dans Athènes, la mal inspiréo,
l.e Solcil une pierre eunamméo.
Ainsi d’une saine et sainte voix
Je suis reconnu le Père de la Jumière,
Qui allume au Ciel les Etoiles,
Et les chandelles sur terre. . .
Rien ne peut se faire sans son eoncours ; sans lui. Ia nature ne serait
qu'une nuit obscure et Fhomme ne pourrait lire ni éerire :
Enfin si soun bâ é perfcyt
Om couneych la causo a l’efféyt,
Or. lou men, si jamés ta bisto
Arregausich tou armo tristo
Daoûant quauque gracious oubjét,
Da m’en â jou soul lou subjét...
Enfìn si je suis beau et parfait,
On en counait la cause aux cffcts;
Or, pour moi, si jamais ta vue
Héjouit ton âme triste,
Devant quelque objet gracicux.
Attribues-en à moi seul la cause. .
Mais sans pureté, sa noblesse serait pour lui unecause de faiblesse. Sur
ce point encore sa supérioritéestévidente. Cest Iui qui ehasse les impuretés
de l’air ; sans lui, la Terre ne serait qu'un foyer de pestilence, TEau qu’un
amas de vermine. Son rôle bienfaisant est donc de pnrifier ce qui est
empoisonné, de pourchasser et d’éloigner tout ce qui est gâté et putrétìable.
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— 182 —
Si son Soleii et ses étoiles sont là-haut hors d'atteinte de tout mélange de
matière suseeptible d’entacher leur pureté, en revanche ici-bas la crasse de
celle qui le nourrit, êpaissit sa ílarnme en allérant la limpidité qu’elle
possède dans les sphèrcs élevées. Cest là du reste le seul défaut qui
lc défigure, par accident, il est vrai, et non par nature. Aussi est-ce avec
impatiencc, que sa ílamrne s’élève vers le Ciel, fuvant les basses règions à
la recherche du repos dans son centre qu’elie gagne au plus vite.
Sa pureté ne saurait donc ètre mise en doute. C’est êgalement le plus
saint des éléments, celui dont Dieu se servit le plus souvent.
II apparul à Moïse sur le Mont Horeb (1) taritôt sous la forme d'im buisson
ardent, tantôt dans le désert, sous celled’une colonne de feu. 11 en fit de
môme sur le Mont Sinaï quand il voulut donner ses commandements à
son peuple, que Moïse insc.rivit sur les tables de la loi ; c’est au milieu
d'éclairs et de tormerre qu’il dicta ses volonîés et c est sous la forme d’une
iangue de feu qu'il descendit dans le cénacle sur ses disciples.
Le Feu, chez certains peuples qui ignorent la Divinité souveraiue, n est-il
pas adoré comme la créaiure la plus noble de la nature? II est sans conteste
le plus sainl, le meilleur, le plus puissant, qui réduit en cendres le
méchanl :
Or, puch que Dious a jou m’a pres Or, puisque Dieu ma choisi
Per espleyta so qu’antrepres Pour exécuter ce qu’il a entrepris
De mes important é de mage, De plur iinportant et de plus grand,
Lt me diou plan tengue per sage... II doit bien me tenir pour sage...
Tout cela est peu de chose, quand on envisage son utililé, les services
multiples qu’il rend. S’il procure à Phomme la lumière, il produit aussi le
feu pour cuire ses aliments et le réchauffer durant Fhiver. Sans lui nul
métier, petit nigrand, nesaurait fonctionner, il estsans contredit indispen-
sable. 11 se résume, en disant :
Tamouéns que coum’ à soun .Seignou Témoins, conmie à son Seigneur,
Cau que tout bouque daoiiant jou II faut que tout s’incline devant moi
Puléoii que dentra’n nat uzatge, Avant que d'entrer en usage,
Cau que tout me rendo l’oumatge. 11 íaut que tout mc rende hommuge,
!•; cau que tout, é feble, é fort II faut que tout et faible et fort.
Prenguo de jou soun passoport. lTenne de moi son passeport.
Couliêsso donc, Ome. couliêsso Confesse donc, homme, coníesse
(Jue jou soun la més raro pésso (vHie je suis la picvc la plus rarc
E lou présent lou més perfêvt Kt le préseut le plus parfait
(vHi’aci lou gran Diou t’ajo heyt... <v)u’ici bas le grand Dieu t'ait íait. . .
L 'Air s’avauce à son lour et se présente en ces termes :
L’avuiì que soun, aquo’s plan prou C’est moi qui suis l’Air. cela est assez
De t’aoue dit mon nora, Pastou, De t’avoir dit mou nom, Bcrger,
(1) Horab , moiil de l’Arabic Pétrée, à l’Ouest et près du mout Sinaï.
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— 183 —
Per me hé jutgea lo courouno
De touto la Machino ardouno,
E te hé crida prountomens
Vivo lou Hey deous Elomens.
S’ey arren que de jou se payre,
•Si degun pot bioiie ses avre,
Jou Tag perdouni si noum’ teng
En aquet aunorablc reng
Pour me faire adjuger la couronne
De toute la machine ronde ;
Et te faire crier promptement
Vive le Roi des éléments.
S’il existe rien qui se passe de moi,
Si personue peut vivre sans air
Jc le 1 ui pardonne, s'il ne mc maintient
Dans ce rang honorable. . .
Sacauseest si ricbe en argumetils, qu’elle s expliqtie d'elle-mème. En
effet, quantl Dieu créa l’Univers il commença par le Ciel dont 1 air faisait
partie, lcs autres éléments ne sortirent du Chaos qu ’après lui, cequiétablit
son cìroit d’ainesse. Si l’âge lui procure une supériorité sur ses adversaires
il aura également la satisfaction de se débarrasser d’eux un beau malin,
car Ie feu mutin déclarera une guerre si achurnée à Teau et à la terre, qu'il
desséchera la première et rèduira en eendres la seconde, parce que Dieu a
résolu dabandonner àce goulu toute la matière atin d’en retirer toutes les
impuretês et s’installer propremcnt lorsqu'il viendra juger les honnnes. Or
son tròne sera dans les Airs parce que de tous les Elétnents, ce dernier
vivra èternellement.
Condamné à ne se suííire qu'avec la matière, le feu disparaîlra dès qu’elle
lui fera dèfaut. Bien que sa braise gourmande trouve dans l’airce quelle a
besoin, elle ne saurait pourcela avoir prise sur lui :
Jou soun trop cla, trop pur, trop rare,
Au contrari son lam barbare
Quan lous autes dus minjara
A jou tout qu’eni’ nctejara
D’aquet halusé harpassaillo
Quo 1‘ayguo è la tèrro esparpaillo,
De tant d atomos é de hunis,
De tant de vapous è de crums,
Sos mi lecha n id’ ariqueto,
Ni més la mendre queriqueto.
Y’ atau purgat é descrassit
E coum’ un cristail enlusit
Ma gayo è ma dousso presencio
Creychera deou Cèou la plasenc:o...
Je suis trop clair, trop pur, trop rare,
Sa flarnme barbareau contraire
Quand elle absorbera les deux autres
Me nettoiera lout entier
De ce tas d ordures et de troubles,
Que l’eati et la terre dispersent,
Des nombreux atomes et de fumóes,
Des vapeurs et des nuages,
Sans me laissor la moindre poussière
Ni le moindre fôtu.
Ainsi purgé et décrassi
Et reluisant comme du cristail
Ma joyeuse et douce présencc
Croitra l’agrément du Ciel...
La Terre peut faire valoir ses dimensions d’onze mille lieues, et l’Eau,
celte autre folle, son ètendue insignifiante :
Aquo rs yo petito aygarolo, Ç’est là un petit âlet d’eau,
Yo laqueroto de mon pich, Une petite flaque de mon urine,
Ma bourméro, mon escoupich... Ma morve, ma salive...
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— 184 —
Combien grande est la différence du centre à la circonférence ?
La circonferencio jou héou Je fais la circonférence
Despuch la têrro denqui’ au Gêou, Depuis la terre jusqu’au Ciel,
E rayguo é la térro junidos Et l’eau et la terre rêunies
E coum'un testoun arroundidos Comme un téton arrondies
Hen lou centre que nés arren Font le çentre qui n’est rien
Au respét de l'espasi men. . . Comparé à mon cspace...
C ’cst dans cet amas quc le feu occupe sa place dans Tcspace, ayant
conscience de son exiguité, car lanature le-tienten prison, comme dépourvu
de raison sous la forme d'un beau caillou, d?une bclle pierre.
Que devient alors cette Sphèí’e mensongère dont il se vantait? Si ce feu
imaginaire exislait au-dessus de l’air, comme il le prétendait, il aurait de
l’épaissenr, de la chaleur. La nature prévovante ìva pas jugé à propos de
détruire l’harmonie des saisons en gratifiant les hommes d’un été éternei.
S'il en était autrement d'où ce feu tirerait-ii tant de pàture ?
Qu’es so qu’et n’aure pas mingeat Que n'aurait-il pas mangé
Despuch est’aqui haut loutjat? Depuis qu’il est logé là haut?
Et s’aure mingeat Céou é tórro, II aurait absorbé Ciel et terre,
Em doubti qu'aure hêyt la guêrro Je me doute même qu'il aurait fait la
Denqui’ aus pourtaus de Paradis, Jusqu’anx portes du Paradis, [guerre
E héyt la guerro à Diou medis?... Etdéclaré laguerreà Dieu lui-même?. .
N’est-ce pas un autre mensonge aussi manifeste à l'adresse de cenx qui
prétendent l’existence d'une mer hypothétique suspendue au-dessus de Tair
corame un menu nuage (1). Qu’on songe quel serait rètai nêcessaire pour
souienir cette masse séparée de son centre et ainsi suspendue í
Be beses si ’n dret jou nou soun Tu vois si je n’ai pas le droit
E si nout cìisi dab rasoun Et si je n’ai pas raison de diro
Que denqui’ au celéste repayre Quo jusqu’à la demeure céiesto
De l*i têiTo en-la tout es avrc, De la terre au-delà tout est air,
L’amic, ni nout sio degréou, L’Ami, il nc te sera pas pénible
De crese que lou mcdicli Céou De croire que lc Ciel mème
Per dessus lou loc deous auratges Par dcssus le lieu des orages
Nês qu’un ayre à dibcrs estatges N’est qu’un air à divers étages
Destingats per aquets lugras Distinguê par quelques grandes étoiles
Que nous esclairon aci-bas Qui nous éclaircnt ici-bas
Lugras do qui Tastofo riclio Etoiles dont la richc étoffe
Es de ma matiero inedicho, Est faite de ma matière mèrne
Soun quo soun raés espessits Si ce n’est qu’elles sont plus èpaisses
E dab aquù més cnlusits .. Et par cela seul plus ètincelantes ..
(1) II fera tout à l’heure valoir ceite thèse pour les besoins de sa cause.
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— 185 —
Le Paradis iui-inême, n'est après tout qu’un air doux embaumé de cent
mille odeurs que Ia claire essence divine illumine de ses rayons.
II est également le plus beau des Eléments. C'est vers lui que l'homme
jette ses regards avec le plus de plaisir pour jouir de sa clarté. Cest lui qui
est le plus regretté du prisonnier, du maladc et de Taveugle. Si l’Eníer,
séjour de ténèbres, souffre de son absence, par contre le Paradis, oii les
nuits n'existent pas, est son séjour privilégié.
Existe-t-il rien de comparable au levcr et au eoucher du Soleil ? Mais ce
n'est pas tout. Son cbef-d’ocuvre. son jo)?au est sans contredit Tarc-en-ciei
dont le poète fait une description charmante. Scs adversaircs n’ont rien
d'aussi paríait :
Que moun arc, qu’aquet arc ses cordo,
Arros de la misericordo
Que Diou aus omes prounietouc
Quan aquet bet arc et tenouc,
Cap d’obro de sa man genéquo,
Arc ses bronc, scs plec, é ses péquo,
Arc de naturo I’ournoment,
Arc de l’oine restounoment,
Arc deous sabens la méreoiiillo
Mês que tout so que peou Céou brillo,
Arc l’assegurat prounoustic
Deou paysant lou més roustic,
Car Tarcoulan de la maytiado
Tiro ion bouc de la laurado
(Dits et) c l’arcoulan deou cé
La maytiado noun es arré. . .
Que mon arc, qne cet arc sans cordc,
Rosêe do la miséricorde
Qne Dieu promit aux hommes
Quand il tenditce bol arc,
Chef-d’oeuvre de sa main génêreuse,
Arc sans noeuds, sans plis et sans peau,
Arc ornement. de la nature,
Arc rétonuement des hommes,
Aro la merveille des savanls
Quibrilleplusque toutcequiest au ciel,
Arc le pronostic assuré
Du paysan le plus rustique;
Car l’arc-en-ciei de la matinée
Tire le bouvier des champs,
(Dit-il) et Tarc-en-ciel du soir
Ne produit rien dans la matinée. . .
C est là son triomphe; iTaurait-il que cela ce serait un titre suífisant de
noblesse.
11 est le plus saint, car Dieu, en toutes circonstances, Ta cboisi comme
exécuteur de ses oeuvres surnaturelles; il est dc plus son grand maìtre de
rartillerie, et comme honneur suprème, c’est dans I’air que To?uvre de la
Rédemption s'est accorapiie :
Ses touca coumo qnad’ un sap Sans toueher comme chacun sait
A terro, de pé, ni de cap? A terre, de pieds ni de tètof
Quant â son utilitc, elle ne saurait ètre inise en doutc. C'est entre ses
mains qira êté confiée la corne dabondance pour distribiier sans compter
aux hommes leur subsistance :
Diou que m’a de soun pouchant dit Dieu m’a de son puissam doigt
En tres estatges despartit, Départi en trois étages,
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— 186 —
La deou miéy, la haut è la basso,
De quadun’ a héyt coum’ uo placo,
Ou couni’ vo boutiguo oun et teng
La marchandiso quet’ arbeng;
Sur mon bas soun las ronsadetos
Que destinglon las maytiadetos
Coumo jjerletos suu easau,
Suu camp, suu prat, per arrousau
Au tems que l’arroussignò canto,
Quan Floro la Nympho fringanto
Hé ílourcja soun senc audous
E m’embaumo de mill’ aiulous.
Leougéro coumo bero plurno
Suu bas bolo tabe la brumo
Que ’spesso derraubo de l’oueil
La dousso bisto dcou Soureil
Be que semble ítant es menudo)
A la liario priin sernudo
Que ses hé brut lou mcndre peou
Bous enhario tout lou peou,
E per paue que n’emparets tropo
Pauc é }>auc, tout êro bous cliopo.
Ero hê soun plasent eygout
Per las samoiiados suber tout;
Labets la térro ero nou lêyclio
Que nou la bout’ a hauto gréycho.
Mês quan niuun bas es bengut fret,
Qu’om es au jour lou mós estret,
Que riouér es, labets la brumo
Cambio de noum, ê de eoustumo.
Labets s’empérlo ù s’emblanquich,
E en gioiires se coumbertieh,
Labets bêsets lou glas que baro,
Qu’en goutetos d’argent debaro,
Que hê lusi bignos ó cams
En broudarios ê en clincans;
Debat I’argent l’arramo tremblo,
Bous direts projíioment qu’et scmblo
(x>ue lous rouignurs an estenut
So quan de las piastros tounut...
Celui du milieu, du haut et du bas
A ehacun il a accordê comme uneplace,
Ou comme dans uncboutique il tient
La marchandise qu’ii vencl;
Sur mon bas sont les petites rosêes
Qui distillent les matinées
Comme des petites jxîrles sur lc jardin,
Lechamp, surlaprairie pour les arroser
A l’épocjue où chante le rossignol
Lorsque Flore, la Nymphe i'ringante
Fait ileurir son sein odorant
Et m’embaume de mille od.eurs
Lêgêre conime une píume
Sur le bas, vole aussi la brume
Si épaisse qu’elle dérobe à l’mil
L’agrêable vue du Soleil
Bien qu’elle semble(tant elle cst menue)
A la farine tamisée fìnement,
Qui sans faire cle bruit, la moinclrepar-
Vous enfarinc tous les chevcux; [celle
Et jiour peu que vous en recevicz trop
Peu à peu elle vous mouille toutentier.
Elle fait son êgoùt de prédilection
Principalement dans les clíamps ensc-
Alors elle n’abandonne la terre [mencós;
Qu’elle ne l’ait saturêe d’cngrais.
Mais quand mon bas estdevenu froid,
Comme on se trouve anx jours les plus
De l’Hiver, alors la bruine [courts,
Change de nom et d’habitudes,
Alors elle se eouvrede j>erles et blanchit
Se convertissant en givres.
Alors vous voyez la glace se íormer,
Tombant en goutelettes d’argent
p]t faisant lnire les vignesetles cliamps
En broderies et clinq uants;
Le ramean tremble sous l’argent,
Vous diriez exaetement qu’il semble
Que les íilatiers ontòtendu
(’e cju’ils ont rognò des piastrcs...
Ses pluies et sa neige seront tout aussi bienfaisantes :
Tantes bertatque mas plou ados,
Que mas brumos, mas arrousados
Qu’azaygoiion ton camp coueytiou
L’Autouno, la Primo é rEstiou,
Tant il est vrai que mes pluies,
Que mes brumes et mes rosòes
Qui arrosent ton champ misérable
L’Automne, le Printemjis et l’Eté,
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187
E que rna néou, é que raous gioiipes Et que ma neige et mes givres
Soun de la térro lous delioiires, Sont les libêrateurs de Ja terre.
Y’ atau toun pan, ton bin, ton or, Jesuis ainsi ton pain, ton vin, ton or,
E ton joveau, é ton tésor.. . Ton joyeau et ton trésor. ..
Voilà certes des éléments de supériorité indiseutables, mais il tienten
réserve un dernier argument qui doit ôtre décisif. C est lui qui dirige les
vents qui obéissent à ses moindres caprices. Ici Dastros en profite pour
exposer une bien curieuse dissertalion sur ce sujct en décrivani ies qualités
attachées à chacun d'eux ainsi que leur utilité :
L’Autan (1) ou Sud caut é umit,
Ben pesucas, ben acaumit,
Lêoiio lous cruins, ne pleyo l’ayre,
E remplougich ses triga gouayre.
Pucli lou fret é umit Oiiést
Per hé plaoue sc trobo prêst;
Jardiné que tout azaygouo
So qu’om planto è so qu’om samouo,
Qu’a boun drct couhessa jou bouy
Batiat deou Gascoun per bent plouy.
Fred é sec lou Nord que de Biso
Porto lou noin é la debiso;
Caut è sec lou qu’es Est de nom,
E Souledre de l’arrenom,
Aquets dus soun lous qu’em’ balejon,
Que m’esclaricboun, qu’em’ netejon,
Que bouton touts lous crums à bas,
E ht»n cessa l’endalaoiias.
L’Autan bous enílo la bereigno,
Lou Nort de blat la terr’ empreigno.
Lou gay Zèphir aqui rnedich
De ieouandéro lv serbich,
Ly dubrich sa richo matrisso,
E la h’ esta bosto Nouyrisso.
Lous bens dab sous bruts è sous truts
En doundereja bostes fruts,
Lous assasoiion, lous maduron,
E lién que sances ets bous duron.
Om bey tout ben ans bens usa;
Que si l’Autan bous hé susa,
Ou s' un pauc trop bous escauhuro,
La biso bous da la frescuro,
Purguo las maychantos umous,
Qu’ets engendro lou tems crumous.
(1) Auster, Zepnir des aneiens.
L’Autan ou Sud , ehaud et humide,
Vent fatigant, rempli de clialeur lourde
P"orme les nuages, en remplit l’air,
Et produit la pluio sans tarderbeaucoup
Puis YOuest froid et humide
Pour faire pleuvoir est toujours prêt;
Jardinier qui arrose tout
Ce que l’on plante et l’on sème,
Je vous confesse que je veux à bon droit
Le baptiser en Gascon de vent plnvieux.
Le Nord froid et sec qui de Bise
Porte le nom et la devise;
Chaud et sec celui qui a Est pour nom
Et communément appclé Soulèdrc,
Ces deux sont ceux qui me balaient,
Qui m’éclaircissent et nie ncttoient,
Ils mettent bas tous les nuages
Et font eesser ies averses.
L ’Autan fait grossir le raisir
Le Nord fèeonde la terre de b.e.
Le gai Zêphir lui aussi
Servant d’accoucheuse ,
Lui ouvre sa riche matriee
Et l’oblige à devenir votre nourrice,
Les vent? avec leur bruitetleur fracas
En bereant vos fruits,
I.es assaisonnent, les niàrissent [tcmps.
Et font que sains ils durent plus long
( )n voit tous les services que remlent los
Si l'Autaii vousfait [vents à icur us ige;
( )u s’il vous échauíïe un peu troj> [sucr,
La bise vous donne de la fraiuheur,
Purge lcs mauvaises humeurs,
Que le temps crumeux engendre;
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E n’es pas uo raenigario Et ce n'est pas une plaisanterie
De dise qu’ets bous hèn hario... De dirc qu’ils vous fontde la farine...
Qiu pourraií jamais estimer à leur juste valeur les services quhls rendent
sur les íleuves et sur les rners. Gràee à eux, ils donnent des ailes aux navires
qui sillonnent touh les eontinents au grand bénófiee du trafic et du com-
merce. Mais là ne se bornent pas les uíilités del'air. II possède encoredans
son lot les oiseaux et la venaison qu'il fournit aux hoinmes en toute saison,
ct dont il ênumère rinlinie variêté.
Enfin il est nêcessaire à l'liomme et il le prouve :
Coumo ta sang, ta ear, tous os,
Couino ramno quet’ bat au cos,
E cau que dc ]ramno se pavre
Qui se lx)U illo payrado l’Avre.
Bos ne plan sabe la rasoun ?
L’amn’ é l’Ayre qu’un soul nou soun;
Quan Diou aoiig prestit i'argélo
E héyt de l’orae lou moudélo
Per li da bito, que héc-et ?
Arrc soun qu’un petit bouhet,
Atau l’amno qui li houc dado
Houc un pauc d'ayre, iio aleydado.
Nou couhesseras*tu donc pas
Qtie jou soune ta bito acy-has ?
Bito quet’ benc de ma presencio
Coumo ta mort de mon absencio...
Comme ton sang, ta cliair, tes os,
Comme i’àme qui bat dans ton corps.
II faut se priver d’àmo
Qui veuille se passer de l’air.
Veux-tu en bien connaitre la raison ?
C’est que l’ámeet l’air ne font qu’unseul
Quand Dieu eut pêtri l’argile ftout;
Et fait le modòle de l’homme
Pour lui donner la vie, que íit-il ?
Rien si ce n’est un petit souftle,
C’est ainsi que l’àmo lui fut donnéc,
Ce fut un peu d’air, une halenêe
Xe conviendras-tu pas
Qu’ici-bas je suis ta vie,
Vie qui te provient de ma prèscnce
Comme ta mort de moii absence...
L'Eau, vint à son tour présenter sa défensc :
L’Ayguo soun, é l’Ayguo bouy éste, Je suis l’Eau, et Eau je veux ètre,
Puch que lou gran è jx>uchaot Móste Puisque le grand et puissant Maitre
Qu’a carjíentat tout l’Ounibèrs, Qui a eonstruit tout l’l'nivers,
Entre sous caps-d’obros dibèrs Entre ses chefs-d’oeuvre divers
Aoiiantatjousoment m’a hèyto M’a faito avantageusement
Deous Elomens la mes perfêyto... La plus parfaite dcs Eléments ..
Elle s’attaclie d'abord à dêtruirc les prétentions de ses concurrents qui ne
sauraient nier sa puissance moins par force que par raison. La Terre a
ressenti ses effets lors du déluge universel: en outre combien de fois ne lui
a-t-elle pas fait éprouver des ravages avec le choc de quelque orage, lors-
que échappée de son lit elle dctruisait tout sur son passage avec ses fleuves
el ses mers. Mais d’un còté si elle est à l'occasion un fléau à son êgard, de
l'auîre elle le répare amplement en arrosaut de ses eaux bienfaisantes son
sol qui se sécherait.
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Quant h VAir, il n'ignore pas qu’il ivest qu'un instrument docile enlre
ses mains et ses vents ne sont que ses vassaux, ses serviteurs, ses messa-
gers, ses postillons légers avec lesquels elle rit, folàtre et se déguise :
Millo persounatges jou’ y héou,
Tantos en ploujo, puch en néou;
Ar* en boulos de tor luzentos,
Pucli en arrousados plasentos,
Tantos en gioures argentats,
Puch l’ambrumi do touts coustats,
E bét souen bouts direts que l’Ayre
Es més lou men que soun repayre
Denquio qu'aprés y aouo prou ’stat
Jou m’ treymudi ’n rnoun prum' estat
E debés moun centre jou rodi...
J’y représente mille personnages,
Tantôt en pluie, tantôt en neige;
Bientòt en boulesde gelée étincelantes,
Puis en rosées bienfaisantes,
Tantòt en givres argentós,
Puis je l’estompe de tous côtés,
Et bien souvent vous diriez que l’air
Est plutòt ma demeure que la sienne
Jusqu’à ce que apròs y ètreassez restée
Je me transforme en mon état primitif
Et vers mon centre je tourne...
C'est bien autre chose avec le Feu> son premier soin est de s enfuir dès
qu’il la voit, car sou contact est Tannonee de sa mort.
Mais régner par la force sur une compagnie n'est que de la lyrannie, il
est bienplushonorabled’avoir le droitdesoncòté. Certes, elle n’acurc dctre
le plus ancien des Elémenls, car souvent la vieillesse ne prouve }>as la
qualité. Quoiqu’il en soit, le premier horame qui vit le jour, fut un ineur-
trier, le preraier Ange que Dicu mit au Ciel, se révolta contre lui.
Més si la prumò counegudo
Me lié ’sta la prumé basudo
Nou paric pas et lou men cos
Horo deou bente deou Caos
Prumé que nou paric la Térro
Ni lous autes que m’ lien la guérro?
Tei*ro que labets dab son hoiiec
Claustrat en quauque caillau sec
En moun mitaner’ escounudo
E jou tout autour estenudo,
Ni dc nat estrem n'aparic
Denquio que d’uu emperious cric
Diou dab sa paraulo segrado
Dedens moû liéyt m’aouec sarrado...
Mais si d’ètre la preraiòre connue
Me force à ètre née la première,
Cela ne parait pas et riion corps
Fut mis hors du ventre du chaos
Avant que la Terre parut
Ainsiquelesaulres qui meíont la guerre?
'Terre qui alors avec son feu
Enfermè dans quelque caillou sec
Dans mon miiieu ètait cachèe.
Et moi ètendue tout autour
Eile n’apparut d’aucun còtò
Jusqu’au momentoùd’un cri iinpéricux
Dieu, avec sa parole sacrée,
Dans mon lit m’eut pressèe. . .
Or, il est dans l’ordre que le premier né soit considéré comme étant
Tainé.
Elle ne demande pas pour cela d etre proclamóe souveraine, dans lous
les cas on ne saurait nier qu ’elie lemporte par ses diiner.sions, soit qu’on
Texamine en haut et en bas.
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— 190 —
Aci- bas la Térro jou bensi
En grandou millo cops, jou pensi;
Soun countengut auprés deou men,
B’es plan pauquet si nés arren;
Sa facio n’es à qui l’aspîo,
Qu’iio nineto auprés de la mîo,
E tout soun tour n’és qu’un Ilhot
Auprês deou men, un esquilhot...
Ici-bas je l’emporte sur la Terre
Mille fois en dimension, je pense;
Son contenu auprès du mien
Est bien peu de chose si ce n’est rien;
Sa face n’est à qui la regarde
Qu’une petite fìlie à eôté de la niienne
Et tout son tour n’est qu’un ilot
Auprès du mien, une noix...
Là-haut, quoi qu’en dise 1 'Air, elle siège au-dessus de son repaire et
par-dessus la sphère sèche de cet autre vantard de Feu; elle est donc la
plus voisine des astres et à la portée de ia main du Créateur, car l’Ecriture
Sainte le confirme quand ellc parle des Eaux du firmamentfl) et qu’eile
i'explique clairement.
Tu béses plan oun jou bouy cage :
Qu’es à m’ hé counegue la mage
Pucli qu’en su ma sphero conteng
Ayre, Terro é lou Houéc tabenc..
Tu vois bien oà je veuxen venir :
C’est à me faire reconnaitrela pius vaste
Puisque au-dessus ma sphère contient
L’air, la Terreet ie Feu également ..
Elle pourrait aussi tirer vanitê de sa beauté, ie cristal de ses eaux étant
un raagnifique miroir qui réílète tous les cliefs-dVjeuvre de la nature.
Que dc més bet? mós agradable?
Que dessus la graoiio ou lou sable,
Bese graoiieja moun dous briou f
Bese lou frisadet arriou
Dab lou cristail de sas oundetos
Hó mil’ essos per las pradetos f
Que de més bét qu’espia la hount
Douts aux estrems, douts au pregount ?
Espia ias graoiietos que baron
Ou que pujon ou que debaron f
A jamés 1 oiieil mage piaze,
Quoi de plus beauf de plus agréable?
Sur le gravier ou bien le sable,
D’entendre de légers cîapotements ?
Dc voir le coquet ruisseau
Avec le cristail de ses eaux
FViire milledétoursàtraversles prairies?
Quoi de plus beau que de regarder la fon-
Sourcesur lescôtés. sourcedans le (taine
Voii* les grainsd- sablequi s’agitent(fonds
Lesunsquimontent,lesautiesquidescen-
L’orii n’a pas de plus grand plaisit* (dentf
(1) Le poèie fait ici allusion à l’ctrange théorie de Du Bartas sur les Eaux-sur-
Ct* lestes dans le 2* jour de la Semaine qu’il reprend pour son propre compte.
Du Barias s’appuie sur les Ecritures Saintes; il montre par quatre raisons que ces
eaux peuvent étre sur les eieux :
1. Dieu sépara ie.s eaux pour pa<ser les cníants d'Israel et les roidit en deiix
muráilles.
II a donc pu voûter des eaux sur Ies cieux.
2. La mer n’ose surpasser ses bords par le commandemen de Dieu.
JCt tu oses douter s’il a puissance dc courber les eaux là haut.
3. II n’est rien impossible à Dieu.
11 peut donc tenir en état ct sans glisser en lieu glissant et grillant, comme sous les
voûtcs des cieux.
4. II est bien convenable qu’il y ait des eaux en haut pour temporiser la chaleur
des arbres et du mouvement célèste.
11 íaut donc en conclure qu’il v eu a.
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Qu’au fìn cò de l’Estiou bese
Ma candou, que l’argent surpasso,
Pleya bét beyrc, ou béro tasso
Puxado de fresc peou goujat? . .
Si elle sollicite la supréraatie,
justifiés :
Per sò que la niiihou jou soun
La mès utilo, la niés richo,
La meinch cruyólo, la mens chicho;
Soun la qui més te lié besouing,
La qui de tu a mes de souing,
La quit’ hé de mages serbichis,
La quit’ rend de milhous aufìcis;
Soun la qui Dious a més causit
E la qui més a benazit...
De voir vers la fìn de i’Eté
Ma limpidité qui surpasse l’argent,
Quede remplir un bon verreou une bonne
Puisée de frais par le garçon?... (tasse
c'est que ses droits sont araplement
Parce qus je suis la meilleure,
La plus utiie, la plus ricìie,
La moins cruelle, la moins chiclie,
Celle qui tc fait le plus besoin,
Ceilequi prend mieux soin de toi,
Qui te rend les plus grands services,
Et te procure les meilieurs offìces:
Je suis celle que Dieu a choisi de préfé-
Et a le plus béni... (rence
Elle est indispensable â 1‘horame et aux animaux :
Tabe la nature me dêc
A l’ome talêou quc badéc
Per adjutori necessari...
II y a eu des époques el. des ìieux
vant santé et vigueur, ii n'en est pa
Aussi la nature me donna
A I’homme sitòt qu’il ouvrit la bouche
(’omme un complóment nêcessaire...
)ìi les gens ont vécu sans feu, conser-
de mèine de l’Eau :
Més en térro, n’ in ma, n’ in ayrc,
Nou v’ arren que d’ayguo se payre;
Naturo ag’ aquiou tout renjat
Que cau beoiie quant an minjat.
E lou soureil que tout cspio,
Lou soureil raedich quado dio,
Nous sé s’es per joc ou pcr set
Me cbuq' c m’attiro i>ers et...
Mais sur terre, sur mer ou dans l’air
II n’existe rien qui se prived’eau;
Nature l’a tout ordonnó ainsi
Qn’il faut boire quand on a mangé.
Et le Soleil qui regarde tout,
Le Soloil lui-mêine chaque jour,
Je ne sais si c’est un jeu ou parsoif,
Me suce et m’attire vers lui...
Dastros , fait ici pour les besoins de sa cause une comparaison entre les
deux breuvages, le Vin et l’Eau, où le preraier est raal mené par sa rivale.
C’est !a contre-parlie de YOde de Gauthier (1) Odo en fabou det bi costo
Vaijcfo (Odéen faveur du Vin contre i’Eau); dans lc discours de la Terre,
le poètc réfutera ce panégyrique en reniettant les choses au point.
C'est une erreur, dit-il, de prétendre que le Vin est utile à l’homme pour
(\) Poète gascon du xvir siêcle, né à I.oinbez (Oers). U a ccritde nombreuses poé-
sieson dialecte Languedocien dont quelques-unes nous ontété conservées et ligureul
à la fin des oeuvres du céièbre barde toulousain Goudelin. Son ode où il fait J’eloge du
vin est unmorceau didactique fort ìntéressant, digne de íigurer parmi les cheís-d’ceu-
vre de Ja poésie néo-romane. Oastros a :raité le même sujet, et si de part et d’auire
on remarque un égai emhousiasnie, cliez ce dernier le trait est plus bref, plus aiguisé,
c’est une abondance moins réglóe, et qui n’est pas exempte d’une agréable saveur.
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- 192 —
son alimentation. II faut l’acheter, et si les panvres gens ne possêdaient
pas d autre breuvage, ils mourraient de soif, faute d'argent. L’Eau lui est
de beaucoup supérieure, puisqu elle
De plus lou bin nou desaltéro,
Per amô que si l’avguo n'éro
Sa dits-om, lou bin sire blous:
Atau (surtout) dab las calous.
Cau (despitant que l’ome n’ajo)
Ou que de malo set et cajo,
Ou be qu’ajo recours à jou
Per hourrupam’ ou pauc ou prou.
Lou bin blous las gens embriayguo,
Jamês aquò n’arribo à l'aygo;
Lou bin destermeno lou sen,
L’ayguo no’ou trebouilho d’arren;
Lou bin hé parlau fliscou flaseou,
E hé soiien cascaiila lou cascou,
L’ayguo nou hé nat mot peca
Ni jamés nou hé trabuca;
Lou bin hé courroussa é bate,
L’ayguo hé la coulér’ abale;
Dab lou bin la fròbe bourich
Au loc que l’ayguo l’escantich;
Eníìn, ome. à toun aoiiantatge,
Jout’ soun medeeino é beouratge;
Jout’ soun bouno alégre ê malau,
Toutjour ben, jamós nou t’ héou mau
E be cau plan que sios sage
Si’ou bin à la fin nout' hê cage.
E ni més ni mencli gué deou hoiiec
De tant d’animaus que Diou hùc
Noun y a nat que ses bin nous bisquo.
Ni nat que de bin se serbisquo,
Si n’esentr’ cous omes quauqu'un
E las hemnetos qu’auque grun.
Més aquo ’sun entre cent-milo,
Car en touto la grano pilo
Deou moun, nou saboun qu’es de bin
Sounquos en un petit couhin..
abonde et ne coíite rien.
De plus le vin ne désaltòre pas,
Par Ia raison que si l'eau n’existait pas,
Dit-on, le vin serait pur;
Ainsi (surtout) avec les chaleurs
II faut (dòpitant que I’homme en ait)
Ou qu’il tombe de méchante soif
Ou bien qu’il ait recours a moi
En me buvant ou pen ou assez.
Le vin pur enivre les gens,
Jamais cela n’arrive à ieau;
Le vin altère la raison,
L’eau ne trouble rien;
Le vin fait parler à tort et à travcrs
Et souvent trembler le casque,
L’eau ne fait commettre nuilefaute en
Ni jamais trébucher; (paroles
Le vin fait exciter et battre,
L’eau abat la colère;
Avec le vin la fìòvre bout
Au lieu que l’eau I’éteint;
Eníin, homme, à ton avantage.
Je suis ponr toi médecineet breuvage;
Jc te suis bonne on santé et mnlade,
Tefaisanttoujoursdu bien,jamais du mal
II faut certes que tu sois sage
Si le vin à la íin ne te fait pas tomber.
Et ni plus ni moins quodu feu
De tant d’animaux que Dieu a faits.
II n’y en a aucun qui ait recours au vin
Ni aucun qui s’enserve, (pour vivre
Sice n’estquelques-unsentre les hommes
Et les femmes quelques grains.
Mais c’est un cas entre cent mille,
Car toute la grande masse
Du monde, noussavonsqu’on neproduit
Si cen’estdans un petit cspace... (du vin
L’Alcoran, dêfend le vin aux Mahométans répandus en Asie, en Afrique,
en Europe même. Toutes les peuplades découvertes par les navigateurs
habitant le Nouveau Monde, navaient ni c;ives ni chais, et ignoraient les
vignes et le Vin Depuis Adatn jusqu’à Noó, le peuple iven avait pas
connaissance.
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Soûè que lou bét prumé biatge Noè qui le premier voyage
Qu’en beougouc, paguéc lou binatge, En but, paya le breuvage,
E déc labets per un bon cop Et donna alors pour une bonne fois
Eyehimple s’ey cau touca trop. . . L’exemplequ’ilnefautpastropenuser...
IL ne serait point difficile à l’Eau d'élablir que ses adversaires usurpent
sans vergogne ce qui lui appartient de droit.
Jou, jou quesoun, ome, la soulo
Quet’ péychi, quet’ pley la goulo,
Quet’ pley ta car ê tous os
De la sustancio deou men cos . . .
Moi, moi je suis, liomrue, la seule
Qui te nourris, te remplis la gueu^e
En entretenant ta chair et tes os
I)e la substance de mon corps ..
Les pluies, les givres et la rosée sont sa propriétè : sous les bienfaits
dont elLe l accable, la Terre n'aurait un brin d’lierbe jx>ur cacber sa |3au-
vreté et serait frapjìée d’aridité si elle ne lui accordait libèralement la vie et
sa íertilité.
Le feu qui ne se nourrit que de combustible n’existerait }>as davantage
car c'est eile qui entretient la fraîcheur dans les forcts et Ies fait prospèrer,
lui procurant également le cliarbon nécessaire â son existence. Le pauvre
qui tremble et frissonne durant les rigueurs de l’hiver mourrail de froid s’il
ne possèdait de l’argent pour adieter du l>ois.
Avec 1‘Eau, rien de tout cela n’est à craindre ; on peut la prendre à
discrétion, elle est à la portée de tout le monde, toujours prclc à rendre
service aussi bien au pauvre qu’au riche, au faiblc comme au puissant.
Qu’és jou, qu’à ta bouno fourtuno,
Soun ta perféyto que coumuno,
Soun un ben complét de moun cru
Ses maleou’ arren de l’autru,
E soun pert’ajudo ourdcnario
Ta comuno que necessario...
C’est inoi, pour ta bonne fortune,
Quisuis aussi parfaito que répandue,
Je constitue un bicn complet demoncru
Sans rien prèlcver sur autrui,
Kt je suis, pour ton service journalicr
Aussi commuue que néeessaire . .
l’homme ct les animaux, plus
Sans elle, plus d’existence possible pour
de lessive pour blanchir le linge.
On la trouve du reste aussi bien froide que ehaude.
En tèrro, au cubat, en la gaudo, En terre, au cuvier, dans la jatte,
Pcr t’abeoiira, per te nouyri, Pour t’abreuvcr ct te nourrir,
Per t’escauha, per te gouari. . Pour t’êchauíïer, pour te guèrir...
Combien de malades n’a-t-elle pas guéris à Barèges, à Bagnères, à
Encausse et toutes les autres stations rèpandues dans les Pyrénèes, par la
puretéet ìa vertu merveilleuse des principes qu’elle contient.
A quoi serviraient toutes les richesses contenues dans les entrailles de la
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terre sans son aide ? N’est-ce pas elle qui les dissémine dans le monde
entier en favorisant le commerce par des échanges.
Parlem de tu medich, Gascoun,
Dequi la provincio bantado
Es Aquitanio noumentado
Per l’Ayguo qu’a gran quantitat
Dious é Naturo y an boutat,
Qu’en nat cos nou y a tant de beos,
Ni t’aboundousos, ni ta pleos
Coumo d’arrious Diou t’a bourdat,
E de flubis entrelardat. .
Parlons de toi-même, Gascon,
De qui la provirice renommée
Est appelée Aquitaine
Pour l’eau qu’en grande quantité
Dieu et nature v ont répandu à tel point
Que dans un corps il n’y a pas tant de
Si abondantes et si pleines (veines
Comme de ruisseaux dont Dieu t'a en-
Et de fleuves traversée... (tourée
Son délicieux vin de Bordeaux se pourrirait dans les chais, si elle ne le
iransportait en Angleterre, dans les Pays-Bas, etc. Ses blès seraient dévorés
du charanqon dans les greniers, si elle ne les portait à rétranger, ce qui est
pour lui une source de revenus. II en est de môme des autres pays pour les
échanges.
L’un de quauquo causo jouïs,
E qu’a manquomentde quauqu’auto.
Aqueste de blat arregautô,
Mes que n’a pas gouto de bin,
Aquet qu’a lan, é n’a pas lin,
L’aute qu’a car en aboudancio,
E n’a de pan nado sustancio,
L’aute qu’es deou bin trop sasit,
E de fruto desperbcsit.
Un qu’a bosquis, nou pas herratge,
L’aute qu’a prats, nou pas bouscatge,
L’un qu’a droguos medicinaus,
Mos que nous porto pas metaus,
L’aute qu’a des metaus las minos
E que n’a nados medecinos,
Lou qu’a sedo n’a pas coutoun,
Ni coués de bouéou, ni dc moutoun,
Aquet qu’a coués è n’a j)as sedo,
Aquero térro qu’es trop fredo
Per aroumats scoua jamês,
Mèsque léouo caucoumet més :
E ne ba dounc d’aquero sorto
Que so qu’un n’a l’aute qu’ag porto;
Més per hè d’un à d’aute bout
Que tout lou moun ajo de tout...
L’un jouit de quelque objet,
Mais il est privó d’un autre.
Celui-ci regorge de blé,
Mais n'a pas une goutte de vin .
Celui-là a de la laine et pas de lin,
L’autre a de la viande en abondance,
Et n’a pas de pain pour nourriture,
L’autre est trop fourni en vin
Et dépourvu de fruits.
L’un a des bois, et pas de ferrage,
Lautre des prairies et pas de bois.
L’un a des drogucs mòdicinales
Mais il ne produit pas des métaux.
L’autre qui a des mines et des métaux
Ne possède nullc médecine,
Celui qui a de la soie n’a pas du coton,
Ni des cuirs de bumfs ni de moutons.
CeluHà a des cuirs et pas de soic,
Cette terre est par trop froide
Pour jamais produire des aromates,
Mais elle possède quelque chose de plus :
II s’en suit donc de cette façon
Que ce que l’un n’a j)as l’autrolui porte.
Pour faire que d’un bout à l’autre,
Tout le monde ait de tout...
Elle cimente des alliances entre les peuples et convertit les idolAtres. Les
villes, les ports qu’elle baigne sont les témoignages de l’activité de son
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oommerce et ce qui la rend aussi opulente, si riche ct si puissante, ce sont :
Mous nabiris é mas galéros, Mes navires et mes galères,
Be qu’àde grans castéts goiiailléros, Bienquesemblables àdegrandschàteaux
Mé traoùèrson touto d’un bol Me traversent toute d’un vol
E ban de l’un à l’aute Pol... Et vont d’un Pòle à l’autre. . .
Elle possède encore un autre élément de richesse, ce sont ses poissons,
aliment précieux et délicat.
Jou n’e ma, ni flubi, ni lac, Je n’ai mer, ni fleuve, ni lac,
Arriou per tant que sîo flac, Ruisseau pourtant si faible soit-il,
Més qu’ajo d’ayguo quauquo gouto Pourvu qu’il ait quelques gouttes d’eau
Qu’erenou ’n bourrugùeje touto... Que je n’en sois toute remplie...
Mais toutes les qualités ne sont que des dons de la nature ; elle en
possède de surnaturels, ceux que Dieu de sa main sacrée iui a octroyés en
lui faisant voir les merveilles de ses oeuvres.
Ce n'est donc pas sans raystère qu*il a salé la mer pour lui accorder une
plus grande durée et la préservçr de toute contagion. Aussi est-elle nettc et
propre, car ses impuretés sont rejetées sur ses bords, gràce au
Flus é reflus de qui lou branle Flux et reílux de qui l’impulsion
Mercat dessus lou sable panle Marqué sur le sable pàle
D’un compas tout just é tout boun D’un coinpas juste et précis
Dus cops quado dîo deou moun Deux fois chaque jour qu’il fasse
Estouno l’esperit mès sage. . . Etonne l’esprit le plus sage...
C’est pour ce motif qu ’elle est une éeole do sagcsse. Elle est égalemenl
la plus sainte et comme preuves à I'appui elle énumère tous les miracles
auxquels elle a participé. Enfin commc dernier bienfait elle rappelle qii'elle
ouvre aux hommes les portes du Paradis par l’eau du baptème.
En somme, en récapitulant :
La Térro nou t’ hè quodamna, La Terre ne fait que te damner
Tu nou pensos qued’y pana, Car tu ne songcs qu’à v voler,
E jxîr un pam galous de tèrro Et pour un misèrablc morceau de terre
A ton besin tu hés laguérro, Tu fais la guerre à ton voisin,
D’aqui touto raaladictioun De là des inalèdictions
E d’aqui touto damnaiioun. Qui entrainent ta damnation.
De quet’ bau l’Ayre'r D’yo coucurlo, Qu’est pour toi l’Airf Un champignon^
Quet’ hélou Houèc sounquequet' bur!o,Que te fait le Feu, sinon te bruler,
E quet’ demoro au liouns d’Ihèr Et te retenir au fonds de l’c.nfer
Per *e geyna dab Loucifér Pour te danmer avec Lucifcr
A jamés ses soulas d’uo ouro? A jamais sans une lieurcdetranquillité?
E jou que soun ta saubaduro... Tandis que moi je suis ta libèratricc...
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Quand vint son tour, la Terre s'avança pleine d'assurance devant son
juge.
Elle rappelle brièvement à l'homme, ce fils ingrat que c'est grâce à elle et
sur clle qu'il prend sa nourriture. Aurait il l'âme si vile et serait-il à ce
point dépourvu de sens de souffrir qu'une si étrange victoire vienne ternir
la gloire de sa mère? Certes elle ne sollicite cet honneur ni par reconnais-
sance ni par faveur, elle préfère l'obtenir de haute lutte et n’être proclamée
reine que par la raison. Aussi pour écarter toute suspicion, elle le supplie
d'oublier pour un instanl qu’elle est sa mère, en retour elle ne le considérera
pas comme un fils mais bien comme un juge impartial. Cela fait, elle
développe son plaidoyer.
Dieu, dit TEcriture Sainte, créa le Ciel et la Terre, mais il n'est nulle-
ment fait mention de l'Air, de TEau et du Feu. ce qui prouve son anti-
quilé. De plus, quand il disposa des Eléments, il la rendit stable, ce qui
établit sa durée. Elle avoue bien qu'elle tremble quelquefois mais c'est
lorsqu’elle veut se secouer ou déchaîner quelques vents pour châtier les
méchants.
L’Ecriture ne fait-elle pas également entendre d’une façon plus explicite
encore :
Que tout sô qu'es en la naturo
E dins l’elementari héyt
Per moun serbichi tout es héyt,
Que tout es per moun aquipatge,
Que tout es per moun atelatge,
Qu'aquo ’s moun carriot triomphau,
Oun jou bragui coumo bét pau,
Courno Regino soubirano
Au miey de la machino grano,
Oun coum en mon liéyt de repaus
Ses augi marmus ni perpaus,
Tout d’yo coumuno intelligencio,
Me serbich en gran diligencio,
Ayro, Ayguo, Hoiiéc, ô mês grand gay,
L’un es page, l’aute es laquay,
L’un es baylet, I’aute es surbento,
Touts pies de respét, é de crento.
Que tant bo hò lou dominé,
Lou Hoiiec n’es que moun cousiné,
L’Ayre moun baylet qu’em’ balejo,
L’Ayguo mounsouillon qu’ern’ netejo ..
Que tout ce qui est dans la naturo
Et dans l’ordre èlémentaire
Est tout préparé pour mon service,
Tout est pour mon érjuipage,
Tout est pour mon attelage,
C’est là mon chariot triomphal,
Oú je resplandis comme un beau paon,
Comme une Reine souveraine
Au milieu de la grande machine,
Où comme en mon lit de repos,
Sans entendre murmures ni propos,
Tout d’un commun accord,
Me sert en grande diligence,
L’Air, l’Eau,le Fcu, avec grand plaisir,
L’un est mon page, l’autre mon laquais,
L'un est domestique, l’autre servante,
Tous plein de respect et de crainte.
Le Feu qui veut tant faire le maître,
N’est après tout que mon cuisinier,
L’Air, mon valet qui me balaye,
L’Eau mon souillon qui me nettoie...
Et pour mieux se faire compreudre, elle fait en manière de plaisanterie
quelques comparaisons aussi originales que concluantes. En somrae,
dit-elle :
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Ome, per tu soul Diou me héc,
Més et héc l’Ayre, héc lou Hoiiéc,
E héc l’Ayguo per mous aufìcis,
Per mas ajudos é serbicis. .
Homme, Dieu m’a créé pour toi seul,
II fìt aussi l’Air et le Feu
Ainsi que l'Eau pour mes besoins,
Pour mes aides et serviteurs...
preuves indéniables du rang qu’elle occupe et du bon droitqu’elle soutient.
Mais comment se mesurer avec l’Air, dont les dimensions l’emportent
sur les siennes ? Elle l’essaieia néanmoins ?
Jouts diré, certo lou talos
Nou bau pas més per éste gros,
De petitos mousquos hén cage
L’aze mês pouchant, é lou mage;
L’arreproiié de bieils é jouens
Dits que toutjour lous bous engoiiens
Demoron sarrats en las boiiétos
Més petitos é més estretos...
Je répondrai, certes, le gros ver de terre
Ne vaut pas davantage parce qu’il est
De petites mouches font tomber (gros,
L’àne plusgrand et pius puissantqu’elles#
Le proverbe de vieux et de jeunes
Prétend que toujours les bons onguents
Sont enfermés dans les boites
Les plus petites et plus étroites...
Pour que le Créateur Lait ainsi faite la moindre c’est probablement
parce qu’il la jugeait la plus parfaite. Qu'est après tout cet Air vaniteux
qui l’obsède de son importance ¥
Qu’un galatras? Qu’un gran espasi
Boiiéyt de tout ben, plen de tout glasi,
Plen de teinpéstos é de bens,
De hoiiecs, de toiiets, é d’espaoiiens?
E d’eycharruscles, é de péyro,
Que ta soiien causon ta praubéyro,
Dab milo demonis que soun
Atraoiiés l’ayre en garnisoun,
Que hón d’aqui ’nla sur ta tésto
Lou diable é mós la tempesto ?
Onie, considèro dounc plan
Si l’Ayre es boun per éste gran,
E si milhou n’ou t’aproufito
Que jou sio boun’ é petito,
Tant es bertat sò que peou moun
L’om dits : bau mòs petit ò boun...
Qu’un galetas? Qu’un grand espace
Vide de tout vent, plein de terreur,
Rempli de tempêtes et de vents,
De feux, de coups de tonnerre, d’épou-
De foudres et de pierres , (vantails ?
(Jui causent si souvent ta ruine,
Accompagnés de mille déraons
Qui dans l'air tiennent garnison.
Et de là déchainent sur ta tète
Le diablc et mòrae la tempète ?
Honime, considère donc bien
Si l’Air est bon malgrò qu’il soit grand
Et s’il te rend plus de services
Que moi qui suis bonne et petite,
fIant il est vrai ce que par le monde
On répéte : II vaut, mieuxpetitet bon...
Mais Texcès de sa raison la tcnte surtout quand il s’agit de faire allusion
à sa noblesse :
La man deou gran Diou benasido La main bénie du grand Dieu
Me héc base touto bestido, Me fít naitre toute vètue,
Per mérquo deou noble bounur Comme marque du noble bonheur
De mon cos berginau é pur... De mon coeur virginal et pur...
Montrant par là qu’il la tient pour si noble et si précieuse que sa main
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généreuse et puissante lui a fait servir les Eléments, d’abri, de vètement
et de parures.
Y éncoiia daoiiant Soureii ê Luo, 11 y a encore avant le Soleil et la Lune,
L’Avguo coum’ béro raubo bluo L’Eau qui comme une belle robe bleue
Touto caperado me teng Me tient toute couverte,
Exceptat nia caro ê mon seng, Excepté mon visage et mon sein
Oun coumo may jou t’accoucoli, Oii comnie mère je te dorlotte,
E coum’ nouyrisso t’arrigoli... Et cornme nourrice je te gorge. .
Puis s’adressant à Fhomme, elle le proclame la créature la plus parfaite
puisque sa royauté s'é'.end depuis le Ciel jusqu’aux portes de TEnfer.
Ainsi l’a voulu le Créateur, qui a résumè en lui sommairement la subs-
tancedes quati*e Elèments qu’il gouverne à son gré. 11 l’a de plus faite à son
image et à sa ressemblance lui donnant ainsila plus haute idée de noblesse
et de perfection. Elle en tire la conclusion suivante :
Aro, diguos, la man dcouyno Maintenant, dis-moi, la niain divine
De qu’a tirat toun auriginof D’où a-t-elle tiré ton origine ?
De quigno may és-tu sourtit? De quelle mère es-tu sorti?
De quigno pasto és-tu prestit ? De quelle pâte as tu été pétri ?
Quign’es ta matério inés richo? Quelle est la matière la plus riche?
Nado cèrtos que jou medicho... II n’y en acertes d’autres que moi-mème.
ne formant ensemble qu’un seul être commun.
Ce n’est pas tout. LTIomme Dieu en venant sur terre pour racheter les
pèchès des hommes a fait rayonner sur elle sa glorieuse divinité. N’est-ce
pas elle qui a eu le bonheur de conserver dans son sein ce corps si pur
trois jours durant à l’abri de la pourriture? Puis survient sa résurrection
triomphante l’élevant 'au-dessus du Feu, de l’Eau et même des Airs jus-
qu’aux Cieux, à la droite de Dieu le Père oii pleine de gloire et de conten-
tement la Terre est la Reine et maîtresse souveraine du Ciel.
Passant de là à la beauté que ses adversaires revendiquent également
elle n’aura pas de peine à élablir que Toeuvre du Printemps est son bien,
rappelant avec salisfaction les variétés de fleurs, joyaux qui entrent dans
son lot, vèritable charme des yeux et de l’odorat.
E d’autes encoué mes de cranto. Et d’autres encore. Mais que dis-je,
Mès que dic-jou? Gar autaléou, Plus dc quarante? (’ar plus facilement
Tu coundares lous hoiiocs deou céou Tu compterais les ctoiles du ciel
Que mas flous, dignos bragarios Que mes fleurs, diamants précieux
De mous casaus è pradarios, De mes jardins et de mes prairies,
Que de delicis noumparèils Lieux de délices sans pareils,
PeychounlounaSjCharmon lous oueiIs...Quiilattentrodorat,charmentles yeux...
Mais là oii sa supériorité èclate d’une facon décisive, c'est sans contredit
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dans la forme variable de sa superficie toute dentelée à souhait. Ce sontses
montagnes majestueuses, ses collines, ses vallons, ses campagnes si riche-
ment decoupées qui en font l’un dcs plus beaux chefs-dàeuvre de la
nature.
Afin de donner plus de poids à son argumentation, Dastros fait la des-
cription d'un paysage en véritable artiste. Cetle poésie agreste et naïve est
pleine de charme.
Espiom’ aquet taparrot,
Couhat d’un poulil bouscarrot,
E s’aquet tepé nou t’agrado,
Debaro tous oiiéils en la prado
Touto broudado haut é bas
Dŷoumos, de bioules, é d’aubas.
Quan ajos prou bist l’aubaredo
E remirat la coumo fredo,
Tous oiièils auran lcou esciilat
Lou fìlh de l’aute coustalat.
Aquiou tu beses à la ligno
Plantado, berdeja la bigno,
Que presento à l’arrajadis
Soun frut coulat deou Paradis.
Après aquù pren la campaigno,
Esten ta bisto per la plaigno,
F^spiom’ iio lèguo à i’entour,
Da per tout dab tous oiiéils un tour,
Causo deou moun nou set’ presento
Que nou sîo touto plasento;
Tu nou sabes oun liica rouêil,
Tant peou plase tout t’es paréil.
Beses un samouat que berdejo,
Beses un baréyt que negrejo,
Beses handouéj’ aquet bousquet,
E puch un aute auprès d’aquet,
Puch un bergé lou loung d’uo bordo,
Plan arrenjat à hiou é cordo;
Beses lou casau que s’y teng,
E puch l’ayriau, é lou padouenc;
Puch dab lous oiiêils au dela bayne,
E beyras un aute bet mayne
Assourtit de tout sò que cau,
De bosc, bergé, bigno é casau.
Beses un aute labouratge,
E puch tu beses un bilatge
Embirouat d’un bét bignares;
Enfin arre tu nou beyres
Regarde-moi ce petit tertro,
Coiffé d’un joli bosquet,
Si ce coteau ne te convient pas,
Tourne tes yeux sur la prairie
Parsemêe en haut et en bas
D’ormeaux, de peupliers et de saules.
Quand tu auras assez contempléla saulaie
Et admiré le froid vallon,
Tcs yeux auront vite gravi
La perspective de l’autre vallon.
Là tu vois plantée
Au cordeau, la vigne qui verdoie
Présentant au rayon du soleil
Son fruit couló du Paradis.
Cela fait, prends la campagne,
Etends ta vue vers la plaino
Et regarde une lieue à l’entour,
En faisant partout un tour avec tes yeux,
II ne se présentera pas un seul objet
Qui ne to soit bien agréable;
Tu ne sauras où arrèter ton oeil
Tant le plaisir sera égal jx>ur tout
Tu vois un semis qui verdoie,
Un labour qui parait noir,
Tu vois sccouer ce bosquet,
Et puis un autre à côté de celui-là,
Puis un verger le long d’une métairie
Bien arrangé à fìl et à corde;
Tu vois le jardin eontigu,
Puis la maison et l'enclos;
Puis dirige tes yeux au-delà,
Tu verras un autre beau manoir
Assorti de tout ce qui est nécessaire
En bois, verger, vigne etjardin.
Tu vois encore un autre labourage,
Et puis après un village
Environné d’un beau vignoble;
Enfìn tu n’apercevras rien
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Que n’arregausis de sa bisto Qui ne réjouisse de sa vue
L’armo deou mounde la més tristo... L’âme Ia plus triste qui soit...
S'il nous décrit avec un enthousiasme sincère ce beau pays de Lomagne
sa petite patrie, il trouvera les accents d’un lyrisme plus accentué quand il
vantera les charines de TArrats, cette ravissante rivière, objet de ses prédi-
lections. Aussi dans une tirade des plus intéressantes, chante-l-il ses
louanges, proclamant qu’il n existe nulle part au monde :
Un loc ta bct, ni t’agradabie,
rl’a plasent, ni ta delectable
Que YArrats, pastou beu-urous.
Lou Céou de toun plase curous
T’a boutat ses fard c* ses mcrro
Au més gadau loc de la térro,
UArrats de Loumatgno I’aunou,
L 'Arrats moun souci, moun amou,
UArrais que sur jou n’a ribéro,
Be que més grano, de més béro,
K soun baloun dab soun tepê
Se trulïon d’aquero Tenifó (1)
Arrenoumiade ta joulio
Deguens Terbudo Tessalio.
Que si lous Dious boulén quita
Lou Cêou pcr la Têrro abita,
Kts n'auren pas sous oiiéils dehoro
Qu’ets causiren per sa dcrnoro
Aquet baloun large ê pregount
(Juc teng de la Briho â GramourU.
A tout Jou meincli ina caro niuso
T’out aute arretréyte arreeuso. . .
Un lieu si beau, ni si agrêable,
Si plaisant et si délectable
Quo l’Arrats, berger bienheureux.
Le Ciel curieux de ton plaisir
T’a mis sans fard et sans plainte
Dans le lieu le plns riant de la terre
L’Arrats l’honneur de la Lomagnc,
L’Arrats, mon souci, mon amour,
L’Arrats, bien qu il y ait des rivières
Plus importantes, il n’y en a pas de plus
(beiles pour moi,
Kt son vallon avec son coteau abrupt
Se moquent de cette Tempée
llenommée si jolie
Dans la fertiie Thessalie.
A tel point que si les Dieux voulaient
Le Ciel pour habiter la Terre (quitter
Sitòt qu’ils auraient mis leurs yeux de-
Choisiraient pour leur demeure (hors
Ce vallon largc et profond
Qui s’étend de la BriJie à Grammont.
T’out au moins ma chère muse
Refuse toute autre retraitc. . .
Elle justifìe done ses prétentions ù la beauté, car pendant que le Feu,
l’Eau ct l’Air, remplissent leurs tonetions d’une faqon réguliòre et mono-
tone, il n’en est pas de mème pour elle qui change de robe à chaque saison
de i’anuée, déplovant ses richesses et ses trésors.
Mais la beauté n’implique pas la bonté et sur ce point ses titres sont
(1) DClicieux vallon situè en T’hcssalie et eonstitu<* par d immenses prairies de
.ì millt* d«* long sur 6 »le large. revetues de l’émail d’une verdure éternclle ave<* une
ìntinité d’arbres tirés au eordeau et arros<*es en inaints endroitspar les eaux du lleuve
IV'tice, appel<* pour cctte raison vallon Pénóan par Du Hartas.
Virf/tlc, au liv. 2 dos Gt'orç/ìqm'*, noinineainsi tous les licux plaisants :
Speluurtr niuîqne lamift ar fr 'u/ida tompe.
Oride , au Jiv. i de scs Mètaphores, décnt ce vallon renommé.
Strahon , liv. vn, Pline, liv. vm chap. iv, et Horare, ode i, liv. iu, le signalent
•‘galement.
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inappréciables prodiguant seule à Thomme avec générosité tout ce qui lui
est indispensable. Elle consent pour son bien à d'autres sacrifices :
Més aro, cinq, siés cops encoué
Jou ’nduri que lou rude boué,
Que lou bignairoun m’espete,
Me haunille, me dechiquete
Dab sous becherris agusats,
Dab eychados, dab saudisats,
A grans tamasclos, à grans trossis,
Denquio me hé peta lous ossis
Per ra’empreigna cad’ an un cop
Deou pan ó deou bin que t’es op
Per toun susteng é nouyrituro
Dc blat, de bin é de pasturo.
Diguos, tout aquò doun te beng
Sounquo de moun aboundous seng ?
Que tout ande tu jou ’stourrichi
Ta besiadoment jout’ nouyrichi...
Maintenant cinq ou six fois encore
J’endure que le robuste bouvier,
Que le vigneron me claquent,
Me défoncent, me déchiquettent
Avec leurs bèches aiguisées,
Leurs houes et instruments divers
A grandes tranches et morceaux,
Jusqu’à me faire craquer les os,
Pour me féconder une fois chaque année
Du pain et du vin qui t’est nécessaire
Pour ton soutien et ta nourriture
De blé, de vin et d’aliments.
Dis-moi, d’où te vient tout cela
Si ce n’est de mon sein gcnéreux?
C'est pour toi que je mets tout en réserve
Pour te nourrir abondamment...
II n existe même ni mère ni nourrice qui prodigue à son nourrisson tous
ses soins plus libéralement pour lui faire suer nuit et jour sa substanee
comme un lait réparateur. C’est à lui qu’elle destine les produits de ses
champs, de ses jardins, de ses étables, ainsi que les hôtes de ses bois et de
ses forets. En maître d’hôtel expert elle lui sert des dcsserts vatiés et
comme eouronnement un breuvage incomparable, supérieur à l’ambroisie,
vrai nectar des Dieux, qui en sont jaloux.
Certo son beoiiratge deoiiin
Nou bau ton beouratge de bin;
I.ou binetqn’es la creaturo
Més perfcyto de la naturo!
Lou bin ! potus courdiau precious,
Lou bin ! arrestaulam gracious,
Bin dcous omes las amouretos !
Lou mage amic de las hemnetos,
Bin qu’es la sang de bosto sang,
Sio deou cla, sio deou blanc;
Bin qu’es la sangde bosto bito,
Bin que lous mors arressouscito,
Que da couratge aus mês transits,
E forço aus més engarransits;
Bin que l’Ayguo soulo te gouasto,
Hasoun que souieto te basto
Per espudi denqui’à la fin
Aquet líioment gouasto bin...
Certes son breuvage divin
Ne vaut pas ton breuvage de vin;
Le vin est le produit
Le plus parfait de la naturc !
Le vin ! boisson cordiale précieuse,
Le vin! réparateur gracieux,
Le vin, l’amour des hommes !
Le meilleur ami des femmes,
Le vin est le sang de votre sang,
Qu’il soit clair ou qu’il soit blanc;
Le vin qui est lc sang dc votre vie,
Qui ressuscite lcs morts,
Donne du courage aux plus timides,
Et de la force aux plus inipotents.
Vin que l'eau seule te gàte,
La preuvequcseule elle t’atfaiblit
Pour mêpriser jusqu’à la íin
Cet Elément gâte-vin...
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Ce magnifique présent, à lui seul, mériterait qu'elle fut proclamée la
Reine des Eléments; elle préfère invoquer d’autres titres à sa reconnais-
sance. Non contente de faire naître l'homme, de pourvoir à sa nourriture
et à ses vètements :
Jout’ doune tabe de que basti,
Joum’ léychi darriga lous ossis,
Joum’ lèychi bouta touto à trossis
Per baillat’ la peyro que cau,
Causéo, barroun é canau.
Per tu, tant toun ayre m’agrado
Jou souffricbi d’est’ eybentrado
Per te hé part deous grans jouyéous
Que demoron per mous bouyéous...
Je te procure aussi de quoi bâtir,
Pour cela je me laisse démolir les os,
Je me laisse mettre en morceaux
Pour te fournir la pierre qu’il te faut,
La chaux, la tuile et les conduitesd’eau.
Pour toi, tes manières me plaisent tant
Que je souffre d’ètre éventrée
Pour te faire part des précieux trésors
Qui sont enfermèsdans mes boyaux...
Elle lui prodigue sans compíer l*or, Targent, les pierreries et tous les
minerais qu elle renferme dans ses enírailles. Elle le guérit par la vertu du
suc de ses plantes, et les effets bienfaisants de ses eaux minérales.
Elle termine son discours en posant les conclusions suivantes :
Per tu dounquos touto jou m’houni,
A tu touto jou m’abandouni,
Y assô sire mon darre mot;
Més, moun amic, et nou se pot,
Puch que coumo biou jou sounc soulo
Que t’cntreteng 6 t’acoucoulo,
Atau jou sounc soulo tal>enc
Que mort t’arcebi dins mon seng...
Pour toi donc je me fonds toute,
M’abandonnant â toi toute entière,
Et ceci sera mon dernier mot:
Mais, mon ami, celan’est pas possible,
Puisque toi vivant je suis seule
A t’entretenir, à te combler,
Je suis cgalement seule
A te rccevoir mort dans mon sein...
Après chacun des plaidoyers, le berger fait un résumó admiratif des
arguments produits par chacune des parties mises en cause.
Malgré son embarras, l’arrèt final sera le mème, il suffira de signaler les
derniers vers :
Bousaus demandats dounquos cau
D’entre bousaus sira lou mestè,
Beci per Arrést quing diou estè,
Cad’ux es méste en soux oustau.
Vous dcmandez donc lequel
D’entre vous sera le Maitrc,
Voici par Arrêt celui qui doit l’ètre,
ClIACUX EST LE MAITRH DANS SA MAISON.
L’Ayre es Rey au loutgis deous bens, L’Air est le Roi au logis des vents,
Lou Hoiiec au Hoiiec, la Tcrroen Térro,Le Feu au Feu, la 'lerre sur Terre,
L’Ayguo en l’Ayguo,èses auto guèrro, L’Fau dans l’Fau, et sans autre guerre,
Horo de prolxés ses despens. Hors du procês sans dêpens.
La note dominante de ses ceuvres, c cst le sentiment vrai de la campagne.
Dans son Poème des Saisons , il se montre observateur sagace tradui-
sant la fraîcbeur de ses impressions avec une franche et bonne humeur
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champètre relevée ça et là par une pointe de fantaisie ou de légère malice.
Ses tableaux du Printemps el de YEtè surtout nous charment par la pro-
fusion des couleurs variées et de sa palette, le babil de ses oiseaux, la
saveur du terroir. Dédaignant les procédés Académiques en usage, il nous
décrit en peintre réaliste les oeuvres de la nalure telle qu'il la voit et la
comprend. Se mêlantà la vie journalière des paysans il connaît à fonds les
mcBurs campagnardes auxquelles ii nous initie et si dans ses descriptions le
trait est parfois trop naïf, vulgaire mème, si sous sa plume, le mot est un
peu cru, ces légères imperfections provoquent le sourire et l’indulgence,
mais n'offusquent pas. On se rend facilement compte qu’il va le plus sou-
vent droit devant lui, développant sa pensée avec abondance sans souci du
choix des détails, acceptant tout ce qui s'offre à lui. En revanche, sa phrase
est loujours harmonieuse et ses images sont des modèles de naïveté exquise
qui donnent à ses vers un charme indéfinissable.
Les quatre chants des Eléments sont plus iraportants que leurs aînés, le
Poète ayant voulu sans doute montrer l’étendue et la diversité de son
talent. Nous sommes heureux de constater qu'il a prouvé victorieusement
qu’il était à la hauteur de sa tàche, mais en revanche ses défauts y tiennent
une plus large place. En effet, en parcourant son Poème, ce qui choque
le plus c’est Tallure méthodique de ses discours ainsi que les fastidieuses
transitions qu’il emploie fréquemment pour les nécessités de son sujet et
qui trouveraient mieux leur place du haut d’une chaire afin de servir à
rédifieation des fidèles. Ce sont eneore ces dissertations sans fin sur des
théories scientifiques hypothétiques et qui n’acquièrent pas d’intérêt à être
versifiées.
En dehors de ces faiblesses, il fait preuve des qualités éminentes d’un
avocat au Parlement pour défendre les avantages de chaque Eiément mis
en cause. II développe afin de faire valoir leurs qualités des ressources
d'imagination et une abondance d’argumentation vraiment remarquables.
Quand il rentre sur le terrain qui lui est familier, tout ce qu’il dit est
simple et naturel, déplovant dans ses descriptions les ressources de son
esprit qui enchantent les oreilles les plus difílciles. Cette poèsie facile, il l’a
trouve d’instinct, sans cherchci*, comme l’enfant se nourrit du lait de sa
mère; il est vrai que la poésie n ’est pas dans lts choses, mais dans I’csprii
qui les conçoit.
Quoique plein d’admiration pour les oeuvres du Créateur, il ne se fait
nul scrupule à l’occasion d’aimer les bons morceaux, el surlout le bon vin,
et si quelquefois il s’exprime trop franehement, il faut sc transporter par la
pensée à son époque où le langage ètait plus libre, sans pour cela choquor
les convenances.
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— 204 —
Le vin était bon en Gascogne, et les plaisirs de la table élaient forts
goûtés de nos aïeux qui ne dédaignaient pas, à la fin d’un bon repas,
d'entonner le verre en main quelques couplets guillereîs (1). Que les temps
sont changés! De nos jours la vigne se meurt et avec elle disparaît la vieille
gaieté de nos pères.
Dastros n’aura donc pas de peine à faire accepter, dans les Odes, les
suppliques, les compliraents, qu’il adresse à la noblesse de Lomagne (2), le
culte de son Dieu.
Aussi le ^oyons-nous frapper à la porte des chais les plus renommés des
seigneurs, ses voisins, qui se chargent de très bonne gràce de Tapprovi-
sionnement de sa raodeste cave; et quand sa fulaille rendra ce son creux
et sonore qui annonce lagonie, il s’écriera :
Jouts pregui, nous ahastiets pas
De moun empourtuno pratiquo;
Gouarats rooun bin qu’es fort au bas,
On auch carrinqua la barriquo:
Ádeja la rauso ne sort
Aquô prounoustico la raort ..
Je vous prie, ne vous formalisez pas
De mon procédê importun;
Voyez' mon vin touchc à sa fìn,
On entend crier la barrique;
Déjà le dépôt apparaít
Cela annonce la mort...
Un cerlain jour M. de Magnas ira raême au devant de ses dêsirs en lui
écrivant :
M) Ces douccs chansons retentirent dans tous les diners, au dessert, durant tout les
xvi, et xvii* siècles. Clles sont nées du vin, elles rcndeiu homniagc au vin au milieu
cie la gaieté clébordante, du rire déboutonné, des lìacons débouchés. _ _
Le \ in de France est généreux, rien ne l’égale sous le ciel; il est g«ii, d’une^ gaiete
légêre et pétillante. Ces qualités sontaussi bien celles de notrc esprit et il n'est pas
douteux que nous n’en devions quelque chose au produit de nos vignes.
Uornèrc , Catallc , Horara avaient prêcc*dé Dastros dans cctte voie, líacchus les
ayant inspirésplus souvent qu'Apollon, c*ar ils buvaient pro sunirno les coupes de
Massique et de Falerne. Aprês eux viendronl Luthcr, le titan germanique, Rabclais,
(ioudelin , Gauthicr , Hêrangcr, etj’en passe, qui sauront appr<*«;ier le précieux breu-
vage en faisant son êloge.
Des observateurs philosophes ont afíirmé que les peuples cles pavs de vignobles
avaient un caraetère analogue à celui de leurs vins. Nous n’en rechereherons pas !a
cause, nous bornant à eonstater que l’intluence du vin est bienfaisanie, l'histoire
proclamant que la civiiisaiion est toujours montée du Midi au Nord et la barbarie
ciescenduedu Nordau Midi.
Sans vouloir prétendre que le génie de la Gròce et de ritalle cst sorti des amphores
de Cliio et de Syracuse, il est eertain que les arts et la poc'*sie y ont puisé leurs plus
belles inspirations. ... .. ..
(2) A la mort de sou père, notre poète, recueillit son petit hcrilage, car il existe a
Saint-Clar un registre terrier cHabli entre 1625 et 1640. et rarticle de ce cadastre, con-
sacrè* à Dastros, porte textuellement ce qui suit :
« M. Jean Géraud. prctre,
» 'rient vigne à Bailhelimac , confrontc du lcvant ct midv vigne de Jean Blot
\ ieux, du couchant vigne de Nlonsieur de Chanteloup , du septentrion vigne de
Guilhcm Cantaloup contenant six places.
» Flus tient vigne â Las Mèliandes eonfronte, du levant terre des héritiers de
Jean Dupui/, du coiichaut carrère publicque tendant aux Calaocs , du midy terre de
MicheL Dulaur , du se.ptentrion vigne de Joan fìordcnaoe , contenant quatre places
vingt cscats. » {Jiecue de Gascogne, t. xxxvu, p. 38.)
Mais tout uous fa.it supposer qu’il dut se dcsaisir de ces vigncs pour subvenir à ses
besoins et ceux de la nombreuse fainille de sa steur Jcanne.
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205 —
S’aougoussots embiat un flascou, Si vous ra’aviez envoyé une futailie,
Jouts augouri mandat bin blanc; Je l’aurai rempliede vin blanc :
Quets tenguere loc d’un boun cascou, Elle voustieudraitlieu d’un bon casque,
Quets escauhere plan lou ílanc. Et vous échaufîerait bien les flancs.
Et le bon vicaire de rêpondre aussitôt :
Per bous, bous aouéts trop parlat,
De m’ hé counegue que lou flascou
Me tenguere loc d’un boun cascou;
Tabe m’en bau tout cap pelat.
Més be m’en tirare la sang,
Sa materio sire trop duro,
Si ’ou pourtaoui ses hourradùro,
Hourrats-me'ou dounc, sits plats, deou
(blanc.
Quant à vous, vous avec trop parlé
En me faisant connaitreque mafutaille
Me tiendrait lieu d’un bon casque
Tandis queje ra’en vais la tètetoutenue.
Mais il m’enléverait tout le sang,
Sa matière étant trop dure,
Si je le portais sans doublure,
Capitonnez-le donc,, s’il vous plait, mais
(a vec du blanc .
Les anciens croyaient si bien que lTisage du vin étaitnécessaire au poète
qu’ils disaient proverbialement : non est dithyrambus si acjuam bibatt
eonviction si bien partagée par quelques poètes anciens ou modernes qu’elle
leur a inspiré trop de dithyrambes en faveur de la dive bouteille. Dastros
connaissait ce proverbe car il v fait allusion quand il dit :
Cérto quan lou bente gourîoulo
Per n’aoue pas plan tout soun cas,
Labets ni la bouquo n’eychîoulo,
Ni lou gaiit nou canto pas.
Arren que nou dits, si n’es plèo,
L’ourguino deou bent deou barquin;
Ni lou pouéto, si n’a la bèo
Un pauc animado de bin.
Ets hén Bénus la bïgagnéro
Fredo ses Cerés é Bachus,
Més si Cerés é Bachus n’éro,
Apouloun nou sire qu’un gus...
Certes quand le ventre gronde
Pour n’avoir pas tout son nécessaire,
Alors la bouche ne peut siffler,
Et le gosiei* ne chante pas.
Elle ne dit rien, si elle n’est pleine
L’orgue du vent du soufflet de forge;
Pms plus que le poète, s'il n’a les veines
Un peu excitées j>ar le vin.
Ils représentent la bizarre Vénus
Froide sans Cèrès et Bacchus,
Mais si CérèsetBacchus n’existaientpas
Apolion ne seraitqu’un gueux...
Dans une autre circonstance il se comparera au Soleil et il trouvera des
arguments d’un caractère bien originalpourétablirsasupérioritésurrAstre
du jour :
E raes que boutaré boun gatge
Quc suber et jou é l’aouantatge,
E ly soun bétcop au-dessus;
Et chuquo Taygo coum’ bét harri,
E jou de bin que m’apitarri;
Et n’a qu’un ouéil, é jou n’é dus...
J’oserai mèrae mettre un bon gage
Que j’aurai l’avantage sur lui
Et lui suis de beaucoup supérieur;
II suce l’eau comme un crapaud
Et moi je rae gorge do vin;
11 n’a qu’un oeil, moi j’en ai deux ..
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— 2Ò6 —
II se vante de trouver ses meilleures inspirationsau fonds de la bouteille,
dans une étrenne au duc d’Epernon où il dressc un trône à Bacchus :
Et cau encouéro que jouts digo II íaut encore que je vous dise
Coum à ’poulloun jou héou la higo Comment je fais la nique à Apollon
E a soun enthouziam deouin. Et a son divin enthousiasme.
Car puch qu’Apoulloun è la muso Car puisque Apollon et la muse
Aquet enthouziam m'arrefuso, Me refusent cet enthousiasme,
Joum héou un enthouziam de bin Je m’en fais un pour lc vin.
Razum potum, yo pléo tasso Rasum potum, une tasse pleine,
D’aro ’nla sira moun Parnasso Dorénavant sera mon Parnasse
Ses més d’arren m’empetega. Sans me préoccuper d’autre chose.
É boli hé tanto de nazo Et je veux faire un pied dc nez
A la hount pégo deou Pegazo, A la sotte fontaine du Pégase, (de vin.
Més qu’aje la hount deou pega (1). Pourvu que j'ai la fontaine de la mesure
É pego houc la fantesio Bien sotte fut la fantaisie
Que hasoucde la pouesio Qui fìt de la poésie
Apollou/ 1 principau patroun Apolion le prineipal patron.
tìachus es (lou) qui s’ac gouasagno, tìacchus est eeiui qui l’emporte,
Que bau mésqu’un chibau d’Espagno, II vaut mieux qu’un cheval d’Espagne
E l’aute bau meinch qu’un mitroun. Et l’autre vaut moins qu’un mitron.
Jou bouy plan més, jou bouy hé ’ncouéroJe veux bien plus, je veux encore fonder
Yo religioun touto naouéro, Une religion toute nouvelle,
E jou bouy, per l’amou deou bin, Et je veux, pour l’amour du vin,
Hé Bachus Diou de la pouesio. Proclainer tìacchus Dieu de la poésie.
E s’ac prengoun per heresio, Si on prend cela pour une hérésie
Quem prengon à jou per Calbin. Quron me reconnaisse pour Caloin .
Per coumença dounc la reformo Donc pour eominencer la rêforme
D’aquer’ errou biéllo é enormo De cette erreur vieille et énorme,
Que dab rasoun jou é coundamnat, Que j’ai condamnée avec raison,
Sio qui bouillo Apollounisto, Soit qui veuille Apolloniste,
Jou proutésti d’esta Bachisto, Je proteste d etre Bachiste,
È qui noun es sira damnat Et qui n’en est sera damné.
Qu’es Apolloun, ni qu’es la muso
Ses moun Bachus, qu’yo cornomuso
Que tant qu’es ses bent es sen soun ì
Lou pouéto que de bin nou s’unto
Es coumo béro pincho ses punto,
Per hé ’pigramo ni cansoun.
Apoulloun baillo sas mesuros
Bét souen rebouchéros ô duros
Coum bét gourrioula de porcs :
Au loc que Bachus las a justos,
Qu’est Apollon et qu’est la muse
Sans mon Bacchus, une cornemuse
Qui sans vent est privóe de son?
Le poète qui ne se frotte pas de vin
Est coinine une pince sans pointe
Pour faire des épigrammes et chansons
Apollon donne ses mesures
Bien souvent ingrates et dures
Comme des grognements de porcs :
Au lieu que Bacchus les a justes,
(1) Le pcga , ancienne mesure de vin usitée dans le Midi.
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- 207 -
K ta douços, que més y tustos,
Més t’en agradon lous accords .
Quim dira, quan de m’ hé hé bersis
Entre tant de subjéts dibérsis
Lou més pouchant es lou binat :
É quim dira qu’aquo ’s la tino,
Nou muso gréquo ni letino,
Aquet aura plan debinat.
Jou n’é qu’un chay per moun estudi,
Oun d’autes libes nou bouludi
Que barriquos é que pipôts
Per escritôri jou é la pinto .
Sabéts se y é de bouno tinto ?
Cértos bou ’n lequarets lous pots . . .
Et si douces, que plus tu les frappe,
Plus tu en apprécies les accords.
Qui me dira que pour que je fasse des vers
Entre tant de sujets différents
Le plus puissant est le vin :
Qui me dira que c’cst le foudre
Et non pas la muse grecque ou latine,
Celui-là aura bien deviné.
Je n’ai qu’un chai pour bibliothèque
Où je ne feuillette d’autres livres
Que des barriques et bariis
Pour écritoire j’ai la pinte.
Savez-vous qu’ii y en a de belle teinte?
Certes vous vousenlécheriez leslèvres. . .
11 ne se montre pas égoïste, et loin de se réserver exciusivement les
faveurs de son dieu il cherche à les étendre à tout le monde.
Ayant appris que M. Sensoué était malade, et que le médecin lui avait
interdit i’usage du vin, il s'empresse de lui envoyer unerecette à son usage
dont ii s’est bien trouvé :
Qu’eri maiau denquio mouri,
Que nou troubé per me gouari,
Ni nou trobi re quem’ gouarisco
Que lou bin : Diou lou benasisco.
Lou medecin m’eou dehené,
É tout jamais et entené
Que jou beougoussi l’aygo blousso,
Ou tisano fadasso é douço .
Més cértos aquet mandoment
Mé tengué trop en languiment,
Car oum mès d’aygo jou chucaoui,
Mès, praube, jou languinejaoui.
A la fìn dounc jou’ m’ despité,
É tout d’un cop m’arreboultó
Countro aquér’ oudounancio aygouso,
K m’en hi medich uo binouso.
Jou beougu bin d’aqui ’n daouant,
É íoum un peych bengu benant.
Sabets se y bouti aygo? gouto.
Si m’en porton, la giti touto.
Or puch qu’atau lou bin gouarich,
Moussur, haséts atau medich
Lous Medecis et pouticayres
Soun aquets maychants presicayres
J’étais malade à mourir,
Et je ne trouvai pour me guérir.
Et je ne trouve rien qui me giv'risse
Que le vin : Dieu le bénisse.
Le médecin me le dèfendait
Et il entendait que jamais
Je ne boirai que dc l’enu pure
Ou de la tisane fade et douce.
Mais certes cette ordonriance
Me tenait trop en état de faiblesse,
Car plus je buvais d’eau,
Plus, pauvre, je m’épuisais.
A la fìn donc je me dépitai
Et tout d’un coup me rèvoltai
Contre cette ordonnance aqueuse
Et je m’en préparai uneavec du vin.
J’en bus, et à partir de ce moment (tant.
Comme un poisson je redevins bien por-
Savez vous sij’y metsde l’eau? pointdu
Si on m’en apporte je la jette touíe. (tout.
Or puisque le vin guérit si bien,
Monsieur, faites-en de mème.
Les Médecins et pharmaciens
Sont ces mauvais prédicateurs
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— 208 -
Desquaus noste Seigne disc Desquels notre Seigneur disait
Que saboun dise é nou pas hé. . . Qu’ils savent conseiller et ne pas faire
(eux-mêmes. . .
II mèlera mème le profane avec la lithurgie quand il dit au duc d’Epernon :
Quétscountentéts,sits plats, Mousseigne,
Que cado dio que ou lusich
Et sacrifìquo à Noste Seigne
Tant per bous que per et medich.
Siats countent que soun exercici
N’es que lou serbichi deouin,
La santo messo soun auhci,
K puch beoué, més qu’ajo bin.
Cado maytin cantara messo :
E cado cop qu’ajo cantat,
Noble Duc, et lx>us hc proumesso
De beoue à bosto santat...
(Contentez-vous, s’il vousplait, Monsei-
Que chaque jour qui 1 eclairo (gneur,
Et sacride à Notre Seigneur
Aussi bien pour vous que pour lui-même.
Soyez assurè que son exercice
N’est que le service divin,
La sainte messe son office
Et puis boire, pourve qu’il aitdu vin.
11 chantcra la messe chaque matin :
Et chaquc fois qu’il aura chanté,
Noble Duc, il vous fait la promesse
De boire à votre santé . .
II ne terminera les odes, les souhaits de bonne année qu'il adresse à
M. d’ Ai/gues-Mortes , au baron de Laïlle , à M. de Larlat, et à M. le
duc d’ Epernon, saus accorder un pieux souvenir à la purée septembrale
qui lui tient tant au coeur.
Une fois lancé sur cette voie il composera des chansons bachiques, des
Noèls mème, avec une verve et un entrain tout gaulois.
Le tournesol n’est pas la seule plante qui dirige son calice vers le soleil;
tous les arbustes penchent leurs tiges vers Tastre qui répand la chaleur et
la lumière. Le bon vicaire subit à son tour l’influence des lois physiques
de l’attraction, mais pour lui le roi des aslres réside à Toulouse. Goudelin ,
à cette époque, à l'apogée de sa gloire, était le chef de cette libre association
des faciles esprits sachant si bien reprendre le lendemain de leurs fôtes au
cabaret leur dignité quelque peu compromise la veille à la iin d’un repas.
Dastros désira le connaître et lui dcmander d’ètre reçu parmi ses disciples.
II lui adressa à cette occasion une ode charmante le proclamant Maître du
Parnasse Moundi , et qu’il terminait ainsi :
Aro be jutjos qui jou soun,
Aro be ’ntenes à moun soun
Que nou sounpasbrico beou-Taygo,
Noum’ arrefuses pas aco
Que quand ma Muso es embriaygo
Ma Muso hé tout so que bo.
Rasum potutn yo pleyo tasso (1)
Es moun benerable Parnasso
Maintenant tu comprends qui je suis,
Maintenant tu entends à mon son
Que je ne suis pas du tout un buveur
Ne me refusespas cela [d’eau,
Que quand ma Muse est enivrée
Ma Muse fait ce qu’elle veut.
Rasum potuni , une tasse pleine
Est mon vénérable Parnasse
(1) Mesure des liquides, uu demi-litre.
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— 209 —
Sés (Tarren raés ra’empetega,
É boli hê tanto de naso
Tant qu'ajo la hount deou pega,
A ia hount pégo deou Pegaso
Per moun Apoiloun acos tu,
Que si tum’ counegues trop du
Coum' ag soun, ò si tu m’arrefusos
En qualitat de toun factou,
Bouillats ou nou, tu ò tas Musos,
Be soun aumens toun serbidou.
Le chanlre de Liris lui répondit :
Yeu n’é pas peno de bous creire
Le bayle de nostre mestié,
Et que nou tirats pas coustie
Quand cal douna dedins le beire.
Més be budats milhou la tasso
Quand ben pleno del grifoulet
Qu’un cop de pò de chibalet
Féc doutza sur le mount Parnasso.
Sans m'embarrasser d'autro chosé
Je veux faire un pied de nez
Tant que j’aurai la fontainede lamesure
A la sotte fontaine de Pègase. fde vin
Mon A)X)llon c*est bien toi,
Si tu me reconnais trop obstiné
Comme je suis et si. tu me refuses
En qualitò d’appronti,
Que tu veuilles ou non, toi ettesMuses,
Je n’en suis pas moins ton scrviteur.
Je n’ai pas de peine à vous croire
Le juge de notro métier,
Et que vous ne reculez pas
Lorsqu’il faut lever votre verre.
Mais vous videz mieux votre tasse
Quand elle est pleine de bon vin
Qu’un coup de picd de cheval
Fait jaillir l’inspiration sur le Parnasse.
II rend hommage à ses états deservice, lui déclarant qu’il méritait à son
lour l’honneur de la Muse gasconne et celui d’òtre re<;u dans la joyeuse
Académie.
Le poète, enchaìnéau char des Muses profanes, entreprend des badinages
poétiques jusqu’à raconter Las noços cVun caperan é ritou naouet , badinago
êrotique d’Ovide, boutade humoristique des plus franchement gauloise.
II quilte YHélicon pour proccder à la ccrémonie du nouveau curé de
Saint-Clar, mais quel est son étonnement de voir le marié sans sa fiancée :
Jou ò demandat entran aciou
S’es aquero qu'a l’ouéil ta bîou^
()u b’aquero plan empernàdo,
Ou aquero qu’a lou couhet (1),
Carot, ça m’a dit caucoumet :
Cérto, nimpho, noun y a pas nàdo.
J’ai demandé cn entrant ici
Si c’est celle qui a l’oeil si vif,
(>u cclle qui est si bien coiítòe,
Ou bien ccllo qui a la coiffure,
Tais-toi, me dit quelqu’un :
Certes, il n’y a aucunc nymphe. . .
II continue en poussant une pointe de sensualitc :
Jou sabi be qu'en boulerets Je sais bien que vous en voudriez
Uo, é quo la courtijarets Unc, et <pie vous la courtiseriez
Coum un saruqueret (2; que bàro, Comme uu oiseau qui guette sa proie,
(1) Espèce de baynolète que les femmes placent sur leur coitTe pour se garantir de
la pluie.
(2) Oiseau qui prend les rats.
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— 210 —
Aquo 's un coumun apétit C'est bien là une convoitise ordinairO,
Més bo cau tasta dab lou digt Maisil faut vouscontenterdegoùter avec
Si boun poudêts payra per aro. Si vous pouvez vousen passer [le doigt,
[pour le moment.
Dieu ne conseut au mariage du prêtre quavec son Eglisc :
Que y haran? Diou que n’ac bo pas : Qu'y ferons-nous à cela? Dieu le défend,
E que bo que lous caperas Et veut q*'e les prètres
Se countenten de sous berbiàris. . . Se contentent de leurs bréviaires. . .
II compare le Brcviaire à la femme, la seulcqui puisse vivreavec lecuré,
et il lui trouve bien des mérites :
Tabe nado crento nouts cau
Que’ ou berbiàri bous hasso mau,
Nat escarni, ni nad’ escorno,
Ni quets boute dcguens lou cap
La tempésto que trop un sab,
Ni quets y plante nado corno.
Lou praube berbiâri nou inord,
Ni nou rûo que couin un mort,
Ni n’arreguinno, ni nou penno,
Baysats lou haut, baysats lou bas,
Jaraês et nou mourdera pas,
s'arc be bclcou la henno.
Aussi ne faut-il avoir nulle crainte
Que le bréviaire leur fasse du mal,
Nulle moquerie, ni blessnre,
Ni qu’il vous mette dans la tcte
Le désordre que Eon connait trop bien,
Ni qu’il vous y plante quelque corne.
Le pauvre bréviaire ne mord
Ni ne rue que comme un mort, (prend,
11 ne donnepasdecoups de pieds, ni ne
Embrassez le, en haut et en bas,
Jamais il ne vous mordra, (femme.
II n’en serait peut-ètre pas ainsi de la
Haséts coucha touto la nùyt
Boste Ijerbiàri dins lou liéyt,
Croux de paillo, si mot et bâdo,
Quan degun no’ ou fuillelera,
E la henno s’aoujera
Si n’cs un pauquet caressado.
Faites eouelier toute Ja nuit
Votre bré\ iaire dans le lit,
Croix de puille, s’il dit un mot
Lors méme que personne nelefeuilletera
Au eontraire la femme s’ennuiera
Si elle n’est un peu caressée.
Bous nou courrets pas lou perii
D’aoue nado hillo, ni hil,
Aumens qu’a bostes despens bisquo,
Si lou cas es qu'en ajats nat,
Ou de tourut, ou de panat
Vous ne courez pas le danger
D’avoir ni iilles ni íìls
Qui vive au moins à vos dépens,
Si le cas est quo vous en ayez un
D’oecíision ou bien volé (risse.
Cauqu’unmêscauque bo’ou nouyrisquo.il faut que quelqu'un plus vous le nour-
11 poussera la licence et les écarts de la foiie du logis jusqu'à parlerdes
proeminences frontales qu’un curé doit se garder dc placer sur la tète de ses
ouailles, hardiesse plus digne tYHorace et de Ccitnlle que de Saint-
Auf/ustin :
Diou bous a dat lous habitans
D’aqueste loc per parrouquians
Au nom é qualitat d’aouèillos.
Dieu vous a donnè lcs habitants
De ee lieu pour paroissiens
Ayant nom et qualité de brebis.
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— 211 —
Boun pastou, gouardats que bous,
NoJ ous liasats pas bengue moutous
Dab cornos dessus las aurèillos.
Més, Moussur, perque direts-bous
Qu'et nou bo pas que sion moutous?
Misteri qu'es, nou pas coustumo.
Nostc Seigne nou bo que pax,
Or si 'ts aouén cornos aus caps,
Ets haren toutjour à ia tumo ..
Bon pasteur, gavdez-vous
De les faire devenir moutons
Avec des cornes sur les oreilles.
Mais, Monsieur, pourquoi medemandez-
Ne veut-il pas que nous sovons (vous,
(des moutons?
C'est un mystère et non une coutume.
Notre Seigneur ne dèsire que la paix,
Et s’ils avaient des cornes sur la tète
Ils se frapperaient toujours avec la tète. .
Et notre poèle contimie sa plaisanterie toute Jîabelaísienne , r éritable
esbaudissernent de r/auloiserie joviale. Pénctré de son sujet, il se eomplait
à le dèvelopper et. va droit devant lui, avec sa franehise liabituelle, sans
souci de la critique. Sous la protcction de réternel princi|)e méridional,
« j'ai ri , me voilù désarmé , » Dastros n’enveloppe pas sa pensée du rire
désopillant du Curé de Meudon , mais il lui donne rassaisonnemenl d’un
sourire agréable et d'une attrayante bonhomie.
Le duc d’Epernon ( Jean-Louis), privé de ses dignilés en 1641, élait allé
finir ses jotirs à Loches oìi il mourut le 13 janvier de la mème année à
l’áge de quatre-vingt-huit ans. Son fds, Bernard de Foix et de La Valette^
avait obtenu, dès l'année 1034, la survivance de son père, mais il ne prit
possession de sa charge qu'en 1044 (1). Lebon vicaire nous i’apprend lui-
mòme quand il dit au nouveau duc :
Boste pay, de qui la memorio
Per tout lou moun arretrounich,
Nous a taillat prou gran' istorio
Ses counda la de bous medich.
Boste Pay, més quedic-jou, boste?
Cau doubla Jou mot é la boux,
Cau dise : lou boste é lou noste,
É cau dise : lou Pay de touts.
Més joum' doun un cop de lanceto
Quan jou noumenti boste Pay,
Despuch Jean-Louis de la Baleto
Au moun jou nou m’é bist nat gav.
Votre Père, dont la mémoire
Qui resplandit dans tout le pays,
Nous a procurô une assez bclle histoire
Sans compter celle qui vousappartient.
Votre Père, mais que dis-je, votre?
11 faut doubler le mot et la voix,
Et dire : le votre et le notre,
En disant : le Pèrede tous.
Mais je me donne un coup de lancettc
Quand je nomme votre Père.
Depuis Jean-Louis de la Vatette
Je ne me suis vu nul plaisircn ce monde.
(1) Sa conduite comme gouverneur de la Guienne fut en tous points conforme au
niodèle que luioffrait en ce genre sa fainille. Dévouè au cardinal dc Mazariu. il soutint
chaudement, contrele Parlèmentde Bordeaux, le parti de ce ministre dont il partagea
Ja disgrâce. 8’étant vu contraint, lorsque son protectcur ( herclia uu refuge <ìans la
ville de Uège. de cèder son gouvernement au prince de Condè et de se retirer à
Loches, il mourut insolvable. en 1660, aussi peu regretté des Bordelais que l’avait ètó
son père.
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— 212 —
Aros ccrlo, grand Duc, b’acabi,
Lou regret me sarro lou cò,
Jou nou po li, ni jou nous sabi
Parln, quau me brembi d’aquo...
Maintenant certes, grand Duc, j’achève,
Le regret me serre le cocur,
Je ne peux, ni ne sais
Parler, quand jemesouviensdetoutcela.
C est donc a lui que Géraud adressera dorenavant ses odes et ses compli-
ments; c’est lui qui lui continuera une protection bienveiilante et eííicace.
Le poète reconnaissant proclame ses vertus et son grand cteur :
Aro lou moustre de l’ambejo
Debat bostes pés abatut,
Hé que lou mès abugle bèjo
S’ets gran de cô é de bertut
Més s’ets courtés é s’ets aimable
Grand Duc, lou quits auch équets bey
Cau que sio piri que diable
Si n'ac abouo, é si n’ac crey...
Maintenant le monstre de l’envie.
Abattu sous vos picds,
Fait que le plus aveuglo s’aperçoit
Si vous êtes grand de coeur et de vertu.
Mais si vous ètes courtois et aimable,
,Grand Duc,celuiqui vous entendet vous
II faut qu'il soit pire que lediable (voit,
S’il ne l’avoue et ne lecroit...
Nous avons dit que Daslros cessa de signer les registres de la paroisse
de Saint-Clar en avril 1647. A cette date, son nom et celui dc Darquier,
vicaire et poète comrae lui, sont remplacés par deux noms nouveaux.
Nous savons de source certaine â quelle circonstance 011 doit attribucr
cette disparition. Deux pièces sur parchemin qui exisient et signées
par róvôque de Lectoure, frappent les deux vicaires d’une peine disci-
plinaire, car lous lcs deux sont róvoquós du îitre de chapelains pour
cause d'indignité. Le Prclat avait dù ex^rcer cclte sévêrité en expiation,
sans doute, des peintures par trop profanes ccbappces à la plume des deux
vicaires. Quoiqu’il en soit, nous savons que son collcgue Darquier reprit
possession de son poste en 1048 aprcs un an de suspcnsion.
Géraud íait allusion m la disgràce qui vient de le frapper quand il
écrit au duc d’Epernon :
Sa disgraço, sa malo suno,
Segoun lou report que jou héou,
Nouts sir’ estado qu’empourtuno
E jou qu’ets agrade béleou...
Sa disgràce, sa triste Pigure,
Selon Je rapport que je vous fais,
N’eutété pour vous qu'importune,
Mais peut-òtre cola vous plaît-il...
Frappé de cctte grande infortune, le duc le console el i engage à venir
près de lui, à son ehàteau de Caamont; le poctc s excuse par lottre :
Paperet, ben au loc de jou
Per saluda, ses arre creigne,
Dab tout respèt è tout aunou,
Aquet gran Duc, aquet Mousseigne.
Petit papier, va à ma place
Saluer, sans rien craindre,
Avec tout le respect et lionneur que jc
Ce grand Duc, ce Monseigneur. (lui dois>
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213 —
Hé dab ounesto libertat
Moun excuso certo plan bouno,
Édigos ly plan la bertat,
Perque jou nou y bau en persouno.
Expose lui, cn toute bonnète liberté,
Mon excuse certes excellente,
Et dis-lui bien la vérité,
Pourquoi je n’y vais pas en personne,
A une autre époque, il invoquait sa pauvreté, riiumilité de sa modeste
personne, la pénurie de son costume, il oppose maintenant la vieillesse
comme cause d’empêchement :
Que si jou soun estat pourin,
Jou soun aro bengut ta rosso,
Qu’ana nou podi per camin
Acaouat, à pé, ni ’n carrosso...
Si j’ai été poulain,
Je suis maintenant devenu si rosse,
Que je ne puis plus alìer par lescliemins
A cheval, à pied, ni même en carrosse...
Dastros, d’un commerce si agréable et si sùr, n'oubliera pas ses amis
íidèles; quoique bien malheureux il continuera à leur envoyer le jour de
l’an ses souhaits de bonheur, habitude invétórée de l’usage et de la recon-
naissance qu’il a pratiquée durant trente ans envers ies petits comme les
grands.
Mais l’âtre est sans feu, la bise glacée envahit sa ohambre et engourdit
ses membres :
Jou é ma muso touto estarido,
Jou ó ma bêo touto estourrido,
Jou é moun cerbct embadouguit,
Assecarat jou ê rescritòri
Coum’ bér’ amno d’esprecatòri,
É moun papé chop coum un guit
Coumo bét tail de biéill’ eychado
Jou é ma plumo tout’ amourchado,
Ma man empeguido de fret,
Mous membres an tau malananço,
Qu’aquò n’es pas en ma pouchanço
De beoue un cop dab lou bras dret ..
J’ai ma Muse épuisèe,
J’ai mes veines transies,
Et le cerveau étourdi,
Mon écritoire est dessécliò
Comme une âme du purgatoire,
Et monpapier humidecommeuncanard.
Comme un tranchant de vieille houe
J’ai ma plume toute ébréchée,
Ma main engourdie par le froid,
Mes membres, en si mauvais ètat,
Qu’iL n’est mème plus en mon pouvoir
De boire un coupavec lc bras droit...
Et malgré tout, il conserve sa bonne humeur, il tâche de faire bonne
contenance en public, conservant en lui'mème les angoisses et les tour-
ments qui rassaillenl et le vieillissent avant l’heure A travers le mMsquc
souriant du visage, on aperçoit les ravages occasionncs par les tortures
morales et physiques.
Rien n’arrete son labeur de poète, mais sa táche devicnt plus difíicile.
Lui le brillant improvisateur d’antau; l’enfantgàté des Muses, déclare son
impuissance, l’inspiration est rebelle :
Brac surtout à hé pouesio, Impropre surtout à faire des vers,
Aumenscoum é bist que hasio Au moins comme j’ai vu que les faisais
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— 214 —
Quan éri drillant é gourrin,
Més nou soun pas encouó en la liosso.
Jamés boun pourin nou houc rosso,
Ni jamés rosso boun pourin.
Quand j’étais bon vivant et coureur.
Mais je ne suis pas encore dans la fosse.
Jamais bon poulain ne fut rosse,
Et jamais rosse bon poulain.
II n’abdique pas cependant, mais il se préoccupe de savoir si cette fai-
blesse, due aux eífets des ans, n’atténuera pas lestime que ses amis ont
pour lui :
Per esta dounc biéii arrimayre,
E qu’arrima nou pousco gouayre,
Nou cau pas meinch rn’en estima.
La biéillou me tenc sur la cene,
Me hé ’sta mès, é més m'estene
Prés deou houec, per més arrima...
Pour n’être plus qu'un vieux rimeur,
Et que je ne puisse plus guère rimer,
II ne faut pas moins m’estimer.
La faiblesse me tient sur la cendre
Et m’oblige à me rapprocher de plus en
Près du feu pour mieux rimer... (plus
Solliciteur et quémandeur infatigable, il enverra ses vers en étrennes,
oíi seront exposées les misères qui Fassaillent de tous côtés. Derrière le
prètre, le philosophe, il nous raontre Fhomme, qui n’est pas insensibleaux
rigueurs de la mauvaise fortune.
Cap d’an, é cap de més, é mes cap de semmano,
M’a talomont, Moussur, prés au desperbesit,
Qu’en bat lou miéy dou tour, lou caytiouê m’escano,
Jou soun tout arrucat, jou soun tout encheprit.
Chaque lin d’année, de mois, et inéme de semaine,
M’a tellement, Monsieur, pris au dépourvu
La misêre m'étreint, ine gagnaut tout eutier,
Je suis tout pelotonné, je suis tout perclus.
Mais ce cri de détresse n’est pas inléressó ; il met tout sur le compte du
respect dù aux usages, aux habitudes quhl a contractées :
Jou nou dic pas aco per bous demanda bioures,
Ni pan, ni bin, ni car, per m’unta lou gaiit,
Ni lx>y, ni bestimens per arbaja lous gioùres,
Qu’cncoué jou bé de tout pcr huji lou traiit...
Jc no dis pas cela pour vous demander des aliments,
Ni pain, ni vin, ni viande, pour m’humccter le gosier,
Ni bois. ni vêtements pour m'abriter <les givres.
Hien <iu’encorc je fasse tout pour fuir le mauvais sort...
Dans cet élat cFesprit il se reeueille etretrouve sa íacilité des beaux
jours ; sa penscc dêploie ses ailes pour prendre sou essor dans les hautes
sphères de Féternité et il parle de ses cheveux blancs avec une douce phi-
losophie dans sa dernière étrenne (1647), Lou Cantdeou Cigne, (Le chant
du Cygne) son adieu à la vie, qu'il adresse au noble duc.
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— 215 -
Sa Muse joyeuse se lait, le poète, met une corde à sa lyre. L'heure de
sonder le grand mystère est arrivée, son àme est toute entière envahie ct
comme obsédée de cette unique souci. II réfléchit, il raédite :
Sic abì fata cocant. etc. . .
Atau pré.s de sa fin, tout blanc, canto lou cigne,
K deou Mcandre dous hò retrouni lou bord,
Més soun cant meloudious cs Tassegurat signe
Qu’et es à Touro de sa mort
Atau canti jou, biéil é blanc coumo lou cigne,
K de la gayo Arrats héou retrouni lou bord.
Més daro ’nla moun cant es l’assegurat signe
Que jou m’aprochi de la mort (1). .
Ainsi près de sa íìn, tout blanc, chante le cvgne,
Et du doux Méandre fait retentir les bords.
Mais son chant mélodieux est le signe certain
Qu’il est à l’heurede sa mort.
C’estainsi que je chante, vieux etbianc comme le cygae,
Et du joveux Arrats fais retentir les bords,
Mais dorénavant mon chant est le signe certain
(J»ue je m’approche de la mort. . .
Apròs avoir renouvelé au duc son attachement et lui avoir souhaitc ùne
(1) Le chant ducvgnc chanteur, désagréable de près, est assez harmonieux entendu
de loin : il a un timbre très clair, comiiie celui d’une clochette d’argent. II chante
souvent et, méme au moment demourlr, ses dernières respirations produisent un son;
de J;ï la iégende du cvgne qui ne chante qu’au momcnt de mourir Le cri ordiuaire
est líillldLi ; son cri lè plus doux, ang. II est souvent célébré dans les chansons popu-
Jaíres russes. « Je suis parvenu, dit Homcycr , à cntendre la voix du cvgne chanteur.
Huitàdix de ces oiseaux se trouvaient sur le Orabow. à environ une centaine de
pas du bord et poussaicnt des sons perçants et harmonieux. On ne pouvait v recon-
uaítre de mélodie; ce n’étaient que quelques notes traìnantes, mais comme ’les unes
étaient plus élevées, les autres plus basscs, les intervalles des sons se faisaient sentir
et le tout constituait un ensemble assez harmonieux. Malgré Ja dislance ces notes
arrivaient distinctes à mon oreille. »
Scliilling est plus explicite : « Le cygne chanteur charme l’amateur, non senlemcnt
par sabeaúté, sa gràce, sa prudence, mais encore par sa voix forte, riche en notes
pures et variées; il Ja fait entendre à toute oceasion, c’est un cri d’appel, d’avertisse-
nient. Quand il est réuni à ses semblablcs il semblecauser avec eux ou rivaliser àqui
chantera le mieux. »
« Lorsque par les grands froids la mer est couverte de glace dans les endroíts non
occupés par les courants, que les cygnes ne pcuvent plus se rendre Jà oû l’eau peu
profonde leur garJe une uourriture abondante et facilement accessible, alors on voit
ces oiseaux se rnssembler par ccntaines sur les points oû des courants maintieniient
ia mer Jibre, et leurs cris mélancoliques raconte leur triste sort; souvent alors, dans
ies Iongues soirées d'hiver et pendant des nuiis entières. j’ai entendu leurs cris plain-
tifs reteutir à phisieurs lieues. On croit enteudre, tautòt des sons de clocJie. tantót
des sons d’instrumcnts à vent; ces notes soni mcine plus harmonieuses, provenant
d’étres animés, elles frappent nos sens bien plus que des sons produits par un métal
iuerte. L’est bien là la réalisation de Ja fameuse légende du chant du cvgue; c’est, en
effet, souvent le chant de mort de ces superbes oiseaux. Dans les eaux profondes, oû
ils ont dû chercher un refuge, ils ne trouvent plus de nourriture sufflsante; affamés,
épuisés, ils n’ont plus Ja force d’émigrer vers des contrécs plus propices, et souvent
on les trouve sur la glace, morts ou à moitié morts de faim et de froid. Jusqu’à leur
trépas ils poussent Teurs cris méìancoliques. • — (Henri Coupiu, Le Chant des
Oiscaiuc.)
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ongue existence dans l'intérèt de la Gnienne et de la France, il donne des
conseils à tous les hommes pour se préparer à la mort :
lí pueli que deou moument que l’amno se separo
D’aqueste cos pesuc de]>end l’eternitat,
N’es pas-et passohol lou qui nou se preparo
Per trouba la fclieitat ?
Jou héou dounc un gran ben à mous amics d’escrioue
I.ou mouyên de trouba la bito dab la mort,
10 de quino faycoun la mort nous hara biouc,
Que n’es sounquo de y pensa fort.
Qui sustenguera dounc que lou cant de moun cigne
En estrèo n’es pas digne d’un goubernur,
Digne d’un Rey, deou Papo, ê de tout lou moun digne,
Puch qu’à touts causo tau bounur?
Quan lou cigne se sent de la Parquo la proyo,
Soun sang lon més subtii s ’amasso autour deou cò,
Que per un pauc de tems l’ac y plêo de joyo
E lou hé canta coum aquô.
Atau l’ume de ben, qu’au puut de la mort s’armo,
E counforto souncò deou millou de soun sang,
Jou ’nteni persoun sang las bertuts de soun armo,
Canto coumo lou cigne blanc.
Kt puis que du monient où l’àme se sêpare
De ce corps pesant en face de réternitê,
N’est-il pas fou cclui qui ne se prépare
A trouver la íélicité.
Je fais donc un grand bien à mes amis d’écrire
Le moycn de cherclier la vie avee la mort,
Kt de quelle façon la mort nous îera vivre,
('e n’est certes qu’en y songeant souvent.
(v>ui soutiendra donc <[ue le chant de mon cvgne
Kn étrennes, n’est pas digne d’un gouverneur,
Digue d’un Koi, du Pape, de tout le monde eníìii.
Puisqu’à tous il cause un tel bonìieur?
Quaud le cygne se sent la proie de la Parque.
Son sang le plns subtil reflue vers son cceur
Qui le remplit de joic pour un peu de temps
Kt le faitchanter de cette faeon.
Ainsi l’homme dc hien, qui s’arme au moment de ln mort
l-.t rêconforte son camr du plus pur Ke son sang,
J’entends par son sang les vertus de son àme,
Chantc coinme le cygne hlanc.
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Atau Tome de ben cantara coutn un cigne
Quan sento que lou céou lou ba tira d’aciou,
Més que jouvousoment labets et se resigne
A la boulentat deou boun Diou.
Atau l’ome de ben cantara coum un cignc
En tout tems, coumo s’éro à l’ouro de la mort,
Per gouarda que l’ihér countro d’et n’arreguinne,
E per se rendé lou més hort.
Atau l’omede l>en cantara coum un cigne,
Ousio en sa maysoun, ou qu’ane per camin,
Ou que beille, ou que dromo, ou quc soupe, ou que dinne,
Si s’arrebrembo de sa fìn.
Atau l’ome de ben cantara coum un cigne,
Mòs que quan et se sento a la mort coundamnat,
Soun armo boulentés à l’anjou et eounsigne
Que ly es per gouardian ourdenat.
Atau l’ome de ben cantara coum un cigne,
Coumo cantéc joyous, lou Saubado deou moun,
Puch que daouant sa mort et cantéc un bct himne,
É nous héc â touts la leçoun.
Atau l’ome de ben cantara coum un cigne,
Quan daouant soun trespas aura gran countritioun,
Ainsi rhomme de bien chantera comme un cygne
Quand íl sent que le ciel va le tirer de là,
II faut qu’alors il se résigne joyeusement
A la volonté du bon Dieu.
Ainsi l’homme de bien chantera connne un cygne
Hri tout temps, comme s’il était à l’heure de la rnort,
Pour évitcr que l’enfer contre lui ne résiste
Et pour se rendre le plus fort.
Ainsi l’homme de bien chantera corame un c-ygne,
Qu’il soit dans sa nmison, qu’il aille pur les chemins,
Ou qu’ii veille, ou qu’il dorme, ou qu’il soupe, ou qu’il dine,
S’il se souvient de sa mort.
Ainsi l’homme de bien cliantcra comme uii cvgne,
Pourvu quand il se sentc condamné à la mort;
11 consigne \ olontiers son âme à l’ange
Qui lui est donné pour gardien.
Ainsi rhomme de bien chantera comme un cygne,
Comme chanta joyeux le Sauveur du ìnoiule,
Puisque avant sa mort il chania une bclle hynme
Et nous tìt à tous la leeon.
Ainsi l’hoinme de bien chantera comme un eygne,
Lorsqu’avant son trépas i) éprouvera une grande contrition,
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- 218
Se couhessera pian, esperan, be qu’endigne,
De sous pecats la remission.
Atau cantaro-jou daouant ma mort ses creigne,
Aumens se Diou me presto é lou cò é lou scn.
Per gagna paradis. Desirats-oc, Mousseigne,
E bous nou y pcrderats arren .
Quan jou siré pujat dessus aquero sérro
Oun disoun qu’on nou bîou que de sucre é de méou,
Coum bous aurats augut un serbidou sur térro,
Bous aurats un amic au céou. . .
Se confessera ensuite, espérnnt, bien cju‘indignc,
Avoir la rémission de ses péchés.
Ainsi je chanterai moi-méme en face de la mort sans crainte,
Au moins si Dicu me prétc le cceur et la raison,
Pour gagner le Paradis. Désirez-lc, Monseigneur.
Et vous n’v perdrez rien.
Quand je serai monté dans cette rcgion
()û Pon dit que Pon ne vit que de sucre et de miel,
Comme vous aurez eu un serviteur sur terre
Yous aurez un ami au cicl. . .
Dastros sentait si bien sa tin sapprooher, (ju’il terniinait ce chant par sa
propre êpitaphe, ct, nielant ses pensces deternité â ses aimables joyeusetés
d'autrefois, il disait :
Si ma bito, passant, t’a jamcs hêyt arrise,
Nou ploures pas ma mort, que nat subjét nou y a,
Jout prégui sulament per raoun repaus dc dise
Lou Patcr é 1 ’Ace Maria.
Si ma vie, passant, t’a jamais íait rire,
Ne pleures pas ma mort. il n’y a nul molif,
Je te prie seulement de dire j>our mon repos
Lc Pater ct YAvq Maria.
11 sïdeignait, en eífet, doucement à Saint-Clar, son pays natal, où
le rcteuaient de constantes amitiés, le 9 avril 1648 (1).
Apròs la lecture de ses poésies, on doit se représentcr notre pocte,
comnie un de ces Ecclêsiastiques faisant passe-temps des lettrcs un peu à la
Gauloise, quand ils losaient, mais, au fond, plein de respect pour les
principes honnèles et chrétiens, imagc de leur vie moitié sensuelle et
moitiê dévote.
Homme de son siècle, il ne s effrave pas outre mesure des danses, des
(1) Lettrc de M. Cabos, ruaire de Saint-Clar, à M. Bernadau, homme de lettres à
Bordeaux. ( Recue de Gascogne, 1895, p. 455.)
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chansons, des spectacles p ofanes, pourvu que la morale n'ait pas trop à
s?en plaindre, et que ses paroissiens ne dérobent pasàces distractions le
temps qu’ils doivent consacrer à la prière et aux cérémonies religieuses. J1
fait marcher de front la joie et la gravité.
Notre éminent compatriote, M. Noulens , termine son salut à 1 'Hésiode
Gascon , extrait de ses Méridionales , en disant :
Je le vois s’enivrant de l’air de la campagne,
Grapillant comme un merle et comme lui sifílant:
Ce doux homme noir fut le raerle de la Lomagne ,
Mais le merle phénix, appelé merle blanc.
C'est, en effet, le poète le plus reraarquable qirait produit le Gers, et il
surpasse ses émules par lentrain, la vivacité, Tabondance de son inspira-
tion. De plus, son dialccte est supcrieur en ressources à celui qu’ils
emploient et il aura sur eux un autre avantage, c est une aptitude vrai-
ment remarquable de penser en patois qu’ils ne sauraient atteindre. Avec
autant de verve que Bedoui , il a infiniment moins sacrifié au mauvais
goùt Mazarin, il a moins de correction et de distinction que Baron , mais
il le surpasse par Tentrain, la vivacité, l’abondancc.
II est plus facile de le rapprocher du barde loulousain Goudelin, avec
lequel il a bien des points de ressemblance. Comme lui il possédera, grâce,
force, harmonie, qualités auxquelles viennent se joindre les nuances de ce
stvle enchanteur qui, du ton le plus calme et le plus sérieux, s’élève aux
conceptions les plus hardies. Tandis que les oeuvres de leurs conlempo-
rains sont à peine connues de quelques lettrés, ils auront l'un et l’autre l’hon-
neur légitime de perpétuer leur célébrité due à la force de lcur génie, à la
verve et Toriginalité de leur talent.
II n’est pas sans intérèt d’établir les points de ressemblance qui existent
encore entre Dastros et Du Barlas.
Le poème d ela Semaine n’est qu’unelonguesériede descriptions de tout
notre univers, et les deux grands poèmes de Dastros, les Saisons et les
Eléments, sont aussi des peintures de la nature. Mais ce dernier rcstc
toujours original, même quand il utilise des réminiseences.
C’est ainsi qu’il fait l’éloge de Du Bartas et de sa plume à propos cles
oiseaux (t. i, p 116).
II imitera, comme nous lavons vu, le célèbre passage dc ce deinier sur
le chant de l’alouette (1) : La lauzeto per lauza Diou , qui vaut mieux que
le modèle.
(1) LSl gentille alouette avec son tire-lire
Tirelire-relire et tirelirant tire
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— 220 -
Le poème des Trois Nymphes qui vont recevoir la reine Marguerile et
son époux Henri à leur entrée à Nárac, et celui des Trois Beryers qui
viennenl saluer M. le marquis de Faudoas à son cntrée à Plieux.
Le poète de Saint-Clar emploiera des épithètes composêes à la Du Bartas,
ainsi l’Eté dit :
. , . . . Soun lou casso-hame ,
Casso mau-iens , casso-talent (t. i, p 8).
L’Eté appelle l’IIiver :
Couo-tisous, couo-cene (t. i, p. 15).
Lous caus minjo-mèquo ,
Lou haubereou bolo-haut ( t- ì, pp. 112 et 113).
Nous trouverons au hasard :
Barbo-yilat , barbo-lourit ,
Escano-biêlhos , barbo-léqua , pano-beoutat , eic*.,
et on pourrait allonger la liste.
Vers la voúte du e-iel, puis son vol vers ce lieu
Vire et semble nous dire ; adieu, adieu, adieu !
Dupont do Nemours a traduit ainsi le cliant du rossignol pendaut la couvce :
Dors, dors, dors, dors, dors, ma douce amic,
Amie, amie.
Si belle et si cliérie,
l)ors en aimant,
Dors en aimant,
Ma belle ainie,
Ma belle arnie,
Mes jolis enfants,
Nos joíis, jolis, joíis, jolis
Petits enfants.
Le même cbaut a ctc ainsi notc par Dureau de la Mallc :
Tinù, tinù, tinù, tinù, tinù,
•Spretiú. z-(;ua,
íjuerrce, pi, pi,
Tio, tio, tio, tix,
Outio, qutio, qutio, qù-tio.
/(pio, zquo, zquo, zquo,
/i, zi, zi, zi. zi, zi. zi.
Querrer, tiu, zquia, pi, pi, qui !
II n’y a j>as qu’en France qu’ou ait icntô de parcillcs iinitations.
Malgré sa simplicité, le chant des oiseaux n‘est peut-êtrc imitc par aucuu de nos
instruiiients de musique. On arrive bien à reproduire la suecession des notes avec
leur lianteur et leur mtensitc, mais le « timbre, » e'est-ù-dire ce qui donne au chant
son caraetcre particulicr, cst eomjïosc d’un si grand nombre de sons, qu’il a étc. jus-
(ju'à cc jour, impossible de le rendre avec exactilude.
Une des imitations lcs inicux rcussies est lc fameux adafjio dans la sixième sým-
jihonie pastorale de Hethouren , qui imite le coucou, la caille et le rossignol. Le Sairit
Franrois de Liszt et le Vogels als Prophet de Schumann. sont aussi fort rciuar-
quables. C’est presque toujours au chant du plus mélodieux des oiseaux, le rossignol,
que se sonl altaqucs les compositeurs; c’cst lui qu’on retrouve dans le Mecìsto-
\YaDer, dc Liszl, ct la romance Et la nuit ct la Lune et Vamour de Davidof. Fu
Ailcmagnc, les dilletanti font leurs dclices d’un morccau de musique, le Coioben
nisse ou le Nachligall vlcs Allcmands qii’on peut assimilcr, parmi lcs chauts natio-
naux, aux Iians drs cachcs suisses. Cetie baliade, par sou rhythnie autant que son
expression, rajipelle les trilles du rossignol. A. d’Orbignv a rendu le chant d’une
troupiale de Cuba Celui du eoucou a ctó imitc par Atha/tase hirchcr et i\I. Oj)/>cl.
tll. Coupin, Le Chant des oiscau.c.)
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— 221 -
J'en dirai autant de letrange théorie de Du Bartas, sur les eaux sur-
cêlestes (0e jour de la Semaine , vers 1029), qui est reprise par Dastros dans
le plaidoyer de l’Eau.
Malgré ces rapprochements, rhumeur, le tcmpérament et la culture intel-
lectuelle élaient bien diíïérentes entre les deux poètes.
Du Bartas avait de grandes conceptions, Dastros était terre à terre, mais
tout en restant original il s'est souvenu tres souvent de ce qui Ta frappé
dans Du Bartas, et l’on est heureux de retrouver dans le poète patoisdes
traces, des réminiscences du grand poètedes Semaines etde VUvanie, son
compatriote et son voisin.
II fétait également et de plus son grand ami l'auteurdela Christiade ,
Jean d' Escorbiac (1), seigneur de Bajonnette, neveu et disciple de Du
Bartas, qui lui dédia deux sonnets qui sont en tête des Elèmenis (t. ì,
pp. 56, 58). Du reste, il eut d’excellents rapports avec tous les poètes de son
temps, et ìl se dislingua par la diversité de ses ceuvres. On a encore de lui
un grand nombre d'épigratnmes , d'anagrammes, d 'épitaphes, d'épilha-
lames , d 'étrennes et de chansons , une comêdie intitulée Moundino , farce
en un acte et en vers de huit svllabes, à rimes plates, étude peu poéliquc de
ménages pauvres de !a Lomagne. La Bebengudo deous Pastous de Gas -
cougno à Àíoussu d'Espernoun (La bienvenue des bergers de Gascogne
à Monsieur d' Epernon), poème à quatre personnages, dont un Frcincillon ,
que le poète a créé et qui est un type bien curieux.
Voilà pour lYeuvre du poète.
L’Ecclésiastique apparaìt à son tour dans des Xoèls, malheureusement en
petit nombre. Le clergé de Gascogne avait reconnu que les livres d’instruc-
tion religieuse écrits en frangais avaienteu peu de succès; le diocèse d’Auch
eut plusieurs catéchisme en dialeete palois oii les principes de la religion
chrétienne étaient exposés sous la formeagrèable de la poêsie. La Lomagne
eut le sien fait par Dastros, avec fapprobation des docteurs rêgents en thêo-
logie de f Université de Toulouse et qui figure dans ses ceuvres.
II a été inspiré par celui de Duponi mais ce dernier est composê en
octosyllabiques à rimes plates, et de plus il n’est pas fait pour le chant.
Au poinî de vue orthographique, Dastros écrit Ia diphtongue au, qui se
(1) Dans l’anagrarame Díeu guiclcra son astre , le savant M. Léonce Couture a
recherché les deux noms de bapk*nie du poòte gaseon de Saint-Clar :
1 2 3 4 5 (I 7 8 9 1011 121311 15 1017 1S
DIE V GVIDERA SON ASTRE
2 3 14 5 4 7 10 11 0 1 8 9 1512171813 1(1
IEN GVIRAVD DE ASTROS
Dieu guidera ton astre, et ton auivre à la fìn,
Foulant d'un pied vainqueur l'envie et le destin,
Hendra du nora de Dastros la gloire in\ iolable.
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- 222 —
prononce aou, en une syllabe. Mais il écrit eou, éou , iou les diphtongues
analogues ou les troubadours ne mettaient pas d'o. Eu revanche il écrit cor-
rectementsuM (sur le), buu (bceuf). et non suou , buou . Dans sa première édi-
tion. imitant en cela du Barícis, Garros, au xvie siòcle, ainsi que les poètes
du xvii6, Ader, Bedout, Baron, Dugay , il écrit comme eux e la finale
fèminine qui sonne o atone. Dans les éditions suivantes il adoptera lortho-
graphe toulousaine et partout Ve final sera remplacé par o.
On a allribué à Dastros, ct cela bien à tort, un recueil d 'arreproués
(proverbes) dont le véritable auleur n’est aulre que Volíoire.
Des honneurs posthumes ont été décernées à sa Muse depuis sa mort; de
nombreuses éditionsde ses oeuvres ont honoré sa mèmoire et répandu au
loin sa cêlébrité.
Dors en paix, toi le plus aimable et le plus spirituel des poètes; ton
souvenir est impérissable, comme tes ceuvres, toi qui as porté si haut le
génie de notre langue gasconne.
ANNEXE A
I. — Convention entre Messieurs Bernard Desparbés et autres consuls
de la ville de Saint-Clar , d’une part , et Jean-Gèrauld Dastros et
Anthonio Ilélies , escoliers de la dite viLle , d'autre part.
L’an mil six cens doutze et le vingt-quatre jour du movs de juin avant
midv, régnant Louys, par la grâce de Dieu roy de France et de Navarre,
dans la ville de Saint-Clar de Lomaigne, sénéchaussée d’Armaignac, par
devant moy, notaire royal et tesmoins bas nommés, sont esté présans et
constitués en leurs personnes. Messieurs Bernard Desparbès, Pierre
Lablanche, Jean Arquieret Michel Dulaur, consulsde ladite ville de Saint-
Clar, taisant comme consuls et au noni de toute la communaulté de ladite
ville, d’une part, Jean-Gérauld Dastros et Anthoine Helies, escoliers, habi-
tant de ladite ville, d’autre part, lesquels, de leur gré et volonlé franche,
respectivement, ont avoir convenu et arresté ce que s’ensuict : En premier
lieu que lesdits Dastros et Ilélies seront tenus de résider et habiter conti-
nuellement dans ladite ville le tems et espassed’une année complète et
révolue commençant ce jourd'huy, datte du présent, et à mesme jour finis-
sant, pendant lcquel temps seront tenus sieurs Dastros et d'Hêlies de
(1) L’Ascolo cJcou chrcstian idiot , catrcbisme rimó publié en 1645; íl est mis sous
les auspices de Xotrc-Da9 cle Tudet par une pieuse dédicacc. Dans ce morceau
d'Astros revient â l’usage gascon et partout Ve íìual remplace l’o.
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— 223 —
stistenir et endoclrìner les enfants de ladite ville tant à lire, escrire, que de
la grammaire, de tout leur pouvoir et comme il esi requis, et pour leur
j^eyne, vacation e't sallaire, lesdits sieurs consuls ont promis et seront tenus
de donner et payer aux dits Dastros et Hélies la soinme de soixante quinze
livres tournois pavable de troys en trovs moys la quatriesme partye, est en
oultre lesdits sieurs consuls bailleront auxdits percepteurs unc maison
propre à tenir lesdits enfans. 2st party arresté que sy lesdits percepteurs ne
font lire, écrire et endoctriner lesdits enfans, scra loisible et permis ausdils
sieurs consuls de pourvoir de tel autre percepteur que leur plaira sans figure
de procès. Et oultre la susdite somme les pères desdils enfants seront tenus
chacun d'iceulx donner et paier auxdits perceptcurs pour la doctrine de leurs
dits enfanls, scavoir : ceux qui seront à i alphabet cinq souls pour chacun
ruoys, et pour ceux quy escriront, liront et apprendront de la grammaire
sept souls et demy pour chacun d’iceuix, saulf s'ils sont vrayes pauvres et
n'ayant moyen de paver, desquels iis jie prendront aucun salaire ny paie-
ment, néantmoins les endoctrineront aussy soigneusement que de ceux
qu'ils seront payés, et à ce dessus promis et observé partyes, respective-
ment en ce qui leur concerne, ont obligé, scavoir lesdits consuls les biens
de iadite communaulté et lesdils Dasti*os et Helies, tous et chacun leurs
biens et l’un d’eux pour tous rneubles et immeubles prcsens et advenir
qu’ont soubmis à toutes rigueurs de justiee avec toutes renonciations au
contraire. Et ainsy l’ont promis, en préscnce de Me Jean Rivière et Jean
Pedeioup, dudit Sainct-Clar, habitans soubsignés avec iesdites parties
et moy.
Signé : Esparbès, Lablanche, consuls; J. Pedelolp,
présent; de Rivière, prêsent; d’IIelies, conlractant;
Dastros, contractanl; Castéra, notaire (1).
ANNEXE B
II. — Convention entre MM. les Consuls de Saint-Clar , MM. Jean -
Gérauld Dastros eí Jean-Bernard Heltjes.
L‘an mil six cens vingt et six et Ie vingliesrae jour du mois de may appres
midy, régnant Loys, par la gràce de Dieu, roy de France et de Navarre,
dans la ville de Sainct-CIar dc Lomaigne sénéchaussèc d’Armaignac, par-
devant moy, notaire royal soubsigné, et présents les tesmoins bas nommês,
(1) Recue de Gascogue , t. xxxvu, pp. 44, et 45.
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— 224 —
eonstitués en leurs personnes, Messieurs Bertrand Bruzault et Pierre
Arquier, consuls de ladite ville, faisant aussi pour Raimond Masaron et
Guiihaume Larribau, aussi consuls de ladite ville, d’une pait, et Mre Jan-
Gérauld Dastros, prestre, el Jan-Bernard Helves, advocat, habitant dudit
Saint-Clar, lesquels respectivement deleur gré, ont dict avoir convenu que
lcsdits Dastros et Helyes apprandront les enfants des habitants de ladiie
ville lant à lire que d escrire et de la grammaire et les bien morigéner, à
quov ils s ‘emploieront assiduement suivant la teneurdes estatuts qu'ils ont
dressé et remis ès mains desdits sieurs eonsuls, excepté l'arithmétique qui
demeureretranché desdits estatuts; et commenceront à la feste de saint Jean-
Baptiste procliaine advenant et continueront jusques à pareilhe feste de
Tannée mil six cent vingt et sept, ct pour tenir lesdits eufants leur est bailhé
une petile maison appartenant à la communauté, bastie au devant du chatau
vieulx pour logé, laquelle lesdits Dastros et Iíelyes soignerontet prandron1
guarde que la maison ne déperisse par lesdils enfants et leur faulte à peine
de la réparer et remettre en Testat que la première. J'iendronl lesdits enfants
bien rangés tant à rêgliseque aux processions, et pour leur pevne et sallaire
lesdits sieurs consuis doneront et. payeront auxdits Dastros et Helyes pour
toute ladite année, la somme de quatre-vingts livres tournoises, payable de
trois niois en Irois mois la quatriesme partye. Est avouc que cn advenant
iceuls Dastroset Ilelyes ne fairont bien leur debvoir à endoctriner et inori-
géner lesdits enfants, lcsdits sieurs consuls les pourront congédier sans
figure de procès, répandre lesdites escoles et les baillerà lel autre précepteur
qu'il leur plaira eslire. Est aussi arresléqueoullreet pardcssus ladite somnie
lesdits prêcepteurs pouriont prande de chacun desdits enfants, savoir : des
aliecedaires 5 sols, etceulx qui liront, escripront et aprandront de la gram-
maire 7 sols 1/2 pour chacun moys, que les pères desdits cnfants seront
tenusà lcur payer, saulf si sont, vrays pauvres, auquel cas lesdits précep-
teurs seront tenus les apprandre. Et à lobservance dc ce dessus parties ont
obligé, scavoir : lesdits sieurs consuls, les biens de la communaultè, lcs
biens propres et de l’ung d'eux présent et advenir qu’ont soubmis aux
rigueurs de juslice, et ont prornis sur les Evangiles, prêsents : Anthoine
Dulaur, fils dc Bernard, signês avec Iesdites parties, et Jacquou Caignao
dudit Saint-Clar, non signé pour ne sçavoir.
Sifjnè : Debruyault, consul; de Mossaron, consul; Darquier,
consul; Dastiìos, contractant; de Helyes, contraclant;
Dulaur, prcsent; Castéra, notaire (1).
(I) Hccite de Gatcognc, t. xxxvii, pp. 45 et 46.
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BÀRON (Louis)
Louis Baron est né en 1612, k Pouyloubrin (1), dans lecoraté d’Asíarac.
On a cherché rétymologie de ce nom. Le chroniqueur Dom Brugêle
Findiquequeìque part par les niots réunis de Podio-Lobrino; un autre le
traduit par Podium , colline, élévation, et brin , petite. M. Ccnac-Moncaut
accepte la signification de Podium ( Pouy , hauteur, serait k notre avis plus
juste), mais il croit que la finale bren est d’origine celtique et veut dire
chef, roi, ou raont du roi, ce qui rappellerait d’apròs lui un manoir primi-
tivement princier, ce qui paraît très vraisemblable.
Le point central du village est constitué par un groupe de raaisons agglo-
mérées autour d’une vieille église, et un monticuleentouré delarges fossés,
ombragé d’arbres séculaires, parsemé de ruines, révèle Fassiette d’une
demeure féodale.
En effet, un d’Orbessan , baron d'Attas , avait été autrefois le seigneur
de Fendroit.
II y avait eu aussi, d’après la chronique, une famille noble du nom de
La Rèmole , qui avait étá l’objet d'une lugubre légende. Un de ses membres,
épris d’une vive passion pour la châtelaine de Lamothe , avait assassiné- le
mari pour épouser la veuve.
Quoi qu'il en soit, la demeure patrimoniale de Baron était, à Fépoque,
constituée par deux belles maisons entourées d’un bois à haute futaie dont
il ne reste plus de vestiges. L’une d’elles subsiste encore, raais bien diffé-
rente de ce qu’elle a díi ètre autrefois (2).
(1) Canton de Saramon , arrondissernent d’Auch, 219 habitants. Cette commune
avaii été formée des sections de Pouyloubrin , d \\ttan. de Lanabère et de Lamothe,
Le village. aussi peu considérable alors comme aujourd’hui. est bùti sur un platoau
élevé entre deux rivières. D’un cótt*. la vue s'étend sur la plaine du Gers; à Pest et au
sud, on voit serpenter la vallée de VArrats presque coiistamment tlominée par une
chaine de cóteaux fortement accidentés et dont la crête se découpe dans le fonds bleu
des montagnes Pyrénéennes. De tous cótés le terrain est tourmentê par des soulève-
ments volcaniques ; la campagne est coíipée par une divcrsité de cultures, et tout cet
ensemble forme des contrastes heurtés de nature à frapper rimagination et à
impressionner surtout un esprit vif et artistique.
(•>) Cette dernière ne renfermepas moins de onze appartemcnts (ou cnambres) avec
granges et écuries; tout après sont les remisis d’un bàtiment qui pouvait étre oceupé
par les colons ou doraestiques de la famille Baron.
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— $26 -
Ce lieu s’appelait le Garrousset (1).
La famille Baron , du Garrousset, élaiLd'origine bourgeoise etdalait du
xvic* siècle. Elle comptait dans son sein plusieurs collecteurs de laxes
royales qui s’étaient succédés durant près d'un sièele, depuis 1691 jusqu’à
la Révolution de 1789.
L’un devint agent supérieur des íìnances, un aulre mourut curéd'Aa-
rimont en 1718.
Si lon en croit la légende, un des ancêlres du poète, aurait été, sous le
règne de Louis XIV ou de Louis XV, un des membres les plus distingués
du barreau de Paris.
Enfin, un Baron habita lui aussi pendant longtemps la capitale où il
exerça la médecine avec quelque distinction. II existe de lui une lettre
qu’il écrivail à son cousin le poète auquel il reproche « d'avoir quelque
> peu dégradé les deux maisons de leur oncle commun en abattant le
» bois à haute futaie qui embellissait lc dehors. » II y parle égalernent « de
» son aïeul Jean Baron , marié à Jeanne de Cabiran , » d’une famille
lilrée, comme on voit. II lermine « en réclamantsa partde succession d’un
» autre oncle disparu depuis cent ans et présumé mort en pays ètranger. »
Le père de Louis Baron avait éludié le droit à Técole de Pothiery et le
vieux Furgole encouragea ses premiers succès comme avocat au Parlement
de Toulouse. II remplit plus tard les fonctions de juge dans la contiée de
Pouyloubrin, qui dépendait du comté d’Astarac.
Le jeune Baron monlra, dès sa plus tendre enfance, d’heureuses dispo-
silions; une bonne éducation les féconda. II fut êlevé dans un milieu où se
transmettaient inlactes les habitudes de vie lalx>rieuse et vilile. II put juger
de bonne heure de quelle considération jouissait son père; il n’eut d’autre
guide que lui, et sous ses yeux, sous sa direciion éclairée, il fit ses pre-
mières études. Elles furent solides; un esprit droit, unjugement sur, et,ce.
qui ne vaut pas moins, une grande bonté d àme, un amour passionné du
vrai, un immense Ixsoin du réel, telles furent les qualiíés maìtresses que
forlifìèrent encore les Ix>nnes leçons des Jésuites du collège d’Auch, qui
secondèrent. admirablement le père Baron dans sa tàche êducatrice Après
avoir terminé ses humanitês, ce dernier envoya son fils à Toulouse pour y
apprendre le droit.
Là, comme au collège, sa rcputaiion ne se dêmentit pas, et les talents
qu’il déploya dans le cours de ses cludes de jurisprudence lui méritèrent
les èloges de ses maîlres.
Son premier essai dans l’art des vers fut un hommage adressé au Père
(1) Un fiòlcrinage à Pouyloubrin, par Cassassolles, Recue d’Aquitainc , t. m.
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de la Poêsie Toulousaine. Goudelin , dans la plénittide dc son talent et de
sa renoramée, venait d ajouter à son Rameiet Moundi , dont trois fleurs
s’étaient déjà épanouies, uno Floureto Noubelo (une íleur nouvelle). Avant
son apparition, norabre d’admiraieurs cnvoyèrent, selon Tusage de lepoque,
au chantre de Liris, leur tribut d'hommages en odes et en madrigaux.
Notre étudiant, plein d'admiration pour soìi génie, lui adressa un toutpetit
sizain, très gentiment ciselé en dialecte languedocien, s il vous plaît, qu’il
eut la satisfaction de voir imprimé dans le volume du Maître.
Jugez-en :
En tout qu’on préze per aci
La Girouflado, le Souci,
L’Englantino dan la Biuleto,
Nou se gauson pas explandi
Despéy quei Ramelct Moundi
A crescut d’un’ autro Floureto.
Pour tant qu’on estime par ici
La Giroflce, le Souci,
L’Eglantine avec la Violette,
N’osent pas s'ctaler
Depuis que le petit Ramcau Toulousain
S’est accru cl’une autre Fleurette.
CTétait signé : Baron, esc., c'est-à-dire escoulié (écolicr). II avait, en
efïet, quinze ans à cette époque (1627).
Ce coup d’audace devait lui procurer Famitié de Goiuìelin qui ne cessa
de lui prodiguer des conseils et des encouragements.
Cet essai, du reste, ne devait pas èire le seul, car nous le vovons dans
cette même année prendre part au concours (1) des Jeux-Floraux et oblenir
V Eglantine (2) pour un Chant Royal que nous avons recueilli dans les
archives de cette Académie :
(1) Cette épreuve consistait dans la coniposition d’une strophe s'harmonisant avec
un vers à eux proposé. On appelait cela donner á l'o&sai. <)n acoordait seulement
quelques heures aux poòtes pour faire la composiiion, qui permettait aux juges du
concours de statuer sur l’attriuution du prix.
(2) Extraits du registre intitulc : Actes et dêlibérations du collène du Gau-Sacoir
de 1584 à 1641.
Le troisiesme jour du mois de may du dict an (1G27), à sept heures du matin. dans
la maison de M. le Présideut Monrabc , chancelier des jeux. auoinct esté assemblés
les Mainteneurs et Maitres, lesquels, ayant lcur Verguier portant la masse d’argent
devant, seroinct allés à J’esglise du colliègc Sainct Martial et de là dans la maison
de ville, où ìls auroinct esté rcccus par ]cs Capitouls; et après ouv la messe à ces lins
préparée, chacun ayant prins sa place dans ie grand Consistoire, auroint vaqué à
ouyr prononcer uivers chauts royals et autres poâsies. ei les actions de gr.ìces qui
feurent rendues par M<% Olicier et Rodolin, pour les lleurs qu’ils avòinct eues
l’annóe précédente, et ce. jusques à l’heure de onze heures.
Ce íaict, le dict sieur Cliancelier, Mainteueurs et Maitres des Jeux, ensemblc tous
les Capitouls ctant entrcs dans le petit Consistoirc, le dict A/ Olirier , advocat, auroit
presté Le serement de Mainteneur des dicts Jcux, ez tnains du diot sieur Chanceiicr,
et ies Capitouls estant sortis, hormis les trois bailes seulement, feust arresté que
M*' de Caminade , Bainacjuet et d' Hautpoul, advocats en laCour; M Bertrand, esco-
lier tholosain; Me% Blanr , du Querey; Bonet , dc Hé/.iers; Tornier , de Mirepoix, et
Baron , gascon, escoiiers emreroinct a l’essay; et leur fcust haillé pour refrain :
Le seul soing du Seigneur est Ia garde des villcs.
Après disner le dict sieur Chancelier, Mainteneurs et Maitres des diets Jcux. et lcs
trois Capitouls bailes seulement, estant enlrés dans le petit Consistoire, appelé la
trésorerie, après avoir vcu ies essais et oeuvres des dictans, auroiet cstc arrestc que la
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CHAÎNíT ROYAL (1)
Le matin est tout d’or et Tombre se retire
Le front de l’Orient estalle ses couleurs,
L’aurore soupirant d’un amoureux martyre (2).
Dans les bras de Céphale adoucist ses douleurs;
Uu bruict sourd et confus dissipe le silence,
Le travail des humains reprend sa violence:
Dorylas, levons-nous, vois la clarté
Faict blanchir le coupeau de ce mont escarté;
Les plaisirs ont leur tour et le ciel sans orage.
Pour ung entier repos tient dans l’obscurité
Lc bel astre du jour cachc sous le nuagc.
La campagne sourit au gréd'un doux zéphire,
Une mortc (3) fraischeur baigne lc sens (4) des fleurs
Nos rochers sont coutès (5) de jaspe et de porphyre;
lci ne viont jamais lo démon des malheurs,
Jusques à nos déserts sont des lieux de plaisance,
Tout se trouve ròduict au point de l’innocence;
Flore esmaille les champs des traicts de sa beauté,
Les arbres et les prcs sont en leur majestò.
II n’est rien ici-bas qui n’ait quelque advantage
Despuis que dans ces lieux met la sérénitò
Le bei astrc du jour cachè sous lc nuayc .
L’air sème des saphirs, la terre semble rire.
Le chaud dessous un voile estoufïe ses rigueurs,
Icare voleroit, et ses aisles de cire
Le pourroinct garantir de toutes ses terreurs;
Les amans sont flattcs d’une douce espérance,
Us peuvent à couvert raconter leur souffrance,
La joyo, suit l’espoir de leur félicité,
Leurs soleils n’auront plus tant de sòvérité,
tleur le Souci estoit adjugée à M d'llautpoul, advocat en la Cour, et passc Maitre
pour le chant royal qui a pour refraiu :
L’aniante qui se plaint des parjures d’année.
La fteur de Violette feust adjugée à Me Cami/iade, advocat en la Cour, ei passò
Maitre pour le chant royal qui a pour refrain :
Neptune adoucissant la colèrc de l'ond»*.
La íleur d ’Esglantinc feust adjugée à M‘ Baron, cseolior gascon, pour le chant
royal qui a potir refrain :
Le bel astre du jour caché sous lc nua^e.
(1) La copie du registre reufermait plusieurs fautes, uolamment dans ce premier
cliaut. J’ai mis en uote ies mots qui me paraissaicnt devoir remplacer ceux que je
n’ai point compris, tnais sans en afíìrmcr rexactitude, les correctious ne fìgurant pas
sur le registrc.
(2) Sourire.
(3) Morne.
(4) Sein.
(5; Yétus.
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Le plaisir caimera leur coeur et leur visage,
S’ils viennent réclamer en leur captivitc
Le bcl astre du jour cachè sous le nuayc.
Dès la pointe du jour Phiiomèle souspire
Et raconte aux échos ses fïatteuses langueui*s,
Sur ce peuple íleuri le temps n'a point d’empire
Et l’hiver s’est noyé dedans l’eau de ses pleurs;
L’air embausmé d’odeur destruict son insolence,
Et la rose a l’object do sa douce présence
Des lieux moins gracieux faict une nouveauté,
Les myrthes amoureux naissent à son costé,
Le Lis s’espanouist dedans ce jardinage.
Et recognoist autheur de son teinct argenté
Le bcl astrc du jour cachè sous le nuaye.
Ainsi divin soleil ne cesse de reluire,
Aux rais de ton fiambeau dissipe nos vapeurs,
Puisque sous ta douceur tout le monde respire,
Par le canal des yeux entre dedans nos coeurs;
Fais couler nos saisons avec intelligence,
Ne détourne jamais l’oeil de ta bienveillance.
Ainsi rompant le cours de toute adversité,
Malgré les dures lois de la néccssité.
Nostre soing ne sera que de te rendre hommage
Et de faire adorer à la poslérité
Le bel astrc du jour cachè sous le fcuUlagc.
HEDDITION D'ALLÉGORIE
Jésus-Christ revestu de nostre humanitè
Pour sauver le pècheur qui par sa vanité
Dans l’escueil de la mort alloit faire naufrage
Est celui qu’en mes vers aujourd'hui j’ay chanté
Lc bel astre du jour cachè sous le nuage
L’ivresse de la jeunesse et du succès auraient pu modifier les rèves
d’avenir du jeune lauréat; il n’en fut rien. II conlinuaà fréquenter l’Ecole
avec assiduité, restant fidèle à Barthole et à Cujas. Doué d'heureuses
disposilions poétiques, il profila des moments de lil>erté que lui laissaient
ses études et de sériense occupations pour se livrer à Famour des lettres
qu’il affectionnait. De tout temps, du reste, l’alliance la plus élroite ne
s’était-elle pas formée entre les Muses et Thémis , ou pour parler plus
prosaïquement, entre la littérature, les arts et le droit? Rien d'étonnant de
voir Avocats, Magistrats, Piètres et Médecins renonçant un instant à la
solennité de leurs fonctions et à la sévérité de leur langage, pour s’écliapper
volontiers en rimes faciles et légères, à leurs moments perdus. Ce travail
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— 230 —
devait porter ses fruits, car ils n'ignoraient pas quele culte des lettres tend
à orner l’esprit, former le coeur et fortifier le jugement,
En 1633, nous retrouvons notre Poòte régent du collège de Lesquille (1),
il avait par conséquent 21 ans. II recevait cette même année des mains de
l’Académie des Jeux Floraux (2), une seconde couronne, la Violette , cette
fois, pour un Chant Royal que nous donnons en entier :
Que fais-tu, malheureux, au milieu du bocaige
Où jamais le solcil ne répand sa elarté,
Où ton plus beau palais est un antre sauvaige
Et ton lieu de plaisance un rocher escarté;
Quel fruict esperes-tu si ton printemps se passe
Après un vain plaisir que tu prends a la chasse;
Les remparts qu*Apollon bastit superbement
N’ont-ils rien de plus doux qu’un tel esbatement,
Esloigne ces déserts ou sans point de remède
Tu verras dessus toy fondro légèrement
L'oiseau dc Jupitcr qui ravist Ganimède .
Le fidèle courrier entroprend son messaige,
Le vent n’arresto point son vol précipité,
II vient comme un esclair et perce le nuaige,
Plus viste que le traict qu’il a souvont porté;
Le soleil à son gró faict naistre la bonace,
Soo visaige serein n’a rien qui le menace,
(1) Duranty (Jean-Etieniìc), nonimé prcmier Présidcnt du Parlement de Toulousc
par Henri 111 en 1589, périt victime de son attachement au Prince. II avait fondé le
superbe Collège de Lesquille et était l’auteur d’un ouvrage excellent, Do ritibus
Ervlcsur. Chez 1 n i les vertus égalaient le savoir.
(2) Extraits du registre intitulé : « Actes et délibérations du Collège du Gay savoir
de 158-1 â 1641. »
Le troisiesme de may an d. an (1633), sur les sept heures de matin, dans la maison
de messire Jcan dc Bcrticr , scigneur de Montrabe, chevalier, conseiller du Kov en
ses C’onseils d’Hstat et privè, et premier Président en la Cour de Parlement, chance-
lier des Jeux Floraux, auroint csté assemblés lc d. sieur prcsideut de Ftcubet ,
d ’Olicicr. Tcrlon . Rarthclênu /, de Paulo , Juliard , Chalcct, Caminadc. conseillers
au ParJernent ; d ' Aussonnr, prèsident aux requestes; Maran , docteur rêgeut; Vays-
srýrc, niagistrat prèsidial; Duplantê. clianoine; Molinery; Dalics, cbanoine; Palarin ,
d'llautpoul. Courtois, Bartnès et Baynayuet, advooats au dit Parlement, mainte-
neurs et maisires des d. jeux. lesquels ayant le verguier du L'ollège dcvant, seroiut
allès dans l’Fglise Sainct Martial, et dehi dans la maison de ville . seroint entrès
dans le petit consistoire, appeîè la tn'sorerie oii auroit ètè arrestè que M. de Sainct-
Blancat, advocat au Parlement. Lautiní ou Lantin), Baron , Doujac, Bonct, Andricu.
Tailhasson, Boycr, ttciuy, Consc, Claircfont et Laroquc , escoliers, entreront à
l’e^sav, et leur sera bailhè pour refrain le vcrs «jui s’ensuit :
Lc dexfre du Sei^neur te niet en asseuranee.
. . Ft incontinent après disner les d. seigneurs, premier président, chancelier
<les d . jeux, et de Ficubct, aussi Prèsident, avec les d Sicurs mainteneurs et maistres
des d. jeux et les trois Capitouls. bailes. seulemen;, estant de reclief entrès dans le
]>etit C onsistoire et veu les essais et chants royaux des sus dits, J‘adjudic4ition des
flcurs, mise on dèlibcration auroict esté arrcstcc que la fleur le Soucy est adjugèe à
M. Bcntyne Lantin. escolier bourguignon . YFsylantìnc, à Me Haymond de
Samct-Blancat, docteur et advocat en Ja C’our. Toulousaiu . et la Violcttc , à
M' Baron, régent au collège de Lesquille, pour le chant royal dont le refrain esl :
L’oiseau de Jupiler qui ra\ist Ganimêde.
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— 231 -
L’air luy promet sa paix, et Ton voit seulement
Esclater.les saphirs parmy cest élément;
L’ombre fuit devant luy, la tempeste luy cède
Et l’on n’a veu jamais voler plus seurement
L'oiseau tle Jupiter qui ravist Ganirnède.
Que peut-on dans les Cieux souhaiter davantaige,
La terre ne prisoit que cette nouveauté,
Narcisse estoit une ombre auprès de son visaige,
Le berger de Diane avoit moings de beauté;
Les roses et les lys peignoint sa belle face
Et quelque bcau portraict que la nature fasse,
Son ouvrage n’a rien qui plaise esgaliement;
Les Dieux aussv ravis d’un si riche ornement,
Qui dcs pius grarids trésors les'merveilles excède,
Admirent transportés de leur contentemnnt
l/oiseau de Jupiter qui raoist Ganirnède
Les Nymphes des foresís qui lui rendent hommage
Pour garder sa mémoire avec solempnité
Dans leurs temples sacrés eslèvent son image
Et le ticnnent au mng d’une divinité;
Leur áme qui brusloit se convertit en glace,
Rien que le désespoir nrv trouve point de place
Seamandre de douleur couie plus lentement,
Les faunes explourés sont dans i’estonnement;
A leur pius doux repos le desplaisir succède,
Tandis que l’on reçoist au sein du íirmament
L'oiseau de Jupitcr qui racist Ganimède.
Junon, de son araour, luy donne tesmoniage,
Pallas vouldroit toujours l’avoir à son cousté,
Mars pour le carcsser adoucit son courage
De ces divins regards Mercure est enchanté;
Le monarque des Cieux boit à sa bonne grâce
Sitost qu’ii a versé le nectar dans sa tasse,
Ii l’appelle á sa table et tient incessamment
A ce divin object uni son pansement
Qui mesmes tout espris du bonheur qu’il possède
S’estonne de sa gloire et ílatte doucement
L’oiseau de Jupitcr r/ui racist Ganiniède.
EXPLICATION
Ganimède emporté par le commandement
Du maistre, qui des Cieux reigie le mouvement,
Est Celuy que la grâce eslève par son aide;
Est l’ange dont le soin veille éternellement
L’oiscau de Jupiter qui racist Ganirnède.
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- 232 -
En 1635, Baron, est reçu avocat au Parlenient de Toulouse. II se pré-
sente pour la troisième fois aux suffrages de la Doete Académie (1) etreçoit
comme récompense le Souci pour un Chant Roijal , intitulé : Le Prin-
temps , que nous reproduisons à titre de curiosité.
Debout, chère Philis , allons au jardinage,
Dans ces froides prisons Hiiver est enfermé,
Et la terre aujourd’hui comme vostre visage
De roses et de lis a le sein parsemé;
Les monts qui se geloint au plus fort de ieur masse
Semblent des prés fleuris où l’herbe s’entrelasse,
Nature d’un désert faict un Fontainebleau
Et d’une terre inculte un merveilleux carreau;
On n’entond que les jeux d’amour et d’hymènèe
Depuis qu’on voit paroistre en forme de taureau
L'ustrc rcnoucclant lcs hcautcs dc Vanncc.
Les arbres sont parés de íleurs et de feuillagc,
Le Rosier qu’on croyaitpar le froid consommé
Descouvre sa grandeur sur un trosne d’herbage,
Avec ces petits feux dont il est alluraé;
Narcissc est à ses pieds et semble encor qu’il fasse
La guerro à quelque Nymphe et l'amour à sa face;
Mais qui ne diroit point qu’auprès do ce ruisseau
II se clierche soy mesmes une autre fois dans l’eau,
Gependant que CUjiic en amour obstinée
Se plaist à regarder comme un soleil nouveau
Uastrc rcnoucclant lcs hcautc s dc Vanncc .
Voyez coinme le Ciel a dissipé l’ombragc,
Gontre nostre plaisir il n’est plus animé,
La funeste coleur et son fâcheux nuage
Ont fuy vers la Seytie où l’air est embrumé,
Orion dont les Dieux redoublent la disgrâce
(1) L istc des juffds du Concours dc ladile année 1635.
Jcati dc Bcrtier , seigneur de Montrabe, conseiller du Roy en ses Conseils d’Etat
et privê. premier président du Parlement de Toulouse, chancelier des Jeux Floraux;
de Terlon , fìarthclêmy , JuLiard , Castcl , d'Aussonnc , Chalocl , conseillers en la
Cour; Maran , docteur régent; Vayssièrc , ci-dcvant conseiller et magistrat prósidial;
du Plantý, Molinicr , Palarin , d’ Hautfjoul, Courtois, Barthès , d’Aties ei Baina-
guct , Mainteneurs et Maitres des Jeux Floraux.
Laurèats do Vannêe 1635.
La Violette, adjugée â M« Pol François de Belloy , advocal, Toulousain, pour un
Chant Royal ayant pour refrain : *
I.e funeste desbris de la tour d’Assyrie.
l.’Esglaniine, adjugèe à Me Pierre lioger, advocat, Gascon, pour le Chant Roval
dont le refrain est :
La Verge qui gerrae dans I’arche d’allianee.
Le Souci , adjugó à Raron, advocat. et passé maistre par le Chant Royal qu’il a
prononcé dont le rcfrain est :
L’astie renouvelanl les beautés de l’année.
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- 233 -
Ne couvre plus nos champs de frimats ni de glace,
Le nocher se rasseure et reraet son vaisseau
Sur l’ondequi tantost lui marquoit le tombeau,
Prochnè se resjouit, jadis infortunée,
Et mesmes des petits chantent dans leur bereeau
L'astre rcnoucclunt les beautcs de l'annèe.
Jupitcr n’eut jamais un si grand advantage
Que lorsqueson amour Teustainsy transformé,
Sous une pluye d’or, ou sous un beau plumage
La fllle d ’Agenor ne l’auroit pas aimé;
Qu’il doibt estre bien faict puisque Junon l’embrasse
Et que de tous còtés les astres luy font place;
Astrèe pour ie voirdétache son bandeau,
Ariadne le baise et luy faict un chapeau
Des doutze diamants dont elle est couronnée
Et vouldroit embellir d’un plus rare joyau
L'astrc rcrioucelant lcs beautès de l'anncc.
On ne tira jamais un funeste présage
De son divin aspect dont le monde est charmé,
Et bien que pour marquer sa force et son courage
D’un arc d’or et d’yvoire il ayt le front armé,
Laissant pour le lion l’orgueil et la menace,
Ainsi que les jumeaux il promet la bonace,
Dans tout le Zodiaque ii n’est rien de si beau
Que l'esclat radieux qui part de ce ílambeau.
Aussy la nuict est triste et la lune estonnée
Si l’ombre quelquefois couvre de son rideau
L'astre rcnoucelant lcs beautès dc i'anncc.
EXPLICATION D’ALLÉGORIE
Bertier , des vicieux la terreur, le fléau,
Je peints vostre vertu dans ce petit tableau;
Toulouse où vous m’avez tant de gloire donnée
Voit briller son esclat ainsi qu'au renouveau,
L'astrc renoucclant les beautès de l'annèc.
L’obtention des trois fleurs onvrait de droit à Baron, les portes de TAca-
démie ; il y fut admis corarae Maitre-es-jeux. II remercia la Société des
fleursdans une Odeassez longuequi nousa étéconservée par le Prèsident
d'Orbe8san (1) et qui mérite d’être connue.
(1) Anne-Mario d'Aignan , marquis d’Orbessan , baron d'Atas , pr*‘sident â mor-
tier du Parlement de Toulouse, membre de l’Académie des Sciences, lnscriptions et
Belles-Lettres de cette ville et Mainteneur des Jeux Floraux.
Le chàteau d'Orbessan fut le berceau de ses ancétrcs.
Dès sa plus tendre enfance, au ruilieu des fortes òtudes, le Président d'Orbessan
s'etait épris des charmes semés daus les livres classiques et animé de la passiou du
rrai, du beau, de l’utile répandus dans les monuments litU'raíres et artistiques de>
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— 234 —
ODE
EN ACTIOXS de graces du dernier trix qu’il avait remporté
Nymphes, qui buvez lo Permesse
Vous m’avezenfìn rccêtu (1)
Après une longue promesse,
Des fruits qu’on donne à la certu (2),
Votre faveur, si peu commune,
A fait triompher raa fortune;
Et d’un favorable support
Contre la tempète et l’orage
Où tant d’autres ont fait naufage
J’ai trouvè la douceur du port.
L’astre qui répare l’année
Et pour qui j’ai tant de respect
M’a fait voir l’heui’euse journée
Que j’attendois de son aspect.
Par lui j’ai reçu la couronne
Qui trois fois le front m’environne
Avec de si belles couleurs;
Que leur éclat même désigne
Qu’il n'appartient qu’à ce beau signe
De faire revenir los ileurs (3).
Que Pisc célèbre sa fète
Où tant d’athlètes courageux
Vieillissent après la conqnète
Du prix qu’on reçoit en ses jcux (4);
Que Florc désormais renomme
Ceux qu’on lui consacrait à Rome;
anciens.
Entrè fort jeune au Parlement de Toulouse avec la charge hèrèditaire de Conseiller,
il v devint bieutòt Prèsideut à mortier et aurait été plus tard èlevé à la dignitc de
Chef de la Corupagnie s’il avait voulu aceepter les oífres du ( Jianceìier de Meaupoti.
II abandonna la carrière cn 1749, au grand regret de scs collègues, laissant un grand
vide dans le Parlement.
II entreprit des vovages en Italie, en Grèce et jusipi’en Palcstine, et il en rapporta
une masse de connaissances variécs qu’il rèpaudit dans ses oeuvres imprimèes (2 vol.
in-8**, Auch, 1788), destinées à scs amis seulement, d'uprès sou èpigraphe^ noa remto
» culdani nisi aniiei< » et où il traiiait successivement divers sujets d’archèologie,
de glyptique, d’histoire, de nuraismatique et mème d’agriculture.
Le /Président d’Orbessan sacrilla ègalement aux Nluses, iniitant en cela son voism
et compatriote Baron, de Pouyloubrin. Lorsqu’il eut rèsigné sa charge, et apres ses
voyages dc Iong cours, il s’arréta quelque tempsà Paris pour rentrer ensuite «latis son
chàtcau qu’il ne devaii plus quitter. II y terrnina paisiblement ses jours le 3 uovembre
1796 dans uti ágc fort avancè et cclibátaire.
(1) Gratiflè.
(2) Anx talents.
(3) Allusion aux prix distribués le 3 mai de chaque annèe. v ,
(4) Les jeux dc Pi.<e ou d’Olimpie en Elidc datts le Pìd iponese ou l’ott cèlebrait les
jcux Olymphptes dout on attribuait l’inslituiion à Hcrcule.
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— 235 —
La pompe qui reluit ici
Surmonte leur magnificence,
Et toute leur réjouissance
Ne valait pas nôtre souci (1) .
Tous ces tournois, dont la raémoire
A péri dans la nuit des temps,
N'offrent à peine dans VHistoirc
Leurs mémorables combatants;
Mais aujourd'hui notre Toulouse
En rendant la terre jalouse
Du riche ornement de ses Prix,
Répand une rare semence
Dedans les jardins de Clèmencc
Qu’elle n’ouvre qu’aux bons esprits.
Après ma première conquête
J’avais presque désespéré
De porter jamais sur ma tête
Le bandeau dont je suis paré.
On assuroit qu’en ce Parnasse
L’Etranger n’avoit jamais place,
Quelque rang qu’il eùt mérité;
Qu’une fleur étoit son partage.
Et qu’en espórer davantage
Tenoit de la témérité.
Maisquelle ignorance profonde !
Quelleerreur d’un peuple léger I
Bicn qu’il fasse le tour du monde,
Phoebus n’est jamais étranger,
Ses filles ont mème louange
Chacune étale ses douceurs;
Et bien que parfois séparées
Elle8 sont partout révérées,
Et ne laissent pas d’ètre soeurs.
Ocide paya la folie
D’avoir lascivcment écrit :
II n’emporta de Fltalie
Que son sçavoir et son esprit
Le Scyte félon et barbare
Fut ravi d’un homme si rare;
Et certes des plus froids liyvers
Sa plume auroit été flétrie
Si seulementen sa patrie
On eut fait état de ses vers.
(1) C’était sans doute la prmcipale íleur que Fou distribuait alors ; ce jeu dc mois
était dans l’esprit du temps.
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— 236 —
Par cet art faraeux que je vante,
Et dont les attraitg sont si doux,
Ma Muse a passé pour sçavante
Et s’est faite connoitre a vous.
Sans lui toute ma renommée
Se perdroit ainsi que fumée,
Après avoir payé Caron;
Et la plus heureuse mémoirc
Ne conserveroit pas la gloire
De Pouylouhrin ni de Baron .
Berthicr^ le soleil de ce temple
Et mon plus favorable appui,
Corame vous êtes sans cxcmple (1)
Votre faveur l’est aujourd’hui.
Aussi mes soins et mon étude,
Ennemis de l'ingratitude
En garderont le souvenir
Jusqu’au dernier point de raa vie;
Ils vous redonneront envie
De m’obliger à ravenir.
Malgré les lois des destinées,
Comme un superbe monument,
Les fleurs que vous m’avez donnêes
Dureront éternellement.
Oui; lorsque la rigueur de l’àge
Abattra le plus grand courage
Qui ílatte Torgueil des humains,
Sa force ne pourra détruire
Ces trésors que chacun admire
Pour être partis de vos mains.
Et vous demi-Dieux adorables,
D’où la vertu prend ses appas,
Après tant de fleurs admirables
Quel fruit ne vous devrais je pas f
Les traits de ma plume féconde
Vous montreront à tout le monde
Avec un ornement si beau,
Que la beautó de mon ouvrage
Ne soutírira jamais loutrage,
Ni des siècles, ni du tombeau.
Tant que je remplirai ma veine
Des ondes du sacré vallon,
Où je vais quelquefois sans peine
Puiser les faveurs d’AppolIon,
(1) Sans modèle.
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- 237 -
Je n’entretiendrai la mómoire
Que de vous et de votre gloire;
Et louant même aprés mon sort
L'effet de votre bienveillance
Ma bouche rompra le silence
Dedans l'empire de la raort (1).
Grands Princes de ce Capitole,
Où vos portraits sont appendus,
Quel conseil, ou quelle parole
Pourroit exprimer vos vertus î
Une fidèle obéissance
Tiendra lieu de reconnaissance;
Et les plus grands seront jaloux
Quand je flatterai les oreilles
Des doux accords et des merveilles
Que ma lyre fera pour vous .
Mais à quel discours je m’engage
Au souvenir de tant drhonneur !
Plus je fais durer mon hommage
Plus je diffère mon bonheur.
Je suis à la fin de ma course :
Le taureau (2) qui m’a servi d’ourse,
Me découvre un port assuré;
Oui, par sa bénigne influence
Je vais avoir la jouissance
Du bien que j’ai tant désiré.
Chastes Vierges que je révère,
Depuis que vous m’avez appris
Ce haut et relevé mystère
Qui m’a fait avoir tant de prix;
Puisque dans ce nouveau Parnasse,
Après dix ans nous trouvons place,
Ne nous écartons pas d’ici,
Quelqu’autre lieu qui nous demande,
A moins que Dieu ne le commande,
Où que Bcrthiet ie veuille aussi.
Grâce aux documents fournis par le registre de l’Académie des Jeux
Floraux, il nous est permis de suivre aisément la carrière de Baron. C est
ainsi qu’en 1636 , nous savons qu’il figure parmi les juges du coneours en
sa qualité de Maître-ès-jeux. II en sera de même en 1637 , mais ù cette
date, il a ajouté à son litre d'avociil celui de Docteur en droit. Les procès-
verbaux de 1638 et 1639, ne raentionnent pas le nora de Baron ; nous en
(1) Trépas.
<2) Fiûe allusion aux armes de la maison du prósident Berthier (C’était un taureau).
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— 238 -
Soupçonnons le motif. Forcé de quitter Toulouse pour rejoindre son père
âgé et infirme, il avait regagné le lieu de sa naissance. Nous le verrons
bien encore en 1640 au nombre des juges du concours ; mais à partir de
1641, son nom ne figure plus sur le registre. La mort du vieux juge
d 'Astarac, survenue très probablement à cette époque, jeta un trouble
profond dans son existence. Renonçant à ses rêves d’ambition, il abandonne
une situation acquise des plus enviables, un avenir des plus brillants,
pour vivre à la campagne.
Dêsormais seul, maître de sa terre, il ne songera pas à Tagrandir mais à
approprier sagement le domaine paternel, à Forner sans faste, à le rendre
commode et agréable sans grosse dépense. II se contente d’une honnète
médiocrité, possédant en sommo dans un petit rayon ce qu’il pouvait sou-
haiter dans son rêve de poète propriétaire, son hoc erat in votis, II obtient
ainsi ce qui était à ses yeux le premier des biens, la liberté de s 'appartenir,
de se posséder, autant que la chose était possible, de vivre pour lui. Qu'on
ne Faccuse pas trop sévèrement d’égoïsme, car il est excusable de ne s’être
occupé que d’être heureux, n’ayant nulle autre chose à faire. Heureux ! il
Fétait à peu de frais sachant tirer parti du peu qu’il possédait. On se le
représenle passant sa vie à Pouyloubrin en doux loisirs. II seHève, il se
couche, il sort, il rentre, il travaille, il se repose à ses heures sans autre loi
que sa fantaisie. II distribue son temps comme il lui plaît entre le commerce
de ses amis, la reverie, la composition poélique, la lecture des bons vieux
auteurs, ’Ie sommeil, et cet autre sommcil tout èveillè qui rend si bien le
délicieux : inertibus horis d ’Horace ! la vie paresseuse, Viners vita , de
Tibulle, heureuse indolence semblable à celle de Lafontaine , qui disait
comme ses devanciers « ne rien faire ». Elle n’a étè autre chose pour ces
excellents poètes que la rèverie féconde d'où sont sortis leurs admirables
vers.
Tenant à bien remplir son existence, il fair, comme dit Montaigne ,
« Sa profession est de la vivre mollement pour la jouir au double des
autres. » II cherche le bonheur par le chemin d’une philosophie non point
chagrine et morose, mais douce, agréable « mère nourrice des plaisirs
humains. »
La noblesse de son caractère, la dignitè de ses manières, enfin son heu-
reux naturel, ses riches qualitès du coeur et de Fesprit lui créèrent des
relations les plus honorables.
C’est dans cette paisible rctraite, que Baron, aimait à faire les honneurs
de sa pelite aisance, à traiter dc son mieux ses rustiques voisins. A ces repas
simples et affranchis de règles gcnantes, la conversation était libre et
enjouèe, sans ètre futile. Cette demeure hospitalière s’ouvrit aussi à des
hôtes de haut parage. La nobiesse d’Armagnac et d’Astarac le visitait
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_ _ _ (
souvent, lui témoignantamitiéet considération. La magistrature etleclergé
s'y coudoyaientaux meilleurs jours et applaudissaient ensemble les strophes
spirituelles et harmonieuses, modestement débitées. Le premier Président
Berthier , son collègue à TAcadémie, le protecleur des gens de lettres, et
dont la vertu et les lalents poétiques furent chantés par Goudelin (1), ne
dédaignait point de Fy voir chaque année, il recevait également la visile
dfun évêque d’Aire devenu son ami ; c’était ordinairement à la saison des
figues (2), dont le bon prélat s’était rendu très friand. L’un des ancêtres du
Président d’Orbessan (3), se rendait parfois au Garrousset et était reçu à
la lable du Poète.
Enfìn des relations les prlus cordiales furent élablies avec tous les poètes
ses contemporains qui venaient rendre hommage au confrère de son talenl
et de sacordiale bienvenue. Une intime liaison le rapprocha de Dastros ,
son voisin, le joyeux chantre de la Lomagne. Un seul, dil-on, resta volon-
tairement à Fécart, c’est FAuscitain Bedout.
Comme Poète, Baron eut son heure de célébrité, comment alors s'expli-
quer que son nom ne soit connu de nos jours que de quelques leltrés ? La
cause de cet oubli injustifié est cependant toute naturelle, ses oeuvres sont
restées inédites.
Le Président d’Orbessan, dans un article consacré à Baron (4), dit bien
qu'il a laissé un petit volume in-4° de ses oeuvres en langue Gasconne et
Française et qu’il en possède Foriginal, mais il oublie de nous dire si elles
ont jamais été imprimées. En tout cas, aucun bibliographe ne les a citées,
(1) A Monaeìgneur le premier Prêsiclent
Merbeillous Bertiè , bous ets el
En qui la perfecciu demoro
De qui nostro terro s’hounoro,
Coumo le Cél de soun Soulel,
Bostre lezé se dibertis
A courtisa las nau sourretos
Que bous íourissen Jas flouretos
Des Grecs, Francòses ei Latis.
Merveilleux Bcrthier vous étes celui
Dans lequel la perfection demeure,
Et de qui notre terre s’honore
Comme le CieJ de son îíoleil.
Votre loisir s’amuse
A courtiser les neuf soeurs
C>ui vous fournissent les fleurs
Dcs Grecs, des Français, des Latins.
A Monsetgneur le prcnucr Prèsulent, rJiancelier des Jeux Floraux et á Messieurs
lcs Juges ôt Mainteneurs. — Fhtite Saj.utation.
.... Pla bous bal. filletos de Floro,
Que Je Gran Bertiè bous hounoro,
De qui le noum a meritat
L’aunou de l’lmmourtalitat.
Bien vous en vaut, íilles de Flore,
Qne le grand Berthur vous honore,
l.ui dont le nom a mérilé
L’honneur de l’Immortalih;.
( G o i ; d e 1. 1 n ■ - N o u n i-: i .o- F lo u h eto) .
(2) Baron, dans son Ode de Pouyloubrin, exalte le mérite de ses fìgues dont il
attribuait la délicisuse saveur au terroir de I*ouyloubrin. Au dire de Janin , Horaee
cultivait des choux renommés dans ses jardins de Tibur.
(3) Ce!a est tròs probable, cette iainille avant possédé, comme on le sait déjà, des
terres seigneuriales à Pouyloubrin.
(4) Mémoire lu daíns une séance de l’Académie des Jeux Floraux. le 19 mai 1769,
conteuu dans ses variétés littéraires pour servir de suite aux mélanges historiques,
critiques, de pbysique, de liltérature et de poésie. Tome n, page 134. (Bibliothèque
d'Auch).
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— 240 —
auiîune bibltothèque ne les possède, et si elles ont été publiées, leur perte
est irréparable.
Pour y suppléer, nous avons puisé à quatre sources difïérentes : 1° Les
Archives de U Acadéniie des Jeux Floraux ; 2° Le Président d’Orbessan ;
3° Les Mémoires manuscrits de M. Yabbé d’ Aignan du Sendat ; 4° Le
Parterre Gascony publié en 1850, par Philibert Abadie ; 5° Une remar-
quable étude sur le Poète, par M. Léonce Couture , qui a eu le mérite de
le mettre le premier en pleine lumière et d'exhumer ses oeuvres manus-
crites.
Ces éléments réunis nous ontfourni une matière sufïisante pour Tétudier.
Nous avons pu nous convaincre, par les nombreuses citaiions que nous
venons de produire, que Baron, en tant que poète Frau<;ais, possédait du
talent et de la fécondité, ainsi que le sentiment des traditions classiques. Si
parfois son style n'est pas assez châtié, il rachète ce défaut par du naturel,
de la douceur et un véritable sentiment de l'art. Malgré tout, son langage
est du meilleur français d'alors, bien supérieur, dans tous les cas, à celui
qu’employaient ses émules de la Gaseogne et qu’ií nous a été permis d?ap-
précier. Son mérite est d’autant plus précieux à nos yeux, que la province à
cette époque avait son existence propre et détachée, la cour et la ville impo-
sant le règle du beau langage. Si imparfaites qu'eiles nous paraissent de
nos jours, les oeuvres de jeunesses reflètent la gràce et la fraîcheur de Tins-
piration qui les a dictées. C’est là que les poètes mettent ce qu'il y a de
meilleur en eux, c’est là qu’ils efïeuillent la virginité de leur ame; à ce
titre elles ont droit à notre respecî.
Nous avons encore de lui trois Sonnets qui nous ont été conservés : le
premier s’adresse aux Monts Pyrénèens , le second concerne les Bains de
Barège , et le troisième, la Rivière de UAdour.
Nous nous abstiendrons de les commenter, on peut les iire aux sources
que nous avons indiquées. Ils sont du reste couiés dans le même moule
que ceux des de Gombaud , du Pelletier , Maynard et Malteville .
Mais je no puis souffrir qu’un esprit de travers,
Qui pour rimer des mots pense fairedes vers,
a dit Boileau dans son Epitre au Roi , c’est le cas de Baron. Nous y trou-
vons trop de mots et trop peu de pensées; celle qui termine lient à cette
galanterie des poètes Italiens dont la France reçut les sonnets vers le
xvie siècle, et qui comparent toujours leurs belles au soleil.
A cela près, les sonnets de Baron, ne sont pas trop mal tournés, et de
son temps ils ont pu faire illusion (1).
(1) Mémoires mauuscrites de l’abbé Daignan pour servir à l’histoire et description
de la villc d’Auch. (Bibliothêque d’Auch.)
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— 241 —
En ajoutant à notre nomenclature des Epigrammes , des Madrigaux et
quelques Epitaphes très gentiment tournées, raais en petit nombre, nous
aurons épuisé Yceuore française de Baron qui, sans mériter de survivre, a
vécu et recueillit à son apparition sa part d’honneur et de faveurs.
Campagnard, vivant de la vraie vie des champs, noíre poète tint à hon-
neur de cultiver Tidiome paternel qu'il aimait tant à parler etqu’il maniait si
bien. Un charme particulier Tattirait vers cette poésie en langue vulgaire
qui devait s’accroître par son araour de la vie rustique. II la irouvait plus
que tout autre conforme à la nature, plus saine, plus agrêable , plus paisible,
plus raorale, et ces motifs de préférence il aima à en renouveler 1‘expression
dans des délicieux morceaux composés presque tous aux chanips, nès de
son loisiret du sentiraent réfléchi de son bonheur.
Aussi avecquelle vériiéd’accent il parle de son domainede Pouyloubrin,
du charme de ses eaux et de ses ombrages, où il trouvait la solilude et
l'indépendance, dans TOde suivante :
ODE Â POUYLOUBRIN (1)
Cantem, gascounes pastourettes
Las bigarrades mountagnettes,
Deu tucoulet de Pouyloubrin;
E per sa glorie qu’es ta bere
Hasan tinda per la ribére
Lous fredous de nostre clarin.
Aquet bèt loc de ma nechense
Merite per recounechence
Un councert tà plan aiustat,
Qu’au dous aire de noste muse
L'embeie se trobé eamuse,
E lou préts de noste coustat.
Aquiu, qué quès digue Parnasse,
Es Tendret, é l’hurouse place
Oun, aprés aquet gran aygat
Que troubèc la terre petite
Deucalioun (2 rehèc la bite
Deu mounde qui sére nêgat.
ODE A POUYLOUBRIN
Chantons, Gasconnes pastourellcs
Les petites montagnes variêes,
De la petite montagne de Pouyloubrin,
Et pour sa gloire qui est si belle
Faisons résonner le long de la rivière
Les refrains de notre hautbois.
Ce beau lieu de ma naissance
Mérite par reconnaissance
Un concert si bien préparé,
Qu’au doux accents de notre Muse
L’envie se trouve confuse,
Et met le prix de notre côté.
Là, quoiqu’en di.se Parnasse,
Est l’endroit et Theureuse place,
Où, après ce grand dêluge
Qui trouva la terre petite,
Dcucalion redonna la vie
Au monde qui s'était noyê.
(1) Baron, a employé, dans ses ceuvres Gasconnes, la vraie nnHhode orthographi-
que suivant en cela la route tracée par ses devanciers.
Pour le comprendre. il ne faut pas perdre de vue que IV muet remplace l’o íìnal et
que la lettre u après une voyelle texcepté après un O) se prononce ou mais sans
former une syllahe : Ex. haiit , Ccu , Diu, biu , suu, pour haout, Céou, Oiou, biou,
suou, etc.. monosyllabes.
(2> Roi de ThessaJie, íils de Prométhée et mari de Pyrrlia. Les Dicux firent périr
tous les hommes de son temps par un déluge universel 'parce qu'ils ètaient méchants.
Deucalion et Pyrrha en furent préservés à cause de leur équité. Après le déluge ils
consultèrent Toracle de Thémis qui leur conseilla de jeter les os de leur mère, cVst-à-
dire des pierres, derrière eux, par dessus leur tête ; et ces pierres en sortant de leurs
mains, se métamorphosaienl, celles de Deucalion en hommes, et celles de Pvrrha en
íemmes. (Ovide, Liv. ì, Métam.) * 16
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— 242 —
Lou boussutqui lous Dious empare
Dab sa liautou nou s’accouinpare
A l’aunou de noste climat
Per aiien quauque ielousie
Ossa (1) sentich trop la rousie
E Pclion (2; es trop cramat.
La Pirène cap-releuade,
De thils et de pignés couhade
Nou gause banta pròs de nous
Pic d 'Abidon ny de Meydic
Ni Jous tepès de T/iessalic ,
Nou soun pas nostes coumpaignous.
Au plus haut d’aquere montade
Mille arberets hèn la ramade
E surtout au soumeit d'un tap,
Cubert d’un tapis de berdure,
Oun tout lou jour l’oumbre dure,
Ue grane oume leiie lou cap.
Sas branques ta plan ournades
Tout esprés semblen ajustades
Per tira contre la calou,
Qui, taleu que las bé, récule,
Quan l’estiu dab la canicule
Hé cambia l’herbe de coulou.
Las Nymphes dansen la pabane
Sur la poumpouse barbacane
Oun ere teng sas arrasics;
E l’amour quey hè bésiadures,
Per esprouba s’an las cars dures,
Lous y beng da quauques pessics.
Un castet de pevre carrade,
De sa bieillesse hè parade,
Sur iie tour bastide en arbot,
Qu’a sous titres en letre rouge,
Doun lou fret, lou bent ni la plouge
N’an destintat lou mendre mot
Las peyres y soun enqouè toutes
Mais las murrailles soun arroutes,
Despuch qu’un souldat d’aquet loc,
Passat force cops per las piques
Eu coumbat deus Jocs Olimpiques
Sur toutis s’empourtèc lou floc.
Le Mont Olympe, séjour des Dieux,
Avec sa Jiauteur ne se compare pas
A l’honneur de notre cJimat,
Pour cela nous éprouvons quelquejalou-
Ossa sent trop Ja résine [sie
Et Pclion est trop briilé.
I^es Pyrènées tèto relevées
De tilleuls et de pins coiffées
N'osent pas vanter près de nous
Pic d ’Abidon ni de Mèdic
Et les coteaux de Thessalic
Ne sont pas nos compagnons.
Au plus liaut de cette éminence
Mille petits arbres font la ramée
Et surtout au sommet d’un tertre
Couvert d’un tapis de verdure
Où tout le jour J’ombre persiste,
Un grand orme lève ia tète.
Ses branches si bien ornées
Tout exprès semblent préparées
Pour garantir contre Ja chaleur
Qui, sitòt qu’il les voit, recule,
Lorsque l’Eté avec la canicule
Fait changer l’herbe de couleur.
Les Nymphes dansent la pavane
Sur la fière barbacane
Où eJJes tiennent leurs ébats;
Et l’amour qui leur fait des gentillesses
Pour éprou ver si elles on t les chairs dures,
Vient Jeur y donner queJques pincées.
Un chàteau de pierre carrèe,
De sa vieillesse tire vanité,
Sur une tour construite en voûte,
Qui a ses titres en iettres rouges,
Où le froid, ie vent ni la pluie
N’ont efïacé ie moindre mot.
Les pierres y sont eneore toutes
Mais Jes murailles sont rompues,
Depuis qu’un soldat de cet cndroit,
Passé bien des íois par ies piques
Au combat des jeux Olympiques,
Sur tous remporta le prix.
(I et 2) Ossa et Pèlion , montagnes de la Thessalie que les géants entassèrent les
unes sur les autres pour escalader Je Ciel.
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— 243 —
Acy qu‘un aire salutari
Es médecin é pouticari,
Nou parJe pas de récipès;
E ses aute mau ni feblesse,
Las gens mourïchen de bieiilesse
Si nou s’aussisen tout esprès.
Deu temps qu’un rebès de fourtune
Cassèc Apollon è Neptune
Deu palaïs oun lotgen lous Dius,
Neptune à Troye massounaiie,
Apollon acy cansounaiie
Tout au long d’aquestes arrius.
Despuch, lou tepè ni la plane
Nou be nade aueille de mane,
Si lous marrets si soun baignats,
Ni lous pousouès dab encantatje,
N’an entecat noste fourratje
Ni lous aignets embranats.
Jamais lou Soureil nou s’apreste
Per tira sa lusente teste,
Que nou salude Pouyloubrin;
Coum temps passat haseiie à Rhodcs
Talèu qu'et boutgeaûe sas rodes
Andè repréne soun camin .
Nostes bousquets, oun touts lous dies
Tan d’auzerets canten maities
Soun per oun cau ta plan partits
Que per affln que tout y placie
Lous petits aus grans baillen gracie
E lous grans oundren lous petits .
A lour fabou, las Ourèades (1)
Hèn lous festis è las balades,
E ses trace, martet ny pic,
Deguens ùe petite cabane
Dressen à l’aunou de Dianc ,
Un auta d’isop e d’aspic.
Aquestes bosses bigarrades
De mile flous soun pimparades;
De Cerès soun lous escalous,
E las poupétes d’oun Nature
Tire la leit e la pasture
Doun se nouirichen lous balous.
(1) Nymphes des montagnes.
lci qu’un air salutaire
Est médecin et apothicaire,
On ne parle pas d’ordonnances,
Et sans autre mal ni faiblesse,
Les gens meurent de vieillesse,
S’ils ne se détruisent tout exprès.
Du temps cju’un revers de fortune,
Chassa Apollon et Neptune
Du palais où logent les Dieux,
Neptune, à Troie, maçonnait
Apollon ici chansonnait
Tout le long de ces ruisseaux.
Depuis, le coteau ni la plaine
Ne voient nulle brebis stèrile,
Si les béliers s’y sont baignés,
Ni les sorciers avec leurs sortilèges,
N’ont détérioré notre fourrage,
Ni les agneaux n'ont été gâtés.
Jamais le Soleil ne s’apprête
A sortir sa brillante tête,
Qu'il ne salue Ponyloubrin;
Comme temps jadis il faisait à Rhodcs
Sitôt qu’il remuait ses roues
Pour reprendre son chemin.
Nos bosquets, où tous les jours,
Tant de joetits oiseaux chantent matines
Sont là où il faut si bien placés.
Qu’a seule fin tout y soit agréable.
Les petits aux grands font grôce,
Et les grands respectent les petits,
Á leur faveur, les Orèadcs
Font leurs fe^tins et leurs danses,
Et sans traces de marteau ni pic,
Dans une petite cabane
Dressent en l’honneur de Diane
Un autel d’hysope et de lavande.
Tous ces monts variés
De mille fleurs parsenìês
De Cerès sont les échelons,
Et les mamelles d’où Natnrc
Retire le lait et l’alimcnt
Dont se nourrissent les vallons.
I _
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— 244 —
Tant de rouquets e de bousigues,
Que force cresen enemigues,
Deu prouflt deus tribailladous,
Sauben debat lour tnagre mine
L’esbat deus ausets de rapine
E lou plazé deus cassadous.
Flore , que lou Zèphir poutoune,
Beng aci bisita Potimoune (1)
Que perbesich nostes bergès,
E quan Ja sasoun ac demande
Hè braga de fruts de coumande
Dinquiaus mes praubcs atiargés.
Themole , que lou nectar embeje,
Ta doucement nou saboureje
Coum la iiquou de noste bin;
Ny iou bignariu de Sècubc (2)
Nou couie ta dous coum la cube
Deu cameroy de Pouyioubrin.
En la ribere la mès grasse,
Un ta boun pasteng nou s’amasse
Coum lou qui crech cn nostes prats,
Tant que iou Gers mous abesie
E hè seca de ielousie
Lou Sousoun, la Lause è l Arraés,
Las aragues, las rouges mailloques
Bermillejen à bères troques
Tant. sur la plane que suou roc;
E lou jus de lour ambrousie
Més dous que lou mèou rassasie
Lous majouraus deu noste loc.
Higues blanques, grises è nères,
Coudouis, auèrats, poumes, pères,
Guindouiis, sèrides, bigarreus...
Lou mes simplecasau ne baiile;
E quado bigne quès tribaille
Ne passemente sous carreus.
Pouris, coum de Bucephales,
Per brouhous, mulets e cabaies
Nous nou troubam prou de pastous.
Bederets nou n’auen ses counde;
E lou tnendre pagès abounde
En bouciis, aueilles è moutous.
Tant de rochers et de friches,
Que beaucoup croient ennemis
Du gain des travaiileurs,
Favorisent sous leur maigre apparence
L’ébat des oiseaux de rapine
Et le plaisir des chasseurs.
Flore que le Zéphir baisotte
Vient ici visiter Pomone
Qui approvisionne nos vergers,
Et quand la saison le réclame
Fait éclore des fruits de choix
Jusque dans nos pius pauvres vergers.
Themole, que le nectar envie,
Si agrèablement ne sent si bon,
Comme la liqueur de notre vin;
Et ie vignoble de Sécube
Ne coule si doux comme Ja cuve
Du crû de Pouyloubrin.
A l’entour de la rivière la plus fertile
Un si bon fourrage nesamasse
Comme celui qui croítdans nos prairies
Tant que le Gers nous avoisine
II fera sécher de jalousie
Le Sousson , la Lauzee t YArruts.
Les grappes, ies rouges provins
Vermillonnent à beiles masses
Tant dans la plaine que sur le roc;
Et le jus de leur ambroisie
Plus doux que le miel rassasient
Les grands de notre endroit.
Figues blanches, grises et noires,
Coings, noisettes, ponimes, poires,
Griottes, cerises, bigarreaux...
Le moindre jardin en produit,
Et chaque vigne quiest travaillée
En orne ses carreaux.
Des poulains de mèmequedes chevaux,
Pour les ânes, mulets et juments,
Nous ne trouvons pas assez degardiens
Des veaux nous en avons sans compter;
Et le moindre paysan abonde
En bceufs, brebis et moutons.
(I) Dècsse des fruits et des jardins.
(’J) Vignoblc de Sicile qm fournissait la table des Dieux.
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— 245 —
De perdics tout l’ayre s’embroume,
Are en tap, tantos en la coume,
De tourtères mile parcils;
Lèbes, lebrauts é quade mate,
E ses plapè ny casemate,
Lous counils mous tiren lous oeils.
La douts de noste hount contente,
Lou mes alterat destalente
Dab soun cristail qui semble biu;
E lou Gers, quan la bè ta fresque,
Tout escounut deguens la cesque
Nou gause pareche l’estiu.
Quan la gaujouse primaiière
Desplegue sa raube mes bère,
Lous auserets resuscitats
S’amassen deguen las alées
De nostes petites balées
E tenguen aquiu lous Estats.
Dessus touts, un couró saubatge,
Que lous habitans deu bilatge
Apéren lou Rouchinoulet
Dab un bec qui dab tout s accorde,
Soune sur iie metiche corde
Luth, espinete et ílageoulet.
Echo (1) soulamens acy plouro,
Quan lou soubeng lou tempsè l’houre
D’aquet ta malhurous ahè
Qui neit è jour la turmentaiie,
Quan Narcisse , qn’ére prégaiie,
Lou digoug que n’ac boulò hè.
Acy lou merle nisereie,
Aci la tourtere carreie,
E sur la fìn deu mes de mai,
Dab lour mainadete nauère,
Peus arbes troubats la cuignère,
De l’aurio, deu tour et deu gay .
Mès qui pouire se rende quiti
En lauza lou rare meriti
D’un terradou ta renoumat?
Sa balou de peccat m’accuse,
E preteng de quauqu’aute muse,
Un oubratge raillou limat.
De perdrix tout l’air s’obscurcit,
Maintenant en hauteur, tantôt dans le
De tourterelles mille paires; [vallon;
Des lièvres, levreaux à chaque motte,
Et sans clapier ni casemate
Les lapins nous fatiguent les yeux.
La source de notre fontaine contente,
Le plus altéré satisfait
Avec son cristail qui semble vivant,
Et le Gers, quand il la voit si fraiche,
Dissimuló dans les roseaux
N’ose se montrer l’été.
Quand le joyeux printemps
Etale sa robe la plus belle,
Les pelits oiseaux ressuscités
Se rassemblent dans les allées
De nos étroites vallées
Et tiennent là leurs Etats.
Par dessus tous, un chantre sauvage
Que les habitants du village
Nomment le Rossignolet
Avec un gosier qui avec tout s’accorde,
Iraite sur une unique corde
Luth, épinettc et flageolet.
Echo seulement ici pleure
Lorsqu’elle se souvient l’époqueetl’heure
De cette malheureuse aventure
Qui nuit et jour la tourmentait,
Quand Narcisse, qu’elle implorait,
Lui répondit qu’il ne voulait pas le faire.
Ici le merle fait son nid,
Là la tourterelle charrie,
Et sur la fln du raois de mai
Avec leur famille nouvelle,
Dans les arbres vous trouvez le l)erceau
Du Loriot, du Tour et du Geai .
Mais qui pourraitse croire dégagé,
En louant le rare mérite
D’un terroir si renommé?
Sa gloire de tîédeur m’accuse,
Et réclame de quelqu'autre muse
Un ouvrage mieux limc.
(1) Cette nvmphe, flllede l’Air etde la Terre, ayant vouhi se íaire aimer de Nar-
ci#se et s’en vovant méprisée, se retira dans les grottes. les montagnes et les foréts,
oû elle sécha dè douleur et fut métamorphosée en rocher.
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- 246 —
Per n’aue pas mes de bergouigne
Jou bouti fin à ma besouigne;
E pregui que d’aquet tepé
Toustem lou ceu prengue la cure
E que nade male abenture
Noui boute iamés lou pé .
Que tout soun mau sorte dehore,
Que nade tare de Pandorc (1),
Noui porte nat brut importun;
E placie à Diu que la coumune
Dab las cartes de la Fourtuney
N'aie jamès que trente-un.
Jamès l'agraiie ny la guerre
Nou benguen en aquere terre
Bouta lou repaus à l’escart;
Mès perlou mens, tant que iou bisque
Lou boun temps ta plan s’y partisque
Que ioun aie la meillou part.
Pour n’avoir pas plus de honte
Je mets un terme à ma besogne;
Et je prie que de ce coteau
Toujours le Ciel en prenne soin,
Et qu’aucune mauvaise aventure
N’y mette jamais le pied.
Que tout son mal reste dehors,
Qu'aucune tare de Pandore
N’y apporte trace de bruit importun,
Et plaise à Dieu que la commune,
Avec les cartes de la Fortune,
N’ait jamais que trente-un.
Que jamais la maladie ni la guerre
Ne viennent sur cette localité
Mettre le repos à l’éeart,
Mais pour le moins, tant que je vive,
Le bon temps s’y répartisse si bien
Que j’en aie la meilìeure part.
Tel est 1e tubleau que Baron a tracé de Pouyloubrin et dans lequel il s'est
délecté jusqu’à s’oublier comme on s’oublie aux lieux que l’on chérit.
Ce devoir filial accompli envers son viilage et son foyer, il lui restait à
payer un tribut à la Gascogne. II lui consacre une ode palriotique oii en
vrai gascon il exaite ses mérites ;
ODE A L’AUNOU DB LA GASCOUIGNB
Muses, aquô mous es bergouigne,
E mous deurém accusa,
(Juan n’auém de loungtemps en sa,
Cantat l’aunou de la Gascouigne.
Despleguém sa glorie sur taule;
E que per dret mous sîe permès
De la banta tout à jamés,
Entroque perdara la paraule.
Si noubs y penats Aonidcs (2)
Ma coulcre boun cassara,
E boste nom s’cspassara,
Quan ne serats horebandides.
ODB BN UHONNBUR DE LA GASCOGNB
Muses, cela nous fait honte,
Et nous devrions nous accuser
Quand nous navons depuis longtemps
Chanté l’honneur de la Gascogne. [déjà
Etalons sa gloire sur table
Et que par droít il nous soit permis
De la glorifìer à tout jamais
Jusqu’à ce que nous perdions la parole.
Si vous n’y peinez Aonides,
Ma colère vous en chassera,
Et votre nom disparaitra
Lorsque vous en serez bannies.
(1) CVtaitune statue que Vulcain fit et qu’il aima. Les Dieux s’assemblèrent pour
la rendre parfaite, en lui donnant chacun une perfection. Jupiter. irrité contre Pro-
mcthr>\ qui avait dérohé le feu du ( iel pour animer les premiers hommes, envoya
/’andore sur la terre avec une boite où tous les maux étaient renfermés. On dit que
Promèthêr , à qui elle proposa cette boite, l’ayant refusée, elle la donna à Epimèthéc
quieut rinsdiscrétion de rouvrir, et que cíe cette boite sortircnt tous ensemble les
maiix qui inoudèrent toute la terre. II ne resta que la seule espèrance dans le fond.
(2) Aon, fils do Neptune, ayant été obligó de fuir de YApuln*. vint dans )a Bèotie
où il s’établit sur des montagnes appelées Aonienncs de son nom. Ces montagnes
furent consacrées aux \fuses, et c’est de làqu’elles ont aussi été appelées Aonides.
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— 247 —
Enquoére que tà bere race
Deus omes que nechen aquiu
Merite que quauque gran Diu
Bengue deu Cèu prene ma place
Ses menti, jou podi sustengue
Au dise de bet arramat,
Que countre aquet noble climat
Toute la terre n’a que tengue.
Que las beutats mes estimades
En soun seï prenen nouiritut,
E que la gracie e la bertut
Per tout jamès sy soun loutgeades
Per castéts, bourgades e biles
Oun s’en poden trouba d ’ataus
E per las faiçous deus oustaus,
Quin pot bcse de mes gentiles?
Countre las forces enemigues
Oun y a de meillous bataillous ?
Cabailés mes que mouscailhous,
E pietous atau coum hourmigues.
Qué qué d’autes disen per glorie,
Hercule ere de moun paTs (1);
Per aquó, segoun moun abis,
Surtout et gaignet la bictorie.
Nostes tucòs, nostes ribéres
Soun terresde proumissioun;
E Cerès mous hè pensioun
De sas coueilhetes las mes bères.
Toutis lous coustalats de Mole (2)
Nou porten de bin ta subtil
Nou poudem da barres au *V/7,
E més au sable de Pacíole (3).
Encore qu’une si belle race
Des hommes qui naissent là
Mérite que quelque grand Dieu
Descende du Ciel prendro ma place.
Sans mentir, je puis soutenir
Au dire du plus grand nombre
Que contre ce noble cìimat
Toute la terre n’a qu’à se bien tenir
Que les beautés les plus estimées
Dans son sein prennent naissance,
Et que la gràce et la vertu
Pour toujours s’y sont implantées.
Pour les châteaux, bourgades et villes.
Où peut-il s’en trouver de semblables,
Et pour l’aspect des maisons
Où peut-on en voir de plus gentilles?
Contre les forces ennemies,
Où trouvent-on de meilleurs bataillons?
Des cavaliers plus nombreux que rnou-
[cherons
Efc des piétons ainsi que des fourmis.
Quoique d’autres disent par vanité,
Qu’Hercule était de mon pays;
C’est pour ce motif, selon mon avis,
Qu’il remporta la victoire.
Nos hauteurs, nos prairies,
Sont des terres de promission
Et Cerès nous fait eadeau
De ses cueillettes les plus belles.
Tous les coteaux de Mole
Nous procurent un vin si gènércux,
Que nous pouvons donner barre au Nil
Et inème au sable de Pactole.
(1) Avant lui, Du Bartas rappelle â sou tour rorigine tlatteuse des Gascons quand
il dit :
De ees monis sourcilleux, dessus les(|uels iadis
\' llrrcicle des (ìaulois, non le batard d 'Alcmcnc,
Engrossa, comine on dit, la priucesse Pyrène
Du père des Gascons, qui par faits genéreu.x
Se montrent dignes fUs d’ayeul si valheureux.
(2) Coteaux de Fouyloubrin, probablement,
(3) Fleuve de Lvdie dont le sable etait d'or, diseiU les Foètes depuis que Mídas s’v
íut baigné.
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— 248 —
Toute sorte de frut s’y trobe :
Nat arbe nou mous pot troumpa,
So que lous autes ban croumpa,
Acy ses argent se retrobe.
La Fourtune n’a pas d'estatge
Que ses pene nous n’escalem;
Nous auèm tout so que boulém
Enquoère quaucoum dauantatge.
Lou cristail de nostes hountetes
Casse las plus hortes calous,
Lou printemps courounat de flous
S’y beng refresca las gautetes.
Roses, tulipes, margalides,
Girouflades, miresoureils,
Per mous tira l’amne peus oueils
Hen acy mile piramides.
Flourich, benaside Gascouigne,
Teng-te teustem en boun estat,
Ma man, per traça ta beutat,
Sera tout jamés én besouigne.
Tas terres seran renoumades,
De tu parlaran en tout loc;
E tu tén pourtaras lou floc
Dessus las isles fortunades.
L'Adour pouira mes que la Sôrie;
L 'Arrats hara trabuca 1 'Ers;
L 'Arros, la Baìse e lou Gers
Se trufaran de la Garonne (1).
Lou Soussoutiy lou Touch, la Girnoùe>
E lou Gaue de Pouyloubrin
Au Tagc, à la Dourdouigne , au Rhin
En pauc de temps haran la moiie.
Toute sorte de fruits s’y trouvent :
Pas un arbre ne peut nous tromper,
Ce que les autres vont acheter,
lci sans argent nous le trouvons.
La Fortune n’a pas d’étage
Que sans peine nous n’escaladions ;
Nous avons tout ce que nous voulons
Encore même quelque chose de plus.
Le cristal de nos petites fontaines
Chasse les plus fortes chaleurs ;
Le printemps couronné de fleurs
Vient s’y rafraichir les joues.
Roses, tulipes, marguerites,
Giroflées, tournesols,
Pour nous tirer l’àme par les yeux
Font ici mille pyramides.
Fleuris, bienheureuse Gascogne,
Tiens-toi toujours en bon état,
Ma main, pour vanter ta beauté,
Sera à tout jamais en besogne.
Tes terres seront renommées.
De toi on parlera en tout lieu ;
Et tu remporteras le prix
Entre les îles fortunées.
L’Afìíoarauraplusdecréditquela^aó^c;
L 'Arrats fera trébucher YErs;
L’A rros, la Baïsc et le Gers
Se moqueront de la Gat'onne .
Le Sousson , le Touchy la Gimoney
Et le Gace de Pouyloubrin
Au Tage, à la Dordogney au Rhin
En peu de temps feront la moue.
(I) Dans sa ConsidêraUon , traitant des eaux douces et des fleuves les plus reuom-
més de la terre, Du Barthas décoche, à son tour, íi la Garonne un tran perflde :
Le Taqe au bord doré, la Tarnise, le fìosne,
Le JFÌ/iin, YEbre, le Pô, la Seine et la Garonnc,
(îaronne qui si fort s’enflera de mes vers
Que, peut-êU'e, son bruit s’orra par l’Vniueis, ete.
Hnfin, de nos jours, la Garonne a ser\i de thême à Gustace Nadaud pour une dc
ses chansons les plus populaires; j'en ciierai une strophe :
Si la Garonne Hvait voulu,
Lanturlu !
Quand elle sortit de sa source,
Diriger autremcnt sa course
Et sur ie Mídi s’épancher.
Qui donc eût pu l’en ompêcher?
Trancbant vallon, pluine et montagne,
Si la Garonne avait vouln,
Lantnrlu !
Elle allait arroser l’Espagne, etc.
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Léchem-hé, terre de plasence,
Lechetem neit e jour canta.
L’aunou quim reste det banta
Me serbira de recoumpense .
— 249 —
Laisse-moi faire, terre de plaisance,
Laisse-toi nuit et jour chanter.
L’honneur que je retire de te vanter
Me servira de récompense.
Voilà, certes, un tableau bien fait pour cbatouiller la vanité gasconne. En
faisant la part de certaines exagérations, Baron niet en évidence un fait
incontestable, à savoir, la riche variété des produits d’une région privilégiée
et si opulente jadis par Tagriculture.
De son temps, du Barthas se plaisait à le constater à son tour, quand
il disait :
Or, comme ma Gascogne, lieureusement, abonde
En soldats, bleds et vins, plus qu’autre part du monde, etc.
Cetáge d’or amalheureusement disparu de noscontrées depuis longtemps;
aujourd’hui le vin nous manque et aussi Tabondance d'autrefois.
Le 16 septembre 1649, Goudelin mourut. Ladésolationfutgrandeparmi
les Poètes. Ce fut à qui viendrait le pleurer, à qui chanterait le mieux dans
des odes, des élégies, des quatrains. Notre Poète, attaché d’affection avec
Tillustre chantre de la belle Liris, paya son tribut de regrets à la mémoire
de son ami dans une Ode Epitaphe qui, à part quelques rares imperfec-
tions, est de belle allure et parfaite de style :
Acy deguens ès susterrat
Per tout jamès bouquebarrat
Gouitoulin , l’aunou de Toulouse î
Countre aquet esperit gaillard
La mort a jougat au bieillard
E la fourrat en la balouse .
Las Nymphes deou double tucô,
De tant qu’eres n'an mau de co,
Dechen seca dequia la base
Parnasse qu*a lou flus malau,
E nou beng mès pourta la clau
De ia hountéte de Pègasc .
De gran sentiment de doulou,
Phocbus a cambiat de coulou,
E despuch que iou clot embarre
Un trésor rare coum aquet,
E boute au croc soun réseguet
E desacorde sa guitarre.
Parnasse qui le jour e neit
Droumi son mignon en un leit
Oun jamès persoune ne beille,
Ici dedans est enterré
La bouche fermée à jamais
Goudelin, l’honneur de Toulouse !
Contre cet esprit gaillard
La mort a joué au billard
Et l’a fourré dans la blouse.
Les Nymphes de la double hauteur,
De tant qu’elies en ont mal au coeur,
Se laissent sécher j usqu’à la base
Parnasse a son flot malade,
Et ne vient plus p>orter la clé
De la fontaine de Pègase .
Par grand sentiment de douleur,
Phícbus a changé de couleur,
Et depuis que latombe enfentie
Un trésor rare comme celui là,
II metau croc son violon
Et désaccorde sa guitare.
Parnasse qui jour et nuit
Fait dormir son favori sur un lit
Oû jamais personne ne veille,
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— 250 -
Per planta de tristes cyprès
Arringue sous majes laurés
Ou per despeitlous escabeille.
Coum Ourphèe en souna deu luth
A passejat coum a boulut
Tantos un roc, tantos un arbe,
Goudoulin a rebiscoulat
Soun co tout transit, e gelat
Debat un bisatge de marbe.
La ílou que prengoug de sa man,
Nou pergoug pas lou lendouman
Acquere en pourtec mes de mille;
E deus boutous d’un pè soulet,
Se coumpousec lou rainelet
Qui flaire per toute la bile.
Qui nou scab pas que sas cansous,
Fournichen toutes las douçous
Que pot demanda la musique?
Près d’un eap-d’obre ta plasent
En la bouque dòu maudisent
La lengue beng paralitique.
Quan bo parla dab grabitat,
Catoun dab sa seberilat
Nou trobe pas un mot à disc;
Quan d’un aire mignard e dous
Et accoumode sous fredous
Catoun s’escoumpiche de rise.
Toulouse, tu noun podès mòs,
Roume a perdut per tout jainès
Sous Houraccs et sous Birgiles ;
E la Gròce a bist entutat
Soun Houmère qu’a meritat
D’este bourgès de tant de biles.
En tout cas, aquets esperits
Qui soun estats ta fabourits
De las hilletes de memorie,
Enquoere que perdan lou cos
Lechen aci bach force échos
Qui retentichen de lour giorie.
Atau deu famus Goucloulin
Lou renom n’aura jamès fin ;
E sas flouretes ta bantades
Dab lou lustre qu’an meritat,
Eu casau de l’eternitat
Se beiran tout jamès plantades.
Pour planter de tristes cyprès,
Arracho ses plus beaux lauriers
Ou par dépit leur coupe la tète.
Comme Orphée en jouant du luth
A promené comme il a voulu
Tantôt sur un roc, tantôt sur un arbre,
Goudelin a réveillé
Son cceur tout transi et geló
Sous un visage de marbre.
La fleur qu’il cueiliit de sa main,
II ne la perdit pas le lendemain
Celle-là en porta plus de mille;
Et des bourgeons d’un seul pied,
Se composa le petit rameau
Qui embaume toute la ville.
Nul n’ignoro que ses ciiansons
Fournissent toutes les douceurs
Que peut procurer la musique f
Près d’un chef-d'oeuvre si charmant
Dans la bouche du médisant
La langue devient paralytique.
Quand il veut parler avec gravité,
Caton malgré sa sévérité
Ne trouve pas un mot à dire.
Quand d’un air mignard et doux
11 accommode ses rofrains,
Caton s’esclaffe de rire.
Toulouse, tu n’en peux mais,
Rome a perdu pour jamais
Ses Horaces et ses Virgiles;
Et la Grèce a vu enterrer
Son Homère qui mérita
D’ètre citoyen de tant de villcs.
En tout eas, ces esprits
Qui ont été les favoris
Des fìllettes de mémoire,
Hien qu’ils aient ]>efdu leur corps
Laissent ici-bas de nombreux éclios
Qui retentissent de leur gloire.
Ainsi du fameux Goudelin
I>a renommée n’aura jamais de fìn;
Et ses fleurettes si vantèes,
Avec le lustre qu’elles ont mérité
Dans le jardin de l’êternité
Se verront à tout jamais plantées.
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Pénétré de son sujet, Baron se laisseeraporter au courant de son inspi-
ration. Son verbe puissant fait éclater dans un style plein de noblesse les
larmes et les regrets qu'il éprouve de la perte de rillustre barde toulou-
sain. Avec quel lyrisme il chante en une langue harmonieuse, tissée de
simplicité et de richesses, son oeuvre impérissable où brillent les qualités
de son cceur et de son esprit? C’est doux et c’est pur, c est naturel, et on
reste sous le charme. Touteíois, en dépit de la gravité du sujet, notre poète
laisse percerça et là le bout de l'oreille. Le fonds en joué de sa nature appa-
raît malgré ses efforts sous le voile de deuil; malgré sa douleur, les yeux
étincellent et la bouche sourit.
Du reste nous retrouverons les mêmes tendances dans une pièce qui est
intitulée Ode et qui est plutôt une Elégie. Elle a pour titre : UErmiite
amouroux (1) ( YErmite amoureux). Le gai compère de Pouyloubrin
accorde sa lyre pour exhaler les plaintes d'un pauvre eoeur désabusé des
mensonges et des vanités du monde, qui cherche le calme de son âme et le
salut contre les angoisses qui le déchirent. Son hérosne suceombera pas à sa
douleur; en homme de foi, il ira chercher, non pas dans la mort, mais dans
la solitude et dans la prière, un remède à ses maux :
VBRMITTE AMOUROUX
Louy de jou matich escartat
Au ta plan coum de la coumune,
Assi deguens dap libertat,
Jou bengui plagne ma fourtune,
Triste desert plen de crumou
Taplan bastit à mou umou,
Lotjo umbradiue de las hades;
Recep un ermite caytiu
Que dure trop è que nou biu
Que de soupis è de pensades.
Aux millous cops Chloris me fail,
E iou gay frut qu’en sa berdure,
Sey cultibat de mon tribail
Per mon ribal are madure,
Penes, susous, larmes, tourmens,
Chagris, despeits et pensamens
Nou son mes en ligne de conte,
VBRMITB AMOURBUX
Loin de moi mème éearté
Comme aussi bien de la commune,
Ici dedans en toute liberté,
Je viens expier ma mauvaise fortune.
Triste désert plein de nuages
Si bien conforme à mon huraeur,
Logement sombre des fóes;
Reçois un ermite malheureux
Qui dure trop et qui ne vit
Que de soupirs et de regrets
Aux meilleures occasions Chloris me
[fait défaut
Et le fruit appétissant dans sa verdure
Quî est éclos de mon travail
Mûrit à présent pour mon rival,
Peines, sueurs, larmes, tourments,
Chagrins, dépits et inquiétudes
N’entrent plus en ligne do compte.
(1) Tiré des Manuscrits Daiguan du Sendat. (Bibliothèque de la vilie d’Auch. —
Miscellanéa , n° 69, pages 1,071 et suivantes.)
Ce poème offre de nombreuses lacunes dans le manuscrit, imputable* à un relieur
peu consciencieux et à un copiste infldèle, ce qui est très regrettable. Xous avons
essayé de les combler en rétablissant le texte primitif dans la mesure du possible, eu
cvitant toutefois d’altérer la penséede l’auteur.
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- 252 —
Et ringratte apprès tout acco
Me tire biti de son co
Per me tira tabe deu monde.
Qu’asset roc ey heit a perpaus
Per y basti ma caperette !
Lou soureil y deche en repaus
L’ayre fresquet è mes l’oumbrette;
L’auta sera de bouch tout lis,
Lous candelès de flous de lis
De roses fresques las candeles;
En l’arbot nou manquerau pas,
Lous muguets è lous toulipas
Que sembiaran d’autes esteles.
Deu brasè de mon co malau
Sera la lampase alucade,
E de plous a double canau
Mous oèils haran l’aygue seignade.
Dessus la porto ò tout autour,
Quallès de chiffre è ias d’amour,
La parade sera tant bére
Que sense gloric ni mesprex
Jou cresi que sera lou prex
Deus majès temples de Citòre .
Ma couchette beirats au près
Dainbe la mes riche courtine,
Heyte dab brancos de ciprès,
E béts linsos de mousse fìne,
Lou capseret sera tescut
De jung au matich loc nescut,
Abricara coum beres dagues,
La couberte è Jou matalas,
Moun praube cos fei è las
Sus las espies et toujages.
Troubaré de tristes iessous
Au cant de cansous amourouses :
Dins lous temps passat las doulous
En semblauen ta soubourouses.
Ouey serenade e concert
Embarrat deguens mon désert
Dam la soule melancouiie,
Be m’aué meslèu resoulut,
Per enqoué serca mon salut :
D’en hè toute raa compagnie.
L’Arrouchinol que tant s’ausi
Esbayant lous eccos ses beree,
Et l’ingrate après tout cela
Me chasse au plus vite de son coeur
Pour m’exiler aussi du monde.
Que ce rocher est fait à propos
Pour y bàtir ma petite chapelle !
Le soleil y laisse en repos
L’air frais et de plus l’ombre;
L’autel sera de buis tout simple,
Les chandeliers de íleurs de lys,
De roses fraìches les chandelles:
A la voûte ne manqueront pas
Les muguets et les tulipes
Qui fìgureront d’autres étoiles.
Le brasier de mon coeur malade
Sera la lampe allumée,
Et de pleurs à double canai
Mes yeux feront l’eau ljcnite.
Au-dessus de ia porte et tout autour,
De tels emblêmes et lacs d’amour,
L’ornoment sera si beau
Quc sans vanité ni fausse honte
Je crois qu’il emportera le prix
Sur les plus bcaux temples de Cythórc.
Ma couchette vous verrez auprès
Avec la plus riche courtine,
Faite avee des branches de cyprès
Et des beaux draps de mousse íine,
Le traversin sera tissé
De joncs poussés sur place
Abritera comme de bellcs dagues,
La couverture et le matelas
Mon pauvre corps brisé et las
Sur les débris de paille et les tuies.
Je trouverai d’amères leçons
Au refrain des chansons amoureuses
Dans le ternps passé les douleurs
Me semblaient bien savoureuses.
Aujourd’hui sérénade et concert
Enfermé dans mon désert
Avec la seule mélancolie,
Ne vaut-ii pas mieux m’y ètre résolu
Pour chercher encore mon salut :
D’en faire toute ma compagnie.
Le Rossignol qui se fait si bien entendre
Cliarmant les échos sans interruption,
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— 253 —
Pouyre plan cauque cop assi
Esprouba lafEront de Terèe (1) :
Per mau-voulet n’ac hasses pas
En lou cugna hec un fau pas
Nou bouilles pas que raau l’abengue;
N’ajos lou repentic cant è cant
Certos n’aures pas ta bèt cant,
Quant t’aousson coupat la lengue.
Jou souy rabit d’aquet arriu
Dont i’aygue clare et cristalline
A petits sauts porte son briu
Tout lou loung daqueste couline
E puits seslengue en un balon
Oun an descoubrit (?) Apollon.
Las nimphes si lauent la care
E pescon dab lous bras tout nuts
Cauques gras darjent plan menuts
Deguens lou sable que débare .
Un pignié quey assi plantat
Coum lous moustis de Flayredosse
Semble bouié de banitat
Touca lou cèu dap sa cabosse.
Mile arberets tout abarrey,
Coum sére en la plasse d’un rey
A sa poumpe renden oumatgé;
Car auprès dacquet grand gigant,
Lou cassou lou mès arrougant,
Plegue soun cos e soun ramatgé.
Las biches e lous cabiros,
Que l’amour cauque cop amasse,
Benguen assi batte l’arros
Tant que lou cor souno la casse.
Jamès ny can ny cassadou
Nat cop mourtau ny las traydou,
Nou gausòc hè assi mourtaille;
Soulaumens aux parpaiìloulets,
Lous parrats quan seren soulets,
Nou gauseren y da bataille.
Cauque cop un esquirogay
Dab iou floc poumpous de sa coue,
Pane bet au bet cap d’un hay
Lous oueus que la paloume coue;
Me8 bey piaii punit deu iarcin,
E minjo plan ca iou boucin,
(1) Voir note identique page 169.
Pourrait bien quelquefois ici
Eprouver l’aíïront de Terèe :
Par mauvais vouloir ne lui fais pas
En le berçant faire un faux pas;
Ne veuilies pas que malheur lui arrive;
N’aie pas ce regret quand même,
Certes tu n’aurais pas un si beau chant,
Quand on t’aurait coupé la langue.
Je suis ravi de ce ruisseau
Dont l’eau claire et cristalline
A petits bonds porte son cours
Tout le long de cette colline
Et puis se répand dans un vallon
Où on a découvert (?) Apollon.
Les Nymphes s’y lavent le visage
Et pêchent avec leurs bras nus
Quelques grains d’argent bien petits
Dans le sable qui descend.
Un pin qui est ici bien planté
Comme les molosses de Flayredosse
Semble vouloir par vanité
Atteindre ie ciel avec sa tète
Mille arbrisseaux toutau beau milieu,
Comme s’il occupait la place d’un roi,
A sa majesté rendent hommage;
Car auprès de ce grand géant
Le chêne le plus orgueiileux
Plie son corps et son branchage.
Les biches et les chevreaux
Que l’amour quelquefois rasserable
Viennent ici fouler la rosée
Pendant que le cor sonne la chasse.
Jaraais ni chien ni chasseur,
De nul coup raortel, ni piège trompeur
N’oseraient ici faire des victimes ;
Pas mème aux petits papillons,
Les moineaux lors même qu'ils seraient
N’oseraient leur y livrer bataille. (seuls
Queiquefois un écureuil
Avec le bouquet toutîu de sa queue,
Dérobe hardiment au soramet d’un hètre
Les oeufs que la palombe couve.
Mais certes il est bien puni de son larcin
Et mange bien cher le inorceau,
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— 254 —
Quan un astou sort de son ayré
E lou carréje en soun nisé,
Oun sous petits an un guisé
Aquiu esprobe gras e raagré.
Assi nat Satiri courrent,
Nou bengouc jamès hè trouffée
Daué gagniat lou co bourent
De nade desbouchade fée.
Diane régine deu loc
Soularaens y benc hé lou íloc
Dab ue amistouse caribte
E recep dessus soun auta,
Tout l’aunou qu’on ly sap pourta
E nou na pas tout iou qui méi ite.
L’escharuscle qui dun soul pous
La teste d’un gran roc abache
E deu cassou lou mes poumpous
Boute peu sousté la moustache.
Acquet treit deu cèu courroussat
Na jamès encouèro frétat
Aquestes rocos herissades
Ny lûgraiian dap lou bent piouy
Nou bengueran de près et dc louy
Per segouti las palissades.
Jamès courbas enrumassat
Présicadou de cementery
De lauta quey assi dressat
Nou troublec lou sacrat mistery
Jamès nou si bic nat renard,
Tachon pansut, ni bouc cournard;
Ny la cauèco lunatique,
Dap sous desacourdans accors,
De long do toumbes ny de mors,
Ne despleguec ia prounoustique
Si besets un arbé traucat
L’abeille cant è cant si fourre
E dehé lou leit embuscat
De la meillenguo è de la chourre.
Leschamou, quan benc lou temps
Ba serca de toutis estremps,
Lou tim que ílourich è qu’enflayro,
Per ne hè cire è meu tout bious
Benc poupa l’amne de las ílous
Que sens pecat sa bouco pario
Enfìn asso ney qu’un amas
Lorsqu’un épervier sortant de son aire,
Le transporte dans son nid
Oú ses petits ont un gèsier
A i’épreuve du gras et du inaigre.
Ici nul Satyre vagabond
Ne vint jamais faire parade
D’avoir séduit le coeur ardent
De quelque fée dcbauchée.
Diane, reine de ce lieu
Y vient seulement faire un bouquet
Avec une graeieuse suivante
Et roçoit sur son autel
Tout l’hommage qu’on sait lui témoigner
N’ayant pas encore tout celui qu’elle
[mérite.
La foudre qui d’un seul éclat
La pointe d’un grand rocher abaisse,
Et du chène le plus superbe
Réduit en litière la moustache.
Ce trait du ciel en courroux
N’a jamais encore atteint
Ces roches sauvages.
Ni la grèle avec le vent pluvieux
Ne viendront de près ni de loin
Pour ébranler les palissades.
Jamais corbeau enroué,
Prèdicateur dc cimetière,
De I’autel qui est ici dressé
Ne troubla le mystère sacré.
Jamais on n’y vit le moindre renard,
Blaireau pansu, ni bouc cornard;
Ni la chouette lunatique,
Avec ses discordants accords,
Loin des tombeaux et des morts
N’annonça ses pronostics.
Si vous y voyez un arbre trouè
L’abeille aussitòt s’y fourre
Et détruit le nid caché
De la mésange et du roitelet.
L’essaim, quand vient la saison,
Va chercher de tous cótés
Le thym qui fleurit et embaume
Pouren faire cire et iniei au naturel,
Vient aspirerl’àme des fleurs
Que sans erreur sa bouche engendre
Enfln tout ceci n’est qu’un amas
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255 —
De merueillos de la nature,
E d’un cap d’obre de sas mas
Lou patroun è la tablature.
Hurous lestat sant quey assy,
Libre deu prex et deu soucy
Que lembarras deu moun capere;
Joious, moun cens hara lou floc,
Car dap la puretat deu loc
Serey urous dins ma capère.
Are donc tribail mau mersat
Coume hum esperanse rnorte;
Deguens moun co qui temps passat
La man d’amour aubris la porte.
Goustous mouloun coubert de mèu,
Be t’en bas tart é bengues lèu,
Dam ta pilule plan daurade;
Mes de tout hat serbet perit,
Piri que de her hol esperit
Mille cops et esperjurade.
Souy per are è per jamès
Ingratte è mensoungère,
Despush ches ans ou dilleu mès,
Souy bengut piri quen galère,
Amour tu m’as troumpat soubent
E tas paraules sount de bent.
Nou matraparant dauantatge
Soulet, trop countent jou gbrò,
Tout soulet joum jx)ussédarè,
En poussòdà mon ermitatge.
Des merveilles de la nature
Et d’un chef-d’oeuvre de ses mains
Le modèle et Tenseignement.
Heureux l’état de sainteté que j’ai ici
Dégagé de labeur et de soucis
Queles diffìcultés de la vie recouvrent;
Joyeux, ma conscience fera le bouquet,
Car avec la pureté de ce lieu
Je serai heureux dans raa chapelle.
Maintenant donc travail mal employó
Gomme la fumée l’espéranceest morte;
Dans mon coeur dont au temps passé
La main d'amour ouvrait la porte,
Délicieux souvenir couvert de miel,
Que tu t’en vas tard et reviens tôt,
Avec ta pilule si bien dorée;
Mais par le destin le cerveau périt,
Pire que par le fer l’esprit s’affolle,
L’eût-il mille fois conjuré.
Je suis maintenant et pour jamais
Ingrate et mensongère,
Depuis six ans et peut-ôtre davantagc,
Devenu pire qu’en galère.
Amour, tu m’as souvent trompê,
Et tes paroles qui sont de vent,
Ne me tromperont pas davantage;
Seul, trop heureux je resterai,
Seul je m’appartiendrai,
En possédant mon ermitage.
Comme 011 le voit, Baron verse en se jouant le inétal de sa pensée dans
le moule fantaisiste qu'il sest choisi et triomphe aisément des difficultés du
rythme. De ses larmes il en fait, par la vertu de son art, de brillanîes
gouttes de rosée qu’il répand dans son champ de poésie qu’elles fécondent.
11 développe son ihèmeavec une intarissable fécondité, assemblant les mots
en groupes sonores et combinant ses vers dans la strophe comme les fils
précieux d’un tissu d or. Malgré la mélancolie du sujet, sa verve narquoise
le préserve de toute monotonie.
Notre joyeux élégiaque Gaseon, appliquera avec plus de succès les qua-
lités de son esprit dans une boufronnerie, intitulée : Lou Toumbèu de
Beulieu (1), (le Tombeau de Beauiieu) oíi l’on retrouve le caractèrc fac.ile
et léger de sa Muse. Le style buriesque fut extrêmement en vogue depuis
(1) Manuscrits de M. Daignan. (Bibliothèque d’Auch). Dans le Parterrc Gascon ,
édilé par Philibert Abadie, sans nom d’auteur.
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— 25G —
le commencement du xvie siècle jusque vers 1660, époque où ii disparut. II
fut suivi avec succès par Dassoucy et surtout par Scarron , le maître du
genre. Goudelin lui-mème cultiva les sujets plaisants, les mascarades,
comrae on les appelait de son temps, et où il excellait. Quoique l’on pense,
dit Marmontel (1), du styie burlesque, c’est peut-ètre celui de tous qui
demande le plus de verve, de saillie et d'originalité. Rien de plat, rien de
froid, rien de forcé n’y est supportable par la raison que de tous les person-
nages le plus ennuy'eux est celui d’un mauvais bouffon. »
Le Tombeau de Beaulieuy n’est qu’un badinage agréable où pétilie
Tesprit de l’auteur dans des dètails ingénieux où i’abus des images mytlio-
logiques font taclie (2). Ce Beaulieu était un pauvre hère, poète d’opinion,
auteur pitoyable, visant au bel esprit, il était en tout ridicule et débauché.
Peu soigné de sa personne, les clieveux et la barbe incultes donnaient à sa
physionomie un air piteux et bouffon. Présomptueux à I’excès, il avait de
lui-même une opinion exagérée, ce qui provoquait la risée de tout le monde.
II mit un terme à sa misérable existence en se noyant daus la Garonne,
près du petit Ramié. Baron prit prétexte de cet événement pour composer
une oraison funèbre en l’honneur de ce grotesque personnage. Ecoutons-le :
Are, Muses, per pourta do
Quitats aquet blanc arrodo
Qui bostes pelets entrelasse;
Tout lou moun dira qu’auéts tort
Si las campanes deu Parnasse
Neit et jour nou toquen à mort.
A raort, campanetes, à mort î
Patic, patac, toutes d’accord !
Hets ta plan que boste sounayre
De soun tribail nou bengue llac,
E d’un brut qu’espaiiente l’ayre,
Barrats la bouque à Cardeillac (3:
Maintenant, Muses,pourprendreledeuil
Quittez cette blanche couronne
Qui entrelasse vos jolis cheveux:
Tout le monde dira que vous avez tort
Si les cloches du Parnasse
Nuit et jourlie sonnent à niort.
A mort, clochettes, à mort 1
Patic, patac, soyez toutes d’accord !
Faites en sorte que votre sonneur
De son travail ne devienne amolli,
Et d’un bruit qui épouvante l’air
F’ermez la bouche à Cardeillac.
(1) Eléments de Littérature.
(2) « Au xvue siècle, dit Tainc , on vit le spectacle le plus extraordinaire et le plus
rìdicule, la Poésie scparce de la Heligion, dont elle est le fond naturel ct I’aliment
intime, un Ciel païen introduit dans un moude chrétien. l’OIympe restauré, non par
sympathie sensuelle comme à ia Renaissance, ou par sympathie archéologique comine
aujourd’hui, mais par convenance pour remplir un cádre vide et ajouter une parade
de plns à toutes celles dont ce sièclc s’était affublé. II v eut une sorte de jargon Grec
et Latin, convenablc au même titre qu’une perruque; on employa Apollon et les
Muses comme rhémistiche et la ccrusii; on mit en ceuvrei’Amour ctles Gràces conune
les cèdrats coníits ct les billets doux; il v eut uu dictionnaire mvthologique corame un
code de savoir vivre, et les pauvres bicux antiques arrivcrènt à cette humiliation
extréine dc servir de pastiches et de paravenls. » Hien dV*tonnant que nos Poètes
Gascons aient sacrifié au mauvais goût de cette époque en exhibant à tout propos
leurs friperies mythologiques.
(3) Magnifique et énorme cloche de l’église Saint-Etienne de l’oulouse, donnée par
l’archevéque Jean de Cardeillac vers 1380. Elle servit en 1794 à faire une somme
énorme en monnaie de billion. (Note Ph. Abadie.)
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— 257 -
Beulieu . boste grand fabourit,
Aquet délicat esperit,
Ses négat ta brabe coum’ere,
Garone, be las plt\ toucat !
Jou pregui Diu que ta sequère
Te punisque d’aquet pécat.
tìe l’agoure meslèu balut
Per sa glorie é per soun salut,
Que housse baignat à la plouge,
Ou coum un brabe coumpaignoun
Négat en passa la Ma Rouge
Deu rebregat ou deu gipoun
Taleù qu'et agouc cluquat Tceil,
Mile pechis tengoun counseil
De l’ensebeli deguens la base,
E toute la troupe à la fin
S’agousse agut la barbe rase
L’agoure pres per un Dauphin
Lous brouchèts dansaùent auprès,
Las carpes seguien de près,
Lous trauguens estaùen de coste,
La siège autour bengoug rouda
E lou saumon courrouc la poste
Per aiie tems deu saluda.
Lou barbèu coundusic aqui
Mile lamprèscs que l’Estiu
Dab sa calou teng encourdades,
Lou lamprcsoun dab Jou coula ,
A traùés un reflus d’oundades,
De plasé semblaùe boula.
Un que nadaùe dessus tout
Troubec l’usatge de la bouts
E d’ùe gaillardiue marcesque
Montéc ses parédeu paselis
Dessus un gabarrat do cesque
Per abérti lous Dius Maris.
Autalèu coum lous abertic
Neptune au grand gaiop partic,
Clymènc , Pithos , Leucothèo (1),
Marchen coum et, lou plussoubent,
E per passa daùant Prothèc (2)
Se métamorphosec en bent.
Beaulieu, votre grand favori,
Cet esprit délicat,
S’est noyé, si brave qu’il était,
Garonne, que tu l’as bien touehé !
Je prie Dieu que la sécheresse
Te punisse de ce péehé.
II lui aurait cortes mieux valu
Pour sa gloire et pour son salut,
Qu’il se fut baignè à la pluie,
Ou comme un brave compagnon
Noyé en traversant la Mer Rouge
Drapé dans son haillon.
Sitòt qu’il eut fermè les yetix
Mille poissons tinrent conseil
Pour l’ensevelir dans la vase,
Et toute la troupc à lá tin,
S’il eût eu la barbe rasée,
L’aurait pris pour un Dauphin.
Les brochets dansaient auprès,
Les carpes suivaient de près,
Les goujons restaient par còté,
La siège autour vint rixler,
Et le saumon courut la poste
Pour avoir le temps de le saluer.
Le barbeau (;onduisit. là
Mille lamproies que l’Eté
Avec sa chaleur tient roulées en corde,
Le lamprillon avec l’alose,
A travers un reílux d’ondées
De plaisir semblaient voler.
L’un d’eux qui nageait mieux que tous,
Trouva l’usage de la voix,
Et avec une gaillardise de printemps
Monta sans besoin d'un passage
Sur un terrain couvert d’ajoncs
Pour avertir les Dieux Aîarins.
Sitòt qu’il les eut prévenus
Neptune au grand galop partit,
Clymène , Pithosy Lcucothèey
Marchaient à sa suite le plus souvent,
Et pour pnsser avant Prothèc
Se mètamorphosèrent en vent.
(1) Clymèna Pilhos Leucotê, divinites de la Mer.
(2) Dieu marin, flls de Neptune et de Téthvs.
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- 258 —
Cymothoè (1), dab lous Tritous
Que naden meilhou que guitous,
Passen dab Dorisi 2)è dab Glauque (3)
Pròs d’aquet engourgat prógount
Oun de la Regine Pèdauque (4)
Tems passat bragaûe lou pount.
A pene lou poudoun bese
Que las Nayadesy de plasé,
Hen un bal autour de la proye;
E ses gouaire se destriga
Bastiu autour un houec de joye,
Doun i’aygue pensec s’aluga.
Lous arbres queren tout auprés
Semblaiien este cypròs
Cyrnothée, avec les Tritons ,
Qui nageaient mieux que des canards,
Passèrent avec Doris et avec Glauque
Près de ce trou profond
Où la reine Pèdauque
Teraps passé éclairait le pont.
A peine purent-elles le voir
Que les Naïades , de plaisir,
Firent un bal autour de la proie;
Et sans guère se détourner,
Bátirent autour un feu de joie,
Dont l’eau failiit s'allumer.
Les arbres qui étaient auprès
Semblaient ètre des cyprès
(1) Nymphe, fìlle de Nérée et de Doris.
(2) Fille de l’Océan et de 'rélhys. Elle épousa son frère Nérèe dont elle eut cinquante
Nymphes appelées Néréides, Divinité de la Mer.
(3) Diviuité de la Mer.
(4) Rcine Pédauquc (pede d’occa, en italien, patte d’oie. Malgré toutes les hypo-
thèses émises sur le compte de ce personnage la Reine Pédauque, reste malgré tout
assez éuigmatique.
Parmi toutes les conjectures, celle de Bullet nous parait la plus vraisemblable et
la plus satisfaisante.
Robert I*r, roi de France, avait épousé en 995 Berthe de Bourgogne, dont il était
Je eousin au quatrième degré. Excommunié par le Pape Grégoire V pour cette union
contraire aux canons de l’Eglise, il ne fallut nen moius que l’interdit jeté sur son
Royaume, et l’abandon où lc iaissèrent tous ses serviteurs, pour qu’il put se résoudre
â rêpudier Bertbe, qu’ii chérissait tendrement. Le cardinal Pierre Damieu, qui écri-
vait 00 ans après cet événement et fut vraisemblablement i’écho de la tradition popu-
laire. raconte que Berlhe accoucha pendant l’interdit et, « par l’efíet de la colère
divine, mit au moude un fils dont la téte et Ie cou étaient d’une oie et non d’uti
homme. » II est donc probable que l’on voulut éterniser Je souvenir de cette prétendue
vengeance céleste, pour épouvauter par la vue perpétuelle de ce châtiment ceux qui
oseraient braver les censures ecclésiastiqucs. Et Berthe. porlautavec elle le signe de
rêprobation dont Dieu l’avait frappée dans son íils, devint un symbole menaçant pour
les adversaires du pouvoir temporel de I’F'glise ct dut ètre alors misc en évidence sur
nos ìnonuments religieux. Observons d’autre part que Robert fut le bienfaiteur de
I’abbaye de Saintc-Bénigue, à Dijon, et que sa statue et celle de la lleine Pédauque
s’y trouvent placées I’une en regard de l'autre. de manièrc â confirmer pleinemcnl ce
qtte nous venons de dire tout á I'heure. C’est à ’roulouse que le personnage de la
Reine Pédauque. est le plus populaire. Buliet entre â ce sujet dans une série d’in-
ductions curieuses ù suivre, comme un témoignage des eíforis auxquels on peut se
hvrer pour venir à bout d’une thèse douteuse.
Apres sa séparation d’avec Berthe, Bobert épousa une méridionale, Constance, tille
de Guillauiue, comte d’Arles, íemme impérieuse.
( eux qui aspiraieut à des grâces cherchaient à la fiatter. Le moyen le plus súr clait
de railler, d’outrager Berthe, qu’ellc regardait comme sa rivale, parce que celle-ci
possédait toujours Je ctBur du roi et jouissait de grandes prérogatives. Ainsi on ne
manqua pas d’appeler devant elle Berthe la reine au pied d’oie. tonstance allaà Tou-
iouse, on lui fit une entrée magnifique dans cette ville et logea à la Pevlarade, château
bâti par les Romains, vis-à-vis de Toulouse, sur la rive gauche de ia Garonne. L'u
aqueduc, antique aussi, passait par les jardins de cette habitation pour conduire les
eaux de ia rivière dans la ville. 11 formait un espèce de pont si étroii qu’un homme
n’y eut pu passer, mais seulement une oie; on J’appela donc par badinage, le Pont
de l’Oie. Pour faire Ja cour à Constance. pendant son scjour à Toulouse, en lui mon-
trant le Pont de l’Oie, qui était vis-à-vis de son palais, on Iui disait que c’était le pont
de la Reine aux pieds d’oie. Cette raillerie se perpètuant parmi le peuple de la ville,
il appela cet aqueduc le pont de la Reine IV'dauque et c’est ainsi que cette tradition
aurait été plus connue à Toulouse que partout ailleurs.
Auguste Fourcs , poèrae de la Reine Pédauque dédié à son ami Marcel; Anatole
France a traité le méme sujet.
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— 259 —
A las coulou de las arrames,
E lous qui toucaiien lou bord
Cinq ou ches cops pleguen las cames
Per cabucha lou praube mort.
Lou ramiè qui bit tout aquo
S’esbalousic de mau de co,
E s’en atristec de tau sorte,
Que per mostre de sas doulous
Et se tintec en hueille morte
Sa raube de satin dab ílous.
Lou Rouchinol que tout lou jour
Aiie discourit de l’amour
Dab lous fredous de sa lenguete
En entrecoupa sous accords
Semblaue dessus iie brauquete
Entouna l’aufìci deus morts.
Lou miraillo perdouc lou cant,
La cardinete quant é quant
S’anec escoune en las tenebres
E lous bents d’aquet parsan
Augin las ouresous funèbres
De la calandr’ è deu pinsan.
Cependent per ta gran aunou
Et nou poudouc dise de nou
A la parque qua touts ourdoune
S’entene, après prese de cos
D'ana compareiche en persoune
En la tournele de Minos.
Coum et paric dessus lou bord
De la ribêre de la mort,
Charoun lou demande i’obole;
Mès et, d’abord l’arrepartic
Dab iie radaumontade espagnole
Doun lou bieillar s’estrementic.
c Possoni' lèu flcld. barbc blanc ,
Ou jou boutarè tout á sangt
Dab lous canous dc ma coulcre ,
Nou bouillcs pas dc mouu argent ,
Ta barque nes pas ue galcre
Pcr rançouna la brabe gcnt. »
Labets, couin se boulouc boutgea,
Charoun lou hèc arranquéra,
E troublat d’aquere abenture
Atau coum s apresséc deu port
A la couleur de leurs branches.
Et celles qui touchaient le bord
Cinq ou six fois plièrent leurs jambes
Pour saluer le pauvre mort.
Le Ramier qui vit tout cela,
S’évanouitde mal au coeur,
Et s’en attrista de telle sorte,
Que pour preuve de douleur
II teignit en feuille verte
Sa robe de satin avec des fleurs.
Le Rossignol qui tout le jour
Avait discouru sur l’amour
Avec les refrains de sa petite langue
En entrecoupant ses accords
Semblait, perché sur une branchette,
Entonner l’office des morts.
La fauvette perdit le chant,
Le chardonneret quant et quant
Alia se cacher dans l’obscurité,
Et les veuts de ce quarlier
Entendirent les oraisons funèbres
De l’alouette et du pinson.
Cependant pour un si grand honneur
II ne put pas dire non
A la Parque qui à tous prescrit
De s’entendre, après prise de corps,
D’aller comparaitre en personne
A la Tourncllc de Minos.
Sitôt qu’il parut sur le bord
De la rivière de la mort,
Cavon lui rèclama l’obole;
Mais lui d’abord lui rèpondit
Avec une rodomontade espagnole
Dont le vieillard fut très surpris.
• Passe moi ritc au-dclà, barbe blanc ,
Ou je mcttrai tout à sang,
Aoec les canons de ma colcre ,
Ne oeuilles pas de mon argcntt
Ta barque n’cst pas une galcre
Pour rançonncr lcs braoes gens. »
Alors, eomme il voulut se remuer,
Caron le fìt boiter,
Et troublé de cette aventure
Au momentoù il s’approchait du port,
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— 2G0 —
Crésouc à bese sa pounture
Qu’ere Vulcan lou came-tort.
A la fiu delà houc passat
Après s’este prou courroussat;
Més be b agug de maus alarmes :
Quan entre dus pourtaus ardens
Despouillat de secour è d’armes
Un mastin (1) lou niountrec las dens.
Sous peus cren coul^erts d’aspics,
Sous oeils bourdats de basilics,
Sagorge presentaiie un goufîre,
Sa lengue es un triple hissoun,
Soun nas arrouílaiie lou souíïre,
Sa lei la peste è lou pousoun.
Et bengouc blanc coum lou papê
E pensaiie de hé repé
Quan lous fourrous de Rhadaniantc (2
Qu’eren autour dc PhlèyiHûun (3)
L’ari ousséguen per Ja gargante
Au consistori de Pluioun.
Coum ere nut è désarmat,
Et demourec tout esparmat;
E crésouc que per héu ia guerre
Deguens la campaigne deus morts,
L’Infer aué boueitat la terre
Et de sargcants è de récors.
Force esperits qui bin aquo,
Lou deuen mage mau de co,
E per esmaiie mes sa pegue
Lous plus bouffous bengoun crida :
< tìeulieu rot, couhete de pegue ,
tìeulicu , tournot n qui nout da f »
A qui lou praube miet tentat
De se bese ta mau tractat,
Bengouc més rouge que la brase
E dan soun cap teste morbiu,
Gouardec se troubare lespase
Que pourtaiie quan ei*e biu.
Pusch, fougous eoum un aute Mars
Lous |>erseguigde toutes parts,
E cridec quan sur la bataille,
II erut voir â sa démarche
Qu’il était Vuicain le boiteux.
A la fìn quand il fut passé au-deJà
Après s'être assez courroucé, (quiétudes :
Mais voilà qu’il eut d’autres sujets d’in-
Quand entre deux portails flambovants
Privé de secours et d’armes
Ln chien lui montra lesdents.
Ses poils étaient couvers d’aspics,
Ses yeux bordés de basiiics,
Sa gorge présentait un gouffre,
$a langue ètait un triple dard,
Son nez respirait le soufre,
Son Jialeine Ja peste et le poison.
Lui devint hlanc corame le papier
hit il pensait opérer sa retraite
Lorsque lesgurnissaires d e Rhadamante
Qui étaient autour de Phlèyeton
Le trainêrent par la gorge
Au tribunal de Fluton.
Comme il était nu et désarmé
II en resta tout pâmé;
Et crut que pour faire la guerre
l)ans le séjour des morts
L’Enfer avait vidé la terre
Et de sergents et de records.
Beaucoup d’osprits qui virent cela
Lui donnèrentun plusgrandmal au cceur
Et pour émouvoir davantage sa sottise
Les plus bouffons vinrent crier :
« Beaulieu rat , eoijje-toi depoix
BeaulieUji'eciens à qui ne te donne pas ?»
Et là le pauvre à moiliè fou
l)e se voir si maltraité,
Devint plus rouge que la braise
Et avec son front tète morbleu,
II regarda s’il trouverait l’èpèe
Qn’il portait lorsqu’il ètait vivant.
Puis, fougucux comme unautre Mars
11 les poursuitde tous cótés,
Et s’ètTÌa quand sur le champde batailie
(1) Corbcre, chien à trois tètes et à irois gueules qui gardait la porte des Enfers et
du Falais de Pluton.
(2) Juge des Enfers avec Eaque et Minos.
(3) L’un des fleuves des Eníers.
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- 261 —
Lous bic cage à grans boulops,
« Be bous hisats plan ra fataiUc ,
Quan tiou poudcts niouri- dus cops. »
<* Bous rne haratsy lumillais ou nott ,
Reparation de /noun aunou,
Ou joujuri lou (ftti dornine... »
En acjuct mot touts estên dous,
E Jous laquais de Prousrrpine
Lou demanden milo perdous.
Lou bous bela dounc arribat
Après aiie rendut combat
En la crambe de Libitinc (1)
Oun tres bieillards, barbe hérissats,
Ses nat raport, v.y sabatine,
Hèn lous proucès aus trepassats.
Touts l’aiien dejà coundamnal
A demoura coum un damnat.
Deguens la presoun oun habite
I. a poou, la praubére è la mort
Per amou que pendent sa bite
Et aiie toustem augut tort.
Aquet arrets s’anaiie da,
Minos coumeriçaiie a bada
Quan Bculieu , dispos de la lengue
E ses besoui d’aute leçoun
Hèc de repente sa harengue
E parléc d’aqtiere faiçoun :
« Prèsidcns, cn darrc ressort
Qui cabats (as rcgles dcu sorf
E dab las fabous de las hadcs
Qucts an autrcjat aquct dret
Lcgits lous fcicts è las pcnsados
Dcguens lou co lou rncs cstrct :
9 Si d'autcs cops, dab sous Jredous,
E dab soun lut querc ta dous
Coum sa cansoun mignard ’ è bcrcy
Orphce cn scrca sa moulhè
Hèc cagc las dens ù Cerbèrc
E las claus à bostc janliè;
9 E si labets bostc rigou
Lcchec afflaqui sa bigou,
Gran counscil doun pren sa mcsure
11 les vit tomber à pleine volée,
« Vous aous prècalc^ bicn racaillcs
Dc cc quc vous ne pouvc: tnourir dcux
L fois. »
*Vou$ îtiefcrez, quc cous lc voulic^ ou
Rèparation dc mon honncur , [non
Ou j'aftcstc lc Maìtrc du tonnerrc. . . »
A ces mots tous restérent caimes,
Et les laquais de Proscrpinc
Lui présentèrent mille excuscs.
Le voilà donc arrivé
Apïés avoir livré combat
Dans la chambre de Libitinc.
Où trois vieillards, la barbe hérissée,
Sans nul rapport ni procédure,
Font leurs procès aux trépassés.
Tous l’avaient déjà eondamné
A rester comme un damné
Dans la prison où séjourne
La peur, la misère et la mort
Par la raison que durant sa vie
II avait toujours eu tort.
Cet arrèt allait ètre prononcé,
Minos commençait à onvrir la bouche
Lorsque Beaulieu , dispos de la langue
Et sans besoin d’autre préparation
Fit d'improvisation sa harangue
Et parla de cette façon :
« Prèsidents cn dcrnicr rcssort ,
Qui appliqucz lcs règles du sort
Et acec la Jaccur dcs fècs
Qui rous ont octroyè cc droit
Dc lirc lcs faits ct lcs pcnsècs
Dans le coutr le plus ètroit;
» Si tcmps jndis , accc scs refrains
Et acccson luth qui ètaitsi hurmonicu v
Comrnc sa chunson gracieusc ct sèdui-
Orphèe en chcrchant sa fenime. [santc
Fit tombcr lcs dcnts à Cerbèrc
Et lcsclcs à cotre geôlicr;
» Et si aiors votre sèvèritè
Laissa Jlèchir sa rigueur,
Grand conseil d’oit prend. sa mesure
(I) Divinité qui prcsidait aux fuuérailles.
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— 262 —
La pene è lou soulatjeament
Per la pietat qui bottn counjurc
Retractats bostc jatgeanient .
» Lous qui soun aimats (VApollouri
E qui de soun sacrat baloun
Beùen la liquou toute purc ,
A plan ana bouten faiçoun ,
E biucn toustem dab mcsurc
Per nou demcnti so que soun .
» Bous scabets couni es bertat
Quc tout janxès ma libertat
A bouyat ses nade malicic ,
E beus aùes trop boun lou sens
E trop sensere la justicie
Per coundaeina lous innouccns.
« Si pcr malhur, mon esperit ,
Dc ias Muses lou Jabourit,
Serc caryat dc cauque pouryue;
Pla.n ses lauat è seyoutit
En aquere bilene youryue
Oun ioujonr se nies amourtit. »
Quan Taugin ta plan rasouna,
Lous jutgas toumen oupina,
E per sa noble gaillardise,
Lou digoun qu’anesse à lésó
Deguens las carapagnes d’Elisè
Nada sur la raadeu plasé.
Per mostre d’un maje support,
Pluton iou bailléc passeport,
Quan augoug signat la sentencie;
E despuch lou proucès boueitat,
Per nou raiie meillou tractat,
Lous esperits hén penitencie
Cerbère, ses mes arrauga,
A l’entour lou bengoug couéga,
Kt lou héc heste de merbeilles;
E librement l’anec touca
E l’arrapec per las aureilles,
Coum un barbet que bo cerca.
Are jou erei qu’en aquet loc
Beulieu s'en pourtara lou floc,
E debisant coum iie cardine,
Sera, per soun bet esperit,
Lou pouéto de Prouserpine
Ou l'histourien de soun marit.
La peinc et le soulagement
Par la pitiè qui cous supplie
Retractez botrc jugement.
» Ceux qui sont aitnès d’Apollon
Et qui de son vallon sacrè
Boicent la liqueur toutc pure,
A bien se conduirc prennent soin
Et vicent toujours avec mcsure
Pour ne pas dèmentir ce qu’ils sont.
» Vous sacez comme il est vrai
Que tout jatnais ma libertè
A naviyuè sans la moindre malice ,
Et oous acez trop droit le sens ,
Ei irop èquitable la justice
Pour condamner lcs innocents .
» Si par malheur , tnon esprit ,
Dcs Muses le facori ,
Etait charyè de quelque impuretèy
CerteSy il s'est purifiè et secouè
Dans cet horriblc souterrain
Où le jour s'cst pour tnoi voilè. »
Quand on l’entendit si bien raisonner,
Les juges recommcncèrent à délibérer,
Et par sa noble attitude
Lui dirent qu’il allât à loisir
Dans les campagnes de YElysèe
Nager sur la mer du plaisir.
Pour lui fournir un plus puissantappui,
Pluton lui donna un passeport
Quand il eut signé la sentence;
Et puis le procès terminé,
Pour ne l’avoir pas mieux traité,
Les esprits font pénitence.
Ccrbère , sans plus gronder,
Vint autour de iui le flatter
Et lui fit fète de caresses;
Famiiièrement il aila le toucher
L'attrapant par les oreilles
Comme un barbet qui veut ramener.
Maintenant je crois qu'en ce lieu
Beaulieu remportera le prix;
Et babillant comme un chardonneret,
Sera, par son bel esprit,
Le poète de Proscrpinc
Ou l’historien de son mari.
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Contemplateur des merveilles de la nature, il sent dans son coour une
sorte de printemps élernel qu'il fait revivre partout où il passe. On peut se
représenter le poète errant le long des rives de TArrats, quùl aimait tant,
où dans ces vallées si fraîches émaillées de fleurs. Si jamais homme a pu
comprendre la pureté dece ciel Gascon, le charme de ces paysages lointains,
de cette nature riante etensoleillée, c'est bien ce poète à Foeil si vif, au coeur
si gai. Aussi sa Muse prend-elle un nouvel essor dès que les premières
fleurs commencent à reparaître et il {>eut dire comme un ancien Trouba-
dour : « Li nouveaux temps et mai et rossignox me semont de chanter. »
Et il chante le renouveau avec des accents mélodieux comme on chanle
ce que Fonaime et que Fon comprend. N’est-ce pas le Printemps qui réveille
et embellit la nature engourdie et dépouillée par Fliiver? II ne manque pas
cl'étaler toutes ses íleurs et de faire chanter tous ses oiseaux. C'est en outre
la saison des amours, un reste de 1 age d or, une image du Paradis. Lais-
sons-lui la parole :
Diu Fajud, bére sasoun
Que lou siegle d'or accounipaigne,
Per bouta l’hyiier en présoun
E lou bét temps à la campaigne.
Despuch que tu tires lou cap
Dab iio gracie toute naùere,
Noste luth hé tout so que s<;ap
A Faunou de la primauére.
Per tu lou fret es apaisat,
E Borcas en la Scythic (1)
A déjà mille cops baisat
La gaute fresque d'Orithie.
La terre qu'anaùe mouri
De bert espère s’es bestide,
Deguens soun seï prest à flouri,
Cloris sa maison a bastide.
Lou Zephiri dous è plasent
En aquet loc tout dret s'abie,
E quade iour lou hè present
De quauque parfum d’ A rabic.
Tantós amasse lous beirats
En un casau de musc è d’ambre,
(1) Du Bartas avait dit avant lui :
u’au plus chaud ionr d’esté, qui fait que la Scythie
aisée trop souvent p&r l’époux d’Oiithie, ete.
C'est-à-dire de Boréc ou Aquilon, cliarmante périphrase signifiant que la Scythie
est uu paj’s très froid.
Dicu t’aide, belle saison
Que le siècle d’or accompagne,
Pour mettre Fhiver en prison
Et le beau temps à la campagne.
Depuis que tu montres la tête,
Avec une gràce toute nouvelle,
Notre luth fait toutce qu’il sait
En Fhonneur du Printemps.
Gràce à toi le froid est apaisé,
Et Borce dans la Scythie
A déjà mille fois baisé
I^a joue fraiche d 'Orythie.
La terre qui ailait mourir
De ver tendre s’est vètue;
Dans son sein prêt à fleurir
Cloris aconstruit sa maison.
Le Zéphir doux et plaisant
Vers ce lieu tout droit se dirige,
Et chaque jour lui fait présent
De quelque parfum d’Arabie.
Tout à Fheure vous les verrez ensemble
Dans un jardin de musc et d’ambre.
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— 264 —
Oun quade flou que remirats
Bous da suous oeils coum un eslambre.
Lous pastourets deu noste loc,
Are cuberts de siraples téles,
Dab las pastoures hên lou floc
En asset prat qu’ei tout d'esteles.
Quin plazé d’augi lous berdous,
Lous miraillos è las cardines,
Lou loung deu jour cantà mès dous
Que lous claris ni las ourguines!
Oii chaque fleur que vous admirerez
Vous éblouit les yeux comme un éclair
Les petits bergers de notre pays,
Maintenant revètus de toiles légères,
Avec leurs bergères font des bouquets
Dans ce pré tout parsemé d’étoiles.
Quel plaisir d’entendre les verdiers,
Les fauvettes et les chardonnerets
Le long du jour chanter plus doux
Que les hautbois et les orgues !
Le chant s'arrête là dans le manuscrit; il est évidemment incomplet, ce
qui est très regrettable. Tel qu’il est, dans sa briéveté gracieuse, eemorceau
renferme de nombreux vers heureusement tournés qui restent dans Foreille
comme des refrains harmonieux.
Adonné à Fétude des aneiens, Baron appliqua parfois son facile talent à
imiter assez librement du reste les lyriques latins dont sesceuvres originales
offrent. de noinbreuses réminiscences. Sous ce rapport, il futFun des pre-
miers àentrer dans cette voie où le suivront une foule depoètes. II prend
Iíorace pour guide en imitant d'abord en français les odes Audivere
Ltjce (1) et Extremum Tanain (2), ceuvre diffuse, mal venue; la seconde
est incomplète; c’est en somme plntôt une paraphrase quTine imitation.
II a mieux réussi dans son imitation gasconne de Fode A Torquatm
( Diffucjere nivex) (3), qui est un modèle du genrc. Après avoir remplacé
Torquatus par une certaine Caliste , ce qui donne au morceau une saveur
toutc particulière, lc poète exprime avec une gráce naïve le retourdu prin-
tciups après Fhiver rigoureux, la diversité des saisons, la fragilité dc notrc
exislence sans négliger les charmantes images que la mythologie avait
fournies a son modèle :
Lou frèt a jdeguat en Svtliie,
I.ou tcms n’a rcs que nou sie (4) dous,
E loui de noustès terradous
Lou ben barbegelat perseguis Orithie
Le froid s’est repliè en Scythie,
Le teiups n’a ricn qui ne soit doux,
Ll loin de nos terroirs
Le vent barbe gelé poursuit Orithic.
fl) Ode xni, Livre iv. (Audicere, Lyce , Di mca cota; Di.)
(2) Ode x, Liv. m. ( ' Ejctremum Tanain si biberes, Lyce.)
(3) Ode vu, Liv. iv. (Diffityere nices, redeunt jam yrarnina campis.)
(4) Dans te langage louiousain on dirait sio au lieu de sic. La principale différence
emro ces idiomes consiste Uans les terniinaisons en O ou en E.
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— 265 —
La terre semble esté de noces,
Adiou las piouges é las neiis,
Per oun passa)>en lous bateii?,
Are sensé dangé passen force carrosses,
I>as gracies dansen toutes nudes
K tenguen lou bal neit è jour,
Las nymphes toucades d'amour,
En un roc ahumat nou son mes escounudes.
Per tout s’entreng Tallegrésse,
Lou plasé court per touts estrems;
A la bengude deu Printems,
Noste cos adroumit hè biarda la paresse.
Més lou bet temps, bere Calistc,
Nou dure pas tout à-jamès,
Lou jour, la semmane è lou més
Passen coume lou treit per datiant nostre biste.
Las sasous coulen iie per iie,
L’youer, printems, autumne, estiu;
E toustems la qui toque au biu,
Entre quenous surpren, hè peu moun la rébue.
A la fin, toutis ém dé passe,
E disparechém coum bét hum;
La terre semblait étre de noces,
Adieu les pluies et les neiges,
Par oìi passaient les bateaux,
Maintenant sans danger passent force carrosses.
Les grâces dansent toutes nues
Kt tienncnt le bal nuit et jour
Les nymphes touchées d'amour
Sous un roc enfumé ne sont plus cachécs.
Partout apparait l’allégresse,
Le plaisir court de tous cótés
A la venuc du Printemps,
Notre cteiir endormi fait marcher la paresse.
Mais ie beau lemps, beile Calistc,
Ne dure pas à lout jamais,
Le jour. la semaine et le mois
Passent comme le trait par devant notre vue.
Les saisons s’êcoulent une à une,
L’Hiver. Pnntemps, Automne, Eté,
Et toujours celle qui touche au vif
Tandis qu’elle uous surprend, fait le tour du monde.
A la fìn, nous sommes tous de passage,
Et nous disparaissons comiiio bclle fumée.
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-- 266 —
Tantos hè cla, tantos hè crum,
E réz d'assegurat nou demore en iie plasse.
Tout ço que teng, eau que s’csblincè,
Rey, Gentilhomé, Mangouné,
E nous bézém én un carné
Lou ossis d'un Paìsant dab lous deu plus grand Prince.
Que sçap*on s’aqueste bet die,
Sera lou darré qué beirem,
Dilleii douman nous jougarem
L"acté que dab la fin hè noste tragédie.
Caliste, tas lisses gautetes,
Oun es lou Paradis d'amour,
Se ranciran au prumè jour,
Coum hên, en plen youér, las plus beres flourettes.
Aquet cot poulit coum l’ibori,
Nou sentira qu’a l’escaudat,
E toun béroi seï meï courdat
Sera de las lédous lou petit consistori.
Dìanc se trobe petite,
E per tant que pregue lous Dius,
Nou pot remette au reng des biiis
L/esperit innoucent de soun caste Hypoulite.
11 fait tantôt clair, tantót il fait obscur,
Lt rien d’assurc ne reste â sa place.
Tout ce qui tient debout, doit disparaitre,
Roi, gentilhomme, serviteur,
Kt nous voyons dans un cimetière,
Les os d’un pavsan mélés à ceux du plus grand Prince.
Qui sait-on si ce beau jour
Sera le dcrnier que nous verrons,
Peut-ctre demain nous jouerons
I/acte quiavec la ftn fait notre tragédie.
Caliste, tes petites joues lisses,
Où réside le paradis d'amour,
Se ranciront au premier jour
Comme font en plein hiver, lcs plus belles fleurettes.
Ce cou joli comme Tivoire
Ne sentira qu’à Téchaudé,
Et ton beau sein réduit en corde
Sera des taideurs le petit consistoire.
Diane se trouve impuissante
Et pour íant qu’elle supplie les Dieux,
Elle ne peut reiuettre au rang des vivants
L’esprit inuocent de son chaste Hipi>olyte.
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— 267 —
Thèsée n’a pas la licencie
De delibra Pirithoàs (1),
Nous crejés pas de tourna plus
Quan lou juste Minos m’aura dade sentencie.
Si jou nou conserbi ta glorie,
Toun renom se troubara court,
E toutis lous qui t’hen la court
Nou dresseran jamés d’autas a ta mémorie
La plus praube de la coumune,
Aur’ autant coum tu, sez ma man,
Pren-mé mes iéu oué que douman
De jou dèpend ta boune ou maubése fourtune.
Thésée n’a pas le pouvoir
De délivrer Pirithoiis,
Ne crois pas revenir jamais
Quand le juge Minos m’aura accordé sa sentence.
Si je ne conserve pas ta gloire
Ta renommèe se trouvera amoindrie,
Et tous ceux qui te font la coui;
Ne dresseront jamais d’autels à ta mémoire.
La plus deshéritée de la commune
Aura autant que toi, sous ma main,
Accepte-moi piutót aujourd’hui que demain
De moi dépend ta bonne ou mauvaise fortune.
Tel est le ton naturel et uniformedu chantre Gascon, se traduisant en un
style élégant et facile, avec quelques mignardises semées ça et là, sans
fadeur pourtant, il ne s'élève jamais plus haut. Néanmoins la délicatesse
des images qu’il rend et des sentiments qu’il exprime, Theureux choix des
termes qu’il emploie, donnent un charme réel à ses vers.
Les Epigrammes Gasconnes (2) connues de Baron n'étant qu’en très
petit nombre, nous les donnerons en entier :
COtìTRB UN MAUVAIS POÈTB
En la hountete de Pegase ,
Tu-t bantes de t’este baignat,
D’equiau hoiis, jou crez qu’èz anat,
Car ta rime sent à la base.
CONTRB UN MAUVAIS POÈTE
Dans la fontaine de Pègase ,
Tu te vantes de t’ètre baigné,
Jusques au fond, je crois que tu es allé?
Car ta rime trouve à la vase.
(1) Pirithoàs , flls d ’lxion, ayant ouï dire une inflnitê de nouvelles de Thcsnc.
fils d'Egée et d’Ethra, lui dèroba uu troupeau pour l’obligerâ le poursuivre, ce que
Thésée ne ruanqua de faire. Ils ronrurent dans )e combat tant d’estime l’un pour
l’autre qu’iìs jurerent. de nc plus se quitter. Piritlioûs secourut Thésée contre les
Ccntaures qui voulaient lui enlever Hippodamie et l’aida encore à enlever Hclène.
II descendit aux Enfers pour enlever Proscrpinc , mais il fut dévorè par le chien
Cerbère, et Thésée, qui l’avait suivi afìn de l’aider, fut enchainé par ordre de Pluton
jusqu'à ce que Hercule vmt le délivrer.
(2) Manuscrits Daignan, président d’Orbessan. (Loa Parterrc Gascoan. p. 86.)
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Ltjndas qu’es riche, poutént,
A sous festis toustem mapère,
Mes jou nou soui gouaire countent,
Ni d’et ni de sa boune chére;
Sous bailets, per cambia soubent
Sous plats que passen coum lou bent,
Ban, é tournen à lacousine.
.lou n’aymi pas aquet fatras,
K quin mouyen de bengue gras
D’un festin qui toustem camine.
lUlTATÏON D'UN DISTIQUE D'AUSONE < U
Deguens un cascou, l'aute jour,
Dus couloumèts hen lour couade,
Jutgeats d'aqui qu’in ez lamour
Qu’au Diu Mars. Vénus a iurade.
Lyndas qui est riche, puissant,
A ses festins toujours m’invite,
Mais moi je ne suis guère satisfait,
Nide lui ni de sa bonne chòre;
Ses valets, pour changer souvent
Les plats qui passent comme le vent,
Vont et retournent à la cuisine.
Je n’aiine pis tout co fatras,
Kt quel moyen de devenir gras
D’un festin qui toiijours cliemine.
IMITATION DTN DISTIQUE D'AUSONE
Dans un casque, l’autre jour,
Deu\ pigeons font, leur couvèe,
Jugez par là quel est l’amour
Qu’au Dieu Mars, Vénus a juré.
Notre poète gascon avait une rare bonté de aour, une grande vivacité
d’esprit, une gaieté inépuisable et dn meilleur ton ; enfin, il ètaitdoué d'une
prodigieuse facilité à rimer sur toutce qui renvironnait, et toujours avec un
à-propos charmant. On fcrait assurêment un volumedes saillies, impromp-
tus, lambeaux de poèsies qui n’ont peut-ètre pas èté colligés dans le reeueil
original qn'a possédé le président d’Orbessan etqui sont perdus à tout jamais.
Ainsi au sujet de son épigramme contre un mauvais poète que nous
venons de donner, on raconte (2) qu’une servanle qui entendit lapostrophe
pria ingénuement son maitre « qui faisait des vers pour lout le monde »
d’en faire au moins un pour elle.
Commcnt fappelles-tu? lui demanda Baron... Celle-ci répondit aussilôt :
Cayras, Moussu (Cayras, Monsieur).
Eb bieu :
Toun nom se rapporto a toun bici, Ton nomadurapportavcctoninclination
Per pauc qu’ajos d’ajudo Pour peu qu’on te pressc
Cayras, se n'es pas cajudo. Tu touiberas, si tu n’es dèjà toml>èc.
Dans une auire circonstance il venait de dìner chez Moníaut , son ami.
En sortant de lable il aperçoit un des eonvives nommé Lacroix couché
par terre et cuvant son vin.
11 rentre et s ecrie en riant :
(1) Militií* in jalcù nidiun fccerc Columbcv.
Apparct Marti, quarnjit amica Vênui * ( >'.r Ausonis).
(2) Un Pèlcrìnaffc á Pouifldubrin , par M. Cassassolcs. ( liccuc d’Aquitainc , t. m. <
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Le sais-tu, chez Montaut
Quoi ? ton vin est un sot
Qui vient nous dêclarer la guerre. . .
II est mème un peu huguenot
Car il a mis La Croiv par terre.
Baron mourut à Pouyloubrin en 1663, à l’àge de 51 ans.
Telle est, vue de si loin à travers les siècles, la physionomiede ce fils du
Midi que j'ai cherché à reconstituer et qui nous apparalt comme l'un des
plus gracieux poètcs de notre Gascogne. L’évocation des choses et des
horames d'uneépoque disparue est pour nous d'un intéivt palpitant, ear ce
passé si richeen souvenirs avec son originalité si curieuse est bien éteint à
tout jamais.
Qu'il nousconsole du présent. Baron fait oublier nos poctes décadenls.
BEDOÏÏT (Géràud)
Nous avons dit à propos d’Ader que celte nrrière saison de la Muse
roruane murit une abondante moisson de poètes en Gascogue et spêcialc-
mentdans la partie deslinée à devemr le déparlement du Gers.
Comme leurs aìnés, ils sont tous des homtnes savants, et leurs pocsies
atîectent les allures bucoliques.
La ville d?Auch (1), alors capitale de rArmagnac, eut rhonneur de donner
le jour à un poète, Gérxud Bedout.
(1) Auch autrefois Cliberri ou CLimbarri , ólait le ctieí-lieu des Ausci ou Aushs,
Uun des peuples qui habitaieiu l’Aquitaine avaui la conquéte Homaine. Leur cité,
ceinte de murailles était située sur le promontoire où se irouve la ville actuellc. Sous
l'empereur Augustc, elle s’appela Augusta Ausciorum. Une colonie s'établit dans ta
plaiue de VEycrcius, le Gers. Aprés quelqties révoltes, provoquées par les cruauîés et
îes exactions des proconsuls. les Ausci, descendirent de ieur hauteur pour se mêler
aux vétérans de la colonie Homaine. qui prit le nom de Citê. naLlùe claire. S’il íaut
en croire la chronique d’Auch, Ja ville fut préservéc des dcvastations des Vandales ,
<les Sueccs, des Alains et des Goths, grace à rintercession de saint Orens , letir
évêque. Mais.elle fut ravagée tour à tourpar les Francs . les Maures etles Normands.
Dans le x* siêcle, le cointe GuilLaume Garsie, fils de Garsie Sanche, duc de Gas-
cogne. ií qui dans ie partage des Etats de son père, était échu ìe pavs de Eezensac, lit
élever un chàteau sur le promontoire méme ou avait été située la ville des Ausoi. Les
rares vassaux restés parmi les débris de la cité Homaine, accoururent se placer sous
la protection du nouveau seigneur. Un mur d’em einte protégea le groupe de maisons
ainsi que la forteresse du comte. Ce fut le premier embrvon de ce qui sera au xvn*
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On a cherché l’étymologie du mot Auch (Aouch en Gascon), M. Cénac-
Moncaut évite de le faire dériver, et avec juste raison, du celtique Haouh ,
cochon, colline fréquentée par les pourceaux, raais plulôt de Haout , élevé,
mot qui répond à la situation de la ville, ou du basque, Os , Ossé , Ossau ,
lieu salubre, bien aéré, sain. Nous lui préférons l’étymologie celtique Od
ou os , excellent, qui est au-dessus des autres, Gwys , hommes, ou Awch,
Aus, force, vigueur, Gwys , hommes, Ausgwys, Ausgi, Ausci, hommes
illustres, peuple distingué, hommes forts et vaillants. ( Climberri ou Cli-
berri de Colyny parapoc. Ctyny pointe, sommet et Bar, montagne. D'après
M. Mary La/ony Cliberry signifierait ville claire.)
Mais revenons à notre poète, qui naquit en 1617. Tous les historiogra-
phes qui se sont occupés de lui le font naître en 1606 et le gratifient du
prcnom de Gabriel. Des recherclies laborieuses entreprises dans les
Archives départementales du Gers démontrent victorieusemenl i erreur de
ces allégations, et nous permettent d’établir d’une façon certaine Torigine
auscitaine de la familie Bedout (1) et sa filiation.
Georges Bedouty le père du poète, appartenait à une excellente et vieille
famille bourgeoise. 11 se destinade bonne hcure à la médecine. Aprèsavoir
fait d’excellentes études à la Faculté de Montpellier, il était venu, muni de
son titre de docteur, exercer la médecine dans sa ville natale.
Le 10 août 1614 ii s'était marié avec Miie Antonye (Antoiuette) de
Latont , dont le père, Gérauld Lafont , est désigné dans Tacte (2) de
mariage comme marchand d’Aux.
siècle, la Hépublique d’Auch et la ville de nos jours.
Auch avait pour armes : nartie au premier de yueules à un agneau d'argentpor -
tant croix d’or; au secona d’argent au léopard Lionnê rampant de gueules .
Le double symbole du lion et de I'agneau est rembléme de la force politique et de
Tinfluence reli'gieuse, association de la tutelle combmée du eomte etde l’évéque. Une
fatale expérience n’avait que trop longtemps appris aux Auscitains la vérité du vieil
adage de leurs pères : « Tot solet non posc Atue » seul ncpeut Auch.
(1) M. I’abbé Ducruc, dans une remarquable étude. qu’il a íaite, sur les curés de
Cazaubon ( Recue de Gascognc , tome xx\ . page 17(»), émet l’opinion que les Bedout
dont il s'occupe appartiennent à Ja famille du Poète. C’est évidemmeut une erreur,
car ces Bedout étaient originaires de Jeguu et n’avaient aucun iien de parenté avec
ceux qui habitaient Auch. Nous avons Ta certitude que bien avant 1614. il existait à
Jegun une famille Bedout étrangère à l’autre, e’esi de celle-Jà que provient la souche
des Bedout qui donna des prétres à Cazaubon.
Kz) Extrait des mmutes de VI' Pardeilhan. notaire royal à Auch. (Etude actuelle de
M* Ernest Gez, notaire à Auch).
Pactes de mariage dentre maistre Georgc de Bedout, doctcur en médecine, et
damoiselle Antonve de Lafont, de la citté dvAux.
Le futur flgure clans l’acte avec la particule, de méme que Ja future, tandis quc le
père de celle-ei en est dépourvu.
Les parents du futur ne sont pas représentés en l’acte.
Tout comme Jes Bedout, Jes Lafont appartenaieut à Ja bourgeoisie. Le chef de la
famiJle Géraud Bedout, dénommé marehand dans l’acte de sa lille Autonia, avait èté
consul en 1611. Nous retrouvons plusieurs membres de cetie famille investis des
honneurs consulaires : Bertrand I.afont, doctenr en droit, fils de Géraud, consul en
1C24, Jean Lafont, en 1636 et Manaui Laíont, procureur en l’élection, consulen 1644.
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De celte \mion naquirent quatre enfants (1) :
1° Catherine de Bedout , le 20 septembre 1615; 2° Guirault de Bedout
(le poète), le 13 janvier 1617; 3 °Jean Bedout , le 12 janvier 1622; 4° Pierre
Bedout...
L excellent docteur était, comme on diî, un très bon raari, un père irré-
prochable, à qui une solide aisance permettait de mener une douce vie en
partageant son temps entre ses devoirs professionnels, sa famille, ses amis
et Tétude des belles-lettres.
L'estime et la considération dont il jouissait près de ses concitoyens allè-
rent grandissant, car en 1626, nous le voyons investi de la magistrature
suprème, le Consulai (2).
Les Archives municipales nous ont conservé les nomsdes sept collègues
qui partagèrent cet honneur avee lui, ce sont : MM. Bernard Sentetz ,
doeteur en droit; Guillaume Escuilhès; Jean Sonis; Peyrusse , docteur
en droit; Dominique Fulgoux , bourgeois; Pierre Cassaignard; Jean
Saint-Martin.
(1) Extrait de l’état civil ancien de la paroisse de Saint-Orens d’Auch, (série G,
supp1, Archives départementales du Gers.)
Ces difïérents actes nous fourniront Toccasion de formuler quelques observations :
1* Catherine, I’ainée des enfants est inscrite avec la particule, tandis que les autres
ne l’ont pas; 2° Dans les deux premiers actes la mère est dite de La Font , tandis que
dans la troisiòme elle est désignée de Lafont.
Beaucoup de gens croient que la particule, à savoir la proposition de devant un
nom, est un signe de noblesse et, Dieu me pardonne, confèrc la noblesse. Oh ! grande
vertu d’une proposition. . .
La vérité, comme on le savait déjà, est que jamais la particule n’a rien prouvé ni
signifìé du tout etque de tout temps il y a eu des nobles qui n’avaientpas la moindre
particuleet de tout temps aussi des gens munis de la particule qui n’étaient pas plus
nobles que Colin Tampon...
Cela a fait depuis très longtemps, depuis Ie xvr siècle au moins, une fausse
noblesse, aussi íausse que lafausse tiare, et qui n’a avec la véritable noblesse, non
seulement rien de commun, mais non pas Je moindre rapport, ete.
Emile Faguet , de I’Académic française, La Partieulc nobiliaire ( Recuc bleue,
ler août 1903); Michel Breuil , doeteur en droit, avo^-at â la Cour d'appcl de Paris,
De la particule clite nobiliaire.
Passons au prénom de notre Poète qui est autrcment intcressant.
Nous le voyons daus cct aete dénommc Guirault. tout aussi bien du reste que son
parrain Lafont, son grand-père maternel, qui fìgure dans l’acte de mariage précité
sous celui de Gêraul. Est-ce une erreur du copisteï
De plus, dans son contrat de mariage, dans son inscription sur les registres de la
paroisse, dans les minutes de notaires concernant des achats, des ventes ou des
procès, le prénom de Gérarcl alterne quelquefois avec celùi de Géraud avec t ou d
tìnal. maisil est vrai de dire que c'est le dernier qui est le plus généralement employc.
N’esfc-ce pas du reste le prénom de son parrain? c’est celui que nous lui maintiendrons
jusqu'à plus ample informé.
Nos recherches pour retrouver l’extrait de naissance de Picne le quatrième enfant
sur les registres des paroisses de Saint-Orens et Sainte-Vlarie, ont été infructueuses.
On ne saurait dans tous les cas nier son existence, car il figure à titre « descolicr »>
dans l’acte demariage de son îrère ainé Gêraud. 11 devint par la suite avocat et doc-
teur en droit.
(2) Les Consuis étaient au nombre de huit et nos fastes consulaires les désignent
souvent pour ce motif, par le nom quelque peu prétentieux d ’Octocirs.
Ce fait prouverait à lui seul que l’art. iv de nos Coutumes Auscitaines, rédigées
en 1301. ne fait que constater un usage déjà fort ancien qui fìxait ce nombre de huit.
En 1667, le nombre des consuls sera réduit à quatre.
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Nous avons d excellentes raisons decroire queBedout n'occupa ces fonc-
lions qu'une seule fois, car nous n'avons pu découvrir dans les Archives
iuunicipales des traces d’unc nornination nouvelle, ce qui dctruit la légende
qu'il fut plusieurs fois eonsul.
Le nom de Bedout n’apparaît de nouveau sur les registres qu’au com-
mencement du xvme siècle : où ron voit deux membres de cette famille,
Pun, François Bedout, consul en 1725, et Tautre en 1765.
II est aisé de se convaincre en parcourant les nombreux articles des
Coutumes d' Auch que le consulat était une véritable charge; aussi les
honneurs dont on Tenvironnait n’étaient pas le seul dédommagement
accordé aux hommes de bien qui acceptaient ces fonctions.
Le jeune Géraud grandit dans ce miiieu bourgeois et cultivé, et son
óducation fut dirigée par un guide aífectueux et dévoué.
A lïige de sept ans il entra au Collège d'Auch, alors dirigé par les
Jésuites (1), et qui jouissait d'une grande réputation. C’est sous la direclion
de ces maîtres habiles que se développèrent d’heureuses dispositions.
Son éducation était parachevée en 1633 et, bourré de grec et de latin, il
entrait à 16 ans dans la vie déjà savant, savantissime, per omnes modos
et cusuSj corame dit Molière.
II fallait se décider pour le choix d’une carrière; la médecine et le droit le
tentaient également, d’oìi une hésitation bien naturelle. Eníin, après mùres
rêflexions, il reporta ses préférences sut* l’étude du droit. C’est à TUniver-
sité de Toulouse, qui brillait d'un vif écdat, que notre jeune étudiant com-
menga ses études de jnrisprudence. Mais à la fìn de la prcmière année les
hésitations de la première lieurc lcreprirent, il comprit qu il avait fait fausse
roule, il chercha de nouveau sa voie. C’est à rêtude de la médecine qu'il
devait s’attacher et à laquelle ii resta fìdèle.
A cette époque, la capitale du Languedoc était exclusivement livrée à la
(1) Auch, oû les sciences ct les belles-lettres fleurirent et furent cultivées sous les
llomains avec uu certam éclat, se rappelant sans doute cette phase grandiose de son
histoire, fut une des premières villes de son nnportance qui possédèrent un CoJlêge.
La fondation de cet éuiblissement date de la belle époque de Ja Henaissance (1543).
Aprè.s des alternatives cfe splendeur et d’insuccès. il fut livré aux Jêsuites en 1589;
ces Fères le dirigèrent jusqu’ìi leur expulsion, en 1764. Cet établissement compta
parmi ses proíesseurs des hommes disiingués; on y vit tout* à tour : Murct, orateur
célèbre de son époque; Arnaad d’Ossat, qui plus tard fut cardmal et évéque de
Bayeux, diplomate renommè; Macrobe, savant érudit; Turnèbe , t^asscrat. grammai-
riens distinguès; le célêbre Sostradamus , les Pòres Aubcry et Montgaillard. ce der-
nier auteur d’une histoire Jatine inêdite de la Gascogne.
Apròs l’expulsion des Jésuites, le collòge fut dirigè par des prètres jusqu’en 1790.
Plus tard, en I’an 111 de la Hépublique (1795), on y étabJit HvcoJe centrale du Gers
qui íut suppriméeen 1806. Les bàtiments furent occùpés provisoirement par une insti-
tution privée jusqu’au momeiit oii vcrs Ja íin de l’Iùnpire (15 novembre 1808) ils furent
affectés à un collòge communal.
En 1833, M. Guizot, mimstre de I'instruction publique, érigea le collège d’Auch en
collège royal de 3' classe, aujourd’hui Iycée.
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- 273 -
lìttérature. Goudelin, par ses oeuvres immortelles, avait rerais en honneur
le culte de la Poésie romane , et autour de lui une foule de poètes suivaient
son impulsion.
L’admiration de notre carabin pour le poète toulousain fut plus que suffi-
sante pour éveiller dans son cerveau la passion des vers, que ses anciens
maîtres avaient du développer en lui, et pour lui inspirer ledésirde s’illus-
trer à son tour. Mais à 1 encontre de ce qui arrive à la plupart de ceux qui
entrent dans cette difïìciie et ingrate carrière en cédant plutôt à lentraîne-
mcnt de Texempie qu a leurs propresinspirations, notrefutur poète s’essaya
tout d’abord dans le seul genre qui lui permit de se livrer en toute iiberté à
la mobilité de son huraeur et aux fantaisies de son esprit. C’est ie genre
pastoral qui le sóduisil; toutefois, il attacha à sa viole une corde bien rare
chez nos poète gascons, la mélancolie. Ce genre, ilest vrai, avait étécultivé
avec succès par des poètes élégiaques teis que Desporte , Voiture , Racan ,
Segrais, Parny , etc. li reslait une expérience à faire poursavoir comment
le diaiecte gascon se comporterait dans eette nouvelle manière.
Bedout se mit à Toeuvre et composa une sorte d'élêgie, la Solitude
amourouse ou Y Amourous soulitari ( la Solitude amoureuse ou VAmou-
reux solitaire ), qui le fit distinguer. Deux poètes avaicnt avant iui traité
en français le même sujet, Théophile Viau (1) el Saint-Amand (2). En
abeille induslrieuse qui sait recueillir le suc des fleurs poétiques, Géraud
s’en inspira. Dans cette pièce de vers, il prend prétexte des rigueurs d'une
belle et ingrate maîtresse Ladis (3) pour s'exercer dans le genre descriptif.
Malgré Hnexpérience de l’auteur, son age est une excuse (il n avait que
19 ans), on y remarque une versification heureuse et facile. Ecoutons-le :
(1) Théophile Vriau. 1590-1626. Ode d la soliíudc. II débute ainsi :
Dnns re val solitaire el sombre
I.e cerí qui branie au bord de 1‘eau
Penchant ses yeux dans un ruisseau
S'amuse à regarder son ombre...
Un froid et ténébreux silence
Dort à l'ombre de ces ornieaux.
Kt les vents baltent les ruisseaux,
D’une amoureuse violence...
(2) Saint-Aniand (1593-1660). La Solitudc. oû le poòte cliante sa Philomèle. Nous
avous mis en évidenceies rares emprunts que notre poête a pu lui faire etquc nous
avons relevés.
(3) Au xvi* siècíe, la manic de l’imitation n’avait pas connu de bornes. Les poòtes
de la pléiade, après avoir copié les formesgrammaticales et les mots, voulurent repro-
duire les moeurs : chaque membre magniha sa maitresse à la mode ultramontaine se
promettant de volcr à rimraortalité sur les ailes de son amour. Cette coutume de
célébrcr une femme airaée, de mettre une vaine ostentation à la place du sentiment,
ne fut qu’une regrettable corruption de l’exemple de Dante et de Pétrarque, La dame
étaitla protectrice du troubadour, la source de toutes ses inspirations, tandis que les
Îiremiers sèparèrent avec soin la contemplation spiritualiste des appétits vulgaires,
es poètes de la plòiade les confondirent.
Dans le sonnet ù Liris, de Goudelin, qui est un petit chef-d’oeuvre du genre, un
berger se plaint aussi des rigueurs de sa maitresse. Nous le sigualons, sans essayer
le moindre rapprochement.
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La Solitude mourouse ou l'Amourous La Solitude amoureuse ou l'Amoureux
soulitari à sa Mastresse Ladis. solitaìre à sa Maltresse Ladis.
Aco’s heit dounc pei* jou, Ladis !
Push que toun co, moun paradis,
Per tant de penes endurades
Nou se trobe pas en estat
D’aubri las portes adourades
Deu tribunau de ta piatat.
L’infer tabe, d’aute coustat,
De mas doulous espaiientat,
Dits que nat martir oun nou damne,
Si lou céu ni l’infer tapoc
Nou bo pas recebe moun amne
Quin Diu me dara quauque loc?
Per la terre, iou sabi prou
Que nou hé pas counde dé jou,
Lou malhur se plats à ni’abate,
Pendent que lous quouat’ élêmens
Prenen passetems à s’esbate
A qui ’m dara mes de turmens.
Lous bens, messajets malurous,
Counden aus autes amourous,
Lou subjét per qui jou souspiri,
Kt si i’arreng deguens lou inoun
Qu’age piatat de moun martiri
Aco ’y Thfjrsis ò Dori/noun.
Ets me proumeten que mous maus
Auran un jour quauque repaus;
Més, élas! degus nou’ ni ajude.
Tout es sourd, degus nou’ m augis,
La médecine hé la mude
Quan ei besouy de soun abis.
En un bosc, horc deu païs,
Oun moun propi sen me traïs,
Jou gourrichi coum’ un saubatgo,
E pertout oun jou jòti l’oiieil
Nou béi que crums suoii mon bisatgo,
En l’absence de moun soureil .
Aquiu loiii de la luts deu jour,
Oun mile mounstres hen lou tour,
Arreng nou trobi qué’m soulatge,
Arreng nou’rn parle de gouari. . .
Tout me dits en soun ìnut lengatge
Que sotii prou malau per mouri.
C’en est donc fait pour moi, Ladis,
Puisque ton coeur, mon paradis,
Pour tant de peines endurées
Ne se trouve pas en état
D’ouvrir les portes adorêes
Du tribunal de ta piété.
L'enfer aussi, de son côté,
De mes douleurs épouvanté,
Dit qu’aucun martyr ne me damne.
Si le ciel ni l’enfer non plus
Ne veut pas recevoir mon Ame
Quel Dieu medonnera quelque asile?
Sur la terre, je sais suffisamment
Qu’on ne tient aucun compte de moi;
Le malheur se plaît à m’abattre
Pendant que les quatro éléments
Prennent leur amusement à se divertir,
A qui me procurera le plusdetourments.
Les vents, messagers malheurcux,
Contentaux autres amoureux
Le sujet qui fait que je soupirc,
Et s’il n’y a rien dans le monde
Qui ait pitié de mon martyro
C’estsanscontredit Thyrciset Dorimont .
Ils me promettent que mes maux
Auront un jour quelque adoucissement:
Mais, hòlas, personne ne vient à mon
[secours.
Tout est sourd, personno nc m’entend,
La médecine fait la muette
Quand j’ai besoin de ses conscils.
Dans un bois, loin du pays,
Où mon propre bon sens me traliit,
Je cours comrae un sauvage,
Et partout où mon ceil se fixe
Je ne voisque des nuages sur mon visage
En l’absence de mon soleil.
Là, loin de la lumicre du jour,
Où mille monstres font le tour,
Je ne trouve rien qui me soulage,
Rion ne mc parle de guêrison . .
Tout mc dit en son muet langage
Que je suis assez malade pour mourir.
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- 275 -
Sur un arroe, teste hérit,
Un cassou presque tout pouirit
S’en ba touca de nas à terre
Lou uiautems l*a desaunourat
E la bermine hé la guerre
Au houns de son bente curat.
A cent pas, un castet deshéit (1),
Oun lous lairous héiien lou gueit,
N’a que tres boussis de murraille,
Un chac tout ac ba manéja,
Lou houns de despeit se hénaille,
Qnan be so dé haut s’aiiéja.
Jou y bei pro mau, en un cournó,
So que m’an coundat de Daphné
E lous bérs qui m’ac hen coumpréno,
M’y muschen tabenc à lezé,
La bite d’un que s’anec péne (2)
De regret ò de desplazé.
Clytère l’aueiie charmat
Et l’aimaiie ses’ est’ aimat;
Mes lou mespréts de la murtrére
Lou hec beze quc soun cerbet,
Aueiie la liie naiiere
D’eu couha d’un soureil ta bét.
Soun ben, sa gracie, soun parla,
Tribaillaiien a hé coula
D’aquet co mes fret que gélade,
LTè douts per affresqui sous blaus,
Quan sa pene trop mau pagade,
Deguens la mort troubec repaus.
Vénus anèc on larmeja
Autour deu clot hé goutéja
Lou baume de sas amouretes,
Sur un rocher, tête hérissée,
Un chêno presque tout pourri
Sen va touchant du nez la terre
Le rnauvais temps l’a déshonoré,
Et la vermine fait la guerre
Au fond de son ventre creusé.
A cent pas, un château en ruincs
Où les voleurs faisaient le guet
N’a plus que trois morceaux de murs.
Le moindre choc va renverser tout cela;
Les fondations de dépit se crevassent
Quand elles voient la partie supérieure
[s’ennuyer.
Moi j’y vois assez mal dans un coin
Ce que l’on m’a conté de Daphné.
Et les vers qui me l’ont fait comprendre,
M'y montrent aussi à loisir,
La vie d’un certain qui alla se pendre
De regret et de désespoir.
Clyícre l’avait cnsoreelé
Et il l’aimait sans ètre payé de retour;
Mais le mépris de la meurtrière
Lui fìt voir que son eerveau,
Avait la lune nouvelle
En le coiffant d’un soleil si beau.
Son bien, sa graco, son langage,
Excitaient à faire jaillir
De ce cceur plus froid que la glace
Une source pour rafraichir ses meur-
[trissures ,
Lorsque sa peine trop mal récompensée
Dans la mort trouva le repos.
Vrnns alla en larmoyant
Autour de la fosse pour répandre goutte
Le baume de ses amours, [à goutte
(1) Que i’ayme à voir la dècadence
De ces vieux cliàteaux ruinez
Contre qui les ans mutinez
Ont déployc leur insolence.
Saint-Amand ( La Solitude).
(2) Dans ces lieux remplis de ténèbres
Sous vn cheuron de bois maudit,
Y branle le sqnelette horrible
D’vn pauvre Amant qui se pendit
Pour une bergcre insensible,
Qui d’un seul regard de pitié,
Ne daigna voir son amitie.
S.vint-Amand (La Solitude),
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— £76 —
E <Tué bite plée d’ardou,
L’amour boutec en sas tabletes,
Las bertuts de soun serbidou .
Apolloun tabé lou plourec
E tout un loung-tems demourec
Beuzé de beutat é de gracic,
E Pan crezeiie d’aue tort
Si nou legiuen sur sa facie
Que soun gran amic ere mort.
Las Naïades lou regreten,
Las Nereides proutesten,
Après ûe doulou ses exemple,
D’ana graìia per raretat
Dessus lou clot, au mei d’un temple,
Sa bit’ à la pousteritat.
Lous arrius de do marmurèn,
Lous arrocs s’en arrencuren,
Lous arbes s’esquissen la raube,
Leu jour houc desplazcnt à l’ouéil
E touts jutgen, a beze l’aube,
Ou mort ou malau lou soureii.
Tout lou païs s’en ressentic,
Clytère medische patic
La géine deguens sa pensade,
E soun co, de doulou traucat,
Hec un criét de sa boutade
Per ne pourga soun bieil pêcat.
Après qué’m soiii mes aiiansat,
Per beze so qui céy passat
Pendent la bite de Clytère,
Jou bei debat un íìnestroun,
Sur un buffet cargat de quère
Un bieil imatge de Plutoun.
Autour d’et, Minos é lous sous,
Me muchen en quantes faissous
L’amnedebat sa man endure,
Soun can me hè de poou tranci,
E tout gorge aubert m’assegure
Que nou soiii pas boun per aci.
A la mine d’aquets traidous,
Lous soupirs, tremblans é fredous»
Coumpozen toute ma musicque.
La mort m’y benc estrangoula,
Si mon anjou nou’m coumunicque,
Quauque secret enta bouìa.
Et drune vie pleine d'ardeur,
L’amour inscrivit sur ses tablettes
Les vertus de son serviteur.
Apollon le p’eura également
Et resta un long laps de teraps
Veuf de beauté et de grâce,
Et Pan aurait cru avoir tort
Qu’on ne comprit sur son visage
Que son grand ami était morl.
Les Naiades le regrettèrent,
Les Nèreides décidèrent
Après une douleur sans exemple,
D’aller graver par exception,
Sur la fosse au milieu d’un temple
Sa vie à la postérité.
Les ruisseaux de douleur murmurèrent,
Les rochers s’en attendrirent,
Les arbres déchirèrent leur robe,
Le jour parut déplaisant à l’oeil
Et tous crurent, en regardant l’aube,
Le soleil ou malade ou mort.
Tout le pays s’en ressentit
Chjtère elle aussi eut à en souffrir
La torture dans son âme,
Et son ccnur, percé de douleur,
Eit un crible de ses regrcts
Pour en cribler son vieux péchè.
Après m’ètre un peu avancè
Pour voir ce qui s’est passé
Durant la vie dc Clytère.
J’aperçois sous une petite fenêtre
Sur un buffet couvert de vermoulure
Un vieil image de Pluton .
Autour de lui, Minos et les siens,
Me font voir en combien de façons
L’áme sous sa main supporte.
Son chien me fait trembler de peur.
Et Ja gueule ouverte me donne à com-
Quejen’ai rienà fairepar ici. [prendre,
A Ja mine de ces traitres,
Les soupirs, tremblants et glacés
Composent toute ina musique.
La mort vient m’y serrer la gorge,
Si mon ange ne me divulgue
Quelque secret pour m’envoler.
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— 277 —
En sourti d’aquet triste loc,
Jou bei Vulcan, lou came-croc,
Suoii cap d’un banc heit à Tantique;
Et ei detja tout esbraspat,
E Mars, enquoiié quage la pique,
S’y trobe deu mau tems blassat.
Diane parech à coustat,
Dab pe raes entiére beutat
En un baign qu’Actoeoun abize
Lou praube, be i’a pauc gaigna
Push que’u hè muda de camize
Per tres goutcs que l’an baignat.
Mes enlà lou Diu deus pastous,
Lésch’à labandoun sous moutous
Per segui la qui’u désespère.
Aprés aûe prou countestat
Se trobe sur uè canaùére,
Quan se pense meillou mountat.
Aquets tablóus de moun turment,
Heprczenten naibement
Que ma fourtunc rembersade
N’aura pas qui la repara
Si tu nou tcngues arbiuade
La boulentatde m’cmpara.
En sortant de ce triste lieu,
Je vois Vulcaia , Ies jambes croches,
Sur le bout d'un banc fait à l’antique
II est déjà tout dépourvu de bras;
Et Marst bien qu’il ait encore sa lance,
S’y trouve maltraité par le mauvais
[temps.
Dianc m’apparait à côté
Avec une beauté plus parfaite
Dans un bain qu ’Actòon, découvre.
Le malheureux, comme il y a peu gagné
Puisqu’elle le fait changer de chemise
Pour trois gouttes qui l’ont trempé.
Mais plus loin, le Dieu des bergcrs,
Laisse ses moutons à l’aventure
Pour suivre celle qui le réduitaudéses-
Après s’ètre longtemps disputé, (poir,
Se retrouve sur un roseau,
Lorsqu’il pensait être mieux monté.
Çes tableaux de mon tourment,
Représentent siraplement
Que ma fortuno contraire
N’aura pas qui la réparera
Si tu ne tiens avivée
La volonté de me supporter.
Le poète est mal inspiré en faisant étalage de son érudition mythologique,
mais il fallait sacrifier au goùt de l’époque.
Cela nous prouve combien elle s’adapte raal aux franches allures du lan-
gage vulgaire où tout doit être réel et vivant, par conséquent étranger aux
convenîiosis litíéraires. M. de Chateaubriand a raison de dire que la mytho-
logie, loin d’embellir la nature, en détruit les vóritables charmes.
Tout autre cst le seniirnent que Bedout nous faitêprouver lorsqu*il renlre
dans le cadre descriptif de Ia naturc qu’il nous dèpeint :
Aco’s bcrtat que lous grillous
M’y balen autant de biulous;
L’abeille, segount sa coustume,
M’entreteng de perpaus dibérs,
Lou bauous limac dab sa’scumo,
Beng toustem argcnta mous bors (1).
II est bien vrai que les grillons
Sont pour moi autant de violons;
L’abeille, selon son habitude,
M’entretient de propos divers;
Le bavoux limaçon avec son ccume
Vient constammcnt argonter mes vers
(l) Là, se trouent sur quelques marbres
Dcs deuises du temps passé;
Ici, râge a presque eftacé
Des chiftres taillez sur les arbres.
Le plancher du licu le plus haut
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— 278 -
La Cigale per acet prat
S’arrigole d’erb’ à soun grat;
La hourmic, meillou mainatgère,
Quan a heit l’estiu soun proufeit,
Lou dits l’iiier, saute leugère
Push qu’as are lou bente boiieit.
Jou bei sur acets arberets,
Tout un régiment d’auzerets,
Quo bouten fin à lour querelle;
Lou Rouchinoi é lou Parrat
Y fadegen dab lour fumòle,
E coillen lou frut desirat.
La Cigale, à travers cc pré,
Se repait d’herbe à sa convcnance;
La fourmi, raeilleure mónagère,
Quand elle a fait son profìt durant l’été,
Lui répond l’hiver, saute lègère,
Puisque maintenanttu as le ventre vide.
Je vois sur ces arbrisseaax
Tout un régiment de i>etits oiseaux
Qui mettent fìn à leurs querelles;
Le Rossûjnol et le Pierroé
Y caquettent avec leurs femelles
Et cueillent le íruit désiré.
Dastros avait trop bien réussi certains cffels d’harmonie imitalive pour
que Bedout nesseyat pas, à son tour, de traduire le langage des oiseaux
qui n ’avaient pas dit lout ce qu’iis sentaient au fond de leur camr, puisque
leur interprèíe leur restitue la parole. 11 faut lui rendre cetíe justice, sa ten-
lalive esl lieureuse. Tout est pris sur nature, lout est légèremeat modulé,
il est comme le poète oriental, il entcnd la voix des ètres ailès :
Lou Berdoun dab soun zòc, zêc, zèc,
Hè tout so que bo dé soun béc;
Lou Cublanc è lou Pelehigue
S’y pelegen dab lou Tracliet,
E lou Sènil lou hè la higue
De hé de mes bèts moutcts qu ct.
Lou Mèrlé, la Trid’ è lou Tour,
Gazoíiillen aquiu tout lou jour;
Lou Quoiie-roìiy é l’Auranglete,
La Capulade, tiu, tiu, tiu,
Lou Reycouchet è la Lauzetc
M’y benguen toutjour diz’ adiu.
La Tourtere, bourrou, bourrou,
L’Aurio dab soun birou, birou,
Lou Zouéc è l’Astaragassc,
Lou Picglai è lou Bècudet,
M’y benguen soubent dab l'Agasse
Hè partde quaucoun dc naiict.
Lou Pèdou beng d’aciu debat,
I,a Mouraehe dab l’Alabat,
L’Estournèc, lou Gay è la Chourre
Le Verdier avec son zéc, zéc, zèc,
Fait toul ce qu’il veut de son bec;
Le Cal-Blanc et le Bec-Figuc
S’y disputent avec lc
Ec le Serin les met au dcfì
De faire dc plus beaux chants que lui.
Le Mcrlc , la Grice et le Tour
Gazouillcnt dans ce lieu toute la journéc*
Le Qucuc rougc et Yfíirondcllc ,
Le Cochccis, tiu, tiu, tiu,
Le Ricochct et YAloucttc
Vicnnent constamment m’y dirc adieu.
La TourtcrcUe bourrou, bourrou,
Lc Loriol avec son birou, birou,
Le Pinson et la Picgricchc ,
I.e Pie-X vrt et la pctìtc Bccassinc
Vienncnt souventavec la Pic
M’y faire part dc quclquc nouveauté.
Le Progcr sort dc là-dessous,
La Faucctfc avec
L 'Ftourncau, le Gcai et ie Roitclct
Kst tombè iusque daus la ca ue
Que la Limace et le (’rapaut
Suiiilleut de veuin et de baue.
S.unt-Amand ( La Solitudc).
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— 279
Arriben toats à bets boulops,
I-a Calande tabe s’y fourre
Ente pareich' aus meillous cops.
Ere hò soun cant per B-mol
Quan escarnisch lou Roucliinol;
Mes quan bo countrehè la Parre,
Lou Rey-couchet ou lou Berdoun,
Que dits sous aires per B carre,
E desplegu’ un aute jergoun .
Lou Pinsan s’esparreque tout
Qu’an be que nou pot bengu’à bout
De hè meillou que la Meillcngue,
E lou Miraillo qu’es auprés
Tu dircs qu’a debat sa lengue,
Enclaiierats mile courès.
Aqiu lous autans lous mes horts,
De poou de troubla sous accorts,
Bouten fin à lour bioulence,
E l’écho qui n’a jamós paus,
Coumand’ au bosc de hè silence
Per augi de ta béts perpaus.
La Cotturche qui parle pauc
S’estuge deguens quauque trauc
Per aiie part en la muzique;
Lou Goutouliu y beng après,
Et sur touts lous autes se picque
Quan se trobe dab lous darrès.
La Cardine, tire, liric,
Dispute dab lous Benarric*,
EnUmt que sur accr’ arroque,
Que t’es semblabl’ cn calitat
Tout so que raoun praube cos toquo
M’abertis de ta cruautat.
Lou Carbounòu è lou Tarin
Roden aquiu tout lou matin;
Lou Cache-mousques ei de costes,
La Campiche beng dab lou Ciu,
E las Tites prenen la poste
Per beze lou proube roumiu.
Mès quan jou bei Jous Berdaulats,
De plumes naiies abillats,
Entouna l’amourous auíici,
Labets, sur moun lut tant bantat,
Jou souni so que moun serbici
Meritaùe de ta beutat.
Arrivent tous à belles petites volées,
La Calandre s’y présente aussi
Pour se montrer aux premièrcs places
Elle entonne son chant en Bémol
Quand elle imite le Rossignol;
Mais lorsqu’elle veut contrefaire le moi-
Le Ricochet ou le Verdier , [neau
Elle chante ses airs en Bécarre
Et déploie une autre chanson.
Le Pinson se défend folleraent
Quand il voit qu’il ne peut venirà bout
De mieux faire que la Mòsange,
Et la Fauocttc qui est à còté
On dirait qu’elle a sous sa langue
Mille accords enclavés.
Là Jes autans les plus impétueux,
De crainte de troubler leurs accords,
Mettent fin à leur violence,
Et l’éeho qui n’a jamais de repos
Ordonne au bois de faire silence
Pour entendre de si beaux concerts.
Le Tovcol qui parle peu
Se cuche au fond de quelque trou
Pour prendre sa part de la musique,
La Mauoicttc y vient ensuite
Et sur tous les autrcs a la prètention
Quand elle se trouve avec les derniers.
I.a Chardonncrette , tire, liric,
Se dispute avcc 1 ’Ortolan,
Pendant que surce rocher
Qui te ressemble en quaJitc,
Tout ce que mon pauvre cccur touche
M’avertit de ta cruauté.
Le Curbonneau et le Tarin
Rodent par là tout le matin;
Le Gobc /nouche se ticnt à côlé,
La Benjcronettc vient avec YAlouette
[à doigt court
Et les Poulcs prennentla poste
Pour voir le pauvre Pèierin.
Mais quand je vois les Xcrdiers
Habillés de plumes neuves,
Eutonner l’amoureux oílìce,
Alors, sur mon luth si renommé
Je sonne ce que mon service
A mérité pour ta grande beauté.
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280 —
Après que’m soiii entrotengut
Dab lous auzcts é dab lou lut,
Près d’un arriu jou’m arretiri;
Més, ma Ladis, lou men co fail,
Quan, per me mucha moun martiri,
L’aigue m’y serbis de mirail.
A jou’m semble deguens l’arriu
Beze lou cassadou gentiu,
Que mire sa beutat murtrère,
E charmat de sous faus apas,
Apròs que s’es perdut oun ére,
Que se cérque de l’an nó pas.
A ! jou’m brembe de ta beutat,
Quan embesquèc ma libertat,
E quan ta mine mensoungère
Coumo l’arriu d’aqueste loc,
Me hec perde l’amour oun ére
Per iou cerca sur un arroc .
La neit quan m’y trobi soulet,
L’enemic deu jour, lou houlet
M’y beng hè cent rodamountades ;
E quan lou jour sort d’arriba
L’ardou de mas penes passades
Que s’arbiiie per m’acaba.
Après m’ètre entretenu
Avec les oiseaux et avec mon luth,
Près d’un ruisseau je me repose;
Mais ma Ladis, le coeur me faut
Lorsque, pour mc montrer mon martyre,
L’eau m’y sert de miroir.
II me semblc aiors dans ce ruisseau
Voir le gcnlil chasseur,
Qui admire sa beauté fatale,
Et charmé de ses appas trompeurs
Après s’être perdu où il était
Se cherclier là où ii n’est pas.
Ah ! je me souviens alors de ta beauté
Dans le temps où elle emprisonna ma
Et quand ta mine mensongère, [liberté;
Comme le ruisseau de ce lieu,
Me fit perdre l’amour où il se trouvait
Pour le chercher sur un rochcr.
Lorsque la nuit m’y rencontrc seul
L’ennemi du jour, le lutin
Vient m’y faire cent rodoraontades;
Et à peine le jour vient d’apparaítre,
Que l’intensitè de mes souffrances pas-
Sc ravivent pour m’achever. [sées
Voilà bien du chemin parcouru en peu de temps, et trop d’objets peut-
ètre dans un cadre si resserré. Tout y passe et sert de prétexte à poindre
sestrop longues doléances. Notre Poète, semble avoir conscience de cet
abus, quand il ajoute :
Boun Diu ! tant d’oubjets ta dibérs
Qne jou canti deguens mous bèrs;
Cèu, Infer, elemens, campaignes,
Prats tapissats d’erb’ c de flous.
Arbes, arrius, castéts, mountagnes,
Auzets, cigales è grillous.
Tout enftn, hè creche moun mau
Quan tu nou’m bos da so qui’m cau,
Tu per qui tanta jou souspiri,
Après aiic loungtems begut
Lou bin dèchent d’un tau martiri,
Que’m nues so qui’m es degut.
Jou speraui pcr ma doulou
Après la ’spine quauque flou;
Mès élas ! ma bère traidoure,
Bon Dieu! que d’objets si divors
Je chante dans mcs vers :
Ciel, Enfer, èlèments, campagnes,
Prés tapissés d’herbes et de fleurs.
Arbres, ruisseaux, cháteaux, montagnes,
Oiseaux, cigales et grillons.
Tout enftn, fait croitre mon mal
Quand tu me refusesce qu’il me faudraiti
Toi pour qui, j’ai soupirc si longtemps,
Après avoir longtemps bu
Le vin dècevant d’un tel martyrc,
Que tu m’accordes ce qui m’est dù.
J’espèrais, pour ma douleur,
Après l’èpine quelque fleur.
Mais hélasl raa bclle traitresse,
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— 281 —
L'arrelotge de tas fabous L’horloge de tes faveurs
Demore trop à touca l’oure Reste trop longtemps à marquer Thoure
Qui deu courouna mas amous. Qui doit couronner mes amours.
La Solitude amoureuse fut rorigine de la répulation de Bédout, dont
le talent ne s’éleva jamais plus haut.
Cet heureux début, fut salué en Gascogne, par d'unanimes applaudis-
sements ; ses amis surtout exaltèrent ce premier succès qui dépassait toutes
les espérances. Ce concert de louanges vint assaillir notre jeune poète à
Monlpeliier, oii il s’était rendu pour terminer ses études médicales. II en
reviendra dans les premiers mois de l’année 1638, muni de son titre de
Docteur, pour exercer la médecine près de son père, qui eut le bonheur de
le voir s’unir en mariage avec mademoiselle Jeanne de Lesca (1) le
17 juillet de la même année.
Ce premier succès remporté en 1636 iavait encouragé à continuer son
commerce avec les Muses, dans les loisirs que lui laissaient sesétudes, et
plus tard ses devoirs professionnels. Mais au lieu de s’en tenir à des pasto-
rales dans ie genre de la Solilude, on ne le vit s’inspirer à tout propos que
des oeuvres de GoudeLin , alors dans toute la plénitude de son talent. II
s'essaya à sa suite dans les genres les plus variés, le prenantpour modèle
en toutes choses, sans néanmoins i’avouer, et comme cela arrive toujours
en pareil cas, l'imitant dans ses qualités les moins dignes d’estime.
En 1642, lorsque notre Poète avait atteint sa vingt-cinquième année,
ses vers, jusque là éparpillés, furent réunis et publiés sous le titre de :
Lou Parterre Gascoun, coumpouzat Le Parterre Gascon, composé de qua-
de quaoute carréus, per G. Bedout, tre compartiments, par G. Bedout,
d’Auch (2). d’Auch.
(1) Archives départementales du Gers. (Registro des insinuations — série B. séné-
chaussée d’Auch.
Pactes de mariage entre maistre Géraud Bodout , raédecin et damoiselle Joannc de
Lcsca , 17 juìllet 1638. — Barbe , notaire royal à Auch.
Cérômonie religieuse, le 18 juillet 1638. — Extrait des registres de la paroisse de
Saint-Orens. Sujnc : Ducnos, vicaire.
Dans le premier acte, le marié est assisté de maistre Gèraud Bedout, docteur en
médecine, et damoiselle Antholnette dc Lafont. ses père et mère et autres proches
parents ct amis ; la íuture, Jeanne dc Lesna , est acistóe de damoiselle Marguerite
Ducos, sa mère, veuve de M. Bernard Lcsca, conseiiler du Roy, recepveur des
Tailhes d’Armagnac, et autres parents et amis.
Ont signé avec le notaire, Jes parents des conjoints précilés, Anthoine Lesca ,
notaire à Vic. et son fìls Bernard et Picrre Bcdout, írère du marié, ces deux
derniers dénoramés escholiers.
La famille de Lesra ou Lesca, ètait originaire de Vic-Fezensac.
(2) A Bordeus, à rimprimarie de Pierre du Coq, à la carrère de Saint-Jaymes 1624.
Le seul exemplaire connu est à la Bibliothèque d'Auch. Ce dernier est relié avec
un Goudelin in-4“, imprimé par Bosc , en 1617 aux frais de ia ville de Toulouse. 11
existe quelques feuillets mal placés par le relieur ; le volume serait complet, si on
rétablissait Jes feuillets d’après leurs signatures.
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— 282 -
L’auteur s empresse d’informer le lecteur, par un avis qui figure à la fin
de ses oeuvres, qu'il est resté étranger à cette publication (1), en disant :
Amics, si troubats fautes d’impres-
sioun deguens moun Parterre, coume
per exemple, letres rembersades, punts,
apostrophos ou virgules hore de loc, etc. ,
letres de soubres ou de manque au
coumencement, au miei ou à la fin
deus mots, qui poden carabia lou Gas-
coun en Francês, é a bets cops, en
quauque lengatge incounegut, escuzats
la haste de mous amics ct l’absence
deu boste, e crezets que jou trobarè per
bous de force péces qu’cts an lechat
perde.
Amis,si voustrouvcz des fautes d’im-
pression dans mon Parterre, conime
par exemple des lettres renversées, des
points, des apostrophes ou des virgules
hors de propos, etc., lettres en trop ou
demanqueau ccmmencement,aumilieu
ou à la fìn des mots, qui peuvent chan-
ger le Gascon en Français et bien sou-
ventenquelque langage inconnu, excu-
sez la háte de mes amis, et l’absencc de
votre serviteur, et croyez que je trou-
verai pour vous donner beauconp de
pièces qu’ils ont laissé pcrdre.
Cette aflíirmation nous paraît dautant plus suspecte, que réconomie du
livre et surtout les préfaces dont il fait précéder chaque compariiment,
prouvent d’une fayon irrêfutable, la part que l’autcur y a prise, et Bedout,
si fier de son oeuvre, fait là bien inutilement acte de fausse modestie.
II met son oeuvre sous la protection non plus d’un grand Seigneur, riche
et puissant comme l’ont fait ses devanciers, mais sous celle plus modeste
d’un bon bourgeois (2), il le dédie :
Au brabe, Gran, è tout accoumpiit, Au brave, noble et modèle de perfec.
Simoun de Lassale, Gascoun per la tion, Si/non clc Lassalc , Gascon pour
bite, etc. la vie, etc
C’était, à n’en pas douter, un ami de la faraille Bedout, un admirateur
de Ia première heure du jeune Poète, el un fervent du dialecte Gascon. Lcs
(1) 11 ne fit pas comme Voiturc, qui n’avait pas publié une seule ligne de son
vivant, ce qui lui faisait dire : « Vous verrez qu’on aura la sottise dc publier mcs
oeuvres apres ma mort. » Cette sottise fut faitc en 1649.
(2) La noblesse ct le clergé avaient vu arriver avec peine l’hcure de la déeh áance
de leur puissance dominatrice, provoquèe par l’avèucmcnt de la bourgeoisie qui,
d'accord avec la royauté, travailleut à la mèmc oeuvre. à la fois poliiique et sociale :
concentrer en une seule main, rèduirc à un mème nivcau toutes ics classes de la
nation. Dès le xm* sièclc, les lê^istcs bourgeois fonderont le droit royal par opposiuon
au droit ícodal, proclamant ainsi la thi*orie du pouvoir royal absolu : cn mème temps,
par son intelligente activitè, quo récoaipensc un enriehissement rapide ct^ par
rexercice des íònctions publiques, Ja bourgeoisie commeiice â prendre dans ì’Ltat
uue influence qui ne cessera degrandir. Les llois de b’rance ne Ini ménageront pas
leurs faveurs. Cette classe autrefois craintive. qui n'osait fronder ses ni utres qne
sous la forme de l’allusiou et de rallégoric, la voilà, foreant au \\ir siècles toutes les
barrières, euvahissaut tous les domaiues. La Doésie, c'cst elle qui la dirige. la Pliilo-
sophie c’est elle qui en tient lc spectre, la Magistrature et le Larlement cest elle qui
en alimente les rangs. C’cst dans son sein quc se reeruteront rimmense inajoritó des
défendeurs de rindêpendaiice littéraire. artistique, philosophique, polinque. etc. Au
xvii* si«»cle elle a fini d’absorberet de concenirer en elle, au dètriment de la noblesse
réduite à un róle puremeut décoratif, la plénitude du devoir. Ce sout des bourgeois
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éloges que ce derniei* lui décerne si libéralement, la déférence qu’il lui
témoigne. le respectueux dévouement qu’il professeà son égard, sont autant
de preuves qu'il jouissait à Auch d'une grande considération. Voici du
reste en quels termes, il termine sa dédicace :
Mès, jou bezi detjà que lou respet
que jou’ts porti me tire la plume de la
man, è, certes, jou seri tabe plan ma-
lau de cerbet si pensaui dignement
descriiie bostes calitats qui, per esté trop
béres è deguens un noumbre tropgran,
nou’m leschen ny lou poude, ny lou
moûyen do las banta coum cau.
Jou nou boli pas tapoc las recouné-
gue d’aute faissoun qu’en me counsa-
cra tout à bous, qui las poussédats urou-
zoraent, dab las assegurcnces de bitio è
mouri, etc.
Mais, je vois déjà que le respect que je
vous porte me tire la plume de la main
et,certes, je serais égaleraent maladedu
cervcau si j’osais dignement décrire vos
qualitésqui, tout en étanttrop brillantcs
et en nombre trop grand, ne me four-
nissent ni le pouvoir ni le moyen de les
vanter comme elles le méritent.
Je ne veux pas non plus les reconnaitre
d’une autre maniére qu’en me consa-
crant tout à vous, qui les possédez à un
si haut degré avec 1‘assurance de vivre
et mourir, etc.
Nous avons recherché dans les archives les documents qui nous permet-
traient de connaltre ce personnage, Auscitain sans nul doute, nos efforts
n’ont pas été couronnés de succès-
Le Premier Compartiment du Parlerre Gascon est rempli par la Soli -
tude amoureusey dont nous avons déjà parlé et dont Tauteur disait, en
s'en exagérant le mérite :
Bous aoiiets remarcat, à l’entrade de
moun Parterre la beutat à l’audou de
V Amourous soulitari ; aco’s íie flou
que lous meillous nas an sentit dab
plazé, ó lous meillous oiioils espiat dab
admiratioun, si mesléu jou nou deui
dize qu’aco soun milo flouretos que
néchen l’iic coste l’aute per garni lou
pramé carréu, etc. . .
Vons avez remarqué au début de mon
Parterre la bcauté et le parfum de l'A -
mourcux Solitaire; c’est là une tleur
que les meilleurs nez ont flairé avec
satisfaction et les yeux substils apprécié
avec admiration, si je nedevais pas affir-
mer plus tôt que ce sont là mille fleu-
rettes qui naissent còte à còte pour
garnir ie premier compartiment...
Le Deuxième Compavtiment comprend une sêrie de mascarades en
prose, passe-temps carnavalesque, en vogue à cette époque et composées
ces citoyens dont parle La Bruyère, qui « pendant que lcs grands négligent de rien
connaiire... se placent, s'élèvent, deviennent puissants » par rétude. la spéculation,
le négoce ; et leur ambition ne va pas seulement à la satisfaction de leurs intéréis
privés : Ils étudient le gouvernement, (ìeviennent fins et politiques, savent le fort et
le íaible de tout un Ktat... ; soulagent le prince d’une partie des soins publics. »
Le règne Ue Louis XIV marquera le point culminant du long travail fait en comraun
par la bourgeoisie et la rovauté, Mais au siècle suivant l’accord est rompu, le bour-
geois devient politique, etdu même coup méeontent, ilprépare la Révolution de 1789.
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— 284 —
sur le patron de celles que Goudelin avait écrites pour les fètes de Tou-
louse (1).
Nous n’insisterons pas outre mesure sur ces composilions qui ne sont,
du propre aveu de notre poète,
Q’iie countinuelle applicatioun de Qu’une continuelle application do
touts lous estats qui soun aci deguens toutes les formes qui sont próscntées ici
à l’estat de l'amou, etc... à l’état de l’amour, etc. . .
etqui n'offrent que des expressions surannées, des tours de phrases inu-
tiles, des jeux de mots dont on ne saurait apprécier le sel ni l’à propos.
Nous donnerons un spécimen de cette mascarade comme curiositéj ce qui
nous permeltra de juger les aptitudes de Géraud à manier la prose Gas-
conne, et deconstater les changements qui se sont produits avec le dialecte
parié de nos jours :
L’Adiu deu boun tems é PAmourous L’Adieu du bon temps ou TAmoureux
mau pagat mal payé
Be serats plan en pene de sabe qui Vousserezcertesen peinedesavoirqui
jou soiii è coum m’apóri, si de quouate jesuiset commentje m’appellc, sidequa-
liùres d’esperit é dejutgeraent que Pro- tre livresd’espritet dejugementque Pro-
mèthée boutec deguens lou moun qaon méthèe mit dans le monde quand il créa
créec i'ome, boste cap n’ou’n’a, per lou l’homme, votre tètc nen possède pour le
mens, la tres èmege. Dei’eu, quouqu’n moins trois et derai. Peut-òtrcquelqu’un
d’entre bous aus pensera que jou soui d’entre vous pensera que jesuis unnou-
un nauet Saturne, persoque hèineche veau Sí^ur/ieqparcequejefaisnaitrepar-
pertout oun bau un siègle d’or mes pla- tout ou je vais un siècle d’or plus sédui-
zentquelou prumé. Mesnou. Aquet n'a sant que le premier. Mais non. Celui-là
pas troubat per are ia haiie deguens la n’a pas encore cette fois trouvé la fève
coque. Quauqu’aute dira que jou soùi dans la coque. Quelqu’autre dira que je
iou mestedeus bens quan entene rouna suislemaitredes ventsquand ilentendra
moun bente dab mes de bioulence que gronder mon ventre avec plusdeviolcnce
sas mountaignes; mesaquets’y manque quesesmontagnesjmaiscelui-làsetrompe
tabe coume l’auto. Aqueste creira que aussi bien que l’autre. L’un croira quc je
jou soiii Cupidoun l’ainat ou Narcissé suis CupldonYaìnèon Narcìssc lcbarbu,
lou barbut, o diables, o. L’aute, quan oh, diables, oh. L’autre, quand ii verra
bege moun bet bizatge, sera de ia medis mon beau visage, partagera la mème opi-
(1) Durant le xvn* siècle, Toulouse ètait uti séjour de prèdiieclion pour les princi-
paux Seigueurs et Gentilshoinmes de la province de Languedoc.
Le dtic dc Montmorcncy , gouverncur de la province. ie comtc dc Caraman ,
réunissaieut dans leurs magnifiques hótels lVlite de la noblessc du pays. Les íétes et
les réjouissances du carnaval ctaient trcs brillantes et les Seignems menaient des
trains de Princes, Lierre Goudelin étíiit leur convive indispensable. Le poète. qui
aimait beaucoup les plaisirs et la bonne chèrc. payait cn chansons ies diners splen-
dides de ses amphytrions. 11 rcc tait, dans leurs réunions, des pièces <le prose, qu*il
ílt imprimer sous le titre de Lrologues et qu’il avait imité dcs lialiens. On dit qu’il se
couvrait le visage d’iin masque parce qu’il poussait très souvent un peu trop Ioin la
satire et se livrait aux mspiraiions de sa verve caustique. Sa raiîlcrie ètait si ílne, si
adroite, si délicate, queles personnes qu'il tournait en riuicule n’osaient pas se fàcher
sérieusement.
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- 285 -
che opinioun, ou per lou mens, assegu- nion, ou pour le moins assurera que si je
rera que si nou soiii pas Cupidoun ou nesuis ni Cupidon ni Narcisse , il faudra
Narcisse, que cau necessariement que nécessairement que je sois Adonis Tor-
siei Adonis lou bouharut, ou Acis l’en- gueilleux ou Acis le ténébreux. Mange
crumat. Minge ciiiaze, coumpai, n’as de l’avoine, corapère, tu n’as pas deviné.
pas debinat. Jou nou soiii ni Saturne,ni Je ne suis ni Saturne, ni le Maître des
lou Mesté deus bens, ni Cupidoun, jou vents, ni Cupidon; je ne suis pasdavan-
nou soiii ni Narcisse, ni Adonis, ni tage NarcissCy ni Adonis , ni A cis Qui
Acis. Qui soiii-jou dounc? Aco’s à jou suis-je donc? C’està moide vous ledire
à dise et à bous auts à sabé. Cap de la et vous autres à le sayoir. Tête de paque-
briole! be’ts cau prene lous besicgles rette! il vous faut prendre les lunettes
d’iie fìlouzouphie mes releuade que la d’une philosophie plus relevée que celle
d'Àristote pcr aùe ma counechence. d'Ari&totc pour possóder mon secret.
Cachats la came de boste curiouzitat Cachez la jambe de votre curiosité avec
dab la causse deu respét si bouléts que’ts la chausse du respect si vous voulez que
doungue la garroutière d’aquet mystèri. je vous donne la jarretière de ce mystère.
Jou soiii lou bénérable Matgras, lou Je suis le vénérable Matgras, le chasse
casse-mau-temps è lou destrousse- mauvais temps, et le chasseur de la
hame; jou soùi lou Diu de la rejoùis- faim, je suis le Dieu de la réjouissance,
sence, paï de labounechère ède Cupi- père de la bonne chère etde Cupidon ,
doun, Diud’amou. Nou’ts estounetspas le Dieu de l’amour. Ne vous étonnez
si bau bestit d’aqueste faissoun, aco n’es donc pas si je vais ainsi vètu de cette
pas sense quauque sujet. Lous autes façon, cc n’est pas sans quelque raison.
Dius, embejous deu respét que touts Les autres Dieux, envieux du respect
lous bous compaignousmeporten, s’en- que tous les bons compagnons me por-
tenen countre jou, è crezen qu’un ta tent, s’unissent contre moi et croyent
gran noumbre d’ennemics me hasse qu’un si un grand nombre d’ennemis me
]XK)u ? Niargue per ets. fassent peur? Nargue pour eux.
Jou boi que touts lous qui se daran Je veux que tous ccux qui me feront
l’aunou de m’espia recouneguen à la rhonneurdemedistinguer,reconnaissent
bouhe de porc que jou porti dessus lou à la vessie de porc que je porte sur ma
cap, que la débinitatde touts lous autes tòte, quo la divinité de tous les autres
Dius à masse, n’es quo bent auprès de Dieux réunie, n’est que du vent à còté
la mie; l’abillament de plume qui crou- de la mienne, le vêtement de plume qui
bis ma prestance, rcustre prou que couvre mon corps, montre assez que je
jou’m truffl d’ets, è que la force qu’éris me moque d’eux, et que la forcc qu’ils
an, n’es que plume auprès de moun possèdent n’est qu’une plume à côté de
poude,ò qu'erissoun incounstens, pauc mon pouvoir, et qu’ilssontinconstants,
assegurats è fèbléscourae la plume Lou peu sùrs d’eux-mèmes et faibles comme
passement d’irange qui parech per des- la plume. La garniture d'orange qui
8U8 tout, sur moun gîpoun hò beze que domine partout sur mon jupon fait voir
coume l’irange n’es pas s’emblabl’ en que eomme l’orange n’estpas semblable
nature à l’or, enquoùé que sie s’em- en nature à I’or, bien qu’elle le soit en
blabl’ en coulou, a tau medish qu’eris couleur, aussi de même qu’ils s’effor-
s’eshorcen d’imita lous petits accidents cent d’imiter les petits accrocs de ma
de madibinitat, ses y poude arriba de divinité, sans pouvoiry arriver de mille
mile lègues, è de cent mile mile mi- lieues et de cent mille millions, quatre-
lious quouate bints sasoùante miliaces vingts soixanto railliards, à la perfection
à ia perfection de ma nature. de ma nature.
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- 28è —
Lous cos (fauque, qui serbichen de Les coeurs d’oies, qui servent de bou-
boutous à moun abillement, dan ácou- tons à mon vètement, font connaitre
negue qu’eris an lou couratge d’aquet qu’ils ont le courage de cet oiseau; la bro-
auzet : l'ast é la cane de saucisse que che et la canne de saucisse que je porte
porti au loc d’iié s’paze é d’un baudrié, à la place d'une épée et d’un baudrier,
mustren que toutes las armes qu’êris démontrent que toutes les armes qu’ils
cmpleguen à sa deffense soun rouilla- emploient à leur défense sont rouillées
des coume l’ast, é que jou soui capable comme la broche, et que je suis capable
d’em deshè d’ets coume d‘un tros de de me débarrasser d’eux comme d’un
saucisse. Lous goùants de pet de cerbi, morceau de saucisse. Les gants de peau
è las botes de pet de lebraut, lien beze de cerf et les bottes de peau de lièvre,
qu’eris nou trouben aute mouyen per font voirqu’ilsnetrouventd’autreexpé-
escapa ma balentizeque de hugi coum’ dient pour éviter ma bravoure que de
aqueres dues bestiés per se sauba de la fuircommecesdeux bêtes pour échapper
man deu cassadou. Cupidoun, sou- à la poursuite du chasseur. Cupidon,
lomens, aquet petit escay de ma bra- seulement, ce petit résidu de ma bra-
guete, lou hè caga de poou en las guette, le fait so décharger le ventre de
causses. peur dans ses chausses.
L’aute jour, per boutade, lou coum- L’autre jour, par caprice, le compa-
pagnoun anec da dus ou tres cops de gnon alla donner deux ou troiscoupsde
matras à Jnpiter, au bét mei deu boil- matraque à Jupiter, aû ìjeau rnilieu du
lou de l’entendement, è lou hec courre siège de Tentendement, et l’obligea à
après ué nymphe, coum’ un desespe- courir après une nymphe, commo un
rat, etc. désespéré, etc.
Nous ne suivrons pas le poète dans ses élucubrations carnavalesques,
son style est toujours obscur et confus, pompeux jusqu a l’emphase, alam-
biqué jusqu’au galimatias.
Le Troisième Coniparliment renferme des pièces diverses, parmi les-
quelles il faut distinguer : Les Plaintes de Dorimont. Dans cette pièce il
montre du naturel, du sentiment, mais cette souplesse dela formcnerem-
pèche pas de tomber dans la monotonie de la pensée; la plainte est le diapason
continuel de son amour, les larmes ne quittent pas ses yeux, les bergers de
à'Urfè et de Florian ne pousseront pas de soupirs plus lamentables :
DORIMOUN QUI SE PLAINQ DB SA PASTOURE JAQUETB
Dous aire de moun Gers, è tu, douce ribère,
Oun mous oûeils an jetat ùè ribère de plous,
E bous auts, arbcrets, qui couneguets ma bère,
Coundats lou mas doulous.
DORIMONT qui SB PLAINT DB SA BBRGÈRB JACQUETTB
Doux air de mon Gers, et toi, douce rivière,
Oû mes yeux ont versó un ruisseau de pleurs,
Et vous autres, petits arbres. qui connaissez ma belle,
Contez-lui mes douleurs.
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Petits anjous de bosc, qui dessus ué branquete,
Per me da lou boun jour, entounats uò cansoun,
Si bezetsper aci ma pastoure Jaquete,
Hazets-lou la lessoun.
Pastourets d’alentour, qui benguets à l’oumbrete
Counda bostes amous au soun deu flajoulet,
Mentre que l’Espaignol se crame la berrete
Au hoíiêc deu pistoulot.
E tu, troupet d’agnéts qui per acere prade,
Repauzes à plazé dessus l’erb’ è las flous,
Entretant que Lidor, Thirsis é Filorade,
Ban amassa grillous.
Secretari d’amou, qui sabes ma tristesse,
E qui per m’escouta camines lentement,
Arriu, bigne, bergè, quan bejats ma mastresse,
Digats-lou moun turment.
Moun mau, despush lou jour que sa facie traidoure
Boutéc dab moun repaus ma libertat au croc,
Trobé mens de piètat auprès de ma pastouro
Qu’auprès d’aquet arroc.
Més perque se facha de mile cops de dagues
Que sous oûeils courroussats tiren à tout moument
Petits anges des bois, qui sur une branchette,
Pour me donner le bon jour, entonnez une chanson,
Si vous voyez parici ma bergère Jacquetle,
Faites-lui la lcçon.
Bcrgers des environs, qui venez sous l'ombrage
Haconter vos amours aux accords de la fluie,
Tandis que l’Espagnol se brûle le berret
Au feu du pistolet.
Fttoi, troupeau d'agneaux, qui à travers cette prairie
Repose agréablement sur l’herbe et les fleurs,
Pendant que Liclor , Thirsis et Filorado
Vont chercher des grillons.
Secrétaire d’amour, qui connais ma tristesse
Et qui pour m'écouter chemine lentement,
Ruisseau, vigne, verger, quand vous verrez ma maítresse,
Dites-lui mon tourment.
Mon mal, depuis le jour où sa beauté perflde
Mit avec mon repos ma liberté au crochet,
Trouve moins de pitié aupròs de ma bergère <
Que près de ce rocher.
Mais pourquoi se plaindre de mille coups ds poignards
Que ses yeux courroucés lancent à tout moraent
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— 288 —
Push que lou qui se plats a recerca las plagues
Endure justement.
La pene qui dab jou mouris é ressuscite
Hé beze que mous maus soun reprouchats â tort,
Push que jou boï mouri per qui hugis ma bite,
Jou meriti la mort.
E si nou podi pas parla dab ma bergère
Are que sa rigou me defïen de goiìari,
Jou leschi quouâte bérs dessus aqueste péire
Prumè que de mouri (1).
Puisque celui qui se plait à rechercher ses blessures
Les endure justement.
I.a peine qui est avec moi meurt et ressuscite
Fait voir que raes maux sont à tort reprochés,
Puisque je veux mourir pour qui fuit ma vie,
Je mérile la mort.
Mais si je ne puis m’entreteuir avec ma bergère
Maintenant que son indifférence m’interdit la guérison,
Je laisse quatre vers pour graver sur cette pierre
Avant que de mourir.
Et il continue ainsi sur le tonde Yamoureux solitaire délayantà propre-
ment parler la même pensée dans dix strophes, pour arriver à cette
pensée inattendue :
Adiu, Jaquet'! adiu! lou Ceu, lou tems, ma pene,
Haran déléu qu’un jour tu cambiaras d’umou,
Quan beges Dorimoun renesche de sa cène
Coum’ un phénix d’amou.
Adieu, Jacquette! adieu! le ciel, le temps, ma douleur,
Feront peut-ètre qu’un jour tu changeras d’humeur
Quand tu verras Doriniont renaitie de ses cendres
Comme un phénix d’amour.
Ces íréquenles répétitions de Ia mème penséc font plus d’honneur à la
flexibililé du dialecte qu’il emploie qu’a la richessede son imagination.
Dans une élégie plainlive, Mathurin Regnier exprime lui aussi, dans
trente-six strophes, des regrets sur Tabsence d’une maîtresse qu’il termine
ainsi :
Adiea donc, clairs soleils, si divins et si beaux;
Adieu l’honneur sacré des forest et des eaux;
Adieu monts, adieu préz, adieu campagne verte
De ses beautéz dèserte.
(1) Quand la mèlancolie se glisse dans la galanterie sentimentale des Troubadours
et des Jongleurs, cette atmosphère de soupirs et de plaintes quelqueíois puériles, ces
adoralions mystérieuses, elle va raremcnt jusqu’au désespoir.
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— £8d —
Las! recevez mon âme en ce demier adieu,
Puisque de mon malheur ma fortune est vaincue,
Misérable amoureux, je vais quitter ce lieu
Pour scavoir aux enfers ce qu’elle est devenue.
La comparaison ne supporte pas l'analyse.
II dirige raclivitê de son esprit vers d'autres sujets. II aborde le genre
badin dans la Mort d'un gat (la Mort d'un chat), lou Mounde rembersat
(le Monde renversc), ain^i que dans ses Perpaus deu Pout à VAze
(Propos du Coq à VAne) oìi la verve Gasconne reprend ses droits, pétil"
lanle d'esprit Gaulois.
Plus loin, il plaisante agréabiemenl, en saqualité de médecin, ces types
d'Escuìapes que notre grand Molière devait quelques années plus tard,
dénoncer en Ics clouant au pilori. Notre poète intitule sa fantaisie
humorislique :
LA MÈDSCINE A LA MODE LA MÈDECINE A LA MODE
Franccs Bruncl, Guillem Bussac,
Médécis de cord’ é de sa< ,
Richés de sciénce maleiiade,
Qoan ban beze quauque malau
Ban hé de lour sabé parade
Per lou goiiári si n’a pas mau.
Ets dizen en tasta lou pous
Si bat rede, nou bat pas dous,
E jutgen à beze sa mine,
Que lou mau s’es arrebeillat,
Perso qu’en l’art de medccine
Qui suze se trobe meuillat.
Etó ourdounen per aquet cop
Dus ou tres cuillós de cirop,
E, tout en parla d’Hypoucrate,
Proutésten au praube malau
Qu’un batedis n’es pas la rate
E qu’un seignau n’es pas un blau.
Atau counsuiten toutis dus
E respounen tant pis, tant inietis,
Aus argumens qu’om lous aporte,
E Brunel, que hó I’abizat,
Dits que la doulou s’en ba morte,
Quan lou mau a horonizat.
Si lou malau es trespassat,
Hussac jure qu’a mau passat
E mes caut qu’un cu de raarmite
François Brunel, Guillaume Bussac,
Médeeins de corde et de sac,
Riches en science empruntée,
Lorsqu’ils vont voir quelque malade
Font étalage de leur savoir
Pour le guérir s’il n’est pas malade.
Ils prétendent en tâtant le pouls
S’il bat vite qu’il ne bat pas lentement,
Et apprécient à voir son visage
Que la maladie s’est réveillée,
Parce que dans iart de la médecine
Qui sue se trouve mouillé.
11« ordonnent pour cette fois
Deux ou trois cueillerées de sirop,
Et, tout en discutant d’Hypocrate,
Persuadent au pauvre malade
Qu’un panaris nest pas la rate
Et qu’un signe n’cst pas une blessure.
lls se consultent ainsi tous les deux,
Répondant tant pis, tant mieux,
Aux argument qu’on leur soumet,
Et Brunely.qui fait l’important,
Soutient que la douleur s’étoint
Quand le mal a disparu.
Si le malade est trépassé.
Bussac aíïirme que ce n’est pas naturel,
Et plus chaud qu’un fondsde marmite.
19
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- 2Ô0 -
Críde que lou malau a tort, Proclame que le malade a eu tortf
Perso’que ser’ enqoùer’ en bite Parce que s’il était encore en vie
Si nou housse pas taléu mort 11 ne serait pas mort sitòt.
Bedout fait preuve d*une certaine raalice ct son esprit se montre parfois
assez caustique, ses Epigrammes qui terminent ce compartiment en font
foi. Mais il fait lui-mênie desréserves eu avouant qiril évitera le moindre
trait qui puisse porter atteinteà l’honneur de son prochain.
Jou boi dise que las puntes de mas Je veux dire que les pointes de mes
épigrammes, ni las autes qui sount épigrammes, ni celles qui sont dans ce
deguensaquestecarréu,nou soun james compartiment, n’ont jarnais étó con-
partides de moun cap que per trauca çues dans mon esprit que pour flétrir
lou bicipres généralement;que siquau- le vice pris en général. Que si quel
qu’un ei bistd’aquet drap, jou nou soûi qu’un se sert de ce drap, je ne suis pas
pas ome prou riché per l’abilia de l’as- liomme assoz riche pour le vêtir de
tofïe qui m’agrade aumens : l’étoífe qui me convient le moins :
Jou boi ana més léu tout nut Je veux aller plutòt tout nu
Que pourta do de ia bertut . Que porter le deuil de la vertu.
Corame on le voit il pratique la charité. Or la charité du satirique c est
de montrer qiril pourra se fàcher, et de se contenter de le monlrer. L’au-
teur emploie la bonne humeur, jeune et saine, gage non seulement de bel
équilibre, mais encore d’une cerlaine sympathie, mêiée à tout ce qu’on
voudra de satire. II est diffîcilc, dans ces conditions, que la bonne humeur
ne se transforme pas un peu en quelque indulgence définitive. Elle exclut
tout au moins l’amertume, et, en effet, ) amertume est ce que ne eonnait
pas Géraud.
II raille sans colère et sans indignation. La satire n’est pas pour lui une
composition régulière; le désordreet la libre fantaisie lui semblent consti-
tutif du genre. Cette liberté d'un genre où l’écrivain peut suivre son capric-e,
voilà la raison de son choix.
C’est sur l’Envieux qu’il dêcociie son premier trait, qu’il exerce une
douce vengeance, agréable aux Dieux et aux poètes.
A VEMBBJOUS
Tu, quî nou’t plazes pas d’augi qu’om me sustengue
E qui per m’ouffensa, te hes beze ta prount,
Pren garde qu’un matin la punte de ta lcngue
N’ane loui de mous bers pica sur un estrount.
A L’ENVIEUX
Toi qui ne te plais pas d'entendre qu’on me soutienne
Et qui pour m’offenscr tc fais voir si prompt,
Frends garde qu’un matin la pointe de ta langue
N’aille loin de mes veis piquer sur un .
- -
Voilà à coup sûr du réalisme le plus púr ; mais, comme le latin,
Le gascon dans les mots brace VhonnHetè
Veut-il peindre le langage vulgaire, lexpression crue, triviale mômeî II
trouvera des ressources infinies à Tidiome pour produire des effets irrésis-
tibles de bouffonnerie.
Bièlle masque, biéi matassin
Oùeil de buzoc, gorge d’armari,
Tu nou prenes per ourdinari
Qu’un tros de mul ou d’arroussin;
La male-hame t'estrangole
Si ta hile nou t’en escole
Per hó ílouri toun biéil estat;
Aco 's lou mouyen qui t’ajude,
Autemens tu t’en bas perdude
Ses lescha q*un courcet de pouils passementat.
Vieux niasque, vieux matassin,
CEil de buze, gorge d’armoire,
Tu n’emploies corame nourríture
Qu'un morceau de mulet ou de cheval;
La màle íaim t’étrangle.
Si ta fille ne tient école
Pour faire fleurir ton vieil état;
Ç'a c’est le moyen qu’elle t’aide,
Sans cela tu t’en vas perdue
Sans laisser qu’un corset bourré de poux.
Dans le même genre nous trouvons plus loin un autre clichétout aussi
expressif :
Pé de couloum, came d’aussin,
Couéche de porc, bente de mule,
Sei de baque, cot d’arroussin;
Bras pelut coume lou d’Erculc,
Man d’arpie, mus de renard,
Gorge de loup, nas de mounard,
Oueil oun las gracies soun malauzes,
Oun la beutat se soupelis
Si tu tengues de tant de cauzes
Nou podes pas este Philis.
Pied de pîgeon, jambe d’oison,
Cuisse de porc, ventre de mule,
Sein de vache, cou de roussin,
Bras velu comme celui d’Hcrculc ,
Main de liarpie, museau de renard,
Gorge de loup, nez de singe,
CEil où les gràces sont malades,
Où la beauté est ensevelie,
Si tu possèdes tant de qualités
Tu ne saurais ètre Philis .
Nous lui ferons un dernier emprunt en citant le dizain suivant pris au
hasard :
Damoun é Lydor ban soubent
Beze ma mouillé Coundourinc,
E jou n’ei sentit quauque bent
Danion et Lydor vont souvent
Visiter ma femme Condorine ,
Et moi j’ai eu quelque soupçon
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292 —
Per la porte de la couzine.
Lous poutets qui'u ban demanda
Lous prezens dats sensc counda
E push, las naiìeres coustumes,
Qu'an aqueris coumpagnouicts
D’cu manda letres é poulets
Me hen creze qu’un jour sereï cargat de plumcs.
Par la portc de la cuisine,
Les baisers qu’ils \ ont lui dcniamler,
Les cadcaux offerts sans conipter,
Et puis Ics nouvelles Iiabitudcs
(Ju'ont ces petits compagnons
De lui adresser missives et lettres,
Me font appréhender qu’un jour jc serai cliargé de plumes.
11 n’aborde pas la chanson, rieuse, élourdie, folâtre, conime le fait
souvent Béranger , ou lac.hanson bacliique, couronnée de roscs et de lierre,
comme celle à'Anacréon ; le spécim en qu’il nous a laissé conscrve Lair de
tristesse qui lui est familier.
Le Quatrième et dernier Comparliment est tout dcvolieux. II s'ouvre
par un Cìiant Royal , sorte d allégorie. Du reste, le xvt® et le xviie siècles
furent lïtge d’or de ces compositions ; tous Ics poètes se mirent lcsprit à la
torture et dêpensèrent inutilement leur verve et leur esprii en fntilitês (1).
Celui qui nous occupe est jeté dans le moule de ceux de Goudelin, qui
portent tous rempreinle d’un vêritable talent poétique. Sans parvenir à
cette perfection, notre poète atteint malgré lout un genre élevéqui n'est pas
sans mérile.
CANT ROY i V (2)
Lou flambéu de la neït dab soun nègre équipatge
Dospuch quauque matin s’estuge prountement,
CHiNT ROYAL
Le flambcau de la nuit avec son noir équii>age
Depuis quelquc matin se caclic vivement,
(1) Cette manie de l’allégorie ètait si ít la mode au xv' siècle que Froissard lni-
méme. un des csprits les plus observateurs et les plus lucidcs de í'époquo, ne putse
défendre de cette déplorable contagion. Son Horloqe d’cimour est un vériiable clief-
d’oeuvrc de combinaisons ridicules : le e<eur est riiorloge humaino, ledésir le ressort
principal, la b.‘auté en esi le contrepoids.
(2) Au xvr siècle, les poètes suppléent â l’imagination qui leur manque par la
science du rythme qu’ils compliquent ìi plaisir. Le principal genre qui naquit de ce
travail fut le C/iant Royal, composé de einq stroplies d<? onze vers dc dix syllabes
avec refrain et envoi de cinq vcrs.
Lc Chant Royal fut aiusi appelé paree (pi’on i’adrcssait au prince ou au roi d’une
assembiée littéraire, puy ou chatnbre de rlictorique. Au xvn' siècle, lc cliaut royal
netait autrechose qu’une allégoric. La rcemupcnse atinbuce à ce genre de compo-
sition par rAcadciuie des Jeux-Lloraux ctait la violetie.
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E detja lou soureil, arribat de soun biàtge
Port’à noste casau un bét abillement.
Jou bei seigne Peyrot dab sa mouilé Jaimette,
Que ncteje lous ails deu tail dè sa sarclete,
Sous ouèilsqu’un dous printems embesque de bcutat,
Lou tiren deu cerbet sa biêille praubetat,
Pendent que lous poumês, autour de la passade,
S'abrassen de plaze quan bezen à coustat
La hranqne (lcu perc sur l’espin empciiiade .
Flor’a qui lou mautems estoufïéc lou couratge,
Are que soun amic la baise fresquement,
Ente’u musti*a lou sei, descorde lou coussatge,
Que mile béres ílous embaumen richement,
Lou galant, tout araou, sur sas poupes se jete,
E, per tant de rigous que l’autan lou proumete,
Nou reste per aco, sur sous pots afustats,
I)e recebe lou prèts de sa ftdèlitat,
Et sadout de fabous, à traués la triilado,
S’embague peu cazau é teng en boun estat,
La hranquc dcu pcrc sur l'cspin cinpeutadc.
Que jou preni piaze deguens un jardinatge,
De marida ma bouts au soun d'un insturment,
E d’escouta l’auzct qu’acordo soun lengatge
Kt déjíi le soleil, de retour de sou voyagc,
Apporte à notre jardiu une riche parure.
J’aperçois seigneur Pcyrot avec sa femme Jaimetc
Qui nettoic les aulx du tranchaut de son sarcloir,
^es yeux qu’un doux printemps illumine de beauté,
Ecartent de sou cerveau sa vieillc pauvreté.
Pendant que les pommiers, tout autour de l’allée,
S’embrassent de joie, lorsqu’ils voient à cóté d’eux
La hranrhe du poiricr sur Vêpinc fjrc[fcc.
FiorCy à qui le mauvais temps étouffa le courage,
Maintenant que son ami la baise fraichemcnt,
Pour lui montrer sou sein, dégrafe son corsage.
Que raille belles ftcurs enibaument en abondance.
I.e galant, plein d’amour, sur ses mamcllcs se jette,
Kt, pour tiint de rigueurs que l’autan lui réserve,
II nc reste pas moins pourcelasur scs lòvres prétes
A recevoir le prix de sa lidéliié.
Et comblé de faveuis, à travers le treillage.
II vague dans le jardin ct tient en bon élat
La hrancfic du poiricr sur Vcpinc yrcffêc.
Que je prends du plaisir dans un jardinagc
A marier ma voix au son d’un instrument
Et d’écouier loiseau qui accorde son chant
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Aus fredous de l’arriu, qui coule doucement
Aquiiiu, lou rouchinol, quillat sur iie branquele
Escarnich l’eschiulct, lou fiftreè la muzete;
Tout]parle de boun tems, de doussou, d'amislat,
E per'nous amea lou siégle tant bantat
La biiilete de mars, de cent flous entourade,
Perfum ! en un courné d’ysops passementat
La branque deu pèrè sur l’espin cmpcutade .
Jou bezi Philidor debat acet oumbratge
Qu’entreteng lous échos de soun countentement.
Liris, despush dus jours, lou hc mèillou bisatge
E proumet à soun mau quauque soulatgement.
Auprès d’un cabinet, cost’ acere placete,
Ué nimphe ba plea de flous uè cassoulete,
Un Mercure de bouch, près d’un laurè plantat,
Hè qu’aquet urous loc ei deu cèu respectat,
E Naïs, de cent juncs la teste courounade,
Benazis lou carreú oun Poumoun’ a pourtat
La branque deu pèrè sur l’cspin ernpeutade
Que mous oiieils soun countens de remerca l’oubratge
D’un parterr’ aoabat, oun direts justcment
Que mii’ astres naiiets disputen l’aùantatge
E hen a mes luzi dab lous deu fìrmement.
Aux murmures du ruisseau, qui coule sans bruit.
Là, le Hossiguol, perché sur une branchette,
Contrefait le sifflet, Je fifre et la cornemuse;
Tour parJe de bon temps, de douceur, d’amiiié,
Et pour nous ramcner le siècle si renommé
I.a violette de mars, de cent fleurs escorh'e,
Parfum, en un coin d’Jivsopes tapissó
La branch'. * dupoirier sur Vèpinc qrrjjèe.
Je vois Philidor sous cet ombrage,
Qui redit aux échos toul son contentement.
Liris . depuis deux jours, lui fait meilleur accueil
Et prometà ses maux quelque soulagement.
Auprès d’un cabinet, à cóté de cctte petite place,
t’ne uymphe va reraplir de fleurs une cassollette.
I n Mercurede buis, près d'uu laurier plantè
Eait que cet heurcux Jieu est respectc du Ciel;
EiAVtis.de cent joncs la tête couronnée,
Bènit le compartiment où Pornonc a porté
La branche du poirier sur Vcpine qrojìèe.
Combien mes veux sont Jieureux de se reposer sur l’ieuvre
D’un parterre aclievé. oii l’on dirait avec raison
Que mille astres nouveaux se disputent l’avantage
Et font à celui qui reluira le plus avec ceux du flrmatnent
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De matin, loo soureil, quan tire sa bounete
Per dize lou boun jour à la rose musqueto
S’y trobe tout d’un cop de nectar empastat,
E chuque dab plaze Tarabré qui l’a jetat
Mentre que lou tarin teng sa lengu’ apuntade,
Per saluda d’un cant que sa mai l’a dictat
La branquc deu pûrò sur l’cspin cmpeutadc .
l)e bon matin. lors<jue le soleil retire son bonnet
Pour souhaiter le bonjour à Ja rose mus<pjée
11 se trouve toutd’un eoup cnivré de nectar,
Et suee avec plaisir l’ombre qu’elle lui a jeté
Pendant que le tarin tientsa Iangue toute prête
Pour saluer d’un chant que sa mère Itii aappris
La branche du poiricr tmr l’òpinc <jrc[1ee .
Explicatioun dó Tallógourie.
Lou Chrestian, au bet méi de l’inftdelitat
Qui flouris sur ui'* crouts, oun I’amou l’a plantat
E de qni la bertut s’y trobe mau tractade
Ei so qu’aci deguens bous a representat
La branquc dcu pèrò sur l'espin e/npcutadc.
Explication de Pallégorie
Le Christ au beau milieu de rinfldélité
Qui fleurit sur uue croix, oit son amourl’a plantè,
Kt de qui la vetlu s’y trouve mal traitée
C’est ec qu’ici vous a représentê
La branchc cla poirier sur Vèpinc yrcjjèe.
Le docteur Xoulet , qui s’est occupé du Poète, trouve cette allégorie obs-
cure, embarrassée, mal conduile, efc. Cetie appréciation du savant
Toulousain nous paraît excessive. Nous somnies d’accord avec lui pour
reconnaîire qu ’elle n est point parfaiteet qu’elle ne constitue pas assurément
un chef-d\euvre poéiique. Mais telle qu’clle est, nous y trouvons de réelles
qualités de style, ses images ont du coloris, du relief et elle se recommande
par le tour facilc, la cadence de vers et l'harmonie de la nériode.
Les Noèls étaient iròs cn vogue au xvu° siècle et ce genre de poésie
religieuse, irès goûtê en (jascogne. Bedout, nous en a laissé plusieurs,
suivis d'une sêrie de prières en prose auxquelles il délivre un brevet
d’orthodoxie quand il dit :
Las counceptious de mas darivrcs
prêgaries se poiiyren cxj>r ina dab mes
de facilitat en Grec ou en Latin que
nou pas en noste lcngatge. coumo lous
uute8 passatges de la theoulougio è deu
Les conceptions de mes dernicres
prières pourraienl s’exprimer avec plus
de facilité en Grec ou cn Latin qu’en
notre langage, comme les autres pas-
sages de la théologie et du pays de
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païs de lagleise, oun jou harei toatjour l’Eglise, où je me ferai toutjours gloire
glorié de pesca lou mouyen d’este ome de puiser le moven d’être lionime de
de ben, ses auansa james paraule de- bien, sans jamais introduire dans les
guens las pèces de deboutioun countre pièces religieuses des paroles contraires
Ja fé. Jou’n héi jutgesqui soun sabents à la foi. Je prendspour juges ccux qui
deguens aqueres matières. sont experts dans ces matiòres.
Nous prenons acte de ses affirraations, nous bornant à constater en
passant, que ces pièces n’ont pas grande valeur littéraire.
Dans une Préface de son Parterrey Bedout, annoncant qu'il donnera
bientôtà rimprimeur ses oeuvres fran<
Jou’ts pagarei de mile gran merces
dab proumesse que la musc franccze
sourtira léu de moun cabinet per bous
hè la rebelencie de ma part; si bous
me demandats per que jou hci mes
léu imprima las péces gascounes que
las francézes aco’s ]>er so que jou
eï aprés aquet lengatge prun.e que
l’aute. . .
;ai$es, s'exprime ainsi :
Je vous paierai de mille grands remer-
ciements avcc la promesse que la muse
fram;aise sortira bientòtde mon cabinet
pour vous faire sa révérence de ma
part; si vous me demandez pourquoi
j’ai fait plutòt imprimer les pièces
gasconnes que lcs françaises, cela est
parce que j’ai appris ce langage bien
avant l’autre. . .
Nous ignorons si son projet fut mis ù exécution, c^ir son livreest introu-
vable à Fexception toutefois dc Fun de ses Poèmes que nous avons eu la
bonne fortune de retrouver, ce qui nous permeltra de juger notre compa-
triote comme Poète Franqais. Ce spécimen nous a étè conservé dans les
manuscrits de Fabbé Daignan du Sendat (1). (Nouvelle còie, n° 73, page
999, tome 86. Bibliothèque de la ville d'Auch.)
11 est consacré à la description dcs peintures qui ornaient la chapelle
des Pénitents Bleus (2) à Auch qui setrouvetii aujourd’hui à Féglise Saint-
(1) Daìr/nan clu Sendat (í.ouis), naípiii Aucli en 1081. N fut d’abord chanoine
archidiacre de Magnoao et ensuite vicaire-gûìéral de quatro archevêques, parini
lesquels nous pouvons citer, MM. Desmarct x, dc Dolif/nar et dc Montillct. Ces
préíats étaient fréipiemment absents dc leur si<‘ge; il tui snccessiv ement leuriuté-
rimaire dans radministration du diocèse. Passíonné ponr JVtude, il consacra ses
loisirs àgrouper les documents relatifs à rhistoire civile et religiense de la Gascogne.
Illaissa ses mòmoires, sa colleetion numismati(|iie, le portrait de (juatre archevéques
et mille livres pour rinslallation de s.i bibliotl.i'qiic comprise aussi dans le legs aux
Pêres Cordeliers qui avaient succ/dé aux Jésuites dans la direclion du eollège. II
recommanda quc tout fut mis à la dîsjtositon du publie. A sa mort, arrivée Ie 17 mai
17G4, il témoigna le désir dVtre iuhumè dans l'église Sainte-Marie ct dans la chapelle
de la Purification, oû il reposc aujourd’hui.
(2) II existait à Aucîi pîusieurs eonfréries de eet ordre.
Les Pénitents Blanrs, établis en 1Gu7. (La ehapelle et lcs bàtiments sont occupes
aujounrhui par IVtablissement des Frêres de Ja Doctriue chrétieiiue.)
Les Pénitenis Bleus, établis en 1610.
Les Pénitents (iris, veis la même époque. Cette confrérie avait une chapellc à
lVglise de Saint-iqerre ; clie s’en lit bûtir une quelques annccs avant la Hévolution,
rue de l'Oratoire.
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Orens. Nous en détaclions quelques strophes qui sufliront à apprécier sa
manière de faire.
Riches possesseurs des merveilles
Maistres des graces non pareillcs,
Je veux que panout l’Univers
Un langage rempli d’oracles
Porte sur l’aisle de mes vers
La mémoire de vos miracies.
Mes chers confrères, si ma rime
Peut vivre dedans votre estime
L’envie ne m’estone plus,
Puisque dèjà son oeil funeste
Remarque sous vos habits blus
En terre une troupc céleste,
Louys celte vivante image
Du Dieu dont vous ètes l’ouvrage
Ce prince favori des Cieux
Vous témoignent par sa tendresse
Que votre sac lui plaisait mieux
Que le sac d’une fortcresse.
Les íleurs dc lys qui sur vos poiles
Reluisent conime autant d’ètoiles
Pour íaire un nouveau (ìrmament
Par une pompe sans égale
Font reconoistre clairement
Vostre compagnie royale. . .
Viennent ensuite les descriptions des tableaux, au nombre de vingt-huit,
oii chaque sujet est glorifié par le poète.
Parlant dans une autre partie de ses manuscrils des peintures des
Pénitents Bleus, M. Daignan rappelle que M. Bcdout. bel esprit de la ville
d’Auch en a fait la descriplion en vcrs qui furent fort estimés.
Nous tenons à faire des réserves sur cet enthousiasme de ses contcmpo-
rains, en nous rappelant le vers du poète :
Le juge sans reproche est la postêrité.
II est en effet, ccrtain, que si Bedout a voulu se survivre commc poète
français, il n’a pas rèussi,car nous voyons à chaque pas, dans ce spécimen
de ses ceuvres, son embarras â manier la langue Française, Tidiome
national. Après la Iccture de ce long poème, il ne viendra à i'esprit de
personne de regretter la perte de ses oouvres françaises. Cette pénurie
poétique nous paraît d'autant plus choc|uante que nous sommes au moment
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oii Ja langue est capable d'cxpiimer désorraais toutes ses idées, en pleine
possession d’elle-mème, elle est entiòrement franeaisc par la syntaxe et le
vocabulaire. C’est du resle, du coucours deces circonstances, de la réunion
dc ces élémenls que va sortir, arméc de pied en cap, nolre littéralure
classique.
Jusqu'à nouvel ordre, nous considèrerons Bedout comme Poète patois.
A ce titre, notre táche sera facile.
L'un des traits les plus saillanls du caractòre Gascon, pris en gènéral,
c’est sans contredit son culte pour la petite palrie d’origine.
Tous nos poòtes du Moyen-Age, troubadours et jongleurs, nos glorieux
ancèlres, glorificnt dans la langue paternellc, leur cher pavs de Gascogne,
la fraîchcur du matin, les fleurs des prairies ct leurs couleurs brillantes.
Ils vantenl la limpidité des ruisseaux, lc chant des oisillons, et proclament
qu'un petit jardinet vaut mieux qu'une terre ailleurs. Plus tard, Garros ,
Ader , Dasiros , Bedoul lui-même et ceux qui suivront, fidèles à la
tradilion, manifesteront à leur tour pour le ciel natal, un attachement
infini. IIs le célèbrent à l’envi les uns des aulres, préférant leur coin de
terre à l’univers entier.
Cette constatation de patriolisme local bien ètablie, nous signalerons
ègalement un fait non moins curieux, c’est robstinaiion des Méridionaux
dans lcur patois et dans leur musique.
Lorsque Ilenri IV, en habile politique, disgraeia notre palois qu'il écrivait
et parlait si bien, au profit de la langue du Nord, il savait bien qu'il ne
mourrait pas de ce coup. La laugue pour le patriote n’cst-elle pas aussi
chòre que la foi pour le croyant? Cette persislance en faveur de la résur-
rection de l’idiomc local est surtout remarquable en Gascogne. En pleine
pêriode française, lous nos Poètes, sans exccption, arborent l’étendard de
la révoltc et prèchent la croisade contrc la langue triomphantc.
Bedouf, à l’exemple de scs aìnés, s'institue lui aussi son dcfenseur, en
íaisanl ressortir sa beauté et scs mérites :
Jou diri quauques paraules en-fabou
deu lengatge Gascoun, que la doussou,
la raajcstat ò la gracie, so plazen d’ac-
coumpaigna, talòu qu’un boun ê franc
Gascoun, aubris la gorgo per desplega
sas pensadcs. Jou hari bozequ’aco’s un
lengatgc digne dc bantalasactious genc-
rouses deus millous souldats de la terre,
auta p’an couracd’estouíîa deguens lou
mesprets, la banitat d’aquets que]n’au
jamèsheitarrengque baille. Jouparlari
Jedirai quclques paroles cn faveur du
dialecte Gaseon, que la douccur, la raa-
jestê et l’êlégance sc plaisent à acconi-
pogner, sitòt qu’un bon ct franc Gas-
eon ouvrc la bouche pour expriraer
ses pensées. Je ferai voir quc e’cst là
un langage dignode vanter lcs actions
gónéreuses des raeillcurs soldats de
la terre, aussi bien que d’êtoufïer dans
le mépris, la vanitê de ceux qui n’ont
jaraais rien fait qui vaillc. Je parlerai
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d’et coume d’un lengatgeque lou Fran- de lui ootnme d’une idiome que le
cès recouneich per soun caddèt ou locte- Français reconnait pour son cadet ou
tenent, è que lou Diu de la guerre par- lieutenant, et que le Dieu de la guerre
iaraperarrounsalapooudeguensramne empioiera pour enfoncer la peur dans
deus Gigans, si tournauen prene Jas 1‘àme des Géants, s’ils retournaient
armes countre lou Ceu. . prendre les armes contre le Giel. . .
Avant lui, Dastros donnait, comme nous l’avons vu, des conseils à ses
contemporains, en leur disant :
Crey-me, Gascon, n’ajos bergouigno
De nosto lenguo de Gascouigno,
Ni de l’augi, ni d’en parla
Coumo à Leytouro è à Sent-Cla.
Crois-moi, Gascon, n’ai pas lionte
De notre langue de Gascogne,
Ni de l’entcndre, ni de la parler,
Comme à Lectoure et à Saint-Clar.
S’attachant à faire ressorlir le mérite du dialecte de sa toute petite patrie
de Lomagne, dont il se fait le chanipion, il prétend que les autres sont
horriblement corrompus, le sien étant aussi pur et aussi franc que le grec
et le Jatin.
Bedout, de son côté, défeud sa ville natale, dont il dit en bon íìls :
Que noste bilc d’Auch, ei auta plan
per parJa coume hè, la maï, la prin-
ccssc, la douts è la prumère bile de
Gascouigne . . .
11 ne sera pas moins catégorique
dialecte qu’il emploie :
Siquauq’undits que moun Gascouu
n’es pas lou mes franc, lou mes gene-
rous, è lou mes sancé qu’om pousquc
parla deguens la Gascouigne, jou’n pre-
garé d’em hé bezc que noste bile d’Auch
nou paresch pas sur un loc haut aus qui
bengucn de TouIouse,è jou l’anirépesca
deguens lou Gers . . .
Que notre villo d’Auch estaussi bien
pour parler comme pour faire, la mèrc,
la princesse, la scurce jaillissante,et la
prcmière villo de Gascogne. .
quand il proclame la supériorité du
Si quelqu’un soutient que mon gascon
n est pasle plus franc, leplus géncreux,
Je plus pur qu’on puisse parler en Gas-
cogne, je le prierai de me déinontrer
que notre ville d’Auch ne parait pas
sur un lieu élevé à ceux qui vien-
nent de Toulouse, et j’irai lo pècher
dans le Gers. . .
On lui pardonnerait aisément le lvrisme avec lequel il parle de sa vieille
cité Gasconne, juslifié du resle par son passé historique qui ne manque
pas de grandeur; on ne lui en voudrait pas davanlage du culle qu’il
professe pour le dialecte qui lui est propre et qu’il gloriíie, si on ne décou-
vrait dans sa manière une contradiction avec ses afíirmalions. Car au lieu
de s’appliquer commc ses èmules de la Gascognc à maintenir dans ses
écrits la purelé de 1‘idiome aquitain, il ne eesse d’y déroger.
Voltaire , ce maîlre inappréciable en matière destyle, de goútetde saine
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appréciation liltéraire, a Hit dans son Dictionnaire philosophif/ae au mot
Langues :
« Toute langue étant imparfaite, il ne sen suit pas qu on doive la
* changer. II faut absolument s'en tenir à la manicTedont lcs bons auleurs
» lont parlée, et quand on a un nombre sullisant d 'auteurs approuvés, la
» langue est fixée. Ainsi on ne peut rien ehanger à l’italien, à l’espagnol,
» au français, à l’anglais, sans les corrompre ; la raison en est claire,
» c’estquon rendrait bientòt ininlelligibles les livres qui font rinstruction
» et le plaisir des natious. »
Cette pensêc si vraie s'appliquc directemenl au poète auscitain, car il a
tout à fait change les conditions ct la nature de la p )ésie gasconne ; sous
sa plume, le patois, si cnergique et si pittoresque, a perdu ses qualités
natives. II pense en franrais, et dcs lors il ne fait qu’un Irès rare usage du
génie particulier du dialecte doiit, il se sert, renoiv,ant ainsi à la seulepoinle
d’originalitè qui reslàt encore à la liltéralure mêridionale.
Du reste, ses contemporains avaient du luien faire la remar((ue, car il
cherche à s’en excuser :
Jou desabuzari tabe l’esperitde quau- Je dêsabuserai êgalement l’csprit de
quesfats qui mous eschorden de parau- quelques prétentieux qui nous assour-
les è qui pcnsent auc troubat la haue disseut de parolcs et qui eroient avoir
degucns la coque, mès qu’agen assegu- trouvê la fève dans la coque, sitòt qu’ils
rat que lou boun gascoun ei nescut dab ontaílirmó que le pur gaseon est né avec
ets, coume si noste lengatge se rezer- eux, eomme si notre langagechoisissaU
baue la gorged’aquets badis per explica la bouchedoees farceurs pour expliquer
sous oracles. Si jou bouleui segui ma ses oracles. Si je voulais suivre mon
boutade, jou pouiri lous embrouma de raisonnement, je pourrai les accabîer
razous toutes toucantes, per lous empa- d’arguments irréfutables qui les em|)ê-
cha de trouba luts deguens las naueres cheraient de trouver la lumière dans
propositious qu’eris an aprezes dab leurs nouvellcs théories qu’ils ont ap-
quauque régent de bilatge . . prises avcc quelque régent de village...
II se défend avec non moins d energic conlre les aeeusations formulêes
contre lui d'ètre un plagiaire (1) :
(1) Au siïvle suivanl, Amlrc Chcnicr répondra à eeux qtii lui rcp/oclient scs em-
Srunts, cn Jeur signalant danircs larcins, íaisant ainsi de rimitalio t non pas une
abitude mais nnc théoric :
l ‘ ii ju^<‘ siíuroillcM.x épiant nx's mnrap's
Toiit ;i couj» â ^rands «*ris d«'n<»n< <' \ín^t itassatrcs
Traduits <l<* tcl autcur nommc. ct lcs trouvant
II s’admip' <‘î sc j>Iait à s<- \oir si savant
(^uc nc \iciit-il vois moi ! ,Jc lui frrais <-.>nnaitr<'
Millc d<* iiics larcins Qtril i;;n<»r<' |>cut-òire .
Mon <loi"t sur nmn mantcau lui <lcvoilc à l'instant
I.a <<>iitur<' inviisiblc ct <|ni va s<'rj>cntant
l'our join<lrc à mon ctoflc unc j>oiirj>rc ctranj;crc,
Jc lui montrerai l’art ifrnor(* du vuljrairc
I)e séparcr au\ ycnv, cn suivant leur lien,
Tous ces niétaux unis dont j’ai fornic* le micn.
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L’embejous remarcara deleu deguens
moun Parterre, dues ou tres pensades
que d’autes an agut ou pouscut aue;
mes jou l’asseguri qu’eres s’emprezenten
dauant en despeit qu’en agei, ses que
las ane cerca. E per quenou las pouiri
pas jou trouba tabe coume lous qui
soun nescuts prumêque jou, pusch qce
Diu m’a dat las tres íacultats de
l’anine? D’aute coustat, jou podi dize,
scs poou d’em banta, que jou n’ nou’m
coumporti pas counie lous qui coupen
las aureilles aus passatges deus autes,
è qui lien d’un banc ue scabòle ente
qu’om nou counegue pas so qui j>a-
nen. Au countrari, jou héu dues ou
tres puntes d’ue soule qu’om aura
heit d’autes coj>s sesque jou’n sapio
arreng, è j)usch, jou las desplegui
d’autc faisoun è en d’autes ternies. En
un mot, si per este Gascoun è cau este
lairoun, bous aurats subjètd’ém prene
per Angles...
L’envieux remarquera peut-ètredanâ
mon Parterre deux ou trois pensées que
d’autres ont eues ou ont pu avoir; mais
je lui donne l’assurance qu’elles se sont
présentées devant moi et en dépit de moi-
mème, sans que j’aille les chercher. Et
pour quelle raison n’aurai je pu les
trouver aussi bienqueceuxquisont nés
avant moi, puisque Dieu m’a accordè les
trois facultésde l’àme? D’un autre cótè,
jepuisafíirmer, sans craintede me van-
ter, que je ne me comporte pas corame
ceuxqui rompent lesoreillesauxouvra-
gesd’autrui,etqui font d’un banc un es-
cabeauafìnqu’on nereconnaissepas leur
larcin. Au contraire, je fais deux ou
trois pointes d’une seule, comme cela
se sera produit en d’autrcs temps sans
que je sache rien, et puis je les dóve-
loppe d’une autre manière et en d’au-
tres termes. En un mot, si pour ètre
Gascon il fant être voleur, vous aurez
raison de meprendrepour un Anglais...
Ne possédant pas le génie créalenr, on ne saurait raisonnablement lui
reproídier d’avoir pris pour modèle le style, le tour, rharmonie, le genre
d’un aulre. lmiter ainsi, dit Voltaire, ce n'est pas êlre plagiaire. II est
ccrlain que rimitation ne lui aurait valu que des éloges s’il avait atteintou
mème dèpassé la perfeetion du modèle, mais il a eu le tort de se montrer
inférieur, cela suffit pourqu’on lui en fasse un crime.
II lermine sa boutade contre ses envieux en leur dècochant quelques
trails pleins de malice :
Après tout aco, qui se menlera de Après ccla, que celui qui se mêlera de
reprene quauque cauze degucns mas critiquer quelque ehose dans mcs «îu-
obres, que se soubengue qu’aco n’es vressj souviennequcce n’est pas seule-
pas ouei soulamcns que lous igrou- ment aujourd’hui que ]• s ignorants et
rens é lous malicious coumencen de se les prétentieux commencentà se trom-
troumpa qu’an prenen la libertat d’este per quand ils prennent la libortè d'ètrc
jutges; è que hasse so que jou ei héi juges : qu’il produise donece quemoi-
enta pauc de tems (I), dab ta pauc de mème ai fait en si peu de temps, avec
(1) Happelons en passant, que ses premiers essais poètiqucs datent de 1636, etque
lc l'arterre Gascon, fut imj)rimè en 1642. C'est donc dans l'intcrvalle de cinq ou six
annèes à peineque !e Poète produisit. sesdiverses compositions, qui sont j>ar consé-
quent une oeuvre de jeunesse. Comme notre grand Poète Jasmin. avec lequel
il a des poinls de ressemblanoe, Bedout serait arrivé comme lui à dépouiller sa langue
des scories r**rancimandes de sa jiremière manière, s’il avait continué àson exemple à
tréquenter les Muses.
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— âós —
peine è sense pana, è labets jou tour- si peu de peine, et sans voler, alors je
narei à n)a nouirisse . . retournerai à ma nourrice. . .
II reconnait loyalement s'être servi de cerlains mots dont Forigine
Gasconne ne saurait ctre ì-èvoquéeen doule. et il réclame dans d'autrescas
le bénéficedes licences poéiiques.
Acclamé, adulé par des amis complaisants qui le grisèrent d eloges en
toutes langues selon la mode du temps, nolre Poòte Auscitain, se gâta bien
vile anx cnivremcnts de la flatterie, montrant un orgueil supériour à son
talent. Aussi se erut-íl le premier poète de son temps.
Cette vaniiè excessive s'exercera tanlòt au profit de son père que dans
une Epigramme il compareà un soleil ; tantôt il gratifie un de ses oncles
Lafont, docleur en droit, d'éloges aussi ridicules que hors de proportion
avec ses mériles.
Les termes dans lcsquels il parle de lui-même en s adressant à ses amis
témoignent d’une imperlurbable outrecuidance.
RBSPOUNCB AUS BÈRS DB MOUS AMICS
Si boulets liè’m un ben, amics, aco siè prou
Desplega bostes bérs per banta moun oubratge.
Qui dira qu’aco’s trop? jou bau plega bagatge
Se he millou que jou.
Mès en déspeit de tout, jou boï que moun pincéu
Bante ta haut moun nom au temple de memorie
Qu’om nou creira jamès, per desquilla raa glorie
Me poude hè rampèu.
REPONSE AUX VERS DB MBS AMIS
Si vous tcnez à me faire plaisir, amis, qu'il vous suffìse
D'étaler vos vers pour vanîer mon <cuvre,
Qui trouvera que c’est exagéré ? jc consens à plier bagage
S’il cn est qui fassent inicux qite moi.
Mais en dèpit dc tout, je veux que mon pinceau
Vante mon nom si haut au temple de la renomméc
Qu’on ne pourra jamais pour renverser ma gloire
Me tenir tt*te.
Bedout nous rappelle ce vers de Sedaine , dans son Epìtre à mon habit.
On applaudità tout, j’avais tant de génie !
Malgré Fardcur de sa foi, il ne pousse pas la vertu jusqu’à la pralique
de la modestie. II n en a cure, se bornant à cultivcr son Moi avec
conviclion ; il découvre en lui le grand homme dc Province, plein de suffi*
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- 303 —
sance, ce qui nous laisse supposer qu’il a dû ètre dans sa vie solennel et
iruporiant.
Comme poète rexaltation de la pensée est loin d'ètre vive et il n atteint
jamais la perfection de slvle qui est le secret des grands poètes. La poésie
populairc n'est jamais plus sure de plaire qu'en i*estant fidèle à son génie
qui est Tinspiration. Sans ôtre dépourvu de ce don précieux, Bedout ne
nous donne pas la mesure de son talent en éviiant d alxirder les grands
sujets. Ce n'est ni un Ivrique ni un épique, ce serait plulôt un descriptif.
II n est pas grand, et lorsqu’il veut s’élever il manque de souffle pour
arriver jusqu’aux cîmes qu’il n’a jamais pu alleindre. Sa muse se plaît dans
les sujets moyens, le genre familier. 11 manque mème d’originalitè, qualité
que Ton reeherche dans un poète patois, car on remarque, comme nous
l'avons déjà dit, dans tous le cours de ses ouvragcs une tendance secrèle
à imiter Goudelin sans toutefois arriver à sa hauteur.
Nèanmoins, nous lui savons gré d’avoir eraployé dans ses ceuvres la
vraie forme orlliographique (1), suivant ainsi la tradition des Troubadours
que du reste Pey de Garros ei avaient à leur tour respectée. Dastros
est le seul qui ait êtê infidèle à la règle ; partout où les premiers metlent
dans leurs chants, au, euy iu , ce dernier écrit aou, eou, iou .
Pour le lire avec facilité, il est indispensable de savoir que Ye muet
remplace Vo final, et que la lettre u après une voyelle (excepté après un o)
sonne comrae ou mais sans toriner une syllabe comme dans haut% ceu,
Diu , suu, qui se prononcent haout , ceou , Diou , suou% etc., monosvllabes.
En résumé, Bedout jouitde la rèputation d’un homme d’esprit; il faisait
ses vers avec facilitè, ses expressions et ses tournurcs de phrascs, sont
souvent heureuses. II ne put cependant s empêcher de sacrifier un mauvais
goût de l’époque, importè d’Espagne et d'Italie, ce qui faisait trouver plai-
sanles certaines manières de parlercommuneset triviales. Malgrèlout, son
oeuvre n’est pas sans mérite. Elle sedistingue moins par la virtuosiiè et les
habiles artifices de la versification que par la simplicilé de la forrne. Sous
la plume de notre compatriole, le dialecte Auscilain se rajcunit et sc prôte à
lous les tons, devenant tour à tour, grave, moelleux, trivial ou mélancolique
II parvient à l’assouplir et les cordes de sa lyre sont assez dociles pour
chanter l’amour, la nature, les bergères et scs amis. Tantôt triste, tantôt
badin, la langue, sous ses doigts, se transforme, se module et se ploie à
toutes ses fantaisies dans les différents sujets qu’il traitc.
(1) 11 existe en Gascogne un code remontant à 1531 rcglé par les trois Klals de la
Xavarre bien adapté à notre idiotne et qne les auieurs ont adoptc depuis cettc cpo(iue.
l.es impritneurs Toulousains ont continué le nicme système orlographique et par
suite tous les 1‘octes du rayon Toulousain des xvr,.\vir et xvnr siècles ont ccrit de
mcme; cette uniíonuitc permet de lirc leurs ohin rcs avcc facilitc.
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— 504 -
Enfin, Tun des caractères les plus précieux de ses compositions poetiques^
c est d avoir, dans une certaine mesure conservé à ses vers l’arôme du sol
natal.
Bedout mourul à Aucli, en 1693, à 1 ’âge de 76 ans (1).
En 1850, un érudit Toulousain, M. Philibert Abadie , publiaune
nouvelle édition des ceuvres du Poète auscitain, sur Texemplaire existant à
la bibliothèque d’Auch (2).
D après son édileur, Bedout n enlrelint aucun rapport avec Goudetin ct
scs êrnulcs de la Gascogne. Jaloux, sansdoutede leurmérite etnetrouvani
pas auprès d'eux le concert de louanges qu’il avait l’habitude d’entendre, il
dèdaigna Icur commerce. C esl peut-être pour le même molif qu’ií ne prit
jamais part aux concours des Jeux-FIoraux à Toulouse.
Sa vie privée et professionnelle out droit à tout notre respect. Ce fut un
honnctc homme, un excellent pralicien, et, de plus, un patriote. Durant
lepidémie de pesle (3) quisévità Auch en 1653, nous voyons Géraud à
côlé de son père (4), prodiguantleurs soins aux pestiférés avce un courage,
une abncgation dignes des plusgrands êloges.
Son oeuvre, malgré ses dèfauts, lui assure une place honorable parmi la
phalange Gasconne.
C’est le seul poète qu’ait produit la ville d’Auch ; il a de plus écrit ses
(euvres dans ce gai patois du Midi, montrant ainsi combien vraiment
l'esprit poêtique court le monde et sait éclore sous le soleil partout où il y a
des abeilles, des cigales et des papillons.
(1) Dc son mariago avec Jeanne de í.esca, Géraud Redout avait eu cinq enfants :
Thoineítc , Jcnn , Marie-Anne, Marie-Roze et Pierrc-Hiacinthc Redout.
La date dc sa mort que nous íixons en l’annéc 1093 nous parait certaine, eJle est
basée sur Jes deux ncies autlientiques suivants :
Le 17 jauvier 1092. Gcraud Bedout, sa femme ctant dècédée, assiste avec Tlioinette,
son tils Jean, dooteur en módecine, et Marie-Roze, comme témoin au mariage de sa
lllle, Marie-Anne, avec Louis dc Barranque . sieur de Belile , liabitant de I.agraulet.
(J^xtraitdes minutes de M. Dupuv. notaire royal.)
Le 29 mars 1094, Louis Barranque sieur de Belile. licritier testamentaire de feue
Mai •ie-Anne-Bedoul, sa femine, subroge « dcmoiselle Thoinette de Bedout ít tous les
droits qu’il a ou peut prétendre sur Ja succession de Jcanne de Lesca el de Géraud
Bedout (Lxtrait des minutes, mêine notaire )
(2) Lou Parterrc Gascoun coumpousatde quouate carrêus, par G. Bedout, d’Auch.
préc<‘dé d’une introduction et suivi d’uu choix de l^oésies de divers auteurs et d’uu
Dictionnairc des principaux termes du Dialecte Gascon, par A. Rhilibert Abadie,
Toulouse, Jougla, libraire-éditeur, Auch, Brun, Jibraire, 1850. ímprimerie de J. Foix.
(3) Le terrible fléau qui avait êclaté le 6 juin 1653 e\er<;a ses ravagcs durant cinq
ou six mois et Ilt 4 ou 5,000 vietimes dans la ville ou la juridiclion.
(4) Georges Bedout était mort â Auch cn l’an 1662 ; il fut enterré dans l’église des
Pères CordeJiers de cette ville.
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DÏÏGÁY (Dominique)
Pendant la deuxiême moitié du xvne siècle, TArmagnac eut rhonneur
de donnerle jourà un poète, Dominique Dugay, qui naquit kLavardens (1)
en 1643.
Si nous sommes à court de renseignemenis biographiques, cela tient à ce
que les archives de cette commune ne datent que de 1700, un incendie ayant
détruit toutes celles qui dataient d'une époque anlérieure.
Nous n’en avons pas moins acquis la eertitude que la famille Dugay,
était d'origine bourgeoise et qu elle jouissait dans le pays, d'une grande
considération, qui s accrut encore par ses alliances. Nous savons en effet,
que le père de notre Poète avait épousé Bernarde Meilhan , de bonne
bourgeoisie et dont le nom est encçre très répandu dans la contrée.
Nous avons d’elle quelques vers qu’elle adressait à son fils à Toccasion
(1) Village situé à 18 kilomètres d’Aucli, appartenant au canton de Jegun et cons-
truit sur un maraelon entouré d'une ceinture de collines percées par trois vallées.
Hntièrement dominé par le eháleau perchó *ur un roc, Ies maisons au nombre de 80
sont étagées en amphithéâtre \ ers le midi. I.a populaiion agglomérée compte 200
habitants, mais de nos jours plusieurs constructions nouveiles se sont édinèes en
dehors de la porte Est. Le style ronian des parties du château qui subsistent encore,
Ja tour de l’ancienne église, dont le pied esi carré avec quatre portes en style ogival,
et qui sert de clocher à l’èglise, témoignent de leur antiquité qui peut étre rapportée
au moyen âge. Le site était admirablemcnt choisi pour la defense, et le vieux mauoir
féodal comportait une masse importante de constructïons susceptibles de loger une
nombreuse gamisou de gens d’armes et soutenir avantageusement un siège.
C’est en raison de son importance que durant la guerre de Cent Ans Edouard IIÍ
imposa aux Gascons vaincus une garnison an château de Lavardens à la charge des
habitants (1343).
En 1620, le duc de Roquelaure entreprit la restauratio'n du vieux chàteau fort qu’il
fit raser, ne conservant que les écurics qui existent encore en asscz bon état et flt
édifler le cháteau actuel qui n'a jamais èté terminé. C’est une masse sans style aux
murs épais jusqu’au premier étage. Au couchant il se termine par deux tours latérales
d’une egale hauteur d’au moins trente mètres, soutenues par deux cuillers en ogive
d’une grande hardiesse architecturale.
Eti 1789, le château nppartenait à la famille Mirabeau qui ne l’a jamais habité; il
passa ensuite entre les mains de la famille de Pins qui fut forcée de s’en dessaisir. 11
appartient aujourd’hui à p'usieurs petils propriétaires qui en possèdent chacun une
partie.
Au moyen âge. Lavardens était considéré comme villc; en 1789, il était chef-lieu
de distric’l assez considérable. Le curé avait le titre d’archíprêtre, sa juridiction s’éten-
dant sur plusieurs paroisses. Le dernier fut M. dc Saint-Mcsard , que le clergé de
Gascogne nomma député aux Etats Généraux en 1789.
20
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— 306 —
de ses succes poétiques et qui prouvent que leur auteur élait un esprit
cuitivé :
Mon ílls, que je te trouve heureux I
De ce qu’aux Jeux Floraux, pour seconder tes voeux,
On te donne une fleur d’éternelle duréo;
Mais combien t’en trouve-je plus
De ce qu’on dit par tout qne tu l’as méritêe.
Mademoiselle de Moisen , cousine du Poète, lui adressait à son tour ses
félicitations en ces termes :
Lorsque tout ìe monde s’erapresse,
Pour pouvoir te féliciter,
Ne serois-ce pas mcriter
Que l’on m'accusât de faiblesse
Si l’on m’en voyoit exempter ?
Et bien ! je te félicite
De ce qu’on a si bien secondé ton désir,
Et sois seur que ta réussite,
Cousin, m’a fait force plaisir.
Un autre mcmbre de la famille, Joseph Ditgay , également désigné
bourgeois sur les acles, était avocat du duchê de Roquelaure. II s’élait
marié le 18 novembre 1621 avec Mademoiselie Jeanne de Loubère (1), dont
les parents étaient originaires de Sabazan. De cette union naquit une fille
Jeanne Fernande Dugay (2), qui fut baplisée le 13 septembre 1722.
La fiiiation se conlinue ainsi jusqu’au docteur Louis Molas , décédé h
Auch en 1867 ou 1868 à un âge très avancé (3), et ellc subsiste encore
de nos jours, avec honneur.
(1) Contrat dc mariagc du sieur Joscph Dupuy et demoiselle Jano Loubèrn (dite
ailleurs do Loubère) du 18 novembre 1721. (Extrait des minutes de l’étude de Mr
Daubas , notaire à Lavardens.)
(2) Fxtrait des registres dc baptême de la paroisse de Lavaidens.
(3) Dans l’esquissc d’unc topographie mêdicale de la ville d’Auch (Brun. lib.-impr..
Anoh, 1836), le docteiir Motas, en parlant du dialecle gascon, cite quelques vers de
du Gat f qu’il prêsente oonmie étant son aïeul maternel. On nous communique à ce
sujet un souvenirqm a sou prix. 1/excellent docteur possédaitdes pièces d’argenterie
avcc un geai en écusson sur le manche. véritables armes parlantes, qui devaienl sans
nul doute provenir de la succession du Poète. Or chacun sait que gay. en gascon,
signilie geai (oiseau); si ces couverts avaient appartenu à Dugay, son nom devraii se
piouoncer Dugaï.
11 est également à rcinarquer qu’il écrit du Gay en deux mots. Dans sa Statistiquo
des dêparicnxents Pyrènccns nu Mi:oi-: einploie le inémemode orthographique. Ce qui
coufirme que de tout temps la bourgcoisie a eu des tendances à se rapprocher de la
noblesse. Nous iui uiaintiendrons celui (ju’il a emplovè dans ses oeuvres imprimées.
« Du Oay, ajonte-t-il, n’est pas le seul poète qne LaVardens ait pro luit. Cette petite
i» ville, pres d’.Vnch. placée sur un momicule élevé. peut être considérée comme Ie
»» Damasse du pays. ('ela dépendrait-il de la vivacitè de l’air qu’on v respire? V
» aurait-il uu hyppocrène? C’est ce que j’ignorc; je sats seulement qu’il V a une fois
» tous les ans une très belle foirc de dindons. (Honni snit qui mal y ponsc.)
» Je rogrciie de u’avoir pu me procurcr les cotnposiiious d'un poete vivaut dc la
» méme ville. îS’il est perniis d’en juger par qnelques fragmeuts qui sont venus à ma
» conuaissance, je dois dire qu’oo y trouve toute la pureié de langage, sa richessc et
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— 30? -
Le jeune Dominique fit ses humanités au collègedes Jésuites d’Auch où
les pères développèrent de bonne heure sa vive intelligence et le goût de la
poésie. Ses études terminées il fallut se décider sur lechoixd'une carrière;
c’est la médecine qui l’attira. II commença ses premières leçons à Toulouse
pour aller ensuite prendre ses grades à Montpellier. Muni de son titre de
docteur, il vint se fixer à Lavardens près des siens et y pratiquer l’art de
guérir.
C’est dans cette retraite paisible que les Muses vinrent le solliciter et
Dugay, à ses moments de loisirs, se livra à leur aimable séduction. La vraie
poésie est toujours sortie du sol natal ; allez par les bois et les champs qui
ont éveillé votre cceur d’enfant et vous trouverez les choses qui parlent à
1 ame mème de la foule indifférente. II ne se borna pas aux Muses sévères,
il sessaya modestement à la poésie légère ; les confidents de ses premiers
essais y applaudirent sans doute, et bientôt il reçut un encouragement
public.
Vaincu au concours des Jeux-FIoraux en 1689, il se présentait de
nouveau devant ses juges l’année suivante et obtenait comme récompense,
La Vioietle (1), pour un Chant Royal , ayant pour refrain :
Alcide (2) qui dompta le monstre d'Erinianthe ,
que nous sommes heureux de reproduire.
La paix régnoit partout, et la sage nature
Faisoit de FArcadie un séjour enchanté,
Tous ses peuples exempts de fraude et d’imposture,
» la vigueur du coloris qu'il est susr-eptible de donner à un tableau composó par un
» homme habile. J'ai remarqu»? dans ce que je counais du Poème du Cabinet cer-
» taines scènes burlesques du mcilleur goût. Je souhaiterais que mon jugement eút
» assez de poids et pút inspircr assez de confiance à M. C... pour le dêterminer à íaire
» jouir le public de ses oeuvres. »
(1) Le V' mai de chaque année. depuis l'an 1324, Toulouse célòbre en grande pompe
des tournois poétiques. Pour prix décernés aux Poòtes, des fleurs.
A la Violctte d’or primitive, on ajouta plus tard le Souci et YEglantine. A ces
trois fleurs, Louis XIV joignit Y Amarante d'or lorsqu’en 1694, par lettres patentes
datées de Fontainebleau, le grand roi érigeait en Acadéniie le collège de la Gaie
Science. Depuis lors, sont successivemcnt écloses au soleil des libéralitès privées le
Lis, la Primeoère et YCEUlet , augmentées en ces derniers teinps du Jasniin et de
Ylmmortclle.
L'Amarante dror est le prix exclusivement réservé à l’Ode. L’Académie, composée
des Mainteneurs éius et de Maitres es-jeux sortis dti concours. s’en montre avare ; à
peine en décerne-t-elle une tous les vingt ans. C’est qu’accompagnée de deux autres
fleurs d’argent, elle détermine la délivrance des leitrcs de Maitrise et donne droit de
siòger parmi les juges du camp. En possession dêjà dc deux Violettes et de trois
Soucis, M. Step/ien Liègard remporta au concours de 1866 une double Amarante.
Une seule autreíois dans le sièclc le fait s’est produit : le 21 juillet 1825 Victor Hu<fO
cueillait en móme temps deux fleurs d’or pour le Moïsc saucé das caux et le Réta-
blisscmcnt de la statue de Henri IV. A mainies époques, d’ailleurs. les registres de
l’Académie ont inscrit des célébrités parmi leurs lauréats, depuis le superbe Ronsard
jusqu’à Fabre d' Eglantine et Autran.
(2) Hercule, fils de Jupite> * et d ’Alcmène, reine de Tirynthc. Virgile , daiis YEnéide
livre vin, lui donne le nom d ’Alcide.
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— 308 —
Voyoient couler leurs joursdans la félicité,
Lorsque Pluton , jaloux du bonheur de cet àge,
Rópand de toutes partsle tumulte et l'orage,
Fait sortir de l’abime un monstre furieux,
Pour bannir de leurs bords le calme précieux.
Les mortels alarmés, d’une voix éclatante,
Poussent des vceux au ciel et demandent aux Dieux,
Alcide qui dompta le Monstre d’ Erimanthe .
A ce malheur naissant, tout se plaint, tout murmure,
La campagne est déserte et l'Enfer irrité
Efface de leurs champs l’agréable parure
Pour y peindre l’horreur de sa malignité.
D’abord ce beau climat prend une affreuse image,
Des troupeaux innocens le confus assemblage,
Ne respire déjà qu’un air contagieux,
Le temps môme roulant sur ses foibles essieux,
Attend que Jupiter de sa main bienfaisante,
Dissipe tantde maux, rende victorieux,
Alcide qui dompta lc Monstre d' Erimanthe.
Les plus fiers animaux, dans cette conjoncture,
Ne so fioient qu’apeine à leur agilité,
Ils n’aloient qu’en tremblant quèter leur nourriture,
Et toujours le retour étoit précipitê.
Les plus vaillans Héros que nourrit cette plage,
En vain contre le Monstre exerçoient leur courage.
Et de tous les mortels les plus audacieux,
Ne se croyoit pas seur dans les plus sombres lieux,
A lcmòne, Alcmènc même étoit dans l’épouvante,
Au point quo le hazard déroboit à ses yeux
A lcide qui dompta le Monstrc d’ Erimanthe .
Vaines précautions, inutile murmure!
La raison, la valeur et la dextêrité,
Ne sauroient prévenir unc triste aventure,
Dont le destin nous fait une nécessité,
Le sanglier courant le mont et le rivage,
Laisse dans les forêts des marques de sa rage:
Dévore également hommes jeunes et vieux.
11 jonche de corps morts son antre spacieux,
Et menaçant lcs airs de sa hure écumante,
11 sembloit dêfìer sur ce lit odieux,
Alcide qui dompta le Monstve d'Erimanthe.
A ce fìer ravisseur, Àlcide se mesure,
Le regarde, s’élance avec rapiditc,
II le saisit, l’étreint, évite sa morsure,
II triomphe et se rit de sa férocité,
Orgueilleux de sa proye, et Ûer de l’avantage,
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— 309 —
II le traine vivant au milieu du bocage,
Pour Pluton indigne, quei spectacle hydeux !
Le Héros s’aplaudit et rend grâce aux Dieux,
Le peuple rasseuré de toutes parts le vante,
Et bénit dans Tespoir d*un temps délicieux
Alcide qui dompta le Monstre dC Erimanthc .
AUégorie
Le Sanglier, jadis monstre pernicieux,
Est le démon fatal à nos premiers ayeuls,
Et Jèsus renchainant de sa main triomphante
Nous peint, mais en vainqueur plus saint, plus glorieux,
Alcide qni dompta le Monstre d’Erimanthc.
Nous le voyons couronner de nouveau par la noble Académie, trois ans
après. Cette fois c’est YEglantine qui luiest attribuée pour un Sonnet, qui *
est donné à Tessai avec le vers suivanl :
L’insensé mèconnoit l’ Autheur de la Nature
qui mérite d’ètre signalé :
Quel est l’aveuglemeut où le péoheur s’engage?
Sans cesse il s’abandonne à sa coupable ardeur;
Et tu souffres, grand dieu, qu'il blesse ta Grandeur,
Et qu’il ose entasser outrage sur outrage.
Ses crimes redoublés effacent ton image :
Ils t’usurpent le droit de régner sur son coeur
L’ennemi de ton nom y maitrise en vainqueur :
Ce Titan orgueilleux en reçoit tout l’hominage,
Ta bonté, qui toujours parle à ce cceur ingrat,
Luy représente en vain son déplorable état :
Ses plus pressans remords n'ont qu’un foible rnurmure.
Ta justice irritée enfln a bcau tonner,
Rien ne peut le flóchir, rien ne peut I’étonner,
L’Inscnsó meconnoit l'Authcur dc la Nature.
Nous ne nons attarderons pas à critiquer la valeur de ces deux compo-
sitions françaises, qui du reste, font honneur à notre compatriote, car elles
se recommandent par une étude suffisante de la langue nationale qui est
fixée depuis longtemps par tous nos chefs-d’oeuvre classiques.
Dans rintervalle de ces deux concours, Dugay, récitait à Toulouse dans
les séances publiques du mois de Mai, ses CEuvres Gasconnes , qui durent,
nous en avons la ferme conviction, disposer les juges en ?a faveur, plutôt
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— 310 —
que ses (Euvres Françaises , ces dernières n’ayant été composées que
pour répondre aux exigences du programme Acadéraique.
Sa vraie raanière, eneffet, est la manière Gasconne ; il confìe ses concep-
tions à cette langue douce et harmonieuse, simple et naïve et on voit sans
peine que le dialecte qu’il emploie lui est familier.
Ses oeuvres constituent un recueii divisé en deux parties comprenant :
1° Le Triomphe de la Violette (1), petit in-8° de 39 pages, portant la dale
de 1692 ; 2° Le Triomphe de VEglantine (2), 24 pages, iraprimé en 1693,
livre devenu très rare (3).
Dans le Triomphe de la Violette , il débute par un acte d’aíTirrnation,
contre Dame Clèmence où il expose avec entrain et bonne humeur les
griefs qu’ii articule contre la noble Dame, laissant à ses juges le soin de
prononcer en dernier ressort :
Jou Doumengues Dugay, parent de mous parens,
Afftrmi dab bertat à Moussu Catalani,
Que souy bengut en Capitani
D’un loc qu'aperon Laíiardens.
Sabéts au mens à quatre estrius:
Car jou mountaiii yo cabalo
E raoun Baylet (pes tretze bius)
Un chibau de gran préx per me pourta la raalo.
Atau scs crcigne l’enemic
Jou ê heyt dex leguetos én cliic,
Moi, Do.MiNHjUi: Duoay, parcnt de mes pareuts,
J’afíirme en toute vérité à Monsicur Catalan,
(Jue jc suis venu en capitaine
D’uu iieu qu'ou nomme Laoardens
Savez-vous au moins à franc étriers;
( ’ar je montais unc jument
Kt mon valel (mareliant à pied)
Un clieval de grand prix pour me porter la malle.
Ainsi sans craindre rennemi
J'ai fait dix petites lieues de cliic.
(1) Rer.ucil de toutesles Piêccs Gasconncs et Françaises qui ont été récitées à l’Aca
démie des Jeux Floraux, dans l’Hótel-de- Ville de Toulouse. (A Toulouse. cliez
/\ ntoina Colomi.cz, imprimeur et inarcliand-libraire, vis-à-vis la Monnoye, prês la
porte du Palais. m.ih .ncii.)
(2) Uc Triom/ilu! do l’ Rf/lantinc, nvec les Picces Gasconnes qui ont été réeitées
dans rAcadémie des Jeux Floraux les annres précédentes. (A 'l’oulouse, cliex Antoina
('olomiej, imprimeur et marchand libraire, vis-à-vis la Monuoye, près la petite porte
du Palais. m. dc. \ciii.)
(3) ( es recueilsn’existentpas dans nos Bibliothèques Parisiennes. I.es seuls exem-
plaires connus en province appartenaicnt à MM. Ics Docteurs Bernard Dasbarreauas
et iXoulaL Cielui de M. Taillade, très complet, provient de la Bibliothèque A. Du
Mêge; c'est ce dcruier qui a été giacieusement mis à notre dispositiou.
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Per traíiersa nosto Gascouigno,
En bengue jou’ é tant despcnut,
Que bous juri sense bergouigno,
Que quan soiiy arribat moun bousset ero eschut.
Ey quitat enqoiié mous ahés
En de hc jutja lou proucés
Que jou’ é crounto Damo Clamhnço
Moussurs, qu’éts touts d'abillos gens,
Au mens quan dets bosto sentenço,
Nouts dcibrembets pas lous despens.
Pour traverser notre Gascogue,
En venant j'ai tant dépensé,
Que je vous jure saus honte,
Que lorsque je suis arrivé mon gousset était vide.
J’ai quitte encore raes afïaires
Pour íaire juger les procòs
Que j'toi contre Damr Clrmencr,
Messieurs, qui êtes tous d'habiles gens,
Au moins lorsque vous rendrez votre sentence,
N’oubliez pas ies dépens.
Tout aulre que lui auraitsongé à mettre sa muse sous le liaut patronage
du Président Jean-Guy de Maniban (1), mainteneur des Jeux-Floraux et
(1) L’origine des Maniban , est des plus plébóiennes. Sortis du village de Mauléon ,
dans le Bas-Armagnac, leur premier nom est La fìassa ou dc La fìassa C’est sous
cette dénomination que nous les trouvons durant la première moilié (iu xvr siècle et
c’est comme bourgeois et souvent même comrae marchands qu’ils sont désignés dans
les actes, assez rares du reste, de cette époque. Ce qui ne Ics empêche pas de devenir
en très peu de temps, successivemcnt seigneurs des terres de La Causannc , de Lusson ,
toutes aeux autour de Mauléon, et aussi de Maniban. dont ils prirent le nom au lieu
et place de celui de La fìassa. avec des Jettres d’anoblissement.
C'estvers 1560, qu’un seigneur de Maniban, Pierre dit Lar.hcsnayc dcs Bois sans
autres indications, éle\ a considérablement sa maison en épousant une noble héritière
du Haut-Armagnac, Franaoiso dc Bousty , dame du Busca et d’Anrpcils , et qui devint
ainsi le chef de la famillc. De cc niariage naquit vers 1566. Jcan dc Maniban qui
devait jouer un ròle important dans l’exercice de ses fonctions administratives.
En effet. le 13 aoút 1594, il est reçu Conseiller au grand Conseil du Hoi et I’année
suivante, ii peine àgé de trente ans, il est nommé Lieutcnant-Général en la séné-
chaussée de Bordeaux, puis Maitre des Hequêtes. 11 avait épousé, le 6 mai 1605,
Jeannc dc Ram , fllle de Tbomas do Ram , Lieutenant en la sénéchaussée de Bor-
deaux. Eu 1614, il remplaçait ì\ Toulouse, le Président Potierdc la Terrassc , chargc
qu’il illustra et qui allait durant quatre générations devenir hcrcditaire dans sa íamille.
II mourut vers 1630, laissant quatre enfants : Thomas , Guy% N. dc Ram du nom de
sa mère, et François Lancclot.
Très jeune cncore et alors que son père Jcan occupait au Parlement de 'roulouse la
haute situation que nous vcnons d’iudiquer, Thoma* dc Maniban avail été pourvu
d’une charge de Conseiller à la Cour du P.irlement de Bordeaux et dès le mois de
janvier 1632. il est reçu en roífice de Conseiller et d’Avocat gcncral au Parlement de
Toulouse qu’il devait exercer d’une façon des plus brillante*. II mourut le 7 janvier
1652. De son mariage avec Antoincttc du Faur dc Pibrac, il laissait quatre eníants :
Jcan-Guy. Maric , Jcannc et François Lancclot , baron de Cazaubon.
Dès l’année 1651. et tout jeune encore, comme autrefois son père, Jean-Guy dc
Manibanf exerce dès cette époque, au Parlement de Toulouse la charge d’Avocat
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son illustre compatriote ; en Gascon avisé et par une délicale attention,
c'est à son fils Joseph Gaspard de Maniban , tout jeune enfant mais doué
d’une intelligence précoce, qu*il adresse sa dédicace et ses éloges hyper-
boliques. 11 s’empresse d’expliquer les raisons de son choix :
AU MERBEiLLOUS MARqUlS JOUSEP-GASPARD DE MANIBAN
Que s’ane passéja l’enibejo mauhaséro?
Moun tribail nou creing pas soun hissoun descarat
Se ma Muso touto estrangéro,
Marquis, pot éste à boste grat.
Enquoué qu’aro caucun l’y boiiillo serca brut
Nou cau pas qu’ero l’aprehende,
Tout petit coum bous éts, ja pouyrats la deíïende,
Boste soul nom hara que tout demore chut .
Au hill de Jupiter, en un brés trousserat,
Un serpont benimous, houc d’un hurous presatge,
AU MERVEILLEUX MAR'}UIS JOSEPH-GASPARD DE MANIBAN
Qu*elle aiJle se promener l’envie malfaisante ?
Mou travail ne craint pas sou dard excilé
Si ma Muse quoique étrangère,
Mauquis. peut étre à votre goût.
Bien que maintenant quelqu’un veuille lui cherchcr chicane
II ne faut qu’clle l’appréhende,
Jeune comrae vous l’étes, vous pourrez la défendre,
Votre noni seul fera que tout restera silencieux.
Au fils de J i'PiTEit, en un berceau garni,
Un serpent venimeux, fut d’un heureux présage,
Général, et en 1683 il étaitnommé Président à mortierau méme Parlement. II mourut
en 1707. De son mariage avec la fìlle du premier Président cle Fieubct , il n’eut qu’un
fils. Joseph-Gaspand, qui naquit Ic 2 juillet 1686.
Pourvu d’une charge de Conseiller au Parlement dc Toulouse, Joseph-Gasparcl clc
Maniban. à peine àgé de vingt-un an««. s’allia à la famille du fameux Présidcnt
cie Lamoirjnon. Mainteneur des Jeux-Kloraux en 1712.il fut nommé dès le 22août 1714
Président à mortier, et en 1722 il était appelé par le Boi aux hautes fonetions de
Premier Président. II concentrait entre ses mains les immenses fiefs acquis par la
famille et qui comprenaient : le marquisat de Maniban, le marquisat de Campague
et d’Ayzieu, la seigneuric de Cazaubon, les terres de l.abastide, de Toujouze, de
Montguilhem, le oomté d’iùiuze, et dans le Haut-Armaguac les seigneuries du Buscn,
Ampeils, Uagardère, Mouchan, Cézan. Tilladet. Yalenee. de Mansencòme, elo.
De son mariage avec Jaanne-Christinc de Lamoiffnon . Gaspard de Maniban ne
laissait que deux fillcs. 11 mourut à 'loulouse le Vr septembre 1762 à l’àge de 76 ans.
Ueurs armes étaient : def/uoulcs à dcux bnurdons d'or passês cn sautoir , canton-
ncs cnchcf d’un croisscint cí’art/ent et d'un fcu /bllct ou larmc dans les autrcs can -
tons, lc tout surmontó d’unc couronnc dc Marqivs et au-dessus cncore cl'un /norticr
dc mar/istral .
(Extrait d’une remarquablc ôtude de M. Piiimimm; Uai zi n, parue dans la Recue
de Gascoync, t. xxxv ct xxxvi).
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Un parionn boun es preparat,
Se crounto lou critic proutetjats moun oubratje.
D’autes l’auren plassat debat l’oumbro presado
De bosto digno May, de bosto auguste Pay,
Jou nou n’ei pas besoui ni de Pay, ni de May;
La bosto soulo es prou bantado.
Enqoiiéro be qu’a lours fabous
Las bertuts d’eris dus se rencountron en bous
Diuguo lou frut de ma bictorio,
A bosto oumbro jou’ éi mage glorio.
Quat’ans à, 1’Armaignac hasouc milo halliéros,
Quan bic que lou Céu boun é just,
D’un hust ta renoumat tiréc quauques esteros;
Aro d'un houèc naiiet diure hén de mes béros,
Puch que bey ressembla las estéros au hust
Aco pareich un espectacle,
Tout lou moun es esbalaurit,
D’aprene que sense miracle
En un ta petit cos lotjo tant d’esperit.
Mès de tant bous lauza n’es pas de raoun rnestié,
h]n noun disé pas prou, jou bous hari coustiè,
Agradats sulomens boste nom en mas obros,
Un pareil vous en est réservé,
Si contre la ciutiqce vo»is protègcz mon ouvrage.
D'autres rauraient placé sous Ia protection respectée
De \ otro digne Mere, de votre vénéré Père,
Moi je n’ai besoin ni de Père, ni de Mòrc;
l.a votre seule est assez vantée,
Encore bien qu’à leurs faveurs
Les vertus de tous les deux se rencontrent en vous
Dút lc fruit dc ma victoire
A voire ombre j’acquiers une plus grande gloire.
II y a quatre ans, 1’Aumagnac tit mille feux de joie
Quand il vit que le ciel bon et juste,
D’une ligc si renommée fìt sortir quelques copcaux;
Maintenant d'un feu nouveau il devrait cn faire de plus beaux
Puisqu’il voit ressemblcr les copeaux au tronc.
Ccci parait un spectacle,
Tout le monde est cmerveillé
D’apprcndre que sans miracle
Dans un si pctit corps loge tant d’esprit.
Mais de tant vous loucr, n'est pas de mon métier,
En n'cn disant pas assoz, jc vous ferai moindre,
Agrécz seulement votre nom dans mes couvres,
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Se jou V y besí escriut re nouin hara pouchiii,
E quan mouriri goiiey (per lou boule de Diu)
Més que biscats cent ans, joun éy aqui de sobros.
Si je l’y vois écrit rien ne me fera obstacle,
Et quand je mourrai aujourd’hui (par la volonté de Dieu)
Pourvu que vous viviez cent ans, j’en aurai là de reste,
II fait suivre sa dédicace flatteuse de trois ou quatre suppliques qu'il
présente à Tauguste aréopage, dispensateur des trésors de Clémence, oii il
traduit ses déboires et ses défaillances, ses peines et ses espérances.
Les plaintes qu’il exprime si librement n'étaient point du reste sans
íondement. Tombée en pleine décadence et devenue la proie d’une mesquine
coterie, TAcadémie du Oai Savoir% n'était plus à cette époque que l'ombre
d clle-même (1). La Poésie, sa raison d'être principale, en était presque
totalement exclue. Les parlementaires avaient accaparé le verger de
Clémence Isaure et la charge de Mainteneur, comme cn louíe chose, était
devenue héréditaire. Les rivalilés du Parlement et du Capitoulat avaient
encore, en réduisant les faibles ressources dont disposait TAcadémie,
aggravé cet état dechoses si bien que de toutes les traditions populaii*es et
littéraires, il n'était demeuré que le banquet, auquel prenaient part
annuellement les membres de cette Académie. En ajoutaut à ces grief? les
nombreux cas de favoritisme dans ratlribution des prix dans les concours
au détriment des concurrents étrangers, nous trouverons la légitimilé du
mécontentement du Médecin-Poète de Lavardens.
11 disait enlre autres choses à ses juges :
A MOUSSUS DBUS JOCS DB DAMO CLAMBNÇO
Ço que meschabousis, es que Damo Clemenço
Nou da qu’a la susou la mendro recoumpenço;
É se cadun n’a pas tribaillat coumo très,
A MBSSIEURS DBS JEUX DE DAME CLEMENCE
Ce qui me boulevcrsc, c’est que Damc Clémence,
Ne donne qu'à la sueur la moindre rccompense
Kt si cliacun n’a pas travaillé comme trois,
(1) Le Hoi, rendit, sur la demande d^s principaux Maintcneurs en excroice. cn
date de septembre 1694, des lettres patentes. qui réformaient entièreraent raneieu
collèce de la Gaie-Science , et un déeret du 26 du inéme mois rcglemeniait tous lcs
détails de la nouvelle organisation. I/Acadcmie était composée dorénavanl de trente-
cinq Mainteneurs nommés par le Roi. dont les sept en exercice; de plus, le Chancelier
devait étre élu à la pluralité des suffrages, ìnais il ne pouvait ètre pris que parmi le
Premier Président ou les Prèsidents à mortier. Le premier Chancclier nommè par le
Roi.cette annèe, fut Jean-Guy de Maniban, depuis longtempsMainteneurdesdits jeux.
( Traité de l’oripine des Jeux-Floraux de Toulousc , chez Ci.audl: Gilliìs, à Tou-
lousc 1715. Mémolres pour scrcir à l'histoirc des Jeux-Floraux par Poitkmn-Pei-
tavi-Ca/.eneuve, De Vorigine des Jeux-Florauxt Toulouse, 1059, 111-4*.
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Cad'un se bey pagat d'un triste granmercés.
Qui bo jouga dab jou, qu’enquoué qu’aro parecho
D’un an ni mes de dus, Clamenço noum’ counecho?
Pacienço, car aumens nou seréy pas soulet
Engoiian ny aura deléu mes de quate au hilet.
En de gaha yo flou cau hé mant un ourbari,
Cau este counegut, cau aiie loung lou bras,
Cau este pacient, é jou que noun soiii pas;
S’en eri hari tort à las gens de Gascouigno,
Qu’an touts acousturaats d’ana biste en besouigno,
Enquoué qu’ajo lous dits h’eits à modo de croc,
E’y poou qu’acy deguens nou pouirè pas hè floc.
N’importo, boy tenta, lou qui s’estouno pago,
Délèu truflo trufïant inhilarey la bago :
Om a sperimentat abarrey lous ahés
Que lous que benguen tart soun lous qu’auansô mès
Tau qui n’a bist qu’un cop yo beutat rigourouso,
En un birat de man la pot rende amistouso;
Enquoué que sous ribals ajon souen meritat
De poudé dauant et hé lou medich bantat.
Jou boy d’aro endauant aoué bouno esperanço,
Toustem nou gaigno pas qui bouto per aiianço î
K tout ben que nou sio deus darré benguts,
Clamençoen ma fabou ne pot hé de coucuts.
Chacun sc voit payé d’un triste grand merci.
Qui veut parier avec moi quoique cela paraisse maintenant
D’un an ni méme de deux Cléinence ne me connaisse?
Patience, car au moius je ne serai pas scul
Cette année il y en aura peut-êtrc plus do quatre au fllet.
Pour attraper une fleur, il faut faire maint ouvrage
11 íaut ctre connu, il faut avoir le bras long,
II faut être patient, et je ne le suis pas ;
•Si je l’étais je ferai tort aux gens de Gascognc,
Qui sont tous babilués d’aller vite en besogne,
Et bien que j’aie les doigts faits en forme de croc,
J’ai peur qu’ici dedans je ne puisse faire de bouquet.
N’importc, je veux tenter, celui qui s’étonne paie,
Peut-étre moquc moquant j’enfllerai la bague :
On a expérimenté à travers les affaires
Que ceux qui viennent tard sont ceux qui avancent le plus.
Tel qui ne voit qu’une fois une beauté farouche
En un tour de main peut la rendre aflfablc
Encore que ses rivaux aient souvent méritc
De pouvoir devant lui faire la méme vanterie.
Je veux dorénavant avoir bon espoir,
Toujours ne gagne pas cclui qui met par avance,
Et bien que je ne sois que des derniers venus,
Clémence, en ma faveur, peut en faire de cocus.
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Bejam, nobles Moussurs, dats me bostesufíratje,
Nou bous recusets pas parmo deu parentatje,
A mens de housilha tout lou biéil Testoraen,
Degun nou’ra pot prouba que legitimomen
Y ajo acy de tans qu’éts nat Jutje que m’attaigno,
Ni que 8Ìo moun amic à modo de Bretaigno :
É quan aco sere, Moussurs, h’ets un efïort
Dab aquestes Goujous, joun serey prou d’accort.
Considerats au mens que sense nado ajudo,
Jou'm trobi aci deguens coura yo péyro cajudo;
E’ se boulets sabe qu’ei ço que’ my a pourtat,
Acos bosto justicho é bosto integritat :
La soullicitatioun de tout tems rebutado,
A tant esparricat bosto grand renoumado,
Que n’aprehendy pas que me doungats dèu mus
Mens enquouè que bouillats que m’entourne camus.
Empachats me s’etz plats d’aue aquero bergouigno f
É nou boulentets pas que quan tourne en Gascouigno
Lous que’m saben aci digon a tout perpaus,
Yé gouax ? lou qu’an cassat à cops de cabessaus :
Courounats moun tribail de cauquo recoumpenço
Lous Gascous boun auran tant de recounechenço,
Que m’arrembiaran asseguradoment
L’an que beng dab un humble et bét remerciement.
Voyons, nobles Messieurs, donnez-moi vos suffrages,
Ne vous récusez pas à cause de la parenté,
A moins de compulser tout le vieux Testament,
Personne ne peut me prouver que légitimement
11 y ait ici, tant que vous êtes, aucun juge qui me touchc de près
Et quand cela serait, Messieurs, faites un effort
Avec ces enfants, je serai suftisamment d'accord.
Cousidérez au moins que sans le moindre appui,
Je me trouve ici dedans comme une pierre tombée ;
Et si vous voulez savoir ce qui m’y a conduit,
Ce n’est que votre justice et votre intógrité :
La sollicitation de tout temps rebutée,
A tant répandu votre grande renommée,
Que je n’appréhende point que vous me donniez sur lé rauseau
Moins que vous désiriez que je m’en retourne confus.
Evitez-raoi, s'il vous plait, d’avoir cette lionte î
Et ne veuillez pas que lorsque je rentrerai en Gascogne
Ceux qui me savent ici, disent à tout propos
Et voyezî Celui qu’on a chassé à coups de lorchons
Couronnez mon travail de quelque récompense
Les Gascons vous témoigneront tant de reconnaissance
Qu’ils me renverront assurément
L'an qui vient avec un humble et beau remerciement
Dans une autre pièce sur le même sujet, après avoir dépeint son état
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cTesprit, qui s’est réconforté, de nouvelles craintes Tassaillent au souvenir
de Taffront que lui a valu son dernier échec, et s'adressant à sa Muse, il
cherche à lui inspirer confiance.
Teng boun, Muso, teng boun, nou mous rebuten pas,
Azart d’aiie per pago un second pan de nas,
Puch qu'au prumé bourrat l’arbe nou poudouc caje,
Delèu aqueste cop mous y pouyrém escaje .
Qui de bousaus a bist liémnos d’aquero humou.
Que dan de prim-abort yo noutablo fabou,
Per eros cau aiie mante yo coumplasenço,
Dauant de merita nado recounechenço.
Ça, Muso, panem douno à forço de douçous,
L’estimo è l’affectioun de nostes auditous,
Mès de tant que l’on sab que touts Sans bon candelos,
Coumencem tout prumé per acéro Dounzélo.
E dementre qu’arren nou mous hé pas pouchiu,
Béjam s à bot ourdit, Noste Seigne da hiu.
Clamenço ! are cs lou tems qu cau que hassats beze
S’ets mastresso d’aqueste loc,
S’en ets, engouaillats-m’y lou floc,
Automens n’ac pouyré pas crese.
Après la susou qu’ey bengut,
En un camin qu’es de ta loungo aléno,
Tiens bon. Muse, tiens bon, ne te rebutes pas.
Au hasard d’avoir pour récompense un second pied de nez
Puisque à la première secousse l’arbre ne put tomber.
Peut-étre cette fois nous pourrions nous y rencontrer
Qui de vous a vu ferames d'une humeur telle
Qu'elles accordent de prime-abord une notable faveur,
Pour elles il faut avoir maintes complaisances
Avant de mériter la moindre reconnaissance
Ça, Muse, volons donc par beaucoup de douceur,
L’estime et Taffection de nos auditeurs,
D’autantplusqueronsaitquetouslesSaintsveulentdeschandelles
Commençons tout d’abord par cette Donzelle
Et pendant que rien ne nous fait obstacle
Voyons si à vceu ourdi, notre seigneur donne du fil.
Clémence I le mornent est venu où il faut que vous fassiez voir
Si vous étes maitresse de ce lieu,
Si vous 1‘étes, accordez-moi le bouquet,
Autrement jê ne pourrais pas le croire.
Après étre arrivé en sueur,
En un chemin qui est de bien longuc haleine,
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Nou bouiliats qu’en pago de ma peno,
Jou m’en tourne coum souy bengut.
L’an passat dab millo plases,
Jou bengouy tout esprès bous aufïri mous serbici ,
Say pas s’eus troubèts estadissis,
Mès nouts entenouy pas à dise gran mercès.
Quan érom touts deguens bosto balanço,
Certo, jamès jou n’aury dit,
Que per fabourisa la Franço,
Bous aoussots dat lou cop de dit.
Jou me souy transpourtat deguens aqueste loc,
Per flechi boste co d’arroc,
Bem abusi jou plan ! mau de Santo Quitéiro (1),
Tout me ben peu coustat esquèr,
D’inqu’acy l'ey cresut de peyro,
Ai*o lou soubçouni de hér.
Ne veuillez pas qu’en payement de ma peine
Je m’en retourne corame je suis venu.
L’an passó avec mille contentement,
Je vins tout exprès vous ofírir mes services,
Je ne sais si vous les trouvâtes de peu d’importance,
Mais je ne vous entendis pas me dire grand nierci.
Quand nous étions tous dans votre balance,
Certes, janrnis je n’aurais dit
Que pour favoriser la France
Vous eussiez donné le coup de doigt.
Je me suis transporté dans ce lieu
Pour fléchir votre coeur de rocher,
Comme je m’abuse bien ! mal de sainle Quitterie,
Tout me vient par le cóté gauche,
Jusqu’ici je l’ai cru de pierre,
Maintenant je le soupçonne de fer.
(1) Le Poète faït sans doute allusion à son état de célibat et à ses peines de coeur.
La Rúcue d’Aquitainc (1857) contient un curieux catalogue des Saints Gascons,
reproduit par le Bréciairc de Lescar (1541). Recue de Gascogne 1890, au nombre
desquels se trouve Saincte Quitterie qui est Saincte Quitteyrc , vierge et martyre,
morte à Aire vers 477 ou 478. Cette Sainte Gasconne jouissait d’une grande célébrité
et la Gascogne professait pour elle un véritable culte; elle était également honorée en
Espagne. à Narbonne, à Toulouse et à Hodez.
Elle était íille d’un gouveneur de Galice, du teinps de l’Empereur Commodc. Sa
mère désespérée de mettre au monde une sixième íille et redoutant les sarcasmes et
la colère de son époux avait chargé une femme de la íaire mourir; dérobée à cet
arrét barbare par la pitié de celle qui devait l’exêcuter, Quitîerie devint grande, belle
et alluma la passion d'un seigneur puissant qui demanda sa maiu. Poussée dans nne
voie différente par uue irrèsistible vocation, Quitterie se réfuffia daus une vallèe pro-
fonde, que les uns placent en Espagne, les aulres dans la Novempopulanie. Après
bien des recherches, son admirateur ia dêcouvre, il veut la faire céder à son arnour
brutal; elle refuse; ii lui trancha la tète dans un transport de jalousie.
Montle/.ln, Histoire de Gascognc, t. i. D’après un manuscrit sur les Evéques
d’Aire.
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Gouayre lous estraxigés n’an arre que bous placio,
E cadun lous tratto d’escrocs,
S’eus accourdats anfín la mendre gracio,
Toustem l’angouloupax deguens un hcich de brocs.
Quan éts sadouro deus presens
Que bous an hèit lous Toulousens,
Lous dous estrangés bous auéjon.
Enben boun portonde millous,
Afín de bous hé gratuillous;
Puch qu’à couloums sadouts garrohos amarejon .
L'innoucent nou deu pas paga peu criminel,
Se caucun bous es infídel,
Adaquét soul cau hé la trouigno,
Cependent perço qu’un bous a trattado mau,
Jamès n’ou recebéts coum cau,
Ny PAubergnio ni la Gascouigno.
Après un ta hort argument,
Louy d’aiie nat ressentiment,
A cadun deuéts hé justicho,
Automens tout biro camin,
E per atau ja beyrats à la fln
Boste parterro tout eu fricho.
Guère les étrangers n’ont rien qui vous plaise,
Et chacun les traite d’escrocs,
Si vous Jcur accordez enfín la moindre faveur,
Toujours vous l*enveloppez dans un fagot d’épines.
Quand vous étes saturée des présents
Que vous ont fait les Toulousains,
Ceux des ctrangers vous ennuient.
Envain vous en offrent-ils de meilleurs,
Afln de vous rendre chatouilleuse;
Puisque à pigeon repus les vesces sont amères.
L’innocent ne doit pas paver pour le coupable,
Si quelqu'tm vous est infídèle ,
A celui-là seul il faut faire mauvais visage,
Cependant parce que l’un d’entre eux vous a maltraitée,
Jamais vous n’accueillez comme il faut
Ni l’Auvergne ni la Gascogne.
Après un argument si concluant,
Loin d’éprouver nul ressentiment,
A chacun vons devez íaire jnstice,
Autrement tout dévie du droit chemin,
Et pour cela certes vous verrez àla fín
Votre parterre tout en friche.
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— 320 —
II termine ainsi :
A perpaus, ian passat me deguets touts paraulo,
De nou’m hè pas engouan coupa ser la canaulo,
S’aro nou l’am tenguets, jou souy sense crédit,
E mous mages amics m’amucharan au dit,
D’inqu’aus quitis fourrous (1) (ô que jamès nous crebe).
Me diran, hoou Gascoun, as bit passa la lebe?
Se d’eco cau tamouéns, jou’n sabi uu arramat,
Que se n’cron pas muts auren ditja bramat,
E que soun peu segu tamouens de noblo raço,
Gouâts-lous, despuch labets n’an pas mudat de plaço.
Mes nou bous cau pas nat, ja boun soubenguéts prou.
Muso, nou sabi pas coum te gouberni jou,
Nou poussem pas ta louy, yo ta ber’ entrcpreso,
Mahen, de tant parla pouires esta represo.
Ditja sur l’Helicoun souno lou darré toc,
Muso, repausen-nous, é boutem aqui uu broc.
A propos, l’an passé vous me donnátes tous parole
De nepas me faiie eette année tomber au ruisseau,
Si maintenant vous ne la tenez, je reste sans crédit,
Et mes meilleurs amis me montreront au doigt,
Jusque aux garnissaires(oh! que jamais je ne sois leur victime)
On me dira, oh! Gascon, as-tu vu passer le liòvret
Si de ccla il faut des témoins, j'en connais une poignòe
Qui s’ils n’étaient inuets auraient déjà parlé
Et qui sont pour súr témoins de noble race,
Voyez-Ies, depuis lors ils n’ont pas changé de place,
Mais il ne vous en faut aucun, certes, vous vous en souvenez.
Muse, je ne sais plus comment je te gouverne,
Ne poussons pas si loin, une si belle entreprise,
Par ma foi, de lant parler tu pourrais étre reprise.
Déjà sur l’Hélicon on sonne le dernier coup,
Muse, reposons-nous, et mettons là une épine.
Dans un Placet au Pahnasso ( Placet au Parnaxse) il continue son
arguraentation sans se soucier de ce que diront ses auditeurs, dont il n’a cure.
Coum ld boux deu taùau espaurich las abeillos,
Jou sai qu’a forçogens resseigui las aureillos,
Comme la voix du taon effraie les abeilles,
Je sais qu’à bien des gens je scie ies oreillcs,
(1) C’est généralement dans les époques de troubles, lorsque le fléau de la guerre
sème la ruine chez nos malheureuses populations des campagnes, que ie sentiment
d’aversion, de haine méme, contre lous Fourrous , les Garnissaires ou Collecteurs
d'impôts, tend à se développer; Dastros et aprés lui Duguav, à des époques différentes
mais également bouleversées, s’en fout les éloquents interprétes.
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E que mantun dauaut que m’augi dèclama,
Escoutare meslèu un mulet à brama.
Més que rusen lou nas pendent que jou declami ,
Que se fìguren plan qu’en soiii un ó que brami,
Can haren mil efforts per troubla moun repaus,
Mens restaréi labets de segui moun prepaus,
Perbu que moun tribail plassio à Damo Clamenço ,
Jou n'ei peus delicats la mendre coumplasenço.
Om se trufo de tout certen atge acoumplit,
L’estopho a près soun pléc, lou base es abeurifc,
Lou qu'ajo poou deu loup qu’embarre sas auoeillos
E qui noum bouillo augi qués bousse las oureillos.
Ça que dira deléu caucun de mous ribals,
Qué nou boi pas besecourouna mous tribails,
A m’entene parla dab tant d’indiferenço 't
Més bet troumpos ptt plan s’as aquéro cresenço,
É se jutges de jou d'yo ta praube faiçoun,
Tirot aco deu cap, bouto’t’in paiUassoun.
L’ounesto libertat n’es james incoumodo,
La bertat de tout tems es estado à la modo,
E se moun proucedafc blasso los délicats,
Aco diu supourta cadun per sous pecats.
Clamcnço sabbe prou que las gens de Gascouigno
Disen ço quan eu co sense poou ni bergouigno,
Et que beaucoup qui m’entendent déclamer devant eux
Ecouteraient plutót un mulet braire.
Pourvu qu’ils se trémoussent le nez pendant que je déclame
Qu’ils se flgurent que j’en suis un et que je braie,
Quand ils feraient mille eíforts pour troubler mon repos
J’hésiterai moins alors à suivre mon discours
l’ourvu que mon travail plaise à Dame Clèmcncc ,
Je n'ai pour les délicats aucune complaisance.
On se raoque de tout certain âge accompli,
L’étoffe a pris son pli, le vase est saturé,
Qui a peurdu loup enferme ses brebis;
Qui ne voudra pas m’écouter se bouche les oreilles.
Ça, dira peut-être un d’entre mes rivaux,
Que je ne veux poiut voir couronner mes travaux
A m’entendre parler avec tant d’indifférence ?
Mais tu te trompe bien súr si tu as cette croyance
Et si tu juges de moi d’une si pauvre façon,
Tire-toi cela de la téte, mets-y un paillasson.
L’honnéie liberté n’est jamais incoramode,
I.a vérité en tout temps a été à la mode,
Et si mon procédé blesse les délicats,
Cela chacun doit le supporter pour ses péchés.
Clémence sait assez que les gens de Gascogne
Disent ce qu’ils ont sur le cceur sans peur ni honte,
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— 323 —
Qu*un Gascoun qu’es coustrein seré boun per hé bréus
E que toutis sounfrancs coumo béts macaréus
Qu ’un Gascon qui est contraint serait bon pour faire dcs reliques,
Et que tous sont francs comme de beaux maquereaux.
Puis, faisant allusion au long postulat qui lui a été irnposé avant de
cueillir la seconde fleur, il dépeint le désarroi du Parnasse durant celíe
période :
Ditja despuch loung tenips las nau sos ta bantados,
Deguens un clot pregound se trobon embarrados.
Appoulloun tout escas tourno mucha lou goueil,
E nou lusis pas més qu’yo méco de careil.
Aci plau dus ans a coumo per las carreros,
La grélo é lou mau tems y an héit milo goutéros.
E coumo lou Parnasso ero ta desanat,
Nou cau pas s’estouna se tout s’en éro anat.
Oy, tout aiioé hugit d’inqui’à Damo Clamenço;
Per n’aiioé pas dequé se paga la despen<;o;
É qui la coustreignouc é decha aço soulet,
Quauques minjos crestias qne hérren lou mulet.
Dójà depuis longtemps les neufs soeurs si vantées,
Dans un trou profond se trouvent enfermées.
Apoilon, tout endormi, vient de montrer son ceil
Qui ne luit pas plus qufune inéche de lampe.
Ici il pleut depuis deux ans comme dans les rues,
I-a gréle et lc mauvais tcmps oni fait mille gouttières
Et comme le Parnasse était si désemparé,
II nc faut point s’ètonner si tout avait disparu.
Or, tout avait fui jusqu'à Dame Clémence,
Pour nva\*oir pas de quoi se paver la dépense ;
Et qui la contraignit à tout laisser à l’abandon,
Quelques mangeurs de chrétiens qui ferrèrent le mulet.
II termineen sollicitant près de ses juges une nouvelle récompense qui
achèvcra dignement roeuvre commencée. Puis, s’adressant au Président de
Maniban, il implore sa puissante intervention en ces termes :
Aumens, gran Maniban, nou’m hassats pas la trofiigno,
Puch qu’èts proutectou de toute la Gascouigno,
Coumo au Sant de Parrochio acos à bous qu’em doiii
Au moins. grand Maniban, ne me faites pas la moue,
Puisque vous étes le protecteur de toutc la Gascogne,
Comme au Saint de Paroisse, c’està vous que je me suis consacré
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— 323 -
Perso que sustenguets lous amics au besoui,
Per quate cos deu moun bost’umbro es ta presado
Que jou nou doubti pas quan aquesto assemblado,
Nat de tantis que soun me refuse yo flou,
Més que tant sulomens badets en ma fabou;
Noum dechéts pas lou floc a mei heich, mejo endorto,
É nou soufriscats pas que Dimenche quan sorto,
Lous qui m’an bist aci digon a joc segu,
Yé goiiats que lian baillat de la palo seu cu
Parce que vous soutenez les amis au besoin,
Par les quatre coins du monde votre personne est si venérée
Que jene doute pas que dans cette assemblée
Nul tant que vous êtes me refusiez une fleur,
Pour peu que vous ouvriez la bouche en ma faveur ;
Ne me laissez pas le bouquet à moitié fagot, à moitió lien,
Et ne souffrez pas que dimanche quand je sortirai,
Ceux qui m'ont vu ici disent à jeu certain,
Et voyez on Iui a donné de Ia pelle au ,M.
Telle est la manière de Dugay dans les spécimcns que nous venons de
donner en les abrégeant toutefois. On peut se convaincre aisément qu’ii
manie assez bien la langue gasconne et qu’il sait s’en rendre maître. II ne
soufïle, il est vrai, que sur des pipeaux bien légers, mais ii faut lui rendre
cette justice, qu’il sait adroitement en tirer des modulations très agréables.
Malgré la monotonie du sujet, il possède néanmoins Tallure dégagée d’une
imagination riante et facile. avec une pointe de gauloiserie qui n’est pas
sans saveur. C’est un franc réalisme qu*il emploie, sinon inconscient, du
moins sans apprèt ni iapage(I). II ne vise ceries pas à Pélégance, mais par
contre ses vers respirent la franchise, le naturelet Pabandon. On rencontre
ça et là de charmantes images, dans cette poésie familière, qui en rehaussent
Téclat et le ch^rme.
Si les cordes de sa Jyre sont assez dociles pour chanter des sujets badins,
il n’en sera pas toujours de môme quand il traitera des sujets graves corame
il l’essaie dans une pièce intitulée Stanços Mouralos ( Stances Morales ),
oii il se borne à versifier les lieux communs sur la mort :
L'arrêt es dat, que cau moury, L’arrèt est donné, il faut mourir,
Nat remédy nou pot gouary, Nul remède ne peut guérir,
La mes pouchanto creaturo. La plus puissante créature.
Lou Rev, lou Prince c lou Bourgès, Le Roi, le Prince et le Bourgeois
(1) Dans les entretiens des gens da xvu* siècle, que de propos gaillards, qui n’effa*
rouchaient personne et qu’on n’entendrait pas aujourd’hui sans quelque embarras!
Que d’usages qui nous paraissent grossiers et qui semblaient alors les plus naturels
du mondel
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- 324 —
Pagon taplan coum lou pagès,
Aquet tribut à la naturo.
L’exomple mous es trop présent,
È ço que’y a de mes prusent,
Noste fourtunable Dauíìno (1),
Qu’a ùt despuch pauc aquet sort,
Per se garanti de la mort
N’a pas troubat nado lésino.
Puch qu'ac besem è qu'es atau,
Attendamous touts coumo cau,
A la fin que se mous aprésto.
Biscam dounc plan, per plan mouri.
Qui biu plan nou pot pas peri
De mau biue malo mort résto.
Payent aussi bien que le Paysan,
Ce tribut à la nature.
L’exemple nous est trop connu,
Et ce qu’il y a de plus cruel,
Notre fortunèe Dauphine ,
Qui a subi depuis peu cette destinée,
Pour se garantir de la mort
N’a trouvé aucun moyen.
P uisque nousle voyons etq u’il en est ai nsi ,
Préparons-nous tous comme il le faut,
A la fìn qui pour nous s’apprète.
Vivonsdonc bien, pour bicn mourir.
Qui vit bien ne peut pas périr,
De mal vivre une mauvaise mort reste.
Le sujet se dóveloppe dans les six strophes qui suivent et rien ne vient
rehausser cette poésie traînante et décolorée.
La France venait d’être mise au ban de Tempire et la grande alliance se
formait. Tous les Princes Allemands y adhérèrent ; les Provinces-Unies ,
YAngleierret Y Espagne , s'unirent pour le rétablissement des trailés de
Westphalie, et des Pyrénées. L’Europe espérait à lorl obliger Louis XI V
à restituer toutes ses conquêtes.
Notre poète gascon prend prétexte de cet événement historique pour
adresser au Grand Roi des Stances oii il exalte et glorifie la grandeur de
ses exploits.
A L'INCOUMPARABLÈ LOUIS LE ORAND SOUS AHÈS PRESENS
STANSOS
Gran Rey tout lou moun bous attaco,
Quan bosto prudenço s’estaco
A semoùa lou repaus deguens bostes Estats,
Ditja de milo estrems milo enemics poustats,
Guignon ples de gelou l’aunou de bostos armos;
A VINCOMPARABLE LOUIS LE GRAND SUR LES EVENBMENTS PRBSENTS
STANCF.S
Grand roi, tout le monde vous attaque,
Quand votre prudence s’attaclie
A semer le repos dons vos Etats,
Déjà de milJe cótés mille ennemis postés
Guettentpleins de jalousie l’honneur de vos armes ;
(!> A farie-Anne-ChrÌ8tine-Victoû'e dc Bacièrc. daupbine de France. morte le
20 avril 1690 à í'àge de 30 ans.
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Louy de sounja que bosto Majestat
Creing mens abarrey las alarmos,
Que quan es en tranquilitat.
De touts bosttes proujets la bertut es la guido
Uiniquitat es esblasido,
Tapé que Louis a sentit lou herum,
Bosto justicho es un alum
Que brullo deu pecat d’ulcere embereado,
É deguens TUnibèrs nou y a pas ome biu,
Que finisco coum bous uno obro coumençado,
Mès que mès, quan redoundo à la glorio de Diu.
Dab tout aco, Gran Rey, milo moustres se leiion,
E las armos d’Infer maléoiion,
Per millou trioumpha de bosto santo ardou;
Souben de la bertut, yo petito coulou,
Capéro lou desi deus que bon bosto perto.
E pendent que bous hen la cour
Lous trètes soun toustem alérto,
Afin de bous jouga quauque tarrible tour.
Mès puch qu’a co balentarren n’es impossible,
Que bengon d’ennemics au tribble,
Boste bras nou’n redoubto nat.
Loin de songer que \rotre Majesté
Craint moins à travers les alarmes
Que lorsqu’elle jouit de latranquilJité.
De tous vos desseins la vertu est le guide
L’iniquité est tremblante
SiUH que Louis a senti l’odeur,
Votre justice est un feu
Qui cicatrise le péché d’ulcère empoisonné,
Et dans l’Univers il n’est homme vivant
Qui termine commc vous une oeuvre commencée,
Plus que jamais, lorsqu’elle contribue à la gloire de Dieu.
Avec tout cela, Grand Roi, mille monstres se lèvcnt
Empruntant les armes de l’Enfer,
Pour mieux triomplier de votre sainte ardeur;
Souvent de la vertu une petite nuance
Cache le désir de ceux qui veulent votre perte,
Et pendant qu’ils vous font la cour
Les traitres sont toujours en éveil,
Aftn de vous jouer quelque terrible lour.
Mais puisque à coeur vaillant rien n’est impossible,
Que les ennemis viennent au triple,
Votre bras n’en redoute aucua.
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— 326 —
Puis ii énumère les Etats coalisés, en donnant à chacun d’eux le nom
d'un animal accompagné du qualificatif qui caractérise ie mieux ses instincts
et ses convoitises. II les dófie et leur oppose lou Pout% le Coq gaulois , la
France en un mot, qui fera bonne garde autour du poulailler et ne se
laissera pas surprendre.
A Tentour deu Lyri Francès :
Atau hen lou tutét las bestios noumentados;
E sahiscon de maus enches
Per abraca las urpos agusados
D’un pout qu’arrits qu’an l’y muchon las dens ;
Bertat es que n’an que flaquéro;
É quan n’y aure dex millo Régimens,
S’esmoutiren de poou en beze sa memèro .
Au tour du Lys Français,
Ainsi íont le guet les bêtes dénonimées
Et s’excitent. par de mauvais propos,
Pour raccourcir les griffes aiguisées
D’un coq qui rit quand on lui montre les dents ;
La \ éritê est qu’elles n’éprouvent que couardise,
Et quand méine il y aurait dix mille régiments,
Elles s’èvanouiraient de peur en vovant sa crcte.
II termine en souhaitaut à Louis le Grand , une iongue vie ainsi qu a
son valeureux coq qui sortira victorieux de la lutte.
Mais contrairement aux prévisions optimistes qu’il exprime, la fortune se
lassait bientôt d’ètre favorable à la France.
Les maréchaux De Duras et d 'Humières ne purent enlraver Ies mouve-
ments du Duc de Lorraine , Charles V , et de YElecteur de Bacière ; les
garnisons de Mayence et de Bonn furent obligées de capituler après une
héroïque défense, les munitions vinrent à manquer. Le Roi rappela le
Maréchal de Luxemhourg à la tète de ses armées. Ce dernier passa la
Sarnbre le 29 juillet entre Charleroi et Namur, et le 2 juillet iì attaqua le
Prince Waldeck auprès du ruisseau de Fleuras. Le succès fut complet
mais sans résullat, comme la victoire de Stajfarde rcmportèe par Catinat
sur le Duc de Savoie , Victor Amédée , ouvertement allié à Ia coalition.
Dugay a conscience de ce nouvet état de choscs : son enlhousiasme
patriotique est alarmé par la réalité des faits qu'il développe dans le
morceau suivant, qui est une page d’histoire vécue.
II met dans la bouche d’un modeste ramoneur, échappé des derniers
combats, les réílexions que ces graves êvénements lui inspirent pour
l’avenir de son pavs :
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— 327
RBriSXlOUN SBRIOUSO D'UN RiSCLO CHaMINÈOS ESCÂPAT DE LA BATAILLO DfESTAFFARDO
Mourmcillan , qu es estat lou climat de la joïo,
Tu que’t bescs l'aunou de touto la Saboyo,
Espio enque debengueras,
Tu nou bas pas este arren qu*yo machanto tucouèro,
Qu’un arroignous eschugomas,
E qu’yo retreito de misero .
Toustem lou désaste é lou mau.
Aro aciu, aro aqui se loguon à journau;
Las bilos la mes renoumados,
E las maisous mes remountados,
D’un cop qu’an pres machant déclin,
Lou méstre be pot hé mars e moun tant que bisco,
Per ta plan que la condousisco,
Se lou désaste y es b’auran machanto fin.
Quan de causos y augut au mounde,
Qu’aro nou pouiren pas este en ligno de counde,
Perço quan pres y auto coulou.
Troyo , la pruméro en balou,
NinivOy la mes grano ó la mes aunourado,
RBFLEXION SERIBUSE D'UN RAMONBUR BCHAPPE DE LA BATAILLE DE STAFt'ARDE
Montmélian (1), qui as été le pays de la joie,
Toi qui te vois l’honneur de toute la Savoie,
Regarde ce que lu deviendras,
Tu ne vas plus étre rien qu’un misérable réduit,
Qu’un essuie mains crasseux
Et qu’une retraite de misère,
Toujours le désastre et le malheur.
Maiutenant là-bas, puis ici, se louent à la journée,
Les villes les plus renommées,
Et les maisons les mieux montées,
Une íois qu'elles ont pris un raauvais déclin,
Le maitre peut bien faire mars et mont tant qu’il vivra,
Pour si bien qu’il les administre,
í?i la débaclc s’y trouve, elles auront une triste fin.
Combien d’événements n’y a-t-il pas eu au monde
Qui ne pourraient maintenant entrer en ligne de compte
Parce qu’ils ont pris un autre caractère.
Troiet la preinière en valeur,
Ninice la plus importaate et la plus honorée,
(1) Petite ville de la Savoie située à 15 kilomètres de Chambéry, sur la rive droite
de í’Isère, et située sur une montague assez élevée. Au sorumèt on remarque les
ruines d’un cháteau fort qui dominait toute la vallée de l’Isère et passait pour une
position très forte. Elle fut prise par Catinat en 1691.
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- 328 -
Babylono, ta renoumado,
Babel ta reguillé, Jèricho ta bantat,
La famouso Gasa que s’aploumbéc en patis,
E milo locs plés de beutat,
Tout aco s’es hounut en un nornine patris .
Tout se pérd per machant gouber,
Taplan l’acïé coumo lout hér,
S’arrouigno é se pouiris à fauto de prudenço.
La bertut cédo à l’ignourenço,
E toustem lou dangé seguich l’ome mutin.
Praube païs natau pertant qu’aro parechos f
Se nou prengués y aute camin,
Tu beiras ses triga cambiat en hum de déchos.
Ben as augut ditja yo rudo estacassado,
Diu te guardo qu'aquesto annado
Lou medich hazendé t’en baillcsso yo tau !
Ah ! s’et arribo aquet journau !
Tas daunos de regret houneran a oueil bistos;
E tas païsantos toutos tristos,
Se ban desespera seu malhur deùs ahés.
Anfln praube Parsan après d’autos defféitos,
Tu podes léu plega paés,
Car per tu bereignos soun heitos.
habijlone si rcnommée,
Babel si séduisante, Jéricho si vantéc.
I^a fameuse Gaza qui fut réduite en pâturages.
Et niille Jieux pleins de beautê,
Tout cela a disparu en un nomi/ic patris.
Tout se perd par mauvaise gestion,
Aussi bien l’acier que le fer
Se rouilJe ct se pourrit par défaut dc prudence.
I.a vertu cède à l’ignorance.
Et toujours le danger suit l’bomme mutin.
Pauvre pays natai pour tant que tu paraisses maintenant?
Si tu ne prends un autre chemin,
Tu te verras sans tarder transformé en íumée de déeadenee.
Tu en as déjà certes éprouvc une rude secousse,
Dieu te garde que cette année
I.e même estivandier t’en procuràt une pareille!
Ali ! si ce jour-là arrive !
Tes dames de regret íondront à vue d’ceil ;
Et tes pavsannes toutes tristes,
\'ont se désespérer sur le malheur des affaires publiques.
Entìn pauvre paysan apròs d’autres défaites
'I u peux bientôt serrer tes paniers;
Car pour toi vendanges sont faites.
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— 329 -
S'om nou's gouardo d'arren sounque de las carrétos,
Per m sauba las bragos netos,
Cau espia més loui que deu nas,
L’infortuno automens mous seguich pas à pas.
Dinquio quem à regrèt segus de nosto perto.
Can la gato a troubat la saladouro auberto,
Se bo bey pot entra dus ou tres cops arrount,
Més sé’i bo ana trop soiien ja pagara la grécho,
Tant tourno la crugo à Ja hount,
Qu’a la fìn lou tutoun y lécho.
Qui temerarioment s’engatjo,
Dad forço peno se desgatjo.
Pi souben y décho la pet.
Bac bey à joc segu noste praube troupét;
Per auoé trop coundat sur son pauc d’espéranço;
Que mau d’espitau sio lo Franço.
Ta picantos soun sas ourtics.
Àlit se dus ou tres cops mous a baillat Banilomo (1)
Ja certos lou qu'aura sas gens per ennemics,
Nou cau ét que gouaire sendromo.
Si on ne nous préserve de rien si ce n’est des charrettes,
Pour conserver nos braies nettes,
11 faut regarder plus loin que son nez,
L’iufortune autrement nous suit pas à pas,
Jusqu’à ce qu’à regret nous sovons sûrs de notre perte.
Quand Ia chatte a trouvé la salière ouvcrte
Si elle veut elle peut y entrer deux ou trois fois de suite
Mais si elle y veutaller trop souvent, certes, elle paiera la graisse-
Tant va la cruche à la fontaine
Qu’à la fln le goulot y reste.
Celui qui téinerairement s'engage,
Avec beaucoup de peine se dégage,
Kt souvent y laisse la pcau .
11 le voit bien à coup síir notre pauvre troupeau ;
Pour avoir trop compté sur son peu d’espérance,
Quel mal d’hópilal frappe la Francc.
Sur ses orties si piquantes.
Ah! si deux ou trois fois elle nous a donné Venilòtne
En vèrité celui qui aura ses gens pour ennemis,
11 ne faut guère qu’il s’endorme.
11 passe au récit de la bataille de Staffarde (2) :
fl) Dac dc Ventlome , petit-fìls de Henri IV, se distingua aux sièges de Muns, de
Namur , aux batailles de Steinhcrque et de la Marsaille.
(2) Catinat , comniandait en Italie. Pour amener son adversaire à une action décisive
avant l’arrivée des troupes Allemandes, il dévasta les campagnes du Piémont, fit
couper lcs arbres, arracher les vignes, brûler les villages. Victor Atnèdèe ne sut pas
se contenir devant ces ravages et livra ía bataillc de Stafftxrde. près de Saluees
(18 août 1690). II perdit4,000 nommes tandis que les Français eurent àpeine 500 morts.
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— 330 —
La susou me parso la hardo,
Taupunt que me soubeng deu coumbat d’Estaffardo,
Coumbat ou lou Francès pariúo auta sagnous,
Coum un soul maseré qu’a ’scanat cent moutous;
Oun lou hum deu canoun ennegriuo tant l’aïre,
Qu’om nou bese lusi nado brico d’esclaire,
Soun soul houec descarat serbiuo de flambéu,
Per mes faciloment embia gens ent’au Céu,
Mès que mcs au Frances doun la ’spaso murtróro
Partiuo l’arramat d’yo larjo carretéro.
Coumbat oun lou barbet asclat d’un rede pic,
Hourrupaiio miey mort la sang de son amic,
Oun lous morts tourtissats à modo de barraillo,'
Empachauon lous bius de hé mage mourtaillo;
Oun anfln lou Gascoun passaùo per pé mot,
Se noun aùé de tres coupat camos é cot .
S’aoùéts bist lous païsans quand la terro badaillo,
A grans cops delagèts esbricailla la paiilo,
Farci des gras de blat au so lou mendre trauc,
E hè boula à touts bents ço que peze mes pauc,
Atau deus petrinals, lous boulets, las cadeos,
Enrougiùon l’autan dcu pur sang de las béos,
E deu resto deu cos lous ossis séparats,
Farciùon à bet tail curados è barats.
Hurous lou qui labets à forco de lezino,
I«a sueur me trempe les vêtements.
Dès que je me souviens du combat de Stq/f'arilo
Combat où le français paraissait aussi souillé de saug
Qu’un seul boucher qui a égorgé cent moutons;
Où la fumóe du canon obscurcissait tellement l’air,
Qu*on ne vovait briller le moindre éclair,
Son feu destructeur servait seul de flambeau,
Pour envoyer plus súrement les gens au Ciel
I’lus que jamais au Français dont l’arme raeurtrière
Les salves partaient d’un cherain spacieux.
Combat où le cheval pourfendu d’une large blessure
Aspirait à demi-mort le sang de son ami,
Où les morts enduits de terre, en façon de palissade
Empcchaient les vivants de faire plus grand carnage
()ù enfln le Gascon passait pour pied uiou
îS’il n’avait au rnoins coupé de trois les jambes et le cou.
8i vous aviez vu les pavsans quand la terrc baillc
A grands coups de fléaux, briser la paille,
Remplir de grains de blé sur l’aire le moindre trou
Et faire voler à tous les vents ce qui pèse le rnoius,
II en était ainsi des armes retentissantes, les boulets, les chaines
Uougissaient le sol du plus pur sang des veines,
Et du reste du corps les os séparês,
Comblaient hachés en pièces, sillons et íossés
lleureux celui qui alors à íorce d’habileté
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- 331 —
Attrapec lou segret de huge à la sourdino
Dỳun loc oun lous chibaus aueuon per paillat
Yo doutzeno de morts l*un dab Taute engouaillat,
È miey transits de set a plasé s’abeurauon,
De la baue è deu sang que lous morts regautaûon.
Hurous lou qui pouscouc à guiso d’arruhaut,
Archa per s’estuja lou tepé lou més haut
Hnrous, tres cops hurous, qui sustengouc las ruos,
Sense s’esté esdejuat de ta machantos pruos,
É qu’après aue bist tant de sang, tant de mau,
Poudouc s’en ana entiè de caps à soun oustau.
Enquoué ni’en trobi prou de m’en tourna la peille,
Sense y auoue dechat que tres dens é yo aureilho.
Posséda le secret de fuir sans bruit,
Un lieu où les cbevanx avaient pour litière,
Une douzaine de morts l’un dans J’autre enchevètrés
Qui à moitió transis de soif, à plaisir s’abreuvaieut
De la bave et du sang que les morts vomissaient.
Heureux celui qui put, en guise de rempart,
Atteindre pour se cacher le coteau le plus élevé,
Heureux, trois fois heureux, qui se soutint dans les rangs
Sans s’étre exposé à des prunes si raeurtrières
Et qui après avoir vu tant de sang, tant d'horreurs,
Put s’en aller sain et sauf vers sa demeure.
Certes je ra’en trouve assez d’en rapporter mon vétement
Sans n'y avoir laissé que trois dents et une oreille.
L’échec infligé à nos armes, snivide la perte dela Savoieetdu Piémout,
fruit de notre dornière victoire, ainsi que les i*epréssailles sanglantes exercées
dans le Dauphiné, iui font désirer une paix bienfaisante que personne n’ose
espérer. II prévoit les conséquences désastreuses de la conlinuation des
hostilités qu’un traité honorable peut seul conjurer :
Mès que sera aço quan sio cooeit 1
Ditja lou Piémount s’en ba boueit
É dégun nou bei pas que la guerro mourisco,
I>ou poultroun seus tisous nou bo pas que ftnisco,
Ix>u riche que nou sent arrouignos ni turmons,
Lou Seignou que hugis la misero deu tems,
Nous se soucion pas que s’apaise :
Mais qu’adviendra- t-iJ de tout cela quand ce sera fìni!
Dájà le Piémont nous échappe.
Et personne ne voit que la guerre s’éteigne,
I.e poltron sur les tisons ne veut pas qu’elle ftnisse
Le riche qui n’éprouve ni ruines ni tourments,
Le seigneur qui échappe à la misère du temps,
Ne se soucieut pas (|u'elle s’apaise :
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- 332 -
Mès s'aqaeste malhur duro lou plend’un &n,
Riches é grans Seignous que jasats à boste aíse,
Jou bous beiré róduits à noste gaigno-pan (1).
N’auets pas jamès bist desbourda la ribero,
É Taigo 8’en amia de pachéro en pachèro
Lou bareit d'un Seignou, la leigno d'un marchant,
Lou hén d'un arrendié, lous peillots d'un truchant,
Atau bous pot tracta la machanto fourtuno,
La misero d'un soul pot lèu bengue coumuno.
Y enquoué qu’aro bous tracte plan,
Gouardax -bous qu’à la fìn soun caignot nou bous mordo,
É que nouts caillo ana se boulets minja pan
Dab la barro seu cot serca misericordo.
Necessitat n’a pas de ley,
Hets léu pax dab’ un ta gran Rey (2)
Per counserba ço que mous resto.
Mais si ce malheur dure une anuée enlière,
Hiches et grands seigneurs qui causez à votre aise,
Je vous verrai réduits à notre gagne pain.
Vous n’avez jamais vu déborder la rivière
Et l’eau entrainer de digue en digue
Le labour d'un seigneur, le bois d’un marchand,
Le foin d’un fermier, les hardes d’un jourualier,
Ainsi peut vous traiter la mauvaise íortune,
La misère d’un seul peut bientót devenir commune.
Et encore bien qu’elle ne vous traite'pas mal,
Méttez-vous qu’à la fiu son chien ne vous morde,
Et qu’il ne vous faille aller si vous voulez manger du pain
Avec le bâton sur le cou chercher miscricorde.
Nccessité n’a pas de loi,
Faites vite la paix avec un si grand Hoi
Pour conserver ce qui nous reste.
(1) En consultant les récits des voyagcurs Auglais qui ont visité la France, sous
Louis XIV et Louis XV, on voit une Cour magninque, des bàtiments somptueux, des
Académies, un superbe appareil d’armées, de vaisseaux, de routcs, une administra-
tion toute puissante, une pelite élite de gens pnrés et polis. Par dessous, un amas de
paysans hàvcs qui grattent la terre infatigablemenl. qu'on recrutc de force par des
chàsses, qui mangent du pain de fougères. qui s’accrochent aux yoitures des étran-
gers pour mendier un morceau de véríiable pain. Par dessous les íêtes et les broderies
ae Versadles. une populace d’affamés et de déguenillés (Lady Montagne , Lockc ,
Aildisson Arthur Yotuig).
Avant la guerre de succession, Vauhan écrivait déjà : « Près de la dixième partie
du peuple est rèduite à mendier ; des neuf autres parties, cinq ne peuvent faire
raumône à celle-là, dont clles ne diffèrent guère ; trois sont malaisées ; la deuxième
ne compte pasplus de 100.000 íamilles dont ìl n'y a pas 10,000 fort à leur aise ». ( Dttne
Royale . collecuon des Economisles, t. ì. page 3*4).
Fénclon écrivait au Hoi en 1694 : « Vos peuples meureut de íaim. La culture des
terres est presque abandonnée : les villes et les campagnes se dépeuplent, tous les
métiers languissent, tout le commerce est auéanli » ( CEucros do Fénelon , éditiou
Didot, t. iii, p. 427).
(2) La paix était de courte durée sous le règne de Louis XIV et souvent si précaire
qu’elle ne permettait pas le désarmement.
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- 333 -
Nousaus en loung tems a de caro à la tempesto
Perço qu’ac aouen meritat
Aro dounc per biasa n’ajam plus de lesino
Car dus cops es toustem picat
Lou qui countro esperoun reguino.
Coum, cap de Sent-Jouan, de que serbich Guerro,
Nou balere pas mès hé trouta la pichorro,
E minja sas soupos en pax,
Qu’ana deguens un clot luta dab lous taupats,
Aprés aoué clucat en mustra soun couratge.
fìau mès lèu soufri en pax é biue dauantatje,
Que de boule hó pax quan tout es escanat,
Brico plus n*e3 tems, malo-raujo,
De cassa lous arrats que soun en la biscaujo
Quan tout lou blat s’en es anat.
N’es pas toustem sasoun de cresta las abeillos .
Toustcin n’es pas estiu per toune las aíieillos,
Tabenc n’es pas toustem lou dio de hé pax.
En attende à douman n’y a forço de troumpats.
E s'aro en dilaya bousauts perdets lou douto,
Quan bouillats conclusi que nous sera pas ouro;
Coueitats-bous-y dounc tout de boun
E n’ajals pas mós disputo,
Nous autres depuis longtemps faisons face à la tempéte
Parce que nous Tavons mérité.
Maintenant donc pour tergiverser n’avons plus d’excuse,
Car deux fois est toujours piqué
Celui qui contre éperon regimbe.
Comment, téte de Saint-Jean, à quoi sert la guerre
Ne vaudrait-il pas mieux faire circuler la jarre
Et manger sa soupe en paix,
Que d’aller dans un trou Jutter avec les taupes,
Après avoir tourné l’oeil en montrant son courage.
11 vaut raieux souffrir en paix et vivre davantage
Que de vouloir faire la paix quand tout est égorgé.
II n’est plus temps, mauvaise colère,
De chasser les rats qui sont dans la maison
Quand tout le blé s’en est allé.
Ia saison n’est pas toujours de chàtrer les abeilles,
Ce n'est pas toujours l’été pour tondre les brebis,
Aussi n’est-ilpas toujours le moment de faire la paix.
En attendantà demain, il y en a beaucoup de trompés.
Et si maintenant en diflòrent vous perdez l’occasion
Quand vous voudrez conclure il ne sera plus l'heure;
Attelez-vous-y donc tout de bon.
Et n’ayez plus de querelles.
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— á34 -
Lou mès machant acord merito yo rançoun
E lou millou proucós nou bau pas yo flaiito.
Après qu’n loung iuoiir a jougat de soun resto,
E que lou gay printems descapero sa testo,
Tout ço que biu es encantat :
Om bei lous auserous seu segot échutat
Bresilha de plasé, boulateja per l’aire;
Om bei lou groûoillat hé tutet au pescaire,
Om bei boundi l’aignet à Toumbro deu sapin.
E courna lou limac à l’arros deu matin .
A tau sun cop poudém cassa la periggléro,
E peu mouyen d’yo pax flni nosto misero,
Om beira lou seignou dab yo troupo de cas,
Crida, hou Beléloou, de matas en matas.
Lou bourgés peu marcat passéja sa parento,
E l’artisan pauruc tribailia sense crento,
La païsante anira peu bareit, per i’estout
Dab la haus ou dab ia matuilio,
E Iabets cantara pertout
Lou Rasclo chaminéo, autaba, flneguillo.
Le plus mauvais accord mérite une rançon
F.t le meilleur procès ne vaut pas une flúte.
Après qu'un long hiver a joué de son reste,
Et que le gai printemps découvre sa téte,
Toutce qui vit est enchanté :
On voit les petits oiseaux à l’abri de la haie
Gazouiller de plaisir, voltiger dans l'air,
On voit la grenouille íaire des arances au pccheur,
On voit bondir l’agneau à I'ombre du sapin,
Et le limaçon jouer des cornes à la rosce du matin.
De cette façon si une fois nous pouvons ohasscr la guerre
Et par le moyen d’une paix finir notre misère
On verra le seigneur avec une troupe de chiens,
Crier, hou, Belcloou, de ballier en hallier.
Le bourgeois promener sa parente au marché.
Et l’ouvrier peureux travailler sans crainte,
La paysanne s’en ira par la terre labourée à travers le chaume
Avec la íaux ou l’émottoir.
Et alors cbantera partout
Le Ramoneur, également, fìne aiguille.
Cetle fantaisie poétique sur des événements historiques vrais, sans viser
à la perfection, est néanmoins intéressante à plus d’un titre. La phi*ase est
facile, coulante, et sonne agréablement à roreille. Le style tantôt énergique,
coloré, plein d’images, tantôt sentimental et descriptif, révèle lout à la fois
le Poète et l’homme de guerre. Sa peinture du combat de Siaffarde ne
manque ni de soufíle, ni de vivacité, et il assouplit à son gré la langue pour
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nous raconter les menus délaiis de cette boucherie. On s’aperçoit aisément
qu’il s’est inspiré des oeuvres de son compatriote Ader , passé maître dans
le genre.
Le Poète-Médecin nous apparaît comme un fin lettré, nourri de la
moelle des classiques, qu’il se plaisait, en homme de goût, à consulter dans
ses moments perdus. Les auteurs Grecs et Latins lui en fournissaient le
plus; il aimait à y revoir ce qu'il trouvait de plus beau sans s‘en dégoûter
jamais, à la recherche du bon sens et non du bel esprit.
II prend d’abord Homère pour modèle.
Ce dernier a célébré dans VOdyssée « le jardin à’ Alcinoìis, roi de
Corcyre ( Corfou ) et racontc la généreuse hospitalité que ee monarque offrit
à Ulysse naufragé. »
II s'empare de ce thème pour en faire le sujet d’un Chant Royal où il
compare sous le voile de rallégorie Jean Guy de Maniban (1) au roi
Alcinoiis , et les jardins de Clémence-Isaure à ceux de Fîle de Corcyre, se
réservant pour lui le rôled'Ulysse naufragé.
II cherche en vain à guinder sa Muse, ses alexandrins sont impuissants
à rendre sa pensée. Le Poème, malgré ses efforts, resteconfus, embarrassé.
et obscur ; sa langue n’en reste pas moins simple et naturelle et du milieu
même des broussailles surgit à chaque instant une épithète pittoresque, une
trouvaille d’expression. 11 Tachève par une allusion à sa précédente défaite
aux Jeux Floraux.
D’Ulici patient, dah la boux emprountado,
Jou déplori, hillots, lou malhur déu Gascoun,
Qu’aouc tanto de nas per la pruinèro annado
Que s’ensajec d’archa ser lou Mont Hclicoim
Peu casau renoumat en las obros d’Oumôro;
Enteni aqueste loc oun l’esperit hé chéro :
Loc que lou maubes tems aurè ditja gouastat
Se bistoment caucun nou l'aousso artetat;
D Ulysse patient, avec sa voix d’emprunt,
Je déplore, mes enfauts, le ruaiheur du Gascon,
Qui eut tant de déceptions pour la première année,
Qu’il essaya de gravir le Mont Hélicon.
A travers le jardin renommé dans les oeuvres d 'Homère
J’entends ce lieu où J’esprit est bien accueilli :
Lieu que le mauvais temps aurait déjà gàté,
Si prestement quelqu’un ne l’eút protégé ;
(1) On sail en effet que l’illustre Président contribua dans une large mesure au
rajeunissement du Collège de Clèmence-Isaure, soit coinme Mainteneur, soit comme
Chanceher ; et c’est avec un soin jaloux et une remarquable autorité qu’il en survedla
les travaux jusqu’aux derniers moments.
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— 336 -
Més qui, gran M&niban que tout lou moun admiro
Acos bous, è per tant jou bous ei noumentat.
Alcinous soignous deu casau dc Corcyro .
Mais qui, grand Maniban que tout le monde admire
C'est bien vous, et pourtant je vous ai désigné.
Alcinoû8 soigneux du jardin de Corcyre.
' Comme Baron , le Poète de Lavardens, prit plaisir à imiter Horace . Ii
traita à son tour TOde vuf Diffugere Nioes ; nous avons pu apprécier la
maniòre de Baron, celle de Dugay, nous îacilitera la comparaison. Le retour
du printemps qui frissonne dans les feuilles agitées par le séphir, lui sert
à rendre courage aux désespérés en lui faisant voir que les mauvais jours
ne durent pas. Le renouvellement des saisons lui montre que rien ne dure
et qu’ii ne faut pas nourrir de trop vastes espérances ni de trop longues
douleurs. Laissons lui la parole :
Aro que lou tor es passat
Diu sap en nostes prats coum l’herbeto ba crèche !
La hoiieillaco ditja coumenço de pareche,
E lou cabeil deu blat sourtich tout hérissat.
La Tèrro beng de prene un bisatje fort gay,
L’aygo que cour tout dous de pachérn en pachéro,
Nou campejo pas més deguens nost’ arribéro,
Et respetto lou mès de May.
Rejoiiiscam’us dounc Goujous,
Las gracios toutos despuillados,
Las Nimphos cargados de flous
Mous coumbidon à hè forço sauts é camados.
Démést nostos rejouissenços
Sounjem pourtant à boun assient
Maiutenant que la glace est passée dans nos près
Dieu sait comme rherbette va croitre !
Le feuillage commence à paraitre déjà,
Et l'épi sort du bJé tout hérissé.
La Terre vient de prendre un visage fort gaì
L’eau qui s’écoule sans bruit de diguc en digue
Ne séjourne plus dans notre rivière
Et respecte le mois de Mai.
Réjouissons-nous donc, enfants,
Les Gràces toutes nues,
Les Nymphes, couronnées defleurs.
Nous invitent à faire forces sauts et gambades
A travers nos réjouissances,
Souvenons-nous à bon escient
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Que lou tems lou mes arrisent
Nou permet pas qu’ajam de loungos espéranços.
Tout cour en arremoulieja
A l’entour d’un sercle immoubile,
Lou tems nou hé que cousseja,
De crese l’arresta sere plan inutile.
Lou Printoms de l’Hyuoer adoucis la rigou,
Puch deu Printems l’Estiu beng acaba l’oubratje,
E l’Autouno seguich dab soun noble atelatge,
Que l'agroupit hyuoer casso dab sa fredou.
La Luo cado trento jours
Toustem dab medicho bitesso
Tourno arrecoumensa soun cours
Per empacha qu’arren nou cajo de feblesso.
De nousauts noun es pas atau
Quan em en la demoro nero,
Fau punt qu’aiiem biardat d’aqueste coumunau,
N’em arrem qu’ouinbro é quc poubéro.
Hassam, hillots, de bounos obros
Que pouscon gratuilla la justicho de Diu,
Tau que douman nou deu pas este biu
Boulere plan n’aiie de sobros.
Que le teinps le plus heureux
Ne pcrmet pas que nous ayons de longues espérances,
Tout marche en tourbillonnant,
Autour d*un cercle immobile,
Le temps ne fait que fuir
De croire J’arréterserait bien inulile.
Le printemps de Hiiver adoucit la rigueur,
Puis du printemps Véié vient achever la besogne
Et l’autoinne suit avec son noble attelage
Que l’Iiiver accroupi chasse avec sa froidure.
La Lune chaque trente jours
oujours avec la méme vitesse
Vient recommencer son cours,
Pour empécher que rien ne tombe de faiblesse.
De nous il n’en est pas ainsi
Quand notis sommes en la demeure sombre
Si bien qu'aprcs avoir quittó ce monde,
Nous ne sommes plus rien qu’ombre et poussière.
Faisons, mes chers petits, des bonnes oîuvres,
Qui puisscnt flatter la justíce de Dieu,
I el qui demaiu ne doit plus être en vie,
V oudrait bien en avoir de reste.
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— 338 —
Jou boy, abaricious, qu’an un replec de tuto
Estujes toun argent d'inquios au mendre so,
Nou t’empourtaras qu’un linso
Qu’an te caillo ana hé dab bermous à la luto.
Ço que hê fremy de hèrou
És que qu’an de Plutoun endura lou supplicy,
Per paga las penos deu bicy,
Mès hèlas, dab quino rigou !
Quan om es en aquet estat
D’en sourty jamès plus cau pas aué ’spèranço;
La noublesso, ni la beutat
Nou soun pas de nado assistanço.
De Diano lou poude houc autcs-cops l’abus,
Quan boulouc hè sauba deiis Infers Hyppouhto;
È T/ièsào troubec sa forço trop petito
Per ne tira Pyrit/ioiïs.
Je veux, avare, qu’en un repli secrct
Tu caches ton argent jusques au moiudre sou,
Tu n’emporteraá qu’un iiuccul,
Quancl tu iras lutter avec les vers.
Ce qui fait frémir de írayeur,
C’est quandil faudra endurer le supplice de Pì.uton,
Pour expier les peines du vice,
Mais hèlas, avec quelle rigueur !
Lorsqu’on est dans cet état
D'en sortir jamais plus il n’en faut avoir l’espoir
Ni lanoblesse, ni la beauté
Ne sont d’aucun secours.
De Dianc le pouvoir fut autrcfois impuissant
Quand elle voulut faire sauver Hyppolite dcs enfers ;
Et T/iésce trouva sa íorce insufíìsante
Pour cn retirer Pyrithoiïs.
L’ode du lyrique latiu, soussa plumc, cotuporle une moralité chrétienne,
sans toutefois porter atteinle à aucun des trails de la mythologie. Si son
stvle est moins assoupli que celui de son émule, il montre plus dc vigueur
qûe lui, et l’imitation se tient êgalement plus près de son modèle.
Toutefois, il ne sera pas si heureux dans l’Ode xi“ du mème auteur :
Quid bellicosus Caníaber et 'Acythes. (Que peuvent tramer encore et le
Cantabre belliqueux et le Scythe), qu’il paraphrase plutòt qu'il ne traduit,
ne conservant que l'idèe maitresse. Malgré ee dèfaut, ses vers son
gentiment tournés, pèlillants de bonne humeur et d'esprit gaulois. C’est
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— 339 —
facile, ingénieux, bien phrasé, bien rvthmé, assez gascon quant à la lettre,
beaueoup moins toulefois sous lerapport cle Tinspiration.
Viennent ensuite les félicitations d’usage en français, en languedocien et
en gascon qui lui sont. adressées par ses amis et ses admirateurs. A côté de
Mesdemoiselles de Guitard , de Moisen , sa cousine, figurent MM. Pagès ,
Vares , Lassalte , Garbag , de Beaufils , Retj, de Guitard, toulousains,
qui dans leurs vers lni prodiguent leur encens.
Le Triomphe de V Êglantine, contient les pièces gasconnes qui furent
récitées dc 1691 à 1693.
Dugag , met ce nouveau recueil sous la protection d'un de ses amis.
A MOUSSUR DE PRADINOS(l), ABOUUAT AU
PARLOMENT, ANCIEX CaPITOUL, ASSES-
SOU DE LA MAISOUN DK BILO, JUT(iÉ K
SIXDIC DEl'S JOCS DE DAMO CLAMEXÇO.
Voici sa dédicace :
A MOXSIEUR DE PRADLNES, AVOCAT AU
PARLEMEXT, AXCIEX CAPITOUL, ASSES-
SEUtt DX LA MAISOX DE VILLE, JUGE ET
SYXDIC DES JBUX DE DAME CLEMEXCE.
A bous, coum à moun mage amic,
Brabe Moussur, xoble Pradixos,
Ma Muso beng hè cent jouguinos,
Afìn de se bouta à i’abric,
Dou his«oun de l’embéjo, é de sas dcns caninos.
N’es pas sense rasoun qu'ero s’adresso à bous :
Gar per tant de deminjasous,
Que certéns esperits, gelousis dc ma glorio,
Ajon de deminja l’aunou d’uo bictorio,
Qu'engoiian de gasaigna soiiy estat tant hurous;
Chardit, quan auren cent canous,
Que l’ausen attaqua debat bostes auspicis,
A vous, comme à mon plus grand ami.
Brave Monsieur, noulk Piiadines,
Ma Muse vient faire cent gentillesses,
Afin de sc mettre à l’abri
Du dard dc l’cnvie et de ses denus canines.
( ’e n'est píis sans raison qu’elle s’adresse à vous :
Car pour tant de démangeaisons,
Que certains esprius. jaloux de ma gloire,
Aient de diminuir l’honneur d’une victoire,
Que cette année j’ai êté heureux de rcmporter ;
Qui seraitsi liardi, aurait-il cent cauons,
()u’ils osent l’attaquer sous vos auspices,
(1) 11 en cxistait trois de ce nom. tous Avocats et Capitouls. Ce sont : Guillaumc
íle Pradines (Capitoul en 1668, 1675, 1694, et 1703) ; Jean-Joseph de Pradines (Capi-
toul en 1694); Guillaume-Hyarinthe dc Pradines (Capitoul en 1709). Heste à savoir
quel cst celui des trois qui aurait exercé les fonctions de Juge et Syndic des Jeux-
Floraux ? II reste néanmoins acquisque ce nom ne íigure dans aucún des Recueils
publiés de 1694 à 1702.
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- â40 -
De poou que lour temeritat
No’oiis maumesclés dab bous, qu’ets un tau Magistrat,
Que hèts dab tant d’ardou toustem la guerro aus bicis.
K quan jou n’auri pas yo ta horto rasoun,
Bost’ amistat m’es yo causo ta caro,
Que per l’am counserba, jac disi tout de boun,
Au houec jou’m boutari tout aro,
Hurous qui a’n boun araic en aquesto sasoun^
De peur que leur téméritú
Ne me brouille avec vous qui étes un magistrat si accompli,
Qui fait toujours avec tant d’ardeur la guerre au vice ,
Et quand méme je n’aurai pas un motií si décisif,
Votre amitié m’est chose si chère
Que pour me la conserver, je le dis sérieusement,
Au íeu je me jetterai tout à l’heure,
Heureux qui possède un bon ami en cette saison.
Les poésies qu'il met sous la protection de sou éminent ami, sont du
resteen petit nombre, ce qui nous permeltra d’en faire un rapide examen.
Nous ne nous attarderons pas à celle qui se présente tout d’abord et qui
esl intitulée Pehpaus d'un Filosopho, A mourous d't/o Damaysello de
Gimount en Gascouigno, au subjet d'un sounge. ( Propos d'un Philo -
sophet amoureux d'une demoiselle de Gimont en Gascogne, au sujet
d’un songe ), qui n'est qu’un badinageamusant plein de verve etd entrain.
II débute d abord par Texposition du songe suivi de son explication, pour
arriver à cette conclusion inattendue qu 'Iris, sa belle maîtresse le trompe
avec un heureux rival. En termes amers, il reproche à Tamour de l'avoir
traité avec tant d’indiffcrence et flétrit sa trahison.
Puis interpellant son infidèle amante, ii la met au défi de justifier son
inconslance après les preuves d amour qu'il luia données. Mais puisquelle
est insensible aux tourments qu’il endure par sa faute, elle peut à loisir
embrasser son rival et respirer son haleine. La satiété viendra bientôt ; elle
regrettera ce jour-là sa perfidie, mais il n'en sera plus temps.
S’adressant à son heureux rival, qu'un lien indissoluble unit à Fingrate
il souhaite que l’heurc vienne où le démon de la jalousie Tétreignant
empoisonne son existence et qu’après lui avoir fait subir peines et tourments
sans nombre, l’amour enfin touché de son humble requète, lui inflige le
châtiment suprème réservé aux maris trompés.
Te hasse empauhisca per quoiiate ou cinq maraus,
Las armos deu Turc ser la testo.
Te fasse incru.'ter par quatre ou cinq marauds,
Les armes du Turc sur le front.
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— 341 —
Et donnant un libre cours à sa douleur, il s’écrie :
Esclato ma doulou? perque tant se coustreigne,
Quan om a tout perdut, om nou deu pas mes creigne.
Adiu, soumbre Gimount, adiu, bilèn climat,
Que jou'éy autes-cops tant aymat;
Hasse ser tu lou céu plaue tant de miséro
Qu'a tout punt, en tout temps ajo de tout nessero :
Que la dailho de Bilaret
Nou deche en toun Parsan nat huset en paret :
Que lous omes que soun autour de ta countrado,
Te hujon à jamès coumo yo pesto alugado :
Qu’à fauto de jouenesso om beje en tous parsàs,
Sexe, bignos é camps, ta loung temps en bousigos,
Que d’un siéggle nou porten pas
Ny gens, ny blat, ny bin, ny flou, ny broc, ny higo.
Eclale ma douleur ì pourquoi taut se contraindre,
Quand ona tout perdu, on ne doit plus rien craindre.
Adieu. sombre Gimont, adicu vilain climat
Que j’ai autrefois tant aimé ;
Fasse le ciel sur toi pleuvoir tant de miscres
Qu’en tous points, en tout temps tu manques dc tout :
Que ìa faux de Bilaret
Xe Jaisse dans ton hameau nul fuseau en réserve.
Que les hommes qui sont autour de ta contrée,
Le fuient à jamais comme une peste contagieuse. »
Qu’à défaut de jeunesse on voie en tes hameaux
Séxe, vignes et ehamps, si longtemps eu friche,
Que d’un siccle ne puisse produire
Ni gens, ni blé, ni vin, ni fleur, ni épine, ui figue.
Horace , lui sert encore de modèle dans la suivante où il cherche à
imiter l’Ode xiv6, qui commence ainsi :
E heu t JutjaccSj Posíu/nc, Postunie , labuntur anni,
Elles s’en/uicnt , /lélas! Postumus , nion c/icr Postumus , cllcs nous èchappcnt
nos rapides annécs ,
oii il pcint la fragililé de notre existence, la vieillesse avec ses affaiblis-
sements jusqu’à la mort. Quoique s’éloignant du modèle qu’il a choisi,
cette poésie nous paraìt excellente et l'liomme de foi y expose les théories
philosophiques qui lui sont chères. Jugez-en :
Nou-y a re desoulide en aqueste bas mounde;
Tout cambio en un birat de man
Milanto pécadous que so porton ta plan,
II n’y a rien de solide en ce bas monde ;
Tout change en un tour de main
Des milliers de pécheurs qui se portent si bien
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— 342 —
Et que n’an pas enqoué sounjat à rende counde,
Déleu se soun biiis ouèy, noun soran pas douman.
Aquetsgrans insturmens de majestat, de glorio,
Que hón croupetes au pecat,
Soun de béts ornomens, per oundraquauqu’historio,
Més la mort nous appren que tout es banitat.
Lou mounde es de rhumou d’yo poulido goujato,
Qu'a tant de serbidous, que sôn cartiè ne put;
Er’ous caresso touts; raès aquéro madrato,
Nou teng jamès arren de ço qu’a proumetut.
Toutis em d’yo medicho traco
E toutis espcram dc biue loungoment,
Més be mous troumpam lourdoment
Puch que de mens en mens nosto bito s’abraco.
Lou tems es tout plen d’incoustenço,
E soun cours per nousaus cs ta mau coumpassat,
Que lou passat n’es plus, l’abengue es en nechcirço,
E sense qu*en ajani la mendre counechen<,*o
Lou prcsent se trobo passat.
Quan ajam noste cos de bieillesse crouchit,
Cadun, de tantis qu’em bouler’aue gemit,
Pcr sous mendres peccats, cn yo pregoundo groto;
Et qui n’ont pas song<‘‘ à rcndre dcs comptes,
l*eut-ètre s’ils sont en vie aujourd’hui ne le scront pas demain.
Ces grands instrumcnts de ìnajest*'*, de gloire,
Qui font corU*ge au péehé,
Sont de beaux oruements pour pa»*er quehpie liisloirc
Mais la mort nous apprend que tout cst vanité.
Le monde est de rhuineur d’une jolie tille
Qui a tant d’adnnrateurs que soii quartier en esl empoisonuè
Elie lcs caresse tous; mais cotte rusôe
Ne tient jamais rien de ee qu’ellc a promis,
Nous sommes lous d’une mèmc faeon
Et nous espèrons tous de vivrc longuemeut
Mais certes nous nous mèpreiioiis lourdement
Puisque de moins cn moius notre vie s’abrège
Le temps est toul plcin d’inconstance,
Et son <3ours est pour nous si mal distribuè,
Que lc passè n’est plus, l’avenir est â naitrc,
Et sans que nous en avons la moindrc counaissance
Le prèsent se trouve èvanoui.
Quand nous aurons notre corps oassi'ï de vicillcsse.
Chacun Umt que nous sommes voudrions avoir gèmi
Pour nos moindres pècliès, dans une grotte profonde ;
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— 343 —
Enqoíiéro qu anirem pendent quc mous gargoto,
Se heiiora reílexioun qu’un dio noste cos
Diu serbi d’estuch au talos
Per hê cado pip-pap cent tours de biraboto.
Quan aurem touts la forço de Sanion ,
Quan serem auta grans coumo lou hil de Floro ,
Aoussom be tres cos coum aiie Gerioun (1):
Perço qu’un medich jour mous a boutats au raoun
Yo médicho néit mous demoro.
Touts deiié dounc mouri, sià Reys, Contes, Barous,
Bourgésis, Counsèillès, Artisans é Pastous,
Touts courren au galop, per hé crouxa la tailho
Que Laiiriuo teng en sa man;
Aeet gè, l’aute oiiéi, è jou deleu douinan,
Passerèy peu tail de sa dailho.
Aquet qu’un gran couratge, ó yo scienço pregoundo
An héit tant reputa ser Ja terro é sur l’oundo,
Qu’an quouate-bins liiiiers lou hen garrampieja,
E que cadun l’y a dat yo redo massoculo,
Deu labets soulomens sounja,
lùicore où irions nous pendant qu'elle nous travaille,
Si nous réllèclnssons qu’un jour notre corps
Doit servir d'étui aux vers de terre
Pour fairo à cliaque mouvement cent tours sans dessus dessous.
Aurioiis-nous tous la force de Sanuton ,
Serions-nous aussi puissants quc le fìis de Flore.
Aurions nous ìnôme trois corps comme avait Gèrion :
Car le. même jour où il nous a mis au monde
L ne seule nuit nous reste.
Nous dcvons tous mourir, serions-nous rois, comtes, barons,
Bourgeois, conseillers, artisans et laboureurs;
Tous nous courons au galop pour fairc croiser le ciseau
(jue la cruelle tient dans sa inain.
Celui-là liicr, l’autre aujourd’hui, peut-ètre deinaiu
Je passcsai par Ie tranchant de sa faux.
Celui dà qu’un grand courage, une scicnce profondc
Ont tant fait réputer sur Ja terre ct sur l’onde,
I.orsque quatre-vingts hivers le íont paralysè,
Et qiie chacun lui a donnc une violente secousse,
II doit alors seulement songcr.
(2) Roi d 'Erithic, tils de Chrysare. II avait trois corps et îut tué par Hercule,
parce qu’il nourrissait des b<cufs avec de la chair humaine. t n clncn à trois tetes et
un Dragon à sept, gardaient ces boeufs. Hercule tua aussi ces monstres et emmeni
les boeufs.
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344 —
Que nou hé que repapieja,
E qu'au loc d’aiiansa reculo.
Que serbich d’este flats, en la plano íïanianto,
E d’est’ anats risa lou cros de Rhadamanto (1),
Ses aue trebucat au tremail de la mort;
Ja cairam lèu ou gréu deguens sa pescadero;
Lou centre d’un bachet es la rado é lou port,
E lou noste, chrestias, es l’oumbro ó la ]X)iibéro.
Nosles jours soun coundats dab tant d’exactitudo
Que taupunt que l’houro es bengudo,
Anem, cau desloutja scs counsulta degun;
Nosto bito é la mort tribaillon en coumun
E lou darré moument enqoiié que mous estiue
N’es pas lou que mes hè peri :
L’home coumenço de mouri
D’abord que coumenço de biue.
Pourtant aquero mort es yo causo ta duro
Que soun approche soul’ hé frêmy la naturo;
Talomens qu’en un ta gran pas,
Cau eshi plan segu, per nou tremoula pas;
tìcrtat es qu’om nou déu pas creigne,
Qu’il ne fait que radoter,
Et qu’au lieu d’avancer il recule.
Que sert-il d’être vaniteux dans ce triste monde,
Et d’étre allés braver la fosse de Rliailamantc,
Sans avoir trcbuclié au seuil dc la mort ;
tìientôt nous tomberons à son gré dans ses íilets;
Le centre d’un bateau est la rade etleport
Et le notre, chrétiens, est l’ombre et Ia poussière.
Nos jours sont comptés avec tant d’exactitude
Que sitót quc l’heure est venue,
Allons, il faut déloger sans consulter personne ;
Notre vie et la mort travaillent en commun,
Et le dernicr moment, bien qu’il nous moissonne,
N’est pas celui qui nous fait succomber davantage ;
L’homme commence à mourir
Dès qu’il commence de vivre.
Pourtant ccttc mort est chose si eruelle
Que son approche seule faií frémir Ia nature.
De tclle façon qu’en un si grand pas
11 íaut étre bien préparé pour ne pas treinbier ;
II est vrai qu’on ne doit pas craindre,
<l) Lycio , flls de Jupitcr et d 'Europe. II rcndit la justice avec tant de sévêritc et
d’impartialité, qu’étant mort, on s’imagina qu’il avail été nonimé par Ic Sort , pour
étre juge des Enfers avec Eaque et Minos,
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345 —
Perbu que las actious qu’om hé cado moument,
Se raporten unicoment
À la glorio de Noste Seigne.
Pourvuque les actions que l’on faitâchaque instant
Se lapportent uniquement
A la gloirc de Notre Seigneur.
Dugay a mieux rèussi dans une composition à laquelle il n’a pas mis de
tilre et qui, à en juger par les caractères typographiques qui dans le recueil
la distinguent des autres ceuvres du Poète, avait à ses yeux et à ceux de
ses amis un mérite hors ligtie. II l'adresse du reste à ses juges, et il débule
par ce vers bien connu de YArt Poétique d'Horace :
Parturient montes, nascctur ridicu- Les montagnes accoucheront, et il
lus mus. naitra une souris ridicule
dont il se sert pour imiter la délicieuse fable de La Fontaine : La Mon -
tagne qui accouche d'une Souris , alors dans toute sa primeur. II prend
prétexte de la moralité qui en découle pour rappìiquer d’une façon très
heureuse à tous les sujets qu’il passe en revue. Ecoutons-le :
Yo mountagno autes cops en gran mau dc mainatge
Amiaíio tant de brut, que tout lou besiatge,
A l'entene, cresouc que hare yo ciutat;
Més de que s’accouchéc après tout, d’un arrat.
Yo tau fablo, moussurs, enquouè que mensoungcro,
Abarrei lous ahés se trobo bertadéro.
Coum om bei en estiu qu’un auratge brounent,
Bèt souben n’es arre qu’un eschaurede bent.
Atau deus enemics ligats côntre la Franço,
L’embejo descarado ó la soto arrouganço,
Quan an de touts estrems saraoiiat lou terrotrum,
Nou soun jamés arrè qu’yo mountagno de hum .
Om bei quc l’Espaignol dab sa mino brabacho,
Une montagne autrefois, en grand mal d’enfants,
Faisait tant de bruit, que tout le voisinage,
A rentendre, crut qu’elle engendrerait une ville ;
De quoi accoucha t-elle après tout, d'une souris.
Une telle fablc, Messieurs, bien que mensongère,
A travers les événements se trouve vraisemblable
Comme on voit en été qu’un orage violent
Bien souvent n'est rien qu’un coup de vent.
Ainsi des ennemis ligués contre la France,
L'envie décbainée et la sotte arrogance ,
Quand ils ont de tous cótés semé répouvante,
Ne sont jamais rien qu’une moutagne de fuinée.
On voit que l’Espagnol, avec son air bravache,
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— 346 —
De poou de s’arrima lous péus de la moustacho,
Hugis lou Gran Louis, èu mes pressat besoiii,
E se hè cauque brut, aco ’s toustem de loiii.
Ocn bei lou Sabouyart se mouri de bergoiiigno
D’aue liòit lant de brut é ta pauc de bcsoiiigno,
La Ligo anfin parech coum’ un gran espaiient,
E jamês sous proujets nou soun arre que bent.
Poussem, poussem mes loiii yo ta richo pensado;
Jamés om nou prcn pech en yo gourgo bantado;
Om trobo forco gensquan yo reputatioun
Que na per foiidement qu’un paucde presoumptioun
E ressemblon pou plan au toum toum d’yo barrico
Que boueito coumo es, mes bero es sa musico,
Mes coum en uu graué demès for<;o caillaus,
Om gaho plan souben lous grans é bèt grouignaus;
Atau en cauques us que ban sense tìnesso,
Om bei souben brilla l’oloqucnço c l’adrcsso,
E lour testo ressemblo à l’esclin d’un caehoun
Que per este trop plen, nou hè pas gouaire soun.
Tant de Flandrinos y a doguêns aqueste moundo
Que crosen qu’en beutat arrc nou las scgounde,
E quan lou co doulent se nou se bescn pas,
Seguidos à tout punt de trento pichocas.
Eros soun tout un tems las relicos d’yo bilo;
Sous oueils arron pcr tout lous caus à tail de pilo,
De peur do roussir les poils de sa mouslaclie.
Iívite le Guano Louis au moment le plus pressant,
Et s’il fait quelque bruit cest toujours dc loin.
On voit le îSavoyard se confondre de honte
D’avoir fait tant de bruit et si peu de bcsogne ;
La Ligue enlìn parait comme un grand cpouvantail
Et jamais ses projets ne sont rien que du vent.
Poussons, poussons plus loin une si riclie pensce ;
Jamais on ne prend du poisson dans un trou renommé
On trouve bien des gcns (jui ont une réputation
<Jui n’a pour fondcmeiU qu’un peu de prósomption
Kt ressemblent assez au creux d’unc harrique
tjui vide comme ellc est, plus belle est sa musique,
Mais comme un gravier â travers force cailloux
On attrape souvent de grands et beaux goujons,
De méme pourquelqucs gens allant sans íinesse
Ou voit briller souvent rêloquence et l’adresse
Lt leur tête ressemble aux battants d’une armoire
Qui pour étre trop pleine ne rend guère de son.
Lombien de Flandrines, n’y a-t-il pas en ce monde
Qui croient qti’en beauté rieii ue les égale,
lù qui ontle coeur dolent si elles ne se voient pas
Suivies ineessamment de trente désteuvrés.
Llles sont durant un temps les rcliques d’uue ville
Leurs yeux cherchent partout, il leur íaut l’apparence
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347 —
En un mot tout se rend à sous mendre guignous
E puch íìnaloment demoron sous tinous.
Y a forço gens que hén un éléphant d’yo mousco,
Aperpaus, grâs Moussurs, jouts haré atau cou pousco
Ser aqueste subjet un counde à ma faissoun :
Certén Joùanas pourte<? en aqueste sasoun
Un barlet plen de bin à cauqu’es tribaillayrés,
Boiieit que houc; caucoumet que boulauo peus aires
Peu hourat deu bardoc y entrec adesastant.
Jouanas à nou y pensa l’y barrecquant ó quant :
E se boutec d’abord lou barlet en baliso.
Cependant l’animau, quetoustem herbouriso,
Taupunt que se sentic deguens yo tau prcsoun,
Coumenséc d’entouna soun brutô sa cansoun.
Taloinens que Jouanas, fredoulic en couratge,
S’en cour au gran galop decaps entau bilatge,
En crida, alarmo, alarmo, aci lous encmics :
Barricadem la porto, boutem gens en campaigno;
Més que direts que honc causo d’yo tau magaigno;
E déu gran tiragos d’aquet praube argoulct :
Un petit moussailioun cmbarrat eu Ixirlct.
Nou serquem pas ta louï lou sens d’y tau pensado.
Ja se trob’ explicat pcu brut d’aquesto ann^do,
Sertout qu’an an Ixiulut, à grans pics de dcstrau,
Esclaboussa ias ílous d’aqueste bct casau;
Kn un mot tout se reml à leuis moindres capriccs
Et puis fìnalemcnt ellcs restent cn plan.
II existe bicn dcs gens qui font un élt'íphant d’une mouche
A ce propos, grands MM., je vous ferai comine je pourrai
£ur ce sujet uu contc â ma faoon :
Certain (jrosjean porta en cctte saison
l’n baril plein de vin à quelques travailleurs.
Vide il le fut; quelque chose qui volait dans les airs
Par ie trou de la futaille v pénétra aussitót ;
Grosjean sans y penser, l’y enferma par mvgardc
Et mit ensuite lc baril sur ses cpaules ;
Cependant i’animal, qui toujours Iierborisc,
Sitót qu’il se sentit dans une tellc prison,
Commença d’entonner son bruit et sa cbansou.
Tellement que C.rosjean, frileux en couragc,
S’en va au grand galop vcrs le village
En criant : alarme, alarme, voici Icsennemis ;
Barricadons les portcs, mettons gens en campngne ;
Mais que croiriez-vous qui fut cause d’un tel tapage
Et du grand émoi de ce pauvre niais :
U’n petit moucberon enfenné dans le baril.
Ne cherchons pas si loin le sens d’une telle pensée
Qui se trouve suttìsammentexpli(iuée par le bruit faitcctteannée,
Quand on a essayé à grands coups de liacbe
De détcTÌorer les fleurs de ce beau jardin ;
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- 348 —
Qu’ei ço que n’an }>as heit countro la praubo Floro;
Qu’in tintamarro affrous, qu'is crics, qu'in biahoro,
Qu’in terrotrii brounent, qu’in esclau, qu’iu marmut,
Yè puch qu*es aco cstat? arre que forço brut.
Coum que crese l’hiuér dab touto sa tourrado,
Poude lassi de flous d’yo éternelo durado ?
Que sapio aquet hiiiér que deu cracha mes bas,
Ou toustem lou crachat l’y tournara seu nas,
Tant que las fious seran debat la man presado
D’un ta rare printoms; que bouhe la trumado;
Que parecho l’hiiiér dab toutos sas rigous,
Lou printcms hounera quant é quant sous glaçous :
Oy lou pouchant soureil que toustem l’acoumpagno,
Per tant que la fredou blanquisco la campaigno,
En despieyt de l’hiiier las hara berdeja,
E sous giiires hounuts cairan en gouteja.
A bous, Gran Maniban, s’adresso l’allegorio,
Protectou cle las flous d'yo éternelo memorio :
Bous’ éts noste printems, ê l’hiiier sense bous
D’inqu’a las arrasics s’aure croucat las flous.
Que n’a-t-oii pas fait contre la pauvrc Flore ï
Quei tintamarre aíïreux, quelles clamcurs, quels cris
Qucl tremblement violent, quel esclandre, quel murmure
Et puis qu’en est-il rcsulU* ? rien si ce n’est force bruit.
Comment supposer que i’hiver avec ses gelées
Puisse tlctrir des fleurs d’une éternelle durée ?
Qu’ii sache cet hiver qu'il doit cracher plus bas
Ou toujours le crachat iui retombera sur ie nez,
1 ant que les fleurs seront sous la main respectée
D’un si rare printemps ; que la tempcte se déchaine
Que l'hiver paraisse avec toutes ses rigueurs,
Le printemps fondra quand même ses glacons :
Or ie puissant soleil qui toujours l’accompagne
Pour tant que le froid bianchisse ia campagne,
En dépit de i’hiver les fera verdover.
Et ses givres fondus couleront goutte à goutte.
A vous, Giianu Manidan, s’adresse l’allégorie,
Protecteur des fleurs d’une cternelie mémoire,
Vous ctes notre printemps, et l’liiver sans vous
Jusques aux racines aurait dévorc lcs fleurs.
Nous trouvons enfin une Ode à Nanette , en franqais cìc belle allure et
parfaite dc stylc.
Ce nouveau triomphe lui valut un redoublement de madrigaux et
d’hyperboles louangeuses de la part de scs amis Nous citerons : Madame
de Cortade , Mademoiselle Despiau. MM. de Lucas , conseiller au
Parlement, Guitard , juge aux Jeux floraux, Delopesy de Robert , Baurenst
toulousain, de Qrangeron} d' Abadie de Pavithac , de Boutan et Gom-
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doulin, docteurs en théologie, Tun curé et Tautre chapelain de Roquelaure,
de Beriaud , Sère , d'Espiau , d’ Autrouil, Doazan , de Marsoulan, de
de Lamare d’Asimont, prètreetdocteur en théologie, et enfin son imprimeur
A . ColomieZy qui lui adresse îi son tour son tribut dadmiration :
As plus belis esprits, le boste fa la niquo,
E1 es digne d'admiraciu :
Boslres bcrses toutjour soun de berses en raiquo,
Tabes nou douti pas que dins dus ans d’aciu
Nou me tournets douna pratiquo.
Aux plus beaux esprits, le votre fait la niquc,
11 est digne d’admiration :
Vos vers sont toujours des vers en mie
Aussi je ne doute pas que dans deux ans d’ici
Vous ne reveniez me donner du travail.
Nous avons toutes les raisons de croire que ce voeu ne se réalisa pas (1).
A parlir de celte époque, Dugayt renonçant à ses succès poétiques, dut
se livrerà Lavardens auxdevoirsde sa profession, n’abandonnant pas pour
cela la culture de la poésie. Nous savons, en efFet, qu'il a laissé des manus-
crits qui, dit-on, furent recueillis par M. de Noé , évêque de Lescar, et qui
paraissent perdus pour jamais.
Quoi qu’il en soit, ce fut un esprit cultivé, suffîsamment nourri des
anciens qu’il se plut à imiter, mais sans atteindre ralticisme des modèles.
S’il ne possède pas la distinction qui était si exquise chez son compatriote
Barony il a par eontre une façon plus franche et plus déterminée que lui
pour exprimer sa pensée. Nous trouvonsdans ses oeuvres, du style, le tour
heureux de Timagination, la vivacilé des figures et les saillies d’une bonne
humeur qui attestent le parfait équilibre desonesprit. Tanlôt badin, enjoué,
tantôt séricux à ses heures, on s'aperçoit qu’à la faveur de son vocabulaire
débordant, il sait profiter des ressources du dialecte qu'il met en onivre.
Aussi fait-il valoir en véritable artiste cette fleur de poésie, si haute en
couleur et si drue, si finement nuancéepar places, si imprégnée du parfum
des odeurs rusliques.
Ses poèmes, il est vrai, il ne les prend pas en lui, il ne les sent pas en
lui, il ne les fait pas de sa substance ; non, il est celui qui va par des
(1) Le registre des Jeux-Floraux se termine à la date de 1641 ; ei il n’existe plus
rien sur les concours jusqu’â I'année 1694, époque à Iaciuelle ou commen<;a d’imprimer
un Recueil où flgurent les ouvrages couroimés ct distingués par I’Acadéinie. Or ces
derniers, parcourus avec soin depuis 1694 jusqu'á 170;:. ne nous ont pas permis de
rencontrer une seule fois le nom du Poète, ce qui prouve qu’il n’a pas pris part à
d'autres concours, ni remporté de nouveaux pnx. l)u reste son nom ne flgure pas
d'avantage au Brevet du Uoi portant confirmation des Chanceliers, Mainteneurs et
Maitres-es-jeux-floraux, aux dates précitèes, ce qni nous conflrme qu’il n’a íait
partie de l’Académie à aucun titre.
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chemins connus récollant son bien partoutoù il le trouvc. Cela ne reni}>éche
pas d’avoir des idées personnelles, seulement il ne les approfondit pas.
Poète fécond en pensées plulòt que penseur, et auquel on est tenté
dappliquer quel(|ues-uns des vers par où Lafontaine (1) se peignait
lui-même.
Papillon dii Parnasse, et seinblabie aux abeilles,
A qui le bon Platnn compare nos merveilles,
Je suis ehose légère et vole à tout sujet,
Je vais de íleur en fleur et d’objet en objet...
Ses biographes le font mourir à Lavardens en 1735, à lïige de G2 ans.
Dujjaij clôlure Iionorablement cette renaissance de la Muse Gasconne
qui, corame nous l'avons vu, s’est épanouie sans inlerruption durant deux
siècles. Ces invesligalions à travers les époques lointaines, n’auronl pas èié
siériles, car elles nous ont perruis, en fils pieux, de sortir d’un oubli
injustifié des hommes qui ont fait honneur à la palrie Gasconne et remeltre
en lumière les reliques óparses de ces ancèlres.
André Theuriet , Téminent Académicien, le poète sensible et doux,
l’analyste des coeurs peu compliqués des provinciaux et des campagnards,
êcrivait naguèreà ce sujet :
c A une époque où la centralisation submerge tout, il est bon d’organisor
le sauvelage de nos vieilles coutumes, de nos mythologies populaires et de
nos palois. Pour ne parler aujourd’hui que de ccs derniers, je vous assure
que les philologues de bonne volonté qui voudront s'en occuper seront
largement pavés de leurs peincs par les découvertes de linguistique qu’ils
v feronl.
» On ne s'imagine pas quelle variété de vocables offrent nos dialecles
piovinciaux et de quels jolis mots ils pourraient enrichir notre langue
écrite; comnie le langage populaire est rielie et comme ces mots sont coloròs,
font image. On peut se convaincre combien l’élude de ces dialectes locaux,
permettrait d’introduire de jolis mots iraprévus dans notre langue poélique
et descriptive. Cela ne vaudrait-il pas mieux que les emprunts exoliques
faits aux littèralures du Xord par nolre siècle symbolistel?
» Ouvrir une fenètre sur un pavs neuf et original, c'est de ce côté qu’il
faudrait aiguiller pour donner une vasle nouveauté à nolre art national. »
(1) Epitrc xvi (Discours de Madeiuoiselle de la Sablicrcs).
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L’abbé LÀFFÀRGUE (Jean-Baptiste)
11 naqnit le 6 septombre 1797 à Vie-Fezonsac (1). Son père Jean Laf-
fargue, mariè à Marie Moulié, appartenait à la classc des artisans aisés
de la localilé; il y exercait honorablement le mélier de forgeron. Le jeune
Jean-Baptiste frêquenta 1 ecole communale jusqu’au jour oii ses parents
renvoyèrent au sêrninaire d'Auch pour y faire ses hnmanités. C’esl durant
son séjour dans cet établissement que la vocalion de la carrière ecclésiastique
se dessina chez lui. Scs études théologiques terminées il reçut la tonsure
le 25 févricr 1820 dans la chapelle du séminaire d’Auch des niains de
Mgr Jacoupj /, évèriue d’Agen, qui se trouvait à Auch en cours de visite.
En voici la raison :
Lediocèsed'Auch, n’ayant pas été rélabli par le Concordat, fut rêorganisé
on 1804 et administré jusqu en 1823 par révêque d’Agen, Mgr Jacoupy f
qui y nommait un vicairegénêral spécial pour gouverner en son nom et s'y
rendait pour lordinalion des clercs (2), radministration de la confirraation
et la visite des paroisses.
11 reçut les ordres minours et le sous-diaconat(3) le ler juin 1822 dansla
chapelle du séminaire d’Agen des mains de Mgr Jacoupy ainsi que le
diaconaí le 15 mars 1823 et enfin la prêtrise le 24 mai 1823.
En juin 1823 il fut nommé curé à Crastes (4), dans lediocèse d’Auch, par
Mgr de Morlhon , qui était nommé lui-mèine presque en même temps pre-
mier archevèque d'Auch depuis 1802 (date de la mort du précédent arche-
vèque, Mgr de Latour du Pin-Montauban).
C’est dans cclte rctraile que la Muse gasconne vint le solliciter et c’est à
(1) Cheî lieu ile cantonde rarroudisâement d’Aucli, sur la rive gauchc de la Losse,
4.195 habitants.
(2) Quand il ne les faisait píis venir â Agen pour leur conférer les ordres comnie
pour J.-B. Laffargue qui vint y recevoir 3 ordinalions sur 4.
(3) Pour te sous-diaconat J .-B. Laffargue fut du nombre des clercs un peujortunéa
qui entraient dans lesordres avec un titre patrimonial (lUUécus); son titre patnmonial
íut enregistré par François-Michel Meilhan, notaire à Vic-Fezensac, lo 12 mai 1822.
(Archives de révéché d’Agen, A. 42 et 43).
(4) Comuiune appartenant au canton Nord d’Auch, 553 habitauts.
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— 352 —
elle qu’il confia ses premières inspirations. D’humeiir gaie et caustique, ses
premiers essais eurent du succès pi*ès de ses contemporains; ils lui acquirent
mème une certaine popularité.
Si ce poète est peu connu de nos jours cela tient à ce que ses oeuvres n?ont
jamais été imprimées. Ce n'est qu’après sa mort qu'un érudit magistrat,
M. Delp)*, actuellement avocat géncral â Riom, les recueillit cliez les héri-
tiers et nous les a conservées.
Ces manuscrits autographes secomposent de 11 cahiers in-8° comprenant
414 pages d’une très íìne mais très lisible êcrilure.
En voici la nomenelature :
ler cahier 34 pages Poésies diverses
2e
—
20
—
3e
—
38
—
4®
—
22
—
5e
—
20
—
6®
—
3G
—
7«
—
3G
—
8e
—
54
—
9e
—
62
—
10«
—
72
—
11«
—
20
—
I Ces 3 cahiers sont incomplets de
j quelques feuillets.
ÌCes 2 cahiers ne contiennent que de virulentes
satires contre Renan et la Vie de Jésus.
| Lou Coumunisme (le Communisme).
Mous bint et cing ans (Mes vingt-cinq ans).
Moun petit gabinet d' Histouero Naturello (Mon
pelit cabinet d’Ilistoirc naturelle).
Combien daûtres ceuvres éparses et quiseront peul-êlre un jour réunies,
se sont échappées de sa plume féconde. Toutes ces inspirations rèunies en
faisceau constitueraicnt un curieux volume qui scrait accueilli avec plaisir
par les patoisants.
Nous avons pu glaner de ci de là quelqucs morccaux dêlacliés de Toeuvre
maîlresse; si quelques-uns d entre eux sont connus, la plupart ont le mérite
de l’inédit. Cette cueillette, quoique modcste, nous permettra nêanmoins de
juger sa manière et de mettre en relicf ses défauts et scs qualités.
En 1845, un essai de renaissanee est tenlê en Gascogne pour réveiller
sa Muse endormie. La ville de Condom eut lc mérite de prendre cette heu-
reuse initiative, qui, hélas! n’a pas eu de lendemain, en organisant un
concours de prose et de poésie.
Le sujet imposé avait pour lilre : La délicrance de cette cille à Vêpoque
de Voccupation Anglaise. Une Comniission fut nommée à reffet de
recueillir et de classer lcs ceuvres des Concurrents et le 29 juin 1846 des
prix furent dêcernés en séanc'e solennelb' aux meilleurs ouvrages.
Notre poète, à celle époque, à Papogée de sa gloire toute locale, prit part
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au Concours et sou Ode eut Thonneur de recueillir tous ies sufîrages. Ell®
a pour (itre :
La Hesío de S f Pierré à Condom 'l). La frte de Saint Picrrcà Condom.
Dês le début, rauteur explique en deux vers la raison de sa participation
à cette lutte poétique :
Et jou tabô, bazut près de Condom
iioy cólebra soun trioiunplié et soun nom.
Et moi aussi, né près de Condom
Je veux eélébrcr son triomplie et son nom.
Laissous-lui la parole :
Lou canoun a rounílat, è riiurouso Baïzo
De soun ancieno glorio aperceb vo laïzo;
Soun seng a tressaiilit é sey gounflat d’amour :
<• Ey dounc tournat, ça dits, lou mêmourable jour
Oùn la bictouêre enfln, après un grand carnadgé,
De mous hils générous prouclamet lou couradgé I
Esberido Gascougno! en parla dc Coundom
Qui rèlèouo lou cap è s’a créat un nom,
Tous poètos diran lou coumbat enti*èpidó
Qui lioro de mous bords casset l’Anglès perfidé !
« Pendent que renemic drom debat sous laourés,
Flêtrido dens sous bras é foulado à sous pès,
Mous maynadgèsan bists c plourat sur mas larrnos;
E touts, petits è grands an courrut à las armos.
Si dcns lous ílâncs dou fer dount nou soun pas munits
Lc canou a grondé etl’hcureuse Baise
De son ancienne gioire apercoit nno étinccîle ;
Son scin a Ir(‘ssailli et s’est, gonllé d’amour ;
« 11 est donc revcnu, dit-ellc, le mémorable jour,
( >ù la victoirc entin. après un grand carnage.
De mcs fils géncrcux, proclama lc courage !
Joveuse Gascogne ! eu parlant de Condom
(Jui relcve la tóte et s’cst crcce un nom,
Tes poctes raconteront le combat intrcpidc
Qui hors de mes bords chassa PAnglais períìde !
« Pendant que rcnnemi «iort sur ses lauriers,
Flétrie dans ses bras ct foulce sous ses pieds.
Mes eníants m’ont vue ct pletirc sur mcs larmes ;
Ft tous, petits ct gramls, ont couru aux armcs,
Si dans les fiancs du fcr dont ils n’ctaient munis
(1) Clief-lieu d’arrondisscmenl du d»*partement du Gcrs, b uie cn ampliitln*àtrc sur
la rive droite dc la Baise.qiii y devient uavigable : 8,555 habitauts.
'Si
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— 354 —
Lou boulet ni lou ploum sé soun pas engloutits;
Si la poudro atend pas la rapido laïzo
En d’engrécha de niorts lous prats de la Baïzo;
Dou sang dou Léopard'lou large sabre a set,
Et la^piquo guerrièro, è l’èlegant courset,
Brulon déguens sous flancs de laoua moun aoufenso
Mous brabés an cridat : la mort ou la bengenço !
Lou cric es estenut : cadun s’armo aou hasard,
Et cadun dou coumbat grillo d’aoué sa part.
Dè l’amour dou paysla braboure ey bazudo;
Lou piiblé és un lioun aoutaléou que remudo.
Mous hils, coumo un soul home, é d’un couradgè esgal,
De l’ataquo subito an baillat lou signal :
La campano a sounat, é lou cric de la guerro
Bolode touts coustats, é ressemblo aou tounerro.
« Dens l’amo dous Anglés l’alarmo so répend,
E cadun, en désordé, à soun posto sè rend.
€ La libertat coumando, et la piquo se croutzo.
Lou fer brillo c s’esmousso, é pcrtout lou sang doutzo,
La bictouèro chancelo. Aou nom de Charlùs cinr/ ,
Coundom dé soun coustat apero lou destin
L’énemic a coul>ert de sa largo cuirasso,
Opposo un mur de fcr^à la'més'noblo audaço :
Le boulet ni le plomb ne sont pas cng’.outis ;
Si la poudre n'attend pas la rapide étincelle
Pour eugraisserde morts lesprès de la Baïse ;
Du sang du Léopard le large sabre a soif,
Et la pique guerriêre, et l’èlègant corset,
Ont hàte dans ses flancs de laver mon otïeuse.
Mes braves ont crié : la mort ou la vengeance !
Le cri est entendu : chacun s’arme au hasard,
Et chacun brûle du dèsir d'avoir sa part au combat,
De l’amour du pays la bravoure est nèe;
I.e peuple est un lion sitôt qu’il se remue.
Mes flls comme un seul^homme, et d’un ègal courage
De l’attaque subile ont donné le signal :
La cloche a sonnè, et le cri deja guerre
Vole de tous còtès et ressemble au tonuerre.
« Dans ràme des Anglais l’alarme se répaud,
Et chacun, cn dèsordre, à son poste se rcnd.
« La liberté commande, et les piques se croiscnt.
Le íer brille et s’émousse, et partout le sang coule
La victoire chancelle. Au nom dc Charles Cinq ,
Condom, de son còté appelle le destin.]
L’ennemi à l’abri de sa large cuirasse,
Oppose un mur de fer à la plus noble audace :
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La daillo de la mort bolo de reng en reng;
Mais que pot sa furou sur un generous seng?
Lous rengs qu'ero esclarcis, la balou lous remplaço,
Lou jouc ey s’egoutit; kaou qué cayjo brisat,
E dou sang dous Anglés justoment arrousat
« Pendent que d’un coustat, on coumbat, on s’illustro,
Lou resto de rnous hils qui per laoutè se mustro,
Tout d’un cop a poussat d’espaouentables crics,
E lou brûlant caillaou brounis sous enemics :
Lou sexé, en mêmo tems, dou haout de ías flnestros
A heit caygé d’aploum la mort sur milo testos.
« La derouto coumenço è cour parmi lurs rengs.
Coundom lous perseguis l’espaso dens lous rengs,
Lou carnadgé és afrous, cruélo éy la bictouèro :
Mais qui pouyré blama la més noblo coulèro ?
Oh ! quo de frounts hardits soun cayjuts sou paouat !
L’an arrousat de sang endé ma libertat !
Que de mays an perdut l’objet de lur tendresso !
Lur espouer counsoulant ! lur bastoun de bieilesso !
Que de béousos en dol, a de ta bets laourès,
An bist en un moument succèda lous cyprès !
« Ali! mous chers hils, salut! salut, âinos guerrieros!
Pendent qu’accoumpagnats las célestos banièros,
La faux de la mort vole de rang en rang ;
Mais que pcut sa fureur sur une poitrine génércuse î
Les rangs qu'elle éclaircit, la valeur les reiuplace.
Le joug est secoué ; il faut qu’il tombe brisé
Et du sang des Anglais justement arrosé.
Pendant que d'un còté on combat, on s’illustre,
Le reste de mes íìls qui de l’autre apparait
Ont poussé tout â coup d’épouvantable cris,
Et le caiilou brûlant frappe les ennemis :
Les fommes, en même temps, du haut de leurs fenétres.
Font tomber d’aplomb la mort sur mille tótes.
« La déroute comraence et se propage dans les rangs
I.es Condomois la poursuivent l’épée dans les reins,
I.e carnage est aífreux, cruelie est la victoire
Mais qui pourrait blàmer une si noble colère f
Que de braves, hélas ! sont tombós sur le pavé !
L’ont arrosé de sang pour défendre ma liberU* !
Que de mères ont perdu l’objet de leur tendresse !
Leur espoir consolant ! leur bâton de vieiilessc !
Que de veuv es en deuil, pour de si beaux lauricrs,
Out vu en un moment suca;dcr les cyprès !
A meschers flis ! salut ! salut, Aines gucrrières !
Pcndant que vous accompagncz les gioricuses bannières,
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356 -
Countemplats de lahaout bostes írays mès hurous,
Benjea sou fler Anglès boste sang generous !
Oui, mous hils, éts bengeats! entenets la bictouèro
Qui, latroumpeto en man, l’announço à l’Angleterro.
Coundom éy barégeat! SouiPado de lur corps,
Moun ayguo lous a prés é jitats ser lurs bords :
Lou resto, mort de poou, dêsirous de la bito,
Daouant mous flers lious la trobo dens la fuito.
t Librès, lous Coundoumés célóbren aquet jour.
Que la bictouère enfln racountéc à la cour.
Charlôs. rócounéchent, amic de la brabouro,
En fabou dc mous hils a décrétat sur l’ouro,
Que touts, à pareil jour, aouren lou noblé drèt
De cinta lur espaso é d’ana lou cap drét.
Qu’éroy bèro è superbo en aquet jour de hesto !
« Mais desbrenben lou tens é sa marcho funesto.
Moun trioumphè ey tournat! Dejà l’aubo dou jour
Dou soureil de Sent Pierré announço lou rétour.
La rousado qui cay sou seng de la naturo
E qui de milo houecs brillo sur la berduro;
La flou qui se daourech á l’haleno dou bent;
Lous bets eabeils de blat qui courren douçoment
Coumo linsos en or agitats dens la plano
E formon lou cot d’aouco ou la pipo sultano,
Contemplez de là-haut vos frères plus heureux
Venger sur le fler Anglais votre sang gènéreux
Oui, mes flls, vous ètes vengès ! entendez la victoire
Qui, la trompette en main, l’annonce à l’Angleterre.
Condom est neltoyé ! souillées de leurs corps,
Mes eaux les saisit et rcjetés sur leurs bords :
l.e reste, mort de peur, désireux dc la vie,
Devant mes liers lions la trouvent dans la fuite.
« Librcîï, les Condomois cèlèbrentce jour
Que la victoire enfln raconta à la cour;
Charlcs, rcconnaissant, ami de la bravoure,
F.n faveur de mes flls a décrèté sur riieurc,
Que tous, à pareil jour, auraienl lc noble droit
De ceindre leur èpèe et d’aller la tète haute.
J’ètais belle et superbe en ce jour de fète !
<r Mais oublions le temps et sa marche funeste.
Mon triomphe est revenu I Dèjà l’aube du jour.
Du soleil de Sainl-Pierre annoncc le rctour.
La rosèe qui tombe sur le sein de la natui e
Kt de qui mille feux brille sur la verdure ;
La ileur qui s’ouvre sous I’haleine du vent :
Les beaux èpis de blés qui se balancent doucement
Comme des draps d’or agilés dans la plaine
Formant le cou d’oie ou de poule sultane,
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— 357
Lou parfum de la bigno escapat de sas flous,
Et qui, pourtat pou bent cmbaoumo lous coustous,
Lou calmé d’un cèou pur; la bergèro floucado.
Tout me semblo anounça la més béro journado.
Dous brabès qui bcrsen tout lur sang endé jou,
Petïts hils, cèlébrats la glorio è moun aounou;
Car lurs bras, en cassa l’énemic de la bilo,
Hendoun moun ayguo puro è ma groto tranquilo.
Benguets dounc, galoupats à l’entour de mous bords.
Mas hillo3 de councert, aou mèy de lurs transports,
La guirlando de flous dens lurs inas poutèlados,
Courren en emtéli las tantos alignados
A Toumbro dous drapéous oun s’amuso lou bent,
En tout se balança douçoment sur moun seng.
Mar barquos qui de flous soun toutos mirgaillados.
Bous prouméten à touts d’aymablos proumenados.
Mais deja moun aoureillo entend lous chants guerriès
Succèda tour*à-tour aous counccrts lous mès gais.
■ Jouéncsso aou dous mcntoun, aou corps plen de souplesso,
Benguets sur aquet màt cxerça bosto adresso;
Lou camin sabounat, éy glissant, arroundit :
Couradgéí Aoujets pas jx>ou ! Deguens moun seng humit,
Si quaouqu’us de bous aouts, chancclant, pirouèto,
Bous tournèrèy pourta sur la camiolo estréto.
ï.e parfum de la vigne s’échappant de ses fleurs,
Qui, emporté par le vent, embaume les coieaux;
I.e calme d’un ciel pur, la bergère fleuric,
Tout serable m'annoncer la plus belle journée.
Des braves qui pour moi versèrent Jeur sang,
Petits ttls, célébrez la gloire en mon honneur ;
(’ar leurs bras en chassant l’ennemi de la ville
Rendirent mes eaux pures et ma grotte tranquille.
N'enez donc, accourez à l’entour de mes bords,
Mes tìlles de concert, au miiieu de leurs transports,
La guirlande de tleurs dans lcurs mains potelces,
Courcnt pour embellir lcs tentes alignées,
A Tombre des drapeaux où le vent s’amuse,
En se balançant douccment sur mon scin.
Mes barques qui sont toutes émaillées de lleurs,
Vous promettcnt à tous d’agréables promenades.
Mais dèj i mon oreille pcreoit des chants guerriers
Succéder tour à tour aux eoncerLs les plus gais.
« Jeuncsse au doux menton, au corps plein dc souplesse,
N enez sur ce màt exercer votre adresse;
Le chemin savonné, est glissant, arrondi :
Courage ! N’ayez crainte ! dans mon sein humide,
Si quelqu’un d’entre vous, chancelant, pirouette,
Je viendrai vous remontcr sur le chemin ctroit.
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» Mais quin loung régiment arribo en tourteja?
Soun mous amics lous guits que benguen boultija,
De neit coumo de jour sur moun avgo argentado :
Soun lous mes; bou lous daou, prenguets lous à la nado.
Glissats, ploungeats damb’ ets, nadats, ploungeats encoué,
Empougnats-lou pou cot, saisissets* lou pou pé
Aou disé dous gourmants, un canard à la brocho
Es un boun mos : è ouéy célébran la balocho !
« Mais déjà lou soureil a terminat soun coui*s,
Qu'emporto I railo houecs cinton mous alentours;
E la terro ressemblo aou céou brillant d’estelos :
I^a néit diou récula daouant tant de candélos;
Ma hesto duro encoué : touts mous liils soun aci;
Touts soun amics, touts frays è librès de souci :
E la damo brilanto, è la lcslo grisèto,
Ribalos de plasés, íieros de lur toilèto,
E lou riché è lou praoubê, amassats à l'asard
A l’esberit roundéou bon prengue encouèro part .
t Mas ayguos, anats disé à ma so la Garono,
Que m’ats bisto cn passa sétudo ser moun trono,
Celebra lou grand jour oun mous chers Coundoumés
Sé bagnen dens lou sang dous superbés Anglès.
t Mais grand Diou ! tout d’un cop quino douço noubèlo
Encouòro quaouqués jours è serey immourtélo !
Mais quel long régiment arrive cn boitant?
Ce sont mes amis les canards qui vieunent voltiger,
La nuitcomme le jour sur ines eaux argentóes :
Jls sont à moi, je vous les donne, prenez-les à la nage.
Glissez, plongez avec eux, plongez encorc,
Prenez-les par le cou, attrappez-les par les pattes,
Au dire des gourmands, un cauard à la broche,
Est un morceau savoureux : et aujourd’hui nous cèlébrons la féte locale
« Mais Ic soleil déjà a tcrminé son cours,
Qu’importe ! mille feux sillonnent les alentours ;
Et la terre ressemble au ciel brillant d'ctoiles :
La nuit doit reculer dcvaut tant de chaudelles ;
Ma féte dure encore : tous mes íils sont ici ;
Tous sout amis, tous frères et libres de soucis :
Et la dame éléganle, et la leste grisette,
Rivales de plaisir, íiòres de leurs toilettes,
Et le riche et le pau\ re. rassemblés au hasard
A I’èveillé rondeau viennent prendre leur part.
« Mes eaux. allez donc dire à ma soeur la Garonnc,
Que yous m’avez vue eu passant assise sur mon tróne
Célébrer le grand jour où mes chers Condomois
Se baignèrent dans le sang des arrogants Anglais.
« Mais grand Dieu ! qu’entend-je ? quelle douce nouvelle !
Encore quelques jours ct je serai immortelle l
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Excitats per Tespouer dou laouré lou raés dous
Qu’un amic dou sabé proumet à lurs cansous,
Qué de chantrés me ban counsacra lurs beillados S
E reberdi l’aounou de mas bieillos annados !
Oui, gracio à tous souens, ô génêrous amic !
Oui, d’un crueî oubli moun nom és à Tabric.
Quo rnoun sort heré embéjo, e qué seri superbo
Si degnaouos labets bengue trèpi moun herbo !
« Jouénesso, en attenden, d'un pas rapide et proun
Rasats, en boulègua, moun tapis de gazoun;
L’aounou de bosto may sera boste heyretadgé
E bous aouts qui parlats lou celeste lengadgé.
Poètos, celebrats moun noble protectou,
E moun amour qui diou bioué aoutant coumo jou.
Ensi dits la Baíso, e la danso léougèro,
Quand jou me retirey countinuauo encouéro.
Excitès par l’espoir dn triomplie lc plus cher
Qu’un ami du savoir promet à leurs chansons.
Que de chantres vont me conserver leur veillées !
Kt reverdir l’honneur de mes vieilles années !
Oui, gràce à tes soins, oh ! généreux ami !
Oui d’un cruel oublí mon nom est à Tabri,
Que mon sort ferait des envieux, et comme je serais fière
Si tu daignais alors venir îouler mon berbe !
« Jeunesse, en attendant, d’un pas rapide etprompt,
Rasez, en folétrant, mon tapis de gazon ;
L’honneur de votre mère sera votre héritage.
Et vous autres qui parlez le céleste langage,
Poètes, célébrez mon noble protecteur.
Et mon amour qui doit vivrc autaut que moi.
Aiusi parla la Baïse, et la danse légère,
Quand je me retirai continuait encore,
Cette ode(l), faitesur unsujet fantaisiste de prétendue occupation Anglaise
de la ville de Condom, nous paraît excellente. Le lauréat a su vaincre les
difïìcultés du sujet imposê, par l’lieureux choixde son développement. II ne
s’égare pas dans les rèves de son imagination, sa langue reste soumise avec
docilité à nne haute inspiraíion; la Muse Champèíre devient une Vicrge
intrépide pleine de puissance et de grandeur, emblème de la liberté et de
findépendance du foyer. Si les cordes de sa lyre vibrent avec une màle
fierlé il chante avec un talent varié, d'un ton enjoué, naïf et facile le len-
(1) Elle fut imprimée à I’époque chez Dupouv, imprimeur à Condom; roriginal
nous a été gracieusement couunuiitqiiê par un compatriote, aussi aimable que lin
lettré, M. Adrìon Laparrjno. L’éditeur des Oíuvres de Bedout, M. Philibert Abadie, a
reproduit cette ode á lá íìu du volume. mais il en a dénaturé le texte en quelques
passages.
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demain de la victoire qui est un jour de fèle, la fète palronale des vaillants
Condomois. Malheureusement ie dialecte qu'il emploie semble n'ètre que
du français mis en couleur Gasconne qu'il badigeonue â sa faeon; la langue
maternelle ne lui doit aucune reconnaissance; c’est du reste un défaut
capital que nous rctrouverons dans toutes ses produetions poétiques.
Comme Y&hbè Dastros, le joyeux chantre de TArrats, avec lequel il a plu-
sieurs points de ressemblance. laimable curé aime la nature qifil contemple
et décrit avec fidélite et un eharme captivant. Fin observateur, rien ne lui
échappe et il consigne au jour le jour dans soun Gabinet d' Histouèro
Naturello (son cabinet d'IIistoirc Naturelle) le résultat de ses impressions.
Nous détacherons la pièce suivante qui fera, certcs, rcgrelterque nous ne
puissions montrer toules les richesses reníermèes dans ce recueil qui con-
tient sans contredit les plus belles inspirations de son auteur.
Elle a pour titre : Lou Cardin (1) (le Chardonneret) :
Au mièy d’un broc arregagnat,
Io man dambé delicatesso
E sense crento, a recougnat
Un petit leit per la tendresso
E per l’amour jadis souegnat.
A soun dèoué io mai fidelo
Lou cauho la neit e lou jour
Dous imatge que mous rapelo
Touto l’ardou de soun amour!
Pausat tout prês ser uo branqueto,
Lou cot tenut e Toueil ardent
Ser l’ajoucado tranquileto
Lou marit, las alos au bent,
Dits à soun aimablo coumpagno :
« Io bouno mai se dèu nèuri;
€ Anats quista per la campagno,
< A moun amour cedats lou ni . »
(îracious parent de la familho,
I n troisièmo dous mes coussus.
Fur e brilhant se requinquilho
A quaucos lignos au-dessus.
Parlerei pas de lur menatge
Dous cops de bec que soun poutcts,
Mais bous boi dise lur plumatge,
Car mous ausets soun charmantets.
Au milieu d’un buisson montrant les
L’ne main avec délicatesse [dents,
Et sans crainte, a façonnê
lTn petit lit par la tendresse
Et par l’amour jadis ornê.
A son devoir une mère íidèle
I.e rèchauíle la nuit et le jour
Doux image qui nous rappelle
rIoute I’ardeur de son amour !
'Lout près posè sur une branchette
Lc cou tendu et l’aul ardcnt
Sur la eouvcuse sans inquiètude
Le mari, les ailes au vent,
Dit à son aimable compagne :
« Une bonne mère doit se nourrir;
« Allez picoror clans la campagne
« A mon amour cédez le nid. »
(îracieux parent dc la famille,
Un troisiènie des plus cossus
Fier et brillant se redresse
A quelques ligncs au-dcssus.
Je ne parlcrai pas de leut* mènage,
Dcs eoups de bee qui sont des baisers,
Mais je vcux vousdccrire leur jtlumagc,
Car mcs oiseaux sont charinants.
L'artiste ètale â nos yeux les couleurs varièes de sa palette en nous dècri-
( 1) I.c journal lu Cif/ab'. d’or, de Dijon, dans son imunh'o du 15 janvier 1891, a
reprodiiit cette j>i«*oo ; elle a cté «*gahlincnt en parlie insoiè<* daus Y.Mmanach de Ui
Cascoync dc I9e0.
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vant dans quelques vers plein de chanue et de véritê le ravissant plumage
de scs oiseaux :
Io cardinalo clemantino
Colo scr lur cap qui rabis
Io plaoo encouè més purpurino
Debat la gorjo s’arroundis.
Un coulié blanc que prcnd neciienoo,
I)arré lous oueils, cai ser lur cot
K semblo, dambé coumplasenoo,
Releoua lur petit calot;
Un dous fìchu de sedo griso
Ser lur jabot cour e s'aliso
Dou haut de lur petit tuquct
Debaro un ncgre capulet
Qui s’elargis c countinuo,
Coulou café, dinquo â la euo,
Qui repreng soun tin de jaiet.
On bei ser lurs poulidos alos
Dens lur biutat toutjours ribalos,
On bei, coumo un liuge rellet,
Lou ribant d’or dount brilho l’aubo
Quan lou lustre dou jour fcnis.
Une clémen'ine cardinalice
Colle sur la tête ravissante
Et une placc encore jïlus pourpréo
S’arrondit sous la gorge.
Un collicr blanc prend naissance
Derrièrc les yeux, tombe sur le cou,
Et semblc avec complaisanco
Rclever leur pctito calote;
Un doux fichu de soie grise
Sur leur jabot s’étend uni.
Du haut do leur petite huppe
Descend un noir capuchon
Qui s'élargit et conlinue,
Couleur café, jusqu’à la queue,
Qui rcprcnd sa teinte de jais.
On voit sur leurs jolies ailes
Dans leur beauté toujours rivales,
On voit comme un léger reflet
Le ruban d’or dont brille l’aube
Quand le lustre du jour fln.it.
L’abbé Lafi'argue ne s en ticnt pas exdusiveinent à ces peintures où ii
excelic; pourvu d’une solide instruetion, il emploiera sa verve toute Gau-
loise à eritiquer tous ies sujets d aclualité de son époque. En politique il
s’attaque au Communisme , en philosophie il se mesure avec Renan et sa
Viede Jésus. Les ruodes féminines extravagantes et même ics mandements
de son archevôque, lui fournissent roccasion de manifester son opinion par
des vers ou des ehansons, sans oublier toutefois la déférence et le respect
dus à son général, comme il le nomme (l'.
La satire suivante est de ce nombre; elle lui fut inspiròe par une ordon-
nance du cardinal d'Isoard à l’endroit du costume ecclêsiastique, c’cst du
port de la culotte qu'il s'agissait et de la prohibition du pantalon.
Nolre pauvre curé n'avait, disait-il, que deux pantalons; un neuf pour
(1) Le prétre séeulier estbeaueoup plus indí'*peiulant qu’on ne se (iiíure en gênéral.
Si niodeste qu’il soit, il ne relève tpje de son Evêque; la snpérioritó tles grades inter-
mêdiaires. le doyenné, l’archiprêtrise. ne se fait guère sentir à Ini ; e.ts’il a du taet,
de la réserve. s’il ne se lanee pas <lans les e\( enirieités de eonduite ou de pensêe,
ou dans des enlreprises par trop hasardeuses. son Evecjue lc laisse parfaitemeut tran-
quille. Dans sou presbyic>re, le eurc'*, on peut le dne, est son propre inaìtre, dirigc sa
petite vie quotidienue avee la meme antonomie qu’un laïque. 11 a fait vceu dobcds-
sam;e, mais, sous ce rapport, ses supéricuirs ne le soutuettent pas à de trop rudes
epreuyes, Enlin, si ri*:vangile Jui itnpose la pauvretc'*, ncn, dàns les règlements
Iveelêsiastiques ne iui interdit la riehesse; la part des pauvres, unc fois faite, plus ou
moins large, il peut amasser pour lui ou pour ses héritiers.
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— 362 —
les jours de fètes et un Irès vieux pour affronter la boue et Ie mauvais
temps.
II fait venir le tailleur (lou sastré) pour eu faii'e une culotteen le coupant
à la jarretière, surtout pour uliliser los restes dont il décrit lemploi.
Lopération terminée, le vieux pantalon transforméen eulotte va ì’ejoindre
dans le vestiaire son frère privilégié. II s'établitentre eux un dialogue plai-
sant, plein d'humour et de verve, où chacuu tour à tour fait valoir ses
mórites et ses droits.
Cette pièce bouffonne a pour titre :
TRIOVNPHÈ DE LA CULOTO SOU PANTALOUN
Deguens moun gardo-raoubo èron dus pantalous :
L’un tout raspat, de negré èro bengut arrous;
L’aoutè frés et luzen lustrat coumo la sédo,
Que frizo en bet toupetlou perruquiè Roucdo,
De me serbi d’estuch atendeouo l’aounou.
Quant on ey riche è bet on se crey gran ségnou.
Et moun pantaloun naou rèbo dins sa cinturo
La hesto d’un amic dens ma petito curo
E lou tros réserbat en d’ana pou hangas
A l’aspect d’un bet. jour se diseou tout bas :
Moun prîntems ey passat! serey pas mèsde hesto,
Souy pas qu’un patiras ou qu’un moussu de resto.
Countro l’humilitat foundoment dou salut
Qué pot touto la cour dou princé Belzébut?
Bien souben on a bist la bijarro fourtuno
De la classo dous grands courré chez la coumuno.
TRIOMPHE DE LA CULOTTE SUR LE PANTALON
Daus ma garde-robe étaient dcux pantalons :
L’un tout rapé, dc noir était devenu jaune,
L’autre frais et luisant lustrc comme la soie,
Que frise en beau toupet le perruquier Itoucde,
Attendait l’honncur de mc servir d’ctui.
Quand on est riche et beau on se croit grand seigneur
Et mon pantalon ncuf révait dans sa ceinture
La féte d’un ami datis ma petite cure,
Et le vieux rcservc pour affronter la boue
A l'aspect d’un beau jour murmurait tout bas :
Mon printemps est passc! je ne serai plus de féte;
Je ne suis plusqu’unsouffre douleurou qu’un monsieurde reste.
Contrc rhumilité, fondement du salut,
Que peut toute la cour du prince Bclzcbuth ?
On a vu bien souvent l’inconstante fortune
De la classe des grands passer chez les pauvres.
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363 —
A mous dus pantalous cn arribcc ataou
Lou qui mustrec la cordo aouc lou pas sou naou .
En se Jéca lous pots è lou plasé dens l’amo,
Armat de sous sizóous à ia brillanto lamo,
Deguens moun gabinet arribo moun taillur (1)
Doun lous oueils exerçats coumo lous d’un boulur,
An d'abor descoubert parmi raa perrecaillo
Moun ancicn serbitur penjat à la murraillo.
L’a prés, è counío un lard estenut tout de loun
Sou taoulé qu’a dressat dens moun petit saloun;
E d’un doublé cric-crac en dansa la gaboto,
De moun bieil pantaloun a heyt uo culoto :
Uzats éron lous jouils, jutjeats dou pays bas.
Mais lous coubro-moulets an serbit dó pèdas
Et terminado en íloc l’espouliguo luzento
Aou houns dous dus mougnous graciousoment serpento.
Or dens moun cabinet èro lou mandomen
De nostê génêral qui tout estroussomen
Déguéns un paternel mais rèsolut lengadgé
D’ou librè pantaloun mous interdis l’uzadgé.
Dou mens l’aouon lègit dessègu tout de loun
Mais nou créseouon pas qu'cstesso tout de boun.
A mes deux pantalons il en arrivaainsi;
Ceiui qui inontrait la corde cut lc pas sur lc neuí.
En se léchant les lèvres et le plaisir dans râmc.
Armé de ses ciscaux à la brillante laine,
Dans mon cabinet arrive le tailleur
Dont les yeux exercés comme ceux d’un voleur
Ont d’abord découvert parmi mcs chifïons
Mon ancien serviteur accroché au mur;
11 1'a pris, et cornine uu lard étendu de sou long
Sur la table dressée dans mon petit salon;
Et d’un double cric-crao, en dansant la gavotte,
De mon vieux pautalon a íait une culotte;
Les genoux ètaient usés, jugez dans les basses régions.
Mais les couvre-molets out servi de piòce
Et terminè en bouquet le ruban luisant
íserpcnte gracieusement le long des deux moignons.
Or dans mon cabinet se trouvait le mandement
De notre général qui cavahòrement
Dans un paternel mais énergique langage
Du libre pantalon nous interdit l'usage.
Du moins nous l’avions lu siirement tout au long
Mais nous ne pensions pas que ce fut au sérieux.
(1) Sastré est le vrai terme gascon.
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— 364 —
Après raoué coupat, ço que serbis de l>oto
Lou taillur a sa plaço a tournat rna culoto.
Or entr’ero è souu fray s’esleouo un difèren
Lou cot loun, ious oueils grans badèn d’estounoment.
LOU PANTALOUN
Moun fray, bien lou bounjour, ou mélèou chèro damo
Lou qui bous a coupat e l’uo e l’auto camo,
Aouró digut bous hè rinestimablé aounou '
De bous bailla pou mcns yo doublo ou triplo amplou
Labets en d’habiila lou hil de quaouquo Grèquo
EsclaVjo dou Gran Turc ou eurè de la Mecquo,
Perdoun, ma chèro so, screts tout ço que kaou.
LA CULOTO
Bous fachets pas, moun fray, counbengui qu’ets tout naou,
Ery dens lou rebut; mais en cambia de sexé
Ey représ lou déssus bien que deleou bous bexé;
Ey triste, maisenfin bosté règné ey finit.
Daillurs mous flatten pas, dens lou moundè esbérit
I.’éndècent pantaloun aouo pres sa néchenço;
Moun mestré, en lou pourta, se dec trop deliccnço;
Tournen dounc aou bieil tems, aquet en sab de loun,
Ancn à sas lcçous car n’aouen bien besoun.
Après avoir coupé ce qui servait de botte
Le tailleur a remis ma culotte à sa place.
()r entre elle et son frère s’élève un diíïérend,
Le cou long, les veux grands brilièrent d'étonnement.
LE PANTALON
Bien le bonjour, inon frère, ou plutót chère dame,
Celui qui vous a coupè les deux jainbes
Aurait dû vous íaire l’inestimable honneur
De vous donner au moins une double ou triple ampleur
Afin d'habiller le iils de quelque Grecque
Esclave du Grand Turc ou curé de la Mccque.
Pardon, ma chère soeur, vous seriez tout ce qu’il faut.
j.a cui.otti:
Ne vous fâchez pas, mon frère, je conviens quevous étes neuf,
J’éUiis au rebut ; mais cn changeant de sexe
J’ai repris lc dessns hien que cela vous vexc peut-élre ;
C’est triste, mais eníin votre règne est passé.
D’ailleurs ne nous tlaltons pas, dans le monde joyeux
Le pantalon indécent avait pris sa naissance ;
Mon maitre. en le portant. s’octroya trop de licence.
Hcvenons donc au vieux temps, celui-là en sait de loin,
Allons à ses leçons, car nous en avons bien besoin.
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- 365 —
LOU PANTALOUN
Dempus qu’nouets l’aounou de bous nouma culolo
De la cinturo aou jouil ets telomen déboto
Que ser c;o qu’a toucat bosté cruel hissoun
Conmo lou d’un scrpenl dècho un subtil pousoun.
Es à bous dessigu de parla de descenço,
A bous que soupirats, qui brulats d’empatienço,
De sarra dab amour un pareii do jarrets
Afìn de hé gouníla dus superbés moulets
Qu’en estiou coubrira la sêdo aoubeissento.
Anats, ma chèro so, n’ats pas lou sens coumun,
E bosté bésinadgé enfìn m’es erapourtun.
Jou souy d’ou grand progres, bous déguens sa balanço,
Léougèro coumo paillo ets de ia bieillo Franço.
I.A CULOTO
N’aoujets pas tant de rail, moussu lou pantalonn,
On pot esté baouar e n’aouè pas rasoun.
Endé qué rcmounta dinquo moun ourigino,
Crésés, naouet béngut, la tuota dibino.
Perdounats-lou, grand Diou, perdounerats un sot
Qui négro, tranchêra ser yo pet bicn luzento.
Qu’on pot, à tout sêgu, coanfoundé d’un soul mot.
I.K l’ANTAI.ON
Depuis que vous avez rhonneur de vous nommer culotte
Dc la ceinture au genoux vous étes tellement dévote
Quc, sur ce qu’a touché votre dard venimeux
Coninie celui d’un serpent laisse un poison snbtil.
Certes, c’est bien à vous de parler de décencc.
A vous qui soupirez et brûJez d’impatience
De serrer avec amour une paire de jarrets
Afìn de íairc gonfler dcux superbes mollets
Qu’en cté rccouvrira la soie obéissante.
Allez, ma chère soeur, vous n’avez pas le sens commun,
Et votre badinage à Ja fìn m’est importun.
J’appartiens au vrai progrès, vous dans sabalance
Légère commepaille représentez la vieillc France.
I.A t IT.OTTIî
Tréve de raillerie, monsieur le pantalon
On peut étre bavard et n’avoir pas raison.
Etpourquoi, s'il vous plait, remontcr jusqu’à mon origine
Crois-tu, nouveau venu, Ja tienne si divine.
Pardonnez-le, grand Dieu, vous pardonnerez un sot
Qui noire, tranchera sur une peau bien luisante.
Qu’on peut. à coup sûr, coníondre d’un seul mot.
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- 366 -
Tros d’insoulent, apreng de ta so la culoto
Que dioués ta néchenço aou prumé san culoto.
LOLT PANTALOL’X
Ma so, n’ey pas bertat .
LA CULOTO
Ey dounc mentit, moun fray.
LOl’ PANTALOUN
Besês aquet gran libé. . . aprocho, anen dounc, say.
Lègis-tu que Torguilh coumo lou bin engriso;
« Lou pantaloun a prés sa néchenço
* De sant Pantaléoun, soun patroun iramourtel. *
Oun ey dat tout d’un cop tout caquet éternel.
Oh! de la bieiJlo Franço, enroutinado esclabo
Légis sensé rougi ta prumèro syllabo.
LA CULOTO
A l’entené on creyré qu’eros un famus grec
Mais s'eros pas un sot, n’aourés pas tant de bee.
LOU PANTALOUN
Eh! qui jamès parlec mes que tu, bieillo agaço.
Espèce d’insolent, apprends de ta soeur la culotte
Que tu dois la naissance au premier sans-culoite.
l.E PaNTALON
Ma sopur, ce n’est pas vrai.
I.A CI LOTTP.
J'ai donc menti, mon frère.
I.P PANTALON
Vois-tu ce grand livre... approche, allons donc, viens,
Ne lis-tu pas que I’orgueil comme le vin enivre ;
« Le pautalon a pris sa naissance
« De saint Panthalèon, son patron immortel. »
Qu’est devenu tout à coup ton éternel caquet.
Oh ! de la vieille France, esclave routinière
Lis sans rougir ta premièrc svllabe.
l.A CU LOTTP
A rentendre on croirait que tu étais un grec fameux
Mais si tu n’ctais pas un sot, tu n’aurais pas tant de bec.
LK PANTAI.ON
Eh ! qui jamais parla plus que toi, vieille pie.
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— 36? —
LA CULOTO
Eh ! qui james, payen, t’esgalec en audaço,
Mais toun trono ey cayjut, la gleyso, la maysoun,
Jamès plus nou bcyran moun mestré en pantaloun .
Ou si bengut prou riche ey jamés yo mounturo
Endé me préserba de touto esclaboussuro,
De la ploujo, dou bent, dous gioures, de lo neou,
Labets on te beyra me serbi de fourruro.
Mais un cop arribat aou termé dou bouyadgé,
Troussat, empaquetat, réduit en esclabadgé,
Penden qué soulo aourey las aounous dou saloun
Tu serasdam la brido estacat sur l’arçoun.
LOU PANTALOUN
Carrogno !
En aquet mot qui nres pas poetiquo
Moun diurnal frèmis, se daourech et repliquo
Ser un toun solennel, modesté, mès hardit :
Pusqué Roumo a parlat lou prouces y finit.
Nosté mestró d’aillurs counech l’aoubeissenço,
Pantaloun desboucat, rentro dens lou silenço.
I.A cu I.OTTl?
Eh ! qui jamais que toi, païen, t'égala en audace
Mais ton trône est dérnoli, íi l’église, la maison
Jamais plus on ne verra mon maitre en pantalon.
Ou si devenu assez riche j’ai jamais un cheval
Aíin de me préserver de toutc éclaboussure,
De la pluie, du vent, des givrcs, de la neige
Alors on te verra me servir de fourrure.
Vlais une fois arrivé au terme du voyage,
'l'roussé, cmpaqueté, réduit en osclavagc,
Pendant que j'aurai seule lcs honneurs du salon
Tu resteras a\ ec la bride atlaché à l’areon.
LE PANTAI.ON
Charogne !
Sur cemotqui n’cstpas poétique
Mon bréviairc frcmit, s’ouvre ct réplique
Sur un ton solennel, modeste, mais hardi ;
Puisque Rome a parlé, le procès est terminé.
Notre maitre d'ailleurs connait l’obéissance,
Pantalon mal embouché, rentre dans le silence.
Le même Cardinal avant réiabli les conférences Ecclésiastiques, il fit
immédiatement une chanson sur Tair : « La Boulangère a des écus . »
Praubé curè an t’en bas-tu
La soutano troussado
La soutano tronssado sou cu
La soutano troussaio
Pauvre curé où t’eu vas-tu
La soutane troussée
La soutane troussée sur le c
La soutane troussée
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— 368 -
La soutano troussado sou cu
La soutano troussado
Bau à la counfórenço lan la
Bau à la counfcrcnço
Bau à la counfcrenço lan la
Bau à la counfèrcnço, etc.
La soutane troussée sur le c...
La soutane troussée
Jc vais à la conférence lan là
Je vais à la confcrence
Jo vais à la confércnce lan là
Jc vais à la confcrence, etc
Les modes féminines, si variables dans les diiïérentes èpoques du progròs
nalional, seront l’objet de sa eritique. En 1885, la mode en est encore aux
traditions du règne de Louis Philippe. « Le luxe effrénó »t la bôte noire
du président Dupin, na pasencore pervertichez nos élégantes, les habiludes
d’ordre et d economie. Cest le règnc de la crinoline, la joie des maris et la
tranquillité des budgets, et la crinoline gràce à laquelle les femmes de
France, les plus élancécs, lcs plus sveltes, ont des airs plantureux de mère
Gigogne (1).
Le troubadour Gascon compose pour la circonstance une satire drolaiïque
où il ílétrit la cage d'acier, modeaussi disgrâcieuse qu'extravagante.
Ellc a naturellement pour tilre : « La Crinolino » (La Crinoline) (2).
Coumo la roso dou vnavtin, Conime la rose du matin,
Et biro de sa crinolino, Et tière de sa crinoline,
(1) Les vers de Yoltairc sont toujours d’actualité :
II est une déessc inconstante. incommo<lc.
Bizarrc <lans ses goùts. follc cn ses ornements,
Qui paraìt. fuit, revient et nait dans tous les tcmps :
Pvolee ctait son pérc, el son nom c'esl la Mode.
tTne seule loi devrait gouverner la mode, et c'est préeisêmcnt cclle quc l*ou consulte
le moins : la raison.
Sous Louis XV, la erinoline nous vint touf à eoitp d’Angleterre. Llle revint au
xiv siècle ct alors elle s’exagéra lenteinent. Kn France. vcrs 18-40, et juscju’cn 1852
les grandes toilettes exigeaicnt dcs robes boulTantes au moven de jupes lorienient
cmpesèes et Ton mcttait un pouf. La ennoline apparut en*1853 : d’abord modeste,
ellc n’atteignit toute sonampleur qu’cn 1857.
Kn 1867, la crinolinc est démodée sans que le vétcment fêminin ait ricn perdu de
son ampleur ct de son envergure. Plus de e.age d’aeier, mais un formidable ct ruineux
déploiement de jupous. Le luxc dcs « dessous » s'il n’a pas atteint le raílincment
actuel. tend à devenir le criterium de l’élégance.
I.e document le plus ourieux et le plus typique à cet égari, c’est la Farnilh
Btìnoiton, de Yiclorien Sardou. Et c’est peut-òtre pour cela que, de toutes les pièees
de ringénieux et fceond auteur, elle a le plus de cbance de survivre.
Kn 1878 les jupcs ont vécu. La mode commence à s’inspirer de la statuaire. Kllc
prend un caractère délicieusement païen. Lc vctcmcnt moule le corps et en sculpte
toutes lcs gràces cachées. On peut dire que les étolîes se font ehair et qu’ellcs tourneut
à rapotlicose de la forme.
Jamais la feinme française n’apparut ornèc de plus de séductions, car jamais l’art
du costume ne se rapprocha davantage de l’art plastique.
11 se ftt en 1899 un retour marquc inais très heureux, vers l’cpotjue du directoirc.
Ce fut le triomphc des tailles courtes et des manchcs à gigot.
Lulìu en 1900, la modc u’a pas de caractcre bien personncl. C’cst une sortc de
compromis entre nos diverses cj>oques somptuaires, avee une tcndance visiblc à
singer la fìn du xvnr sièclc, pour les chapcaux surtout, qui scmblcnt ctre bàtis
d’apr<*s la formnle dc 'l’rianon. On parle dc rcssuscitcr pour I9oI cette crinoline
disgracieusc, aussi ridicule qu’ineommode.
Lc x\r siècle rctomberait-il cn enfance 1
(2) Cctte pièce et la suivante sontdèdices à madamc Uuoercle.
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— 369 -
La haout dins soun poulit jardin,
Poumpanto, arribo la Justìno.
Lou ben d'aoutan, sounnas pountchut,
Pay de l’aouradgé et de la plougeo,
Brandis soun chapeou rétengut
Per un ribant de coulou rougeo,
Et fier de sas gaoutos en cougo,
Bouho, barègeo lou camin,
S’engoufro dens la crinolino,
L’cnilo, la tend, et lou couquin
En l’ayre emporto la Justino.
Or yo cloucado dé pouréts,
Dens soun dubet fourrado encouero,
Penso qu’ey un bol d’estourets
Que lou rabis may et crémèro :
Et dispersado pous caoulèts,
Crido : piou, piou ! se désespèro.
En hé lou signè de la crouts
Lous campagnards répèton touts :
Jesus Maria! quino pousouèro ! !
Maislou gardo, brabe luroun
Pourtur de barbo è de moustachos,
Juro soun Diou qu’ey un baloun,
Et lous paysans touts de ganachos.
Ah! boun! lous balousan dounc bras?
Respound Mathiou, mestré d’escolo,
Per counséquent un sabentas;
Aboiio qu’as la tourniolo.
Aquet pîlot en douté pas
De las targagnos ey la reyno;
Sa taillo fino coumo un hiou,
Soun largé tour et sa degueyno
Parlon aous oueils; mais, Jarné-griou !
Oun ba courré la patanteyno 1
Grands palots, dits lou campané
Boste regard ey ta proufano
Qui nou béy pas que Diou bo liò
Lou doun précious d’iio campano
A nostè bet et bieil clouquè.
La terro n’a pas yo pareillo 1
Quin ech gracioust Eh! quinos mas
Que las de Diou et soun coumpas
Aouren hevt ya teio merbeilo i
Que lous dus batails qui per bas
Mignounoment tiron lou nas,
Respounen bien à sas cousségeos !
Là haut dans son joli jardin,
Justine arrive toute pimpante.
Le vent d'autan, au nez pointu,
Père de l’orage et de la pluie,
Secoue son chapeau retenu
Par un ruban de couleur rouge,
Et fier de ses joues enílóes de citrouille,
Souffle, balayant les chemins,
S’engouíïre dans la crinoline,
L’enfle, la tend, et le coquin
Emporte Justinc dans les airs.
Or une couvée de poussins,
Fourrée encore dans leur duvet,
Suppose que c’est un vol d’éperviers
Qui leur ravit mère et volière :
Et dispersée à travers les choux,
Crié : piou, piou ! se désespère.
En faisant le signe de la croix
Les campagnards répètent à l'unisson :
Jésus Marie! quelle sorcièrel!
Mais le garde, homme déterminé
Porteur de barbe et de moustaches,
Jure son Dieu que c’est un ballon,
Et que tous les pay sans sont des ganaches .
Ah ! bon ! les ballons ont donc des bras ?
Répond Mathieu, maître d’école,
Par conséquent un grand savant:
Avoue que tu as la berlue.
Ce paquet, n’en doute pas,
Est la reine des araignées;
Sa taille íine comme un fìl,
Son large contour et sa tournure
Parlent aux yeux; mais, jarnigué?
Où va-t-elle courirà l’aventure?
Grands imbéciles, dit le carrillonneur
Votre regard est si profane
Qu’il n’aperçoit pas que Dieu veut faire
Le cadeau précieux d’une cloche
A notre beau et vieux clocher.
Sur terre il n’y en a pas de pareille !
Quel port gracieux! Eh ! quelles mains
Si ce n’est ceiles de Dieu et son compas
Auraient fait une pareilie merveille?
Que les deux battants qui par en bas
Mignonnement montrent leur nez,
Répondant bien à leur dévidoire !
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As toun estat et lou eaounègeos,
A cridat lou frater : nigaout 1
Bay-t-en, sé bos, souna tas brespos,
L’objet què boultigeo lahaout
Ey la prumèro de ias bespos.
Bésès pas soun poulit courcet
Soun cap, sas alos et lou... resto?
On nomo pas un tel paquet
Que chez las gens qui porton besto.
Mais lou bent cay. D’oíi haout dou ceou
Debaro la praoubo Justino
Qui, las mas à soun bèt chapèon,
Aou diablé da la crinolino.
Et milo gracios aoutalèou
Dambé lur dèmarcho dibino
Sorten enfln de lur toumbéou.
Et soun marit, lou boun Chrislophoy
En l’embrassa dits dens soun co :
Espragnerey betcop d’ostoffo
E Tempèso dou calico,
Sense roubilla sa paruro,
Ou méièou soun boufant linso
Pouyrey entra dens ma boeturo :
Tandis qu'après lou carnabal
Libro de soun tour de baléno
Mais esclabo dou temps pascal .
Madamo pouyra sensé péno
S’aproucha dou counfessiounal .
ARRBSTAT DOU COUMISSdRI DE POULISSO
Atendut que très crinolinos
Débat lou tissu lou mès fìn
Et sas dantellos de malinos
Poden barra lou gran camin .
Atendut que las béros damos
Per darrè léoun lou tracas
Et per daouant mustron las camos
Bien aou dessus dous cailliouas.
Atendut que bon hè la qiio
Aous arrats qui senten lou bin;
Qu’en fabou dou tabac de liio
An troubat aquet manaquin:
Que tout objet de countrobendo,
Coumo gigots, lards et jambous,
Quartiès d'agnet dount ia car trendo
Tu as ton métier et tu en rè ves,
A riposté le perruquicr : nigaud !
Vas donc, s’ii teplait, sonner tes vèpres.
L’objet qui voltige Jà haut
Est la première des abeilies.
Ne vois-tu pas son joii corset
Sa tète, ses ailes et le... reste?
On ne nomme pas un tei paquet [veste-
Si ce n’est chcz les gens qui portent une
Mais le vent s’apaise. Du haut du ciel
Descend la pauvre Justine
Qui, les mains à son beau chapeau
Au diable voue la crinoline.
Et mille grâces aussitôt
Avec leur démarche divine
Sortent enfln de leur tombeau.
Et son mari, le bon Christophe ,
En Tembrassant pense en lui même :
J’épargnerai beaucoup d’étoffe
Et Tempois du calicot,
Sans chiffonner sa parure,
Ou plutôt son drap bouffant
Je pourrai pènétrer dans ma voiture;
Tandis qu’après le earnaval
Libre de sa cage en baleine
Mais esclave du temps pascal,
Madame pourra sans peine
S’approcher du confessionnal.
ARRÈTÈ DU COMMISSAIRE DE POLICB
Attendu que trois crinolines
Sous le tissu le plus fin
Et les dentelles de malines
Peuvent obstrucr le grand chemin .
Attendu que les belles dames
Par derrière lèvent leurs jupes
Et par devant montrent leurs jambes
Bien au-dessous des chevilles.
Attendu qu’on veut faire la queue
Aux rats de cave qui sentent le vin ;
Qu’au proflt du tabac de contrebande
Elles ont trouvé ce mannequin;
Que tout objet de contrebande,
Tels que gigots, lards et jambons,
Quartiers d’agneau dont la chnir tcndre
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t*ot pas supourta qu'on l’atendo Ne peut supporter qu’on l’attende
Malgré lou nas dous gabelous. Malgré le flair des douaniers.
Atendut que las maynadetos Attendu que les jeunes fìlles
Qui déchon bésé lous moulets Qui laissent voir leurs mollets
Et gaouson pourta las culotos Et osent porter des culottes
De lurs futurs prenguen lous drets. Empiètent sur les droit de leurs futurs.
Aprés aoué malgré sa sienço Aprés avoir malgré sa science
Boutat soun cap à l’alambic, Mis son cerveau à l’alambic,
Poussat pou cric de sa counsienço Passé au crible sa conscience
Que nou bo que lou ben public. Qui ne désire que le bien public.
Lou coumissari Bistqfino Le commissaire Bistefine
Arresto dens un but moural Arrète dans un but moral
Que la jalouso crinolino Que la jalouse crinolino
Habillera lou carnabal. Habillera le carnaval.
Que la petito demayselo Que la petite demoiselle
Qui preng à cado pas lou bol Qui prend son vol à chaque pas
Embclira soun pourchinello Embellira son polichinelle
De sa jaqueto en parasol. De sa jaquette en parasol.
Traquats, amics, la crinolino Traquez, amis, la crinoline
Que lou Boun goust a reproubat Que le Bon goût a réprouvé
Et que sa so la Bouno mino Et que sa sceur la Bonne mine
Aaou gran jamès n’aouré troubat. Au grand jamais n'aurait trouvé
Et bous enfìn, lesto griseto, Et vous enfìn, leste grisette,
A soun aspect, cridats pertout : Ason aspect, criez partout :
Admirats dounc ! . . quino toileto I . . . Admirez donc ! . . . quelle toilette ! . .
Jésus ! quin patoc d’arrestout ! ! Jésus ! quel tas de chauine ! I
La coiffure sera également l’objet de son attention ; cest dou Moucadè
dou Cap, du mouchoir de tête, qu’il s’agit dans le morceau suivant.
(1) La coiffure est la partie à Iaquelle liennent le plus les gens et celle qui disparait
en dernier lieu . On garde une coíffure spéciale alors qu'on adopte les habits usuels.
Elle constitue un signe distinctif. Mais c'est elle aussi qui se modifie le plus sous
Tinfluence de fespiit d’exagération. D’où la quantitó et la variétê de chapeaux et de
bonnets qu’on retrouvc dans nos provinoes.
La coiffe de Savoie rappelle la coiffure de parade du xvi* siècle que portait
Catherine de Mêdici.s. Le bonnet de quelques villages vendéens ressemble à celui
de la rcine Isabelle et la coiffe Cauchoise celle du temps de Charles VII.
Le hennin subsiste daus quelques costumes de féte de Normandie. La coiffe du
xive siècle, à pans tombant sur les còtès est représentée aujourd’hui encore en Aríège
dans le Val-Mussat.
Tout ceoi d’ailleurs n’est pas absolu, car si les modes anciennes persistent souvent
intactes dans les campagnes, elles peuvent aussi varier et s’y transformer. De plus,
les provinciaux créent des modes qui ressemblent aux costumes ancieus sans
pourtant avoir avec eux aucun rapportde parenté.
Prenons un exemple des variations de la mode en province. La coiffure des Arlé-
siennes au xvu* siècle, était un bonnet dont les dcux brides venaient s’attacher sous
le menton. Au début du xix* siècle, un ruban d’étoffe s’enroule sur les cheveux.
Aujourd’hui le ruban s’est allongé et il s’enioule en arrière sur une faible poríion de
la téte, en laissant la majcure partie a découvert. Les vieilles Arlésiennes ont seules
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- 372 -
Autrefois, et mème de nos jours, dans notre beau pays do France, chaque
province avait la sienne. Au Nord, la coiffe régnait en maîtresse, d?un
aspect varié, affectant les formes les plus originales. Au Midi, et dans le
Sud-Ouestprincipalement, était échu le coquet mouchoir de tête artistement
édifié sur le sommet du chignon et prenant dans chaque pays un arran-
gement particulier. C'était pour le touriste parcourant notre terriloire un vrai
régal oii ses yeux étaient émerveillés dans ce cadre spécial fait de pitto-
resquc et d'originalité. Par une résurrection intéressante, notre magnifique
Exposition a pu offrir à ses visiteurs, en une vision passagère, des
échantillons curieux de ces différents types réunis pour la circonstance.
Grâce à la loi inexorable du progrès, les chemins de fer ont à l’heure
actuelle altérépresque partout lescostumes et jusques aux moeurs etcoutumes
de nos provinces. Chaque chose a ses inconvénients et ses avantages.
Ecoutons maintenant le poèle faire l’éloge de sa coiffure de prédilection
dans le dialogue suivant :
Vous qui fûtes toujours honnète
Dites, charmante Jeanneton,
Pourquoi sur votre belle tête,
Au lieu de coifïe, ce chiíïon ?
En d’espragna ma praoubo coho
Qu’on m’a benut a houec d’argent;
Lou mendre arros la rend ta gloho
Que lenleouo tout soun lusent.
Pour épargncr ma pauvre coiffe
Qu’on m’a vendue au poids de l’or;
La moindre rosêe la rend si molle
Qu'elle lui enlève tout son lustre
A votre coeur soycz fidòle,
Je veux savoir la vérité,
Vous préférez à la dentelle
Un petit grain de vanité.
Eh! perqué pas? yo couhaduro Eh! pourquoi pas? une coiffure
En moucadé bien chiffounat, En mouclioir bien chiffonné,
Hè rayouna ser la fìguro Fait rayonner sur le visage
Un say pas qué ta hélécat! Un je ne sais quoi d’inìpertinent !
Pourquoi le placez-vous, ma chère,
A peine sur votre chignon;
Pour le faire voler à ten*e
II suffirait d’un papillon.
conservé le ruban qui cache la partie de ia tòte et la distinction se fait ainsi tranchóe
entre l'ancienne et Ja nouvelle mode.
Le méme fait s’observe chez les Gasconnes qui s’enroulent un mouchoir de soie sur
la téte. Les vieilles ont presque tous les cheveux cachês par le mouclioir ; les jeunes
n’en couvrent qu’une coque, petit chignon planté en arriòre.
Ainsi chaque costume provincial comporte un problòme à rcsoudre. Est-iJ local ou
dérive-t-il d'un costume universellement portò autrefois 1 En est-il la copie exacte ou
modifiée ? On ne pourra ròpondre d'une íaçou absolue que si on a les principales
étapes montrant l’évolution de costume jusqu'à nos jours.
(L’évolution du costume par Fèlix Regnaulí.)
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— 373 —
Anats, Moussur, souy pas yo peguo, Allez, Monsieur, jenesuìspas unesotte,
Moun cher mirail, cado maytin, Mon cher miroir, chaque matin,
En dits, qu’ataou boutat, en léguo Me dit que, mis ainsi, il me donne
Un petit ayré libertin. Un petit air libertin.
Pourquoi sur votre front de neige
L’appelez-vous comme un bandeau ?
C’est à mes yeux un sacrilège
Que de cacher un ciel si beau.
Pramo de bous en souy fachado.
Et cependant m’esta pas maou;
Quand on me bey ensi couhado
On dits qu ey à l’amour malaou
J’en suis fàchée pour vous,
Et cepcndant il ne me sied pas mal;
Qnand on me voit ainsi coiflée
On dit que mon amour est malade.
Avec ce turban sur la tête
Vous ressemblez au papillon,
Espérez-vous quelque conquète
En vous donnant cet air fripon ?
Yo fillo pot este leougèro,
Mais nou dits pas que ço que bo,
Anats bous en fairo l’an lairo,
Lêgirats pas deguens moun ço.
Une fille peut ètre légère,
Mais elle ne dit pas ce qu’elle veut,
Allez donc vous faire lan laire (vous pro-
Vousnelirezpasdansmoncceur. [mener)
Modeste desservant de campagne, ii aurait pu briguer une cure plus
importante, mais dépourvu d’ambition, il préféra passer touteson existence
dans sa petite commune de Castres où ii acquit l’estime et la véné-
ration de ses paroissiens. Le voisinage du chef-lieu Fatlirait encore, ii sut
s’y ménagerde solides et fidèies amitiésqu’il conserva jusqu’à sa mort. La
droiture de son caraclère, sa bonhomie, sa bontéet sontalent lui ouvraient
toutes ies portes des maisons bourgeoises qui se disputaient l’honneur de
le recevoir dans l’intimité. Nous en trouverons la preuve dans la quaniité
de pièces de vers, de lettres rimées qu'ii leur a dédié et dont la piupart sont
perdues aujourd’hui.
Nous avons eu ia bonne fortune de recueillir deux de ces dernières en
manuscrits autographes el en slyle tamilier que nous donnerons à titre de
curiosité :
Monsieur Sauzeí , d'Auch, invitait le curé Laíïargueà venir dîner, par
u n des jours gras, de l’an 1835 ou 1836 ; or en cherchant le quantième, il
mit la main sur le calendrier de l'année précédcnte; et la date visée se
trouva un vendredi de 1 année courante !...
Le curé répondit :
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— 374
A MOUSSU SAOUZET BICTOR
T’arremerci, tìictor , dé toun embitatioun,
Qué say qu’as un boun co, mais paòu de déboutioun :
Qué sabes lou Pa!er, ta bouco lou rècito;
Per routino délèou, quan Rosa (1) t’y excito;
Mais lous coumandomens nou lous sabes pas, car
Défenden lou dibès l’usadgé de la car;
E ta charmanto lettro, escriouto à l’estourdido,
M’embito à partadgea uo pouloyo roustido
Précisomen lou jour qu’on apéro dibés I
Ma foué, moun cher Bictor, sabès pas ço que hês !
E pensi qu’as perdut un paou la trémountano;
Qué bos qu’un capéran, bestit de sa soutano,
Lou rabat aou mentoun, lou tricorno sou cap,
Sacripan dens lou founs, mais santomen cintat,
Ango, malgré la gleizo è malgré sa counscienço !
A ta taoulo hé gras dens un jour d’abstinenço !
Nou, nou; s’achèou ?... quèboy qu’on imprimeaou journal
Qué souy dous carnabalz, lou magè carnabal.
Quan séri mes gourman, quan lou sèrè mes agré,
Moun benté, lou dibès, qu’ey coundamnat aou ruagré.
Qué ta pouloyo dounc se mindgé dan lou Priou (2),
A MONStEUR VICTOR SAUZET
Je tc remercie, Vivtor , (le ton invitation,
Je sais que tu as bon c<ì»ur, tnais peu de dèvolion ;
Tu sais le Pater, ta bouclie le rècite,
Par routine peut-étre, quand Rosa t’y excite ;
Mais les commandements tu ne les connais pas, car
lls dèfeudent le vendredi l'usage dc la viande,
Et ta charmante lettre, ècrite à l’ètourdie,
M’invite à partager une dinde rotie
Prècisément le jour qu’on uomme vendredi !
Ma foi, mon chcr Victor, tu ne sais pas ce que tu fais
Et je pense que tu as un peu perdu ton bou sens ;
Tu vcux qu’un prètre, vètu de sa soutane,
Le rabat au menton. le tricorne sur la téte,
.Sacripan en son âme, mais ceint saintement,
Aille malgrè l’èglise et malgrè sa conscience
A table faire gras en un jour d’abstinence !
Non, non; si je le faisais? je veux qu’on imprime dans le journal
Que je suis du earnaval le pire carnaval.
Serai-je plus gourmand et mes regrets plus aigres
Mon estomac le vendrcdi est condamnè au maigre,
Que ta dinde soit donc mangée avec Pricur ,
(1) Madame Sauzet.
(2) M. Prieur père.
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— 375 —
Qué crangn pas més que tu ni la gleizo ni Diou.
Mais quan passetz délà, sèr la barquo léougèro,
Labetz que paguératz d’aci la bouno chèro;
Que boy que lou cournut (1), ensi que ser un bouéou,
Dé cardos bien armat bous rasclé à countro-péou :
Labets que cridératz, que haratz la grimaço.
Mais tampis pèr bous aous, s’erats à bosto plaçoj
Debat soun fouét dé hèr, d’aquet cruel bourrèou,
Embèn que pourteratz un regard ber lou cèou;
Aci que bous hasètz un Diou de bosto panço,
La-bas quo bous hèra dansa la countro-danço;
Eníin, coumo dus ours encadenatz pou cot
Que bous alizèra dè soun brabè billot.
Mais jou doun lou regard bey lou tens que s’approcho
Soueti pas endè jou que l’on boute la brocho
Justomenlou dibès; que say qu’y défendut;
Que souy un paou gourman, mais quan sèri goulut,
Moussus, bien lou bounjour, souy pas de bosto escolo
Car boy pas dan bous-aous dança la carmagnolo;
Lou diable mc hè poou, bi)us aous bous en trufatz.
Que beyran à la fìn quinis seran lous fatz.
Adipu doun, cher Bictor, adiou à ta pouloyo,
Car n'en gousteri pas quan séré mès beroyo.
Dan ma letti*o récep, déguens lou mémo sac,
Qui ne craint pas plus que toi ni l’Eglise ni Dieu.
Mais quand vous passerez au-delà, sur ia barque légère
Alors vous paierez la bonne chère d’ici-bas ;
Je veux que le diable, comme sur un bceuf,
De lanières bien armé vous écorche à contre-poil :
Alors vous crierez, vous ferez la grimace,
Mais tant pis pour vous, vous serez à votre place ;
Sous le fouet de fer dece cruel bourreau,
En vain vous porterez votre regard vers le ciel ;
Ici-bas vous vous faites un Dieu de votre veutre,
Là-bas il vous torcera à exécuter la contre-danse ;
Enfin comme deux ours enchainés par le cou
II vous corrigera avec son vaillant baton
Mais moi dont le regard voit le temps qui approche
Je ne désirc pas qu’on mette la broche en mon honneur
Justement un vendredi ; je sais que c’est dófendu
Je suis un peu gourmand, mais quand je sei*ai goulu,
Messieurs, bieu le bonjour. je n appartiens pas à votre école
Car je ne tiens pas à danser la carmagnole avec vous ;
Le diable me fait peur, vous vous en moquez.
Nous verrons à la fìu quels seront les sots.
Adieu, mon cher Victor, adieu à ta dinde,
Car je n’en goúterai pas, serait-elle encoreplus savoureuse
Dans ma lettre reçois, dans le mérae courrier,
(1) Le diable.
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— 376 —
Lou cado que te héou d’un naouet armanac,
Que marquo lous jours gras, è lous jours d’abstinenço
Un tel libc, endè tu, qu’ey un libé de scienço,
Counsulto-lo daouant de flxa tous repas,
Car sé troumpo en dou tens (1) en dou jour mentis pas.
Cépenden, dambé tu sensé cérémounio
Qué t’anérey trouba quan aoujoy fantésio,
Un dichatté déléou; lou magré qu’en coumben.
Que dinnérey fort bien dan lou tiers d'un haren;
Qué se bos tout à fét illustra ta cousino,
Qu’ajoutéras encoué dus ouèous è yo sardino;
Arrousaran tout aco d’uo taço de bin,
Benasirey lou cèou et lou Bictor; enfin
Si Rosa, per bounhur, sageomen occupado
A fìltrat aquet jour, la préciouso bugado,
Ahounan lou sa>x>un (2) dens la tasso à léchiou (3)
Ensemblé trinquaran, è l>ous direy : Adiou !
Le cadeau que je te fais d’un nouvel almanach,
II marque les jours gras et lcs jours d’abstinence,
Un tel livre pour toi est un livre de science,
Consulie-le avant de íìxcr tes repas.
Car s’il trompe pour le temps il ne ment pas pour le jour.
Cepeudant avec toi sans cérémonie
J’irai te visiter quand j'en aurai fantaisie,
Un samedi peut-étre, le maigrc me convient.
Je dinerai fort bien avec le tiers d’un bareug;
Si tu tiens íi illustrer complètement ta cuisine
Tu y ajoutcras encore deux oeuís et une sardine ;
Nous arroserons tout cela d’une tasse de vin,
Je bénirai le cieJ et Victor ; enflu
Si Rosa, par bouheur, sagement occupée
A filtré ce jour-là, la précieuse lessive,
Fondant le savon dans la tasse à lessif,
Nous triuquerons ensemble, et vous dirai : Adieu !
La seconde est adressée au docteur Prieur avant son départ pour Paris,
oii il allait commencer ses études médicales. II donne des conseils à son
jeune ami et le dissuade d enlreprendre ce vovagc craignant pour lui les
dangers d'un séjour dans le grand village :
Crastos, .. octobrc 1812.
A MOUSSU BICTOR PRIOU <í>
Ev dounc bertat, sensé bergouguo,
Bas quita l’aymable pays
Crastes, .. octobre 1842.
A MOXSIEUR VICTOR PRIEUR
C’est donc vrai, sans regret,
Tu vas quitter raiinable pays
(1) L’almanach de Toulouse portait à cliaque jour : pluie, soleil, etc., sans autrc
prêtention et avec autaut d’autorité que eelui de Mathieu de la Dróme.
(2) Le sucre.
(3) Lc café.
(4) Le docteur Victor Prieur, décédê récemment à Auch, qui uous avait commu-
niqué ces deux lettres rimées.
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Et lou soureil de la Gascougno;
E endéqué ? per un Paris !
Oh I la bero besougno!
N’as pas aci prou de soussis?
Perdouni bien, praubé maynatgé,
Tas chèros sos, ta bouno may,
Counéguen pas lou gran biladgé,
Mais coumo perdouna toun pay ?
Ac sab : lou diablé s’y prouméno
Masquat en milo è yo fayçoun;
La neyt, lou jour, y ès en haléno.
A l’ayré dous, mais quin fripoun
Quan s’abillo sertout en peillo !
Moun cher amic, t’y hisés pas;
Hugis soun oueil qui toutjour beillo :
N’angos pas courré ser sous pas
Ou t’aoura lèou boueytat la bourço.
Pres toun amo è toun cors après,
De milo maous près à sa sourço,
Sentira pas que lous cyprès.
Esperi tout de ma sagésso
Et dou caddet (1) diras déleou :
Mais jou trembli per ta jouénesso,
Car toun ounclé, balandureou,
N’ey pas, hélas ! jamès en plaço;
Tantos ey débat un bet cèou,
1 antos galopo ser la glaço,
E de soun cors ès un bourrèou.
Lous pèous capéron pas sa nuquo,
E dens Moscou, parmi la neou,
Hè roulà sa caoudo perruquo :
Un jour on lou beyra dèièou,
Chèou Lapoun qui de fred s’arruquo
Hè boula soun darrè chapèou .
Ensi, moun cher Bictor, demoro,
Demoro dens toun cher pays,
Néguo l’ardou que te deguoro
Deguens lous jus dous arrasis
Doun pas un grun nous se coloro
Debat lou soureil de Paris.
Mais s’arró nou pot te rétengué,
Si tc kaou bésé soun sèjour,
Adiou! pousquos-tu léou rebengue
Aou pays qui t’a dat lou jour!...
Et le soleil de la Gascogue;
Et pourquoi? pour un Pavis!
Oh ! la belle besogne !
Tu n’as pas ici assez de soucis?
Je pardonne bien, mon pauvre enfant,
'Ies chères soeurs, ta bonne mère,
Qui ne connaissent pas le grand village,
Mais comment excuser ton père?
II le sait : le diable s’y promène
Travesti cn mille façons;
La nuit, le jour, il s’y tient en haleine :
11 a I’aspect doux, mais quel fripon
Surtout quand il s’habiile en robe !
Mon cher ami, ne t’y fìes pas;
Fuis son oeil qui toujours veille :
N’aille pas courir sur ses pas.
II t’aurait lestement vidó ta bourse,
Pris ton âme et ton corps ensuite;
De miile maux pris à sa source,
Qui ne respire que les cyprès.
J’espère tout de mon expérienco
Et du cadet diras-tu peut-être :
Moi je tremble pour ta jeunesse,
Car ton oncle, vagabond,
N’est, héias! jamais en place :
Tantòt sous un beau ciel,
Tantòt il gaioppe sur les glaces,
Bourreau de son corps :
Ses cheveux ne couvrent pas sa tète
Et dans Moscou, au milieu des neiges,
li fait promener sa chaude perruque :
On le verra peut-ètre un jour
Chez le Lapon grelottant de froid
Faire voier son dernier chapeau.
Ainsi, mon cher Victor, demeure,
Demeure dans ton cher pays;
Noie i’ardeur qui t’étreint
Dans le jus des raisins
Dont le moindre grain ne se colore
Sous le ciei de Paris.
Mais si rion ne peut te retenir,
S’ii te faut subir son séjour,
Adieu, puisses-tu revenir bientòt
Au pays qui t’a donné ie jour !...
Après Ja lecture des quelques fragraents que nous venons d’anaiyser
(l) Un frère de sa mère, qui voyageait enRussie, habitait alors Paris,
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succintement, on peut aisément se convaincre qu'il déroge à la véritable
tradition Gasconne. De tous nos troubadours c’est en effet, un de ceux qui
ont le plus sacrifié à la tournure française. Sans cetle défaillance regrettable,
nul doute qu’il eût pu briller au rang des poètes de la bonne époque. II a le
tempéraraent Gascon, el la facilitédans l’inspiration ; il possède de plus la
verve joyeuse, primesautière et toujours intarissable de ses devanciers.
Soit qu’il prenne la lyre de Pindare ou la flùte de Théocrite, sa Iangue est
tour à tour simple et naïve, grave et majestueuse, mais il en dénature le
génie, bien quese prôtant admirablement à rendre toutcs les conceptions de
Tesprit. Sa Muse a fait vibrer la fibre populaire par des créations originales
vives, hardies, empreintes de bonne humeur ; ses chants ont relenti de
son vivant autour de lui, et ses joyeux refrains ont été pieusement recueillis
dans la mémoire de ses contemporains, admirateurs de son talent.
Vivant au milieu des paysans, parlant leur langage, il partageait leurs
peines et leurs joies. Type du bon pasteur, Tabbé Laffargue estimait que
les vérités de la religion ont besoin d’èlre traduites en langue vulgaire pour
ètre mieux comprises et vulgarisées.
II terminait souvent ses lettres par ces mots :
Salut è pan à toutis... Salut et pain à tous. . .
Lou can negre l’a mourdut. Lo chien noir l’a mordu,
disait-il, d’un homme’ivre de vin.
Sa tournure'd'esprit était souvent plaisaute et toujours spirituelle ; im
jour, un ami lui demandait compte de ses idées poliliques, il répondit
aussitôt :
Lou Philipo qu’em pago, qu’ou canti lou Domine.
Philippe me paie, je lui chante le Domine.
Si on parlait en sa présence de Taffinité affeclée des prètres avec la
noblesse. il ripostait ainsi :
Lous noblès, lous curés é lous cas Les nobles, les curés et les chiens
Soun tous parens ou cousis germas. Sont tous parents ou cousins-germains.
Cet excellent curé mourut à Crastres le 13 novembre 1866.
Malgré ses défauts, ce poète, méritait de sortir de l’oubli et <rètre
mentionné dans rilistoire Littéraire de son pays.
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CASSAIGNEAU (Jeah-Basile)
Quoique ce Poète ne soit pas originaire du département du Gers, nous
avons cru néannioins intéressant dc le faire fìgurer dans notre anthologie.
En voici les raisons :
Son berceau est la Lomagne (1), et, comme Dastros, il a chanté ce petit
pays qui, jusques à la Révolution, a appartenu à la Gascogne avec Lectoure
comme capitale. En outre, au point de vue du dialecte, dont la richesse nous
est connue, il n’était pas indifférent d'établir une comparaison et d’appré-
cier les modifications qui ont pu se produire à travers les siècles.
Du reste, il est bien Gascon, il en a le tempérament, Tesprit, la verve et
la fécondité, autant d arguments qui militaient en sa faveur.
Jean-Basile Gassaigneai: est né à Lamothe-Cumont , canton de Beau-
raont-de-Lomagne, le 27 mai 1821. Mathieu Cassaigneau , son père, qui
habitait cette pelite ville où il exerçait la médecine, s’était marié à Made-
moiselle Louise Campunaud , fille de Jean Campunaud qui était lui-même
ofíicier de santé. Deux enfants naquirent decette union, une fille et un fils,
le Poète qui nous occupe.
A Tàgede dixans, ses parents Tenvoyèrent au coilège d’Auch pour com-
mencer ses études classiques qu’il devait continuer au collège de Casteisar-
rasin et terminer au collège Royal de Toulouse. Malgré ces changements,
(1) Loraagne, petit village de ranciemie France, dans la province de Gascogne
(Bas-Armagnac), était situé au nord et au nord est de la Garonne, qui le séparait du
Quercy ; il était borné au sud par le Coinminges et l’Armagnac, à l’ouest par ie Con-
domois. La Lomagne, à líiquelle était attacné le titre de vicomté, était possédée
jadis héréditairement par une famille qui remonte au xic siècle. Cette famille s’est
éteinte dans les mâles vers la fìu du xuv siècle en la personne de Vésian, vicomte
de Lomagne. Pfiilippc de Loniayne, soeur et héréditaire de Vcsian, porta la vicomté
à son mari, Hèlie Taleyrand . vícomte de Périgord. Celui-ci lavendit au roi Philipp e
le fìel, lequel la donna en 1305 à Arnaud Garcie de Gout et à Bcrtrand de Gout
son fils. Cc dernier ne laissa qu’une fìlle, Règine de Gout, mariée en 1311 ìiJcaii
comte & Armaynac qui, à la mort de sa feinme, hérita de la vicomté de Lomâgue. Ce
dernier transféra la capitale de Laoit à Lectoure qui le demeura jusqu’à la Hévolution.
11 l'avait cédée moyennant une rente au roi de France qui avait réuni la vicomté à
la Couronne.
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qui auraient pti être nuisibles à un écolier moins bien doué que lui, il étaH
reçu bachelier es-lettres avec mention lc 22 septembre 1838.
La Médecine étant, comme nous Tavons vu, en grand honnenr dans sa
famille, sa voie élait toute indiquée, et c’est à TEcole de Toulouse qu’il prit
ses inscriptions (du lel* novembre 1838 au ler novembre 1840) et cest à la
Faculté de Montpellier qu’il obtint son dipiômed'officier de santé, le 6 octo-
bre 1841.
Muni de son parchemin, il s'installait près de son père, à Lamothe-
Cumont, pour y exercer son art. Mais un mariage, qu’ii contracta l’année
suivante avec Mademoiselle Jeanne-Maric-Anastasie Boubée, fille d’un
ancien chirurgien des armées du premier Empire, l'obligea à quttter le toit
paternel pour habiter la commune du Cauzè , oii résidait sa nouveile íamiile.
II avait à cette époquc 22 ans et ii devait y exercer ia médecinc durant
54 années.
De ce mariage il avait eu deux enfants, une fille et un fiis, le docteur
Emile Cassaigneau (de Ja Faculté de Paris), qui faisait sa joie et sa fierlé
et qu'il devait perdre prématurément à l'àge de 43 ans.
Absorbè par une clientèle de campagne, souvent exigeante, il emploiera
ses Ioisirs à converser dans l’intimité avec la Muse g'asconne.
Ii intitule son Recueil : Fantesios et Loisirs d'un Mêdecin de la
Lomagne (Fantaisies et Loisirs d'un Médecin de la Lomagne); et dans uo
courto Prêfaço (unc courte Préface) il offre son livre au lecteur en ces
termes :
Ya pas nat fusil san cuiasso,
Ya pas nado nado nouze sans tan;
Las campanos au un batan,
E les libres uno prefaço;
Car la persouno que legis
Caou que satbio de que sagis.
Le titre soul : Mas Fantesios,
Expliquo tout en un soul mot;
Dins moun libret y a horte mot.
Més, que balon mas poosios f
Seou pas Goudouliny ni Dastros ,
Ni més Jasmin, ni Lamartino;
Des rimaires sèou le mcs tros :
Héou pas que bersis decousino...
Tu, lectou, qtie me legiras,
Couino bouillos me jutjaras;
Demandi pas perdoun ni gracio :
11 n’y a pas de fusii sans culasse,
11 n’y a pas de noix sans coquille;
Les cloches ont un battant,
Et ies livres une prêface;
Car la personne qui ies iit
Tient à savoir de quoi il s’agit.
Le titre seul : Mes Fantaisics ,
Explique tout en un seul mot;
Dans mon livre iiy adufermeetdu mou.
Mais que valent mcs poésies f
Je ne suis ni Goudelin , ni Dastros ,
Pas plus que Jasniin. ni Lamartine;
Des rimeurs je suis ie plus médiocre :
Je ne fais que des vers de cuisi.ie...
Toi, lecteur, qui me liras,
Tu me jugcras à ta fantaisic;
Ne demandant ni pardon ni gràce :
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En d’aoucunis endrets riras,
En d’aoutés, beléou plouraras,
E caouque cop badaillaras;
Haras anfìn coumo te placio
Té caleré bremba, pourtant, aniic lectou,
Qu’es pla facilo la critiquo...
S’en troubara més d’unt mestres en rhétoriquo,
Qu’en haren pas tant coumo jou ..
En certains endroits tu riras,
En d’autres peut-étre tu pleureras,
Et quelquefois tu baiileras :
Tu feras enfìn à ta convenance.
11 faudra pourtant te souvenir, ami lecteur,
Que la critique est bien facile.
II s’cn trouvera plus d’un, maitres en rbétorique.
Qui n’en feraientpas autant que moi.
Excellent pralicien, M. Cassaigneau a fourni la carrière d’un travailleur
dans le petit coin modcstc et retiré où il avait plantc sa tente professionnelle
au fronton de laquelle ii avait inscrit la belle devise qui était la sienne et
illustrée de sa plume féconde :
Amare, Cvedere , et Semper laborare.
Amare , c'est-à-dire partager son coeur entre le culte de la beauíé de la
nature, Tamourde sa profession et une afïection sans bornc pour les siens.
Crcdere , c’est-à-dire avoir confiance dans 1 efficacitc de l’effort, accorder
crédit à la parole et aux promesses souvent fallacieuses des hommes; avoir
le culte dç la justice et de la vérité, et conserver toujours l’espérance dans
des jours meilleurs.
Semper laborare , enfin, c est-à-dire courir sans cesse, Ia nuit et le jour
à travers champs, par toutes lcs intempéries, la pluie, le íroid, la neige,
eomme par le soleil brûlant, pour porter son secours etses soinsau malade,
le guérir parfois, le soulager souvent, Je consoler toujours; et ne retirer de
ce dévouement oii on se donne, se prodigue et se sacrifie tout entier sans
compter, que maigre profit et large ingratitude.
C’est ce sujet intéressant qui servira de thème à son morceau de début
qu’ii intitulera : Las tribulatious d’un médecin de campagno (Les tribu.
Jalions d’un médecin de campagne, poème divisé en cinq cliants, oii il
exercera sa verve satirique. II débute ainsi :
Tu? que te crusos le cerhèt
E que t’ichugos 1a poitrino
Per estudia la medecino,
Pardi! te semblo qu’es pla bèt
Toi! qui te crcuses le cerveau
Et t’essuies la poitrine
Pour étudier la médecine,
Parbleu ! il te semble quec’est bien beau
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ft’este medecin de campagno ï
Quan n’aoujos tastat, ac beiras;
Alabcts, coumo jou, diras
Qu’es uo famuso magagno
De touca lou pous as paisans:
Troubaras pas l’éstat aimable!
Bint cop per jour, daouant dus ans,
Emboujaras bé tout aou diabJe :
La trousso, lancètos, malaous,
E més touto sorto de raaous! . .
Jou te parli per experienço,
Séou dempèi loungtens sou chantié,
Dcclari doun, sur raa counscicnço,
Que séou plà sadout dou mestié . .
Balere més csta peillaire.
Marchand de luquets, abrasaire,
Courgnogo, ramounur anfin,
Qu’a la campagno medecin !
D’être médecin de campagne f
Quand tu en auras tâté, tu le verras;
Alors, tu diras comme moi,
Que c’est une fameuse engeance
De toucher le pouls aux paysans;
Tu ne trouveras pas l’état aimable!
Vingt fois par jour, avant deux ans,
Tu enverras, certes, tout au diable :
La trousse, lancettcs, malades,
Et même toute sortes de maladies !...
Je te parle par expérience,
Etant depuis longtemps sur le chantier,
Je déclare donc, sur ma conscicnce,
Que je suis bien dégoûté du mctier...
II vaudraitmieuxètremarchandd’habits
D’allumettes, fondeurs de cuillers,
Ravaudeurdesouliers,ou bien ramoneur,
Que médecin à la campagne !
Caou doun que siosque fort iugratc
La scienço dou gran Hippocrato (1)?
Pensi, dan la graço de Diou,
Qu’aurèi pas besoun de poudriou
En de passa tout en rebuyo;
Qui m’escoute séra esclaïrat,
Aou mens s’cs pas afót bournat
E s’as dus oeils a pas la luyo :
II faut donc qu’elle soit bien ingrate
La scicnce du grand Hippocratc f
Je pense, avec la grâce de Dieu,
N’avoir pas besoin d’aide
Pour passer tout en revue;
Qui m’écoute scra convaincu,
A moins qu’il ne soitcomplètement borné
Ets’il a deux yeux il n’a pas la cataracte:
Sabèn que se caouqun bol aprengue la croués,
Ba pas ço de prumé coumença per l’izedo;
E mes qu'un caperan s’ac margare aou rebès,
S’en plaço dou Patcr entounâo le Crcdo :
M’en baou doun, tout pruméroment
Coumença pou coumençoment :
Jouen homme studious, sés aou cap de la costo,
Tu, qu’en d’cste douctou t’es boutat en camin;
On sait que si quelqu’un veut apprendre l’alphabet
II ne va pas au début commencer par le zède ;
De mème qif un prétre mettrait tout à l’envers,
8i au lieu du Patcr il entonnait le Crcdo :
Je vais donc, premièrement,
Commencer par le commencement :
Jeune liomme studieux, si tu es au bout de la cóte,
Toi, qui pour ètre doctcur, t'es mis en route ;
(1) Hipporratc , le plus grand m 'decin de rantiquitê, naquit dans l’ile de Cos vers
fan 4G0 avant J.-C. et mourut à 90 ans. .Ses ouvrages, eucore admirés de nos jours,
sont regardès comme la base de la science médicale.
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Diplomat de Paris, sabes ço que te costo
De gagaa dins bint ans un tros de parchemin ! . . .
Aro te caou muni d un gran troupet de libés,
D’un milé d’ostrumonts de toutis lous calibres,
Utissis rafinats, flambents naous e luzents,
Que formon l’arsenal en degari las gens;
A forço de dinés, munit d’aquet bagatge,
Fier coumo ’n ci-daouant, tournos dins toun bilatge;
Le XíèrOj le Rcgcnt è mes le Capcran
Te bengon bisita, le capèt à la man,
Per te dise : « Moussu, saludan dambe joyo
Le douctou desirat que le céou nous emboyo;
Le pais bous atend coumo ’n noubel Jêsus i . . .
Dambé les rebenguts de bosto ciientèlo;
Seratz dins paouc de tens riche coumo Crèsus.
E pouyratz cado jour minja bosto coustèlo ’ »
Tu creses tout aco, t’anflos coumo le paou,
Te flguros anflu d’aouge bilo gagnado,
E beses à déja dins ta bourso ’sculado
Pecetos e Jouidors toumba coumo qui plaou !. ,
En de paga tas penos e tas coursos,
Les campagnards, ne jougari le cot,
D’escuts e de pecetos roussos
Te ban pla plea l’esclipot ..
Diplómé de Paris, tu sais ce que te coúte
De gagner dans vingt ans un bout de parchemin !...
Maintenant il te faut munir d’un grand nombre de livres,
D'un millier d’instruments de tous les calibres,
Outils raflnés, flambants neufs et luisants,
Qui forment l’arsenal bon à guérir les gens ;
A prix d’argent, muni de ce bagage,
Fier comme un noble d’origine, tu arrives dans ton village ;
Le Maire, le Rógent et méme le Curé,
Viennent te visiter le chapeau à la main,
Pour te dire : « Monsieur, nous saluons avec joie
Le Docteur désiré que le ciel nous envoie ;
Le pays vous attend comme un nouveau Jésus /...’
Avec les revenus de votre clientèle,
Vous serez dans peu de temps riche comrae Crésus
Et vous pourrcz chaque jour manger votre cotelette ! »
Toi tu crois tout cela, tu t’enfles comme un paon
Te flgurant cnfìn d’avoir ville gagnée
Tu vois déjà dans ta bourse éculée
Pièces d’or et d'argent tomber comme la pluie !...
Pour payer tes peines et tes courses,
Les campagnards, je joucrai ma téte,
D’écus et de pièces rousses
Vont remplir ton coffre-fort.
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- 384 -
Bouti qu’un medecin, un flambéou de la scienco,
Fort coumo Oalien , e munit de patienço,
S’en ango en tas païsants exerça soun estat;
L’aboundo pas de re d’este plan argoutot;
Se les prumés malaous, que de souegna le trigo,
Bengon à gari pas, pot barra sa boutigo;
Dens la réalitat pot este fort adret,
As oeils des campagnards sera pas qu’un caillet !
Boulèts que le surgcnt ne siosque respounsable ?
Certo ! l'home de l’art pot pas aoujc nat tort,
Éro dempei loung-temps coundamnat à la mort
Âquèste praube gus, e dessigu gran peno
Que digun dins sous cos rétengousso l'haleno,
Tout aco ’s plà bertat, taplà le païsant dits :
Que moussu médecin so l’a passat pous digts;
Qu’au loc de le purga l’a héit uno sannïo,
Ço que dins le moument l’a mes à l’agounïo;
Bous juro, sur l’aunou quc s’ero ’stat purgat,
Le malaou, dessigu, sere plen de santat
E que le mcdecin a hèit uo mebuyo.
Tout aro, dans las dens, boli gaha la luyo,
E me planta sou cap le clouquè de tìiouès ,
Se proubatz aou paisant que jutjo de traouès,
Rebensera cent cops, serious coumo lou Papo,
Le malaou sere biou s’èro pas YEsculapo !
J'admets qu’un médecin, un flambeau de science,
Savant comnie Galien, et muni de patience.
Aille chez les paysans excrcer son mètier ;
II ne lui sert de rien d’être bien prèparè
Si les premiers malades qu’il lui tarde de soigner
Viennentà ne pas guérir, il peut fermer boutique ;
Dans la rèalité il pourra ètre fort adroit,
Aux yeux des campagnards il ne scra qu’un écorclicur !
Vous voulez qu’un mèdecin soit responsable ?
Certos ! l’homme de l'art ne saurait avoir tort,
II était depuis longtemps condamnè à mort
Ce pauvre gueux, et certes il eut ètè difticile
Que quelqu’un dans son corps pût maintenir la vic,
Tout ccla est bien vrai, malgrè tout le pavsan raconte
Que Monsieur le Mèdecin l’a tuè í
(Ju’au lieu dc le purger il a praliquè une saignèc,
Ce qui au méme instant l’a mis à l’agonie ;
Vous jurant sur l'honneur que s’il cût ètè purgé,
Le malade, ccrtainement, serait plein de santè
F.t quc le mèdcciu a commis une bèvue.
Sur l’heure avec mes dents jc consens à attraper la lune
Kt planter sur ma léte le clocher de Bicès
Si vous prouvez au paysan qu’il juge à lort,
Hèpètant cent fois, sèrieux eomme le Pape ;
Que le malade serait en vie sans YEsculape !
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— 38£5 —
Le praoube medecin ès tontjoor critiqnat.
Le bous boli bouta qu’es plan apraticat;
Pronbarèi, saquelà, que tout le ba de pnntos;
Que s’en tiro, plà sonen, de machantos rejuntos;
Qne coumo ’n galerien qne traino le boulet,
Jamès le dechon pas en tinto ni ’n paret :
Sio de nèit, sio de jour, es toutjour en campagno :
Per souégna campagnards caon pas aouge la cagno !
Aco raï, me diratz : ponrbu qne sonn trabail
Le porte rebengut, aco ’s atchi qu’es l’ail !
San doute, mes qne souen l’en hen bese de grisos,
E que de tres cops dus le pagon dan soutisos,
Que soun entas païsants la monnedo de cours;
En de le counsulta, dessigu, sonn pas courts,
En d’expliqna lours maous, les y manquo pas blago,
Mès, forço cops, soun muts quan sagis de la pago;
Se soun redes aou liéyt, proumeton mars e mounts,
Apéi, quan soun garits, bous pagon d’amb* afrounts !
Jou, sabi tont aco, m’en caou leca mès d’uno,
Me manquo pas trabaii é mès héon pas fourtuno !
Me cargui d’ac prouba; mès ès pas le moument
D'ana de but en blanc parla dou pagoment;
Quan aribo soun tour, cado caouso s’expiiqno,
Aro doun, pus qu’y sèn, parien de la pratiquo :
Le pauvre médecin est toujours critiqué.
Je veux vous concéder méme qu’il a une clientèle nombreuse ;
Je prouverai amplement que tout va de travers ;
Et qu’il en retire bien souvent de mauvais résultats.
Et comme un galérien qui traine le boulet,
On ne le laisse jamais en repos :
Soit de nuit, soit de jour, constamment en campagne ;
Pour soigner des campagnards il ne faut pas étre paresseux !
Qu’à cela ne tienne, me direz-vous : pourvu que son tr&vail
Lui rapporte un bénéflce, c’est là qu’est la difficulté ;
Sans doute, bien que souvent on lui en fait voir de grises,
Et que sur trois fois deux on le paie avec des sottises,
C'estchez les paysans la monnaie qui a cours ;
Pour le consuiler, certes, ils ne sont pas embarrassés,
Et pour cxpliquer leurs maux, la blague ne leur fait pas défaut ;
Mais bien souvent ils sontmuets quand il s’agit d’honoraires;
S’ils sont raides au lit, ils promettent merveilles
Puis quand ils sont guéris ils vous paient avec des affronts !
Moi je sais tout cela, il faut que je m’en lèche plus d’une,
II ne me manque pas de travail, et malgré cela je ne fais pas fortune !
Je me charge de le prouver ; mais ce n'est pas le moment
D’aller de but en blanc parler du paiement.
Quand son tour arrivera, chaque chose s’explique,
Maintenant donc, puisque j’y suis, parlons de la pratique :
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— 386 -
Quant un païsant toumbo malaou,
M'emboyo pas querre de suito;
S aimo mes supourta le maou
En de s’espragna la besito ! . . .
Pourtant quan dins soun liéyt, rede coumo ’n souquet,
Rousent coumo 'n carboun, la íìèbre que l’atuco,
Lorsqu’un paysan tombe malade,
11 ne m’envoie pas chercher de suite ;
11 aime mieux supporter le mal
Pour épargner une visite !...
Pourtant lorsque dans son lit raide comme une souche
Brúlant comme un charbon, la fièvre l’assiège
Le teng, le rougagno, l’arruco,
Me caou parti coumo 'n lambret;
Es malaou dempéi sài pas couro,
Taplà me reclamo sur l’houro.
Caou que la santat sio de fer;
Pendent la nèit, dambè la biso,
Plá souen m’hasardi dins l’hiouèr,
En de gagna caouquo soutiso ! . . .
« Moun pay, s’estofo tout à fet,
Moussu ' si bouplét, bous caou bengue !
Cresi qu?a un mos aou ganitèt,
E l’on sab pas coumo s’en prengue;
Sieguètz-me, s’es bosto bountat?
— Ya loung-tems que s’es alieytat?
— J utjatz, moussu ! l’aouto semano :
Houeyt jours a que caoucom l’escano !
Pot pas brico mes panthena. .
Tiro la lengo tant que n’a,
Tout ço qne preng le semblo estoupos,
A pas minjat que dus cops soupos
Entre tout, dempèi jé matin!... »
— N’a bé engoulit dios pleos gaoudos ..
Aro se hé las tournosbaoudos
Tch’acusaran ?. . . le médecin !!!
N’ei bistis dins moun ministèri
Més de cent, que soun debourats
Pes bermous dins le cementèri
Perço quo s’éron trop bourrats;
E més cadun dits tant que gaouzo
Qu’aco ’s jou que ne séou la caousol...
Le tient, le ronge, le fait pelotonner,
II faut que je parte comme un éclair;
II est malade depuis je ne sais combien
[de temps,
Malgré cela il me réclame sur l’heure;
II faut que ma santé soit de fer;
Durant la nuit, avec la bise,
Bien souvent je me hasardo l’hiver
Pour récolter quelque sottiseî. . .
« Mon père s’étoufïe complètement,
Monsieur, s’il vous plaît, il faut venir !
Je croisqu’ilaun morceaudans legosier,
Et l’on ne sait comment s’y prendre;
Suivez-moi si cela est votre bonté?
— Y a-t*il longtemps qu’il est alité?
— Jugez, monsieur, l’autre semaine :
Depuis huit joursquelque chosel’étouffe!
II ne peut presque plus respirer...
II tire la langue tant qu’il en a,
Toutcequ’ilprendlui sembledesétoupes
II n’a mangé que deux fois de la soupe
Pour toutalimentdepuis hier matin !...%
— II en a bien avalé doux plei nes jattes. . .
Maintenant s’il meurt
Qui accusera-t-on?... le médecin !!I
J’en ai vu durant mon ministère
Plus de cent, qui sont dévorés
Par les vers dans le cimetière
Parce qu’ils s’étaient trop bourrés;
Et même chacun dit autant qu’il l’ose
Que c’est moi qui en suis la causel...
Plà souen, m'arribo qu’un païsant II m’arrive bien souvent qu’un paysan
Qu’es entrat en coumbaiescenço Qui est entré en convalescence
M’escouto pas; l’ei dit pourtant : Ne m’écoute pas, je lui ai pourtant dit i
« Moun amic, caou prengue patienço, « Mon ami, il faut prondre patience,
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387 —
Tangos pas espaousa la pèt
Que nou siosques garit afèt :
Si nou, toumbaras en rechuto. . . »
Hé pas nat cas de eqouh counseils;
La mort le gaho pès arteils
E dins la hosso le culbuto!
Més as oeils d’ou prumé maraoutl
Es mort de caouque medecino,
Le m’ei passat per l'estamino :
Aco 's jou que séou le nigaout. . .
E sele proubatz quo se troumpo
Boueyti la mar d’un cop de poumpo !
Digun se pot pas fìgura
Les afrounts que caou endura :
Quan la sasoun es arribado
De baccina les maynatjous,
Las mays bous hèn milo questious;
Bolen la baccino triado;
Dison : « Moussu, sètz prebengut :
Boutaratz pas à moun maynatge
Picoto d'ou prumé bengut?
Bous jogui que dins le bilatgé,
Y a pas digun de mes gamat,
Qu'aoujo le cos més estamat,
Que tchi bous teng aquet lengatge !
Se l’on demando un pagoment,
Bous respounon, san tour-ni-boto :
« Sétz pagat pou Goubèrncment
Afln de mète la picoto,
Prénguerets argent de dios mas,
Bailli pas re, car me plai pas ! »
Sur aqueste sutjét me cari;
Car dan les desagradoments
Qu’enduri damb’ aqueros gens
Hari un libre coumo 'n armari.
N’aille pas exposer ta peau,
Que tu ne soies complètement guéri :
Si non tu tomberas en rechute... »
11 ne fait pas le moindre cas de mes conseils;
La mort le saisit par ses orteils
Et dans la fosse le culbute !
Alors aux yeux du premier maraud venu !
II est mort de quelque drogue,
Je me le suis passé par l’étamine :
C'est moi qui suis le nigaud . . .
Et si vous lui prouvez qu’il se trompe,
Je vide la mer d’un coup de pompe l . . .
Personne ne peut s’imaginer
Les afïronts qu’il faut endurer :
Quand la saison est arrivée
De vacciner les enfants,
Les mères vous posent mille questions;
Elles veulent du vaccin choisi.
E n d i san t : «Mon sieur , vous êtes pré ven u ,
Vous ne mettrez pas à mon enfant
Du vaccin du premier venu? *
Je vous parie que dans le village
II n’y a personne de plus malade
Q ui ait lecorps plus couvert de cicatrices ,
Que celui qui vous tient ce iangage !
Si l’on demande une rétribution,
Ils répondent sans détour :
Vous êtes payé par le Gouvernement
Pour mettre le vaccin,
Vous prendriez argent des deux mains,
Je ne donne rien, car cela me plait ! »
Sur ce sujet je rae tais,
Car avec les désagréments
Que j’endure de pareilles gens
Je ferai un livre comme une armoire. . .
II assombrit le tableau qu’il vient de nous faire en nous présentant les
ennemis qui menacent encore le triste sort du médecin de campagne. Ce
sont les 7'enoueurS; rhabilleursy rebouteurs (1) qui lui font une redoutable
(1) De tout temps en France et par tout le monde les rebouteurs furent célèbres ;
pendant longtemps ils ont régné en maitres, guérissam malgré la Faculté et se riant
de ses doctes arrêts. Que de fois on a vu un rebouteur guerir en quelques séances
une entorse qui, entre les mains d’unchirurgien, eût duré six mois! Onleurareproché
de ne pas íaire de dignostic, de soigncr par la mobilisation des fractures qu’ils
prenaient pour des entorses ! C’était chose grave, impardonnable, criminelle ! Mais
voici qu'aujourd’hui la science ofïìcielle vient de réhabiliter ces malfaiteurs. Leur
méthode triomphe, et leurs erreurs ont servi la science. Les fracïures, traitées par la
niobilisation, guéiissent mieux et plus vite ; il n’y a plus d'ankylose, plus de raideur,
plus d’atropbie musculaire, et le merabre retrouve dans le mimmum de temps rinté-
griié de ses foncuons.
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concurrence en exploitant habilement la crédulité des paysans. Ce sera le
sujet de son Deuxième Chani . Voici le portrait qu’il fait de Tun d*entre
eux, Le Méniquo dé la Garièro (1) (Dominique de la Garière) :
Le Meniquoun n’es pas nat sot,
Es fort sur las delougaduros;
E quan sagis de coúpaduros,
Le prengatz pas per un palot !
Sans doute quo dins sa pratiquo
Les arribat caouque rebès;
Planis marchâon de traoués
Qu aou jourd’aouèy marchon pas brico
Desempéi que l’an counsultat...
Mès que boulèts, l’home d’estat
Hé toutjour caouquo flascoulado...
Tch’ es aquet que ne hé pas nado ?...
Dominique n’est pas un sot,
II est habile pour les foulures,
Et quand il a’agit de cassures,
Ne le prenez pas pour un maladroit !
Sans nul doute dans sa pratique
11 lui est arrivé quelques déboires;
Beaucoup marchaient de travers
Quiaujourd’hui ne marchent plusdu tout
Depuis qu’ils Tont consulté...
Mais que voulez vous, l’hommede métier
Fait toujours quelque sottise...
Quelest celui qui n’en fait jaraais aucune?
Mais il n’est pas le seul; les malades ont encore recours à YAdoubaire
de la Capero (le Rhabilleur de la Chapelle) (2), dont la réputation est
grande dans toule la région pour son adresse et sa force musculaire.
De touts coustats, las gens y ban
Enta ’n aqueste, a renoumado;
Gn’a qu’y bengon do Mountauban,
D’aoutés de Mountech , de Caousado ,
De Mounyaillard, d 'Asquos surtout,
De Baoumount, anfin de pertout.
Es counegut dins la Gascougno
Coumo l’uché dins soun endret.
Le banton coumo fort adret,
E munit d’uno bouno pougno I
Planis man dit que s’un crestian
Le toumbào debat la man,
Embelat è tort coumo ’n èsso,
Quan s’en tournâo d’entan ét,
Ero sigu d’èste plà dret
Ou calèo que tout petèsso !
De tous les cótés, les gens se rendent
Chez celui-ci, il possède la renommée;
II y en a qui viennent de Montauban ,
D’auti-es de Montech, de Caussade ,
De Montgaillard . d’Asqucs surtout,
De Bcaumont, enfin de partout.
II est connu en Gascogne
Comme l’huissier dans son pays.
On le vante coinme étant fort adroit
Et muni d’une solide poigne I
Beaucoup m’ont affirmè que lorsqu’un
Lui tombait sous la main, [chrétien
Doublé comme une douve et boiteux
[comme une esse,
Lorsqu’il sortait de chez lui
Etait certain d’ètre très droit,
Ou il fallait que tout claque!...
La Broquo (La Broque ), empirique femelle, qui habitait de son vivant
la commune de Faudoas (canton de Beaumont), et qui jouissait au loin
(1) Renoueur qui de son vivant habitait la commune de Faudoas , canton de
Beaumont, où il a longtemps exploité la crédulité des paysans des environs. (note de
l'althlh.)
(2) La petite commune de Lachapellc (canton de Lavit, Tarn-et-Garonne) à l’avan-
tage de posséder un rhabilleur jouissam d’une force herculéenne proverbiale : avis
aux amateurs ! ! ! (note de l’auteuu.)
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— 389 —
d'une réputatîon fabuleuse pour la cure des maladies vermineuses de Ten-
fance, fera l'objet de son Troisième Chant :
La Broco, bous caou hé attentioun,
Es pas uno henno coumuno ! . . .
Jou l’ei bisto en counsultatioun;
E dessigu gn’a plà mes d’uno
D’aqueros que porton capèt,
Qu’an pas belèou ta boun cerbèt f . . •
fìous ac disi san flaterio,
Counei mes d’uno maladio.
Mentissi pas, car jou séou franc :
S'aouetz uno pèrdo de sang.
Se la bermino bous tracasso,
Dins le moument bous ac acasso :
Counei surtout sou maou de dents,
Sur las doulous, sur la couliquo;
Gariscouc mêmo dins le tens
Uno hiilo qu’ero ’stroupiquo...
L’on dits anftn : « Un tal ès mort,
Minjara pas mès pan ni coco :
Le malhurous ! aougouc le tort
D’embouya pas querre ia Broco !... »
La fìroque, il faut prendre garde,
N’est pas une femme ordinaire !. . .
Je l’ai vue en consultation;
Et certes il y en a plus d’une
De celies qui portent chapeaux
Qui n’ont peut-être pas un cerveau si
Je vous lc dis sans flatterie, [solide !
Elle connaît plus d’une maladie.
Je ne mens pas, car je suis franc :
Si vous avez une perte de sang,
Si la vermine vous tracasse,
Sur le champ elle vous en débarrasse :
Elle traite surtout les maux dedents,
Les douleurs, la colique;
Elle guérit mème dans ie temps
Une fille qui était hydropique. . .
L'on dit enfin : « Un tei est mort,
II ne mangera plus ni pain ni gâteau :
Le maiheureux ! il eut le tort
De ne pas envoyer chorcher la Broque !*
II consacrera aux Charlatam , qui, en général, de tout temps, ont exercé
un prestige sans ógal sur les paysans, son Quatrième Chant :
S’ un charlatan beng à Beoumount
Damb’ uno poulido boueture,
S’ es insoulent e qu’aujo frount,
Debito soun oli-d'enduro ! . . .
Coumo ’no bando d’agassats,
Tous les païsants de la Loumagno
De ie bada soun empressats;
En d’aco nat n’a pas ia cagno.
Escouton pas le caperan
Que cado dimeche presico;
Mès quan sagis d'un charlatan
Eris nou s’aouejon pas brico :
Le tort, le garrèl, le boussut,
Le sourd, le qu’a ia bisto flaco
Ou qu’as oeils a la cacaraco,
S’aimaren mes douna ’n escut
Que de croumpa pas uno fiolo.
L’home d’aiilurs es un sabent ! . . .
Es passat per mès d’un’ scolo,
Car s*ero pas qu’un ignourent
Si un charlatan vient à Beaumont
Avec une jolie voiture,
S’ii est insolent et qu’il ait du toupet,
Ii débite son huilc de patience I...
Comme une bande de pies,
Tous les paysans de la Lomagne
De l’écouter sont empressés;
Pour cela pas un n’est paresseux.
Ils n’écoutent pas le curé
Qui prèche tous les dimanches;
Mais quand il s’agit d'un charlatan
Ils ne s’ennuient pas du tout :
Le boiteux, le pied-bot, le bossu,
Le sourd, celui qui a la vue courte
Ou qui a la cataracte aux yeux,
Aimeraicnt mieux donner un ócu
Plutòt que de ne pas acheter une fiole.
L’homme d’ailleurs est un savant!. .
II est passé par plus d'une école,
Car s’il n’était qu’un ignorant
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— 390 —
Ou caouque surgent de bricolo, Ou quelque médecin de bricole,
Nou seré pas tant insoulent. II ne serait pas si insolent.
De talo sorto sorto que s’y buton, De telle sorte qu’ils s’y pressent,
S’y picagnon e s’y disputon : Se tracassent et se disputent :
Le Joan, le Jordi, le Guiraoud, Jean, Goorges et Guiraud,
Qu’an pas que dex sòs dins l’argaoud, Qui n’ont que dix sous dans leur veste
Qu’eron en de croumpa sardinos, Destinés à acheter des sardines,
Pebe, saboun, oli, rousinos, Du poivre, dusel, de l’huile, des chan-
[delles de rèsine,
Se curon biste le faousèt Vident prestement leur petite poche
E sè dehen de la mounedo, Et se débarrassent de la monnaie;
Car toutis bolon un paquet Car tous veulent un paquet
D’uno poudro coulou de gredo, D’une poudre couleur de craie
Que tiro bermous de las dents . . Qui extirpe les vers des dents...
Croumpon, tnbé, platous, engouents. Ils achètent aussi des emplàti*es, des
E lou cor de joyo debordo Et leur cceur dóborde de joie [onguents,
Quan se retiron à la bordo; Quand ils se retirent à la métairie;
Car s’emporton tout ço que caou Car ils emportent tout ce qu’il faut
En de gari de tout maou ! .. Pour se guérir de tout mal...
Plà souen (naou cops sur dex) aquets remedis troumpon,
Et les paisants garisson pas;
Reston pas de ne hé grand cas,
E quan tourno passa, le charlatan, ne croumpon.
— Aco raï, me diratz, le remedi milloun
Rèussis pas touîjour, es praquèro rasoun
Que s’a pas héit efét ne tournon croumpa d’aoute;
Le maou sera tillous, ou calera que saoute
Certo b’es plà bertat ! harei pas dou testut :
Mès qu’ignouratz, béléou, qu’a mes d’uno bertut
Ço que le charlatan bous a tirat en bento;
Se garis pas le raaou, per sigu bou l’aougmento I
Sous remedis, toutjour, prouduison un efèt :
Gens qu’ac an esproubàt, ne noumari ’n troupèt :
Un tal qu’ero entenercl, es sourd coumo ’no palo I
Bien souvent (neuf fois sur dix) ces remêdes trompent,
Et les paysans ne guérissent pas;
Ils n’en persistent pas moins à en faire grand cas,
Et lorsquc le charlatan revient ils en acliêtent cncore,
— (Ju’à cela ne tienne, me direz-vous, le meilleur remède
Ne réussit pas toujours, c’est pour cette raison
(Jue s’il n’a pas fait de rcíîet ils en aehètent d’autre ;
Le mal sera enraciné. il faudra qu’il décampe !
Cerles ccla est bien vrai ! je nc ferai pas le tétu :
Mais vous ignorez peut-étre qu’il a plus d’une vertu
(> que le charlatan vous passe en vente
S’il ne guérit pas le mal pour sur il vous l’augmente !
Ses rcmêdes toujours produisent un eífet ;
Je nonimerai nombre dc gens qui I’ont éprouvé :
Uu tel qui avait l’ouïc dure est coinplêtement sourd
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Aquest' es degaouchit que semblo 'no bibalo,
Dempeí que s’es fretat damb’ un certen engouent !
Un aoutè qu’ero sub és abugle aou présent...
Car s*a laouat les oeils d’aigo d’uno ftouleto,
Remodi sanpareil!. . . l’a crebat la ninetto ’ . . .
O b’aci, be gn'a dus quan gagnat le proucès,
Eron pas qu’un paouc torts, aro marchon pas més !
Feniri pas d’engouan se bouléi persiégue ..
Tch’ aujo pas escoutat, tant pis per ét, se négue;
M’aboundo pas de re de m’ana mascagna;
Le païsant es testut, se décho pas gagna;
En de le coumberti me senti pas la scienço;
Toutjour les charlatans aouran be sa couufionço;
Toutjour seran sigus, dambó certènos gens,
De debita paquets, poudros, platous, engouents !...
Celui-là qui est niveié ressemble à un ràteau,
Depuis qu’il s'est frictionné avec un certain onguent !
Un autre qui était myope est aveugle aujourd’hui,
Car il s’est lavé Jes yeux avec l’eau d’une petite ftole,
Remède sans pareil !... Elle lui a crevé Ja pupiJle de l’ceil.
Par ici j’en connais deux qui ont gagné leur procès,
IJs n'étaientqu’un peuboiteux, maintenant ils ne marchent plus.
Je ne ftnirai pas cette année si je voulais poursuivre,
Que celui qui ne m’a pas écouté, tant pis pour lui, qu’il se noie ;
Je n'ai pas d’intérét à aJler me fatiguer ;
Le paysan est tétu, il ne se laisse pas pénétrer ;
Et pour le convertir je ne possède pas Ja science ;
Les cbarJatans auront toujours sa couftance ;
Ils seront toujours sûrs, avec certaines gens,
De débiter paquets, poudres, emplâtres, ouguents.
II commence son Cinquième et dernier Chant par esquisser, sans s’y
arrèter longuement, le rôle des sorciers (1) et des devins qui exploitent dans
(1) La foi ne fait plus de miracles ; mais la nature crce dcs accidents qui ne sont
autre chose aue les anciens miracles que la foi expliquait. II existe dans nos campa-
gnes autant de sorciers que jadis et autant de possédées. En d'autres temps, on les
brúlait, mais à notre époque on ne va plus devant l’ofïicial et les pratiques du yieil
exorcisme sont abolies. Contre l’envouteur. il n’y a plus de búcher. Autrefois la
possédée était amenée à l’église ; on I’étendait sur l*es dalles, le clergé prononçait les
paroles du rituel et abjurait Satan de s’échapper du corps. Les prières et I’eau bénite
avaient parfois raison du malin, mais au milieu de quelles crises et de qnelles
convulsions ? Tout ceJa est bien loin de nous, car de nos jours on commence â avoir
recours au savant qui joue avec plus ou moins de succès le ròle d’exorciseur. II a été
long à s’y préter. La science offlcielle a abandonnó à de hardis pionniers qu’elle affec-
taitde traiter en charlatans le soin de Ini tracer sa route. Un Nesmcr préparait Jes
voies d’un Charcot. Les magnétiseurs, si lourderaent conspués. ont étéles iniliateurs
des mandarins de la Médecine. Tout ce que rcniait avec une superbe puérihté le
dogme scientiftque est aujourd’hui entré dans le dotnaine des faits. Nous sommcs
aujourd’hui loin de ce rapport de 1784 aux Acadèmies des Sciences et de Médecine
nrésentè par des horumes comme Franhlin , Railly , Lanoisior . qui n’ayant dans le
Magnétisme rien vu ni rien compris, le traitaient d’imposture.
II n’est pas, en outre, un médeciu de campagne qui n’ait observé la dévotion des
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une large mesure la crédulité des paysans. II trouverait certes sur ce sujet
ample matière à développement; ii se contente d’expliquer comment les
faibles desprit procèdent lorsqu'ils se croient ensorcelés :
S’en ba, dins aquet cas, trouba le débinaire,
Que le dits le mouyèn d’acassa les sourciés,
En tout le hé parla dambe sous daouanciés
Morts dempèi très cents ans ! Mès ma Muso nou gaouzo I
Yhè, perque saqueiaf Ne baou dise la caouzo :
Me pouyri bé muni d'un aigo-segnadé,
Qu’es countro aqueros gens un fort boun leouadé;
Més un machant regard, uno simplo guignado,
Certo, soun lèou lançats maugré L’aigo-segnado !
Sabi que dessigu sere ço de mès bét
De counda tout aco, més, malopéou, la pèt
Toco, coumo Ton dits, pla més que la camiso;
Sabetz bé qu'es pas fat l’homo que se maouftso,
Mafoué, s’en parli pas es per bouno rasoun,
Car s’eri ensourcierat jou s’èri ;n poulit mèrle í
II s’en va, dans ce cas, trouver le devin,
Qui lui donne le moyen de chasser les sorciers
En le faisant parler avec ses devanciers
Morts depuis 300 ans ! Mais ma Muse n'ose pas !
Et pourquoi malgré tout ? Je vais en donner ia raison
Je pourrais certes me munir d’un béuitier
Qui est contre ces gens un excellent préservatif ;
Mais un mauvais regard, un simple clignement,
Certes, sont vite lancés malgré l’eau bénitc !
Je sais que certainement ce serait très iutéressant
De conter tout cela, mais ventrebleu, la peau
Touche, comme l’on dit, bien plus que la chemise ;
Vous savez bien que l’homme qui se méfle n’est pas fat.
Ma foi, si je n’en parle pas, j’ai de bonnes raisons.
Car si j’étais ensorcellé je serai un joli merle !
paysans et même des citadins pour les saints guérisseurs. Cette nomenclature doit
varier évidemment pour chaque langue, mais elle peut se piquer d’un réalisme pri-
mitií qui n’est pas sans charme.
Maioort , dans son ouvrage Scionco ot Religion , écrit page 183 :
L’imagination populaire. par un procèdé ânalogue à celui de l’Eglise, a créé à
l’aide de simples connaissances toute une catégorie de saints guérisseurs à usage
domestique :
Saint Genou , pour le mal de genou ; Saint Marcoul , pour le mal de oou ; Saint
Mains , pour le mal de mains ; Saint Agnan , pour la teigne ; Saint Languour , pour
)a maladie de langueur; Saint Cloud, pour les furoncles ; Saint Bondon, pour
l'embonpoint; Saint Ladro , pour la ladrerie ; Saint Mamard, pour les maladie* des
mamelles ; Saint Rcné, pour les reins ; Saint Fort, pour fortifier les membres ;
Saint Clair, pour éclairer la vue ; Saint Criard, pour empécher les enfants de crier,
et Saint tìoudard , pour empécher ïes enfants de bouder.
Tous ces saints, ajoute Malvert, ont eu encoro des ftdèles selon Ies localités. Mais
on se demande comiuent oette nomenclature euphonique peut ctre appliquée dans
les pays catholiques ou on parle angiais ou allemand.
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M’aimari tnés cent cope des dns oeils este gnerle.
Sonrciès e debinurs se demoren onn soun.
J’aimerai cent íois mieux loucher des deux yeux ;
Que les sorciers et devius restent donc où ils sont,
Certes, le médecin peut se défendre, lutter par son travail, son habileté
professionnelle, contre lous ces ennemis qui vicnnent l’assiéger dans l’exer-
cice de son art; mais n'est-il pas de toute justice qu’il retire de ces endu-
rances un profit suffisant pour vivre honorablement et élever sa famillef
Laissons au Poète ie soin de nous éclairer sur ce point :
Le moument és bengut de dise ço qne gagno
Le praoub’ home de l’art qu’habito la campagno :
Dison qu’es en escriout sou garroun d’un lapin :
Qui peri cn coumença gagnara sur la fin.
Le reproubé mentis aoumens en medecino;
Es faous coumo ’n jitoun, baou pas uno sardino !. . .
En de que siosque just, le caou bira aou rebès,
Perço qu’un medecin és pas hurous jamès ! . . .
Per tant que sio balent, que trime la galéro,
Se biou dan les païsants crebara de misèro
S’a pas que soun estat per se tira d'afas :
Gna mès de bint-e cinq que soun dins aquet cas,
Que désempéi cap d’an jusquos à sent Stjloestre,
Rampon coumo ’n bailet qu’es debat l’oeil d’ou mestre,
Que bouton pas jamès un ardit à i’espragn,
E que menon toutjour uno bito de cagn 1 . . .
Quan le paisant emplégo le noutari,
Le caperan ou le beterinari,
Le moment est venu d*examiner ce que gagne
Le pauvre homme de Tart qui exerce à la campagne ;
On dit que cela est écrit sur le jarret d’un lapin :
Qui perd en débutant. gagnera vers la fln.
Le proverbe est mensonger au moins en médecine ;
II cst faux comme un jeton, il ne vaut pas une sardine !
Pour qu'il fut vrai il faudrait le tourner à Tenvers
Parce qu’un médecin n’estjamais heureux!...
Pour si vaillant qu’il soit, qu’il trime la galère ;
b’il vit chez les paysans, il mourra de misòre
S’il n’a que son état pour se sortir d’aífaire :
II y en a plus de vingt cinq qui sont dans ce cas,
Qui depuis le bout de l’an jusqu’à la saint Sylvestre
Rampent commc un valet qui est sous l’oeil du maitre
Ne mettant jamais un liard de côté,
Et menant toujours une vie de chien.
Lorsque le paysau emploie le notaire,
Le prétre ou le vétérinaire,
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Noa manquo pas aoumens quan beng l’estiou
De lour paga tout ço que lour y diou;
Taplà, se caou, pago TApouticaire ,
Le Charlatan e surtout TAdoubaire,
Faoute d’argent, bendere soun capét;
Le Médecin que l’a saoubat la pet
De soun coustat atend sa recoumponso;
— Coumo sedits, l'on biou pas de la scienço, —
Espèro doun qu’au mens un cop per an,
Qui l’a emplegat Tanguira touca man,
E, saquela sa rasoun est fort bouno,
L'es plà diouut : mès, ichioulo Bayoano !
Quan n’a besougn, le paisant és pas court,
Le manquo pas caquet ni boumiarïo,
Es dessigu fort souble de l’esquio;
Mès quan s’agis dou pagoment, és sourd ! . . .
Se le disètz : Coure reglan le counde f
Sabes que m’as un paouc d’oubligatiounf »
Bous dits : « Moussu, bejats ma pousitiouu,
Sèou malhurous que gn’a pas dins le mounde \ . .
Bous calere, s'aco ’s bosto bountat,
Atend* aoumens que Sent Jouan sio passat;
Coumo sabétz, le granatge ès fort care;
Bous pagaréi, dessigu, quan me pare . . . >
II ne manque jamais, au moins lorsque vient l’été,
De leur payer tout ce qui leur est dû ;
Méme, s’il faut. il paie l’apothicaire,
Le charlatan et surtoutle renoueur,
A défaut d’argent il vendrait son chapeau ;
Le médecin qui lui a sauvé la vie
Attend de son cóté la récompense.
— Comme on dit, on ne vit pas de science, —
11 espère donc qu’au moins une fois par an
Celui qui l’a employé ira lui toucher la main,
Et certes sa prétention est bien légitime,
Cela lui est bien dû : mais siffle Bayonue !. . .
Quand il en a besoin, le paysan n’est pas embarrassé
11 ne lui manque ni caquet, ni obséquiosité,
Ayant certes l’échine très souple,
Mais lorsqu’d s’agit de paiement, il est sourd !
Si vous lui dites : « quand réglons-nous notre compte
Tu sais que tu m’as un peu d’obligation ? »>
II répoud : « Monsieur, voyez ma position,
Je suis malheureux comme il n’y en a pas au monde!
11 íaudrait, si cela était votre bonté,
Attendre au moins que la saint Jean soit passée ;
Comme vous le savez, le grain est fort cher ;
Je vous paierai, pour sùr, quand je pourrai... »
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Botinos rasous, me donno tant e més . . .
Més de paga, le paro pas jamès î . . .
Toutis soun pas ataou, gna que soun rasounables,
E quan bengon paga, dessigu soun aimables :
Arribon un boun jour, d'un cop quan estiouat,
Damb* un poulit present : sera un lapin priouat,
Un pareii de pijous magrés coumo ’sarcélos,
Un panè de guindouls, ou d’aoutos bagatèlos,
Caousos que balon pas aou just que dex ardits 1
Se creson damb’ aco plâ mes de mieygis quits. . .
Bous diouon trento francs, ne baillon pas que doutze U . .
Entendon, cependent, que le counde se croutze. . .
Digatz-le aou campagnard : Moun amic, gna pas prou 1 . . .
Ne dounera pas mès, rapourtaz-bous à jou;
Quoique de pèrdetant ac troubetz fort esquèrre,
Se le tenguetz pas quit, bous tournara pas quérre ! . . .
Se jamès, per hasard, et faouto d’atentioun,
Boutatz le pagoment à sa dispousitioun,
Se le disetz anfìn : « Parlen pas de bisito :
Dioues pas ignora que t’ei saoubat la bito '. . .
Jou counegui praprou ta generousitat,
Ensi per me paga, sés pas brico coutat,
E me podes bailla suibant ta counechenço,
Tu sabès à puprès tout ço que més diouutf •
Excellentes raisons, il m’en donne tant et plus,..
Mais pour paver, il n'en a jamais l’occasion !...
Tous ne se ressembìent pas il y en a de raisonnabîes
Et quand ils riennent payer, iìs sont certes aimables,
IIs arrivent un bon jour, après la moisson,
Avec un joli présent : ce sera un lapin privé,
Une paire de pigeons maigres comme des sarcelles,
Un panier de cerises ou d’autres bagatelles,
Choses qui ne valent au juste que dixliards !...
lls se croyent avec cela plus de la moitié quittes.
Ils vous doivent 30 fr., ils ne vous eu donnent que 12 !. . .
Exigeant, malgré cela, que lecompte soitbiffé...
Dites au campagnard : inon arai, il n*v en a pas assez!. . .
II n'en donnera pas davantage, rapportez-vous-en â moi ;
Quoique de perdre autant vous le trouviez très fàcheux,
Si vous ne le ienez pas quitte il ne vous euverra plus chercher !..
Si jamais, par hasard et faute d’attention,
Vousmettez le paiementà sa dispositiou,
Si eníin vous lui dites : « Ne parlons pas de visites :
Tu ne dois pas ignorer que je t’ai sauvé la vie !. . .
Et je connais assez ta générositè,
Ainsi, pour me payer, si tu n’es pas gênè,
Tu peux me donner suivant ta convenance,
Sachaut toi-méme à peu près ce qui m’est dú ? »
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Pardi ! soratz countent d’aquero recoumpenso;
Coundatz sur un louidor, bous dounara ’n escut !
En tout dise : « Moussu, jou séou pas nat abare,
Digats se gn’a pas prou? me sera pas amare;
Sóou fort countent de bous, car m’aouótz plà garit !
Se caou bint sos de més, tiets-les, et tout sio dit. . .
L’home que me serbis és plà juste que gagne;
Boli pas que digun de jou se pousque plagne' . . . *
D’un cop que l’a boutat un escut dins la man,
Le païsant dits : Bounjour, countent coumo ’n pinsan,
Tandis que le surgent, en tout le bese sorte,
Le dits à ladarré : « Que ie diable t’emporte I. . . »
Do sas plentos, hélas ! le dómoun hé pas cas;
Quan le s’empourtaré le louidor tourno pas. . .
En fét d’ou pagoment, baou, per fini ma théso,
Aou lectou, moun amic, parla per hypoutèso :
Disi qu’un médecin que tout Lan a trimat,
Quan deceme fenis ès praube coumo ’n rat. . .
Sur soun libre, en escriout, besitos gn’a prapoussos,
Bouten doun qu’aujo héit ]>er cent louidors de coussos,
Se toco milo francs, ac baou dise à Paris ! . . .
D’un cop que n’a tirat les praoubes, les besis,
Les amics, les parents, qu’ik fourçat à coumplase,
E que le dounon pas suloment un bietd’aze,
Pardieu ! vous serez content de cette rócompense ;
Vous espériez un louis, il vous donnera un écu !
En disant : « Monsieur, je ne suis pas un avare,
Dites-moi s’il y en a assez ? cela ne me sera pas pénible,
Je suis fort content de vous, car vous m’avez bien guéri !
S’il faut vingt sols de plus, les voilà, que tout soit dit.
II est bien juste que l‘homme qui me sert gagne sa vie ;
Je ne veux que personne puisse se plaindre de moi !. . . »
Une fois qu’il a mis un écu dans sa main,
Le paysan ini dit : bonjour, content comme un pinson,
Tandis que le médecin, en le voyant sortir,
Lui dit en l’accorapagnant : « que le diable t’emporte »
De ses plaintes, Uélas ! le démon ne fait pas cas,
Quand il rempcrterait le louis ne revient pas...
Concernant le paiement, je vais, pour terminer ma thòse,
Au lecteur, mon ami, parler par hypothèse :
Je dis qu’un médecin qui tout l’an a trimê,
Quand décembre fìnit est pauvre comme un rat.
Sur son livre. en écrit, il y a assez de visites.
Je mets qu’il ait fait pour cent louis de courses,
S’il touche mille francs, je vais le dire à Paris ! . . .
Une fois qu’il a retiré les pauvres, les voisins,
Les amis, les parents, qu’il est forcé à complaire,
Et qui ne lui donnent pas seulement un merci,
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— 39 1 —
Le8 qu’en de le paga soun toutjour sours e muts,
Le besi fort hurous se toco cent escuts ! . . .
Tandis que dins le tens qu*ero dins las escolos,
Despensào cad’ an le mens dus cents pistolos. . .
Les qu'aprengon l’estat poden èste sigus,
Que de gari las gens ès un mestié de gus ! . . .
Ceux qui pour le payer sont toujours sourds et muets
Je Testime fort heureux s’il touche cent écus !
Tandis que dans le temps qu’il fréquentait les écoles
11 dépensait par an au moins deux cents pistoles i
Ceux qui apprennent cet état peuvent étre certains
Que de guérir les gens est un métier de gueux !...
II termine sa tirade par le quatrain suivant :
Disit finaloment, en fèt d'ou medecin :
Malhuroas aou debut, malhurous à la fin ! . . .
Tch’ exerce en tas païsants aquet estat aimable,
Embouyara cent cops las lancetos aou diable 1 1 !
Je dis, pour terminer, en ce qui conceme le médecin :
Qu’il est malheureux au début et malheureux à la fin !
Celui qui, chez le paysan, exercera cet aimable état,
Enverra cent fois les lancettes au diable !
Sa verve toute gasconne s’exercera sur les sujets les plus variés; parmi
les poèmes, nous trouvons :
Henric IV et Floureto, charmant épisode de Thistoire de Nérac au
xvi# siècle, ayant trait aux amours du Vert-Galant avec Fleurette% jeune et
jolie jardinière du château.
Le Docteur Rataplam poème fantasmagorique en français.
Mariouneto la Dounzelo% poème en quatre paouzos.
Preso miraculouso d’un ours per la bertut dou chloroformo , poème
drolatique en trois chants.
Maître de sa langue, il i’assouplit pour peindre les sentiments divers qu’i.
veut exprimer, et les cordes de sa lyre reproduisent avec la mème aisance
la gaielé et la tristesse, le rire et les larmes.
A travers les sinuosités et les caprices de sa fantaisie, répandus sur les
69 pièces françaises ou patoises composant son recueil, il poursuit sa route
avec méthode, et ses bardiesses sont même réglées. Son imagination, guidée
par le souci d'observation précise, ne s’écarte pas de Torbite qu'elle s’es
tracé et son verbe coloré se plaît à la peinture des sujets qui lui sont chers.
VAlouette , fille du jour, ce ravissant petit oiseau qui a óté chanté par
tous nos poètes, n'échappera pas à son admiration et sera à son tour l’objett
de sa soliicitude. Laissons-lui la parole ;
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— 398 —
L’hiouèr és arribat, le courbas se passejo;
Besi dins un segas le pinsan qu aiatejo :
Bouleri plà sabé quin es aquet aouzèt
Que ba decatz aou cèou tout dret coumo ’n courdèt ?
Mounto toutjour, toutjour, e mounto encaro;
Quo disi jou, le besi que debaro;
Mès me troumpi, dejà tourno mounta I . .
Mounto pas mès, debaro en tout canta ?
L’hiver est arrivé, le corbeau se promène ;
Je vois dans une haie le pinson secouer ses ailes ;
Je voudrais bien savoir quel est cet oiseau
Qui s’élève vers le ciel droit comme un cordeau !
II monte toujours, toujours, il monte encore ;
Que dis-je, je le vois qui descend ;
Mais je me trompe, il remonte déjà ! . . .
11 ne monte plus, il dcscend en chantant?
• Bengui cad’an apèi l’autouno,
Dan la griouo ma coutnpagnouno ;
Tengui pas nat tort à digun,
Sounco m’amasse caouque grun ;
< Anfln jou sèou la Laouzeto
Que canti tiro lircto ;
E piou-piou , tiro lira
Tii'o-liro larira;
» Jou desplègui moun alo,
E mounti sans escalo
Dan le fred è la nèou,
Decatz aou Diou d’ou cèou.
c Malhurt quan, dins l’aire,
Cruèl aouzelaire
M'entendes pioula ! . . .
Prount à m’ichioula,
M’as léou trahido,
Per jou, stourdido,
Pouent de pardoun ! . . .
Dins toun sedoun,
Arribado,
Sèou penjado t . . .
L’aire biou
Qu’en abriou
Se biro,
Me tiro
L'estiou.
D’aciou :
Tiro
« Je viens tous les an3 après l’automne
Avec la grive ma compagne ;
Je ne porte préjudice à personne
Si ce n’est à ramasser quelque grain ;
< Enfln, je suis l’Alouette
Qui chante tiro lireto ;
E piou-piody tiro lira ,
Tiro-liro-larira .
« En déployant mon aile,
Je monte sans échelle
Dans le froid et la neige
Vers le Dieu du ciel.
« Malheur t quand, dans les airs,
Cruel oiseleur,
Tu m’entends crier I . . .
Prompt à me siffler,
Tu m’as bientôt trahie !. . .
Quant à moi, étourdie,
Point de pardon I . . .
Dans ton piège,
Attirée,
Je suis pendue ’...
L’air vif
Qui en avril
So lève,
Me ramène
L’été.
De là-bas :
Tiro
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Liro
Piou
Piou '!!
— 399 -
Líro
Piou
Piou !!!
Avec quelle grâce naturelle le poète donne toute sa tendresse de pin-
ceau au Parpaillol (le Papillon) (1). II suit dans les air le léger et sémil-
lant insecte qui voltige dans la brise embaumée, allant de fleur en fleur se
plonger dans les délices de l’amour :
Poulit parpailloulett. . . tu que dins la gareno
Baranejos cado maitin,
Pendent que le soureil, dambe sa caoud’haleno,
Seco tas alos de satiu;
Tu que poumpos le tchuc de la roso flourido,
Tu qu’aimos à leca las plous
Dou brioulé, de l’uillet è de la margarido,
Parpaîlloulet, besès hurous I
Sès toutjour adourat dambe toun incoustenço :
Quan coumenços d’alateja,
Diren que milo flous se moron d’impatienço
Que las angos poutouneja !
De plasés en plasés tu passos ta journado;
Le tens e las houros s’en ban,
E coutchat dins le seng de la mès préfèrado,
Te léouos pas que l’éndouman. . .
Joli papilJon ! toi qui dans la garenne
Scintilles chaque matin,
Pendant que le soleil, de sa chaude haleine
Sèche tes ailes de saîin ;
Toi qui exprimes le suc de Ja rose en fleurs.
Tu aimes à lécher les pleurs
De la giroflée, de l’ceillet, de la raarguerite,
Papillon, que tu es donc heureux !
Tu es toujours adoré malgré ton inconstance :
Quand tu commence à secouer tes ailes,
On dirait que mille fleurs se meurent d'impatience
Quc tu ailles les embrasser avec amour !
De plaisirs en plaisirs tu passe ta journée ;
Le temps et les heures s'écoulent,
Et couché sur le sein de la préférée
Tu ne te lèves que le lendemain. . .
(1) Insecte à qualre ailes couvertes d’ccailles flnes comrne la poussière*
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— 40Ò -
Quan le jour es tournat, tén bas, ooumo la béillo,
Boultija dins l’airo embaoumat,
E t’apaousos apéi en de tchuca la houéillo
Que la rousadoa períumat.
Galant predestinat, tous jours bé soun hurousis ! . . .
Sés aimat jusquos à la mort;
E quantis gn’a, moun Diou ! parmi les amourousis
Que bouleren aouge toun sort. . .
Mès, dambe toun bounhur, l'esclat de toun estelo,
Pla souen passo coumo ’n soupir;
Se toumbos dins la man d’ou pastre que te eelo,
Te caou mouri coumo ’n martir ! . . .
Malhur tabéi malhur! se rancountros l’hiroundo
Qu’és en cérco per sous pelits;
Tu que sés inouoent, t’arrucos; mes qu’aboundo,
Sès pres. . . tous jours soun escantits !. . .
As pas hèit re, pourtant . . tas journados se passon
Dins les délicis de l’amour;
Mès la machanto man e l’aouzèt que t’acasson
Mouriran quan bengo lour tour !
Souhéti, parpailloulet, que Diou garde ta bíto,
De talo sorto que tous jours,
Quand le jour est revenu, tu vas, comme la veille
Voltiger dans l'air embaumé,
Tu te reposes ensuite pour aspirer à longs traits la feuïlle.
Que la rosée a parfumé.
Galant prédestiné, que tes jours sont heureux !
Tu es aimé jusqu’à la mort ;
Combien y en a-t-il, mon Dieu, parmi les amoureux
Qui voudraient avoir ton sort...
Mais avec ton bonheur, l’éclat de ton étoile
Bien souvent passe comme un soupir ;
Si tu tombes entre les mains du pàtre qui te capture
II te faut mourir comme un martyr !. ..
Malheur aussi ! malhcur ! si tu rencontre l’hirondelle
En quéte pour ses petits ;
Toi qui es innocent, tu te pelotonnes; à quoi cela sert-il,
Si tu es pris. . . tes jours sont éteints !...
Tu n’asrien fait, pourtant... tes journées se passent
Dans les délices de l'amour ;
Mais la main maudite et l’oiseau qui te pourchasse
Mourront quand viendra leur tour.
Je souhaite, papillon, que Dieu préscrve ta vie,
De telle sorte que tes jours,
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— 401
A Tabric de Paouzét e de la man maoudito,
Coulen doucis coumo belours . . .
Més, anfin, de toun oeil, se le pepet se cliico,
S'en hiouèr le fret e le tor
S'abison de seca toun alo temeruco,
Jou desiri de tout moun cor,
Que quan dou mes de mai la sasoun sio tournado,
Cad’ an tournes rebíscoula,
E que, soun poulit frount de la roso embaoumado
Cado maitin tournes boula. . .
A rabri de i'oiseau et de la main maudite,
Coulent doux comme Ie velours...
Mais, enfin, si la paupière de ton oeil s’éteint,
Si en hiver, le froid et la glace
S'avisent de sécher tes ailes fragiles,
Je désire de tout mon coeur,
Que lorsque du mois de mai la saison sera revenue,
Chaqne année tu puisses renaitre,
Et que sur le joli front de la rose embaumée,
Tu retourne voler chaque matin...
Elles sont encore bien curieuses et intéressantes les strophes qu’il consa-
crera à la Piouse (la Puce), ce petit insecte, 1 un des multiples fìéaux qui
accablent notre pauvre humanité. 11 ne fatiguera pas les dieux, comme le
bon Lajontaine dans sa fable de VHomme et la Puce , pour qu’ils lui
prêtent leur foudre et leur massue pour exterminer cetle engeance. C’est là
son moindre souci. Le poète, en homme qui possède à fonds son sujet, nous
la présente d’un trait avec une ressemblance parfaite. Rien n’échappe à son
oeil scrutateur, car il possède tous les secrets sur les moeurs et les instincts
malfaisants du parasite qui Poccupe. Tout cela est détaillé d’abondance,
dominé par le souci exclusif de l’exactitude qui provoque le sourire.
Jugez-en :
Negro coumo le grilloun,
Séou mendro qu'un mouscailloun;
Mas camos semblon escassos,
Saouti coumo las agassos;
Sembli ’n pourquet à l’engrech;
Bioui pas que de boun gréch;
Damb’ aco, brico poupino
Toutjour trosso coumo ’n claou;
Jamés senti pas nat maou,
Quoique sio plà magrestino.
Noire comme le grillon,
Je suis moindre qu’un moucheron;
Mes jambes ressemblent à des échasses,
Je saute comme les pies;
Je ressemble à un petitcochon à l’engrais;
Je ne vis que bonne graisse;
Avec cela nullement grasse,
Toujours sèche comme un clou;
Je ne ressens jamais aucun mal;
Quoique je sois bien maigre.
(1) Genres d'insectes de i’ordre des aphaniptèrca.
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— 402 -
Jou coumenci de guimba
Quan la frescuro s’en ba :
Pendent l’hiouér me repaouzi,
Se torro, pica nou gaouzi,
Dan les gioures e le gìas
La piouze bouyatjo pas . . .
Dins le dubet d’uno courno
M’entuti coumo ’n huret,
Aqui me trufì d’ou fret
Jusquo que la ealou tourno.
Més qu’an arribo l’ostiou,
Tourni sorte de moun niou;
Quino joyo» quin deliri t
Quinos bentrados m’en tiri ! t
Dempéi les pés jusqu’aou naz,
Moussegui tout haout e bas;
Dessigu, séou pas geinado;
Dambe moun tros de hissoun,
Quan madamo aoura plà soun,
Jou la tengui rebeillado. . .
Gréch de damo me coubcng,
Car ami le boun pasteng;
Brico gouludo ni grando,
Que boulèts, jou séou gourmando !
Cependent y a des mouraents
Qu’aimi de cambia de gens :
Dèchi la doumayzeleto,
Quiti lous poulits houstaous,
E m’en baou à petits saouts
Enta la mèstre-bailcto.
Aqui souen pendent la néit
Trobi Ja simèc aou liéyt;
De sorte que sen besïos,
Més sén pas brico cousïos :
Nat degré de parentat
A pas jamés existat ;
Car la sîmèc és pudento,
Couneguez bé soun aoudou ?
Poudétz pas crese que jou
La boli pas per parento .
Forço cops passi mous jours
Sur un courset de belours,
Ou sur uno pelerino;
M’en baou, dou cor sur l’esquino,
Me passeji ensus, enbat,
Passi de i’aoute coustat.
Je commence à sauter
Dès que le froid disparait :
Durant l’hiver je me repose,
S’il gèle, je n’ose piquer,
Avec le givre et la glace
La puce ne voyage pas. .
Dans le duvet d*un lit de plumes
Je rae terre comme un furet,
Là je me moque du froid
Jusqu’à ce que ia chaieur revienne.
Sitôt qu’arrive l’été
Je sors de mon nid;
Quelie joie, quel déiire !
Quels bons repas je me procure !!!
Depuis les pieds jusques au nez,
Je mords tout du haut en bas;
Certes, je ne suis pas gènée;
Avec mon morceau de dai'd,
Quand Madame aura bien sommeil,
Je la tiens réveillée. . .
Graisse de damc me convient,
Car j’aime ia bonne nourriture;
Point grande ni gouiue,
Que voulez-vous, je suis gourmande !
Cependant ii y a des moments
Où j’aime à changer de gens :
Je laisse la demoiseile,
J'abandonne lcs jolies maisons
Et m’en vais à petits sauts
Yers la bordière.
Là souvent pendant la nuit
Je rencontre la punaise au lit;
De sorte que nous sommes voisines,
Mais nous ne sommes pas cousinos,
Nul degré de parenté
N'a jamais existé;
Car ia punaise est puante,
Vous connaissez certes son odeur?
Et vous pouvez croireque quant à moi
Je ne la veux pas pour parente.
Bien des fois je passe mes jours
Sur un corset de velours,
Ou sur une pèlerine;
Je m’en vais du cou sur l’échine.
Me promenant du haut en bas
Je passe de i'autre côté,
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Hugi la man que m’acasso;
Sadoureto jusqu’aou cot,
Saouti coumo le crabot,
En atendent le tens passo.
Taplà baou, se me coumbeng,
Enta las gens de haout reng;
Baou mêmo maougre la gardo
Que néit e jour és en gardo
Sou mes poulit canapé
Dou Gran Sultan ! e moun pé
S’en bas gratuilla la couécho
De madame ci-daouant !
Dambé jou diratz pourtant :
Per tu, siméc, y’a pas mècho !
« Aça, més digo-nous doun,
Piouzè, per quino rasoun,
— Me batz dise tout de suito —
Tu que hés tá bouno bito
Dambè le tchuc délicat
De damos de qualitat,
Tu que hés ta bouno chéro
Dins aqueris béts houstaous,
Perque troublous lou repaous
De la praoubo bourdilèro ?
Perqué ? Bous ac direi bé :
Las damos, bous caou sabé,
Soun lou double mes adretos
Qu’aqueros méstre bailetos,
Quan s ’agis de m'acassa;
Souen sabi pas oun passa. . .
Aco raï, que me maouftsi :
Se me cercon aou pounpil,
Zaou ! d’un saout baou sou mounil
M’atrapon pas e m’en risi . . .
D'un aoute coustat, anfìn,
Quoique nou sio pas tà fìn
Le grech de la campagnardo
Coumo le de la mignardo
Que porto pas coutilloun,
Resto pas d’este plà boun;
Ensi quan séou fatigado
De las damos en capèt,
M’en baou moussêga la pét
D’ou ginouil de la Bernado.
Saquelà, san bantatioun,
Es béro ma pousitioun :
Evitant la main qui me pourchasse;
Repue jusques au cou,
Je saute comme le chevreau,
En attendant le temps passe.
Aussi bien je vais, s’il me convient,
Chez les gens de haut rang;
Je vais même malgré la garde,
Qui nuit et jour veille
Sur le plus joli canapé
Du Grand Sultan! et mon pied
Va chatouiller la cuisse
De madame noble d'origine !
Avec moi, vous avouerez pourtant :
Pour toi, punaise, il n’y a pas moyen.
« Ah ! çà, mais dis-nous donc,
Puce, pour quello raison,
— Allez-vous me dire tout de suite —
Toi qui fais si chère vie
Avec le suc délicat
Des dames de qualité,
Toi qui fais si bonne chère
Dans ces belles maisons,
Pourquoi troubles-tu le repos
De la pauvro bordière ?
Pourquoi ? Certes je vous le dirai :
Les dames, il faut que vous le sachiez,
Sont le double plus adroites
Que ces bordières,
Quand il s’agit de me pourchasser;
Souvent je ne sais où passer. . .
Qu’à cela ne tienne, je me méfìe :
Si on me cherche au mollet,
Vite, d’un saut je vais sur le ventre.
On ne mattrape pas et je m’en ris, . .
D’un autre côté, enfln,
Quoique la graisse de la campagnarde
Ne soit pas si délicate
Que celle de la mignarde
Qui ne porte pas cotiilon,
Cela ne l’empêche pas d’ètre exceliente;
Puis quand je suis fatiguée
Des dames en chapeau
Je m’en vais mordre la peau
Du genou de la Bertrande.
D’ailleurs, sans me vanter,
Ma position est magnifique :
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— 404 —
Gn’a mes de milo snr terro,
— Gens que souen me hèn la guerro —
Que baiilaren un trésor,
De mète la man sou cor
Oun jou souen me debertissi!...
Sur aquet poulit cos blanc,
En tchurlan d’aquet boun sang,
Lazeflquo se patissi ! . .
Seou munido per piqua
D’un hissoun que sab hiqua;
Me plasi dins la camiso
Que coubris uno pét liso;
Baou pertout doun me hé gai,
E piqui ço que me plai.
Anfin, jou séou plà nuirido,
Car riboti néit e jour,
E saouturleji toutjour,
Jusquoque m’an espoutido!
II y a plus de mille sur terre,
— Degensqui souventmefont laguerre —
Qui donneraient un trésor
Pour mettre la main sur le corps
Où souvent je me divertis!...
Sur ce joli corps blanc,
En savourant de ce bon sang,
II s’en faut que je pàtisseî...
Je suis munie pour piquer
D’un dard qui sait s’enfoncer;
Je me plais dans la chemise
Qui couvre une peau lisse;
Je vais partout où cela me fait plaisir,
Et je pique ce qui me plait.
Enfìn, je suis bien nourrie,
Car je ribotte nuit et jour,
Et je saute toujours
Jusqu’à ce qu’on m’a écrasée!
11 est pris de compassion pour YAgnèt (l’agneau de lait), emblème de
l’innocence, dont le triste destin est d'èlre condamné avant que de naître.
Qucl sort étrange et éphémère que le sien? II meurt utilement, et sa mort
fait la vie puisque sa chair nourrit l’homme et sa toison lui fournit des
vêtements :
Agnéret ! bengues de nèche,
T’an dichat soul, as poou, bêlos ta may ;
Praoub’ inoucent, cregnos pas que te dèche,
Bèles pas més; s’en es anado pêche,
Garo, que tournara, bai !
Aro trepos, qu’es tournado ! ..
Beng dou pasteng, dins las poupos a léit;
L’as pas bisto de touto la journado,
Tu qu’as talent, e pusqu’ès arribado
Pouparas bint cops anéit.
Petit agneau ! qui viens de naitre ;
On t’a laissé seul, tu as peur, tu béles ta mère ;
Pauvre innocent, ne crains pas qu’elle t’abandonne,
Ne béle plus ; elle est allée paitre.
Va, sois sans crainte, elle reviendra !
Maintenant qu’elle est revenue, tu bondis !
Elle vient du pacage, ses mamelles pleines de lait-;
Tu ne l*as pas vue de toute la journée,
Toi qui as faim, efc puisqu’elle est arrivée
Tu téteras vingt fois cette nuit.
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— 405 —
Agneroan, bé ses aimable !...
Toun gran bounhur és de saouturleja;
N’as pas jamés nat chagrin que t’acable,
E cado jour, quan sortes de l’estable,
Bèlos en camburleja.
Brillos coumo la lutzeto;
Semblos le crum que bolo dins le céou;
Semblos la flou que nèch parmi Therbeto,
E, dessigu, ta poulido raoubeto
Blanquejo coumo la néou.
Trepignos l’herbo que pousso;
Poupos apéi quan ses las de trepa;
Qu’an as poupat, te coutchos sur la mousso;
Per te coutcha, caousisses la mès douço,
Jusquo que tournos poupa.
Ataou, qne de ta nechenço
Les prumés jours dins la joyo s*en ban. . .
Les maynatjous, qu’aimon toun inoucenço,
"'oun béladis, ta douçou, ta patienço,
Te caresson dan la man .
Mès crecheras! e de suito,
Coumo ’n martir quan ès cruciflcat,
Debat le tail d’uno lamo maoudito,
Petit agneau, que tu es donc airaable !
Ton grand bonheur est de sauter ;
Tu n’as jamais le moindre chagrin qui t’accable,
Et cbaque jour, quand tu sors de l’étable,
Tu béles en cabriolant.
Tu brilles comme une petíte étoile,
Tu ressembles au nuage qui vole dans le ciel ;
Semblable à la fleur qui nait dans l’herbe
Et, certes, ta jolie toison
Est blanche comme la neige,
Tu foules l’herbe qui pousse ;
Tu tétes ensuite quand tu es las de courir ;
Quand tu as tété, tu te couches sur la mousse ;
Pour te coucher, tu choisis la plus douce,
Jusqu’à ce que tu retournes téter.
Ainsi, de ta naissance
Les premiers jours s’écouleut dans la joie..,
Le petits enfants aiment ton innocence,
Ton bêlement, ta douceur, ta patience,
Ils te caressent de leurs mains.
Mais tu croitras, et de suite,
Comme un martyr lorsqu’il est cruciflé.
Sous le tranchant d’une lame maudite,
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— 406 —
Que san pietat te prenguera la bito,
Mouriras sacriíìcat !
Béni doun dins ma cabano,
Dous agnèret, jou secarei tas plous;
Més, à l’abric dou coutet que t'escano,
Le tounedou s’empourtara ta lano . . .
Seras toutjour malhurous !
Qui sans pitió t’enlèveras la vie.
Tu mourras sacrifiè !
Viens donc dans ma cabane,
Mon doux petit agneau, je sècherai tes pleurs ;
Mais à l’abri du couteau qui t’égorge,
Le tondeur emportera ta laine...
Tu seras toujours malheureux !
S’il excelle dans la peinlure minutieuse et exacte dos oiseaux et des ani-
maux, son âme d’artiste est dominée par ie sentiment exquis de la nature
qu’il ne cesse de comtempler et d'admirer, lui prêtant ses propres impres-
sions et ses émotions intimes.
Dans le morceau suivant, intitulé : Les Aouzèis e las Flous (Les Oiseaux
et les Fleurs), il nous fait assister au réveil de la nature par une matinée
du mois de mai, au moment du lever du soleil. Son apparition donne la vie
et le mouvement à tous les êtres de la création. Prôtez Toreille : cest 1®
bruissement de Tabeille, le chant trillé du rossignol, les gazouillements de
toute la gent ailée qui salue avec joie lastre du jour. Les fleurs des prés
et des jardins embaument l’air de ieurs parfums amers et salubres, cliar-
mant i’oeil par la diversité de leurs couleurs. Ces oiseaux et ces fleurs du
terroir sont pour ie poète des compatriotes, des arnis, ils sont. de ia famille.
Le poème de l'univers, révélé par l'infinie variété des phénomènes, s’élève
ainsi de strophe en strophe et se résume en un hvmne reiigieux de recon-
naissance envers ie créateur. Ecoutons-le :
Le jour beng a gran pas; touto risente l'aoubo
Se piego le lutz-gran dins un cantoun dc raoubo;
Las estelos, tabé, que pinparron le cèou,
Se clucon toutos : las pirolos
Aimon pas le soureil que les hó binbarolos.
Oh ! jou l’aimi1... leouo-te lèou,
Lc jour vient à grands pas; l'aube, toute riantc
lOnveloppe la lune dans un coin de sa robe ;
Les ètoiles aussi. qui eom rent le eiol,
S’éteigncnt toutes : les imbéciles
N’aiment pas le soleil qui les éblouit.
Oh ! moi je l’aime !... lève-toi bicn vite.
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— 407
Poulit astre d'ou jour, car la lutz impourtuno,
Te ba bregi les oeils dan saliouo dejuno !
Joli astre du jour, car la lumière importune
Va te nettoyer les yeui avec de la salive à jeun.
Le soureillet a puntcjat I...
Aro daourejo la teoulado
M’en baou trepeja la rousado;
M’en baou escouta, dins le prat,
Les petits aouzerous que pioulon,
L’aouriol e le merle qu’ichioulon,
La meillengo que hé tchiou tchiou%
E le pinsan que hé piou piou.
Besi rhironndo qu’alatejo
Dambé sa raoubeto de dol
E que dins Tairé baranejo
Dambé le poulit parpaillol.
Atchi ’nlà, sur uno brauqueto,
Besi un petit roussignoulet
Que ben d’ou riou beoue à galet,
Per entouna sa cansouneto
Tout canto, tout se réjouis;
De touts coustats l’airé brounziuo;
Sur la carducho que flouris
Enteni canta la cardino;
Catsus, sur un casse brouncut,
Enteni tabé le coucut
Que debiso dambô l’agasso,
Pendent qu’un aoute coucut passo !. .
La lébe que trepo pou blat,
Que quan a trepat se derrato,
Qu'apèì sur un seilloun s’espato;
Le gay que miaoulo coumo *n gat;
La sernaillo que s’assoureillo,
Le brounzinadis de l’abeillo;
L'agneret que bélo sa may;
Las pijounos que roucouiejon
E las perdics que couscoudejon,
Tout dits que s’én aou més de mai 1
Besi dins la prado,
Touto pinparrado
De cent milo flous,
La mamoi flourido,
Dan la margarido
Quŷa lou péou tout rous;
E parmi l’herbeto
Le soleil a paru !
II dore maintenant les toits !
Je vais foulant la rosée,
Ecouter dans la prairie,
Les petits oiseaux qui gazouillent,
Le loriot et le merle qui sifflent,
La fauvette qui fait tchiou-tchiou,
Et le pinson qui fait piou piou.
Je vois i’hirondelle qui secoue ses ailes
Avec sa robe de deuil
Et qui dans l’air scintille
Avec le joli papillon.
De là, sur une petite branche
J'aperçois un petit rossignol
Qui vient du ruisseau boire d’haleine
Avant d'entonner sa chanson.
Tout chante, tout se réjouit;
De tous côtés l’air bourdonne;
Sur le chardon qui fleurit
J’entends chanter le chardonneret;
Plus loin, sur un chône branchu,
J’entends aussi le coucou
Qui s'entretient avec la pie
Pendant qu’unautre coucou passe '...
Le lièvre qui gambade dans les blés,
A pròs a voir gam badé se sau ve à petit brui t
Pour se coucher sur le dos dans un sillon;
Le geai miaule comme un chat;
Le lézard qui se chauífe au soleil,
Le bourdonnement de l'abeille;
L’agneau qui bèle sa mère;
Les pigeons qui roucoulent
Et les perdrix qui cacabent,
Tout annonce que nous sommes au mois
Je vois dans la prairie [de mai !
Toute émaillée
De cent mille fleurs,
La violette fleurie,
Avec la reine marguerite
Qui a les cheveux roux;
Et parmi l’herbe
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- 408 -
Qu’es debat mous pés,
La pinpareleto
Que roussejo més ! . . .
Aro, me rebiri
Decats aou jardin :
Besi le jasmin,
L’uillet e le liri :
Moun cor es charmat ! . . .
Séou tout embaoumat
Per ço que respiri...
Moun ceil és muiliat...
E dins moun déliri,
Séou aginouillat !
Qui est sous mes pieds,
La marguerite des prés
Prend un ton plus roux ! . . .
Maintenant, je me retourne
Vers le jardin :
Je vois le jasmin,
L’oeiliot et le lys :
Mon coeur est charmé !
Je suis embaumé
Par tout ce que respire...
Mon oeil est mouillé...
Et dans mon délire
Je me suis agenouillé '
Moun Diou! bés bèro la naturo!
Pendent que tout ílouris afìn de t’hounoura,
Jou, que séou de tas mas un’ humblo creaturo,
M’aginouilli sur la berduro
Per t’adoura !
Prière
Mon Dieu ! que la nature est belle !
Pendant que tout fleurit afin de t’honorer,
Moi qui ne suis qu'une humble créature de tes mains
Je m'agenouille sur la verdure
Pour t’adorer !
Dans la description qu’il nous fait d’un Sé de Primo (une Soirée de
Printemps), il apportera la môme sincérité de ses impressions personnelles
et agrestes. II nous fait assister au coucher du soleil; 'sur les prés brillants,
sur les larges feuillages, ies rayons s?éteip:nent insensiblement, fombre
s’élargit rapidement. Toute lacampagne semble bientôtlivréeà desouvriers
mystérieux qui, en grande hâte, décrochent les tentures de fète pour les
remplacer par des voiles funèbres que va éclairer bienlôt lastre de ia nuit
de ses páles rayons. II se féiicite de pouvoir jouir du calme de ces campa-
gnes tranquilles qui prête à la rêverie.
Abriou fonis e mai puntejo;
Pou jardin le liri blanquejo;
Flous, gn’a pertout à plenos mas;
Déjà, le gril tiro le naz;
Déjà, dins le blat que berdejo,
La calio canto tustaras (1). . .
Avril finit et mai parait;
Dans les jardins le lilis blanchit;
Des fleurs, il y en a partout à pleines
Déjâ le grillon tire le nez; [mains:
Et dans les blés qui verdoient
La caille chante tastaras ...
(1) Onl’enfcnd monler au malin,
Bref et sonore,
Etlesoiron l'entend encore,
DanB la paix du jour qui s’étcint. . .
Cet appel bien connu; impêrieux, saccadé et redoublé, résonne avec le bruit sec
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409 -
La naturo qne sés parado
De sa raoubeto mirgaillado
Que tant luzis! que tant luzis!
Semblo la nobio d’ou bilatge,
Touto floucode, quan partis
Le maitin de soun maridatge,
Dan soun poulit habilloment,
Et ba, lésto coumo le bent
Et la joyo sur soun bisatge,
Trouba soun fìançat que l’atend .
Le tens thaoumo,
L’aire embaoumo;
Aoubres flourits, ségos, brouchous,
Herbo dou prat, tout és en plous,
Car, tout aro, la marsescado
Beng de toumba de la crumado;
La nature qui s'est parée
De sa robe diaprée
Qui tant reluit! qui tant reluit!
Pareille à la flancée du village,
Toute parée de fleurs quand elle part
Le matin de son mariage
Dans ses jolis ajustements;
Et va, leste comme le vent,
Et la joie sur son visage,
Rejoindi*e son flancé qui l’attend.
Le temps s’embellit,
L'airembaume;
Arbres fleuris, haies et buissons,
Herbes des prés, tout est en pleurs,
Car tout à l’heure un abat d'eau
Vient de tomber d’un épais nuage;
Las goutos, sou lillac, brillon coumo cristail,
Et las houeillos que berdejon,
Que plouron e que goutejon,
Aou soureil que fenis serbisson de mirail.
Le beng d’aoutagn tansouloment haleno,
Le8 aouzerous gazouillon en boula;
E les agnóts que le pastre s’emmeno,
Dambe lours mays s’entenon à bêla.
Le bignairoun dan le laouraire,
Les gouttes sur les lillas brillent comme un cristal,
Et Ies feuilles qui verdoient,
Qui pleurent et suintent,
Au soleil qui finit servent de miroir.
Le vent dautan relient son haleine,
Les oiseaux gazouillent en volant,
Et les agneaux que le pàtre ramène
Avec leurs mères s’accordent à béler,
Le vigneron avec le laboureur,
d un ressort qui se détend : « Tac... tatalm Selon les provinces, les paysans inter-
prètent plus ou moins ingénieusement cette onoinathopée. Dans ie Jura , on le traduit
par « Carcaillaty marchand de tabac ! » ce qui ne veut rien dire. Les Berrichons ,
plus pratiques. assurent que la cailie crie : « J'ai du blè% j’ai pas de sa ( sac ). Cela
s’accorde assez avec un dicton des pays de l'ouest.)
Plus la caille carcaille
Plus chere cst la semaille
On croit, en effet. dans le Haut-Maine. que la caille pressent le prix du grain : plus
elle chante, plus il vendra cher. En Suisse. on pretend également qu’autant de
mis eJle lance son appel, autant de couronnes de plus vaudra le sac de blé. Dans les
Hautes-A lpcs , c’est tout le contraire : le produitdu seigleest en raison du nombre de
fois que J’oiseau jette son cri. Chez nous. le peuple le traduit plus littéralement par
« Paye tes dettcs ! Paye tes dettcs I » Et, en effet, la vérité est que ce chant, impé-
rativement redoublé, a pour but, de la part de la la femelle, a’inviter le màle à
s acquitter du devoir conjugal. II ne reste généralement pas sourd à cegalant appel,
c est une justice à lui rendre.
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- 410 —
Se retiron à petit pas;
Las hiroundeletos, dins Taire,
Gazouillon que gazouilleras;
Tandis que, dins le niou qu’es debat la teoulado,
Les petits hiroundats qu’atendon la becqaado,
S’aouéjon de las bese pas.
Se retirent à petits pas;
Les hirondelles, dans les airs,
Gazouillent, gazouilleras-tu;
Tandis que dans le nid placé sous les toits,
Les petits hirondeaux attendant la becquée,
S'ennuient de ne pas voir leurs parents.
Aro la néit, capbat las couraos,
S’esplandis coumo *n gran linsol;
Més las cabeillos de las houmos
Cargo pas encaro le dol.
La punto dou clouqué rousséjo,
Car le poulit crum satinat,
Que le soureil a moustinat
En tout se coutcha, la daourejo;
Diren anftn que, tout mourent
Le jour que défail e que passo,
Bol encaro, per un moument,
A ioumbro disputa la plaço;
La néit, saquelà, l’escautis,
L’hiroundo dïns soun niou s’arruço,
L'Angelus dou sé retentis,
E l’on entend canta la cuco.
Aou pé d’un grand récho houeillut,
D’oun jaillis uno sourço puro,
Pensatiou, me siéti, san brut,
En de countempla la naturo :
Quan aiizo sou passo-lis,
Maintenant la nuit, au bas des vallées,
Se répand comme un grand linceul;
Mais le faite des ormeaux
Ne prend pas encore le deuil.
La pointe du clocher prend un ton roux,
Car le joli nuage satiné,
Que le soleil a coloré
Eu se couchant, le dore;
On dirait enftn que, mourant,
Le jour qui s’évanouit et passe,
Yeut encore, pour un moment,
A l’ombre disputer la place;
La nuit, d’ailleurs, l’éteint,
L’hirondelle dans son nid se blottit.
L’Angelus du soir retentit,
Et l’on entend chanter le crapaud.
Au pied d’un grand frène feuillé,
D’où jaillit une source pure,
Pensif, je m’assieds, sans bruit,
Pour contempler la nature :
Quand elle polit sous le coulis de l’eau,
L’aigo d’ou riou, qu’en rigoula roundino,
Hugh tout-sialet, e diren que badino;
Toumbo sou caillaou que luzis,
Apèi s’escampo dins la prado,
L’engrècho, la teng arrouzado,
S’entend toutjoardins l’hèrbo roundina,
Et l’on diré que tourno badina.
L'eau du ruisseau qui murmure en serpentant,
Fuit tout doucement. on dirait qu’elle badine;
En tombant sur !e caillou qui luit,
Elle se répand apròs dans la prairie,
L’engraisse, la tient arrosée,
Dans l’herbe on l’entend toujours murmurer,
On dirait qu’elle veut encore badiner.
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411 —
Mous oeils admiron dios esteios
Que se miraiilon, à mous pés,
Dins Taigo que cour; brilion mès,
Dessigu, que miilo candellos !
Un certèn brut me hé ennaira,
La houéillo d’ou récho petrillo;
Mès recounegui en tout flaira
Que, dans le fresc, ia cantharillo
Brousto; cependent, dins le ceou,
Besi crums que se dandinejon;
Semblon, touts blancs coumo la néou,
Les agnerous que se passejon;
Més la luyo, qu’a puntejat
E que rajo sur moun bisatje,
S’estujo darré le nuatge
Que ie zéphir a carrejat;
Bai ! bai ! taplà besi ta raoubo,
N’as pas saoubi de t’estuja,
Soureil dé néit, te bes
Darré le crum qu’a m<
Mes yeux admirent deux étoíles
Qui se mirent à mes pieds,
Dans l’eau qui court elles brillent plus,
Certes, que miiie chandeiles.
Un certain bruit me fait souiever,
La feuille du frène pétille;
Mais je reconnais en flairant
Qu’avec la fraicheur, ia cantharide
Broute; cependant dans le ciel, [grâce;
Je vois des nuages qui sebalancont aveo
Ils sembient blancs commela neige,
Des agneaux qui se promènent;
Mais ia iune, a paru
Dardant sur mon visage,
Elle se cache derrière ie nuage
Que le zéphir a entrainé;
Vaf val je vois très bien ta robe,
Tu n’as pas besoin de te cacher,
, candeja
us oeils te derraoubo !
Soleil de nuit, je te vois luire,
Derrière le nuage qui te cache à mes yeux !
Hurous moument! tout me rabis!
Moun oeil se cluco, se drubis,
Soumeilli coumo qui drom beillo,
Quan toutd’un copdinsmounaoureiiio,
Uno musiquo retrounis,
Me plai, me charmo, me rebcillo.
Diou d’ou céou, b’es aco poulit !
Semblo le cant de la Sereno!...
Per escouta me hourrupi l’haleno
Jusquo que l’aire sio íìnit... etc.
Heureux momcnt, tout me ravit,
Mon ceil se forme, s’ouvre,
Je sommeille comme qui dort veilie,
Quand tout à coup à mon oreille
Retentit une musique,
Qui meplaît, mecharme et me réveille.
Dieu du ciel, que cela est donc joii !
On dirait le chant de la Sirène !...
Pour Fécouter je retiens mon haleine
Jusqu'à ce que i’air soit terminé... etc.
Ce qui lui plaît, c’est la clarté hésitante du printemps, c’est surtout la
beauté enchanteresse de Tautomne où les terres fécondes, mais un peu lasses,
s’abandonnent à la mélancolie, cette tendresse réfléchie! C’est aussi l'hiver
désolé, méchant comrae un buveur d’eau, triste, désoié, inondé de pluie.
L’hiver assoupi sous un linceul de neige, l'hiver avec des arbres poudrés à
bianc comme un vieux marquis, avec les toits étincelants de mille diamanls
sous le soleil blafard. Ce sont encore ces coins de valiée, le coin des cam-
pagnes siiencieuses avec des bandes de culture déroulées comme de larges
rubans parailèles aux flancs des collines et les bouquets d’arbres et les
étroits ruisseaux murmurants qu’ii a cbautés avec toute Fenvolée de son
âme altendrie et bonne dans ses poèmes de couieurs.
Ses apiitudes à peindre les beautés de la nature, ne seront pas les seules
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— 412 -
qualités qu’il possède, il connaît à fonds les moeurs campagnardes qu’il se
plaît à décrire avec la même exactitude. Aussi ses descriptions sont-elles
empreintes d’un réel intérêt. Pour nous en convaincre, je détacherai de
son charmant poème, Mariouneto la dounzelo (Marie la demoiseile d’hon-
neur), une page vécue, un tableau pris sur nature d’une noce bien gas-
conne. Ecoutons-le :
Le relotge beng de souna,
La dex houros de brounzina :
Tabe, la nobio ès touto presto;
La courouno que s’a boutat
Sinne de la birginitat,
Luzis e brillo sur sa testo;
Un cachemir a founs berdious,
A grans decèns, a franjo fino,
Tout pinparrat de beros flous,
Le countournejo la poitrino.
Raoubo bluyo de melinos,
Un bet mantéou d*ou mêmo tros,
Que le teng la taillo sarrado,
Debassis blançs, finaloment,
Unis souliés de pèt brounzado
Coumpleton soun acoutroment.
Pourtant, le campané repliquo :
Le nobi, dret coumo 'no piquo,
Propre, luzent e pla caoussat,
Beng d’arriba tout empressat :
Damb’ et, le payrin, la mayrïo,
L'amic, le besin, la besio,
Anfln toutis les erabitats,
Daouant la gleyso soun plantats,
En atendent que la Bernado,
Qn'es en retard, siosqu’arribado.
Tout d’un cop, un soun argentat,
Sur las alos d’ou bent pourtat,
Beng dins l’aire de repounpido,
Dise que la nobio ès partido;
La campano souno las très ,
E toutis dison : Atchi qu’és !
Arribo dambe soun escorto :
Floucat d’un ribant blanc aou bras,
Le prume dounzeloun la porto
Dé sietetos, gouants à las mas,
Sur un gran mul, mercat sou naz
Aoureillo loung, esquino forto
L’horloge vient de sonner,
Et de frapper les dix heures :
Aussi, la mariée est-elle prête;
La couronne qu’elle a mise,
Emblème de la virgité,
Luit et brille sur sa tète;
Un cachemire à fonds verdàtre,
A grands dessins, à franges fìnes,
Tout parsemé de belles fleurs
Lui entoure la poitrine;
Une robe bleue de mérinos.
Un beau manteau de même étoffe,
Qui lui tient la taille serrée,
Desbas blancs, et finalement,
Des souliers en peau bronzée
Complétent son accoutrement.
Pourtant, le carilionneur recommence :
Le marié, droit comme un piquet,
Propre, luisant et bien chaussé,
Vient d’arriver tout empressé :
Avec le parrain, la marraine,
Les amis, les voisins, les voisines,
Enfin tous les invités,
Se pressent devant l’église,
En attendant que Bcrnade ,
Qui est en retard, soit arrivée.
Toutà coup, un son argentin,
Porté sur les ailes du vent,
Vient dans l’air de proche en proehe,
Avertir que la mariée est partie;
Les cloches sonnent les trois fois,
Et tous disent : Eile est là !
Elle arrive avec son escorte :
Orné d’un ruban blanc au bras,
Le premier garçon d’honneur la porte
Assise, les gants à la main,
Sur un grand mulet, marqué sur le nez.
Aux longues oreilles, à la robuste croupe.
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E peou negre coumo ’n courbas.
Uno bando de dounzeletos,
Pounpounados e pla roussetos,
Aoutant de dounzelous anfln,
Per darré barron le camin :
La nobio debaro,
Sur un pé s’emparo
Se bei lou moulet . .
Alizo... stourdido,
Toumbo tout sialet,
E mieyjo ’spaourido,
Se leouo, rapido,
Coumo ’n bent houlet ! . . .
Le Ritou qu'espèro,
Per la campanèro
Beng d’est’ abertit;
Es tout rebestit ! . . .
Car atend besito,
D’un cop mésso dito,
Sera lèou partit...
Un clerc se rebiro,
Brandouillo l’esquiro
Qu’es entà l’aouta,
E les amourouBÌs
Risents e jouyousis
S’y ban presenta.
Au poil noir comme un corbeau
Une bande de demoiselles d’honneur,
Àttiffées et toutes rosées,
Avec autant de garçons d’honneur,
Par derrière ferment le chemin :
La mariée descend,
S’appuyant sur un pied,
Fait voir son mollet...
Elle glisse... l’étourdie,
Et tombe de son long,
Et à moitié effrayée,
Se reiève, rapide,
Comme le vent follet !...
Le curé qui attend
Vient d’ètre averti
Par la carillonneuse;
Est tout habillé !...
Car il altend des visites,
Sitôt ia messe dite,
Ii sera vite parti...
Un clerc se retourne,
Agite la sonnette
Qui est devant l’autel,
Et les amoureux
Riants et joyeux
Vont s’y présenter.
Aginouillats entà la Sento-Taoulo,
Aou noum de Diou, daouant lou caperan,
Les nobis se dounon la man;
Aro, touts dus, prounounçon la paraoulo
Counsacrado, le oui d’amour,
Que les unis aci bas per toutjour ! . . .
Agenouillés devant la Sainte Table,
Au nom de Dieu, en présence du prêtre,
Les mariés se donnent la main;
Maintenant, tous les deux, prononcent la parole
Consacrée, le oui d'amour,
Qui lcs unit ici-bas pour loujoursl...
La messo ès fenido,
L’unioun benazido,
L’eternel arrést
Sou registre es pròs,
E le ritou crido :
Çoruummatum eat I...
La me8se est terminée,
L’union bénie,
L’éternei arrêt
Est consigné sur le registre.
Et le curé crie :
L'ceucre cst consommée !...
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Tout èa fenit.. digun dins la gleyso nou rèsto;
L’on bei lou caperan aou petit trot flla,
Car ba souna mietjour, è sa oousino es presto...
Soun estoumac dejun coumenço de pioula...
Le pifraire, dejà, s’es boutat a fioula,
Tout est fini... personne ne reste dans l’église,
On voit le prétre décamper au petit trot,
Car midi va sonner etsa cuisine est préte...
Son estomac à jeun commence à protester. . .
Déjà le joueur de flíre s’est
E, nobis en tésto,
Las gens de la hèsto
Se ban entaoula :
La campano souno,
Mietjour retentis,
Le biouloun razouno,
La nobio partis;
Dounzels e dounzelos,
Luzents coumo estelos,
Le floc à la man
E bieils de la troupo,
Touts bous à la soupo,
Damb' éro s’en ban .
Touts lous curiousis d’ou bilatge,
Homes, hilios, hennos, goujats,
En general touts pla lengats,
Soun amouiats sur lour passatge;
Car cadun, dins aquet moument,
fìol tira soun signaloment :
Uno menino escachalado,
Trobo la nobio maou couhado,
Qu’a la gandarlo de traouès,
E mès que mareho de guingoués;
Un droullat que cerco fourtuno,
Gros e mouhut coura ’n taourèl,
Qu’a pas troubat bloundo ni bruno,
Perço qu’es peou rous e garrèl,
Trobo pas la nobio pet fino,
E susteng qu’a pas bouno mino,
Car porto pas unis pendents
Dan soun poulit coulió de grens;
Uno droullasso qu’es boussudo,
Qu'a quarant’ ans e que peou mudo
Trobo lou nobi maou rasat,
Maou degaouchit e maou caoussat.
En de flni, toutis debison,
mis à siffler,
Et, les mariés en tête
Les gens de la fète
Vont se mettre à table :
Les cloches sonnent,
Midi retentit,
Le violon résonne,
La mariée part;
Et garçons et demoiselles d’honneur
Luisants comme des étoiles
Le bouquet à la main
Avec les vieux de la troupe
Tous d’attaque à îa soupe,
Avec elle s’en vont.
Tous les curieux du village,
Hommes, fllles, femmes, garçons,
En général tous forts en langue,
Sont attroupés sur leur passage;
Car chacun, en ce moment,
Tient à donner son appréciation :
Une vieille édentée,
Trouve la mariée mal coiffée,
Avec la couronne trop inclince
Et de plus qu’elle marche de travers;
Un polisson qui cherche fortune,
Gros et taillé comme un taureau,
Qui n‘a rencontré ni brune ni blonde,
Parce qu’il est poil roux, et a les pieds
[tournós
Prétend que la mariée n’apas la peau fine
Et soutient qu’elle n’a pas bonne façon,
Car elle ne porte pas des boucles d’oreilies
Avec un joli collier de grains;
Une drolesse qui est bossue,
Qui a quarante ans et change de poil
Estime que le marié est mal rasé,
Mal nivelé et mal chaussé.
Pour flnir, tous causent.
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Tontis batalon, toutis rison;
Nobis, dounzelos, dounzelous,
Soun toutis mourduts as talous,
Car gn’a pas nat, bengo d’oun bengo,
Que nou baille soun cop de lengo ! . . .
Pourtant, arribon à l’houstaou;
La cousino sera lèou présto;
Bieils e mès jouens, cadun s'aprèsto
Per douna un boun cop de cachaou .
Tres grandos taoulos soun fioucados,
G de car toutos pinparrados :
Buillits, dobos e fricandèous,
Pouros, capous è laparèous,
Las caperon; e, san tarda,
Cadun se met à debrida.
Cuillès, fourchelos e fayanço,
Dents e çachaous, tout aco danso :
Digun nou parlo mès qu'un mut;
Cependant, on entend dins l’aire
Le brouzinadis ou le brut
D’ou marteret de l’abrasaire;
Diren que milo pairoulòs
Tuston sou couyre tant e mès (1)!...
Anfin, le brut de las fourchetos,
Aou cap d'un paouc s’os amourtit,
E dounzelous e dounzeletos
Caqueton dambe lou roustit.
Uno cousinero rousento,
L’oeil esberit e la gaouto luzento,
Damb’ uno rouméc aou coustat,
Beng en tout hé courre le plat,
Entouna la cansoun d’usatge :
La joyo néch sur soun bisatge
Quan plaou sosis à delaouas . . .
Caou bese coumo se degaougno !...
Mès se caoucun la pago pas
Dambè la roumèc l’esoirrougno í . . .
Tous critiquent et rient;
Mariés, garçonsetdemoiselles d’honneur
Sont tons mordus aux talons, [vienne,
Car il n’y en a pas un seul d’où qu’il
Qui ne fournisse son coup de langueî...
Pourtant, ils arrivent à la maison;
La cuisine sera vite prête, [prêtre
Vieux et même les jeunes, chacun s’ap-
A donner un bon coup de dent.
Trois grandes tables sont fleuries,
Et de viandes bien fournies :
Bouillis, daubes et fricandeaux,
Poules, châpons et lapereaux,
Les recouvrent; et, sans tarder
Chacun se met à manger.
Cuillers, fourchettes et faïences,
Dents et mâchoires, tout entre en danse :
Personne ne parle pas plus qu’un muet;
Cependant on perçoit dans l’air
Le grondement ou le bruit
Du marteau du fondeur de cuilliers;
On dirait que mille chaudronniers
Frappent tant et plus sur le cuivre !...
Enfin, le bruit des fourchettes,
Au bout d’un temps s’est apaisé,
Et garçons et demoiselles d’honneur
Babillent au moment du rôti.
Une cisinière écarlate,
L’oeil éveillé, les joues luisantes,
Avec une branche de ronce aux côtés,
Se présente en faisant circuler le plat,
Pour entonner la chanson d’usage :
La joie éclate sur son visage,
Quand il pieut des sousà foison...
11 faut voir comme ellese démène !...
Mais si quclqu’un ne la paie pas
Elie l’égratigne avec sa ronce.
— « Ne ronge pas davantage cet os,
Marié, gratte-toi la poche, [sous.
Rougagnes pas mès aquet os,
Nobi, grato-te la poutcheto;
Tu, dounzelo, douno dus sos, Toi, demoiselle d’honneur, verse deux
Tu, dounzeloun, uno peceto; Toi, garçon d’honneur, une petitepièce,
Tu, gran Moussu, qu’as les peous blancsToi,grandMonsieur,aux cheveux blancs
Baillo-me un escut de cinq francs, Donne-moi un écu de cinq francs,
E tu, qu’as la granouillo redo, Et toi, qui as la grenouille raide,
(1) Le poète a mis en relief la bonne chère que nos pavsans ne dédaignent pasles
joursde íêtes, eux qui sont si sobres daus les temps ordinaires. Comme Dastros, il
preche lui-méme d'exemple.
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Foulllo-te, cerco la raounedo. . . »
Le payrin, d’un aute coustat,
Que s’en & pres uno rasado,
Dits, que caou beouo à la santat
De la noubelo maridado :
Touts les beires en aquet mot,
Se plenon de bin e bourdejon;
Las dounzelos torson le cot,
Les dounzelous las poutinejon;
Le trindadis drou goubelet
S’entend a repounpi dins Taire,
E bistoment le bilounaire
S’en ba jouga le ramelet ! . . .
Fouille-toi, cherche la raonnaíe. . »
Le parrain, d'un autre côté.
Qui a pris une rasade de trop
Prétend qu’il faut boire & la santé
De la nouvelle mariée :
Tous les verres à cette proposition
Se remplissent de vin jusqu’au bord;
Les demoiselles d’hon neur plient leur cou
Les garçons les embrassent;
Le bruit des gobelets
Se répercute dans l’air,
Et vivement le violoniste
S’en va jouer le ramelet ! . . .
Ataou se passo la journado,
Bierjo de plous e de chagrin. . .
Jouens e biels, pendent la souerado
Bouéyton mès d’un pipot de bin. . .
E dins la néit, quan la nobio es coutchado,
Les dounzelous le porton le tourrin ! . . .
Ainsi se passe la journée,
Exempte de pleurs et de chagrins..,
Jeunes et vieux, durant la soirée,
Vident plus d'un barU de vin. . .
Et dans la nuit, quand la mariée est couchée,
Les garçons d’honneur lui portent la soupe à l’ail ! . . .
Une autre pièce de vers, qui fut couronnée par le Comité poétique de
Bordeaux en 1882 et qui a pour titre : La Grello d’ou Caouze le bint
Mai rnilo houeyt cent cinquanto-un. (La Grêie du Cauze% le 20 Mai 1851)
rriérite d’être signalée. C’est la peinture fidèle et saisissante d’une de ces
tempêtes malheureuseraent si fréquentes à cette époque dans la région du
Midi qui sèment la ruine et la désolation dans nos campagnes, fléau
dévastatcur dont il a été le lémoin.
Dans la première partie, il nous fait le tableau d’une belle matinée de
printemps. II nous montre bêtes et gens se livrant à leur besogne journa-
lière, la campagne est en pleine activité. Tout est en fleur, l’air est
embaumé, tout sourit. Les rêcolles partout charment l'oeil du laboureur,
qui compte remplir bicntôt son chai et son grenier, récompense légitime de
son ingrat et pénible labeur.
Le poète note au passage les signes précurseurs d’un orage qui se forme
à Thorizon, il suit sa marche progressive, son caractère menaçant, pour
arriver au déchaînement de la tourmente qui éclate vers le milieu du jour.
C est ce qui eonslituera la deuxième parlie intitulée :
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LA QRBLLO
Las tres houros d’ou se que trindon aou relotge,
S’en ban en retrouni sur las alos dou tens;
Aou cèu tout embrasat y a pas nat crum que botge :
Negres, rouges, bioulets, espaourisson las gens î . . .
Diren, incouneguts, grans, caperats de bossos,
D’hourribles animaous l’un sur l’aoute empilats,
Tandis qu’un brut sourdde carrossos
Que rollon dan fracas, de demous atelats,
Que Lucifer et memo guido,
Beng sur terro de repounpido.
La noiio lantoment s’aprocho, s’csplandis,
Negro mès que jamès, a caige touto prèsto,
La grello dirts sous ílancs, e sou Caouze s’arrèsto !...
Le brutcrech, crech toutjour e la hurou grandis :
Les bouès quiton l’arai pès camps, s’en ban à huto
Dan le pareil junit que l’aguillado buto;
E dan sous agnerous qúe trepon aou pasteng,
La pastro à gran galop à la bordo s’en beng . . .
L’aouratge, qu’a cáousit soun gran chan de bataillo,
Rouno coumo canous que boumisson mitraiilo ! ..
Serpent prount e rousent, un esclaire partis,
Toumbo sur un nouguò, le partatjo, l’engarro !...
Diren qu’en aquet brut la terro s’engloutis;
LA QRÊLB
Les trois heures du soir tintant à l’horloge,
S’en vont en retentissant sur les ailes du temps ;
Le ciel est tout embrasé, pas un nuage ne bouge :
Noirs, rouges, violets, ils épouvantent les gens !...
On dirait, inconnus, grands, couverts de bosses,
D’horribles animaux l’un sur l’autre empilès,
Tandis qu’un bruit sourd de carosses
Qui roulent avec fracas, atteiés de démons,
Que Lucifer conduit lui-méme
Venant sur tcrre en rebondissant.
Lc nuage s’approcho lentement, s’étend,
Noir plus que jamais, tout prét à tomber,
La grèle dans ses flancs, s’arréte sur le Cauze !.. .
Le bruit redouble, augmente toujours, l’épouvante grandit
Les laboureurs quittent la charrue dans les champs et íuient à
Avec les boeufs accouplés que l’aiguillon excite. [toutes jambes
Et avec ses agneaux qui s’ébattent dans les prés,
La bergère au plus vite gagne la métairie...
I/oragc qui a choisi son graud champ de bataille
Gronde corame des canons qui vomissent la mitraille !
Commc un serpent prompt et eouleur de feu, un éclair jaillit
Tombe sur un noyer, qu’il partage et dótruit !..,
Qn dirait qu’à ce bruit la terre s’engloutit ;
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~ ^
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Las bestios e las gens, tout s’entuto, s’enbarro. . .
La baco, le taourèl, le bedèt e le bioou
Trepignon dins l'establo e mes bramon de poou ! . . .
Dins les aoubres houeilluts que les lambrets alucon,
Les petits aouzerous s’estujon e s’arrucon;
Las hennos à ginouls, àTentour d'uno lutz,
Les chapelets as digts, cridon : * S’òn tout perduts !
Couratge, carapané d’ou Caouze !...
Caou pas que toun bras se repaouse,
Bouto tout à bandos’ Harditî . . .
En d’acassa le’crum maoudit,
Souno! Souno toutjour! » Hélas! penoperdudo!
D#ou Poûgnard (1) à Moundoun (2), do Bilas (3) à la Mudo (4),
Des Fortis (5) aou Troubet (6), coumcnçon de toumba
Coumo cops do martèls, roundos, platos, carrados,
Grellos que, sus houstaous, coupon bitros, teoulados,
Bouton dins les bignés las bits a coup d’aouba. . .
Sus tapets é mès dins las coumos,
Brigaillon bioulés, casscs, houmos,
Pelon les frutès d’ou jardin,
Hachon las herbos de lajprado,
Bouton en charpic, en soulado,
Les secles e lesjblads, las’ciouasos, le lin,
Bétes et gens, se mettent à l’abri, s’eníerment..,
La vache, le taureau, le veau et le boeuf
Trépignent dans l'ótable et beuglent de peur !...
Dans les arbres touffus que les éclairs embrasent,
Les petits oiseaux se cachcnt et se pelotonnent ;
Les femmes à genoux, aulour d’uue lumiêre
Les chapelets aux doigts, crient : « Nous sommes pcrdus ».
Couragc, carillonneur de Cauzé !...
II ne faut pas que ton bras se rcpose,
Mets tout en branle ! Ilardi !...
Pour chasser le nuagc maudit,
Sonne, sonne toujours ! » Hèlas ! peine perdue !
Du Bougnard à Mondon, de Bilas à la Mude,
Du Fortis au Troulet, elle commence à tomber
Comme des coups de marteau, ronds, plals, carrés,
Grêlons qui sur les maisons, brisent les vitres, les toiturcs.
Mettent dans les vignobles les ceps comme à coups de haches
Sur les côteaux et méme dans les vallées,
Brisent peupliers, chênes, ormeaux,
Pòlent les. arbres fruitiers dujardiu
Hàchent les hcrbes des prairics
Mettent en charpie, eu salade,
Lcs seigles, etles blcs, les avoines, le lin,
(1, 2, 3, 4, 5, 6) Noms dcs priucipaux quartiers situós aux quatre poiuts cardinaux
de la commune du Cauzé.
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— 419
Las haouos : tout cruohis daouaut lou fléou tarrible . .
Pas un cantoun de reserbat,
Pas uno planto que nou crible !
Tusto pertout ! pertout s'abat ! . . .
Ataou toutjour, pendent un’ houro
La grello toumbo a delaouas f. .
Le paisant se junis las mas,
Marmoto : — Jésus, moun Diou!... Plouro ! —
Desesperat... le cor macat. .
E sa mouilhé, toutjour aginouiliado,
Crido sans cèsso, desoulado :
— Diou nous punis de caouque gran pocat !
Tristos, fredos, glaçados, mudos,
Estroupados d'un gran linsol,
E coumo l’hiouèr toutos nudos,
Las terros an cargat le dol...
Sur las souquetos, nado houèillo !...
Bignos e camps, hélas! tout es bargat !. .
Adiou cantèt! Adiou boutèillo!...
Pas un rasin! Pas un cabeii de blad !...
Aro tout es fenit, la crumado maoudito
Qu’a pas mès ni lambrcts, ni grellos dins soun seng,
Les fêves : tout craque devant le fléau terrible !...
Pas un coin n’est préservé.
Pas une plante qu’ils ne criblent !
Ils frappent partout ! tout est détruit !
Ainsi sans discontinuer, durant une heure.
La gréle tombe à torrents !. . .
Le paysan se joint les mains.
En marmottant : Jésus, mon Dieu !... il pleure !
Désespéré... le cceur meurtri...
Et sa íemme, toujours agenouillée
Crie sans cesse, désolée :
— Dieu nous punit de quelque grand pcché !
Tristes, froides, glacées, muettes,
Enveloppées d’un grand linceul,
Et comme en hiver, dépouillées
Les terres ont pris le deuil...
Sur les souches, pas une feuillc !
Vignes et champs, hélas ! tout est ravagé !. ..
Adieu pain, adieu bouteille !.. .
Pas un raisin ! pas un épi de blé !. . .
Maintenant tout est fini, le nuage maudit,
N'aplus d’éclairs ni de gréles dans sein,
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— 420 —
Coum’n moustre géant qu'a jitat soun bereng.
S’aloungo en roudina, s’aoandis e nous quito !...
Le tens beng calrne coum’n pech,
Le soureiilet, d'uno lambrado
Tourno raja sur la countrado,
E l’arcoulan dou se parech !
Corame un raonstre géant qui a jettó son venin
II s’allonge en rèsonnant, s'apaise et nous quitle. ..
Le temps devient calrae comme un poisson,
Le soleil, d’une éclaircie
Revient darder sur la contrée ;
Et rarc-en-ciel du soir se montre !
II traitera avec le même succès, la Chanson , dont les spécimens sont
nombreux, le Sonnet , la Complainte , lyOdey etc., où la verve gauloise
coule d’abondance. II partait de ce principe que tous les genres sont bons,
« hors le genre ennuyeux, > et, comme Hippocrate, son maître, il pensait
que le rire est sain. Tout serait h eiter dans ce recueil intéressant, mais le
cadre restreint que nous nous sommes imposé nous oblige í\ ménager nos
citations.
Le chantre de la Lomagne n’est pas de ces écrivains qui Irafîquent de
leur talent pour forcer Jes portes de la renommée et se hisser sur un pié-
destal. Ennemi de la réelame et du cabolinage, il afliche, en homrae d’es-
prit, une modestie de bon goût qui sied au caractère du philosophe et de
l’érudit. Aussi cherchera-t-il toutes les occasions de diminuer son mérite
en se proclamant rimeur d’occasiou, et si ses admirateurs, dans leur
enthousiasme sincère et justifìé, le comparent à Jasmin, son conlem-
porain, il s’en défend de la belle façon et proteste par une boutade fanlai-
siste pleine d’humour :
Aci qu’és, disèts-bous, le ribal de Jasmin í. .
Nani, Moussu. d’aquet séou pas h mièy camin;
Fabourit d’Apoiloun, dan soun poulit lengatge,
Sous bersis plà liuiats, soun aire pietadous,
Le poéto Agenes recep sur soun passatge
LacTurés, courounos d‘or e juntados de ílous;
Jou, praoubé gus, rimur de pacoutillo,
ici, dites-vous, est le rival de Jasmin !.. .
Non, Monsieur, de celui-là je ne suis qu’à mi-chcmin ;
Favori d’Apollon, avec son joli langage,
Ses vers bien limés, avec son air inspirc,
Le poète agenais reçoit sur son passage
Des lauriers, couronnes d’or et des brassées de fleUrS ;
Moi, pauvre gueux, rimeur d’occasion,
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— 421 -
Brico laouzat pou Diou rHélicoun,
' Coumo 'n limac, toutjour din ma couquilio,
Séou proche d’ét un plà petit ciroun !...
Ks per aco que me preng pas Tembejo
D’ana precha, poumadat e cap nut,
Dins aquets béts salous oun le Jasmin trepejo
E tusto din sas raas quan tout le mounde és mut!...
Més tabé, de TEstat tiri pas nado pago...
Crouxis, pensious, ribants, soun de machant gagna ! . . .
Prefèri sou biouloun en tou hé sigo-sago,
Parla d’un charlatan en tout l’escaraougna...
Nullcmení favorisé par le Dieu de l’Hélicon,
Comrne un limaçon, toujours dans ma coquille,
Je suis à cóté de lui un bien petit sire !. . .
C’est pour ce motif qu’il ne me prend pas la fantaisie
D’aller précher, pommadé et nu-téte,
Dans tous ces beaux salons où Jasmin gambadc
Et frappe dans ses mains quand tout le monde est muel !
Mais aussi je ne retire aucun traiicment de l’Etat...
I.a croix, les pensious, les rubans sont difïìciles à obtenir !
Je préfère sur mon violon en faisanl zLgo-xago ,
I*arler d’un charlatan tout en l’égratignant...
Sa seule ambition, c'est de partager son temps entre les charges de sa
proíession et sa chère Muse. 11 eslime, dans sa sagesse, que Findépen-
dance est un bien trop précieux pour Taliéner ; il rime donc quand il lui
plaìt, au gré de sa fanlaisie et sans souci de la gloire. II nous dépeint
Iui-mème, en loute franchise, son état d’àme dans les quelques vers sui-
vants, éloquente profession de foi qui honore son auteur :
Ataou passi moun tens, ataou jou canturléji;
Nat cabeste, jamès, m’a pas pelat le cot . .
Ichioula quan me plai, b’és plà ço qu’cmbeji;
Prumè que de quista me passi de fricot !. . .
Qu'aboundo de s’aníla coumo damo granouillo;
A Pierre, Jacques, Jan, de tira lou capét?
L'on es toutjour à tens à creba dins sa pet . . .
Daouant Diou, souloment, ma Muso s’aginouillo...
Ainsi je passe mon temps, c’cst ainsi que je chante ;
Jamais un licou n’a pelc nion cou...
^iíller quand il mc plait, voilà ce que j’envie,
Plutôt que de tendrc Ja main je me passe de fricot !
A quoi sert dc s'ciiller comme dame grenouille ;
A Pierre, Jacqucs, Jcau de tirer son chapcau ?
On est toujours â temps de crcver dans sa peau...
Devant Dieu seulement raa Muse s’agenouille...
Tel est rhomine qui se lancera en 1850 dans la mêlée politique en solli-
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— 422 —
citant la Muse gasconne qui obéit docilement aux inspirations du maîlre.
II fera plus tard entendre sa voix dans des virulentes satires dirigées
contre Topposition sous la troisième République oii il prendra part aux
affaires publiques (l)jonpeutlesliredans son livre, ce qui nous dispcnsera
de plus amples développements .
A la lecture de ce Recueil, oeuvre de longue haleine, on a la conviction
qu’on se trouve en présence d'un Poète de race qui suit avec honneur la
trace de ses devanciers. On retrouve, en effet, dans ses vers, la même
saveur pénétrante du terroir, la même spontanéité d’impressions, la mème
source jaillissante qui est, comme nous Tavons vu, leur marque dis-
tinctive.
Dans les courts poèmes qu’il nous offre, et oii s’exhale une àme vibrante
au moindresouffle de tendresse, de justice et de vérité, on retrouve le
même charme ou viril ou attendri mais toujours pénétrant comme la
saveur des fruits d’un mème arbre. Dans lexpression de sa pensée qu'il
s’efforce à rendre avec naturel, il a su conserver aux mots qu’il emploie
cette musique caressante qui leur est particulière et on y retrouve Thar-
monie où son rêve s’était endormi.
Vivantloin des villes bruyantes, obligé par métier detre journellement
en face de la nature, dans le calrne apaisant de la bonne campagne, il
s’inspire de la vie vraie qu’on y mène, dans la respectueuse contemplation
des choses, des arbres, des plaines, et de tout le tranquille décor que varie
le soleil des saisons allernées, labeur sacrè, juste accomplissemcnt des
besognes quotidiennes. Dans ce recueillement, il acquiert le sentiment
intime des choses, et ses descriptions vécues ont le mérite d'une irrépro-
chable exactitude, fruit de ses patientes observations. Mais il chante en
une langue qui choque nos oreilles gasconnes habituées à la manière de
Dastros , l artiste incomparable dont nous avons admiré les ceuvres. Tan-
dis que le bon vicaire s’appliquait avec un soin jaloux à culliver le pur
dialecte de la Lomagne, écartant tous les mots estranis e bastards , Tex"
cellent Docteur s est laissé gagner par la forme languedocienne (2). Malgré
tout, l'idiome dont il se sert n'en est pas moins harmonieux et riche en
expressions qui rendent admirablement sa pensée.
(1) En 1878, les élccteurs du canton de Beaumont ont nommc M. Cassaiguau pour
les représeuter au Conseil d’arrondissement de Castelsarrasiu, avec une majorité de
365 voix sur le plus favorisé de ses concurrents réactionnaires. 11 a présidé cette
assemblée pendant quatre ans, de 1880 à 1883 inclus.
Vu son grand âge, et raalgré les plus vivcs instanccs de ses amis politiques, il s’esl
retiré de la politique niilitante pour rcntrer dans la vie privée lors du premier renou-
vcllement du Couseil d’arrondisseinent qui suivit cette époque.
t (2) Le Gascon qu’il parle se rapproche un peu du Langucdocien ; au lien de
l'article Gascon louy il emploie lè ; parfois il supprime /• intitial (ré, risc , rìu. ruro ,
au lieu de arréy arrisé, arruco) il maintientégaiement lalettrc n entre deux vovelles
(Ex : yranoulfiOj pané, uno au lieu de graoulho, paé, uo .)
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Misiraly le spirituel poète provençal, bon juge en parejlle matière, lui
écrivaità la date du 17 mai 1880 (iettre qui fìgure en tète de Ja 2* édition
de son volume) le résultat de ses impressions après la lecture de ses
oeuvres :
* Je suis eharmé d'avoir fait connaissance avec vous. Vous êtes un des
> plus sincères et des plus aimables poètes de notre langue; sans flatterie
> aucune, beaucoup de vos poésies pourraient être signées, Ja8miny et
>- vous avez de ce grand Troubadour, le naturel, lesprit bien indigène et
» l’éclat méridional. >
Nous souscrivons de grand coeur à cet éloge mérité qui du reste est con-
forme à Tappréciation de ses nombreux admirateurs. Nous n’ignorons pas
que rinléressê s cst toujours soustrait à une comparaison si flatteuse pour
]uirne revendiquant à son profit qu’une seule prétention « celle, dit-il,
> d’avoir produit un ouvrage varié, récréatif, souvent drolatique et surtout
> vierge de tout larcin. Daucunsme reprocheront peut-êlre, ajoute-t-il, la
> vivacité de mes satires, d autres me feront un crime d’avoir abordé le
> terrain brùlant de la politique, je déclare publiquement aux uns et aux
» autrea que si mes écrits porleut le cachetde l’indépendance qui me carac-
> térisc, mon coeur estet a toujours été sans fiel. >
Aimi plan d’ichioula quan l’idéyo me preng.
Mcs y a pas dins moun cor un soul gran de béreng.
J’aime bien de siffler quand il m’en prend la fantaisie.
Mais il n’y a pas dans mon ceeur un seul grain de venin.
II est également l’auteur d’un opuscule de 48 pages intitulé : Mas dar-
rèros Fantesios (Béleou). Mes dcrnières Fautaisies (Peut-être) publié
cn 1883 (1).
Membre de la Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Tarn-et-
Garonne, il cst officier d’Acadèmie du ler janvier 1883.
Solliciíé mainlcs fois d etre corapté parmi les Félibres de la Maintenance
d’Aquitaine, il a constamment décliné cet honneur ne voulant pas adopter
le mode orlhographique imposé par la docte Société.
Depuis lc 15 août 1898, M. Cassaignau habite Beaumont-de-Loma-
gne (2), oii il vit dans la retraite, enlouró de la considération de ses conci-
tovens. Au mois de íévrier de cctte année, le bon vieillard, dans une
sércnitè intime pour ses 80 ans, recevait les souhaits respectueux des
siens et de ses amis, joyeuscment convics à sa table pour fèter cet anni-
vcrsaire. II porte allcgrement le poids des ans malgré un catarrhe chro-
(1) Ma< darrèr’os fantaisios (Béleou), petit opuscule. 1883. Toulouse, imprimerie
Moáerne, J. Fournieni 8, rue Duiemps.
(2) Beaumont-de-Lomagne, chef-lieu du canton du Tarn-et-Garonne, dans la
íertile vallóe de la Gimonè, 3,390 habitants. Patrie de Fermat.
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nique qu’il soumet quotidiennement à lair enfumé d’un café oii il joue la
manille trois et quatre heures chaque jour. II a cessé tout commerce avec
les Muses, et renoncé à la Médecine, mais il roule régulièrement 25 ciga-
rettes tous les matins, qui vont rejoindre dans un immense tiroir dix mille
petite soeurs que trouveront ses petits enfants s’il n’a pas eu le temps de
les fumer. Son commerce est fortagréable et ii ala mémoire peuplée d'une
foule d’anecdotes dont Torthodoxie n’aitère pas le charme.
Nous adressons au vénérable octogénaire, au spirituel chantre de la
Lomagne, nos meiileurs souhaits de santé, avec Fexpression de notre sin -
cère et profonde admiration.
A Fenvoid’un exemplaire decette étude sur ses oeuvres poétiques, l’ex-
cellent Docteur a accordé sa lyre à notre intention pour nous adresser ses
remerciements dans la lettre rimée qui suit. On ne saurait ètre plus aima-
ble ; aussi nous est-elle précieuse à pius d'un titre :
A MOVSSV J . MICHSLÉT
Dins un petit libreten frances sabourous,
J. Michclèt , gascoun de la miliouno raço,
Des berais qu’ey rimat dits qu’es un amourous,
E proche de Dastros me reserbo uno plaço...
S’éri pas ta poussiou, pas mes tard que douman
L’anguiri remercia le capèt a la man...
La camardo d’un cop de daillo
Tardara pas à m’atuca. ..
E les bermos ac sabi pla
De tous moun cos haran ripaillo !.. .
Hel&s ! per jou, d’ou darrè badaillet
L'houro sera leou arribado...
En atendent que sio sounado
Me brenbarey de Moussu Michelet !
A MONSIBUR J. MICHELET
Dans un petit livre en français savoureux,
J. MichcleU gascon de la meilleure race,
Des vers que j’ai rimés dit qu’il est amoureux,
Et près de Dastros me réserve une place...
Si je n’étais pas si astbmatique, pas plus tard que demain
J'irais le remercier le chapeau à la main.
La camarde d’un coup de faux
Ne tarderapas à m’anéantir...
Et les vers, je le sais bien,
De tout mon corps feront ripaillc!...
Hélas! pour moi de mon dernier soupir
L’heure sera bientôt arrivóe. . .
En attendant qu’elle sonne
Jc mc souviendrai de Monsieur Micbelet! #
3 avriJ 1903. CASSAIGNAU.
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NOULENS (Joseph-Jean-Marie-Èliacin)
II naquità Condom le 29 octobre 1828.
Après avoir fait ses études au collège de celte ville, il alla à Paris
affronter avec Fenthousiasme de la jeunesse, lcs rudes épreuves de la
carrière des lettres.
Tour à tour critique d?art et journaliste, il fondait en 1866 la Revue
d' Aquitaine, qui a réveillé de leur sommeil sèculaire et ranimé tant
d’hommes et de choses perdues dans la nuit du passé. II l’abandonnait en
juiliet 1869.
Ses ceuvres capitales consistent en travaux généalogiques d’une grande
valeur. Nous nc nous étendrons pas sur leur importance ayant hâle
d arriver à l’ceuvre gasconne du poète.
Noulens a rimé dès le collège. <« Je chevauchais, dit-il, Pégase à
quinzo ans; tous les loisirs de mon adolescence ont élé consacrés à égrener
dcs rimes et à cadencerdes hémistiches. >
Aussi, a-t-il creusé dans sa vie littéraire un sillon profond qui ne
s effacera pas. II y a planté des chènes qui s appellent les Tropicales (1),
ì'Ame des êtres et des choses diverses (2). Tous ces petils poèmes expri-
ment d’une façon charmante les sentiments qu'il attribue aux ètres animès
ct aux choses de la nature.
Enfin, il a terminé sa laborieuse carrière par un volume de poésies qu*il
intitule La Flahuto Gascouno (3) (la Flûte gasconne), objet de notre étude.
Ce n’est donc plus en français qu’il écrira sa dernière ceuvre, mais en
gascon, comme un pieux hommage au pays natal qu’il aimait tant. Cest
le chant du cygne de ce travailleur infatigable qni, arrivé au terme d’une
verte et féconde vieillesse, invoquera ses souvenirs d’enfance et les vieux
airs qui Font bercé aux accents de cette langue maternelle si sonore et si
H) Trofjicales , Paris, Iibr. VT. Lccou (Toulouse, impr. Chauvin). 1854. — Tropi-
calcs. mi-saintes , mi-profanes. Paris, libr. Lemerre (ìmpr. Quentin, in-12). 1878.
(2) L'ámc dcs êtrcs et clcs choscs diccrses. Paris, libr. Dentu (Abbeville, impr.
R^taux), in-12. 1894.
(3) La Flahuto gascouno , scguido d'un Bocabulari gascoun , in-12. 1894. (Paris,
libr. E. Bouillon, éditeur, 67, rue Hicbelieu, gr. in-18).
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chaude. Ilexplique lui-mèmccc i*etour enarriêre et la pcnsée filiale qui l*a
guidé, quand il dit :
Adaro, ostan frouncit per l’adge
Que la ribèro per lou bent,
Lou Francès noun semblo plasent;
Mê s’emplegui lou bieilli lengadge,
Tant musicayre e gayhazent,
En crezi recayjut maynadge :
Praco souy aù cap dou cami.
Aùan d’ana din la hanguèro
Heze moun soum dam lou bermi,
E pareche au gran judici,
Ey boulut arredise encouèro
Quauques ayres que ma memèro,
En jumplan dou j>è ma cugnéro,
Cantejaùo pcr m’endrouuii.
E d’autes apprcnguts scntz ero î
Aquets taben pouyran serbi,
Se nou sabon bous deberti,
A bous hè bacha la perpèro
S’embejots de bous assoupi.
Maintenant, aussi ridé par l’âgc
Que Ja rivière par le vent,
Le Français ne me semble plaisant;
Et si j’emploie le vieux langage,
Si musical et gracieux,
Je me crois redevenu enfant :
Pourtant je suis au bout du cliemin.
Avant d’aller dans le bourbier
Fairo mon sommeil avec les vers,
Et comparaitre au grand jugement,
J ai voulu redire encore
Quelques airs que ina grand’mère,
En berçaut du pied mon berceau,
Fredonnait pour m’endormir.
Et d’autres que j’ai appris sans elle.
Ceux-là aussi pourront servir,
S’ils ne savent vous divertir,
A vous faire baisser la paupière
Si vous avez envie de vous assoupir.
II offred’abord au lecteur, en vers familiers, ces airs de flùle qui ont un
charme pénétrant qui font songer ù un bouquet de fieurs des cliamps aux
couleurs variées; chacun d eux a son langage et son parfum parliculier. 11
souhaite que cette dernière cueillette, où il a réuui les souvenirs du pays
natal et répandu les íleurs du langage maternel, achòvera roeuvre où il a
consacré le meilleur de son camr etde son courage. Ecoutons-le :
Agradatz aquet praù»>e floc
De basilic è d'arrouselos,
De coucuts è rameùs de broc,
Lugrejats de blancos estelos.
Lou liri platz a las puncelos,
A las Dounos de bieilh estoc :
Las llous dou prat ou dc l’arroe,
Margaridos e pimpanelos,
Soun las grazidos dous grans cos;
Etz d’aquets, harets uo leguo
Pcr hurrupa lou hum dc seguo
( )u las aùlourados dou bos.
Taben de broustets d’aùarros,
Dc mamovs, lioundres de l’oumbreto,
E de plantounos dou bruclioc,
Acceptez ce pauvrc bouquet
De basilics et de coquelicots,
De coucous des préset rameaux d’épines
Constellé de blanches étoiles.
Le lis plait aux pucelles,
Aux dames de vicillc roche :
Lcs ílcurs des près ou des rochcs,
Margucrites et pimprenelles,
Sont les prèfèrèes des grands comrs;
Pour celles-ln, vous feriez une lietie
Aíìn de respirer le parfum des haies
Ou les l)oii íîòes odorantes des bois.
Aussi des rameaux de ronces,
Des violettes,ornementdelapetiteombre,
Et des lleurettes du buisson,
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Bous ey mayat uo desqueto :
Agradatz dounc moun praube fïoc î
Soueyti que ma desquo lassido
Enflayre boste entondemen
Coumo l’audou de l’arre-hen
Embriaguo bosto sentido.
Aquèro darrèro culhido
Din moun esprit, arit casaù,
Acabera Tobro coumplido
E ma journado coumo caû.
Taben ey mersat l’arreraù
De ma pensado è moun couratje
A gragna per aqueste oubratje,
Membrensos dou pays nataù
E flous dou parla maternaù.
Las flourétos en paperolos,
Que jou bous aufîrì, sentz fayssoun,
Ne soun que simplos debisolos,
Mitat sajos è mitat holos. . .
Je vous ai paré de fleurs une corbeille ;
Acceptez donc mon modeste bouquet.
Je souhaite que ma corbeille ílétrie
Embaume votre entendement
Comme l’odeur du regain
Enivre votre odorat.
Cette dernière cueilleîle
Dans mon esprit, jardin aride,
Achèvera l’oeuvre complète
Et comme il faut ma journée.
Aussi ai je dépensé ce qui reste
De ma pcnsée ct de inon courage
A glaner pour cet ouvrage
Des souvenirs du pays natai
Et des fleurs du langage materncl.
Ces fleurs en papier,
Que je vous ofïre, sans façon,
Ne sont que de simples bavardages, *
Moitié sages et nioitié fous . .
II termine son avis au lecteur par une vive et spirituelle analyse du
rccueil qui donne léplus grand désir de le parcourir.
Dans une épitre très bien tournée, d’une cadence irréprochable, il
invoque le secours de Tantique Flahuto (Flûte), l’instrument des aïeux,
plus apte ù interpréter la Muse rustique que le moderne chalumeau. II
l’invite à sortir de son sommeil pour accompíigner ses chants; ses accords
lui perraettront de mieux traduire les échosdes campagnes Gasconnes :
O sounadouso caneouèro,
Instrument prim de noste moun
E de la Muso Bouscasséro,
Gourguejo, musiquej'encouèro
Per emberouyi la cansoun
D’un.escu troubadou gascoun !
Aùs tendrets acordoments
De las flahutos, manejados
Per lous pastourets, au bieilh tems,
Roundoulejaoùn las Dreyados
E las Nymphos din lous pastens.
Mè la flahuto es debengudo
Pous herbatjes tout a fet mudo.
L’ome, amic dous cambiomentz,
Lous néouets calamets prehèro;
Praco nads nou soun tant plasens,
Per conta lou liurn de hèuguèro
Ohî roseau sonorc,
Antique instrument de nos contrées
Et de la Muse sylvestre,
Murmure, fais encore de la musique
Pour embellir la chanson
D’un obscur troubadour gascon!
Aux tendres accords
Des ílùtes, maniêes
Par les bergers, temps jadis,
Les Dryades dansaient des rondes
Ainsi que les Nymphes dans les pàtu-
Mais la flùte est devenue [rages.
Tout à fait muette dans les herbages.
L’homuie, ami des changements,
Prêfère les modernes chalumeaux;
Pourtant nuls ne sont si plaisants
Pour chanter le parfum de fougère
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Abarrejat damb lou dous prats,
Lous gests de brognos e seguèro
E las amous, debat roumbrèro,
De l’aùeilhè, de l’aûeilhèro,
Dous conloums e dous passérats,
Dou parpailhot e primabèro !
Flahuto, ed cau'desendroumi,
Halena din l’ayre e treni.
Se ta trenido me coumpagno
Jou pouyrey milhou tradusi
Lous esclams de nosto campagno
Que de Paris en s’embl’ augi.
O saunadouso caneouèro,
Instrument prim de noste moun, etc.
Mêléà celui des prés, [sons
Les exploits des vendanges et des mois-
Et les amours, sous les ombrages,
Du berger, de la bergère,
Des pigeons et des moineaux,
Du papillon et de la primevère !
FJute, il faut te réveiller,
Souffier dans Fair et retentir.
Si ta sonnerie m’accompagne
Je pourrai mieux traduire
Les èchos de nos campagnes
Qu’il me semble entendre de Paris,
Oh' roseau sonore,
Antique instrumentde nos contrées, etc.
Et la flûte obéit avec docilité aux injonctions du Poète, en modulant des
airs qui fleurent bon Fodeur saine et parfumée de la campagne. lls ont été
inspirés aux champs, au temps des semailles, des foins coupés ou dcs ven-
danges, dans les cuisines du hameau, au seuil des granges, des êtables,
aux bords du ruisseau, à l’ombre des bois. II y en a de gais et de méîan-
coliques, de plaisants etde sérieux, de galants et de religieux. Certains ont
un fond de rfioralité et de sagesse, d’autres laissent percer le trait de la
satire.
La flûte suit Finspiration du maître qui traduit ses inipressious dans
une langue qui n’a pas de secrets pour Iui.
Rien de plus alerte et de plus fin que les quatrains sur lou Sarri (1),
Vlsard (2), qui s’emblent s’envoler comme l’animal lui-même, quand de
sa jambe légère, il francbit les abìmes et lutte de vitesse avec Fèclair. II a
pour tout bien l’air du ciel, Feau des glaces, un jarret d’acier trempé par les
frimats. Prcférant la misère à la servitude, il va deraander aux crètes inac-
cessibles des monts pcrdus, dans la région des leinpêtes, au séjour des
neiges éternelles, un abri pour sa liberlé.
(1) DédicùF. Mistral.
(z) L'isard, comme le chamois, porte la come courte ct droite ; snuleraent cetle
corne verticale se recourbe á son extréinilé en un graeieux orochet qui la rend
érainerament propre à l’oflìce de tire-hottes.
Ces animaux vivent par troupes plus ou raoins norabreuses et paissent les prairics
paríumées qu’arrosent les eaux bleues des glaciers. Pour éviter toute surprise, ils out
soin de poster des sentinelles tout aulourdé leur carapeinent teinporaire. Au raoindre
coup de siíîlet d’alarrae, toute la bande se jnrcipite avee la rapidité de ravalanelie
vcrs i’issue indiquée et regagne à bonds prodigieux lasile du prccipice.
La femelle porte cinq à síx mois et raet bas au printcmps un ou deux petits qua
Faraour de leur nière ne réussit pas toujours à sauvcr dc la serre forraidable de Faigle
ou du vautour.
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nc*»' ’ ■
*\ '
— 429 —
Ayraos lou cap dous mounts, lous pesqués d'ayguo bluo,
Mens blouso que toun co, prèhoundo que toun oueilh,
E l’arroco tourrado, oun la glaço, à la luo,
Mirailho, din la neyt, e lou jour, au soureilh t
En tout, sounco pou nom, frayros damb la gazelo:
Etz bessous toutis dus, de lestetat, de pèu;
En gracio, en doussou, gn’a pas nado fumelo
Quc pousque, damb bous aùs, un soul cop hè rampéu.
En hiùer, aus glaciès, sentz herbo, sentz houeilhado,
Tu, soul habitadou, bailhos bito à la mort
Per ta mucho e courrudo aù cim, à la cascado,
Toun saùt sus peridòs de l’un à l’aûte bord
Sus lous puntetz perduts quan, din Teslambrejado,
T'ahutos en boula milhou qu’un agraùlat,
L’aglo ditz, en beze ta pet touto houecado :
« Lou boun Diù, per sigu, l’a daùrat, alatat. »
Amistous per tous frays, tous hilhs et ta coumpagno,
N’out retreges jamès de lur souciétat;
Sounco per hê l’amou, dins'un traùc de mountagno,
En haùneste counjunct, car Diù t’a maridat.
S’ed calcùo decha la brumèro e lou giùre
De toun nataù pays, e coum lou ricoutchet
Tu aimes les sommets des monts, les étangs d’eau bleue.
Moins pure que ton coeur, moins profonde que tou oeil,
Kt la roche gelée, où la glace, à la lune,
Miroite dans la nuit. et le jour au soleil î
F.n tout, si ce n’est par le nom, tu es írèrede la gazelle,
Vous étes jumeaux tous deux, de lógèreté, de poil;
En gràce, en douceur, il n'y a pas de femelle
Qui puisse avec vous autres une seule fois rivaliser.
En hiver, sur les glaciers, sans herbe, sans feuillages
Toi, seul habitant, donnes vie à la mort,
Par ton apparition, la course au sommet, à la cascade,
Ton saut sur les abimes de l’un à l'autre bord.
Sur les pics perdus, quand dans’un feu d’éclairs,
Tu t'enfuies en volant plus vite qu’un corbeau,
I.’aigle dit, en voyant ta peau toute enflammée :
« Le bon Dieu, pour sûr, l’a doré et pourvu d’ailes. »
Affectueux pour tes frères, tes flls et ta compagne
Tu ne te retires jamais de leur sociétò ;
Si ce n’est pour íaire l’amour dans un trou de montagne.
En hounête conjoint, car Dieu t’a maric.
S’il te fallait abandonner le brouillard et les givres
De ton pays natal, et comme le roitelet
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Ou courao Taùrinleto, au louy, t’en ana biùre,
Mourires d'aùejè, memo sentz aué fret.
Cregnous de serbitud, mè noun pas de misèro,
S’ed casson ’scabeilhos lou pic, de nèu couhat,
T’apioumbos sus l’abisme, è ta camo leùgèro
En reboumbi te saùbo e bito e libertat.
Ou comme l’hirondelle, t’en aller vivre au loin,
Tu mourrais d’eunui, méme sans avoir froid.
Crainiif de servitudatct non pas de misère,
Si on te chasse tu franchis le pic coiffé de neige,
Tu te tiens en équilibre sur Tabime et ta jambe légère
En rebondissant te sauve la vie et la liberté.
Quoi de plus touehanl qué lou Crabé è la Crabo (1) (Ie Chevrier et la
Chèvre) oii Ia nole est attendrie et d’une pénétrante émolion ? Le sujet est
bien choisi pour mettre en relief Tadmirable sentiment de tendresse et de
prévoyance maternelle de cet intéressant animal.
Ma crabo es la milhou leytèro
De tout lou pays Bigourdan;
Apasturo per la terro,
Ero à las gens qu’at tourno plan.
Gn’a dus ans uo damo ’starito
Me digout : « S’au loc de moun sen,
« Ta crabo a moun hilh da la bito,
« Gagnara la tuo taben. »
Dou neûrigat, goueytouso mayre,
Ero de poou de l’escloupa,
S’escalarmo sus lou poupayre
E, per retreyt, l’aydo a poupa.
Se lou maynatge se deschido,
La crabo, toustem à l’escout,
Arribo, quan enten que crido,
E l’enhounilho (2) aòs pots soun bout.
En l’amigailha lou netejo
De sa lenguo, quan es brastous;
E lou drolle, amayrit, plourejo
Quan la crabo brousto aùs coustous.
Ostaleù qu’ero es rebengudo
Lou nenet aloungo lou pot,
Arritz à sa rnayre barbudo
E l’agrapo pou barbichot.
Ma chèvre est la meilleure laitière
De tout le pays Bigourdan;
Elle se nourrit des produits du sol
Mais aux gens elle lo rend bien.
II y a dcux ans une dame privée de lait
Me dit : « Si au lieu do mon sein
« l’a chèvre rend la vie à nìon fìls
« Elle gagnera la tienne égaloment. »
Du nourrisson, mère attentive,
Elle de peur de le piétiner,
Ecarte sos pattes sur l’enfant [têter.
Et, par un mouvement de recul, l’aide à
Si l’enfant se réveille,
La chèvre, toujours aux écoutcs,
Arrive, quand elle entend qu’il crie
Et introduit son bout à ses lèvres.
En le caressant elle le nettoie
Avec sa langue, quand il est sale;
Et l’enfant, gàté, pleure,
Quand la chèvre broute sur les coteaux.
Sitôt qu’elle est revenue
L’enfançon allongeant les lèvres
Rit à sa mère barbue
Et l’attrappe par sa barbiche.
(1) Dèdiè à Moussu l’abè L. C.,.
(2; Introduirc comme un entounoir.
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Cayjout malaùso è dauit holo
Quan desbezeron lou droullot;
Sequo apev coum uo gansolo (1)
Se carrusaùo enta lou clot.
Lou Boun Diù, lou gran gùarissayre,
Adjudoutau darre moument,
La neûrisso, segoundo mayre,
Au front cournut, mès pas tument.
L’aiite hiùer, en pouda la seguo.
Henouy soun capdamb moun bezouilh
Ero s’ahutet miejo leguo
Stabournido, a trauès l’estouilh.
Elle tomba malade et presque
Quand on sevra l’enfant;
Puisdesséchéecomme un morceau decuir
Elle se trai nait péniblement vers la fo^-e-
Le bon Dieu, legrand guériseur,
Vint en aide au dernier moment
A la nourrice, seconde mère,
Au front cornu, rnais non txìlliqueux.
L’autre hiver, en émondant la haie,
;Je fendis sa tête avec ma serpe;
Elle s’enfuit ù demi-lieue
Etourdie, à travers le chaume.
Apey l’aùe loun-tems cercado,
La troubey au pè d’un arroc,
Touto doulentoe cullassado
Din la hòugèro d’un bruchoc.
La praùbo bestio enclucado,
Per lou san e pcr las plous,
En m’entene s’ero birado
Decatz à jou, l'ayre plagnous;
Mès quan beygout que ma figuro
Se cambiaùo cn esgoutadè
E qu’anaùy liè ligaduro
A soun maù damb moun nioucadé,
La crabeto caritadouso
En lcquèt la gaùto e la nian;
Din moun bras la pourte)r, sannouso
Au bielh sannayre de Campan (2).
Adaro es horto e minjadouso :
Quan espoupi cado tuteyt
De soun braguè, parech hurouso
D’en bailha pan dambé sa leyt
Taben es de moun parcntatje :
Mes fidelo que lous moutous.
En seguis, sentz can, au bilatje
Quan baú crida : « Leyt f frouniatjous î
Après l’avoir longtcmps cherchêe
Je la trouvai au pied d’un rocher
Toute plaintivc et tombée sur le derrière
Dans l’èpaisseur d’un buisson.
La pauvre bète aveuglèe
Par le sang et par les pleurs,
En m’entendant s'était retournée
Vcrs moi, l’air suppliant;
Mais quand elle vit que ma íìgure
Se transformait en égouttóir
Et que j’allais lui faire une ligature
A son mal avec mon mouchoir,
La chèvre charitable
Me lécha la joue et la main;
Et dans mes bras je laportai, saignante,
Au vieu guérisseur de Campatu
Maintenantelle estforteetdebon appótit:
Quand j’exprime chaque tuyau
De son pis, elle parait heureuse
De me procurer du pain avec son lait.
Aussi est-elle de ma familîe :
Plus fidèle que mes moutons.
Elle me suit, sans cliien, au village,
Quand je vais crier : « Lait! fromage de
[chèvre! »»
La fable par nature, a dit Taine (3), eache toujours un homrae dans une
bête; c'est par des qualitós humaines qu’elle peintles animaux. C’est ainsi
que Lafontaine les a peints ; scs fables resteront comme des chefs-d’oeuvre
(1) Garniture en cuirdu sabot.
(2) Village près de Bagnòres-de-Bigorre (Ilautes-Pyrènées).
(3) Lafontaine et ses fables.
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d’observation et de philosophie. Noulens ne procédera pas de la mème
manière; la philosophie n’est pas le but iramédiat qu'il poursuit, ce qui
u’empêche pas qu’on la rencontre en maintes pièces où elle apparaît fami-
lière, indulgenteet sans-façon. II trouvera desaccentsde compassion pour
ces lìéros àqualre pattes dontil prend la défense ; pour ces frères inférieurs
de rhomme qui arrachaient des larmes à Virgile (1), qui les considérait
comme nos bienfaiteurs. » Aussi plaidera-t-il pour eux; il les aime, ii suit
leurs émotions, il refait leurs raisonnements, il s’attendrit, il s’égaye et
prend part à leurs sentiments. 11 se souvient qu‘ii a été campagnard etqu’il
a vécu avec eux dans les bois, dans les sentiers, les poulaillers et dans les
étables.
Voyez le Buou (2) (ie Boeuf). Les traits qui le marquent sont à peine
visibles, mais l'esquisse qu’il en fait est suflíìsanle pour le montrer tout
entier.
11 est opprimé quoique puissant, parcc qu'ii est iaboureur et pacifìque. 11
est le serviteur le plus précieux de l'homme, il le sert pendant sa vie, le
nourrit, après sa mort Tenrichit de toutes les parties de sa dépouille. Attristé
de son impuissance à se reproduire, il se révolte parfois de la dureté de
Phomme et de son ingratitude, quand il dit :
Qu’assouqui touto la semano
Estarit coumo un pelegrin,
Lou só m’accoueyti sus la brano
E tourni laùra lou matin .
Sus ia terro, per jou birado,
Pousson lou blat ò l’arrasin,
E Pome da cops d’agulhado
A qui lou bailho pan e bin !
Sentz jou nou pouyré de hario
Ou tchuc de bic s’aleyteja :
L’ingrat mio a la boucherio
E minjo qui lou hò minja !
Quan arremugui ma coulèro
E que souy prest a courneja,
Je laboure toute la semaine
Exténué corame un pèlerin,
Le soir je me couché sur la brande
Et retournc labourer le matin.
Sur la terre, par moi retournée,
Poussent le blé et le raisin, [lons
Et l’homme donne dos coups d’aiguil-
A celui qui lui donne le pain et le vin î
Sans moi il ne pourrait de farine
Ou de jus de raisin se nourrir :
L’ingrat conduit à la boucherie
Et mange celui qui lo fait vivre í
Quand je rumine ma colòre
Et que je suis prêt à jouer de la corne,
0) Quid labor aut benefacta juvant, etc.
(2) Le boeuf était la victime d'honneur dans les sacrifices solennels de la Grèce, la
victime dout le sang devait apaiser la colère des Dieux et purifìer le pays de tout
germe d’infection. Saint-Bemard compare la goutte de sang du Christ, qui suflit à
elle seulo pour racheter tous les pécheurs, à la goutte de sang de vache rouge, répan-
due sur I'autel des Dieux du paganisme. Toutes les aíïections du noble et pacinque
coadjuteur de l’homme dénotent l’innocence et la pureté de ses moeurs. îSon goût
f)assionnê pour le sel, emblême de propreté et de richesse, révòle ses attractions pour
e tra\ ail utile, producteur du bien-étre. La puissance de ses etforts et sa reconnais-
sance pour son maitre sont en raison des égards qu’on lui témoigne du soin qu’on a
de Jui. (Toussenel, VEsprit des Bùtes). — Dédié ù Moussu G. Sirven.
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*T
Se bezí la brabo baqaèro
Nou pensi mòs a me benja«
L’ome en desfruto las braguetos
E me redem’ en m’esquira;
Praco, dambé las esquiretos (1),
Nou podi pas me moulhera .
Lou braù pot ayma la betèro,
Damb las bacos galanteja;
G'na per jou qti’un plazè sus terró,
Lou plazó de tringalhejaî
4Í 3 -
Si j’aperçois la bonne vaehére
Je ne pense plus à me venger.
L’homme me défruite en me châtrant
Et me récompense en me mettant un col-
[lier de sonnailles;
Pourtajat avec mes grelots
Jo ne puis me marier.
Le taureau peut aimer la génisse,
Et faire le galant avec les vaches;
II n’y a pour moi qu’un plaisir sur terre,
Le plaisir de tinter !
Buffon se fait Tavocat de Yàne et cbante en mérites tous les défauts du
baudet. Lafontaine lui rend également justice.
11 dit qn’il est c bonne créature. » II plaint le pauvre baudet « si cbargé
qu’il succorabe, > mais il connaît la lourdeur et Timpertinence de Tanimal;
il est dociie, têtu, sourd aux cris, aux coups, aux prières. « Pelé, galeux,
rogneux, il subit Ia loi universelie qui donne aux gens déjà malheureux Ia
plus grosse part de malheurs.
Notre poéte, dans lous Plagns de V Azou (les Plaintes de TAne) (2),
s'associe à son tour au triste sort qui lui est réservé; il reproduit ses plaintes
en essayant d’en adoucir l’amertume; il s’attendrit en sa faveur en condam-
nant la cruauté et l’avarice de son maître qu’il fait vivre. II partage les
sentiments qu’exprime Musset à l’égard de la bonasse créature, quand
il dit :
Et j’estime qae l’âne
Poar Diea qui nous voit toas est autant qu’un ânier.
Armat d’un bieilh pientou de cardo Armé d’un vieux peigne
Lou meste en pelo en m’estrilha, Le maître m’écorche en m’étrillant,
(1) Le ruminant adore la mélodie.. . la mélodie et le sel, Tane quî paríume ràme,
Tautre qoi purifle le corps.
Et ceue passion de Ja mélodie est encore un des signes oii se reconnaissent les
douces et nobles natures, les créatures victimes. Le boeuf oublie à écouter la plainfive
vilaneile el la dureté du sol et la profondeur du sillon.
La fable rapporte que dès les temps les plus anciens. l'homme se servit des notes
de la gamme pour rallier ses troupeaux. Dans les grands pâturages de la Suisse.
chaque troupcau de vacbes est conduit par une comraandante qui ne porte d'autre
signe du généralat qu'une ck>chette au cou. Mais cette clochette a un son particulier
et distinct de celui des âutres clochettes du voisinage ; et tous les autres membres de
la réunion sont d’une force si remarquable sur rintonation qu'il n’y a pas d’exemple
qu’une vache suisse se soit jamais trompée en prenant un ut pour un soL (Toussenel,
VEsprit des Bètcs).
(2) Erasme , qui ne sait pas dissimnler ses sympathies pour l’àne, avoue néanmoins
que ce quadrupede porte-croix a peu de dispositions pour la musique ; mais il essaye
tie faire valoir, en faveur de son protègé, cette circonstance atténuante : que si l’àne
contribue peu à l’harmonie pendant sa vie, il la sert généreusement après sa mort,
lui íournissant les meilleures peaux qui existent pour les grosses caisses etles meil-
ieurs tibias pour fabriquer les clarinettes ( tibioc ).
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E quan me lígasso Taùbardo
M’estripo a me hé ranguilha
Aquet taùlayre e camorèguo
Sadout de bin ò d’escaùdoun,
En decho sou tap d*uo sèguo
Brespailha damb brousts de cardoun .
Moun bente, toursut de coulico
N’arresto pas de perigla,
Mès lou hurum d'uo bourriquo
A lou doun d’en rebiscoula.
Ostalèu que de moun amigo
Ey saludat lou courpitoun,
Lou camoreguo me darrigo
La cuèto en tira pou poumpoun.
E m’echourdis de cado aureilho
En m’apera : Cagné, cagné !
Apey que m’unctejo la peilho
Damb l’oli de coudougné.
Sen bouquilhi per la carrèro
Aù traùcas me hico l’esclop;
Labets de ma camo dreytèro
Jou qu’arreguini quauque cop.
Aù bieilh temps ia Biergo Mario,
Sent Josep, lou nenet Jésus,
Caminaùon sus nosto esquio
Sentz la truca coumo aquet gus.
Per aleùji la camo torto
De soun bourreù, lou bourriquet,
Tout catulhat de cops d’endorto,
Lou cabalquejo a perrequet.
E quan debaro de ma réo,
Sentz m'aué miat aù pasten,
Un mos de pailho es moun estréo :
Moun Diu, dazets m’un tros de bren!
Se nou pleots ma minjadèro,
Que demanderey au Dayinoun
De m’amia dins sa hournèro
Dambé moun meste en carretoun !
Et quand il m’assujetit la selle
41 m’étrille à me faire râler.
Ce grand mangeur et cagneux
Repu de vin et de pain de mals,
Me laisse sur le tcrtre d’une haie
(joûter avec des broutillcs de chardon .
Mon ventre, tordu par les coliques,
N’arrête pas de tonner;
Mais le parfum d’une bourrique
A le doq de me ravigoter.
Sitôt que de mon amie
J’ai saluô le croupion,
Mon cagneux m’arrache
La queue en me tirant par le pompon.
11 m’étourdit de chaque oreille
En m’appelant : Chien, chien !
Puis après il m’oint l’échine
Avec de l’huile de cognassier.
Si je me roule en cabriolant dans la rue
Dans le trou il me ílanque son zabot;
Alors de ma jambe droite
Je rue quelquefois.
Dans l’ancien temps la Vierge Marie,
Saint Joseph, l’enfant Jésus,
Cheminaient sur notre échine
Sans la frapper comme ce gueux.
Pour soulager la jambe boiteuse
De son bourreau, le pauvre âne
Tout meurtri de coups de liens de bois,
Le chevauche en le portant à dos,
Et quand il descend de mon échine,
Sans m’avoir amené au pâturage,
Une brassée de paille est ma récompense :
Mon Dieu,donnez moi une poignée de son !
Si vous ne remplissez mon ràtelier,
Je demanderai au démon
De me condoire dans sa fournière
Avec mon maitre en charreton I
11 présentera avec le môme à propos un plaidoyer en faveur du Mulet (1)
qu’il déclare sans pôché par faute de naissance.
Comrae le Cheval et la Mule, il adore les grelots, les panaches, les capa-
(1) Dèdiè à Moussu Gastoum Bastit.
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ragons brodés et les galas pompeux; mais au cliquetis des armes il préfére
le repoe, aimant mieux transporter des sacs d’avoine qui lui profitent que des
gens d'armes. Vaniteux et poltron, il n’ignore pas que sa race bâtarde est
frappée d’infécondité et ii n'essaye pas de se révolter contre sa condamna-
tion acceplant philosophiquement de renoncer à Tamour et à ses peines :
Lou chibaù glourious nou se plats qu’a batèros
E qua tchapouteja din lou hangas de san :
Aymi mé pétarra qu'augi la periglèros
Dous fusilhs murtidous de lous que souu deùan.
Ed rebo, cado neyt, d’espleits e d’abenturo,
De plagos a la pet, coum Job lou poustemous,
Jou preheri goarda lisso ma peladuro
E decha pous chibaùs lous cops e Las aunous.
Nou parlo que de cirq e de hennos leùgeros
Que trepon sus sa réo en mustra lou moulet;
Que d’omes plegadis coumo serps ou biùeros,
Culoutats en poupayre e couhats d’un cournet.
Baû mès cabalceja dins lous prats de Gascougno
Que pous camps de bataillo, oun grelo grus de ploun;
Cadun hò so que pot : nous aùs n’an pas bcrgougno
De coufessa, de co, qu’un mulet es eapoun.
Jou n’embeji doun pas de pourta gens d’espazo,
Ni tapaù gabelous, ni lus sacots d’argen,
M’agrado plan milhou de carreja ciùazo
Pramo qu’en la bentra, rendi moun cos balen.
Le cheval glorieux ne se plait qu’aux batteries
Et qu’à piétiner dans un bourbier de sang :
J’aime bien mieux gambader qu’entendre les détonations
Des fusiis meurtriers pour ceux qui sont devant.
11 rêve chaque nuit d’exploits et d’aveutures,
De blessures à la peau, comme Job l’ulcéreux;
Je préfère conserver ma robe lisse,
Et abandonner aux cbevaux les coups et les honneurs.
11 ne parle que de cirques et de femmes légères
Qui voltigent sur son éehine en montiant leurs mollets.
Que d’hommes flexibles comme les serpents ou les vers de terre
Déguisés en nourrisson et coiffés d’un cornet.
II vaut mieux cabrioler dans les prés de Gascogne
Que sur les champs de bataille où grôlent des grains de plomb ;
Chacun fait ce qu’il peut : nous autres n’avons honte
De coníesser, de grand coeur, qu’un mulet est capon.
Je n’envie donc pas de porter des gens de guerre
Pas plus que les gens de la gabelle et leurs sacs d’argent,
11 me convient mieux de transporter de l’avoine
Parce qu’en la mangeant, je rends mon corps vaillant.
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Lou bourrio, gourmandas de haram de fumelo,
Me blasmo de ségui, dambé Tayre gouailhard,
Sentz ahuma, la mulo, espeço de camelo,
E m’apero flaùgnac e segoun Abelard.
En plagnon d’ana soul aù. lheyt quan boli drome,
A Tencountro dou payre, aze bourricassó;
En flatti de pudou, birtut que manqu’a rorae,
Emmalaùzit souben d’este trop hennassé.
Jamès nou galanteji ni nou oounti péguessos :
Lou Gran Turc, de passatje, en boulèuo louga
En d’este Ange-Goardian d’un milé de princessos;
Biatjaùo en bachet, cregniouy de me néga.
Lou boun Diu m’a priùat de poude d’este payre;
Mes nou m'empeni pas de n’este amaynadat.
Aù loc de s’en truffa, l’ome, lou gran truffayre,
Diure s’arrise d4ed quand tourteje embeûdat.
Lou drolle bermious, desempus la cugnèro,
Garraùpio en poupa sa mayre aù bacheré,
Picho din iou panet coumo din la rouilhèro,
E lou caù débrasta per deùan et darré.
An de may a paga lou mes de la neurisso,
Apey lous de l’escolo, oun ed hara lou bop,
L’àne, íriand de parfum de femelle,
Me blàme de suivre avec un air gaillard,
Sans flairer la mule, espèce de chameile,
11 m’appelle endormi et second Abelard.
On me plaint d’aller seul au lit quand je veux dormir
A l’encontre de mon père, àne aimant les bourriques
Je me flatte de pudeur, vertu qui manque à l’homme
Souvent malade de trop courir les femmes.
Je ne courlise jamais ni ne contc fleurettes :
Le Grand Turc de passage voulait me choisir
Pour étre l’Ange Gardien d’un millier de princesses;
11 voyageait en bateau, j’eus peur de me noyer.
Le bon Dieu m’a privé du pouvoir d’être père ;
Mais je ne m’inquiòte pasde n’avoir pas d’enfants;
Au lieu de s’en moquer, rhorame, le grand moqueur
Devrait rire de lui-méme quaud il boite étant ivre.
L’enfant vermineux, depuis le berceau,
Egratignc en tétant sa mère au vaisseher.
Pisse dans les langages comme dans le ruisseau
Et il íaul le nettoyer par devant et derrière,
On a de plus à payer les mois de nourrice
Et puis ceux de l’école ou il jouera au renard,
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- 437 —
Lon hé repedassa cado oop que s'esquisso,
E nous rebeng lou oap osta boueyt qu'ua esclop.
Ey, per talos rasous, hasti de maynadjùéro,
Trobi ben mes plazen de demoura soulet,
Sio a l’escuderio e sio a la carrèro,
Que d’amia damb jou droullatailho en troupet .
Lou Lafountaino a dit que crebi de glouriolo;
Es bertat per ma so, mes per jou n’es pas bray,
Quand lou Papo l'enhourco, ero se crey hilholo,
E memo, encouò belèu, neboudo dou Sent-Pay.
La mulo, cap leùat, en trouteja cujolo :
Lou Papo paûruc crido : « En bole flgnoula
« M'as descaussat lous pès dous estriùs à gansolo;
« Aro, desapîoumbat, dansi ia bamboula. «
Soun ourgulh es bazut de sa gran’innouçenso :
Ero pot s’enclaÙ8tra, coum jou hò caperan;
Lous muls soun sentz pecat per graci de nechenço,
Gn’a pas rede chr.stias qu'en pusqu'en dise ostan.
D’apey un bieilh saben, que de tout parloutejo,
Diù nou poudout uncta lou mul coumo lou braù
Dambe l'ongoent d’amou, de paternaùo embejo,
Aùé tout emplegat per l'aze e iou chibaù !
•
Le faire rapiécer chaque íois qu’il se décbire,
Et on vous le retourne ensuite la tête aussi vide qu'un sabot,
J’ai pour de telles raisons le dégoùt de marinaille,
Je trouve qu'il est plus agréable de rester seul,
Soit à l'écurie ou soit dans la rue,
Que d’amener avec moi un troupeau de petits polissons.
Lafontaine a dit que je crève d'orgueil ;
C'est vrai pour ma sceur, mais quant à moi c’est faux.
Quand le Pape l’enfourche, elle se croit la filleule
Et méme encore peut-étre la nièce du Saint-Père.
La mule, téte levée en trottant fait la flère :
Le pape peureux crie : « En voulant flgnoler
« Tu m’as déchaussé les pieds des étriers à sabot,
« Maintenant, déséquilibré, je danse la bamboula. »
Son orgueil est né de sa graude innocence;
Elle peut se cloitrer, corame moi se faire chapelain ;
Les mulets sont sans péché par gràce de naissance,
11 y a bien peu de chrétiens qui puissent en dire autant.
D'après un vieux savant, qui bavarde de toute chose
Dieu ne put oindre le mulet comme le taureau
Avec l’onguent d'amour, de paternelle envie.
Ayant tout employé pour l'âne et le cheval !
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— 438 —
II prendra avec la même habileté la défense du Bop (du Renard) si dure-
ment traité par tous les fabulistes : Esope, Phèdre et Lafontaine .
Tous les hisloriens du vieux monde, écritures saintes ou profanes, racon-
itent ses infamies :
Que debison de jou din la Santo-Seriùpturo,
Din libès fayssounats per omes couneguts,
Coura Esopo, un boussut osta led de íìguro
Que beroy de Tesprit e luzen de birtuts.
Esclabo e recardè do houeilhado de gédre;
En saùneja, sietat sus sa desco, aùs raarcats,
Hascout countériotz qu’estoun per Moussu Phèdrc ,
Tabé de la partido, un paù trop limacats
Lou Lafountaino apey remerabrout moun liistouèro
E la requinquilhout sentz y hé nad pedas;
Toutis tres s’adjuden de la Muso oubriéro
Que sab tout, e mes raay, sounco brouca débas.
M’enculpon d’illusi la Cigougno e l’Agraùlo,
De m’embusca pertout, au bruchot, aù pailhé,
De pana, d’escana, d’ayraa la bouno taulo
Aù gran dol dou bezin quan es un pourailhé.
Edz dison encoué quo raa lenguo aguzado
Afïrounto tant que pot las bestis e las gens,
Que souy toustem aù goueyt per hé bouno gahado,
Qu’en imita lou mort, arrapi lous biùens.
On parle de moi dans la Sainte Ecriture,
Dans des livres conçus par des hoinnies connus,
Comme Esopc, un bossu aussi laid de figure
Qu’étincelantd’esprit etluisant de vertus.
Esclave et revendeur de ramure de lierrc;
En songeant, assis sur sacorbeille, aux marchès,
II íit des petits contes qui furent par M. Phèdrc ,
Lui aussi de la partie, un peu trop fantaisistes.-
Lafonlaine ensuite rappela mon histoire
Et la rétablit sans y faire la moindre retouche ;
Tous les trois s’aidèrent de la Muse ouvrière
Qui sait tout, et même davantage, si cc n’esl tricoter des bas.
On m’accuse d’avoir trompc la cicogne et le corbeau
De m’erubusquer partout. dans lcs buissons. les meules de paille
De voler, d’égorger, d’aimer la bonne table
Augrand préjudicedu \ oisinquandc’est un marchandde volaille.
lls prélendent encore que ma langue aiguisée
Affrontc tant qu’elle peut les bêtes et les gens,
Que je suis toujours à l'affùt pour íaire bonne prise,
Qu’cu faisant le mort, je saisisles vivants.
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- 439 -
Lous bouchès e cailhets murtrisson mes d’aujame ,
Din la mitat d'un jour que jou din tout un an,
Eds n’an pas coumo jou l’escuso de la hame,
Pusque soun enhastiatz e de carn e de pan.
Lou renard nou counech las hennos de passatje,
Ni las spousalicis, sagrados pou tourin,
Coumo lous cagnassis que heston maridatje
En coumença toustem la nosso per la fln.
Quan ey troubat au bosc uo bouno ménadjero,
Lou dizi : < Bos esta la mouilhé dou renard (1)? p
A pey lou sagromen z'en ban à la tutèro
E peguesson un drin, mes en hé crampo à part.
En hauneste counjunct mani sourti damb ero:
A la casso e deguens m’apero « couloumbet. >
E jou la souegni plan e l’aperi « tourtèro »
Quan doulourousomen betèro un anjoulet.
Lous tres bieils fabliés, bêleù de la poulisso,
An trourapetat pertout qu’eri cruau, ruzat,
Les bouchers et les chourineurs détruisent plus d'auimaux
Dans Ia moitié d*un jour que moi dans une année,
lls n’ont pas commc moi l'excuse de la fairn
Puisqu’ils sont dégoútés de viande et depain.
Le renard ne counait pas les femmes de passage.
Ni les épousailles consacrées par la soupe à l’oignon
Comme les chiens qui fétent le mariage
En commençant toujours la noce par la fin.
Quaud j’ai trouvé dans les bois une bonne ménagère
Je lni dis : « Veux-tu étre la femme dn renard ? »
Apròs le sacrement, nous nous acheminons vers la tannière
Et plaisantons un brin, mais en faisant chambre à part.
En lionnéte conjoint je ne vais pas sans elle
A la chasse, et dedans elie m’appelle « pigeon, »
Je la soigne bien en l'appelant « tourterelle »
Quand douloureuscment elle engendre un ange.
Les trois vieux fabulistes, peut-étre de la police,
Ont publié partout que j’étais cruel, rusé,
(1) Le renard se marie, mais il n’est pas monogame ; il ne fait terrrier commun
avec la femelle que pour le temps seulement ou l’éducation de la famille rend ses
soins nécessaires. Cette union, qui commence vers la fin de l’hiver, dure jusqu’au
mois d’aoút. La renarde porte deux mois, conime la chienne ; elle met bas en avril ;
sa portée est de cinq petits.
II est d’observation que, hors le temps de mariage, les renards, tant màles que
femelles, font très peu parier d’eux. C’est la venue de la famille aui développe avec
luxe chez le pòre et la mère les instincts de pillage et de vol dont le ciel les a douést
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- 440 -
E ta plan, de naturo, enteeat de mAliço,
Que sanai par plazè couni s’èro moun estat.
M’entourni ciio jour bonte boueyt de la casso,
Dempus que pous sabons lous bestias abertitz
Se niefíidon de jou, nou trobi que la plasso
Din lou jas dous lebraùs, lous paùs de las perditz.
Et mètne de nature entaclié de malice,
Saiguant par plaisir conime si c’était mon mátier.
Je m’en retourne cha«(ue jour le ventre vide de la chasse;
Depuis que les bestiaux avertis par les savauts
Se méflent de moi, je ne irouve que la place
Dans le gite des levrauts, le nid des perdrix.
Dans un ordre inférieur nous trouvons la description de l'Esquiro (1)
(rEcureuil), dont on croit voir à travers le feuillageles aériennes cabrioles.
Joli, vif, sémillant, adroit et souple, ii renonce à la gymnaslique quant
arrive la saison d’Jiiver, et se retire dans le creux d’un vieux chèue pour
jouir dans une douce quiétude de la fortune (monoeau de noisettes et de
faines) qu’ii a su amasser. C'est là que ses ennemis viennent le surprendre
pour ledéloger de son édifice aérien. II s'élnnce vers les branclics les plus
èlevées du voisinage, mais sa robe rouge devient un excellent |x>int demire
pour le chasseur qui ne dédaigne pas sa chair :
Aymi saùterica de la bvanco à la branco,
De m’y dindouleja, cap en bas, aù puntet,
D’uo saùtado, apey de passa, sentz palanco,
Dou eim d’un aùte à l’aùte osta plan qu’un aùzet.
Din lou mounde animaù, dizon que souy pailhasso,
Dansayre sus la cordo, escabeillio rameù ,
Qu’esgoali la mounino en lestetat, grimaço,
E qu’en arpateja lou hey souben rampèu.
Quan un can, per gnaca, me flayrejolou m’acousso,
Jou garrapi taleù dous pès ct de las mas,
J’aime à sautiller de branche en branche,
De m’y balancer tête en bas au sommet,
Puis d’un bond de passer sans l’aide d’un pont
De i’un à l’autre faite aussi bicu qu’un oiseau.
Dans le monde animal on dit que je suis un paillasse
Tn danseur de corde, un sauteur de branches,
íjue j’égale le singe en lêgèreté, en grimaccs,
Etqu’en me trémoussant je lui fais souvent concurrence.
I.orsqu’un chien pour mordre me flaire et me poursuit,
Jc grimpe aussitôt avec pieds ct mains,
(1) Dcdiè à Moussu L. Dousquet.
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— 441 —
E l 'y macfai, de loay, ma béro cuitcho arrousso,
Pramo soay trop poalit per ly hé pan de nas.
L’home es lou troubadou de Berdiuze-Berdaàzo ,
N’ey heyt uo taben à perpaùs d'esquilhot :
« Esquiro, esquilhot, soun daùtt memo caùso,
« Sustout quan ey boutat la noguo à l’esciipot. »
Si l’ome m’encaùjolo, en tourna de ia casso,
Dins un roudet de boy )iey toustem birouiet;
Aquet joc me platz mè que lou de la becasso
Quan tournejo à la brocho en lardous jacoutet,
Quan m’aùeji de hè cambeletos e biro,
D’este beùze e soulet au houns de ma prezoun,
Jou, lou praùbe esquiro, gran amic de l’esquiro,
Per aiiegri moun co tringii de l’esquiroun.
En estiu, buscailli pou tems oun lou fred pico,
Las mellos, lous aùras, qu’estuji din moun jas.
Din l’hiuer, entutat, dechi la gymnastico
E fristouilhi, tranquille, amb l’esparang d’auras.
Ma pet roujo e bezento, au bos, quan se deshoueilho,
Es miro pou cassayre, e soun fusilh, hougnat
Dambé gragno de ploum, me crièro la peilho ;
Entre nous aùs praco gn’a pas inimitat t
Et lui montre de loin ma belle queue roussc,
Parce que je suis bien trop poli pour lui íaire uu pied de nez.
L’homme est Piuveuteur des proverbes,
J'en ai íait un aussi à propos de la noix :
« Ecureuii, noix, sont presque la même chose,
c Surtout quand j'ai mis la noix dans la tire-lire. »
Si l’homme m’encage au retour de la chasse
Dans un rouet de bois, je fais toujours la roue,
Ce jeu me plait plus que celui de la bécassc
Quand elle toume à la broche bardée de lard .
Lorsque je suis fatigué de tours et gambades,
D’étre veuf et seul au fond de ma prison,
Moi, pauvre écuteil, grand ami de grelo.t,
Pour réjouir mon cajur je joue de la sonnette.
En été, je ramasse du bois mort en prévision du frotd,
Je t ache dans mon gite, amendes et noisettes.
En hiver. blotti, j’abandonue la gymnastique
Me délectant trauquille avec mon épargne de noisettes.
Mon pelage rouge et voyant dans Ie$ bois privés de feuillages.
Sert de cible au chasseur, et son fusil chargó
De grains de plomb perce de trous mou corps;
Entre uous deux pourtant il n’existe pas d’iuimitié.
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— 442 -
Comme on le voit, dans le genre qu’il a adoplé il ne fait qu'esquisser;
c’est un tout petit poème et comme un coup de crayon de fantaisie. Ayssi
n'est-ce pas le nombre mais le choix des traits qui le préoccupent. Ces pein-
tures si courtes valent. certes, de grands tableaux, car le talént de Fartiste
consiste à saisir le trait exact qui montre dans un objet son caractère original*
C?est là le grand mérite de Noulens.
Après les quadrupèdes, écontons les vers charmánts qu'il prodigue aux
oiseaux, ces chantres ailés, objet de ses prédilections.
Rien de plus gracieux que cette peinture da Cot-Arrous (1) (Le Rouge-
Gorge) :
Jou souy Tamic e lou cantayre,
Din lou bos, dou praùbe legnayre.
Taben dou praùbe resseguè :
En lous segui chiouli moun ayre;
Eds me tenguon per barejayre
Ou gouaridou de l’aùejé.
Dins mas soguidos esbastousos,
Pous bruchots, seguos roumegousos,
Nous me mustri jamès auriù,
A l’Angelus de fln de dio,
Cap birnt decats l’Abadio,
Damb l’ome pregui lou Boun-Diu !
Quan lous oubrès, a la brespado,
S’en tournon camiso gouhado,
Haùsset ou resseguo à la man,
Lous saludi d’uo pioulado
Que bo dize en lenguo sagrado :
« Adechatz, bezis, à douman ! »
L'hiùer, quan la terro es tourrado,
Eds dechon la porto alandado
E m’abriqui costo l’aùtan
E lou fred debat la teùlado
En beze raa mino ahamado
La henno esmico un tros de pan.
Pramo de ma gran amistenço,
Meritado per la sapienço
Dous buscassés, hiùer, estiú,
Lous dou puble e de moungerie
Me crezon de la counfrayrio
Dous aùzets, beziats dou Boun-Diù !
(1) Dédié à M. de Ruble.
Je suis l’ami et le chanteur
Dans le bois du pauvre bucheron,
De méme que du brave scieur de long;
En les suivant je siffle ma chanson:
Ils me considèrent comrae balayeur
Ou guérisseur de l’ennui.
Dans mes promenades sautillantes,
A travers les buissons, les haies épineu-
Je ner rae montre jamais timide, (ses,
A l’Angelus de la fln du jour,
La tète tournée vers l’abbaye,
Avec l’horame je prie le bon Dieu !
Quandles ouvriers, à la fln de lajournée,
S’en retournent la chemise mouillée,
La serpe ou la scie à la main,
Je Jes salue d’un piaulement
Qui veut dire en langue sacrée :
« Bonjour, voisins, à demain ! •
L’hiver, lorsque la terre étant gelée,
Ils laissent leur porte ouvcrte
Je me préserve du vent d’autan
Et du froid sous la toiture.
En voyant ma mine afïamée
La femme émiette un morceau de pain.
A cause de ma grande amitió
Acquise par l’expérience,
Des bucherons, en hiver, en été,
Ccux du peuple et des couvents
Mc croient de la confrérie
Des oiseaux, favoris du bon Dieu !
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4
— 443 —
LouNiou dou Cardin (1) (Le Nid du Chardonneret) (2) n’offre pas moins
d ’intérêt, Le poète, avec son lalent d’observatèur, nous initie aux moindres
dótails de la confection du nid de ces intéressants volatilles et fait valoir
Tinstinct des pures affections familiales dont la nature lesa ppurvus. C’est
un délicieux sujet, traité avec un art infini : ^
Dins soun pays, oun la tourrado Dans son pays ou la gelée
Damoro naù mes de l’annado, Persiste neuf mois de Tannée,
Lou Lapoun, présouné dou fret, Le Lapon, prisonnier diî froid,
Adourno, coumo uo capèro, Orne, comme une chapelle,
Deguens, dehoro, la cugnèro En dedans, en dehors, le berceau
Quan es attendut un nenet Lorsqu’un nouveau-nè est attendu.
Au cèù dou brès, en pendilhèro,
La may estaco soun anèro,
Lou payran un ploum de hilat,
E la mamèro uo cadeno
D’aur qu’un pescayre de baleno
S'aué ches ero desbrembat.
Au cieldu beroeau, en pendille,
La mère attache son annóau,
Le grand-père un plomb de filct,
Et la grand’mère une chaine
D’or qu’un pècheur de baleine
Avait chez elle oublite.
Lou payre desturoco, en bito,
Un aùzet, espeço de guito,
Per assoupleja lou couchin
E per escaùha la couyneto
De maynadet ou maynadeto :
Hen ataù cardino e cardin.
Toutis dus aùan la couado
N’an que Tembejo e la pensado
D’apoulida lou niu en roun.
Lou cardin, aûs bruchots de courabo
Ba gragna plumos de couloumbo,
Esbouria pelucs de cardoun.
L.as hcrbos en cercie amaiihados
L’aùzèro, amb soun cos pcr pcsados,
Apregoundis, lisso lou niu :
Un chisclet ly liè biassaduro
Mè sa maternaúo naturo
Nou crengd’este plagadoaù biù.
Ero apey mouflino sa coupo
De l’an, de plumachoun, d’estoupo :
Acabado, coumo boulé,
Soun obroes railhou fayssounado
Que las desquetos de maynado
Trescados per un payroulé.
Le père plume en vie
Un oiseau, espèce de canne,
Pour assouplir le coussin
Et réchaufter le lit
Du petit ou de la petite :
Les chardonnerets en font de mèrae.
Tous les deux avant la couvèe
N’ont l’envie et la pensée
Que d’embeliir le lit en rond.
Le mâie, aux buissons de la vallée
Va chercher des plumes decolombe
Et effiloche duvets de chardons.
Les herbes disposées en cercle
La femelle, avec son corps par pesées
ApprofondiL iisse ie nid :
Une écharde lui fait une biessure
Mais sa nature materneile
Ne craint pas d’ètre blessée au vif.
Puis aprèfc eile assouplit sa coupe
De lainc, de duvet d’étoupe,
Achevant, comme elle le désirait,
Son ceuvre est mieux façonnée
Que les corbeilles de flllette
Tressées par un chaudronnier.
(1) Dédié à M. H. Roujon.
(2) Le chardonneret affectioune le chardon, dont il a pris son nom.
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Cad’ auzerot din l’oueou remudo,
Traùco lou clèsc de soun becot,
Passo lou cap per la henudo;
La mayre acloucado, ’smaùdo,
Escalouris lous aùzerots .
A la bis(o de lur basudo
Lou mascle, braocat sus 1‘agreù,
Din sa briaguesso, saludo
De sous petitots la bengudo
E mercio, en canta, lou céù 1
Ed apey din sa cantàrolo,
Ditz à la roso d’arroumec :
« De joyo, la mayre tremolo,
* E jou, que lou bouhur aholo,
» Me sentissi debengue pèc î »
Chaque oíseau remue dans l’oeuf,
Perce la coque de son bec,
Passe la tète par la fente,
La mère, couveuse toute émue
Réchauffe les petits oiseaux.
A la vue de leur naissance
Le mâle, perché sur le houx,
Dans sa joie, salue
La venue de ses petits,
Et remercie le ciel en chantant 1
Puis ensuite dans sa chanson,
11 dit à la rose de ronce :
« De joie la mère tremble,
> Et moi que le bonheur affolle
» Je me sens devenir idiot 1 »
Comme ses iliustres devanciers, Du Bartas et Dastros , il giorifie à son
tour la Lauzetto (1), la gentille Alouelte. II ne s’attarde pas comme eux à
imiter son chant au naturel; s’il admire son vol puissant, plus réaliste
qu’eux, il ne dédaigne pas i'oiseau après sa mort, transformé en un savou-
reux pâté dorè :
Lauzeto, joyo dou laùrayre,
Quan, per respoune à l’Angelus,
T’eslansos, counio un treyt, en l’ayre,
Nat aùzet n’es ta boun cantayre,
E nad nou bolo s’tan catsus !
Mountado aù crum en dreto reguo,
Toun cant nous arribo mes cla,
De la haùtesso d’uo lèguo,
Que lou cric, jitat de la sèguo
Oun lou merle trepo en piùla I
Nad aùzet, a ma counechenso,
De ta louy nou pot este aùgit,
Car Diù, din sa munifìcenço,
A tu soulo a bailhat poudenço
D’este enlenudo dou Zénith !
Entan que toun aleto biro,
Àù cim dou am, toun coutoulioù
Laliutejo, un oro de tiro,
Ou gourguejo soun tiro-liro,
Soun tiro liro e soun più-più.
Lous troubadous t’an imitado :
Dastros a gahat sus lou biii
Alouette, joie du laboureur,
Quand pour répondre à l’Angelus,
Tu t’élances comme un trait dans l’air,
Nul oiseau n’est si bon chanteur
Et pas un ne vole aussi haut !
Montée vers les nuages en droite ligne,
Ton chant nous parvient plus clair
De la hauteur d’une lieue
Que le cri qui vient de la haie
Où le merle saute en piaulant !
Nul oiseau,' à ma connaissance,
Ne peut ôtre entendu de si loin,
Car Dieu, dans sa raunifìcence,
A toi seule a donné le pouvoir
D’ètre entendue jusqu’au Zénith !
Pendant que ton aile retourne
Au sommet du ciel, ton sifflet
Flùte une heure de suite
Ou roucoule son tire-lire,
Son tire-lire et son piou-piou.
Les troubadours t’ont imitée :
Dastros a saisi sur le vif
(1) Dcdió ii sa noroy à sa belle-ítlle.
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445 —
Loa bíroulet de ta boolado
E toun fredoun, qu&n das l’aùbftdo
A raùbo, peilho don Boun-Diu !
Lou roussignol laùdo la luo
E sa lusidou de careilh !
Nado laùdon nou baù la tuo
Per Tastre doun lou lara enluo,
Per toun aymadou, lou soureiih !
Quan bezes, darrè la garbèro,
Aù louy, Festouret, toun bourrèù,
Roundouleja, hè la goeytèro,
Que t'ahutoe din la brumèro
Aú deuan de l’adjud dou ceù I
Sentz creze que la superbio
Te debiro de toun trabailh.
Laùzo, t’en pregui, renuncio
A Timatge de ta facio.
A Femplec mourtaù dou mirail I
Lous qui t'aymon, penden ta bito,
Per toun art, toun bol, toun plumet,
T’aymon plan tabe sepelito,
Patissejado, a punt coufìto
Din la cloto d'un toupinet.
La pirouette dft ta volée
Et ton refrain, quand tudonnes i’aubade
A l’aube, robe du bon Dieu !
Le Rossignol loue la lune
Et sa clarté de lampe à trois becs 1
Nulle louange ne vaut la tienne
Pour l’astre dont l’éclat éblouit,
Pour ton araant, le Soleil 1
Quand tu vois derrière la gerbièje
Au loin l’Epervier, ton bourreau,
Planer en rond faire le guet,
Tu t’enfuies dans la brume
Au devant de l’aide du ciel 1
Sans croire que l’orgoeil
Te détourne de ton travail,
Allouette, je t’en prie, renonce
Pour l’image de ta face
A l’emploi mortel du miroir !
Ceux qui t’aiment durant ta vie,
Pour ton art, ton vol , ton plumage,
T’apprécient aussi quand tu es morte,
Pètrie, conûte à point
Dana les profondeurs d’un pot de terre.
Plus loin il nous dépeint lou Couloumb e la Tourtero (1) (le Tourte-
reau et la Tourterelle) à l’époque des amours. Son choix à saraison d'étre,
car il coraprend que ie seul oiseau dont il puisse faire un amant est sans
contredit « Toiseau de Vénus. »
11 nous montre le mâle voietant avec un empressement gracieux autour
de sa femelle, baisser et relever tour à tour son col flexible d’un air suppliant
et tendre, attacher longuement sur elie ses yeux si doux et se soulever à
demi sur ses ailes bleuâtres pour la becqueter de son bec rose et délicat :
L’ayre dou printems aliscaùo
Lou san dous estes amourous
E de sa bouhado embeùdaùo
Encouè milhou lous aùzérous.
Uo tourtèro malaùdouso
E flaco, sentz sabe perqué,
Tourtejaùo sus la pelouso
Quan un Couloum, de soun jouqué,
L’ait du printemps excitait
Le sang des ôtres amoureux,
Et de son souffle eniv|&it
Encore mieux les oiseaux.
Une Tourterelle maladive
Et languissante, sans savoir pourquoi,
tíoitait sur la pelouse
Lorsqu’un Pigeon, de son perchoir,
(1) Dédié à Mouesu Maurici Fauro.
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fiengout per l’y hé reberenço
E seguido de louy, sou tap ;
Ed la saludo ou be Tencenso
Dinqu’a terro en bactaa lou cap,
E poutouejo, en counscienço,
Cado pas d'ero de soun bec.
La Tourtèro esproubo gaùdenço
A tan d'amou, tan de respec !
Lou Couloum, a ia fin s’aholo;
Amigailhen, amigailhat,
Autour d'ero biro, birolo
Per mustra qu’alou cap birat.
Ed de néùet roundoulejaùo
En gourgueja : couroucoucou !
Ero tendroumen lou miraùo
E l’y re3pouneùo : prou-prou !
Per sagra la hesto noubialo,
Au niù tourtereto e galan
S’emboulegoun, alo countro alo,
Coum’ s’eron tenguts per la man !
Vint pour lui faire révérence
En la suivant.de loin sur le tertrc;
11 la salue ou bien l’epcense
Jusqu’à terre en baissant la tête.
11 donne des baisers en conscience
A chacun de ses pas, avec son bec.
La Tourterelle ressent du plaisir.
De tant d’amour et de respect !
Le Pigeon à la fln s’affolle;
Caressant et caressé,
Autour d'elle tourne et tournoie
Pour montrer qu’il a la tête à l’envers.
Lui de nouveau allait en rond
En roucoulant : couroucoueou !
Elle le regardait tendrement
En lui répondant : assczt assc; !
Pour sacrer la fête nuptiale,
Tourterelle et galant au nid
S’envolòrent aile contre aile
Comme s’ils s’étaient tenus par la main!
Ecoulons encore cet appel d’infinie tendres'se que lou Gric (le Grillon)
adresse à la Buho (rEtincelle) dans le dialogue suivant :
LOU GRIC
Hilho dou houèc de broc, d’estèro,
As, en clareja ma tutèro
E ma negrou de caperan,
Heyt obro ’stan sagrado e béro
Que la dou Boun-Diu quan mouilhéro
L’escuritat e lou lugran !
A ta luzou moun oueilh s’encluco,
A ta luzou moun co saluco !
E se te bezi petrilha,
Ta bisto seguo ma labuto,
E lou praùbe Grié, que s’abuto,
Cay, fulminat, au traùc dou la !
Quan t’eslansos, touto stigglado,
De la legnero esclamejado,
Per ana ’scalaùa lou teù.
Empenat de toun emboulado,
Boudri, dambc tu, moun aymado,
En te segui me perdo au ceù !
LB GRILLON
Fille du feu d’épine, de copeau,
Tu as, en éclairant ma cacbette
Et ma noirceur de chapelain,
Fait ceuvre aussi sacrée et belle
Que celle du bon Dieu quand il unit
L’obscurité avec l’étoile !
A ta clarté mon oeil est avenglé,
A ta lueur mon cceur s’allume,
Et si je te vois pétiller,
Ta vue coupe court à ma musique,
Et le pauvre Grillon qui s’enfuit
Tombe, foudroyé, au trou du foyer.
Quand tu t’élances, toute étincelante,
Du bucher enflammé,
Pour aller esealader le toit,
Inquiet de ton envolée,
Je voudrais, avec toi, ma bien aimée,
En te sui vant me perdre dans le ciel !
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Lâ BOffO
VBÎMCBLLS
— 447
Apey lou brut de la cugnèro
Que, lou sé, jumpïo la pepèro
En de hò nina lou nenè,
Souy jelouso do la memèro
Que pot, en bira sa hilèro (1),
Entene ta bouès, dou courné !
Ta menudeto canterio
En m'embriaga m’esbaubio
Per soun retoc melancoulic,
Sustout se duplicos l’aùbado
Per la buheto, ta beziado,
E doun lou grazit es lou Gric.
Taleù que dôu lam souy sailhido
E pou hat catsus atrenido,
Baù, doulento de nou poudé
Amiar aù bol moun cantayre,
M’estabani, soulo, din l’ayre,
Louy de l’amic dou caùhèdéî
Demand’ a Diu que las buhetos,
Dou ceù, coumo las esteletos,
Debaren, aù loc de mcunta,
Labets jou pouyrey, a playetos,
Me gaùdi de tas cansounetos
Et m’espamar en t’escouta.
Après le bruit du berceau
Que le soir berce l’aïeul
Pour endormir l’enfant,
Je suis jalouse de l'aïeule
Qui peut, en tournant son fuseau,
Entendre ta voix du coin du feu !
Ton cbant gracieux
En m’enivrant m’enchante
Par son refrain mèlancolique,
Surtout si tu bisses l’aubade
Pour ta préférée l’étincelle
Dont le favori est le Grillon.
Sitôt que j’ai jailli dc la flamme
Et suis entraînée au ioin par la fatalité
Je vais, malheureuse de ne pouvoir
Amener avec moi mon cbanteur, •
M’évanouir, seule, dans l air
Loin de l’ami du foyer !
Demande à Dieu que les étincelles
Du ciel, comme les étoiles
Descendent, au lieu de monter,
Alors je pourrai à mon aise
Me réjouir de tes chansonnettes
Et me pàmer en t’ócoutant.
A l’exemple de ses immortels modèles, Noulens a prêté aux animaux
nos sentiments et nos pensées; plus audacieux eette fois, il va les commu-
niquer aux fleurs.
Comment dire avec plus de charme altendri ia désespérance de la Briù-
Ihéto (la Violette) amoureuse dou Lugran (2) (de l’EtoiIe)?
En pètrilha quan ta lutz sailho #
De l’escuritat dou cèu,
Ou que, din l’arriu se mirailho,
Lous rays menudets de ta hailho
Soun mes dous que lous rays de mèû !
Preheri toun espiaduro,
Toun arrisoulet clarejous
E toun lam, unctat de frescuro,
A l’escaùdento lecaduro
Dou soureilh quanme da poutous.
En pétillant quand ta lumière jaillit
De l’obscurité du ciel,
Ou que dans le ruisseau miroitent
Les menus rayons de ton feu’
Quisont plus doux que les rayons demiel
Je préfère ton regard,
Tcn brillant sourire,
Et ta flamfne, empreinte de fraîcheur,
A l’échaufTant ièchement
Du soleilquand il me donnedes baisers.
(1) Couvercle en cuivre du fuseau.
(2) Dédié à son ami Moussu Sextius Michel.
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Adaro, au loc d'ayma l'oumbreto,
Coum aùtes cops, aymi la neyt;
Quan mounto enta tu, sentz aleto,
Dou roussignol la cansouneto,
Moun amo plouro de despeyt ;
Que lou Boun-Diu, que m*a *stacado
A moun jas coum' un pichocan,
Tremude, en alos, ma houeilhado
En de que pusque, à la boulado,
T'aùfri moun hurum, bet lugran;
En te bouha moun aùlonrado
Pouyri recebe, en escambi,
Lous esglits de ta lambrejado :
Quan m’enfebro talo pensado
Sentissi moun oo reboumbi t
€ Toun eecambi nou hè nessèro,
— Me dits l’ourtig en m’escarni —
» Decho l’alirot a l'auzèro,
» E saùnejo din la hanguèro
» Entretan de t estabani . »
Lugran, pietat per Taymadouso,
Qu’estout sumbol d'hnmilitat,
E que l’amou, de bergougnouso
A rendudo per trop gaùsouso,
Dempus que m’as lou cap birat f
Maintenantau lieu de rechercher l'ombré
Commo autrefois, j'aime la nuit;
Quand monte vers toi, sans ailes,
La cbansonnette du rossignol,
Mon âme pleure de dépit.
Que le bon Dieu qui m'a attachèe
A mon gite comme une herbeépice,
Transforme, en ailes, ma feuiliée
Pour que je puisse, a Ja volèe,
T'oíTrir mon parfum, belle étoiie;
En te soufflant ma bouííée odorante
Je pourrai recevoir, en écbange, [clairs :
Le jaillissement de ton flamboiement d’é-
Lorsqu’une pareille pensée m'obsède
Je sens mon cceur rebondir ì
« Ton écbange n'est pas indispensablc,
— Me dit Forticen mecontrefaisant —
» Laisse Taileron à Toisellc
* Et rêve dans le boorbier
»> En attendant de t’évanouir. »
Etoile, pitié pour ramonrcuse
Qui futle symbole de Fhumilité,
Et quo Famour, de timide qu'elle était,
A rendu par trop audacieuse,
Depuis que tu m'as tourné la tète í
Nous retrouvons les mômes transports amoureux dans les morceaux
suivants :
La Per/ro88tlhano e lou Cowcw/(La Ciguê et le Coucou cles Prés);
Lou Biuèt a VArrouselo (1) (Le Ver de terre au Coquelicot);
La Cuco e VArrousé (2) (La Chenille et le Rosier);
Lou Grounch e la Flou d' Arroumec (Le Pissenlitel la Fleur de roncc),
charmantes composilions qui sont de petits bijoux de ciselure.
Le grand fabuliste, auquel nous faisons encore appel, nous monlrait le
port majestueux du Chêne; il peignait en vers grandioses € son front au
Caucase pareil, bravant Feffort de la tempête. > II lui donnait Forgueil qui
convient à la masse de son tronc, à l ampleur de son feuillage,- au calme
et à la force uniforme de sa longue végètalion. II plaignait sa chute; un
arbre, aussi bien qu'un homme, peut souffrir. L'histoire des grands finit Ià
comme chez nous par une ruine.
Le poète gascon nous fait une belle description du Gir/an de la
(1) Dèdií'* à Moussu G. d’Esparbòs.
{/) Dédió à Moussu L. Labat.
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- 449 -
gnada (1) (le Géant de la forêt de pins) au sujet duquel un peíntre feraít
tout un tableau. C'est un être souffrant qu’il aime et qu’il plaint. Comme
ces vieux guerriers des temps héroïques, son corps est couvert de blessures
sans cesse rcnaissantes, ceu vre de Thomme, son bourreau, qui en tire profit
II en fait un emblème de force, de sacrifice et de charité :
Dam toun cabeilh bezin dou cèu,
Toun pé, caoussat de majoùrano,
De gèdre, de mousso e d’agréu,
O gran pin; l’aynat de la Lano,
Un pintre pot heze un tableù.
Semblos bengut de milhou gragno
Que lous aùtes pins, tous parens; *
Trop haùt per saluda las gens,
Toun cim saludo la mountagno
Quan la brumo nou l’escuragno ;
Quauque cop, adjudat pous bens,
Toun frount trómoulen accoumpagno
Lou tringl de l’aujaùme aus pastens,
E lous cantics dous pénitens
A las hestos de la campagno.
Qu’as toutz lous couradges ensems
Coumo lous souldats dou bieilh tems,
Doun se remembro nosto gnagno.
Hérit dou coustat ou deùan,
Ta plaguo poustemejo e sanno;
Entan que la donlou t’escano,
Entan que pichorlo toun san,
Pas un plagn nou caysus la brano,
Pas un plagn nou mounto au lugran !
Lou bent soul en passa plourejo
Sus ta blassaduro e toun maù,
Doun lou sudamen s’esgoutejo
Dins uo ’scudel’ ou gran didaù.
Pareiih au Seignou sou Calbayre,
Per te benja dou rousinayre
De l’ome qui t’a picassat,
Tu bailhos toun san au sannayre
E l’adescos coumo toun frayre,
Gigan de tailho e caritat !
Dizon qu’un gran aùzet d’Africo,
Au bec osta loung qu’un loung paù,
Sentz cregnenço de la coulico,
Per sous hilhs s’estripo, se caù,
£Id labets bailho, en biàduro,
Aùs sous, ahamiats c tros,
(1) à Jean Hameau
Avec ta cime voisine des cieux,
Ton pied, chaussé de marjolaine,
De lierre, de mousse et de houx,
Oh ! grand pin, I’aîné de la Lande,
Un peintre peut faire de toi un tableau.
Tu parais venu de meilleure graine
Que les autres pins, tes parents;
Trop haut pour saluer les gens,
Ton faîte salue la montagne
Quand la brume ne l’obscurcit pas
Quelqucfois, aidée par les vents,
Ton front tremblant accompagne
La sonnerie du bétail dans les pâturages
Et les cantiques des pénitents
Aux fètes de la campagne.
Tu as tous les courages ensemble
Comme les soldats du vieux temps,
Dont se souvient notre aïeule,
Blessé par côté ou devant
Ta plaie suppure et saigne,
Pendant que la douleur t’étreint;
Pendant que ton sang suinte,
Pas unc plaintenes’entend sur labrande,
Pas une plainte ne monte vers l’astre !
Lc vcnt seul en passant pleurniche
Sur ta blessure et sur ton mal
Dont le suintcmcnt s’égoutte
Dans une écuelle ou grand dé.
Semblable au Seigneur sur le Calvaîre,
Pour tc venger du rêsinier,
De I’liomme qui t’a meurtri,
Tu otïres ton sang à ton bourreau,
Et tu le nourris comme ton frère,
Gèant de taille et de charité !
On dit cju’un grand oiseau cl’Afrique,
Au bec aussi long qu’un long pieu,
Sans crainte d’avoir la colique,
Pour ses enfants s’étripe, s’il le faut,
Alors, ii donne en nourriture,
Aux siens, affamés et chétifs;
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— 450 —
Dc sa meìisso la carnaduro;
Tu damb toun san das la pasturo
A qui t’a haùssilhat lou cos.
Ed soufTris pcr sa créaduro,
Tu souffrissos per toun bourréu;
Gn’a ics mov bet debat lou ccu (1) ?
La chair de ses cntrailles;
Toi avec ton sang tu donncs la pâture
A celui qui t’a entaillé lo corps.
Lui soufTre pour ses créatures,
Toi tu soufîros par ton bourreau;
II n’y a rien dc plus beau sous le eiel?
C'est en vérilable gourmet que Noulens nous dêcrit ensuito de la façon la
plus appétissante certains chefs-d'ceuvre culinaires du pavs gascon. Avec
quel art accompli il nous dótaille leur préparation et fait valoir leur indicible
saveur ?
A tout seigneur tout lionneur, comme dit le proverbe, c’est V Aùcat
(rOie), celle gloire gastronomique de n(#tre cbére Gascogne qui, la pre-
miòre reçoit lencens de son admiration. Avec uneparfaite aisance, un trait
lui sufìit pour faire son porlraitet rêsuiner en quelques strophes les inulti-
ples scrvices rcndus dans les ménages par ce preeicux auxiliaire après sa
• mort :
Espîatz-lou d’aci : que saludo e culejo,
Lou gaùé dindoulen e sadout de turguet,
Lou praùbe es tan rnauiot, tant patut que barejo
Lous camis damb soun jacoutet.
Din soun cos tout est boun, memo turoc e plumo :
Per la conyno cscaùhat lou nobi borgougnous
Reboumbis tout d’un cop, coumo lou braùque tumo;
Lou dubet l’a rendut gaùsous î
Uegardcz-le d’iei : il salue et frétille du dos,
Ralaneanl le gésier et repu dc maïs,
Le pauvre est si lourd, si patu qu’il balaye
Les cliemins avec son gilet.
Dans son corps tout est bon, méine lc duvct de Ja plume :
Rar le lit de plume éeliauíTé, le fìaneé timidc
Hebondit tout d’un eoup eomme le laurcau qui frappc de la eorne;
Le duvei l’a rendu audacieux !
(I) Dans sa Samainn (.V jour), Du Rnrtas. dans sa Considération des oiseaux ofli-
cieux, pitoyables et eliantables, s exprimc aiusi cn parlant du lVdiean :
'l’u sais (juo èpstuy-(*i son prnpre ttanc
Pour s.i postentô. «ju’il prodijrue son sanj^.
t’uis 1 ii i ìcdouno foree ct «jn’i 1 lui prend envie
I)e faire à se.s eufants un tnmsport de sa vio,
(’ar si losl (jn’il los \oie rneurtns par le serpent,
II liresebe sa poitiine »*t sii r ou\ il rép.ind
Tant de ntale liumeiir «| 11 1 resoliaulïez par ellle,
Ils tiront de sa rnort tine \ie nouvelle :
FiiMiro dc ton Cbrrst. « j uì s’rst eaptií rendu
l’oiir allr.inebir les seif.s, <|m sur l'arbre estendu,
Iniio'ciit, a verst'* lo '•aii^ par s<*s ble-.su res
1*0111* ^urrir du serpent les leslbales moi-sures :
Kt <jtii s'est \olonliers d’innnortel lait morlel
Aliu «ju’Adum ìust lait de uiortel iiumortel .
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— 451
La plumo de soun alo, aginec d’escriùpturô,
Serbis, en arrua mous bersis sou papé,
A canta sous espleits, lauda sa carnaduro
Sabourouso dou cap aù pé.
Quan se soun entulats chiquets de minjario
Entre-miey mous cachaus, couraluts, tremouleus,
Un canet puntagut de sa plumo ’spudio
Las brigailhetos de mas dens.
La pet d’un aùcat gras petera se sagrecho
Douman n’es pas hounudo e coeyto sus houec dòus,
E se lou courpitoun., las alos e la couecho
Ne nadon din lous caùderous.
Apey m’este anguitat de tchichous e d’armotos,
(Las armotos que soun fumelos d’escaùdou;,
Souy sigu de droumi milhou que las marmotos
E d’aùco d’este saùnejou .
Un quartié decouflt, tout soul e sentz coudéno,
Es prou per unctéja la soupos de caùlets;
Quan lou boucin salat gresilho a la padeno,
M’en baù bregua lous goubelets !
Per un taulejadou, ni lòbe ni gario
D*un bet hidge d’aùcat nou balon la sabou,
I.a plume de son aile, propre à l'écriture,
Sert, en alignant mes vers sur le papier,
A chanter ses exploits, à louer sa chair
Savoureuse de la téte aux pieds.
Quand se sont introduits quelques débris d’aliments
Entre mes molaires, creuses et tremblantes,
Un tuyau de sa plurne, taillée en pointe, expulse
Les débris d’entre mes dents.
I.a peau d’une oie grasse éclatera si sa graisse
Demain n’est fondue et cuite sur un ícu léger,
Et si le croupion, les ailcs et lcs cuisses,
Ne nagcnt dans les chaudrons.
Après m’être régalé de graisseries et d’armotes
(Armotts sont femelles de pâte de maïs)
Je suis certain de micux dormir que les marmottes
Et de réver d’oie.
Un quartier d oie coníìt seul et sans couenne
Est Suííisant pour graisser la soupe de choux;
Quand le morceau salé cuit en bruissant à la poèle;
Je m’en vais rincer les verres !
Pour un amateur de table, ni liòvre, ni poule
Ne valent un foie d’oie et n’égalent sa saveur,
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E, se Taìi cailhiùat de truffos, sa tarrio
M’agrado mès qu’un pot de flous !
Soun co bau pas soun cos : quan passon en familho,
Prop la bordo, estranis, bourgès ou manarrous,
Ed cridasso en courre sus la may ou la hilho
E lous gnaco lous coutilhous.
Et si on le farcit de truíles, sa terrine
Me plait niieux qu’un pot de fleurs!
Sou cceur ne vaut pas son corps, quand passent en íamiJle,
Près de la métairie, étrangers, bourgeois ou mendiants
Elle criaille en couraut sur Ja mère ou la fìlle
En mordant leurs jupons.
II fera ressorlir avec la même conviction les mérites de la Pouloyo (1)
[la Dinde), qu’il célèbre avec un
bouche :
La Pouloyo
Es beroyo
Din soun negre casaquin,
Que mirailho,
Coumo dailho,
A la hailho,
D'un bet soureilh, lou matin.
En platz, dambe la maméro
De soun frout en pendilhéro,
Quan s’arrodo sou camin,
Culéjo ou biro, en coulèro,
Lou rabat de sa maclièro,
Mital san e mitat bin !
Ero à taùlo
Coucyto à l’aùlo,
Es un mcns goustous boucin
Qu’cinbroucado,
Ben unctado
E daùrado
Damb loutchuc de soun sagin.
Arré nou la J)aù truíîado,
Sustout quan es arrousado
D’un bin, d’un rougc osta biù
Que lou doun es empoulpiado,
Din la gleizo, a la beyrado,
La culoto dou tíoun-Diù !
(1) Dédic à Moussu F, Lamaudo.
brio capable de vous mettre Teau à la
La dinde
Est belle
Dans son noir casaquin,
Qui miroite
Comme une faux,
A la clarté
D’un beau soleil, le matin.
EUe me plait avec l’excroissance
En suspension sur son front,
Quand ello fait la roue sur Je chemin
Elle frétille du dos ou tourne, en colère,
Le rabat de sa joue,
Moitié sang et moitié vin !
A table
Cuite au pot
C’est un morceau moins savoureux
Q’embrochée,
Bien arrosée
Et dorée
Avec le suc de sa graisse.
Rien ne l’égale truffée,
Surtout lorsqu’elle est arrosée
D’un vin, d’un rouge aussi vif
Que celui dont est empourprée,
Dans l’Eglise, sur les vitraux,
La culotte du tíon Dieu !
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— 453 —
II fera appel à sa verve toule Gauloise pour nous faire apprécíer VEscau -
doun (Pàle de Maïs), mets gascon qui a loutes ses préfcrenccs. II procède
avec soin á sa confection, et s’il se délecte devant ce plat favori préparé à
point, il raet en garde les amaleurs trop friants contre les facheux effets
d’une indigestion :
Un escaudoun bien amarat
He leùa las peilhos pou prat.
Quan la hario es prou touriado
Caù l’amara damb un bastoun
E lugreja boste escaùdoun
Dambémounjetos dc l’annado,
Damb bielhos s'aymotz lou cussoun.
La pasto, plan abarrejado
E mitounado sus houec dous,
Se cambio en coquo daùrado,
Se cambio en escaùdoun blous.
Lambrejon aqueros armotos
Coumo lou couyre d’un careilh,
Arrazo me, gouyo, un pareilh
De salerous ou de calotos :
Boy, din cado man, un soureilh í
Apey aluco la candelo
E, tiro me bin darunan :
Me bau plea la gargamelo
Damb escaùdoun dinqu'à douman.
A taulo, de poù que s’esbente î
Minjen caù : te houn coumo mòù t
E senz touca lous bords, taleù
A la bouco, taleù aù bente !
Adaro passera ? Beleù . . .
Quan las mounjetos soun coueytiùos
Nou mounon qu’un petit fredoun,
Mè taben se soun escrusiùos
Brounzissen ostan qu’un canoun.
Gouyo, lequeras la caùdero;
Lou houns de gritçhos es milhoun
Quela mico de l’escaùdoun;
E se t’embrastos la machèro
E, din lou leyt lou courpitoun,
Coumo lou drolle à la cugnèro
Quan a trop poupat áu cujoun,
Pouyras, en bregua la bachéro,
Te bregua taben lou mentoun.
La pàte de maïs bien pétrie
Fait lever les robes dans les prés î
Quand la farine est assez grillée
II faut mélanger avec un baton
Et mouchetcr volre pàte de maïs
Avec des liaricots de l’année,
Ou des vieux si vous aimez le charançon.
La pâte, ainsi bien mêlée
Et cuite sur un feu doux,
Se transforme en un gâteau doré,
En une páte de maïs succulente.
Elle8 flamboient ccs armotes
Commelecuivred’unelampeà trois becs;
Approche-moi, scrvante, une paire
De jattes de terre ou d’écuelles :
Je veux, dans chaque main, un soleil !
Après allume la chandelle
Pour tirer du vin de l’an dernier :
Je vais me remplir la panse
Avccdelabouilliede maïsjusqu’à demain
A table, depeur qu’elle ne se refroidisse,
Mangeonschaud : ellefondcomme miel !
Et sans toucher les bords, sitòt
A la bouche, aussitôt dans le ventre !
Maintenant passera-t-elle ? Peut-être. . .
Lorsque les haricots sont faciies à cuire
lls ne murmurent qu’un petit refrain,
Mais aussi s’ils sont résistants
Ils résonnent autant quun canon.
Servante, tu lécheras le chaudron;
Les croutes du fond sont meilleures
Que la mie de la pâte;
Et si tu te barbouilies les joues,
Et dans le lit le croupion,
Comrae l’enfant dans le berceau
Quand il a trop tòté à la gourde,
Tu pourras, en lavant la vaisseiie,
Te nettoyer également le menton.
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— 454 -
Moun Dia, m'atz bailhat la fïouchcro
Per m’este engulat d’escaùdoun !
Cado mounjeto e mounjetoun,
M’eschourdis mès que la touèro,
Me pnntcho mès qu’un guingassoun !
Moun budet, coumo uo biùèro,
S’entorclo din moun bente arroun,
E diren que din sa canèro
S’es estujat un harrissoun 1
Un escaùdoun bien amarat
Hé bacha culotos pou prat !
Et le gai Parnassien, qui sait si
volailles et ses mels favoris, sera
Piquopout (Le Vin de folle-blanche),
Un brabe curè de campagno
En trinca, darnb jou, me digout :
« Nat bin de Bourdeù, ni d’Espagno,
« Nou baû, per dohoura la cagno,
« Un boun bcyre do piquopout. »
Per aco, jamès nou l’erabesso
Quan lou ba tira dou barriù,
E, se lou batio à la messo,
Ailhus lou bcù, din sa simplesso,
Atau que la heyt iou Boun-Diù.
Quan s’es mouílinat la gargolo
A brespos mounto au prechadê,
Oun sa boucs s’eslamo e tremolo
Au punt que lous Frays de l’escolo
Gouhon de plous lur moucadc!
Aquet bin blanc do las barricos
Fluis més cla qu’un arriùet,
E barejo, sentz da coulicos,
La roubiduro e las alicos,
Embescados din lou budet.
L’ayguo se mudo, a la bugado,
En lechiû espès e pichous;
IìOU bin blanc, trebous a l’intrado
Din noste bente, apey cubado,
En sailhis clarejat e blous.
Lou matin, au loc de icytatge,
Aftlasquissen per l’estoumac,
Dojuni damb pan de menatge,
(1) Dédic à soun amic G. Níel.
Mon Dieu, vous m’avezdonné ladiarrhée
Pour m’ètre gorgc de pâte de maïs !
Cliaque haricot, grand ou petit,
M’assourdit plus que le tonnerre,
Me pique davantage qu’un gros clou !
Mes bovaux, comme si une vipère
S’enroulait tout autourdans mon ventre,
Me laisscnt croire que dans leurs tuyaux
S’est caché un hérisson.
La pâte de maïs bien mèlangée
Fait baisser los culottes dans les prés !
bien apprécier la saveur des grasses
naturellement atnené à glorifier lou
pour les arroser et complêter le régal :
Un brave curé de campagne,
En trinqnant, avec moi, rr.e dit :
<c Nul vin de Bordeaux, ni d’Espagne,
« Ne vaut, pour chasser la paresse,
« Un bon verre do piquepout. »
Pour cette raison, jamais il nc le répand
Quand il va le tirer au fût,
Et s’il le baptise à la Messe,
Ailleurs, il le boit dans sa puretó,
Tel que l’a fait le Bon DÌeu.
Lorsqu’il s’est rincé le gosier,
A Vòpres il monte en chaire
Où sa voix s’enflaintne et tremblotte
A tel point que les Frères de l’ècole
Mouillent leurs mouchoirs de pleurs!
Ge vin blanc des barriques
Coule plus clair qu’un ruisseau,
Et balave, sans donner des ooliques,
Les rognures et les débris
Engluésdans les boyaux.
L’cau se transforme, à la lessive,
En eau de lessive èpaisseet couleurd’u-
Le vin blanc trouble à l’entréo [rine;
Dans notrc ventre, après avoir cuvé,
En rejaillit clair et limpide.
Le matin, au lieu de lait,
Dèbilitant pour l’estomac,
Je dèieune avcc du pain de ménage,
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455 —
Gouhinat dins un soul beùratge,
Din Ia tchuqueto (1) d’Armagnac.
La tchuqucto caúderejado
Se trobo, quan a prou bourit,
En ayguo do bito cambiado
E pot milhou qu’avguo putzado
Rcbiscoula lou co transit.
Trempé dans Tunique breuvage,
Dans le vin exquis d’Armagnac.
Co vin exquis, cuità la chaudiòre,
Setrouvequanì ilasuftìsamment bouilli
Transformô en eau-de-vie
Qui peut mieux que I’eau de puits
Ravigoter le coeur transi.
Amoureux de la nature, il sut la comprendre et traduire les impressions
qu'elle lui donna. II rachantée sous tous les aspecls Ies plus variés. II a
peint les étós flamboyants, les champs de blós et de maïs, les grappes de
raisins fécondées sous l’ardent soleil du midi Gascon; la mélancolie sédui-
sante de TAulomne, avec ses tons rougis, ses arbres mouilléset sesmousses
jaunissanles; il a peint les hivers dêsolês et aussì Ies hivers délicats, et
les printemps enftn, les printemps triomphants, aux frondaisons éclatantes,
aux harmonies lendres et poéliques. II a peint les grands arbres qui mirent
leur feuillnge dans les eaux fuyantes, toutes ces chosesaux heures difïé-
rentes où s'éveillait Finspiration.
II complòtera ses hymnes ù la nature en faisant passer sous nos yeux une
succession de tableanx oii il nous montre les paysans dans leurs occupations
rustiques. Comme Dastros dont il s’inspire, il nous décrira d apròs nature
avec sa verve empreinte d’un réalisme tout gaulois Ies veillées, consacrées
à la Despeloucado (Dépouillement du Maïs), qui se termiuent par des
danses, nous aurons alors claire vision des jeunes gens et jeunes filles liés
par les mains pressces, dansant la ronde cndiablêe oii claquent doigts et
baisers :
Lous cabeilhs de turguct, boueytats per carrctados,
S'apilon sus lou so; las estelos claùades
Aù ceù blu per la man dou meste saraiihé,
De louy, damb oueilhs luzens, espion la milhoco;
Dircn que toutos an embejo de la coco
Arnarado dambé hario de milliê.
Lous bezis soun l>enguts a las despeloucado,
Lous jouens apariats : amourous e beziado
I.es U>tes de niaïs, versées par charretées,
S'empilent sur Taire; les étoiles lìxées
Au ciel bleu par la main du maitre serrurier.
De loin, de leurs yeux luisaiìts, eoutempìent le maïs;
On dirait qne toutes ont envie du gàteau
Empâté avec la farine dc millet.
Les voisins sont venus au dêpouillement.
I.cs jeuues aecouplés : l’amoureux et sa préféréc
(t) Tcltuqucto (en Uéarnais Suquctoy veut dire : Viu exquis..
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En dus bîrats de man descohon lou cabeilh,
L’estorson ras dou cot, darrigon sa perruco;
Labets sa punto d’aur, nuso coumo la cuco,
Clarejo, din lous dits coumo un tros de soureilli.
La bruno a bet crida : « Tocos v doun se gaùsos. »
Lou blound, en pequeja dam berdiùsos-berdaùsos,
Pegnico la maynado au gras dou courpitoun,
Mio, croy-me, sa dits : • Henno despeloucado
« Es me bero taben, mè n’es pas mès aymado
« Coumo t’at baû mucha damb un double pountoun. >
Lou drolle, tout-à-round, poutejo la droulleto;
Sous pots bregnon pertout; ero, de sa man dreto,
Ly hyco un cabougnat e l’apero « pacan ! >
Se lou gouyat se tourno e dehè sa couheto :
Ero d'un repotis l’y tiro la bouneto
E lou deíido apey un tanoc à la man.
La despeloucado
Acabado,
Las gouyatos, lous gouyatous
Deychon, sou so, lous grus, lous tanocs, la peloco,
E ligats, coumo ceps en troco,
Danson la roundo dous Daymous !
Oun claqueton digts e poutous.
En deux tours de main décoifïeut la téte
La tordent au ras du cou, arrachant sa pcrruque,
Alors sa pointe d'or, nue comrae la chenille,
Luit dans leurs doigts comme un morceau de soleil I
La brune a beau crier : « Touches-y donc si tu l’oses. »
Le blond, en badinant avec des proverbes,
Pince la jeune fille au gras du croupion,
Ma chère, crois-moi, dit-il : « Femme dépouillée
« Est certes plus belle. mais n’est pas plus aimée
« Corarae je vais te le montrer par un double taiser. »
Mon drôlc, sans interruption, embrasse la fillette:
Ses lèvres vcndangent pariout; ellc. de sa main droile,
Lui fiche une giíle et l’appelle « vaurien ! »
Si le garçon se rctourne et défait sa coiffure,
Elle, d’une riposte avec la main, lui enlève le bonnet
Et le défie cnsuite un épis cgrainé de maïs à la main.
Le dépouillement
Achevé
I.es garçons et les filles
Abandonnent, sur Taire, les grains, la spathe, les épis égrainés,
Et liês, comme des champignons en corde
Dansent la ronde endiahlêe !
Où claquent doigts et baisers.
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La Heyado ou Culhido dou Hen (la Fenaison), sera poi fr lui l’occasion
de nous initier à ce iravail dcs campagnards qu'il nous montre en pleine
activité dans une suecession dc vers bien rythmés qui embaument le patv
fum enivrant du foin coupé :
Aù puntet dou jour la lauzeto
Canto din la nublo, souleto,
La glorio dou prince soureilh.
Adaro, en plen, enlubissento.
E la laùzo roes gayhasento
Lahuto un più-più sentz pareilh.
Sa merbilhouso gourguejado,
Cay, en s’esglita sus la prado,
Din l'aùreilho dous heyadous,
Que daiihon Therbeto aùlourado
Per las hçnnostaleù pintouado.
Pramo qu’arrestecs soun pientous.
Per lou basme de la heyado
La natur’ es embriagado :
L’ome, l’aùzet e lou lizorp,
Touts lous estes qu’an la sentido,
En huma lou hum de culhido,
Tenguon lous prats per encensouer.
Quaùque cop esbatouso drollo,
Cargado d’arroundi la molo,
Se bouquilho dessus lou tas,
Ou per Tinclino cabirolo
Sentz poù de mucha la ligolo,
Nouzerado en sus dou dòbas.
De hurum de hen enflayrado,
La henneto s’es requilhado :
Labets lou galant alecat
La sentis de prop e pou tejo;
Ero l’y hé passa Pembejo
En arripousta d'un couhat.
Uo camiolo, rede estreto,
Addusis à la maysoun^to ;
Oun sera lou hen abricat;
La mountado es auarr, e dreto,
Jamès arrodo de carreto
Aquet carrelot n’a reguat.
En tricot, que la suzou colo,
Lou segayre enhourco sa molo,
Au point du jour, Palouette
Chante seule, dans la nuée
La gloire du prince Soleil.
Maintenant qu’il est en plein éblouisse-
Salouangcdevientplusgracieuse, [ment
Elle siffle un piaulement sans pareil.
Sa merveilleuse roulade
Parvient, en jaillissant sur les prés,
Dans Poreille des faneurs,
Qui fauchent l’herbe embaumée
Sitôt peignée par les femmes,
Parce que les râteaux sont des peigaes.
Par le baume de la fenaison
La nature est enivrée
L'homme, Poiseau et le lézard,
Tous los êtres possèdent l’odorat,
En respirant le fumet de la récolte
Tiennent les prés pour des eacensoirs.
Quelquefois une folàtre jeune ftlle,
Chargée d’arrondir la meule,
Se roule sur le tas,
Ou sur la pentc cabriole
Sans crainte de montrer l’attachc
Nouée au-dessus de ses bas.
Embaumée du parfum du foin,
La fillette s’est relevée :
Alors le galant hi r li
La serre de près ct Pembrasse;
Elle aussitót lui fait passer l’envie
En ripostant par un soufflet.
Un sentiej;bien étroit
Conduit à la maiso.inette,
Où le foin sera abrité ;
La montée est escarpée et droite,
Jamais roue de charrette
N’a rayé çettc ruclle.
En tricot, d’où coule la sueur,
Le moissonneur enfourche sa meule,
(1) Dédié à Moussu H. Labeyrio, Goubernadou doit Crédit Founcié,
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La cargo e s’eatuto debat
L/amassadis d’herbo apilado;
E Ja prado serablo mountado
De la plano sou coustalat.
La charge et disparait sous
Le tas drherbe empilêe
Etla prairie semble montée
De Ja plaine sur le coteau.
Dans la Cansoun de Bregnos (la Chanson de Vendanges) il nous rap-
peilera délicieusement. le bon vieux temps où l'on vendangeail encore et oii
la gaieté eoulait à ílots dans les vignes, comme le vin dans les pressoirs.
Que les temps sont changés !
Frcdoun
Lou bin dous
D’oueilh de Tour e Blanqueto
AmelJeo lous poutous
Ailliats dous amourous
E bregnats à l’oumbreto,
E pramo d’aco soun milhous
Lous poutets de bouqueto
Unctado de bin b’ous !
Rcfrain
Le vin doux
D’Gíil de Tour et Blanquette
Emmielle les baisers
Frottés d’ail des amoureux
Et dérobés à I’ombre;
Pour ces inotifs ils sont meilleurs
Les baisersd’unc petitc bouclie
Humectce de vin doux !
A la bigno, per l’arrousado,
Lous bregnayres benguon matin :
La bregnayro, peillio troussado,
Escapso la gaspo gruado
En bira l’escjuio aù bezin.
E toustem, la reo plegado,
Culhebo, en segua l’arrasin,
E darrer, a cad’ abachado,
Mustro coum es camoligado
Sontz meffidenço, aù dit bezin.
Uo bieilho crido à Ia joeneto :
« Pren gouaido aù maynatdou Bidaù,
« Qu’a birat mòs d’uo couheto
« E pren gouardo que sa gantelieto
« Nou t’esquisse lou deùantaii . »
A la vigne, avec la rosèe,
Les vendangeurs viennent matin :
La vendangeuse, la robe retroussée,
Dòcapite la grappe grcnue
En tournant le dos à son voisin.
Et loujours l'êcliine courbóe [sin,
Elle lòve le postérieuren détacliantle rai-
Récidive chaque fois qu’elle s’abaisse
Et montre comment elle porte la jarre-
Sans mófiance au susdit voisin. [tiêre
Une vieillo crie à Ja jouvencelle :
« Prends garde au fils de Vidal,
« Qui a retournò plus d’une coiffe,
« Et prends garde que sa serpette
« Nc te décliire le tablier. *
Lous mousquillis, layrous e pintayres,
Per halops taston lou bin dous,
Ou Jiebrounzinon din lous ayres,
En attenden que lous bregnayres
Aùgen boueytat lous scmalous.
Les moucherons, voleurs et ivrognes,
Par essaims goûtent lê vin doux,
Ou bien rósonnent dans les airs
En attendant que les vendangeurs
Aient vidò leurs paniers de bois.
Lou mesteaù tchav dits : «Sentzenscgno Le maitre du chai dit : « Sans enseigne
« Benerey lou bin d’aquest’ an,
« Mòs escauhent que nado Iegno,
« Amics, bau mòs Jioura la bregno
« Que la hango de Barbouían ! »
« Je vendrai le vin dc cettc année,
« Plus óchaufíant que pas une liuche;
« Amis,il vaut mieux foulerlavendange
« Que la ixrae de tìarbotan ! »
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Lou bin fluis, lou bin pachôro Lé vin coule. le vin déborde
Dinla cubo, din la semaù, Dans la cuve, dans.la comporte,
Oun baùo e bouris de coulóro Où il bave et bout de colère ;
Au trouilh per canet e canèro, Au pres&oir, par tuyaux et robinets,
La bigno que picho que plaù î La vigne ruisselle comme la pluie !
Lou bin dous Le vin doux
D’Oueil de Tour è Bianqueto, etc. . . D’CEil de Tour et Blanquette, etc...
Admirons un peu plus loin une page délicieuse oû il nous montre les
amotrs de paysan dégagées des calculs compliqués de la ps}rcologie.
II nous peint sous sa forme réaliste les aveuxnaïfs et les brûìants baiscrs
dou Pastou à la Pastouro (du Berger à la Bergòre) prouvant ainsi que
pour le charme dcs idées et celui des mots sa Muse ne le còde en rien à
celle de Théocrite :
Tous oueilhs blus sounduos briùlethos Tes yeux bleus sont deux violettes
Qua nou,destinton ben ni fret; Qui ne déteignent ni vent ni froid:
En seniblon encoué me fresquotos El^s me paraissent encore plus fraiches
Se Jambrejo toun risoulet Si ten sourire flamboie. *
Quan marchos nado cicoulano Quand tu raarches, pas une couleuvre
Nou tournejo coumo toun cos; N’Jst souple comnie ton oorps:
Gna pas nat gruet de myourano II n’y a pas de grain de grenade
Ostati rousadet que tous pots ! Aussi rose que tes lòvres !
Darré la seguo de la prado Derrière la haie de la prairie
Ma bouco doublo tas coulous; Ma bouche double tes couleurs;
Jamès nou t’ey prou poutejado, Jamais je ne t’ai assez embrassóe,
I.ousloungs poutets soun lousmilhous! Les longs baisers sont les meilleurs !
Se bos parti, disi : « Tout aro » Situ veuxpartir,jetedis:«ToutàTheure»
E sou tap damoron touts dux, Etsurletertrenousrestons tous les doux>
Sentz beze la neyt que dcbaro. Sans voir la nuit qui descend,
lì sentz entene YAngcla* ; lît sans entendre YAngclus.
Lou dimèche, sus la bourrieo, Le dimapcbe, sur la bourrique,
Ban a la messo, au petit trot; Nous allons à la rnesse au petit trot;
Si la campano au louy repico Et si Ia clocheau loin carillonneà coups
fprôcipités,
Te repîqui poutous sou cot. Je redouble mes baixers sur ton eou.
Tas poupetos, sos e parieros, Tes seins, scmirs et ègaux,
En scmblon goumichcts de neù, Me semblent des pelotons de neige,
Nizerats debat tas brassièros ' Nichés sous tes hrassièrcs
Per lou gran cardayre dou cèu. Par lo grand cardeur du ciel.
Quan damb jou sics maridado, Lorsque avec moi tu seras mariée,
Se m’aymos conmo jou t’aynii, Si tu m’aimes commc je t’aime,
Sus ta camiseto alandado Sur ta chemisc ouverte
En docheras, la neyt, droumy ! Tu me laisscras dormir la nuit ! t
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Son inaltérable gaieté s’exercera encore dans lou Roundeu Gascoun (le
Rondeau Gascon) ovi le mouvement du vers est aussirapide que le mouve-
ment de la danse :
Fredoun
Danso, musico,
Nou coston brico;
An tout aco
Per un so !
Esberidetos et couhados
D'un mouchouer de sed’ ou coutoun,
Nouzerat au raz dou chignoun,
Dambé lous goujats arruados,
Roundoulejats, beros maynados,
Sus Therbo aù soun
Dou tympanoun (1).
Lou miayre, à cado camado,
S'emlayro dins un biroulet; f
En toumeja pès et moulet
Tiro en aùan, hé retirado;
E, soun amigo saludado, »
Recay tout dret
Coum un quilbet.
La droulleto, aù joc escauhado,
Embio aù drolle un risoulet;
Ed he peta, coumo lou fouet,
Sous digte decats sa beziado,
La pegnico à cado saùtado,
E s’es adret
Hico un poutet.
Per marca l’ayre caboussejo
Lou musicayre au miey don roun,
D’uo man tusto un tympanoun
E de l’aùto que lahutejo
E bailho à la drollo l’embejo
D’amoureja,
Chiùleteja.
Dansats, dansats, gentos dounzelos,
Au cla de soureilh ou lugran,
Mes n’anguets pas, damb lou galan,
Cuilhi per lous blats arrouzelos,
Rejrain
Danse, musique,
II n’en coùte rien;
On a tout cela
Pour un sou !
»
Eveillées et coiffées
D’un mouchoir de soie ou de coton,
Noué au bas du cbignon,
Avec les garçons alignées,
Dansez des rondes, belles jeunes filles,
Sur l’berbe, au son
Du tympanon.
Le conducteur, à chacjue enjambée,
S’enlève dans un demi-tour;
En retournant pieds et mollets,
II tire en avant, puis se recule,
Et son amie saluée,
II retombe tout droit
Comme une quille.
La fìllettc, échaufïée au jeu,
Envoie un sourire à son danseur,
Qui fait claquer, comme un fouet,
Ses doigts, vers sa voisine,
La pince à chaque saut,
Et s’il est adroit
Lui dérobe un baiser.
Pour marquer la mesurele musicien
Hoche de la tète au milieu du rond,
D’une main il frappe sur le tjmpanon
Et de l’autre il flûte
Donnant à la fìilette l*envie
De faire l’amour,
De siffler.
Dansez, dansez, charmantes jeunes fìlles,
A la clarté du soleil ou de la lune,
Mais'n’allez pas avec l’amoureux,
Cueillir des coquelicots dans les blés.
(1) Instniment de musique consistant en une planche de bois de 80 c. de long sur
25 de large, muni de cordes de laiton tendues aux deux extrémités sur deux che-
jvalets. L'artiste le supporte sur son bras, battant la mesure sur les cordes âvec une
oaguette de bois, tanais que le flageolet chante la mélodie.
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Ní tapauc cerca nious d’aureloa
Ou parpailbots
Dins lous brucbots.
Ni cbercber des nids d'oisellea
Ou des papillons
Dans les buissons.
Danso, musico, Danse, musique,
Nou costo brico. . . II n*en coûte rien. ..
*
En pleine possession de tous ses moyens, raimable poète passe avec une
aisanee loute juvénile et le plus vif entrain d'un sujet à un autre, comme
un gai pinsoá saute de branche en branche. Maître de sa langue, il Tassou-
plit à son gré, soit qu'il traite des choses inanimées comme lou Careilh (i)
vla Lampe à trois becs), la Pousouèro (la Chandelle de résine), ou qir'ir
aborde des sujets plus graves; sa verve, pas plus que son inspiration, ne
lui font défaut.
Dans cet ordre d’idées, nous signalerons la Maysoun maùdito (au
bieilh téms ), la Maison maudite (au vieux temps) où le récit est dramatique
et poignant :
Gn’a majsoun, toustem bourrouilhado,
A la carrêro dous pastens,
Oun benguon burla, cado annado,
Un candeloun, lous penitens.
Lou souls que l’aùgen bisitado
Soun lon fred, la ploujo et lous bens,
Que la tour, doun es capulado,
Decho s’intutoua deguens.
L’estiù, deùan, parech daùrado
Au lam dou sourcilh dou matin;
E, per darré, qu’es entourclado
De lambrusquos e jansemin.
Uo croutz de boucb, mirgailhado
De beùzos e brousts de cardoun,
Debaro, aù miej de la façado,
Dinqu’à mitat dou frinestoun.
Sou tauloment de la frinesto,
Eutre dus pots de resera,
Dus briulhès sanguins, flous de hesto,
Goejton la croutz en l’adoura.
L’ariesto, dambé sas tlouretos,
Semblo cambiado en auta;
Praco caperans, ni menetos
N’j benguon prega ni canta.
La majsoun, dehoro arrisento
Coumo las estelos dou ceù,
11 existe une maison, toujours fermée,
Dans la rue des páturages,
Où viennent chaque année les pénitents
Brûler un eierge.
Leaseuls qui l’aient visitée
Sont le froid, la pluie et les vents,
Que la tour dont eile est coiffée,
Laisse s’engouffrer dedans.
L’été, par devant, elle parait dorée
Aux rajons du soleil matinal,
Et, par derrière, elle est entourée
De vigne sauvage et de jasmin.
Une croix de buis, diaprée
De scabieuses et de poussesdechardons,
Descend, au milìeu de la façade.
Jusqu’à la moitié du croisillon.
Sur l’entablement de la fenêtre,
Entre deux pots de réséda,
Deux violiers, couleur de sang, fleurs de
Gardeot la croix en l’adorant. [fête,
La fenêtre avec ses fleurettes
Semble transformée en autel;
Pourtant, ni prêtres ni dévotes
N’j viennent prier ni cbanter.
L& maison, en dehors souriante
Comme les étoiles du ciel,
(1) Dédié à Vloussu V. Delbergé,
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Deguens abrico l’espaùento...
Aqui demoro lou bourroù !
Ostaleù qu’a heyt sa bregnado,
D’un soul cop de soun picassoun,
E bouytat, au’ clot, sa cubado,
S’en tourno, triste, à sa maysoun,
Trouba sa crabo e sas abeilbos :
Quan a laûat soun trounc d’agreù
E sa picasso, a cops de seilhos,
Ed brespailbo de lejt e meu !
'^brite au dedans l’épouvante. ..
C’est là qu liabite le bourreau!
Sitòt qu’il a fait sa moisson,
D’un scul coup de sa bache,
Et vidé, dans le trou sa cuvée,
II s’en retourne triste à sa maison,
Trouver sa cbèvre et ses abeilles :
Quand il a lavé son tronc de boue
Et sa hache, avec force sueaux d’eau,
II goùte avec du lait et du miel !
Ailleurs, en des vers merveilleux d'image et de lyrisme, le poète célèbre
la magnificence de las Poupos (1) (les Seins), coupe de vie de rhumanité :
La blancou de liris, de beringailhs, d’hvdrios,
L’opali de la lno, oumbrejado de blu,
L’ybori de la Tour, laudado as Letanios,
Sous mes blousos encoué que la neù d’un seng nu.
Lou creadou boulouc, en empasta la poupo,
B!n azuii sous nerbs, l’y dar emplec sagrat;
Labets d’un cop de digt ed ramouilout en coupo
Per l’empli de ia leyt doum biu l’humanitat.
La poupo, desompus, es la gourguo de bito
Oun se soun abeùrits touts lous engendraments
Dous omes parechuts, en passado ou bisito.
Sus la terro atrauès lous bieilhs ou naùès tems !
Lablancheur du lis, du vase decristal, de rurne de marbre blanc,
L’opale de Ja lune estompée de bleu,
L’ivoire de la tour, vantée dans les Litanies
Sont encore plus pures que la neige d’un sein nu.
Le créateur youlut, en pétrissant le sein,
En bleuissant scs nerfs, lui donner un emploi sacró;
Alors d’un coup de doigt, il le modela en coupe
Pour le remplir du lait dont vit l’humanitó.
Le sein depuis lors est Ja source de vie
Où se sont abreuvés tous les engendrements
Dcs hommes parus, de passage ou en visite,
.Sur líi terro à travers Jes vieux ou nouveaux tcraps !
On peut encore citer la Mouilhé d'autes cops (2) (l’Epouse d autrefois),
d’où se dégage une poòsie de grand vol :
(\) Dédiê à Moussu G. Leygues.
(£) Dédiè à sa Béro-So Balentiuo Noulens.
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Tout qu’en platz den la maysouneto
Pramo de tu, moun brab’ amic :
Aû cantoun dou teù raùrinleto
Per nizera lié soun mastic.
Ma ma? m’a dit : « L’aùrinleto
« Porto bounhur, porto prouíìt
* A la mouilhó, quan es adreto,
« A Pomo quan es esberit. *
Lou paradis teng den ma crampo,
Oun ious mUbles parlon de tu,
De tous poutets, au cla de lampo,
E de tous poutets, à l'escu.
Quan arribos tout es en hesto :
La campano tringlo au clouché,
E l’acacia, per ia frinesto,
Hé neùa las ílous sou planché.
Quand d’estoupo, sus ma cadicro
Bengui moun coueil de cabeilha,
Tu qu’on hcs cayje la iiilòro,
Por, sus mous jouilhs, l’amou hila.
De la bargado de la gnagno,
T’ey hey sieys camisos de bot,
Et din Parmari de mountegno
Las ev catsados sou taùlof.
Que m’as dat la Bierjo pintrado
Sus papó blan, en peilhot blu,
Doun la bouco semblo empeùtado
Sns lou frount dou maynat Jésu.
A la mort de ta praùbe mayre,
Que croumpès lou gran Cruciíìc,
Per un escut, d’un Sen-Jacquayre
Esbrassat, boussut e pèpic.
Dempus, deùan la croutz sagrado,
L’biùer, lou printems e l’estiù,
En dus que coupi ma pensado,
Mitat per tu, mitat per Diù.
Tout me plaît dans la maísonnettc
A cause de toi, mon pauvre ami :
Au coin du toit l’birondelle
Pour couver prépare son mortier.
Ma mère m’a dit : « L’birondelle
« Porte bonheur, porte profìt
« A la femme, lorsqu’elie est adroite
« A l’homme quand il est travailleur. 1
Le paradis tient dans ma chambre,
Où les meubles parlent de toi,
De tes baisers à la clarté de la lampe,
De tes baisers dans l’obscurité.
Quand tu arrives, tout est en fête :
La cloche tinte au clocher,
Et l’accacia, par la fenètre,
Fait neiger ses fleurs sur le plancber.
Lorsque je viens de dresser,
Ma quenouille d’ótoupe sur ma chaise,
Tu me fais tomber le fuseau
Pour filer l’amoursur mes genoux.
Du chanvre teillé de ma grand'mère
Je t’ai fait six chemises de grosse toile,
Et dans l’armoire de montagne
Je les ai alignées sur la planche*
Tu m’as donné la Vierge peinte
Sur papier blanc, en robe bleue;
Dont la bouche semble grefíée
Sur le front de l’enfant Jésus.
A la mort de ta pauvre mère,
Tu acbetas le grand Crucifix,
Pour un écu, d’un pèlerin
Privé de bras, bossu et pied-bot.
Depuis, devant la croix sacrée,
L’biver, le printemps et l’èté,
En deux je coupe ma pensée,
Moitié pour toi, moitié pour Dieu.
Caùquoun praco me manqu’ encouòro I Pourtant quelque chose mo manque en-
Per acaba de me mubla, Pour acheverde me meubler. [core I
Amic, me cadre la cugnèro, Ami, il me faudrait un berceau,
Trigucs pas de me la bailha I Ne tardes pas à me le donner !
Citons au passage : la Pregario de la bieilho Aueilhéro (1) (la Prière
de la vieiile Bergère), qui est un touchant petit chef-d'oeuvre :
(1) Dcdic à Moussu J. de Pesquidoux.
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Quan, de bosto bouès soubirano
Debarado din la campano,
Moun Diu, me tringìots YAngelus.
Taleù m’ajnlbi sus îa brano
E ma pregari, de la lano,
Mounto, en s'aleteja, catsus !
Agradatz doun la pregario
Que Faueilbèro bous embio;
Moun troupet, en brousta sou tap,
Debino que disi mereio
A TAgnelet, hilh de Mario,
E lou cerco en leùa lou cap !
Agnet de Díb, sentz pecaduro,
Mentrè que pècbots la berduro
Din bostes prats, hemats de meù,
fìailbats íarouch à cado aùeilho,
Pan sus terro a la praùbo bieilho,
Scabelo en sesquo din lou ceù !
Lorsque, de votre voix souveraíne,
Descendant dans la eloche,
Mon Dieu, vous me sonnez VAngelus,
Aussitót je m'agenouille sur la brujère
Et ma prière, de la lande,
Monte íà-baut en voletánt.
Acceptez donc la prière
Que la bergère vous adresse;
Mon troupeau en broutant sur le tertre
Devine que je dis merci
A TAgneau, tils de Marie,
Et le cherche en lcvant la tête !
Agneau de Dieu, sans péché,
Pendant que vous broutez Therbo
Dans vos prés, fumés de miel,
Accordez du trèíle à chaque brebis,
Sur terre du pain à la pauvre vieille,
Un siège en paille dans le ciel !
Nous terminerons nos citations par lou Meste aus Oubrès de la Cathé -
drau (< au bieilh temps) (1) (le Mailre aux Ouvriers de la Cathédrale (au
vieux temps), pièce qui couronne admirablement le recueil et où rayonne
une poésiequi s'élève aussi haut que la flèche du vipux monument. C’est
une haute et fière inspiration, où l’on sent en des frissons de poésie palpiter
la foi ardente des ancêtres qui, devant la ipajesté du Tout-Puissant, s’in-
clinent respectueux et recueillis, pareils aux paysans de Millet, quand ils
écoutent au lointain les lintemcnts de VAngelus élevant vers le ciel la
prière confiante et purc de leurs coîurs :
Apey trente ans la naù din lou crum es mountado
Daùit prampou catsus, frayres aù co balen,
Per la glorio de Dlù, damb peyros celebrado,
Per la glorio dou bet, trabailhen, trabailhen I
L’oubratje es rede loung, la bito rede brèuo !
La nosto ero aù printems, quan coumencen la naù,
Après trente ans la nef estmontéc dans les nuages,
Presque assez haut, frères au coeur vaillant,
Pour la gloire de Dieu, céiébrée avec la pierre,
Pour la gloire du beau, travaillons, travaillons !
L’ouvrage estbien iong, lavieest si courte!
La notre était au printemps, quand on commença la nef,
(1) A la memorio d’A . Faugèro-Dubourg.
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Maùgrat qu’aro rhiùer sus nosto barbo neùo,
Acabaran lou temple en de la hest* ennaù !
S’an usat lous ciseùs, la Iruelo a Toubradje
Per massoua lous murs, en oudgivo aroundits,
Jamès la boulentat e jamès lou couradje
Nous se soun, din nous aus, un moument, afílaquits.
Din l’ayre, coumpagnous e mestes figurayres,
Manobrots, bournbinats sus lous empountoments,
Coumo, dins lous bachets sus la ma lous pescayres,
Per lou balans de l’ayguo ou i’espourbilh dous bens.
En mounta din la lutz, din lou blu, lou boun ayre,
L’ome, bezin de Diù, se sentis menutat :
La haûtcsso assagis lou co, lou rend pregayre,
E decho aleteja l’esprit en libertat ?
Lous brabòs sarrailhès marteron l’herraduro
Dous pourtaùs, dous Iralcous et dous gounds à ressorts;
Douman fayssouneran cadenos e mounturo
Per pene lous careilhs din lou caùot dous morts.
Sus l’escalo, didja, lous mestes imagayares
An tchaùpat lous pinceùs din l’azul e l’or fin
E ban magnifica, miihou que lous cantayres,
Lou que n'aout, n’aqra coumençomei^t ni fin.
Quoique riiiver mainlenant surnotre barbe neige,
Nous achèverons le temple pour Ia féte votive.
ils ont usé lcurs ciseaux, leurs truelles à l’ouvrage,
Pour maçonner les murs en ogive arrondis,
Jamais la volônté pas plus que le courage
Ne se sont parmi nous un instant affaiblis,
Dans les airs, comi)agnons et maitres sculpteurs,
\'ous manoouvriez, balancés sur les échatíaudages,
Comrae les pècheurs sur mer dans leurs barques,
Par le mouvement de J'eau ou le remous des vents.
En montant dans la lumière, le bleu, le bon air,
• L'homme, voisin de Dieu, se sent diminuè :
L’élévation assagit le coeur, le rend pieux,
Et laisse voleter l’esprit en liberté ?
Les braves serruriers martèlent les ferrures
Des portails, des balcons et dcs gonds à ressorts :
Demain ils façonneront les chaines et les montures
Pour suspendre les Iampes dans lc caveau des morts,
Sur l’échelie déjù les maitres imagiers
Ont trempé leurs pinceaux dans le bleu et l’or fin
Et vont magnifier bien mieux que les chanteurs
Celui qui n’eut et n’aura ni commencement ni fìn.
30
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- 46G -
*
La naû, damb sous pilas, amoullats en courdadjes,
E lous mats de sas tours, pouyra, sou flus dou tems,
Sentz cregnenço naùla, deûda lous aùradjes,
L'assaùtoment dou Diable e dous machants, ensems.
Apey acabadè de la grano beyrado,
Oun preguon ajulhats lous Sants de bermilhoun,
Diù. pouyra nous dailha coum l’herbo de la prado
Doun las molos de hén enflayron lou baloun.
Taben quan la campano aperera nost' amo,
Lous anjes en peyrin, lous moustres dou penaù,
La magino de marbre, oun rebiù Nosto-Damo,
Diran : « Segnou, pietat pous oubrès de la naù.
€ Aquets an plan coumplit è gagnat lur journado
« En bous edifìcar un palats en arcèu,
* Sentz se plagne jamè de peno ou de susado;
« Àbricats lous emper dins un bujaù dou ceù ! *
La nef, avec ses pilliers, modclés en cordages,
Kt lcs mats de ses tours pourra dans le cours des temps
Naviguer sans crainte, dcfier les orages,
Les assauts du diablc et des méchants enscmble.
Après l’achèvement de la grandc verrière
Où les Saints de vermillon prient agcnouillés,
Dieu pourra nous íauchcr comme l’herbe des prairies
Dont ies meules ác foin parfumcnt le vallon.
Aussi quand la cloche appellera notre âme.
Les anges ep pierre blanche, les monstres du pignon,
La statue de marbre où revit Notre-Dame,
Diront : « Seigneur. pitié pour les ouvriers de la nef .
« Ccux-là ont bien accompli et gagnè leur journée
« En vous édiíiant un palais en arceaux,
« Sans jamais sc plaindre de peines ou de sueurs;
« Abritcz-les en compensatian dans unc nichc du ciel ! u
Je n’ai dètacliê de cc riche volume que quelques fleurs rares prises au
hasard, mais il n’en est pas une parmi les 65 pièces contenues dans cet
intéressant recueil qui n’ait, quoique de valeur inégale, sa grâce spéciale et
son parfum exquis.
De ce nombre sont encore : lou Pinsan cluc (le Pinson aveugle) —
l’Onxe è la Puce (l’Homme et la Puce) (1) — lou Hajan de Courrensan (2)
(le Coq de Courrensan) — lou Cujoun (la Gourde ou la petite Courge) —
lou Mousquilh (le Moucheron) — l' Espaùent dou Casaù (l'Epouvantail
du Jardin) (3) — la Cagaleto de l’Aùrinleto (le Crotlin de l’IIirondelle) —
(1) Dédié à M. P. Lacoiimo d’Estalenx.
(2> Dédiê à Moussu Soubdès-A.
(3) Dédic à soún amic Alcevo Durriu.
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9
■V
, %
- 4C7 ~
*
lou Èrassié d'Armagnac (le Brassier cTArmagnac) — lou Hurei judicat
pou Lapin (le Furet jugé par le Lapin) (1) — lou Jardiné e lou Tchot (le
Jardinier et le Ilibou) (2) — ìa Lutzcrampo (la Luciole ou Ver luisant) —
lou Nougué dou Cimenteri (le Noyerdu Cimetière) (3) — la Toumbo ê
lon Niou (la Tombe et le Nid) (4) — Lous Mestiès de V Agraulat (les
Métiers du Corbeau) — lou Gric (le Grillon) (5) — la Togno (lTdiote) —
lou Ramounur e la Marmoto (le Ramoneur et sa Marmotte) (6) — lou
Porc cosio Moussu Durriit (le Petit porc contro M. Durrieux) — VOurs
à VOme (l'Ours à l'Homme) (7) — Lou Limac au Passerat (l’Escargot au
Moineau) (8) — Lou Harrissoun (le Hérisson) — la Gruoé VAucot sau -
badge (le Cerf-volant et l’Oie sauvage) — lou Soupa dou Tchot (leSouper
du Hibou) (9) — Lou Coumpagre Loriot (le Compère Loriot (10) — Noé
e VAgraùlat (Noé et le Corbeau) — Debis de Sent Antoueno e soun Porc
(le Dialogue de saint Antoine et de son Porc, natif d’Armagnac) — Lous
Três Castellans e Lous dus Mounjes (les Trois Châtelains et les deux
Moines (11) — et eníìn un Houmadge ù Dastros{ un Homrnageà Dastros),
le poète Saint-Clarais à propos de son buste fait par le Maitre statuaire
A. Carlès.
L ensemble forme ainsi une gerbe magnifiquc où la rondeur s’allie à la
malice, la bonhomie à la passion, la naïveté à Tesprit rafiiné, la fermeté à
la douceur, et Ja vigueur à la mollesse. Le irait saillant deces compositions
c’est qu’elles sont puisêes aux sources vives du sol gascon et possèdent à un
haut degré le goiìt du terroir.
On êprouve en effet nn ì'éel plaisir en les parcourantà cueillir sur Tarbre
vert lesprit primesaulier, la gaietó, le sentiment, le sel gaulois, la verve
surtout, vervc abondante qui ne se dément jamais. A cela rien d’étonnant;
notre poète est doué d’une imagination féconde qui est comme une sèvc
intarissable, produisant partout la’vie poétique. On le suit avec intérêtdans
les récils, les deseriptions et les discours; elle porte sa vertu jusque dans
les moindres organes, et il n'est aucun trait qu'elle ne Iransforme et n’anime.
11 dêcrit comme il conle. par les yeux et. avec les détails; car décrire c'est
raconter.
Une de ses grandes qualités est en outre de trouver le mol propre; un vrai
(1) Dédié à Moussu F Marraud.
(2) Dédió à M. FalJiêres.
(3) Dédié à Moussu lou doctou Lanoloungo.
(4) Dédió à Moussu Ducassé, coumandant d’artilliayrio.
(5) Dédié à las Danios C. de F. li.
(6) Dédié à Moussu Nabouno.
(7) Dédié à Moussu lou Doctou Dejeanne.
(8j Dédié à Moussu Jean Lanos.
(9) Dèdié à M. L. Fourès.
(10) Dédié à Moussu Tamizey de I.arroquo.
(11) Dédié à moun amic J.-f'. Bladé.
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— 468 — *
peintre ne néglige aucune couleur parce qn’il y a tel dêtail qui ne peut être
rendu que'par une seule teinte; c‘est ainsi qu’il procède.
Le Poète, doublé d’un philologue, a enrichi son volurae d’un Bocabu-
lari dous mots Gascouns empleguats dins ac/ueste libe et de lurs synou -
nymos (d’un Vocabulaire des mots Gascons eraployés dans ce livre et de
leurs synonyraes).
L’auteur en donne la raison quand il dit :
« Ce vocabulaire, particulier à la Flahuto gascouno (Flûle gasconne)
est le premier oii Ton ait essayé de grouper les synonynies d’un certain
nombre de vocables patois de notre région.
Ce rapprochement de mots équivalenls ou approximatifs du sens, s’il
était appliqué sur une large óchelle, aurait 1 avantage de mieux faire ressortir
les ressources variées de nos idiomes ou dialectes méridionaux en locutions
distinctes de formes mais similaires par Tesprit. »
Qui ne se souvient de cette physionomie si caractéristique, si vivante, si
franchement gasconne, que la mort est venue frapper prématurément le
5 mars 1897?
Tôte chauve, puissante, sur un corps trapu bien charpcnté; une face large,
grosse, colorée, barrée d'une cpaisse moustache tombímt à la Gauloise. Ce
Gascon, devenu parisien, à l’(cil pélillant plein de malice, était un fin lettré,
modeste et aimable; aussi la Sociétè des Gens de Lettres lavait-elle fait sien .
Causeur intarissable et toujours intéressant, les mots et les images se
pressaient en telle abondance dans son esprit qu’ils provoquaient une cer-
taine hêsitation dans rexpression de Tidée. Naturetouted’une pièce, droile,
juste, de parler franc, de íranche allure, ce fils d’Aquitaineétait un harmo-
nieux rapsode; sa langue est claire, ses vers sont bien frappés et rythmcs
comrae des airs de fliìte champôtre. Sympathique à tous ceux qui Font
approchê, on restimait et on l’aimait pour sa bonté, sa dévotion à l’art, sa
fidélité à ses origines et son culte du sol natal.
Son ccuvre méiite de lui survivre, car il posséda au plus liaut degré les
qualilés qu’on admire dans ses devanciers, la verve poétique et primesau-
tière, une imagination vive joinle à la connaissance approffondie de Tidiome
qu’il emploie.
Son exemple ne sera pas perdu et espérons que le siècle qui vas'ouvrir
verra surgir une nouvelle pléiade éprise de poésie et de patriotisme qui
viendra s’abreuver aux sources purcs de la noble et harmonieuse langue
du terroir et ajouter dcs trcsors nouveaux aux chefs-d'ceuvre légués par
les âges.
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469 —
APPENDICE BIBLIOGRAPHIQUE
(iAUTIER
Ce poète était originaire de Lombez (Gers); il vint fort jeuneà Toulouse,
oû il se fixa. Ses eeuvres, oìi le dialecte languedocien prédomine, se trou-
vent imprimées à la suite de la troisième et de laquatrièmeédition de celles
de Goudelin, son contcinporain, sous le titre de : Manadet de berses triats
demest tas Obros de Gautié è d’autres Pouetos de Toutouso (1).
Ce poète avait un caractère joyeux, plein d entrain; son esprit était prompt
à trouver un côté plaisant à toute chose sérieuse. 11 ne respirait qu’un
arnour, celui du vin, et avait contre l’eau uneinsurmontable horreur. Plu-
sieurs de ses pièces sont remplies de malédictions contre ce froid liquide
dont la vue seule lui cause des frissons et qu’il se vantede ne jamais avoir
goíitée.
Dans des Stansos countre Vaijgo (Stances contre Teau), aprèsavoir fait
le procèsen règledecet élément et passé en ì'evue lesgriefs qu’il luireproche,
il exprime sa répugnance contre le froid breuvage en ces termes :
Quc Taygo de la Foun sio fado,
Que la de la Mar sio salado,
Que la del Pouts nou balgo res,
Nau sabi que per augi dire;
May qui ne beuge que s’au bire,
Que per mi jamay noun é pres.
Quand yeu la besi dins moun Beyre,
Jamay degu nou saurio creyre
Le gran fasti qu’elo m*y fa;
K cresi per pauc que ne pouse,
Qu’es capablo de m’estouíla,
Quan noun beurio qu’un cìesc de nouse.
(1) La.s' OOros dc Picrrc Gotidclin augmentados noubelomen de for<;o Pessos,
ambe le Dietiomiari surla Lengo Moundino, ouutes per ajustiésa bido, remarcos de
rantiquital de la iengo de Toulouso, lou Trinfle XÍouudi. soun oumbre; damb un
Manadet de Berses de Gauiiééd’autres PouetosdeToulouso. A loulouso, perCIaude-
GillesLecamus, imprimur del Rey e des Estats. m.dcc.xvi Ambé le pribiletge del Rey
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— 470 —
Que degus nou meparle poun,
Ny d’Aygo de Pouts, ni de Foun :
Per ta gran set que me sasisquo,
M’en fa prene, aco ’s me geyna,
Sounquo que Diusla bonasisquo
Coum’ à las Noços de Cana.
Car qui pren d’aquel fat Bouratge,
Que le Malaut ou le Maynatge ?
E yeu nou sabi pas coussi
N’v a quo ne bouton dins las Tinos,
Que yeu n’abeuri le Roussi,
lí bagni bren à las Galinos.
N’ayez crainte qu’ii soit tourmentc cìu dèsir de construire ni pont, ni
moulin, ni baUudeau, car il n’a nulle envie de jeter son argent dans la
rivière. II préfère de beaucoup |>oser les fondements d'un plus superbe
bàliment :
Jou bastissi nioun Nas en Coujo,
i)an le fìmen de bounis bis,
10 las pevros soun de rubis,
Qu’ev pescadis dins la Mar Roujo.
Et il lermine ainsi son réquisitoire impitoyable :
Bay, bagabounde, debourdado,
Qu’es a toutis abandounado,
Bay, bilen Flén de nostre clia v.
Sense qu’ cl Parlomen s’en mayle,
Sense Grassié, Recors ni Bayle,
Jou te banissi per jamay.
Son OdCj en fabou clel Bi cosio l'Aygo (cn faveur du Vin contre TEau),
est un petit chef-cVcpuvre cìu genre; nous la donncrons en entier :
Mcn bau parla de nostre chay.
Adiù, Parnassu, per jamay,
Hvpoucreno, n’es qu’un Ayóro,
Pegaso nou te serqui pas;
Aysso n’es pas uno Matièro
Oun toun Roussi Ix)ute le Nas.
Yeu parli de quicon de blous,
D’un beuratge miraculous,
De la Licou que nous embriaygo,
Bréf, d’ambe touto libertat,
Susteni le Bi countro FAygo :
Qui de bous aus m’y es de mitat ?
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— 471 -
Me semblo que jou n’ey pas tort
D’estre del partit del plus fort :
Teni dounc per nostro Barriquo,
Perço que sabi ço que ten;
Me piqui per le qui me piquo,
K sousten qui me sousten. «
Ça, coumencen per sa coulou,
Rare simbél de Mouscailhou,
Gay Berinilhou dount jou me fardi, .
Bel Ornomen de nostre Cart,
Franc Miral, ount quand me regardi,
Pla souben besi le Mounart.
O bélo coulou de Rubis
Que toun bei Lustre me rabis,
K que ta Bcutat me contento,
Quand sur la Carc^del Besi,
Besi la Broudario îusento
D’un Nas tintat en cramoisi î
Pcrtout tu rabisses moun El,
En l’ayre, dins l'Arquel del Cél,
Sur le Coural dins l’Ocèano, *
A1 Foc dessus les biùs Carbous,
En Terro dessus la Milgrano,
Guindoulos, Majossos e Flous. v
May, Philis, n’es pas aco bèl, ^
De la bese sus toun Poupél,
Sus tas Gautos, sus ta bouqueto;
Chut, nou digan pas en loc may,
Sounquo sul trauc de la Cougeto,
Qu’yeu rebisiti quan rae plav.
Parlen aro de ço de l>ou,
De ço que me met en sabou.
Parlcn de sa dousso substenço;
í , * '
K sense crento de degus,
« Apelen-lo subsistenço
De las Gendarmos de Bacus.
N’y a que l’appelon moun Trésòr,
D’autrcs la Joyo de moun Cor,
Moun Recours, é moun Espéranço,
^ É yeu, quan n'ey jusquos al Col,
En Hvbèr moun bel Calfo-Panço,
E l’Estiù moun gran Paro-Sol. ^
, K per ço que le Mounde ten
Qu’uno Persouno que ne pren,
May ne beû, may se fa robusto, * %
Yeu, de poou qué debeni ílac :
^ N’embarry toutjoun qualque Justo
Dins l’Armari de l’Estoumac.
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Tapauc nou soun Melancoulic,
Ni grabelous, ni íleumatic,
Coumo souben es un Beù-l’Aygo :
D’estre Estroupic noun cresi res:
Car coussi serio jou ple d’aygo,
Que de ma bito noun é pres t
Se nou foures estat le Bi,
Aqueste Monde aurio pres fl;
Car aprêp aquel gran Delutge
Que fec aquel fol Elemen,
Nouè n'auguec d’autre refutge,
Qu’a la licou de l’Eyssirmen.
Tant quel besio l’Aygo per tout,
Le boun Home nous disio mout;
Mès talèu qu’auguec mès pé à térro,
A1 bel prumiê loc que se bic,
El s’en emplenèc la Pichèrro,
Per countrocarra l’Enemic.
Les Dius que troboun les Bis,
Quan Ganimédo les serbis
Giton del Beyre touto l’aygo,
E d’aqui cal creyre que ben
Que touto la lerro s’asaygo,
E qu’on bey plaure ta soubcn.
Quan an chucat un pauc del blous,
Diable 1’ cap que nou sio jouyous,
E tout aquel brut de Trouneyre,
Que fa per tout tant d’espaben,
N’es que le cliquetis del Beyre,
Quan se saluden en beben.
May, laissen les esta lassus,
An aquelis grosses Moussus :
Que begon, nou m'en douni brico,
E me pouïrion pissa sur nas,
Que se soun prép de la Barriquo,
Diable sio, nou m’en souci pas.
Jou meni brut, jou parli gros,
Quan n’ey secoutut dins le cos
Mièjo doutzeno de sietados;
É plus fort que trento Cesars,
Me semblo que bint Mousquetados
Me piquon mens que dous Bigars.
labe quand jou n’ey pas begut,
Jou nou sçaurio fa moun degut,
Tant mas forços soun demingados.
Jou trambli de poou des Bouissous,
Las bignos mc semblon d’Armados,
É les Bosques de Batailhous.
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>
— 473 —
O la Joyo del Malhurous
Le countentomen de l'Hurous!
O le Delissi de la Bido !
Binet, dins ta douçe Licou,
La fenno bïeilho per^la rido, ^
La jouiino la pallo coulou. i *
Quand jou te besi dins le Gru,
Néyt é joun pregui Diu per tu,
Perço que sabi que nou creisses
Que per l’Homc é le Mouscailhou;
Car on noun douno pas as Peisses,
Sounque dedins Ic Courboiiilhou.
O Bi, que tu me fas besoun,
K que jou bouidrio cado jouu
Poude fa de tu la ruscado,
Per laba las tristos liumous,
Fetge, rouignous, panja, courado,
Tripos, andouilhos ê palmous!
Gautier est encore l'auleur de diverses poésies, parmi lesquelles nous
trouvons :
— Le Relotge (lTIorloge), charmante pièce de vors dédiée â une femmc
aimée.
— Requesto de quatre Plcydejans , l'Orb, Ce Tovt , íe Boussut e le
C restat.
— Sur un Pé de Mousco , graoieuse composition oìi le poètc dècrit gen-
timent ce petit insccte.
— Respounço intercalèro , de Courisquet et Farinel.
Enfin, nous signalerons un certain nombre de chansons qui, toutes, ont
pour objet la louange du vin; elles se trouvent dans 1 editioncilée plus haut.
Yoici comment l’imprimeur les présente ail public dans l’avis suivant :
« Comrae le public a déjù reou favorablement quelques pièces de
» M. Gautier, lesquelles ont étè ajoulées dans les présentes èditious de ce
> livre, les chansons suivantes, quisontdu mèmeauteur, et qui navoien1
> point encore vu le jour, étaut tombêes par hazard entre ines mains, j’ai
» cru bien faire plaisir au lecteur en les insérant dans cettc nouvelle
> édition. »
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FEZÉDÊ ■ (Françoie)
• i
♦ *
Fezédé (Franrois), né en pays Languedocien, ctait curê de Flaoiarens
en 1650. II eut peut-ctre, avant de venir en Gascogne, des rapports assez
familiers avec M. Bertrand, seigneur de Mouneville (on a dit depuis :
Molleville, juge-mage de Montauban).
II publia durant son séjour à Flamarens :
1° LE | CONCERT | ARMONIEUX DES | NOELS NOI VEAUX DONT UNE PAR |
TÌE EST EN FRANCOÌS ET L'AUTRE EN LANGAGE TOLOSAÌN ; COMPOSEZ A |
L iIONNEUR DE LA NATÌVÌTE I)E NO | TRE SEÌGNEl R JESUS CIIRÌST | PAR
F. FEZÉDÉ, PRESTRE ET CURE DE FLAMA | RENS, dailS le dÌOCÔse de LEC-
TOURE. |
Juvenes el virgines, senes cum junioribus | iaudent nomen Domini,
Pals. 48 | — A Tolose | par A. Colomiez, premier imprimeur ; ordinaire
du Roy et de rVniversitê. | Sans date — vers 1652.
Petit in-12 de 36 pages chiffrées. Petitc íigure gravêe sur bois au titre
et reprèsentant Jcsus-Cimst dans sa crècheentre la Su Vierge ct Sl Josejdi.
Petit recueil exccssivement rare. 11 est dédié à M-‘‘ Louis de Laíochefou-
cauld, Illustrissiine et Rcverendissime Evesque dc Lecloure. 11 contient
38 Nocls dout 26 en Franc*ois et 12 cn Gascon et en Toulousain Clntque
Nocl est préecdc de l’indication de 1 air sur lequel il se cliante. Ces airs
sembient bien profancs pour dcs Pocsies sacrécs, car on y relève entre
autrcs :
Sur Vair : Chàtillon gardez nies appas...
— Ha, je me mcurs pour une brunc ...
— IJn jour la plus aymable Dame. .
— Catin, la belle jardinière...
— Las lillios de la Ciutat...
— Tas poupetos, ma Philis...
Cest le prcmier ouvrage cn cegenre du curc Fezcdc, eai\ dans sa dcdi-
cace, il otrre les premices dc sa plume sur ce sujet.
Ce petit volume a dù ctre imprimè vers 1651 ou 1652, en tout cas avant
1653, car un second rccucil ile Not'ds par Fezèilè a étc imprimé chez Colo-
miez à la date dc 1653, sous ce titre : la musìque cuampestre des noels
nouveaux, ct dans rAvis au lccteur rauteur s'exprime ainsi : « Après le
CONCERT ARMONIEUX DES NOELS NOUVEAUX, je tC domiC LA MUSIQUE CIIAM-
pestre des noels. Je possède ce second recueil.
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- 475 —
Dans la Recue de Gascogne, t. xi, 1870, p. 361 et suiv., M. Léonee
Couture a consacré un article au curè F. Fezédé. II parle du Recueil des
Noêls, le Conceri armonieux des Noèls , mais il semble n’avoir pas connu
le second volume, la Musicjue champestre .. M. le Dr Noulet n avait pas
le Concert armonieux des Noêls , M. le Dr Desbarreaux (Bernard)-en pos-
sédait un exemplaire dont M. Couture a eu communication.
* Flamarens, oii l’abbe Fezédc exerçait son ministère, est une peti^ loca-
litè connue par rantû|ue chàteau de la famille de ce nom, chàteau qu’un
dicton populaire apprécie en ces terraes :
Lou castct de Flamarcns
Poulit dehoro, let degucns. *
2° LA MUSÌQLE I ( HAMPF.STRE | I)ES | NOELS NOUVEAUX | COMPOSEZ A
l/llONNEL'R DL LA NA ÍIVITÉ DE NOSTRE SEIGNEUR JESUS CURÌST | par F.
Fezêdé, prestre et curê de Flama j renstlans le diocèse de Lectoure — a
tolose l par Arnaud Colomiez, premier | imprimeur ordinaire du Roy et
de rVniversité. | m.dc.lui. fl653.) f
Petit in-12 de 36 pages chiíïrées. Petite figure gravée sur bois, au tilre.
Petit recueil encore plus rare que le Concert Armonieux des Noèts
Nouceaux après lequel il a été public. 4
II contient 15 Nocls en Français et 5 cn Toulousain ou cn Gascon. Le
dernier, en patois Gascon, est d’un genre assez particulier sur le seconde
venue du íils de Dieu- C’est-à-dirc le Jugcment dernier (|ue lc pieux curó
veut faire chanter la nuit de Nocl.
La segoundo bebengudo dou hil de Diu, per la hècanta au menut poble
la nóit de Nadau.
On y voit énumêré, cn vers fortsimples et fort graves, les signes prècur-
scurs de la fin des temps, et h refrain est le verset liturgique dont
M. Léonce Couture a pu indiquer la vraie provenanec et le scns prècis
dans un article de la Recue dc Gascofjne :
Judicis signum to luci, darc mc doce.
3° NOELS NJUVEAUX EN ERANÇOIS ET EN GASCON COlUpOSeZ pai* Uïl Clirè
du Diocèse de Lcctoure, Guillemette, s. d , in-12. M. Léonce Couture a
montrè dans la Recue de Gascocjne , t. x, p. 369, que ce livret anonyme
ètait roeuvre de Fèzèdè.
* Tous ces Nocls ont étè reproduits dans une de nos ètudes sur les«Mys-
tères et les Nocls.
4° Prima' partis summíc Thèologia1 D. Thonue Aquitanis Epitome valde
perspicua. Tolosa, Arn. Colomiez, s. d. (1654). Petit in-12 de252mages
sans compter les ff. non chiffrées. » *
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— 470 -
5° A Monsieur de Bertrand, Seigneur dc Mouneville (suivi de la Res-
ponse). Pièce in-12, de 10 p. chiffrées (avec siraple titre de départ), reliée
à la suite du volume précédent.
6° LE I CHCEVR DES | MUSES CHRESTIENNES | AVEC | VN | PANEGYRIQUE DE
l’èloquence | pour donner vn vtile diuertissement aux esprits curieux
par F. Fezèdé, Prestre et Curé | de Flamarens dans le Diocèse de | Lcc-
toure^. 1. n. d.
Toulouse, fin duxvne siècle, petitin-12. Couverlure papier.
Petit volume fort rare et non cité dans lequel se trouve une description
poétique du chàteau de Flamarens. Ce livret a du paraìlre entre 1654 et
1660 /mviron, en lout cas assez long-temps avantla fin du xvnn,e siècle.
[Recuede Gasc t. xxxvi, p. 521).
S O N N E T
A LAS TECOUERES I)E TOUTE LA GASC06NE
QI.NDEXT
Puth que lou teuis passat, la (iascouigne ei estadc
Soupelide en uu clot, au desbrembc de touts,
(iascouigne lou j>aïs, mes leyau suber touts,
Pregue Diu pcr Belov, qui ta dessus terrade.
E puch que dcqui ’assi, es estude embarrade
Hasses coum la lioùt, qu’a boussouade la douts
Quan lou boussoun nei treit, laigue sail a gransglouts
E s csparrique mes, oun mes a stat sarrade.
AUX IIAMEAUX DE TOUTE LA GASCOGNE
ULTlîNTlSSANT
Puistiue au tcmps passé. la (iascogue a ct<,‘
Ensevelic dans un trou, oubliéc de tous,
• Gascogne le pays le plus loyal entre tous, •
Prie Dieu pour lìeloy * pti t’a relevée.
El puisquc justpTici tu as ct<’‘ enícrince
Kasses-tu eomme la fontaine, dont la sourec est obstruce,
• Quand le bonchon est enlevé, l’eau jaillit â gros bouillons
Et se répand d’autant qu’elle a iHé plus comprimée.
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Eaparriquet donq led, hé beze a tous bezis
Qu'et noumenten per tout, ruste e pleé d’espis
Que lou ceù a sur tu sas gracies desplegades.
Encoue que diguen qu'es, un pays malazit,
La Droutine pertant de Beloy t’a cauzit
Demest aquets espis de beres girouflades.
* LAUZIN, gimontcs.
Hépands-toi donc promptement, fais voir ù tes voisins
Qn’en te procJamant partout, grossière et pleine d’épines,
Le ciel a surtoi déployé ses faveurs.
Bien qu’encore on dise que tu es un pavs niaudit,
í.e plaidover de Beloy t’a pourtant réservé
A travers ces èpines dc belles giroflées.
LAUZIN, gimontorf*.
Nous avons en la bonne fortnnc cìe trouver oe sonnet à la Bibliothèque
Mazarine, Belotj , p. xjx.
Nous laissons àd’autres lesoind’en rechercher fexplicalion, notrebonne
volonté à ce sujel ayant été miseen défaut. Tout oe que nous savons, c’est
que Beloy, avocat génèral à Toulouse, a publié un Tvaitè de Vêdit de rûu -
nion de Vancien domaine de Nacarre% fort médiocre. 11 a laissé également
un Abrècjè de Vhistoire de Souíe . Nous avons vu que Pol François de
Beliotj . probablement son fils, advocat et toulousain, avait concouru avec
Baron aux Jeux Eloraux de 1635 et remporté la Violette pour un Chant
Royal dont le refrain était : Le funeste desbris de la tour d’Asstjrie.
Ce sonnet nous a paru assez curieux pour figurer à cette place.
«
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4/8 -
BIBLIOGRAPHIE
I. PSAUMES | DE DAVÌD VÌRATZ | EN RIIYTME GASCON pei’ | Pey de GarrOS
Lavlo | rès, dcdicatz à la Serea Maie | stat de !a Hegina de Nauarra. A
Tolosa | per Iacques Colomòs, Impremedo Iu | rat de rUniversitat, dam
priuilcgi deu Rev | 15G5 in-8° de 74 feuillets non chiíïrés, velin blanc,
milieu et fìl dorés sur plats, t. d. (Bel exemplaire d'une jolic reliure du
xvi* siecle, apparlenant à M. Bazillac, ancien banquicr à Mirande (Gers),
vendu au.v enehòrcs publiques,, salle de rAthênéc à Bordeaux [28 avril 1891)
adjugc la somme de 510 fr., les fraís en sus, à M. Lacourt, antiquaire,
53, cours de Tourny, à Bordeaux. '
II. PSAUMES I DE DAVÌD VIRATZ | EN RHYTIIME GASCON pei' | Pey de Gai'-
ros Lavto | rès, dedicatz à la Serea Maie | stat tle la Regina de Xauarra.
A Tolosa I per iacques Colomès, Impretnedo lu | rat de rUniversitat,
dam priuilcgi dou Rey | 1505, petit in-8rt, mar. vert, dosdoré, íìl dent. int.
r. doróes. (II. Duru) Exemplaire de Ch. Nodier , apparlenant à Ia Biblio-
thèque de fou M. le Baron de Ruble , vendu à rilotel Drouot, Ie2 juin 1899
et acquis par la Bibliotheque Nationale au prix de 2G0 fr., frais en sus?
inventaire A. n° 17,948.
III. Uu exemplaire se trouve indiqué au ( atalogue de la Bibliothèque
de Bordcaux; il a êtê soustrait par un fervent peu serupuleux. Brnnet, qui
constate la rareté tle notre volume, cite des exemplaircs vendus 39, raar.
Cartliy , G5 mar. V. Sotar .
IVr. PSAVMES | DE DAVID VÌRATZ j EN RIIYTHME GASCON pCl' | PeV de
Garros ^ayto | rès, dedicatz à la Serea Maie | stat de la Regina de Nauarra.
A Tolosa | per Iacques Colomès, ïmpremedo lu | rat de rUniversitat, dam
priuilegi dcu Rey | 15G5 Nouvelle èdition par Alcée Durrieux, avocat à la
Cour d'appel de Paris, imprimerie Gaston Foix, Auch, 1895. Cette réédi-
tion dcs Psaumes a étó prisc sur dcux copies de rexemplaire de Bordeaux.
Le textc, entachê dc fautes nombreuses a êlè depuis revu et corrige par nos
soins sur l’original rccemment acfpiis par la Bibliothèque Nationale.
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479 — - 4
, V. poesìas gasconas de pey de garros, Laytorès, dedicad à Magnific
e Poderos Princep lo Princep de Navarra son Seiìo. A Tolosa per Iammes
Colomès, impremedo iurat de l'Vniversitat dan priuilegi deu Rev, 1567,
in-4°, Bibliothèque Nationale V. 6,195.
VI. poesìas gasconas ds pey de garros, Laytorès dédicad à Magnific e
Poderos Princep lo Princep de Navarra son Seno. A Tolosa per Iammes
Colomès, impremedo iurat de TVniversitat dam priuilegi dcu Rey, 1567,
in-4°, Bibliothèque Mazarine O. n° 10,917.
VII. poesias gasconas de pey degarros, Laytorès, dedicad à Magnific
,e Poderos Prinecp lo Princep de Navarra son Seno. A Tolosa per Iamraes
Colomès, impremedo iurat de TVniversitat, dam priuilegi deu Rey 1567.
Bibliothèque Rochegude avec l'ex dono suivant : Ex dono P . Garrosij.
VIII. Brunet ( Manuel du Lihraire ), signale plusieurs excmplaires de
de Thou, 12 fr. ; Soubise, 1 livfe 12 sh., Paris; aulre, 13 flor. 50 c. ; Maer-
man, 1 liv. 7 sh. ; Hcber, vcnte Delaroche, 50 fr. mars 1837 ct 152 fr.
mar. V. Solar.
IX. PASTOVRADE GASCOVE SVR LA MORT DEV MagnÌIÌC E PouderOUS
anric Qiiart deu nom, Rev de France e de Nauarre. A Tolose, impri-
merie de Ican Bovde, deuant le collège de Foix, à renseignc de Sainct Iean.
In*8° 1611. Bibliothèque de TArscnal, n° 9,490 — B. L.
(Le Manuel du Lihraire déclare n’avoir pas vu ce volume qui est porté
au catalogue La Vallière par Nyon (n° 18,252).
X. lov gentilome gascovn. e lous heits de Gouèri’o dou gran e poude-
rous Ilenric Gascoun, Rcv de France é de Naouarre Bovdat à Moussei-
gnou lou Duc d’Espernoun, per Guillem Ader, Gascoun. Imprimat à
Tolose per Ramond Colomiòs, Imprimaire deu Rev, TanlfilO, in-8°. Dab
priuiletge dcudit Seignou. Biblioth. Nat. Ye. 3451 (Róserve).
XI. LOV CATOVNET GASCOVN, Boudat à MoVSSEIGNE DE FoNTRAILLES,
per G. Ader. A Tovlovse; per la Vieuse de I. Colomiez, Imprimaire deu
Rey, in-8°, 1605. Bibl. Nat. Ye. 12519.
— Autre Edition. 1628. Tovlovse per la Vieuse de 1. Colomiez, in-8°.
Bibl. Nat., Ye, 3450 (réserve).
— Autre Edition. 1865. Bordeaux, Lafargue, in-12. Bibl. Nat. Ye,
37248. Róimpression de TEdition de Toulouse parue en 1605.
— Ennarrationes de aegrotis et morbis in Evangelio, Guillelmi Ader.
Tolosse, apud D. et P. Bosc, in-8°, 1621. Bibl. Nat. T.
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‘ — 480 —
— De Pestis Cognitione, provisioneet remediis, Guillelmi Ader, Tolo- *
sa?, typis, R. Colomerii, in-12, 1628. Bibl. Nat. Td
dastros(I), a débulédans sa carrièrelittéraire, par des Noèls qui eurent
un grand succès; lui-même nous Tapprend dans la dédicace, A ses Amisy
de TEdition princeps des Quatre Saisons^ ouvrage publié en 1636, sous
le titre désignc ci-après :
« Jou bour/ aumens arreslaula ma lenguo de so que jou pousque9 è si
« aqueste pauquet es plan bengut ( coumo soun gracies à Diou mous
« petits Nouéls) j'outs haré bese d'aronla un gran parajle de pastoureles ,
« per mucha qve francimant , ni Grec , ni leiin noupouyre milhou deplica .
« tout que noste lengoue , si nou se pecaoue pas eou lengouassè , é sijou
t éri saberuc , è letre-herit comme d'autes soun^jou sabi qiCen liari . »
Nous n'avons connu ni les éditions des Noèls qui ont préeédé le Poème
des Quatre Saisons imprimées en 1636, ni rèdition de 164-3 dont Fauteur
adressa un exemplaireà P. Goudetin. Nous 'ne connaissons que FEdition
suivante de Guillemette qui imprima aussi en 1763 : Lou Trimfe de la
lengouo gascouo , dont il sera fait mention ci-après.
XII. lou || trimfe [| des nouels || gascous || per J.G. Dast.ros Capéran ||
de Sent Cla de Loumaigno|| lmprimadis pél prumiò cop en Fannado ||
milo siès cens quaranto tres||E reimprimadis de fresc||à Toulouso,
chez Guillemette, à la gran Carrèro, dabant la Glevso || de S. Roumo, in-12.
Ce recueil ne contient que les quatre premiers Noèls ; les 5® et 6® se trou-
vent dans le recueil suivant :
XIII. La jazen piucélo, Noucls Moundis, triatsdeous milloums auturs de
Fancien tens. Toulouse, J. Guillemette, in-12, sans date; nous les avons
lus dans d’autres recueils du 17 et 18 s.
XIV. LOU BERAY || E NATVRAV || GASCOVN || EN LAS QUATE || SttSOUS de
l'An || Per Iouan gviravd d’astros de || Sent Cla de Loumaigno.
[Vignelte] A Toulouse || per Pierre d'Estey, Imprimaire || près deou
Couletge (sic) de Fouich || m. d. c. xxxvi. ||
Petit in-4° de 64 pages. a. g. Le verso du titre est blanc. Pages 3 à 5,
dédicace : A mous amics ; 6, 7, pièces adress^es à Fauteur, p. 8, Proulo -
guo deou Pasiou de l'Arratz qui fini* au cours de la page II. La Prime
Gascoue , commence immédiatement en pleine page.
XV. LOV TRIMFE || DE LA || LENGOVO || GASCOVO || AVS PLAYDEJATS || de laS
tl) La bibliographie des (euvres dti Mailre, nous a «'té facilitóe par des notes tnises
gracieusemeut à uotre disposition par le savaut éditeur du Poète, M. Tailhade.
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— 481 —
cjuoùaie Sasous e deous || quouaie Elomens , daouant Lou Pastou dc Lou-
maigno || [Vignette] a toulouso [| per Ian bovde, Iinprimaire Ourdinari
(sic) deu || Rey, prêp. deou Couletge de Fouich || m.d.c.xlii.
XVI. Mème tirage que le précédent auquel rimpriraeur a ajouté sur le
litre un 1 à la date de rimpression (m.dc.lii).
Nous en avons vu plusieurs exemplaires portant cette date; il est aisé
de reconnaître le dernier chiffre ajouté après coup, ètant placé au-dessus de
!a ligne des premiers chiffres.
XVII. la scolo dou chrestìan ìdìot, ou Petit Catéchisme Gascounheit
enRithme, per J. G. D’Aslros, Capéran deS.-Cia de Loumagneeu Diou-
cèse de Leitoure — à Toulouse, per J. Bovde, Imprimaire deou Rey et
deous Estats Gènéraux de la province de Languedoc, ^cxlv, in-8°.
Ce volume est devenu très rare. La Bibliothèque publique de Toulouse
en possède un exemplaire incomplet de deux feuillets. La Bibliothèque de
l’Arsenal (à Paris) en possède aussi un exemplaire bien complet et bien
conservé. 11 est compris dans un recueil facture, relié avec d'autres ouvra-
ges en patois du Midi, du même format.
XVI II. a movssv || covdelin abovcat || à tovlovso || odo. Cette odo a
paru pour la première fois dans la flovreto [| novbélo del ramelet *
movndì de Pierre covdelin, imprimée à Toulouso par Pierre Bosc,
m.dc.xlvii, in-4°.
C'est le dernier recueil de Goudelin, impriiné de son vivant, en 164G, à
la suite de ses oeuvres précédentes, aux frais de la Ville de Toulouse.
L'ode de Dastros, à Goudelin; se trouve aux pages 80 à 84, et la róponse
du grand poète de Toulouse à la page 85. (Dr Noulet.)
XIX. ltéimpression du trlmfe de la lengouo gascouo en 1642, dans
le même format avec le mème titre et la même pagination. Les Vignettes
et les Culs de lampe sont différents.
A Toulouso, per la beouso de J.-J. Boudo, .imprimaire ourdinari deu
Rey, prépde la Pourtario. m.dcclxii.
Ce qui caractérise cette édition et les deux suivantes, c’est le premier raot
en tète de la page iv am (Légidou Gascoun], tandis que Tédition de 1642
porte auy qui est la bonne leçon.
XX. Réimpression du trimfe de la lengouo gascouo de 1642 , dans
le niême format et la môme pagination.
Toulouso, chez Antoine Biross, libraire jurat de l'Unibersitat à la car-
rièro de Sl Roumo à TEnseigno de la Biblo d'or. m.dcclxii
* 31
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i
— 482 -
XXI. Réimpression du trimfe df. la lengouo gascouo en 1642 , dans
le mêmeformat, le même titre. mais non avec la même pagination; le mot
Capéran est le seul ajouté sur le tilre à la suite du nom de l’auteur.
A Toulouseà rimprimario de Mestre J.-II. Guillemetle, aboucat al Par-
loment, librayre jurat dc l’Unibersitat, tout dabant la Gleyso de Sl Roumo.
M.DccLxiu. In-12, 21G pages.
XXII. lou TRiMFE||de la lengouo Gascouo || aus Playdeiats de las
quouate || Sasous, et deous quouate Elomens || daoiiant lou Pastou dc
Loumaiguo || Per J. G. d’Astros de Sent Cla de Loumaigno.
A Touloso, chez Antoino Birosso, 1762, iu-12, mar. r. chiffres sur le dos
et aux angles des plats, dent. int. tr. dor. non rog. (Trautz-Bauzonnet
1878). *
Exemplaire non rogné appartenant à la bibliothòque de feu M. le baron
de Ruble, vendu aux enchères le 2 juin 1899.
XXIII. Tome ii, pp. 1 à 198. — obros postiiumos dc J.-C. Dastros,
Capéran de Sent-CIa de Loumagno.
Deux cahiers autographes de M. Joseph Molas , curé de Saint-Clar,
portant les nos 3 et 4 et sa signature sur le premier feuillet recto servant de
couverture.
* ' >
Le cahier n° 3 contient 96 pages de texte, plus le premier feuillet portanl
le titre ci-dessus. Le cahier n°4 contient le même nombrc de feuillets que le
précédent, mais ne remplit que 46 pages de poésies de Dastros, plus 17 pages
d'Arréproués Gascous attribucs à tort à Dastros, mais qui sont cn réalitc
de Voltoire. On peut lcs lire dans le volume publié par cet auteur sous lc
titre suivant :
« Le Marchant traitant des propriétés et particularetez du commerce et
négoce, de laqualitê et condition du bourgeois et marchant, avec certaine
instruction à la jeunesse pour s’y advencer et maintenir. Du motif de la
décadence en ce négoce sc'void réduict, contenant aussi un recueil de cer-
taines similitudes et considérations. Ensemblc les Motets Gascons , ou
sentences récréatives, le tout produit et disposè soubs l'adressc etinventions
de sou embarquement et vovage en forme de dialoguc. — Tolose, vcfve do
J. Colomiez et R. Colomiez, 1607. > In-12. Le nom de lauteur se trouve
au bas de la dcdicace : Aux Capitouls de Tolosc.
Sur les 1616 moutets gascons donncs par Voltoire, le recueil de
M. Molas ìven contieut que 182. — Après le 182**. nous lisons le mot : Fin.
Les deux cahiers de las ormos postiiumos de J.-G. Dastros sont du
format in-4°, mesurant 290ram en hauleur et 190mm en largeur.
Nous avons appris rexistencc dc ces Manuscrits par la lccture d’une
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t
1
— 483 —
lettre de M. Gustave de Clausa.de , de Marciac, insérée dans la Revue
bd'Aquiiaine (t. m. p. 51). M. Cénac Moncaut, de Mirande, qui en est
devenu plus tard possesseur, a étéassez obligeant" pour les mettre entière-
ment à notre disposition. La vue de ces manuscrits nous a procuré une joie
profonde, nous avons vu se réaliser ce que nous savions par notre grand-
père qui nous avait instruit que M. ie curó Molas avait recueilli les poésies
^incdites de Dastros. Nous avons poursuivi nos recherches pour découvrir
les cahiers n° 1 ct n° 2, mais sans le moindre succès. Toutefojs, par un
docurnent que possède la Bibliothèque publique de Bordeaux et dont nous
devons la copie à 1 obligeance *de M. Cabos, bibliothécaire de cette ville,
nous apprenons que Dastros avait fait d autres poésies qui ne se trouvent
pas dans notre cdition restce incomplète par rabsence des lir et 2e cahiers.
4 Le texte des cahiers 3 et 4 est reproduit intégralement dans notre t. u.
XXIV. La Moundino, coumedio. Tome ii, p. 199 à 244.
Nous devons à robligcance de M. Léonce Couture la copie de cette pièce
qui porte le titre suivant :
La Moundino || Coumedio en un acte || Coumpousado per moussu
d'astros || bécari de Sent-Cla de Loumagno || aoutou || dou Trimfe de la
lengo gascouo aux playdejats de las quouate Sasous é deous || quouate
Elomens || daouantlou || pastou de || Loumagno |) qu’ero etênedich || rébisto
é courrijado per M. M. [Malus, ancien Doclrinari].
XXV. Poésies Gasconnes || recueillies et publiêes par F. T. || nouvelle
édition j| revuesurles manuscritslesplusauthentiques || etlesplusanciennes
impressions || xvne siècle || J.-G. d’Astros. T. ier. Paris, librairie Tross,
in-8°. 1867. T. ii, xvne et xvme s. 1869. * ^
C’est^nolre édition. Le tome ier contient toutes les poésies imprimées du
vivant de lauteur; le tome ii comprend sas Obros posthunios recueillies
par Mv Molas et les pièces de la Lomagne dont le détail suit :
XXVI. LouTrimfe || delalengo Gascoiio || aus playdcjatsdé'lasqoiiatet'H
Sasoua é deous qoúale Elomens || daouant lou Pastou de Loumagno || .
Manuscrit d’une jolie écriture du commencement du xvme siècle, sans
nom d’auleur. C’est une copie du Trimfe de la Lengouo Gascouo de J.-
G. D'Astros, porlant à la suite du titre ci-dessus : 1731, plus la aignatjtire
de Béquillet et celle de Bigourdan. Au feuilletsuivantladédieace de 1642;
à la page 9 reeto les deux strophes de Darquier; à la page 11 mo Proulogo
deu Pastou de UArrats. 1/2 rel., in-8°, non paginée.
(Ce manuscrit ne nous a été d’aucun service. Car il existe quelques erreurs
de copie plus nombreuses que celles de l’édition de 1642.) ?
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»
— 484 —
XXVII (p. 245 à 280). Histoire abrégée de la dévote chapellede notre-
dame db protection ou de tudet, dans la vicomlé de Lomaigne, diocèse*
de Lectoure. A Toulouse, chez G. Robert, Maître es-arls et imprimeur,
rue S^-Ursule. In-12. Dans le mêrae volume, entre les pages 54 et 55, se
trouve ie titre suivant :
Manière de faire saintement le Pèlerinage de notre-dame de protection
ou de tudet dans le diocèse de Lectoure, seconde édition, corrigée. A Tou- ^
louse, chez G. Robert, ]\laître és-ar!s et imprimeur, rue Sainte-Ursulc,
sans date.
Nous devons la communication de ce vôlume rarissime à Tobligeance de
M. le docteùr Noulet.
Le volume étant rclié, nous navons pu nous rendre compte de l’ano-
malie du deuxième titre placé entre deux pages, comrne une gravure hors *
texte; nous nous sommes adressésàM. Sommabère , curé de Gaudonville,
à qui nous sommes redevables du rétablissement de la chapelle de Tudet et
d’une excellente histoire de eette chapelle avec de nombreux documents
puisés aux meilleures sources.
M. Sommabère, qui a recueilli Irois exemplaires relatifs à ladite «hapelle,
dont un manuscrit, nous a déclaré que le véritable titre de Touvrage d'oìi '
nous avons extrait les cantiques compris entre les pages 245 et 280 du t. u,
est la Manièrehle faire sainíement le pèlerinage de N.-D. de Tudet,
seconde édition corrigée, imprimée par G. Robert, vers 1770. Quant au
premier ouvrage, intituló : Histoire abrègée de Ar.-Z). de Tudet, il u’a
pas encore été retrouvé.
En 1663, les consuls de Saint-Clar décidèrent de faire annuellement un
pèlerinage à N.-D. de Tudet p$ur la conservation des fruits de la terre
ravagés par la grèle. Cette prt)cession fut continuée jusqu’à la Rèvolulion.
•(Extrait du Cérémonial de Saint-Clar communiqué par le curé Lauzin en
1868.)
XXVIII. QÍOELS NOUVEAUX EN FRANÇOIS ET EN GASCON (p. 281 à 283 à
291), composés par un curé du diocèse de Lectoure.
A Toulouse, chez Guillemette, libraire, vis-à«vis Téglise Saint-Rome#
In-12, sansdate. (Bibliothèque du docteur Bernard Desbarreaux.)
Nous n’avons extrait de ce recueil et des suivants que les Noéls gascons.
Par suite d'une transposition de tilre, les Noels du présent ì-ecueil sont
aux pages 283, 287 et 290.
XXIX (pages 282, 295 à 298). le concert armonievx des noels
nOvveavx, dont une partie est en françois et Tavtre en langage lolosaint
composez à tfhonneur de la Nativité de Nostre Seigneur Iesvs Christ par
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485 —
t
F. Fézédé, prestrc et curé de Flamarens, dans le diocèse de Lectoure.
A Toulouse, par A. Colomiez, premier imprimeur ordinairedu I^)i etde
l’Université, sans dats (xvne siècle).
Le Noel de Fezédé : La Segoundo bengudo deu hil de Diu est à la
page 295. (Bibl. Desbarreaux-Bernard ) ^
XXX. noei.s françois F.T gascons sur des airs communs.
A Toulouse, cliez Guillemettle père et fils, vis-à-vis Téglise Saint-Rome,
sans date. In-12. (Bibl. Desbarreaux-Bernard. Catal. n° 3.)
XXXI (p. 299 à 307). ciiants royavx dictés aux Jeux Floraux dans
Toulouse, le 2 May 1651, sur la deroute Mazarine, in-8°, m.dcli, provient
de la bibliolhèque A. Duraège; sans nom de lieu ni d’imprimeur. 9
Ces deux chants royaux font partie d’un recueil de Mazarinades impri-
mèes à Toulouse, et comme elles ne fìgurent pas dans les grandes collec-
tions de ees pièces satiriques, nous en donnons ici le démembremeut :
1° nouvellf.s df. paris ET d’amsterdam très cvrieuses avec rachemine-
ment du cardinal Mazarin dans la Suisse. A Toulouse, par Bovde, impri-
meur, à lenseigne de Saint-Thomas-d’Aquin, devant le collège des R. P.
de la Comp. de Jesvs. 6 pp. compris sur le titre, 1651. ln-8°, aux armes de
France et de Navarre.
2° Les chants royavx ci-dessus, avec la gravure des trois íleurs de cette
Académie et aux armes de la ville de Toulouse; les deux pièces remplissent
huit pages, y compris le verso du titre porlant une page d'impression.
3° les larmes dv mazauin respandues aux pieds de la France, en forme
de dialogue en vers, sans autre tilre, 8 pp.
4° Récit véritable des NovvELLfts de paris, contenant plusieurs belles
particularitez. Ensemble la marche du Cardinal Mazarin , sur le titre :
aux annes du nd 1, inais plus petitos. A Tolose, par Fr. Bovde, imprimeur
deuvant le eollège des R. P. de la Compagnie de lésus... Iouxle la coppic
imprimêe à Paris — V° du titre blanc.
5° novvelles di: paris portant novvel ordre contre le cardinal Mazarin,
ses parens ct domcstiques, et contre ceux qui l’ont suivi, auec ce qui se
passe touchant la Trèoe entre ta France et l'Espagne .
Sur le titre : Aux armes du n° 1 (France et Navarre, môme dimention).
A Tolose, par Fr. Bovde, imprimeur à TEnseigne de Saint-Thotaas
d'Aquin dcuvant le collège des R. P. de la Compagniede Iésus; le v° du
titre est blanc, p. 2, de Paris, le 18 mars 1651. 7 pp.
6° la liberté des princes et la fvite du Cardinat Mazarin . Sur le
titre : aux armes de la mème dimension qu au n° 1 et pareilles, de France
et dc Navarre.
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A Tolose, par Fr. Bovde, imprimeur deuant le collège des R. P. de la
Comp.|jde Iésvs, le v° du titre est blanc. P. 3. La Liberté des Princes et la
fuitie ae Mazarin de Paris Tonzième feurier 1651 (7 pp.).
7° testament pv cardinal mazarin qv’il a renovvellé à son départ de
Paris. m.dc.li *
Au verso du titre : en tète de la page 2.
Testament du Cardinai Mazarin (8 pp.), à la fin signé, ivls.
Toutes ces pièces sont en toutes marges enfièremenl intactes, emboitage
cartonné.
XXXII. LA GI’ERRO DEOUS LIMACS COUNTRO LOUS LEYTOURESES, SÌêtgC
de la^Jilo, lou 7 abriuu 1689. Pouemo de Moussu D’Arquier, capéran de
Sent-Cla.
Nous avons de ce récit les copies suivanles :
1° relatioun dou sietge de litoure, arribat lou quatorze dabriou 1689.
Provient de Ja modeste bibliothèque de Frix Cantaloup, géomètre à Saint-
Clar, notre grand-père (105 vers).
2° lou siège de LiTOURoque lous Limats hazoun la nèit deu ditjaus au
dibés sant en’1689 (122 vers). — A la suite : Fin dou siégede Litouro que
lous Limaîs hazonn en 1689 la néit deu ditjaus au dibes sant.
Copie textuelle d?un manuscrit portant cette suscription sur Tenveloppe :
J'appartiens à M. Despent , de Castelnau-d’ Arbieu . (Bibl. du doctcur
Noulet.) #
3° relatìoun deu sìege de laìctoure, lou 7 d'abriou, nèit deu diijaux
sant 1649.
Bordeaux, chez Durand, publié à SO^exemplaires par AMT et GB
[Auguste Moquin Tandon et Gustave Brunet].
Les éditeurs font précéder leur texte de Tanalyse suivante : « L*opuscule
dont nous offrons ici aux patoisophiles l’èdition princeps n'est pas tout à
fait sans mérite. C'est une plaisanterie dirigêe contre les habitants de l.eí*-
toure; ellc date de lepoque des guerfes de rçligion. L’autôur raeonte quc
pendant la nuit du jendi saint 1649 une terrible alerte mit en êmoŷ
toute la ville de Lectoure. On annonoa cjuo lcs Iluguenots s'avançaient
en force. Tout le monde court aux armes. Lps femmes, les moines, les
enfants, saisissenl des couteaux, dcs brochcs, des b:\tons.... On place
des sentinelles sur lcs remparts . L’une de ces dcrnicres, cpouvantêe
par son ombre, làehe imprudemment un coup de fusil . Aussitòt la
peur s'empare dcs eombattants, ils se recommandcnt à la Sainte Vierge
et ils ne doutent pas que leur dernière heure cst sonncc. La nuit se passe
ainsi en prièrcs, et à Ia pointe du jour oh dccouvre que les prétendus Hugue-
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nots n'étaient aulre clioscque dcs pauvres geus qui avaicnt vouiu profiter
de la fraîcheur de la nuit pour ramasser des escargots.
La piòoe se terminc par ces deux vers :
Toutes les fois que les gens de Lectoure verront au marché des escargots
La pour ies prendra; ils croiront ètre assiégés. (122 vers.)
Quel est le nom de l'auteur? C est ce que nous ignorons encore. C’est
une decouverte dont nous cédons la place aux Saumaises futurs (1). »
4° I.A Gl'ERRO DEOl’S I.IMACS ÇOHNTRO I.OUS LF.YTOURÈ9ES, SÌétge de la bilo*
iou 7 abriou 1G89. — Pouèmo dc Moussu d’Arquier, capêran de Sent-Cla.
C’est le texteque nousavons adopté après quelques légères modifications
prises dans chacunc des prcccdentes copies.
Pièce de 120 vers. A la suitc/ et la note suivante :t« Plusieurs préten-
dont que le poème prcccdent fut composê par M. d’Arquier, consortiste de
Saint'Clar, d’aulres disent que non. Je crois que ces derniers ont raison,
rn co qu’il n'est pas possible qne M. d.'Arquier, dont il avait fait une êtude
parlieuliòre pcndant son universite, eùt composé son poème en toute autre
langue. D ailleurs, on U*ouvera une graude diiïêrence entre le poème précé-
dcnt et celui qui suit, (jui a ètê composó par lui.
5° i.oi* sieiìé df Li roruo que lòus Lŷnats hasoun en 1G89 || la ncit dou
dixjaus au dibcs sant.
Copie faite en 1820 par L. (Jucrilhac de Cologne (120 vers).
Don de E. Quêrilhac, Conseiller honoraire ù la Cour d appel de Tou-
louse, de cette pièce en 1879, cerite de la main de sa mère, étant cncore
dcmoiselle.
Cette pièce nous a permis d'amcliorer certains vers que nous signalerons
dans les Variantes.
XXXIII (p. 311 à 327). rouèmo deou i'Èuo troìsìèmo deou Coulefge de
Levtouro, à l'aunou dc las gens d’aqucro bilo. *
XXXI V (p. 329 à 333). uFsí*or.\so pi«:ou i*. piîffet df moissac (apcrat
lou Pèro Dupourtal), quc s’crijo en Citoyen dc Leytouro en 17i2.
Les pièces iBcntionnccs aux nos xix-4, xx, xxi et xxn, font partie d’un
recueil mauuscrit portant le titre de Piùces Satìricjues contre les Lectou-
rois. ÍBibl J.-B. Noulet.)
*
(I) I.a l(ìt;on suivio j>ar lcs Oditours ost de tout point fautivc, depuis le titrc et la
dato de lVîvónoinciit «jii'ídlo rappcllc jusqn'à la fin; on y trouvc de nombreux vers
íaux, â,cominouoer par lo premicr,et dos a$semblages de Tettres qui ne sont pas des
mots iìt qui n’a ppar ticn ì icu t consêquemmout à aucune languc. — J.-B. Noulet.
{Hasai sar Vfiistoirc liitèraire des Patois du Midi cïa La France , Paris, 1859,
p. 226.)
f
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VARÌANTES ADDITÌONS CORRECTÌONS.
Dans I’Edition des Quaire Saisons, publiée en 1642, lautéui* a substi-
tué une dédicace «. a mocs amìcs », toute diílêrente à celle qu’il avait
adressée dans la lre Edilion de 1636. Nous repLoduisons cette dernière,
devenue d'une insigne rarelé, espérant obtenir Tapprobation des amateurs
de notre dialeote, en leur faisant connaìtre Tidée première de notre Poète.
Messeìgnous,
*
Nou pas deous estrems, més deou beray mujo de la Gascouigno, ê eou
mès fin é courau Gascoun de Diou lou Pay, jou hèou ana è parla daouant
bousaus las quouate Sasous dé Pannado per debate quigne dères diou este
la capdaouante è la í>rincipau. Lou debat é lenderc ne sira prôu gadau é
soulacè. Jou disi daouant bousaus, persquem caperats inés boulentés mas
pécques, é me sentirats grat de rnous espehors : peous autes, etz me haren
be force aunou de las bese ó de las augi, raés se n'ag bon pas hè, patienee.
Jou é dit en Gascoun perseque jou couhouni de bergouigne, de bese la
lengoué de ma mav ta sabourouse, ta steiie è ta pouderouse atau arrecu-
ladeè bputade au denient.
Jou dounc, per tricha nia guarre de l’estrailh de tant de maychans hilhs,
qu’ere a augut denqui'acy, jou la bouy aumens arrestaula de so que jou
pousque, êsi aqueste pauquet es plan bengut (counro soun gracics à Diou
mous petits Nouels) jou'ts hare bese d'aro'nla un ta gran parafle de pastou-
reles per rnucha que Francimant, ni Grec, ni Létin nou pouyre railhou
deplica tout que noste lengoue, si nou se pecaoue pas eou lengouassé, è si
jou èri saberuc é letre-herit coume d’autes soun, jou sabi qu’em’hari.
Are, si dabarrege bousaus, mous amics, jou in'en è alieytat quouate, per
lous aj[itra particulièrement aqueste librot, pcr aquo n’ajats pas bousaus
jaussou contre^d’ets, ra courrouçou contre jou; un pav qu’a eent amics è
n a que quouate maynatges, nou s’en pot hè que quouate eompays, è
per aquo lous autez noun diouen pas hè nîale sune, car el lous ne boulere
hè touts se poudè aoué tantis de maynafges. #
Atau quets dic, mès cau toutjours coumença per un cap, et me semble
qu*es prou d’en aoué augul quouate d’uc bentrade.
Espérats douuc bousaus la bosle, è eountentats-bous, si bous plats, que
dab aquestes quate Sasous jouts bouy liè bese que jou soun en toutes saftous.
Mousseignous, bostc mes aubèdient è lejau serbidou.
D’ASTROS.
Dans la 2e Edilion des Quaire Saisuns , pubiièes en 1642, avcc lcs
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Quaire Elèments purus pour la première fois, rimprimeur a omis quatre
vers dans le prologue relatif à YAutomne ,
Voici la reproduction du texte et de 1 orthographe de Fédition princeps
de 1636 :
(irassete coum’ un cougoumet,
Mamote eoum’ un couloumct,
Ardoune couni’ un hùych d’estoupes
Dab un scng plan hournit de poupes ,
5 . L’Autoune à siéc se m’aparic, #
Qu’autaléou courouc â I’abric
L’ue aubarede plan houeihadc;
l)e couloumbin ér’ abilhade.
h're aouè soun cap aruhat
10. De Jresque purnpole couhat ; •
Kre aoué per pendens d’aureilhe
I)us arrasis ses nade liouéiihc;
Sens autes joyóous touts toucants,
Hracelets, cintes é carcans,
15. De qu’oni bey ias nobies iloucades,
Eron de poumes entroucades...
XXXV. lou parterre gascoun, coumpouzat de quaoute carrèus per
g. bedout, d’Auch. A Bordeus à Flmprimarie de Pierre du Coq, à la
Carrère de Saint-Jaymes, 1642.
XXXVI. lou parterre gascoun, coumj)Ouzat de quaoute Carrùus per
g. bedout, d’Auch 1642. Exemplaire de la Bibliolhèque d’Aucii, reliéavec
un (joudelin in-4°, imprimé par Bosc en 1647, aux frais de la ville de
Toulouse. C est le seul exemplaire connu.
XXXVII. lou parterre gascoun, coumpouzat de quaoute Carrèus per
g, bedout, précédé d’uue introduction et suivi d’un ciioix de |>oésies de
divers auleurs et d’un dictionnaire des principaux termes du dialecte Gascon
jjar A. Philibert Abadie (1).
Toulouseet Auch, Jougla 1850, in-12, lxxvi. (Bibl. Nat. [Ye. 15138.])
XXXVIII. bedout‘(g.) — In sultanum (signé G. Bedout) Auscitanus
' — Auscis, apud A. D. S. B. (fc. d ) in-4°. Bibl. Xat [LbM3303]. (Pam-
phlet contre le Cardinal de Richelieu.
XXXIX. RECI EÌl. DE TOUTES LES PÌÈCES GASCONNES ET FRANÇOÌSES, qUÌ
ont êtê récitces à FAcadémie des Jeux Floraux dans FHôtel de Ville de
Toulouse. par M. dominique dugay, de Lavardens. A Toulouse, chez
(1) Ceite réimpression a étó faitc sur l’cxemplaire (le la Bibliothèque tl’Auch. II
►ai*ait qu’il y a quelques feuiJlets mal plaoés par lc relieur, ce à quoi n’a pas songé
A. Abadie; ìl serait complet cn rétablissant les cahiers d’après leurs signatures.
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antoine colomiez, Imprimeur et Marchand, Libraire, vis-â-vis la Monnoie,
près la petite porte du Palais m.dc xcii.
XL.^,k triomphe de l’eglantine. avec les Pièces Gasconnes qui ont
été récitées dans l'Académie des Jeux-Floraux les années précédentes par
M dominiqi e dugay, de Lavardens. A Toulouse, chez antoìne colomìez,
Imprimeur et Marchand Libraivie, vis-à-vis de la Monnoye près la petite
porte du Palais m dc xciu.
*
XLI. fantesios et Loisirs d’un médecin de la Lomagne, par B. Cas-
saignau, 1881, deuxième édition illustrèe,entièrement refondue, augmentco
de plusieurs pièces nouvelles et précédée d’une lettredu grand Troubadour
Frédérij Mistral.
Toulouse, Prosper Garv fils, G, rue des Lois, Paris; Arthur Rousseau,
14, i •ue Soufllot, à Beaumont, chez P. Serres, libraire. rue de TEglise.
XLII. mas darrèros fantesìos (Bólèou), par B. Cassaiguau, Mêdeciu,
Lauréat du 29e Concours poêti<[ue du Midi de la Franee (188í?), Membre de
la Sociétê dcs Sciences, Bclles-Leltres et Arls.de Tarn-et Garonne, Oilicier
d'Aeadémie.
Toulouse, Imprimerie Moderne, J. Fournier, 8, rue Dutemps.
XLIII. la flair'to gascolno scguido d\m Vocabulari Gaseoun, par
j noulens, 1897, Paris, Librairie Emile Bouillon, éditeur, G7, rue de
RicheLeu.
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ERRÀTA
*
*
Page 8, liscz : n’ctcons , au lieu de nen acons.
Page 20, lisez : /o, au lieu de jou.
Page 25, lisez : qauconx , au lieu de quacom .
Page 26, lisez : honestamcnt , au lieu de honestanenient.
Page 29, lisez : au lieu de Aus .
Page 30, lisez : Dorv, au lieu de Dou . ^
Page 31, lisez : Sent , au lieu de sen. » * 4
Page 32, liscz : possa , au lieu de passa4
Page 31, lisez : Comben.au lieu de Conibien
Page 40, lisez : triamphat au lieu dc yoazanat.
Pago 51, lisez : nxa mastressa , au lieu de niastressa.
Page 56, lisez : Per quey au li(íu de Per quo.
Page 60, lisez : Tahurelot , au lieu de Tahulerot.
Page 62, lisez : bruty au ìicn áe hsut.
Page 62, lisez : /o, au lieu de ïn.
Page 63, lisez : deuit au lieu de deuiu.
Page 81, lisez : í/om/j, au licu de duutj.
* Page 91, lisez : ù, au lieu de o. #
Page 93, lisez : Peiis, au lieu de Per.
Page 93, lisez : Tu, au lieu de Su.
Page 91, lisez : Bourdousy au lieu de Bourdou.
Page 94, lisez : lous, au lieu dc tous.
Page 108, lisez : biny au lieu de biu.
Page 108, lisez : Dat au lieu de Dab.
Page 131, lisez : ioupoutoun , au lieu de toupouton .
Page 284, lisez : quan% au lieu de qaon.
Page 284, lisez : quauquny au lieu de quouqun.
Page 285, lisez : couchatsy au lieu de cachats.
Page 285, lisez : sarrauante , au lieu de sasouante.
Page 289, lisez : mouillat , au lieu de meuillat.
Page 310, lisez : Dounicnycs , au lieu de Douniengues.
Pago 310, lisoz : quate , au lieu de quatre.
Page 314, lisez : Clamenço , au lieu de Clemenço.
Page 316, lijez : rcmercioment, au licu de remcrcicnicnt.
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Page 317, lisez : Sccnts , au lieu de Sans .
Page 318, lisez : nooux’ , au lieu de nouts .
Pagc 319, lisez : Enbcng , au lieu de Enben .
Page 320, lisez : cr«co, au lieu de c/’cco.
Page 321, lisez : pcrpaus , au lieu de/>rc/)aas.
Page 321, lisez : lous, au lieu de los .
Page 322, lisez : lou proutcctou , au lieu de proutcctou .
Page 323, lisez : Peâs quaic cors, au lieu de Per quatc cos .
Page 325, lisez : ulcero , au lieu de ulcçrc .
Page 327, lisez : arrouignous , au lieu de arroignous.
Page 328, lisez : honic. au lieu de o//ìc.
Page 329, lisez : cVespiían , au lieu de d'cspitau.
Page 331, lisez : pcillo, au lieu de pcillc .
Page 334, liscz : moer, au lieu de iuoûr .
Page 335, lisez : (/ccò, au lieu de dah.
Page 342, lisez : cr%upctos^ au lieu dc croupetcs.
Page 342, lisez : arrcpt iu lieu de aPrcn .
Page i42, lisez : bieillcsso, au lieu de bicillcsse.
Page 379, liscz : Cassaignau, au lieu de Cassaigncau.
Page 425, lisez : sount au lieu de soitu.
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TABLE DES MATIÈRES
Préface .
De Garros (Pierre) .
Du Bartas (Guillaume de Salluste) . .
De Garros ( Jean) . . .
Adcr (Guillaume) . . .
«
Dastros (Jean Gêraud) .
Annexe A . . .
Annexe B .
Baron (Louis) . . .
Bedout (Gêraud) .
Dugay (Dominique) .
L’abbê Laffargue (Jean-Baptiste) -
Cassaignau (Jean-Basile) .
Noulens (Josep Jean-Marie-Eliacin) .
Appendice Bibliographique .
Bibliographie .
Pagcs.
♦ 1
5
69
79
102
148
222
228
225
269
305
351
379
425
469
478
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